Tag: réchauffement climatique

  • Le spectre de la malaïgue plane sur l’étang de Berre

    Le spectre de la malaïgue plane sur l’étang de Berre

    Une nouvelle vague de chaleur place 22 départements en vigilance orange canicule, et il n’y a pas que les Français qui en souffrent. La nature aussi. La température de l’étang de Berre atteint les 28 degrés en son centre, et 30 degrés à proximité des plages. Un record, « surtout dans la durée du phénomène, qui a commencé mi-juin », souligne Raphaël Grisel, directeur du syndicat en charge de la réhabilitation de la lagune, le Gipreb.

    Cette chaleur entraîne des réactions physiques et biochimiques en cascade, qui peuvent mener à une asphyxie de l’étang. « L’eau chaude contient déjà moins d’oxygène que l’eau froide. Elle engendre des développements de phytoplanctons. On a des eaux très vertes voire marron à certains endroits. Ces phytoplanctons, aux cycles de vie très court, sédimentent le fond de l’étang et génèrent des dégradations par les bactéries présentes, qui consomment de l’oxygène et réduisent encore le volume d’air dans l’eau. »

    En 2018, une situation similaire avait mené à une crise de malaïgue dévastatrice, qui avait touché 93% de la surface de l’étang de Berre. Cette année, certaines zones confinées à la pointe de Berre ou à Saint-Chamas ont connu de tels épisodes, mais globalement, la lagune tient le coup. « Le protocole (qui interdit à la centrale EDF les rejets d’eau douce pendant les mois de juillet et août, ndlr) semble plutôt bien marcher, même dans des situations critiques, commente Raphaël Grisel. On a une température de l’eau assez extrême mais la salinité est homogène et la stratification est assez peu présente, grâce à de petits coups de vent qui brassent et réoxygènent. »

    « On peut espérer que ça tienne encore, mais s’il n’y a pas de gros coup de vent avec la vague de chaleur ça va devenir vraiment critique, poursuit-il. Chaque année, les températures sont plus élevées. On voit où on va. Il faut continuer de mettre en œuvre les mesures pour poursuivre la sécurisation de l’état de l’étang en été et aller plus loin. Ça passe par la réduction des apports en nutriment, que ce soit par les rivières ou EDF, et par la réouverture du tunnel du Rove, qui apportera des eaux marines qui seront plus fraîches et permettront de le climatiser. »

  • En Provence, les agriculteurs étouffent

    En Provence, les agriculteurs étouffent

    « On souffre physiquement et mentalement, on se demande combien de temps ça va durer… » souffle Emilie Loison, épuisée. Installé depuis 2016 dans les Bouches-du-Rhône, à la ferme Saint Joseph à Peyrolles, le couple, Emilie et son compagnon Roger, qui l’a rejointe en 2022, produit des tomates, des haricots, du fromage de chèvre ou encore de la viande de chèvre dont le cheptel s’élève à une centaine d’individus.

    Les deux producteurs exercent déjà un métier d’ordinaire difficile. Mais ils voient les difficultés s’accumuler au quotidien depuis le début de la canicule et de la sécheresse. « Pour les animaux, c’est très compliqué. En temps normal, je fonctionne quasi exclusivement au pâturage, je ne leur donne presque pas de foin. En ce moment, tout est grillé dans les prairies, il n’y a rien à manger, alors je n’ai pas le choix, je dois acheter du foin. Mais comme nous sommes nombreux dans ce cas, fatalement, les prix grimpent. Ajoutez à cela qu’avec la chaleur, les chèvres produisent aussi moins de lait, au bout du compte, cela me coûte plus cher et me rapporte moins. »

    Pour les cultures, c’est aussi pénible, explique Roger, son compagnon : « Normalement en cette période, je suis envahi de tomates, là c’est sec, il n’y en a pas ou alors très peu » explique-t-il en montrant ses serres dans lesquelles on ne distingue pas ou très peu de fruits. Il poursuit : « Les pertes sont conséquentes, environ 40%, et pourtant, nous ne sommes pas les plus mal lotis. Nous avons la possibilité d’irriguer grâce à notre proximité avec le canal de la Durance, mais ce n’est pas suffisant. Toutes les cultures subissent cette sécheresse : mes haricots verts, eux, sont petits, courbés, secs ».

    Au-delà des difficultés de production, le facteur humain, lui aussi est mis à rude épreuve. Les deux producteurs expliquent se lever le plus tôt possible le matin pour travailler au frais, et terminer tard pour tenter de retrouver de la fraîcheur. « On est tous très fatigués. Cette année, les fortes chaleurs ont commencé très tôt. Début juillet j’étais déjà à bout comme si j’étais fin août. Et tous les producteurs autour de nous le disent. Si on ajoute à ça le stress de ne pas savoir si nos plantes vont survivre et quelles solutions on va trouver pour notre élevage, c’est vraiment éreintant ».

    Pour s’adapter au réchauffement du climat, Emilie et Roger, adhérents à la Confédération paysanne, ont adopté une agriculture durable. « Ce sont des fermes à taille humaine, pas forcement petites en termes de surface mais loin du modèle intensif. C’est aussi et surtout un modèle qui respecte la nature, la terre, l’air, l’environnement et l’humain qui y travaille. Le tout idéalement en bio. C’est un modèle qui, aujourd’hui, résiste un peu mieux à la sécheresse, aux canicules. »

    Pourtant, la confédération paysanne s’est vue retirer 42% de ses subventions par la Région suite au changement de la clé de répartition au profit des syndicats agricoles productivistes FNSEA et Coordination Rurale. Mais le maraîcher insiste : « On va devoir s’adapter à des températures de plus en plus chaudes et sèches. Selon moi c’est une question que la future génération d’agriculteurs doit absolument se poser si elle veut perdurer ».

    Autre point d’inquiétude des agriculteurs, le risque croissant d’incendie. Chaque année dans toute la France, des centaines d’hectares de cultures partent en fumée. Mais l’agriculture paysanne répond aussi à la problématique, notamment avec des solutions d’entretien des forêts : « Nous, on milite pour une installation de bergers dans les forêts pour entretenir ce qui ne l’est plus depuis des décennies. Malheureusement on est très freinés là-dessus… »

    Pour l’heure Émilie et Roger continuent de travailler toujours plus, pour limiter les conséquences de la sécheresse.

    Louis Golliot

    EN BREF

    50%

    Une commune sur deux de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) a connu au moins un arrêté sécheresse lors de l’épisode historique de 2022, d’après une étude réalisée par l’Insee. La même année, deux habitants sur trois de la région ont été touchés par des restrictions d’eau au pic du mois d’août.

    130 jours

    Selon les projections de Météo-France pour la région Paca, le nombre de jours où les sols seraient en situation de sécheresse atteindrait 130 jours par an en 2050, contre 101 jours sur la période de référence 1976-2005.

    Soit près d’un mois supplémentaire de sécheresse chaque année.

    + 2,2°C

    D’après les mêmes projections, la température moyenne annuelle augmenterait en Paca de 2,2 °C à l’horizon 2050. À l’échelle nationale, la hausse serait de 2,1 °C pour la même échéance. L’augmentation serait de 3,7 °C à l’horizon 2100, contre 3,4 °C pour la France hexagonale.

    – 10%

    Du côté des précipitations, à l’horizon 2050, en Paca, les pluies estivales (juin-juillet-août) diminueraient de 10 % selon Météo-France. La baisse serait de 18 % à l’horizon 2100.

    En revanche, le cumul de précipitation en hiver (décembre-janvier-février) augmenterait de 19 %.

  • Des signaux d’alarme en cascade

    Des signaux d’alarme en cascade

    « Nous n’avons pas connu un tel climat de notre vivant et peut-être même pas depuis l’avènement de notre civilisation. » Le constat alarmant de Carlo Buontempo, directeur de l’Observatoire européen de la sécheresse, Copernicus, se traduit dans notre région par
    un état calamiteux des cultures, notamment des fruits et légumes, mettant en grande difficulté les paysans. Combien de temps faudra-t-il pour une prise de conscience se traduisant par un changement radical de modèle agricole et de système économique autre que capitaliste ?

    Car ces vagues de chaleur extrême vont devenir la norme. La sécheresse et la canicule sont symptomatiques d’un climat qui se réchauffe durablement et rapidement. Selon Copernicus « l’Europe occidentale a connu son début d’été le plus chaud jamais enregistré, avec une période juin-juillet à un niveau record ». Idem pour les océans qui ont aussi atteint en juillet 2026 « des niveaux de chaleur inédits pour ce mois ».

    Nappes au plus bas

    La ressource en eau se raréfie. Ainsi, en France, deux tiers des nappes phréatiques sont sous la normale. Au 1er août, « la quasi-totalité (94%) des réserves souterraines métropolitaines en eau présente des niveaux en baisse » a déclaré lundi le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Autre constat : Selon une analyse de l’Agence France presse, « Environ 95% du territoire métropolitain français ont été touchés par la sécheresse en juillet ». Combien faudra-t-il de signaux d’alarme pour réagir ? Outre les agriculteurs, en première ligne, l’écrasante majorité des citoyens, classes populaires en tête, subissent une situation qui n’a rien de fatal.

  • « Mon bateau est devenu mon meilleur ami »

    « Mon bateau est devenu mon meilleur ami »

    La Marseillaise : Depuis votre qualification, comment vous préparez-vous ?

    Mikaël Mergui : Après le rush en mars et avril, c’est la période creuse. Le bateau est à La Trinité-sur-Mer, où mon équipe est en train de travailler pour optimiser ce qui peut encore l’être. Et moi, je me ressource à Puy-Saint-Vincent.

    Cela fait quatre ans que vous naviguez sur Hirsch – Centrakor, qu’est-ce qu’il représente pour vous ?

    M.M. : Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, partagé de belles aventures. Je peux dire qu’il est mon meilleur ami. Avec le temps, je commence à bien connaître ses qualités, ainsi que ses défauts.

    Quelles sont vos ambitions sur cette Route du Rhum ?

    M.M. : Aller au bout celle fois ! Lors de ma première, en 2022, j’ai cassé le bateau après six jours de course. Depuis, j’ai acquis une certaine expérience, grâce à trois Transat notamment. Je suis mieux préparé pour cet événement qui est hors-norme.

    Qu’elle est la différence entre Route du Rhum et transat du Café ?

    M.M. : Sur le « Rhum », vous êtes seul à bord. La part d’aventure est plus présente. Tu dois lutter contre les éléments, mais aussi contre toi-même, apprendre à gérer la fatigue. Alors que sur le « Café », nous sommes deux, ce qui permet de pousser le bateau. Il est possible de vraiment prendre du repos, alors que seul à bord, il faut de temps en temps s’en remettre au bateau. Et croiser les doigts pour que les éléments ne se déchaînent pas au mauvais moment. La « Route » est donc plus dure, car tu dois tout maîtriser, tout chapeauter à bord. Tu dois te battre contre les éléments, contre le bateau, mais surtout contre toi-même. Les arrivées sont également différentes. Pour le « Café », c’est direct au port, alors que le « Rhum » demande de faire le tour de la Guadeloupe, et cela peut changer beaucoup de choses. Car la mer à l’approche de l’archipel réserve pas mal de pièges. Il y a d’ailleurs souvent des rebondissements à ce moment de la course. C’est pourquoi je suis allé en repérage, en février dernier. J’ai fait le tour des îles pour prendre mes marques. Cela peut être utile. Si je devais faire une comparaison, c’est comme passer du rugby à XV au rugby à VII. En fait, la Transat du Café, c’est une épreuve sportive, alors que la Route du Rhum, c’est une aventure humaine. Toutefois, pouvoir courir les deux, c’est chouette.

    Vous pouvez aller chercher la victoire ?

    M.M. : Je suis accompagné d’une petite équipe. Avec Mylène, mon épouse, Sophie Claudon et Richard Aubin, nous sommes un peu David contre Goliath. Mais j’ai envie de montrer que les Méditerranéens sont capables de relever le défi. De plus j’ai des partenaires qui m’ont renouvelé leur confiance, comme Hirsch et Centrakor. C’est une aide précieuse pour moi.

    En parlant de Méditerranée, vous êtes en première ligne pour constater les changements climatiques qui l’impactent ?

    M.M. : La canicule maritime est un fait. Je vois son évolution depuis quelques années. L’eau est plus chaude, ce qui a un impact fort sur la faune, mais également sur les conditions météorologiques. Les houles sont plus marquées, les orages plus violents, les changements de vent également. D’ailleurs, j’ai constaté la disparition du ponant. C’était un vent d’après-midi thermique qui soufflait alors que l’eau se réchauffait en début d’après-midi. Cela a changé la façon de naviguer. Il est désormais nécessaire d’être plus vigilant, car les vents médians ont quasiment disparu. Cela commence à se sentir en Atlantique, où l’on constate souvent un manque de vent d’ouest dominant et une recrudescence des algues vertes. Je suis allé naviguer là-bas en mai et juin. J’ai trouvé des conditions inhabituelles, avec du grand soleil et très peu de vent. Alors qu’avant, c’était une période où les conditions de mer étaient plus musclées.

    Outre la course au large, vous avez aussi un programme qui est à destination des enfants ?

    M.M. : J’ai choisi d’utiliser mon expérience de marin pour sensibiliser les enfants à la mer, leur montrer qu’elle était un véritable trésor à portée de main. En collaboration avec la Métropole Toulon Provence Méditerranée, je propose des ateliers dans une quarantaine de classes. Je suis allé rencontrer les élèves en amont de la Route du Rhum. Cela a donné de belles discussions. Nous avons parlé des métiers qui étaient liés à la mer. Pendant la course, je vais faire un film, qui sera projeté à mon retour. Eux-mêmes pourront me lancer des défis, via la Virtual regatta. Près de 1 800 enfants se sont portés volontaires pour me suivre. La majorité de Toulon et sa région. Mais il y a aussi des classes d’autres départements qui ont rejoint le programme.

    Pourquoi cette ouverture vers
    les enfants
     ?

    M.M. : J’ai pris conscience que dans mon département, même lorsqu’ils en sont à proximité immédiate, peu d’enfants connaissent la mer. J’ai senti une certaine appréhension vis-à-vis de cet élément. En utilisant la voile et les métiers de la mer, c’est une manière de désacraliser l’élément et ramener chez eux une certaine curiosité.

    Vous êtes maintenant un habitué des courses transatlantique, n’êtes-vous pas attiré par un autre challenge après la Route du Rhum ?

    M.M. : Certains me demandent si l’idée d’aller sur le Vendée globe me trotte dans la tête. C’est vrai que pour la course au large, c’est le mythe absolu, l’Everest des marins. Mais y aller implique énormément de choses, et je ne veux pas me mettre de pression inutile. Pour moi, naviguer, c’est rêver. Si je devais me lancer dans une course autour du monde, je serais plus dans la philosophie d’une Whitbread.

    Qu’est-ce que cette Whitbread ?

    M.M. : Cette course existait quand j’étais gamin, et je rêvais en lisant les récits qui en étaient faits. Si elle n’existe plus, je pense qu’avec l’Ocean race, je pourrais trouver mon compte. C’est une épreuve qui est plus dans ma vision de la navigation et de la compétition. C’est un tour du monde, en équipage, avec escale. Il y a donc autant de départs et d’arrivées, avec cette adrénaline spécifique. Et puis, il y a surtout la possibilité de mettre pied à terre. Dans le Vendée globe, ce qui me frustrerait, c’est passer au large de sites et de ports magnifiques, sans pouvoir y accoster, et partager avec les locaux ma passion. Vivre, même quelques heures seulement, une expérience hors-norme. Le Vendée globe va trop vite pour moi. Je suis adepte du partage, des rencontres avec le grand public. Et puis, quand tu navigues en équipage, tu peux mieux profiter du bateau. Le pousser au maximum. Faire également d’autres choix stratégiques.

  • L’agriculture occitane face aux sécheresses

    L’agriculture occitane face aux sécheresses

    « Le nombre de jours secs devrait encore augmenter de 25% si les émissions suivent leur trajectoire actuelle, et jusqu’à 50% selon le scénario le plus pessimiste. » En septembre 2024, le Réseau action climat* (Rac) dresse, dans un rapport, un panorama des conséquences du changement climatique dans toutes les régions. Si l’impact est général, l’Occitanie est particulièrement touchée par la sécheresse. Ainsi, la surface moyenne concernée par la sécheresse a triplé depuis 1960, souligne le Rac. Une réalité qui se confirme cet été 2026 marqué par des températures records et des canicules à répétition.

    Mardi 4 août, Météo-France a annoncé qu’avec une température moyenne de 24,9°C, le mois de juillet dépasse les précédents records de la canicule d’août 2003 (24,8°C) et de juillet 2006 (24,4°C). L’excédent de température par rapport aux normales (période 1991-2020) – qui interviennent elles-mêmes dans un climat déjà réchauffé par les activités humaines – atteint, comme en juin, +3,8°C. « Il s’agit de la deuxième anomalie mensuelle la plus élevée » jamais enregistrée après celle de février 1990 (+4°C), indique le prévisionniste national dans un communiqué.

    Faire face à ce réchauffement est un défi pour la première région française en nombre d’exploitations agricoles : plus de 64 000, réparties sur 3,1 millions d’hectares de surface agricole répertoriée en 2020. Avec une grande diversité : viticulture, élevage, fruits et légumes, grandes cultures… L’agriculture représente 165 000 emplois, ce qui en fait le premier secteur économique de l’Occitanie.

    Conséquence directe des sécheresses majeures, les usages de l’eau sont fortement impactés. Aujourd’hui, 80% de la France métropolitaine est soumise à des restrictions d’eau. C’est aussi le cas des territoires d’outre-mer. Dans le département du Gard, le préfet Jérôme Bonet « après avoir réuni un Comité de la ressource en eau (CRE), a décidé de renforcer les mesures de restrictions sur les bassins-versants du Virdoule et des Gardons amont et aval », indiquaient les services de l’État en début de semaine. Le CRE devait se réunir le 6 août « afin d’évaluer la nécessité d’ajuster ces mesures de restriction sur l’ensemble du département ». Le niveau le plus élevé des restrictions concerne le bassin-versant du fleuve Hérault amont, placé en niveau de restriction d’eau « crise ». C’est-à-dire que « seuls sont autorisés les usages prioritaires de l’eau, concourant à l’alimentation en eau potable des populations, à la survie des espèces aquatiques, à l’abreuvement des animaux, à la sécurité civile et à la salubrité publique. Des demandes de dérogations, encadrées, sont possibles au bénéfice de l’irrigation agricole », précise la préfecture. Dans l’Hérault, le bassin-versant du Jaur, qui prend sa source à Saint-Pons-de-Thomières, est aussi placé au niveau le plus haut.

    S’adapter ou mourir ?

    Le Rac mentionne dans son rapport les études du Réseau d’expertise sur les changements climatiques en Occitanie (Reco) sur cette question de l’accès à l’eau : « Les conflits liés à la ressource en eau devraient augmenter, et les différents types d’usages seront tous impactés : domestique, agricole, industriel, énergétique… Or dans certains cas, la demande en eau pourrait augmenter du fait du changement climatique. » Et de citer l’exemple du canal de Gignac, sur le bassin-versant de l’Hérault, où « la demande en eau pour l’irrigation agricole pourrait augmenter de 11 à 48% ».

    Les conflits liés à l’eau sont très médiatisés par certains syndicats agricoles comme la Coordination rurale (proche de l’extrême droite) alors que moins de 7% des surfaces agricoles sont irriguées. Sauf que l’absence de pluie, notamment en Occitanie, fait monter la pression. José Pérez, président de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne, incite les agriculteurs à passer outre les restrictions. « N’hésitez pas à irriguer, on viendra sortir ceux qui nous contrôlent », a-t-il déclaré récemment.

    Loin des discours démagogiques, pour le Reco, « la gestion de l’eau et notamment les usages agricoles devront être repensés pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques ». L’adaptation est déjà à l’œuvre. Des viticulteurs de l’Aude et des Pyrénées-Orientales ont exceptionnellement commencé leurs vendanges fin juillet. Le Réseau action climat ne dresse pas simplement un constat, mais fait aussi des propositions. « L’une de ces réponses durables est le développement des pratiques agroécologiques, dont l’agriculture biologique. Selon le dernier rapport du Giec, ces approches “peuvent renforcer la résilience au change ment climatique, avec de multiples cobénéfices”. Elles offrent en effet une plus forte résistance aux événements extrêmes. » Et de citer, par exemple, la diversification « des cultures en intégrant notamment les cultures de légumineuses, qui permettent un meilleur maintien de la matière organique dans les sols, et allonger leurs durées de rotations ». Des actions concrètes donc, comme les études sur les cépages pour écrire l’avenir de l’agriculture occitane.

    * Créé en 1996 à l’initiative de France Nature Environnement, WWF, Greenpeace et les Amis de la Terre, le Réseau action climat fédère 27 associations nationales.

  • À Châteaurenard, Attal pointe « la démence normative » française

    À Châteaurenard, Attal pointe « la démence normative » française

    Après la Vendée, les Yvelines, la Savoie, le Morbihan où le Finistère, avec cette douteuse sortie médiatique sur les aires d’accueil des gens du voyage, la tournée estivale de campagne de Gabriel Attal, passait jeudi par les Bouches-du-Rhône et le Marché d’intérêt national (MIN) de Chateaurenard.

    à l’aube, entre deux cagettes de fruits et légumes, face aux agriculteurs, grossistes et acheteurs, le macroniste à la chemise blanche, aurait pu parler de la baisse annoncée de la production sous l’effet du dérèglement climatique. Il a choisi cette fois encore de gratter à sa droite en rappelant sa volonté de mettre fin à la « démence normative française », donnant l’exemple d’un agriculteur verbalisé car un salarié ne portait pas de chaussures de sécurité « en plein été ».

    « Ne pas avoir réussi à libérer toutes les énergies, tous ceux qui ont envie de faire et de travailler, c’est peut-être l’un des échecs de ces dernières années », note celui qui entend aller plus loin dans la destruction du modèle social français en promettant de « rapprocher le salaire net du salaire brut ». Caressant les agriculteurs en leur promettant de lutter contre la concurrence déloyale, il assure que leur revenu, et plus largement les salaires et les rémunérations français, sont une des quatre grandes priorités de son projet.

  • La Camargue perd son label de parc régional

    La Camargue perd son label de parc régional

    La perte du label de Parc naturel régional (PNR) du PNR de Camargue, faute de reconduction avant février 2026, a fait l’objet d’une lettre ouverte adressée à Anne Claudius-Petit, présidente du syndicat mixte gestionnaire et conseillère régionale (Ren.) écrite lundi par le conseiller communautaire d’opposition d’Arles Nicolas Koukas (PCF).

    « Il est préoccupant que la Camargue se retrouve sans la charte fixant vision et stratégie sur 15 ans », écrit l’élu, estimant que « son renouvellement aurait dû être l’occasion de mettre sur la table l’avenir de la Camargue : le réchauffement climatique, la montée des eaux et les risques inondations, l’érosion du littoral, les risques d’incendies et la préservation de nos écosystèmes », liste-t-il.

    Sollicitée, Anne Claudius-Petit explique que « le début du travail pour la nouvelle charte a commencé début 2022 », mais que « le décès du président du Parc Rolland Chassain, les municipales de 2020, le départ du directeur, un autre avec qui ça s’est pas bien passé et la relation qui n’était pas au beau fixe avec Arles », ont reporté la révision de la charte à 2024 selon l’élue. À noter que Patrick de Carolis avait démissionné en juin 2022 en pointant la décision de la Région de reporter le vote de la charte pour lancer sa révision.

    « On a rattrapé notre retard »

    Nicolas Koukas pointe également le changement d’idée du président de Région (Ren.) Renaud Muselier sur la ligne à Très haute tension : « Il a longtemps porté ce projet avant de changer de position (…) à l’approche des élections sénatoriales », affirme-t-il.

    Anne Claudius-Petit répond que « RTE et l’État doivent trouver des solutions face au rejet massif par les Camarguais » mais considère qu’il s’agit d’un « concours de circonstances malheureux » entre les deux sujets. « La Camargue garde une grande force au-delà du juridique. Même si nous n’avons plus la charte, nous sommes protégés son caractère de réserve biosphère Unesco et son label Ramsar », détaille l’élue.

    La présidente espère présenter la nouvelle charte fin 2029. À moins que le Projet de loi portant simplification des normes applicables aux collectivités territoriales actuellement au Sénat ne raccourcisse ce délai.

  • L’agriculture paysanne dénonce la baisse des aides en région Sud Paca

    L’agriculture paysanne dénonce la baisse des aides en région Sud Paca

    « C’est la négation d’une partie de l’agriculture », se désole le porte-parole de la Confédération paysanne Paca, Yannick Becker. Il réagit à la révision du mode de calcul des aides accordées aux syndicats agricoles depuis 2008 de la Région Paca. Avec cette modification, la subvention accordée à la Confédération paysanne diminue de 42% et celle allouée au syndicat majoritaire, la FNSEA, est renforcée.

    « Il y a une rupture d’égalité. Ce qui nous fait peur, c’est que tout se fait sans concertation, sans réelle diversité démocratique. Ça nous inquiète pour l’agriculture provençale », exprime celui qui est aussi éleveur et maraîcher dans les Alpes-de-Haute-Provence. De son côté, la Région justifie cette modification par un objectif de « simplification », selon le syndicat. Ce dernier a procédé à un recours gracieux au mois de juillet avec l’espoir que la collectivité revienne sur sa décision. « Si on n’a pas de réponse, on basculera vers le tribunal administratif », assure Yannick Morel. Cette décision de la Région va impacter l’activité syndicale des agriculteurs. Jusqu’ici défrayés de leurs déplacements pour les réunions syndicales, ils ne le seront plus pour des raisons financières. « Si on n’arrive plus à maintenir une activité syndicale, on ne sera plus là pour porter la voix de l’agriculture paysanne et les agriculteurs seront impactés sur les décisions prises », regrette Solène Caldero, coordinatrice du syndicat régional. « À l’automne, on va essayer de se tourner vers la société civile pour se financer de manière indépendante et retrouver une liberté de parole », avance le porte-parole du syndicat.

    Une attaque frontale

    à l’agriculture paysanne

    La Région a aussi coupé une subvention de 100 000 euros à l’Ardear, un réseau associatif qui aide à l’installation en agriculture paysanne et en agroécologie. « Il s’agit d’une attaque frontale contre l’agriculture paysanne et l’agroécologie en Paca. La Région souhaite poursuivre dans le modèle agro-industriel dominant, sans prendre en compte l’urgence climatique, qui invite à changer de modèle. On le voit un peu plus chaque jour cet été et la Région continue à s’enfoncer, à forcer un modèle dominant qui ne convient pas », s’attriste Solène Caldero. La Confédération paysanne et l’Ardear envisagent des mobilisations communes à la rentrée. « L’idée c’est de faire front ensemble face à ces décisions et ne pas les vivre chacun de notre côté », poursuit la seule salariée du syndicat régional.

    Contactée, la Région n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet.

  • [C’est l’été] Laurent Belorgey, oléiculteur : « S’adapter, c’est un défi »

    [C’est l’été] Laurent Belorgey, oléiculteur : « S’adapter, c’est un défi »

    « Après des études d’ingénieur, je suis parti dans une banque au Luxembourg. Pas vraiment destiné à faire un métier agricole. Au décès de mon père en 2002, je fais des allers-retours hebdomadaires sur l’exploitation pendant un an. Viens ensuite l’heure du choix » explique Laurent Belorgey. Et de préciser : « Je me souviens très bien, c’était au mois de mai à Marseille. J’ai pris la corniche pour me rendre à la Mutualité Sociale Agricole (MSA) et je me suis dit que c’était vraiment trop beau. Le Luxembourg y a que des banquiers et des assureurs. Faut être honnête, ce n’est pas la vraie vie ».

    En constante adaptation

    Au mois de septembre de l’année suivante, il rentre au pays avec sa petite famille. La Lieutenante est le nom de son exploitation à Saint-Martin-de-Crau près d’Arles qui doit son nom à la femme d’un lieutenant qui, sous le règne du roi Henri IV, à la suite des guerres de religion avait repris le domaine. « Mon histoire familiale commence là, sur cette propriété transmise depuis deux siècles. à l’origine, il y a avait du foin, des oliviers plantés en 1961 par mon grand-père Jean et puis un troupeau ovin IGP agneau de Sisteron label rouge » détaille Laurent. En 1963, Jean rachète avec quelques amis et voisins un moulin pour transformer les olives en huile et préparer des olives de bouche. « A partir de 1992, mon père Marc Bélorgey poursuit le développement de l’oliveraie familiale et participe au plan de relance de l’oléiculture française », retrace-t-il. En 2008, suite à une décision de l’ARS, une partie du troupeau doit être abattue, le reste est cédé à un berger.

    La passion pour moteur

    Une variété locale d’olivier est longue à produire, presque une dizaine d’année, Laurent le sait, alors il continue de planter des oliviers comme son grand-père et son père. « Si dans l’imaginaire, un olivier n’a pas besoin d’eau, il faut savoir que poussé à l’extrême, il ne produit plus. Il est hyper résiliant mais pour avoir des olives, il faut de l’eau et au bon moment » précise l’oléiculteur. Equipé de dendrométres pour mesurer la respiration de l’arbre, et les flux de sève et d’outils multispectraux… Il faut arroser juste.

    Son foin de Crau voit aussi de fait son système d’irrigation s’améliorer. Convaincu que « le tabouret tient mieux avec 3 pieds », Laurent avec un voisin s’intéresse aux amandiers à partir de 2017, et il commence à en planter. « La monoculture est trés compliqué dans l’agriculture. on est en première ligne du changement climatique. On le voit sur les dates de récoltes, de floraison. » L’olivier a besoin d’être pollinisé, un décalage sur la floraison impacte forcément la chaîne de l’écosystème. Aujourd’hui 80 hectares d’amandiers, 50 d’oliviers et 80 de foin composent le domaine. « La récolte est avancée de 15 jours actuellement. S’en rendre compte c’est une chose, s’adapter, c’est un défi. » Une seule certitude reste : il n’y a pas d’agriculture sans eau. Mais attention « Ce n’est pas du gaspillage, l’évapotranspiration des arbres, donne un climat plus frais dans la Crau. On doit être 5 degrés de moins que dans la Crau sèche, où il n’y a pas de foin. L’eau, c’est un cycle. »

    En agriculture, mieux vaut être passionné mais pas que. « La résiliance, le fait d’aller au bout des projets, de se donner tous les moyens pour y aller, c’est un travail de tous les jours » confie Laurent. Mais il ne faut pas oublier l’humilité. « On est face à la nature, on ne peut pas tout expliquer, tout maitriser. On est obligé de s’adapter en permanence. On doit faire avec le climat. » Laurent se pose quelques minutes puis poursuit « avec les fortes chaleurs de mai, on a fait du foin comme jamais au niveau qualité depuis 10 ans. » Ensuite vient l’interrogation : « Mais pour les oliviers ? Ils venaient juste de fleurir, je ne suis pas certain du coup de chaud sur les fleurs et sur les petites olives qui venaient à sortir. »

    Laurent garde en tête la nécessité de la polyculture et l’attachement à produire des beaux produits. « Voir les gens prendre du plaisir à consommer ce qu’on produit. C’est ma plus grande satisfaction. C’est concret. »

    Des huiles labellisées AOP

    Les quatre variétés d’oliviers, reconnues par l’appellation de la Vallée des Baux de Provence A.O.P sont cultivées au domaine de la Lieutenante : la Salonenque, la Béruguette, la Verdale des Bouches-du-Rhône et la Grossane.

    Grand cru noir ou vert ou encore huiles aromatisées sont proposées.

  • À Martigues, un cahier de vacances dédié au climat et à la justice sociale

    À Martigues, un cahier de vacances dédié au climat et à la justice sociale

    Les vacances aussi sont politiques. Mercredi soir, les communistes de Martigues sont allés à la rencontre des passants sur le marché nocturne de Jonquières, ainsi qu’à la plage de Ferrières, pour distribuer leur cahier d’été « revendicatif », comme le précise Laetitia Sabatier, secrétaire de la section de Martigues du PCF.

    « C’est un tract sous forme ludique avec des mots croisés, des quiz, qui parlent de nos priorités », présente la responsable aux plagistes, accompagnée de la conseillère municipale (PCF) Mélaine Del Baldo. À l’intérieur, cinq questions portent sur la réduction des émissions mondiales de CO2, de la submersion du département à horizon 2100 ou de l’augmentation du nombre de jours au-dessus de 35°.

    « Il faut taxer les riches pour redistribuer »

    Les priorités dont parlait la secrétaire de section sont d’« électrifier les usages avec un mix énergétique entre les énergies renouvelables et le nucléaire », « végétaliser massivement pour limiter les effets du réchauffement climatique » ou encore « l’amélioration et la gratuité du transport public du quotidien et la relance du fret ferroviaire », exposées dans le cahier d’été distribué.

    Au centre de cette idée : « Lier la justice sociale avec l’enjeu climatique » pour Laetitia Sabatier, citant le Plan climat pour la France empreinte 2050 du PCF. « Prélever 10% du patrimoine des 10% les plus aisés permet de récupérer 5 milliards d’euros par an et rend possible l’investissement » nécessaire à ce plan, lit-on dans le cahier. « Je suis d’accord avec le principe de taxer les milliardaires pour redistribuer à l’Hôpital, l’école, la lutte pour le climat », approuve Jafar, qui profite de l’ombre des pins de la plage de Ferrières. Samir, son collègue, estime que « le problème, c’est que les entreprises qui rénovent font n’importe quoi et s’en mettent plein les poches », juge-t-il, en référence aux aides à la rénovation thermique faites pour avoir chaud l’hiver, mais oublient souvent le confort d’été. La climatisation, dans ce contexte, est envisageable « avec un mix énergétique nucléaire, géothermie, et chaleur de la mer »n avance-t-il.