Tag: pollution

  • À la Millière, Veolia broie l’amiante et vire les lanceurs d’alerte

    À la Millière, Veolia broie l’amiante et vire les lanceurs d’alerte

    Les clichés s’étalent sur la table du cabinet d’avocat, comme autant de preuves accablantes. « Quand j’ai envoyé les photos à mes supérieurs hiérarchiques, ils m’ont dit : si vous n’êtes pas contents, allez travailler ailleurs », témoigne Sadok Kraimi. Cela faisait vingt-sept ans que ce chef d’équipe travaillait sur le centre de tri et de transfert des déchets professionnels de la Millière (11e arr.). Jusqu’à ce qu’il soit licencié pour faute grave le 5 mai dernier par l’entreprise Onyx Méditerranée, la filiale de Veolia qui gère le site en délégation de la Métropole. Trois mois plus tôt, le 12 février, l’entreprise décidait de la rupture anticipée du CDD de l’un de ses collègues, Christophe Autaire, pour faute grave là aussi. Le point commun entre les deux hommes : ils n’ont eu de cesse d’alerter sur la présence de déchets illégaux et dangereux.

    « J’alerte depuis 2017 »

    Officiellement, il est reproché au premier d’avoir accepté de l’argent pour aider à décharger un camion, au second d’avoir endommagé un véhicule lors d’une manœuvre. Un pourboire de 10 euros refusé, assure Sadok Kraimi, pour un service habituel sur le site. « Il n’y avait pas d’agent de circulation », répond pour sa part Christophe Autaire. Mais pour leur conseil, Me Léa Talrich, la vraie raison est ailleurs. « Par l’intermédiaire du chef d’équipe, ils ont dénoncé le dépôt et le traitement par Onyx Méditerranée de plaques d’amiante et de déchets hospitaliers, qui correspondent à une mise en danger personnelle », expose l’avocate qui a déposé ce mercredi matin une saisine afin de contester leur licenciement et demander que leur soit accordé leur statut de lanceurs d’alerte. Une première audience de conciliation et d’orientation se tiendra, à huis clos, le 18 novembre prochain.

    « J’alertais depuis 2017, mais à chaque fois c’était verbalement », se souvient Sadok Kraimi. Mais déjà, ses alertes passent mal. Il est rétrogradé, avant qu’un premier jugement des Prud’hommes, le 31 janvier 2020, ne vienne rétablir son avancement professionnel. Un an plus tard, il subit une campagne de dénigrement, avec de fausses accusations de harcèlement sexuel. « On m’a comparé à DSK », lâche celui qui doit être placé en arrêt maladie pendant six mois, après avoir fait une décompensation sur son lieu de travail. Mais il y retourne. Et de nouveau cette année alerte ses supérieurs, par textos et avec photos à l’appui cette fois.

    « On est là pour faire de l’argent »

    « Je voyais de l’amiante deux ou trois fois par semaine, témoigne Christophe Autaire. Quand on alertait, on nous disait : oh, laisse, ça va être poussé avec le chargeur, on va le broyer avec les gravats. » Ancien salarié d’une boîte de démolition, il sait bien reconnaître le matériau et connaît le risque de ces fibres cancérigènes. « Pour traiter les plaques d’amiante, on était habillés, avec des masques P3. Ici, j’avais des masques en papier pour nettoyer le broyeur ! » Le tout est enfoui sur un site de Veolia non habilité, à Belcodène. Confrontés lors de l’entretien préalable, les responsables du site – dont l’un est élu syndical – ne nient pas ces faits.

    D’autres joyeusetés sont livrées sur le centre de la Millière. Des camions de Veolia, qui récoltent les déchets d’activités de soins à risques infectieux (Dasri) auprès de l’institut Paoli-Calmette, des cliniques de Saint-Joseph et de la Bourbonne les déchargent aussi sur le site. « Le 13 mars, on avait des dispositifs de dialyse, le 26 mars, dialyse encore », énumère Me Talrich, clichés à l’appui. Avec des aiguilles, du sang. « J’ai demandé le minimum, du désinfectant, ça m’a été refusé », proteste Sadok Kraimi.

    Du verre est également déchargé, pour être broyé avec les gravats et enfoui au lieu d’être recyclé. Lors de l’entretien préalable, le directeur du site le justifie : « Ici, on n’est pas une association, on n’est pas là pour faire du bénévolat. On est là pour faire de l’argent. » Depuis trois ans, des ordures ménagères sont aussi apportées de manière illégale sur le centre par les camions de Veolia. « Tous les jours, on charge trois semi-remorques », assure le chef d’équipe. Et gare à ceux qui le dénoncent. « On arrive au travail la boule au ventre, on nous dit : celui qui parle, on lui enlève sa prime de participation », souffle Sadok Kraimi. L’un de leurs collègues, face au danger, a préféré faire une rupture conventionnelle. Les deux lanceurs d’alerte, de leur côté, espèrent désormais être reconnus et indemnisés.

  • Le préfet ouvre un boulevard au COM

    Le préfet ouvre un boulevard au COM

    Après des années d’atermoiements, le Contournement ouest de Montpellier (COM) semble sur la voie royale. Le préfet de l’Hérault vient de lui offrir un boulevard, une autoroute, diraient les opposants à ce projet routier de construction d’une 2 fois 2 voies (plus une voie d’urgence empruntée par les bus) de 6,2 km entre Saint-Jean-de-Védas et Juvignac.

    Le double objectif affiché par les porteurs du projet, à savoir relier l’A709 à A750 et ainsi réduire le trafic de transit dans Montpellier, qui souffre des embouteillages et de la pollution, a été réaffirmé par le préfet de l’Hérault. Comme il s’y était engagé, François-Xavier Lauch est (enfin) venu, lundi 15 septembre, présenter aux maires et conseillers métropolitains les contours d’un projet jusqu’ici ficelé en coulisses entre l’État, le maître d’ouvrage désigné (Vinci) et l’exécutif de la Métropole.

    Durant cette séance de travail d’1h30 non ouverte à la presse, le représentant de l’État a défendu bec et ongles le COM qu’il juge « indispensable », comme le président Michaël Delafosse (PS). Selon François-Xavier Lauch, les résultats de l’enquête publique préalable qu’il avait programmée en août (au grand dam des oppositions) sont sans appel. « Quand 6 000 personnes se prononcent sur une infrastructure de ce type, avec 65% en faveur du projet, je pense que c’est beaucoup. » Suffisant en tout pour annoncer publiquement qu’il délivrera l’autorisation environnementale le 30 octobre au chantier qui pourrait débuter (après les diagnostics archéologiques) fin 2026 ou début 2027. D’un coût de plus de 300 millions d’euros financé par Vinci (qui se rémunérera sur la hausse du tarif des péages de l’A9 à Baillargues et Saint-Jean-de-Védas), l’infrastructure doit être livrée à l’horizon 2030.

    Le préfet juge et partie ?

    Ainsi la messe semble dite, même si le préfet dit « s’attendre à des recours ». Pourtant, à l’instar de René Revol (Grabels), Isabelle Touzard (Murviel) ou Véronique Négret (Villeneuve), des maires ont soulevé des interrogations voire émis des réserves. C’est aussi le cas de Manu Reynaud, pourtant fidèle adjoint au maire M. Delafosse. Plutôt que ce qui est désormais qualifié de « route express », l’élu écologiste aurait préféré un « vrai boulevard urbain limité à 70 km/h, pas 90 km/h ». D’autant, insiste-t-il, que « l’infrastructure est conçue pour 110 km/h donc surdimensionnée ». Persuadé, à l’instar de l’échec annoncé du doublement de l’A9, que les bouchons persisteront après le COM, Manu Reynaud s’étonne aussi d’apprendre qu’aucun aménagement pour le covoiturage n’a encore été envisagé.

    Du côté du collectif AutreCOM, pas d’étonnement. Mais on s’agace d’un certain passage en force du préfet. « Il bafoue son rôle d’arbitre, il a un devoir de réserve. Il devrait attendre le rapport du commissaire enquêteur », souligne une porte-parole du collectif d’opposants. Chez AutreCOM, on s’interroge aussi sur la crédibilité des trois études commandées par la Métropole et présentées aux élus lundi soir. « La première a été faite par des personnalités émérites au Canada, la seconde confiée à un géographe pro-Frêche et la troisième à un chercheur du CNRS qui critique l’agence Atmo », liste la porte-parole qui y voit « des études de complaisance financées par le contribuable ». « Elles reprennent les éléments de langage de Vinci, elles sont bâclées. Leur seul but est de discréditer l’étude des Shifters, qui prouve que le trafic induit n’est pas pris en compte dans le projet de Vinci. »

    « Pour un vrai boulevard urbain limité
    à 70 km/h »

  • Une association met en cause Arcelor pour sa pollution

    Une association met en cause Arcelor pour sa pollution

    C’est une énième accusation de pollution qui entache ArcelorMittal. Entre avril et juin derniers, l’association Respire a réalisé une nouvelle étude afin de mesurer les concentrations de particules fines dans une dizaine de lieux du quotidien aux abords des usines de Fos-sur-Mer et de Dunkerque. Du côté méditerranéen, deux capteurs ont été placés de part et d’autre de l’usine, dans l’axe du vent dominant, pour comparer les taux de particules fines en amont et en aval du site.

    Résultat : « Les valeurs de pollution de fond mesurées dépassent les seuils journaliers recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans 7 cas sur 8, avec des concentrations parfois deux fois supérieures aux seuils comme sur la plage du Cavaou », note l’organisation. « Les pics de pollution observés dans l’axe des nuages de fumée industrielle atteignent plus de trois fois les seuils journaliers OMS. »

    L’aciériste répond « que les particules fines proviennent de nombreuses sources : chauffage, agriculture, industrie, transport… » et assure mener des actions concrètes pour limiter la pollution de l’air : « Grâce à de nombreux investissements, à Fos-sur-Mer, les émissions de poussières ont ainsi été réduites de plus de 70% en 10 ans (2014-2024). » La direction met notamment en avant un dispositif de filtration abaissant le niveau de poussières au-delà des seuils réglementaires d’un coût de 30 millions d’euros.

    Une procédure de mise en examen en cours

    Cette présence « préoccupante » de particules fines montrée du doigt par Respire intervient alors qu’ArcelorMittal a été mis en examen en mars pour mise en danger de la vie d’autrui et atteintes à l’environnement. Le sidérurgiste ne souhaite pas commenter « car il s’agit d’une procédure en cours », « conteste les accusations et rappelle qu’elle bénéficie à la fois de la présomption d’innocence et du secret de l’instruction ».

  • Un nouvel outil testé contre le dépôt sauvage

    Un nouvel outil testé contre le dépôt sauvage

    Au nord d’Aix, près d’une résidence ou s’affiche, noir sur blanc, un panneau « dépôt sauvage interdit », Hervé Beguin et Malik Khemaissia, agents de la brigade de l’environnement s’affairent, perchés sur une nacelle. À bout de bras, les brigadiers installent l’un des deux premiers pièges photographiques « nouvelle génération » du secteur aixois, dispositif flambant neuf visant à lutter contre les dépôts sauvages. Une dizaine d’« ancienne génération » sont déjà dispersés sur la ville d’Aix et ses pourtours. Moins discrets, mais plus autonomes car dotés de panneaux solaires, d’un boîtier en fibre de verre, ces appareils élaborés par la société de matériel vidéo HD Protech aux Milles, ont été installés dans deux secteurs de la ville. La décision d’adopter ces outils a été adoptée en conseil municipal, en 2024. Pour des raisons évidentes, la brigade de l’environnement souhaite que la localisation des appareils reste inconnue. « Ici, on a un détecteur de présence, décrit Stéphane Leconte, chef de la brigade environnement aixoise. À chaque fois qu’il y a un passage, l’appareil déclenche la photo. Les agents de la brigade, de surveillance de la voie publique, le garde champêtre et moi-même auront accès aux photos. On a un routeur Wifi, une carte SIM, et les photos nous sont envoyées dès qu’elles sont prises. On estime que c’est de la photographie à partir du moment où il y a moins de six prises de vues par seconde. »

    Moins contraignant, moins onéreux

    À la différence d’une caméra de vidéosurveillance, qui enregistre l’image en continu. Pas besoin non plus, pour les pièges photographiques, d’obtenir une autorisation préfectorale pour son installation, contrairement à une caméra, qui doit être déclarée en préfecture avec une localisation spécifique. « À condition que l’on soit sur le domaine public, précise Stéphane Leconte. On gagne donc du temps, c’est moins onéreux, et je peux les déplacer à loisir. Je pense que l’on va se laisser un délai de deux mois pour l’expérimentation. On n’est pas dans l’urgence, et on ne veut pas non plus risquer d’acheter trop de matériel qui ne fonctionne pas, mais normalement, la qualité devrait être meilleure », estime le chef de la brigade de l’environnement. À ce stade, les deux types d’appareils, « anciens » comme « modernes » continueront d’être utilisés à Aix. « Les lieux où l’on aura moins de passage, on va privilégier celui-ci [les plus anciens, Ndlr], qui est plus discret et moins cher. On attend de voir comment ça marche, si ça fonctionne », souligne Stéphane Leconte.

    Pour l’un des nouveaux pièges, il faut compter un budget de 1 200 euros. Contre 250 euros pour les traditionnels. Les deux emplacements pour les pièges photographiques « dernière génération » ont été choisis en fonction des signalements citoyens, recueillis par les associations de quartier ou la mairie, ou selon les conclusions tirées des rondes de la brigade de l’environnement. Villages, quartiers, hyper-centre : le dispositif a pour vocation de pouvoir être installé dans tous les secteurs d’Aix-en-Provence et ses alentours. Un listing permet de garder la trace de l’état des pièges, leur type, et la nature du constat ou de la plainte ayant motivé leur installation. Ici, au nord de la capitale de Provence, ce sont les signalements d’une association de quartier qui ont poussé à la décision d’installer l’un des deux pièges : en cause, des passages de voiture, profitant de l’espace sous la résidence pour déposer des piles de déchets. « On va avoir tendance à continuer nos patrouilles. Si on voit qu’il y a un nouveau dépôt près de l’endroit où l’on a installé le piège, on pourra également l’exploiter dans ce cadre-là », ajoute Stéphane Leconte. L’agent rappelle : pour un dépôt sauvage, le coupable encourt 135 euros d’amende forfaitaire, avec un procès-verbal électronique, 750 euros en cas de convocation au tribunal. « Là où ça fait mal, c’est avec un véhicule. Dans ce cas c’est 1 500 euros d’amende avec une confiscation possible du véhicule. En cas de récidive, la peine peut aller jusqu’à 3 000 euros », ajoute Stéphane Leconte. Un avertissement sans frais.

  • « Il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins »

    « Il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins »

    Entretien

    La Marseillaise : L’interdiction du thon dans les cantines est-elle une bonne idée ?

    Daniela Banaru : Tout comme l’espadon, ou le requin, le thon est un grand prédateur qui se trouve tout en haut de la chaîne alimentaire. Plus tu es au sommet de la chaîne, plus il y a des chances que tu accumules des contaminants, dont le mercure. Mais, ce n’est pas le seul, il y a aussi des polychlorobiphényles (PCB), des Pfas ou encore des pesticides. Et on ne connaît pas l’effet cocktail.

    Pourquoi le mercure est-il dangereux ?

    D.B. : Depuis la pollution accidentelle au mercure en mer à Minamata, au Japon, on sait que c’est un neurotoxique. Les conséquences vont être très importantes au niveau du système nerveux pour les fœtus et les enfants. C’est là le véritable danger. Mais, il ne faut pas affoler la population par rapport aux produits marins, car on en tire aussi énormément de bénéfices. Il faut juste faire attention à l’âge. Anses, OMS, Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et d’autres organismes scientifiques nous disent qu’il faut en manger pour les acides gras essentiel, les protéines, les vitamines B12 ou encore le potassium et de magnésium. Il ne faut pas oublier ça. C’est la balance bénéfice-risque qu’il faut regarder.

    Comment faire le tri ?

    D.B. : Si l’on n’est pas biologiste marin (rire), il faut tenir compte des recommandations. Taille, âge, poids ou quantité, les risques prennent en compte différents critères d’une population, mais aussi le lieu d’habitation. Par exemple, en zone côtière, on mange davantage de poissons. Pour les enfants, on sait qu’il y a un risque. Le mercure en mer, naturellement présent, est transformé en méthyl mercure, c’est lui qui est toxique. L’activité humaine (dans l’industrie par exemple) augmente ses concentrations au-delà du normal.

    Qu’en est-il en Méditerranée ?

    D.B. : Le mercure est un peu plus élevé car la Méditerranée est une mer pauvre, les cellules vivantes sont très petites, la bioconcentration est accrue. Les thons sont tout en haut de la chaîne alimentaire et ce sont des gros mangeurs, jusqu’à 30% de leur poids par jour.

    Quel poisson peut-on manger alors ?

    D.B. : Les seuils de surveillance fixés par l’Europe sont différents pour les grands prédateurs et les autres espèces. En ce qui concerne les femmes enceintes et les enfants, il faut manger d’autres poissons que le thon. Avec mon laboratoire, nous avons étudié et donné à la Mairie une liste de 263 espèces comestibles sur nos côtes. Il faut manger d’autres espèces, plus bas dans la chaîne alimentaire. Il ne faut pas céder dans la psychose.

  • Du stress chronique aux troubles anxieux, la découverte d’un lien manquant

    Du stress chronique aux troubles anxieux, la découverte d’un lien manquant

    C’est une petite région enfouie au cœur du cerveau : l’aire tegmentaire ventrale (ATV). Elle est connue depuis des décennies pour son rôle dans la motivation. Beaucoup de ses neurones produisent la fameuse dopamine, cette molécule messagère – un « neurotransmetteur » – impliquée dans le circuit de la récompense. Mais pas tous : d’autres neurones y produisent du glutamate – un autre neurotransmetteur – et sont importants pour réagir face au danger. Une étude parue dans Biological Psychiatry montre que ces neurones sont reliés à une autre région – l’amygdale – et que ce lien se renforce en cas d’exposition à un stress chronique, entraînant une hausse de l’anxiété. « Ce lien est devenu ma nouvelle cible pour tenter de mieux comprendre et traiter les troubles anxieux », confie Sebastian Fernandez, chercheur CNRS à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire de Valbonne et dernier auteur de l’étude.

    Le rôle de l’amygdale dans l’anxiété est une vieille histoire : il est connu que les personnes anxieuses ont une amygdale hyperactive. De même, le lien entre exposition au stress chronique et anxiété n’est pas un secret. « Une manière robuste d’étudier l’anxiété chez les animaux est de les exposer au stress, pointe Sebastian Fernandez. Ce qui nous manquait était le lien pour expliquer pourquoi l’exposition au stress entraîne une hyper-activation de l’amygdale ».

    Approche virale

    Les chercheurs ont découvert que l’exposition au stress augmente la quantité de récepteurs du glutamate au niveau des connexions entre l’ATV et l’amygdale. « Or ces récepteurs sont plus perméables au calcium, qui est clé pour l’activité de la cellule », souligne Sebastian Fernandez. L’effet excitateur du glutamate sur l’amygdale lorsqu’il arrive sur ces récepteurs – plus nombreux – est donc démultiplié.

    Que se passe-t-il quand on les bloque ? « Nous avons regardé et c’est la cerise sur le gâteau de notre étude », poursuit Sebastian Fernandez. Pour cela, les chercheurs ont utilisé une petite molécule – un peptide – apportée par un virus. Et cela fonctionne : cela prévient l’hyperactivité de l’amygdale et réduit les troubles de l’anxiété. Si ces résultats sont prometteurs chez la souris, il est encore difficile d’envisager ces expériences chez l’humain (voir interview).

    « Ce renforcement du lien ATV-amygdale est toutefois une des choses parmi d’autres qui se produisent dans le cerveau face à un stress chronique », nuance Sebastian Fernandez. Quant à savoir si ce lien est renforcé de manière permanente ou peut s’atténuer lorsque l’exposition au stress s’arrête, la question demeure. Le chercheur cite toutefois une autre étude ayant observé l’action d’une exposition au stress sur l’activité des neurones produisant la dopamine. « L’effet durait au moins trente jours, explique-t-il. Dans notre cas, nous pouvons donc penser que l’effet est aussi de longue durée. »

  • Le cadmium, cette « bombe sanitaire » qui empoisonne les Français

    Le cadmium, cette « bombe sanitaire » qui empoisonne les Français

    Dans les Cévennes, au pied des anciennes mines, l’extraction a laissé des traces invisibles : de nombreux polluants toxiques ont été abandonnés à ciel ouvert par l’exploitant. Des déchets chargés en métaux lourds, essentiellement arsenic et cadmium, qui polluent sols et rivières et pèsent sur la santé des habitants. Cinquante ans après la fermeture de ces sites miniers, l’obligation de dépolluer s’est enfin imposée à l’exploitant. « Suite à une bagarre juridique qui a duré plusieurs années, Umicore s’est retrouvé contraint – et ça va faire jurisprudence – de faire un certain nombre de travaux de confinement », explique François Simon, médecin retraité membre de l’AdamVM, association pour la dépollution des anciennes mines de la vieille montagne, dont le siège se situe dans le village cévenol de Saint-Felix-de-Pallières. « Le cadmium et l’arsenic, entre autres, se trouvent dans des déchets laissés sur place une fois les roches broyées pour extraire le zinc et le plomb. Ils peuvent se diffuser soit par l’air, soit par l’eau, charriés dans les cours d’eau puis les rivières. Et peuvent donc se retrouver dans des nappes phréatiques ou dans l’eau pour arroser votre jardin », décrit François Simon. Or ces polluants, notamment le cadmium, restent dans les sols et les eaux durant des décennies…

    C’est pour alerter sur le danger que représente ce métal lourd que la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) a décidé, dans un courrier adressé lundi 2 juin au Premier ministre et aux ministres de la santé, de l’agriculture et de la transition écologique, de tirer la sonnette d’alarme, n’hésitant pas à parler de « bombe sanitaire ».

    « La santé publique passe toujours après »

    Car au-delà des déchets issus des sites miniers, qui concernent des zones spécifiques, le cadmium, classé cancérogène certain pour l’Homme, se retrouve dans de nombreux produits alimentaires du quotidien, comme les céréales du petit-déjeuner, le pain, les pâtes, les pommes de terre ou encore le chocolat. Les médecins pointent notamment une « explosion de la contamination des jeunes enfants ». Présent dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture, le cadmium s’accumule dans les sols et a contaminé les aliments les plus consommés. Une fois dans le corps humain, il se fixe sur les os et s’accumule dans les reins et le foie. Il est associé à des maladies osseuses comme l’ostéoporose, des néphropathies, des troubles de la reproduction, des problèmes cardio-vasculaires et à un risque accru de cancer (reins, poumon, prostate, sein et notamment pancréas). Santé publique France alerte en effet depuis 2021 sur le lien avec l’explosion des cancers du pancréas en France, dont le nombre de cas a plus que quadruplé en 30 ans.

    « Si on voulait continuer à utiliser des engrais phosphatés, on pourrait en extraire le cadmium, mais ça coûterait très cher. On pourrait aussi avoir des accords économiques avec d’autres pays que le Maroc, car ces engrais viennent surtout de ce pays, dont les roches ont des teneurs en cadmium très élevées. Mais c’est avant tout une question économique et on retombe sur des problèmes liés au capitalisme et au poids des lobbies. On est sur le même registre que ce qu’il s’est passé avec la loi Duplomb, à savoir que la santé publique passe toujours après des problèmes de rentabilité », dénonce François Simon. Pour le médecin cévenol, « il faut encourager l’agriculture biologique, mais qu’elle soit subventionnée, accompagnée, afin que ce soit moins cher pour les gens ». Reste que les habitants des anciens sites miniers comme ceux des Cévennes, exposés à la fois à la pollution générée par l’extraction et à celle qui existe dans l’alimentation courante, sont soumis « à la double peine ».

    Convaincue qu’il présente « un risque inacceptable pour l’Homme et l’environnement », la Commission européenne a décidé de durcir sa réglementation en introduisant une limite pour la teneur en cadmium des engrais phosphatés. Fixée à 60 mg/kg depuis juillet 2022, la limite doit être abaissée à 20 mg/kg d’ici à 2034. Un seuil également proposé par l’Anses* en 2021, « mais le gouvernement ne l’a pas suivi, probablement sous la pression des lobbies agricoles », estime François Simon. Grand prince, le gouvernement a toutefois décidé, suite à la récente alerte lancée par les médecins libéraux, que les tests de dépistage du cadmium prescrits par les généralistes, jusqu’ici non pris en charge par la Sécurité sociale, seraient remboursés à partir de l’automne… Trop aimable.

    * Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

  • La dépollution des scories du littoral Sud va démarrer

    La dépollution des scories du littoral Sud va démarrer

    Après sept comités de suivi en Préfecture et deux réunions publiques, la dernière organisée à la Maison du peuple à la Madrague fin juillet, un premier acte sera posé ce lundi dans la dépollution du littoral sud de Marseille*. Les dépôts massifs de scories métalliques, résidus de traitement du minerai de plomb, résultants de près de deux siècles d’activités industrielles, entre le Mont Rose et Callelongue, vont être mis en sécurité.

    En mars 2024, l’Ademe avait été missionnée pour assurer la maîtrise d’ouvrage de ces travaux visant à éradiquer les risques sanitaires liés au transfert de polluants contenus dans les scories vers le milieu naturel et les personnes. 14 millions d’euros ont été alloués au projet fin 2023, cofinancés par l’état, le conseil départemental, la Ville de Marseille et la métropole. En décembre dernier, le tribunal administratif de Marseille avait même condamné l’État à mettre en sécurité les dépôts pollués d’ici 2028.

    « L’objectif sanitaire est prioritaire : ces travaux visent à supprimer le risque d’exposition des personnes aux polluants contenus dans les dépôts de scories présents, en incluant une réhabilitation environnementale et paysagère, tenant pleinement compte des spécificités du site concerné : cœur du Parc national des calanques et site classé », indique la Préfecture qui sait faire face à l’inquiétude des riverains.

    Sept sites traités avant l’été

    L’ensemble du chantier concerne vingt dépôts terrestres identifiés comme prioritaires au regard de leur potentiel de contamination. Sept d’entre eux seront traités la première année de travaux (Samena, Port de l’Escalette, Carneau du mauvais Pas et Calanque des Trous) et treize autres l’année suivante. La « mise en sécurité » se fera selon les spécificités de chaque dépôt soit par « l’élimination complète des scories » soit par « un confinement des résidus au moyen d’ouvrages pérennes. »

    Le calendrier de réalisation des travaux a été fixé à deux périodes de sept mois de 2025 à 2027, entre les 1er septembre et 31 mars. Ce chantier « très encadré en matière sanitaire » insiste la Préfecture, intègre plusieurs dispositifs et protocoles de maîtrise des émissions et dégagement de poussières, ainsi qu’une surveillance régulière de la qualité de l’air et du milieu marin.

    En matière de transport, pour éviter l’engorgement de la circulation d’un secteur déjà surfréquenté, les bus 19 et 20 doivent être renforcés et des zones au-dessus du parking Napoléon et dans le secteur de la Maronaise, serviront de délestage durant les travaux. À noter enfin que deux zones de circulation alternée nécessaires à la bonne conduite du chantier (calanque des Trous et de Mauvais Pas) seront levées chaque week-end.

  • Pollution de l’air : que risquent les sportifs ?

    Pollution de l’air : que risquent les sportifs ?

    Cet été, le départ d’une célèbre course d’ultra-trail dans le Colorado (États-Unis) était menacé en raison de fumées issues de feux de forêts. En 2020, la qualité de l’air perturbait l’Open d’Australie de tennis à Melbourne. En 2014, les participants au marathon de Pékin s’élançaient dans le « smog » de la capitale chinoise. « Les grands événements sportifs sont de plus en plus perturbés par des problèmes de qualité de l’air qui deviennent récurrents », souligne Valérie Bougault, spécialiste de la santé respiratoire des sportifs de haut niveau à l’Université Côte d’Azur et membre d’un groupe de travail mis en place en 2019 par le Comité international olympique pour dresser le bilan des connaissances quant à l’impact de la pollution de l’air sur la santé des sportifs.

    La dizaine de spécialistes recrutés livrent leurs conclusions dans un article paru cette année dans le British Journal of Sports Medicine. « Nous savons peu de chose, résume la chercheuse, première autrice de l’article. Jusqu’à présent, il y a eu beaucoup d’études sur les effets de la chaleur, mais moins sur la pollution ». Il est encore difficile d’établir les doses inhalées et les effets des différents polluants pendant un exercice physique, constatent les auteurs, « ce qui rend difficile d’émettre des recommandations claires pour protéger la santé des athlètes ».

    Le risque ozone

    Un polluant semble toutefois se détacher : l’ozone. « c’est ce qui ressort des études de terrain qui confirment ce qui avait été observé en laboratoire », indique Valérie Bougault. Ce gaz se forme sous l’effet du soleil, des ultraviolets et de la chaleur, à partir de molécules d’origine humaine ou biogénique : les composés organiques volatiles (COV), les particules fines et le dioxyde d’azote issus des activités humaines d’un côté, et les COV produits par la végétation de l’autre. « Ce gaz oxydant réagit avec les bronches », explique la chercheuse. Causant des difficultés à respirer ou de la toux par exemple. Quant aux particules fines ou au dioxyde d’azote, « les conséquences directes sur la santé des sportifs sont peu claires, d’autant que les sources sont souvent localisées et peuvent être évitées », indique-t-elle.

    Que risquent les sportifs qui s’entraînent dans des environnements pollués ? « A priori, les sujets sains ne risquent pas grand-chose dans l’immédiat, si ce n’est une baisse des performances et des symptômes temporaires comme de la toux, les yeux qui piquent ou un mal de crâne, poursuit Valérie Bougault. Mais les effets d’une exposition répétée sont encore méconnus ». Et certains individus sont plus sensibles que d’autres. Quant à ceux ayant des problèmes respiratoires
    – comme de l’asthme – ou cardiaques, ils doivent être prudents. « Ils risquent une exacerbation de leur maladie pouvant conduire au décès », alerte la chercheuse. Un sujet à ne pas prendre à la légère.

  • Nouvelle mise en demeure pour la friche Legré-Mante

    Nouvelle mise en demeure pour la friche Legré-Mante

    Huit mois après une décision du tribunal administratif de Marseille lui ordonnant de sécuriser le site de la friche industrielle de Legré-Mante, à la Madrague de Montredon (8e), la préfecture des Bouches-du-Rhône a de nouveau mis en demeure le propriétaire du site, la Société française des produits tartriques Mante (SFPTM), à travers un arrêté publié ce mercredi. Lors d’une visite du site lourdement pollué, le 30 avril dernier, l’inspection de l’environnement a en effet constaté « des dégradations locales des dispositifs de restriction d’accès aux parcelles », et que « la cheminée rampante présente sur le foncier de la SFPTM est accessible en plusieurs points du fait de dégradations et de vandalisme sur les dispositifs en place », relate le nouvel arrêté préfectoral. Des dégradations déjà évoquées à l’audience, le 7 novembre dernier.

    La Préfecture donne donc trois mois à la société pour réparer ces clôtures et interdire aussi bien l’accès à la plage située au pied du crassier qu’à la cheminée rampante. Il lui est aussi ordonné de produire, dans un délai de six mois, une nouvelle note de synthèse sur le risque sanitaire global du site, « précisant les mesures correctives à mettre en œuvre le cas échéant ».

    Enfin, après l’annulation à l’été 2024 du permis pour la construction de 332 logements sur l’ancienne friche, la préfecture demande que les plans et le calendrier du nouveau projet lui soient transmis avant le 31 octobre. Porté une nouvelle fois par le fonds d’investissement Ginkgo et le promoteur Constructa, celui-ci prévoit désormais environ 130 logements. Le permis de construire a été déposé ces derniers jours, indique l’adjoint (MadMars) à l’Urbanisme, éric Mery.