Tag: pollution

  • Huîtres interdites à la vente : crise sanitaire, crise de confiance

    Huîtres interdites à la vente : crise sanitaire, crise de confiance

    À Thau, la crise est devenue une triste habitude. Fin décembre, un arrêté préfectoral tombe : la récolte et la commercialisation des huîtres, moules et palourdes issues de la lagune sont suspendues. En cause : la présence de norovirus, « après plusieurs cas de toxi-infections alimentaires collectives », précise la préfecture. La contamination serait « très probablement » liée aux fortes pluies de décembre et aux crues exceptionnelles qui ont charrié des eaux usées dans le bassin.

    Des aides nationales

    à court terme

    Sauf que cette décision, prise au cœur des fêtes, frappe une filière déjà fragilisée. 10% de la production nationale, 3 000 emplois directs et indirects : ce territoire vit grâce à la conchyliculture. Ce nouvel arrêt ressemble à une gifle. D’autant que la fermeture concerne les coquillages récoltés après le 19 décembre, et que les rappels produits, les alertes répétées et la médiatisation des « huîtres contaminées » installent la méfiance chez les consommateurs.

    Pour Fabrice Grillon, directeur du Comité régional de conchyliculture de Méditerranée (CRCM), le choc est double : économique et politique. « Nous avons appris que 20 mm de pluie avaient suffi à provoquer des débordements et une contamination au norovirus », explique-t-il. Et d’ajouter : « Il y a une vraie stupéfaction. Comment, en 2026, des réseaux débordent encore ? » Patrice Lafont, président du CRCM, a indiqué avoir déposé plainte lundi 6 janvier pour « mise en danger des consommateurs » et « contamination du milieu », afin que la lumière soit faite sur l’origine de la contamination et pour « obtenir la reconnaissance du préjudice » de cette « fermeture dévastatrice ».

    La réunion de crise en préfecture, tenue le mardi 6 janvier au soir, a au moins permis d’obtenir des premières mesures. Face à la tempête sociale, l’État et les collectivités ont annoncé des aides d’urgence. Parmi elles : exonération des redevances portuaires (environ 120 000 euros), année blanche pour le traitement des déchets conchylicoles (soit 1 million d’euros), étalement des dettes fiscales, possibilité d’extension des prêts garantis par l’État sur quatre ans supplémentaires, remises gracieuses de taxe foncière, réouverture du guichet d’indemnisation lié à la malaïgue, avec barème enfin révisé. Fabrice Grillon salue la rapidité d’action : « Ces aides financières, c’est du concret, et cela va aider les entreprises à encaisser le choc. » Mais il prévient aussitôt : « L’impact ne s’arrêtera pas fin janvier. L’aide financière ne peut suffire au long terme. »

    Car l’essentiel reste sans réponse : comment éviter que cela ne recommence ? Le problème est en effet structurel. Si l’on en croit F. Grillon, les collectivités ont investi contre le risque microbiologique. Pas assez contre le risque virologique. Résultat : à chaque épisode pluvieux, la menace revient. Et derrière les chiffres, il y a des vies : producteurs ruinés, trésoreries à sec, saison gâchée. L’État promet des aides, mais la seule urgence ne peut être financière. Il faut sécuriser la production : revoir les réseaux unitaires, anticiper le pluvial, optimiser la station d’épuration, développer les unités de mise à l’abri. À l’heure où l’on subventionne à coups de milliards l’agro-industrie exportatrice, la filière de Thau demande simplement de pouvoir travailler durablement, sereinement, dignement.

    « Midi Libre » attaqué

    Lundi 5 janvier, une cinquantaine d’ostréiculteurs ont incendié le portail du siège de nos confrères de Midi Libre pour protester contre la couverture de la crise sanitaire. Le SNJ et la Sojomil dénoncent une « tentative d’intimidation » et rappellent que la critique passe par le débat, pas par la violence. F. Grillon souligne le« mal-être » de la filière et se défend d’une attaque contre la presse. Mais rien ne justifie de s’en prendre aux journalistes : la liberté d’informer reste une ligne rouge.

    A.J.

  • Bienvenue dans l’ère de la météo spatiale extrasolaire

    Bienvenue dans l’ère de la météo spatiale extrasolaire

    Les éruptions solaires sont bien connues : notre soleil éjecte parfois des bulles de plasma – un gaz ionisé très chaud – dont l’interaction avec le champ magnétique de la Terre provoque les fameuses aurores polaires. Cette activité solaire est suivie à la loupe dans le cadre d’une météo spatiale. « Nous supposions que le phénomène pouvait exister sur d’autres étoiles, indique Laurent Lamy, astrophysicien au Laboratoire d’astrophysique de Marseille. Mais cela n’avait jamais été détecté directement. » Jusqu’à la parution récente d’un article dans Nature qui relate la première observation sur une étoile à 133 années-lumière. « Il s’agit d’un événement au moins 10 000 fois plus violent que ceux produits par notre soleil », précise le chercheur qui a participé à l’étude pilotée par des collègues néerlandais.

    À l’origine, un signal d’à peine deux minutes enregistré en 2016 par le radiotélescope européen Lofar. « Cette détection a pris du temps car il a fallu développer une nouvelle méthode d’analyse mise au point à l’Observatoire de Paris par mon collègue Cyril Tasse », souligne Laurent Lamy.

    Plus précisément, le signal détecté est d’un genre particulier : un « sursaut radio de type 2 », « très caractéristique de l’éruption d’une bulle de plasma à la surface d’une étoile », pointe Laurent Lamy. Le résultat de l’onde de choc générée par le plasma qui se déplace bien plus vite que le plasma émis auparavant. « Une étude de 2021 relatait déjà l’observation d’un sursaut radio en provenance de notre étoile voisine : Proxima du Centaure, admet le chercheur. Mais c’était un type différent – le type 4 – moins directement associé à une éruption stellaire que le type 2. » Ce dernier étant une sorte de preuve qui ne laisse plus de place au doute.

    Érosion d’atmosphère

    Le phénomène existe donc sur d’autres étoiles. Provoque-t-il des aurores polaires sur les exoplanètes autour ? Difficile à dire. « Mais cela a des conséquences sur l’habitabilité de ces systèmes stellaires », indique Laurent Lamy. Car des éruptions stellaires violentes peuvent éroder l’atmosphère d’une planète – qui est importante pour que de l’eau liquide puisse exister à sa surface et donc, peut-être, une forme de vie. « Aucune exoplanète n’a encore été détectée autour de l’étoile qui a produit l’événement observé », ajoute-t-il. Mais les étoiles de la même famille – les naines rouges – sont connues pour être des hôtes fréquents de planètes de masse terrestre dont la zone où l’eau liquide peut exister est proche de l’étoile, donc sujette à des tempêtes stellaires intenses.

    Après cette première détection, les scientifiques ont l’intention d’en détecter plus. Sur la même étoile ou d’autres « pour faire de la physique comparée », précise Laurent Lamy. Et se décentrer de notre soleil, l’étoile que nous connaissons le mieux mais qui n’est pas forcément représentative de toutes les autres.

  • [Rétro 2025] Gard : clap de fin pour Solvay et ses 64 salariés

    [Rétro 2025] Gard : clap de fin pour Solvay et ses 64 salariés

    Salindres a été sous le feu des projecteurs en cette année 2025. En effet, l’usine chimique Solvay – qui produit du TFA, le plus petit des per- et polyfluoroalkylées (Pfas) – avait annoncé fin 2024 sa volonté de fermer son site gardois, mettant sur le carreau les 64 salariés dont certains y travaillaient depuis une vingtaine d’années. Un exemple de plus de casse industrielle frappant un département déjà durement touché par la désindustrialisation. Pourtant, les salariés ont lutté tout au long de l’année pour tenter de stopper l’engrenage. Bien que le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) ait été signé par l’intersyndicale (composée de la CGT, la CFDT et CFE-CGC) – prévoyant entre autres une compensation de 40 000 euros et un congé de reclassement de 15 mois – et validé par la Dreets (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) le 21 janvier, la bataille s’est finalement menée sur les terrains sanitaire et environnemental.

    Car beaucoup pointent la dangerosité du TFA. Aussi bien du côté des associations écolos comme Générations Futures ou le collectif Gard-eau-Pfas, qui ont réalisé des prélèvements autour de Salindres montrant une forte contamination de l’eau au TFA aux alentours que de l’ARS, qui a décidé de se saisir de la question en organisant ses propres prélèvements. Des analyses qui ont provoqué la fureur des salariés, se sentant encore plus abandonnés par la direction. À l’instar de Jean-Pierre Tosi, opérateur sur le site depuis 2001 et en arrêt maladie depuis deux ans. « J’ai une maladie auto-immune qui s’attaque à mes reins. (…) Quand la maladie s’est déclenchée, j’ai été hospitalisé un mois à Nîmes. Certains médecins me disaient que c’était à cause des produits chimiques que j’avais respirés et d’autres étaient moins catégoriques », soutient le salarié dans les colonnes de la Marseillaise. D’autant que son cas est loin d’être isolé : son père et son oncle, tous deux travaillant également à Solvay, sont décédés d’un cancer.

    Mais les salariés n’auront jamais réussi à faire flancher une direction refusant de payer des tests médicaux. Après un blocage d’accès au site, celle-ci a finalement accepté de garder une vingtaine de salariés, dont une douzaine du Groupement d’intérêt économique. Le 28 mars, la plus grande vague de départs avait lieu, marquant la fin d’une histoire. Puis les mauvaises nouvelles se sont enchaînées. En juillet, l’Inspection du travail a confirmé le licenciement pour motif économique de salariés protégés, exerçant des fonctions représentatives. « Les derniers salariés sont donc licenciés », soupirait Damien Orly, délégué CGT à Solvay. Pourtant, le TFA est, lui, toujours présent.
    Louis Dupin

  • L’Atelier Bleu mobilisé contre le plastique en Méditerranée

    L’Atelier Bleu mobilisé contre le plastique en Méditerranée

    « Notre mer, berceau de civilisations, étouffe sous le plastique. La Méditerranée, semi-fermée et cernée par des zones fortement urbanisées, est aujourd’hui l’une des mers les plus polluées du monde », amorce la lettre ouverte envoyée aux ministres de la COP 24, réunis au Caire du 2 au 5 décembre derniers.

    Adressé par la Coalition interparlementaire pour mettre fin à la pollution plastique, signée par des organisations, scientifiques, associations et citoyens engagés, ce courrier étaye : « Chaque année, 230 000 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans la Méditerranée, soit environ 730 tonnes par jour. Plus de 7 millions de tonnes de plastiques (macro, micro et nano) sont déjà accumulées dans le bassin méditerranéen, soit l’équivalent en poids de 350 milliards de bouteilles en plastique. »

    Et d’alerter  : « Ce volume pourrait doubler d’ici 2040 sans action majeure. Cette situation est d’autant plus dramatique que dans la Méditerranée, tout plastique rejeté y est piégé, contaminant la faune, la flore et, par l’infiltration de microfibres, d’additifs chimiques et de perturbateurs endocriniens, la santé humaine elle-même. »

    12 ramassages par an

    Servane Tarot, directrice de l’Atelier Bleu à La Ciotat, association qui œuvre à la protection de l’environnement « de Marseille à Toulon, sur la côte provençale » rappelle-t-elle, fait partie des signataires du courrier. « Face à l’urgence et à la lenteur des négociations internationales, cette lettre appelle à un plan d’actions », insiste-t-elle. Notamment « fixer des objectifs ambitieux de réduction, créer un fonds méditerranéen dédié et intégrer cette lutte dans toutes les politiques publiques » .

    La lutte contre la pollution plastique est une des missions de l’Atelier Bleu depuis 1984, informe Servane Tarot. « Nous mettons en place des actions curatives, avec par exemple 12 opérations de ramassage de plastique par an, avec les écoles, les entreprises, les citoyens… », détaille-t-elle. En parallèle, depuis 2018 auprès des commerçants ciotadens et 2024 auprès des forains des marchés de La Ciotat, « nous agissons pour sensibiliser à la réduction des sacs plastique à la source. 80% d’entre eux ont accepté notre accompagnement personnalisé pour faire évoluer leurs pratiques. Un des obstacles est économique : les emballages réutilisables coûtent plus cher que le plastique… », développe-t-elle.

    Il y a encore du chemin à faire pour que l’usage d’un contenant réutilisable par le consommateur gagne du terrain.

  • Pour les écolos, l’incinérateur est inadapté aux polluants éternels

    Pour les écolos, l’incinérateur est inadapté aux polluants éternels

    Un incinérateur qui ne chauffe pas assez fort pour détruire les Pfas. Entendre les composés « per » et « polyfluoroalkylés », présents notamment dans les textiles, emballages alimentaires, mousses anti-incendie ou encore les revêtements antiadhésifs. Pour Sébastien Barles, conseiller communautaire écologiste, responsable du collectif écolo-citoyen Vaï Marseille, et Paul Poulain, ingénieur prévention, le centre Évéré, basé depuis 15 ans à Fos-sur-Mer, n’est pas adapté à l’élimination de certains déchets devenus omniprésents dans les ordures ménagères.

    « En chauffant à 850 degrés, il ne prend pas en compte la résistance au feu des Pfas qui, pour être détruits, doivent brûler entre 1 100 et 1 400 degrés », pose Paul Poulain. De quoi garantir une minéralisation de ce genre de déchets, précise une étude de l’Ineris parue en 2023.

    L’ingénieur prévention dans les assurances et auteur de Tout peut exploser, Enquête sur les risques et les impacts industriels (Fayard), insiste sur la dangerosité de ce polluant méconnu. « 4 700 substances au total listées par l’OCDE », précise-t-il, citant une étude de 2018, mise à jour en février 2025. Si un plan d’action interministériel sur les Pfas a été mis en place en 2024, la réglementation au niveau national et européen de ces substances reste embryonnaire.

    Des bases de données limitées

    Paul Poulain entend alerter et sensibiliser le grand public aux risques sanitaires de ce genre d’installation et au-delà des émissions des zones industrielles. « Ce n’est pas comme si on avait des doutes », considère-t-il, se basant sur une étude de Santé publique France, parue ce 4 décembre, sur l’état de santé des populations autour des grands bassins industriels où la zone de Berre, Fos et Marseille a été prise en compte. Les conclusions de l’établissement public ne sont pas aussi tranchées. Ce dernier indiquant que « des résultats ont montré une association entre une exposition liée à des industries (…) et des surrisques pour certains indicateurs de santé », mais qu’ils sont à « mettre en perspectives, au vu des limites identifiées des bases de données utilisées et du design même de l’étude, qui ne permet pas d’établir de lien causal entre l’exposition industrielle et l’apparition des pathologies étudiées ». Il souligne néanmoins « l’importance de maintenir et renforcer la surveillance environnementale des installations industrielles ».

    Concrètement, « nous avons écrit au préfet de région sur la question du contrôle et de l’accès à l’information », indique Sébastien Barles, pour qui cette question s’inscrit également dans un contexte électoral. « Ce sera un sujet de l’élection métropolitaine, niveau auquel nous comptons organiser des états généraux des déchets », espère l’élu. Paul Poulain ne cache pas non plus ses ambitions. « Je vais rejoindre Vaï pour les municipales, je serai sur la liste dans les 15e et 16e arrondissements, secteur de Marseille le plus impacté » par la pollution estime-t-il, dénonçant au passage une « inégalité territoriale ».

  • Mauvaise limonade chez Perrier après de nouvelles contaminations

    Mauvaise limonade chez Perrier après de nouvelles contaminations

    Chez Perrier, dans la tourmente depuis 2024, l’accalmie aura été de courte durée. Deux semaines après la décision de justice qui, suite à un recours en référé de l’UFC que choisir, autorisait le 18 novembre la filiale de Nestlé Waters à continuer à commercialiser son eau en bouteille sous l’appellation « eau minérale naturelle », une nouvelle bombe assomme l’entreprise historique de Vergèze.

    Mercredi 3 décembre, la cellule investigation de Radio France a révélé que de nouvelles contaminations ont récemment perturbé le site gardois. Lequel attend toujours fébrilement la décision du préfet du Gard qui doit décider si Perrier peut encore afficher son label d’eau minérale naturelle.

    Selon l’enquête de nos confrères, l’exploitation des deux derniers puits du site de Vergèze aurait été suspendue par la direction plusieurs jours entre le 23 et le 28 novembre. Près de 4 millions de bouteilles seraient ainsi bloquées. En cause, la découverte de deux nouvelles sources de pollution bactérienne. Interrogée, Nestlé Waters confirme avoir détecté « une anomalie » lors d’une analyse du premier puits arrêté « dans l’attente d’analyses complémentaires ». Concernant le second forage, il s’agirait d’un simple souci technique lié à une « panne de courant ». La multinationale continue à affirmer que « les eaux de Perrier peuvent être bues en toute sécurité ».

    Pourtant, les signaux d’alerte qui créent du doute se multiplient ces derniers mois. En 2024, Nestlé avait dû détruire 3 millions de bouteilles contaminées par des bactéries à base de germes fécaux. En mai 2025, un rapport sénatorial évoquant de nombreuses « défaillances » recensées depuis 2020 avait conduit la préfecture du Gard à contraindre la firme de changer ses microfiltres non réglementaires à 0,2 micron destinés à filtrer les bactéries. En 6 mois, pas moins de 27 incidents de non conformité – dont certains restent en cours d’analyse – en lien avec la présence de pollutions bactériologiques auraient été signalés.

    Quelle décision du préfet ?

    Ce nouveau couac intervient au moment où Didier Jaffre, le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) Occitanie, est censé remettre au préfet son rapport. Lequel pourrait être « favorable sous réserves », selon Radio France. Cette révélation peut-elle changer la donne ? Dans tous les cas, ce sera au préfet du Gard, Jérôme Bonet, de trancher d’ici la fin de l’année. Le principe de précaution prévaut-il ? Des solutions techniques peuvent-elles encore être trouvées par l’exploitant pour garantir au consommateur une eau de Perrier de la qualité qui, par le passé, a fait sa renommée ? Ce qui est sûr, c’est que dans le Gard, plus d’un millier d’emplois sont en jeu.

  • La centrale biomasse sous le poids des restrictions

    La centrale biomasse sous le poids des restrictions

    Lors de la Révolution culturelle, la Chine maoïste avait eu, un bref temps, l’idée de remplacer les feux verts par des feux rouges. C’est manifestement le même type de feu vert que la préfecture a donné, le lundi 24 novembre dernier, pour la centrale thermique de Gardanne, en assortissant son autorisation d’exploitation de 80 pages de prescriptions particulièrement restrictives.

    Le document était pourtant particulièrement attendu. La précédente autorisation avait en effet été retoquée par le Conseil d’État le 27 mars 2023, la juridiction estimant que l’étude d’impact réalisée restait incomplète. Il avait alors fallu compléter cette étude et mener une nouvelle enquête publique sur un périmètre élargi de quelque 324 communes pour finalement déboucher, de nouveau, sur un avis favorable, nuancé par cinq réserves et quatre recommandations (notre édition du 16/08).

    Des limites bloquantes

    « L’instruction de la demande a montré que les impacts attribués au projet n’induisent pas de dangers ou d’inconvénients sous réserve de la mise en œuvre de mesures d’évitement, de réduction et d’accompagnement », confirment désormais les services de l’État dans leur arrêté, soulignant notamment la nécessité de limiter la consommation des ressources forestières locales « a minima sur les trois premières années ». Mais ils ajoutent aussi de nouvelles prescriptions, notamment à travers « un durcissement des valeurs limites d’émissions atmosphériques à la cheminée de la tranche 4 », assume la préfecture.

    De quoi rendre « restrictif » cet arrêté d’autorisation d’exploitation, déplore le secrétaire général de la CGT des travailleurs de la centrale, Jean-Michel Roccasalva. Alors même que le syndicat vient de remporter une victoire symbolique après sept ans de bataille, mercredi dernier, avec la signature en sous-préfecture des premiers contrats d’embauches pour les anciens salariés licenciés (notre édition du 27/11). « Pour nous, avec les éléments en notre connaissance, l’arrêté ne met pas en péril le fonctionnement à court terme, décrypte le responsable syndical. Mais à moyen terme, trois éléments nous interrogent, et nous allons prendre attache avec la préfecture pour connaître les modalités précises de mise en application. »

    La tranche de biomasse utilise en effet environ 10% de produits de récupération issus de l’ancienne exploitation minière, chargés en terre et en silice. « La préfecture a appelé ça dans son arrêté charbon cendreux, pointe Jean-Michel Roccasalva. Mais dans le contrat biomasse signé l’année dernière, nous avons l’obligation de sortir du charbon au 31 décembre ! »

    Les valeurs limites d’émissions autorisées interrogent aussi particulièrement. D’autant plus qu’elles ont été placées, sans justification, très en deçà des seuils fixés par arrêté ministériel. Jusqu’à cent fois moins, pour des métaux lourds. Avec un risque de bloquer le projet porté par les salariés. « Dans le cadre du projet Biométhane de Provence, la première phase, c’est la vente de plaquettes de bois en fin de vie à GazelEnergie pour être utilisées par la tranche de biomasse, détaille le syndicaliste. Mais les valeurs d’émissions sont trop basses pour les mettre en œuvre ! »

    Difficile traçabilité

    L’arrêté réclame aussi à l’exploitant de revoir sa copie pour assurer la traçabilité sur la biomasse locale, excluant le bois issu de zones protégées Natura 2000 et de coupes rases, avec un tonnage défini sur trois ans. « Nous estimons que c’est une bonne chose pour calmer les inquiétudes des citoyens, mais GazelEnergie indique qu’ils ont besoin de six mois pour cela », pointe Jean-Michel Roccasalva. Attentif à ce que le tonnage international soit bien maintenu pour assurer l’activité portuaire. « Certains éléments pourraient être modifiés par des portés à connaissance », espère-t-il. Avant d’insister : « Nous avons besoin de cet outil, pour les emplois et pour les besoins des usagers ! »

    « Nous avons besoin de
    cet outil ! »

  • Un gène de tardigrade étend la durée de vie d’une autre espèce

    Un gène de tardigrade étend la durée de vie d’une autre espèce

    Le tardigrade est connu pour ça. Cet animal microscopique est capable de résister à des températures très élevées, des pressions très hautes et des radiations intenses. « Il survit à des doses mille fois plus élevées que celles qui nous tuent », souligne Aymeric Bailly. Si bien que les scientifiques l’étudient depuis longtemps. En 2016, des chercheurs japonais identifient le gène Dsup et la protéine pour laquelle il code. « Ils montrent qu’exprimer cette protéine dans des cellules cancéreuses humaines les rend plus résistantes aux rayons X, ajoute le chercheur. Nous voulions voir ce qu’il se passait lorsqu’on le faisait chez un organisme complet. »

    Collée à l’ADN

    Chez C. elegans, les chercheurs constatent que la protéine codée par Dsup se colle à l’ADN, comme cela avait été observé en 2016. « Il y avait des raisons de penser que cela pourrait être toxique, indique Aymeric Bailly. Mais ce n’est pas le cas. » Avec le gène Dsup, la durée de vie des vers est allongée d’environ 20%, leur résistance aux rayons X améliorée de 20% à 30%, et celle au stress oxydatif de 50% – quelques heures après une exposition à une molécule toxique, ils ont une chance sur deux d’être encore en vie alors que tous ceux dépourvus de Dsup sont morts.

    Une autre découverte concerne les mitochondries – qui produisent de l’énergie dans les cellules à partir d’oxygène. Lorsque Dsup est présent, les mitochondries respirent moins et produisent moins de radicaux libres – les « déchets » issus de la respiration. « C’est une grosse surprise », avance Aymeric Bailly. Mais quel lien entre Dsup et la respiration de la mitochondrie ? « Pour l’instant, nous ne savons pas, admet le chercheur. D’autant que nous n’avons jamais vu la protéine Dsup au niveau des mitochondries. » Peut-être régule-t-elle des gènes impactant la mitochondrie ? Ou est-ce que la simple présence de Dsup fait que la cellule réduit sa respiration ? « La prochaine étape est d’élucider ce mystère, conclut le chercheur. Et d’observer ce qu’il se passe en cellules humaines. »

    REPERES

    C. elegans

    Pour Caenorhabditis elegans. C’est le nom d’un petit organisme modèle très utilisé en génétique en raison de sa transparence, son court cycle de reproduction et sa facilité de manipulation. Il s’agit d’un ver d’environ un millimètre qui a permis de faire beaucoup de découvertes sur le vieillissement.

    R. varieornatus

    Pour Ramazzottius varieornatus. C’est le nom de l’espèce de tardigrade qui a été utilisée comme réservoir du gène Dsup pour le transposer chez C. elegans. Ce gène Dsup est unique aux tardigrades et est présent chez plusieurs espèces, mais pas toutes.

    Cryptobiose

    C’est l’état de vie ralentie, avec un métabolisme à l’arrêt, dans lequel entre le tardigrade lorsqu’il est exposé à un environnement défavorable. Cet état lui permet de résister à des températures et pressions extrêmes, ainsi qu’à des niveaux de radiations intenses

  • Pour sa 33e édition, la Voie est libre fait place nette sur la Corniche

    Pour sa 33e édition, la Voie est libre fait place nette sur la Corniche

    Lancé pour la première fois en mai 2021, le rendez-vous s’est imposé au fil des mois et des années comme un incontournable qui aura marqué le premier mandat du Printemps marseillais. Des quatre coins de la ville, huit fois par an, entre 25 000 et 40 000 Marseillais se pressent le temps d’une journée au rendez-vous de la Voie est libre.

    Ce dimanche, la Corniche se vide une nouvelle fois de ses voitures et autres véhicules à moteur, et fait place nette pour accueillir sa 33e édition. La dernière de l’année 2025. La dernière sans doute avant les élections municipales de mars prochain. De 10h à 17h, ses trois kilomètres de bitume avec leur vue plongeante sur la grande bleue redeviennent un terrain de jeu pour piétons, cyclistes et familles, entre la plage des Catalans et la Marina olympique. À pied, à vélo, à trottinette, ou en rosalie triplettes, quadruplettes, tandems et duos, tous seront à la fête. Des voiturettes électriques faciliteront les déplacements des personnes à mobilité réduite.

    Plus de 200 000 promeneurs par an

    L’initiative qui voulait illustrer à sa création la volonté affichée de la municipalité de repenser ses mobilités et son rapport au littoral a trouvé son public. Un symbole fort pour la 2e ville de France, une commune où la voiture reste reine, une position renforcée par des transports en commun défaillants et des voies de circulation sous-équipées en pistes cyclables.

    Dans ce contexte, piétonniser la Corniche le temps d’une journée ne s’est finalement pas avéré si anodin. L’an dernier plus 230 000 personnes se sont promenées en toute liberté entre le Vallon des Auffes et David. Un engouement lié aussi au fait que la Voie est libre n’est pas qu’un simple laboratoire à ciel ouvert pour imaginer Marseille autrement, sans bruit ni pollution. C’est d’abord un rendez-vous festif.

    Entre randonnées patrimoniales, initiations sportives, concerts et spectacles en déambulation, le rendez-vous se veut animé et populaire. Ce dimanche les visiteurs pourront aussi découvrir la Fresque du climat et participer à des ateliers « Marseille 2030 », qui interrogeront l’avenir de la ville face aux défis environnementaux. Comme chaque fois, food-trucks et espaces ludiques ponctueront le parcours, tandis que des artistes comme les compagnies les Oiseaux perchés, Circula octopulse et Bayou l’animeront.

  • Le visage des souris révèle leurs pensées cachées

    Le visage des souris révèle leurs pensées cachées

    C’est un fantasme digne d’un scénario de science-fiction. Voire un cauchemar dystopique. S’il était possible de lire les pensées ? Et de manière simple : en filmant le visage. « C’est ce que nous sommes parvenus à faire pour la première fois chez la souris », résume Fanny Cazettes, neuroscientifique au CNRS, spécialiste des mécanismes de prise de décision au sein de l’Institut de neurosciences de la Timone (Aix-Marseille Université) et première autrice d’un article paru dans Nature Neuroscience.

    Tout part d’une étude publiée en 2023, alors qu’elle est encore en post-doctorat à la Fondation Champalimaud (Portugal). Avec son équipe, la chercheuse étudie avec des électrodes ce qu’il se passe dans le cerveau de souris devant résoudre des énigmes : choisir, entre deux distributeurs, celui qui délivre de l’eau sucrée. Sachant que les deux distributeurs le font de manière aléatoire. « La souris peut utiliser plusieurs stratégies », explique Fanny Cazettes. Choisir de rester un petit peu au niveau d’un distributeur malgré un échec, par exemple. Ou changer au moindre échec. « Nous nous sommes rendu compte que toutes ces stratégies sont représentées simultanément dans le cerveau – sous la forme de neurones qui s’activent -, aussi bien celle qui est exécutée que les autres », ajoute-t-elle.

    Éthique

    Au même moment, une autre étude montre que tout mouvement influence l’activité cérébrale. Même des mouvements inconscients comme faire tourner un stylo entre les doigts ou agiter la jambe quand on est assis. « Nous nous sommes dit que ces mouvements n’étaient peut-être pas si insignifiants et pouvaient être associés à des pensées en train de se produire dans le cerveau », se souvient Fanny Cazettes. Or, il se trouve qu’elle a le matériel pour le tester chez la souris : dans son expérience, les animaux avaient une caméra braquée sur le visage pour les filmer.

    En analysant les vidéos, un algorithme d’apprentissage automatique – une forme simple d’intelligence artificielle – parvient à associer des mouvements faciaux – position des oreilles, du nez, des moustaches, des joues… – aux stratégies élaborées, et notamment celles qui étaient pensées mais non-réalisées. « De manière surprenante, cela se fait de manière stéréotypée », précise la chercheuse. C’est à dire qu’une stratégie apparaît de la même manière sur le visage de toutes les souris. « Cela pourrait vouloir dire que nous pourrions lire les pensées aussi facilement que nous lisons les émotions sur le visage », ajoute-t-elle.

    La question est maintenant de savoir s’il serait possible de déterminer l’état d’un animal sans électrode dans le cerveau, juste en observant son visage. Et peut-être déterminer s’il est stressé ou présente certaines pathologies. Une autre question évidente est de savoir si cela pourrait être reproduit chez l’humain. Avec toutes les questions éthiques qui vont avec.