Tag: pollution

  • La centrale biomasse sous le poids des restrictions

    La centrale biomasse sous le poids des restrictions

    Lors de la Révolution culturelle, la Chine maoïste avait eu, un bref temps, l’idée de remplacer les feux verts par des feux rouges. C’est manifestement le même type de feu vert que la préfecture a donné, le lundi 24 novembre dernier, pour la centrale thermique de Gardanne, en assortissant son autorisation d’exploitation de 80 pages de prescriptions particulièrement restrictives.

    Le document était pourtant particulièrement attendu. La précédente autorisation avait en effet été retoquée par le Conseil d’État le 27 mars 2023, la juridiction estimant que l’étude d’impact réalisée restait incomplète. Il avait alors fallu compléter cette étude et mener une nouvelle enquête publique sur un périmètre élargi de quelque 324 communes pour finalement déboucher, de nouveau, sur un avis favorable, nuancé par cinq réserves et quatre recommandations (notre édition du 16/08).

    Des limites bloquantes

    « L’instruction de la demande a montré que les impacts attribués au projet n’induisent pas de dangers ou d’inconvénients sous réserve de la mise en œuvre de mesures d’évitement, de réduction et d’accompagnement », confirment désormais les services de l’État dans leur arrêté, soulignant notamment la nécessité de limiter la consommation des ressources forestières locales « a minima sur les trois premières années ». Mais ils ajoutent aussi de nouvelles prescriptions, notamment à travers « un durcissement des valeurs limites d’émissions atmosphériques à la cheminée de la tranche 4 », assume la préfecture.

    De quoi rendre « restrictif » cet arrêté d’autorisation d’exploitation, déplore le secrétaire général de la CGT des travailleurs de la centrale, Jean-Michel Roccasalva. Alors même que le syndicat vient de remporter une victoire symbolique après sept ans de bataille, mercredi dernier, avec la signature en sous-préfecture des premiers contrats d’embauches pour les anciens salariés licenciés (notre édition du 27/11). « Pour nous, avec les éléments en notre connaissance, l’arrêté ne met pas en péril le fonctionnement à court terme, décrypte le responsable syndical. Mais à moyen terme, trois éléments nous interrogent, et nous allons prendre attache avec la préfecture pour connaître les modalités précises de mise en application. »

    La tranche de biomasse utilise en effet environ 10% de produits de récupération issus de l’ancienne exploitation minière, chargés en terre et en silice. « La préfecture a appelé ça dans son arrêté charbon cendreux, pointe Jean-Michel Roccasalva. Mais dans le contrat biomasse signé l’année dernière, nous avons l’obligation de sortir du charbon au 31 décembre ! »

    Les valeurs limites d’émissions autorisées interrogent aussi particulièrement. D’autant plus qu’elles ont été placées, sans justification, très en deçà des seuils fixés par arrêté ministériel. Jusqu’à cent fois moins, pour des métaux lourds. Avec un risque de bloquer le projet porté par les salariés. « Dans le cadre du projet Biométhane de Provence, la première phase, c’est la vente de plaquettes de bois en fin de vie à GazelEnergie pour être utilisées par la tranche de biomasse, détaille le syndicaliste. Mais les valeurs d’émissions sont trop basses pour les mettre en œuvre ! »

    Difficile traçabilité

    L’arrêté réclame aussi à l’exploitant de revoir sa copie pour assurer la traçabilité sur la biomasse locale, excluant le bois issu de zones protégées Natura 2000 et de coupes rases, avec un tonnage défini sur trois ans. « Nous estimons que c’est une bonne chose pour calmer les inquiétudes des citoyens, mais GazelEnergie indique qu’ils ont besoin de six mois pour cela », pointe Jean-Michel Roccasalva. Attentif à ce que le tonnage international soit bien maintenu pour assurer l’activité portuaire. « Certains éléments pourraient être modifiés par des portés à connaissance », espère-t-il. Avant d’insister : « Nous avons besoin de cet outil, pour les emplois et pour les besoins des usagers ! »

    « Nous avons besoin de
    cet outil ! »

  • Un gène de tardigrade étend la durée de vie d’une autre espèce

    Un gène de tardigrade étend la durée de vie d’une autre espèce

    Le tardigrade est connu pour ça. Cet animal microscopique est capable de résister à des températures très élevées, des pressions très hautes et des radiations intenses. « Il survit à des doses mille fois plus élevées que celles qui nous tuent », souligne Aymeric Bailly. Si bien que les scientifiques l’étudient depuis longtemps. En 2016, des chercheurs japonais identifient le gène Dsup et la protéine pour laquelle il code. « Ils montrent qu’exprimer cette protéine dans des cellules cancéreuses humaines les rend plus résistantes aux rayons X, ajoute le chercheur. Nous voulions voir ce qu’il se passait lorsqu’on le faisait chez un organisme complet. »

    Collée à l’ADN

    Chez C. elegans, les chercheurs constatent que la protéine codée par Dsup se colle à l’ADN, comme cela avait été observé en 2016. « Il y avait des raisons de penser que cela pourrait être toxique, indique Aymeric Bailly. Mais ce n’est pas le cas. » Avec le gène Dsup, la durée de vie des vers est allongée d’environ 20%, leur résistance aux rayons X améliorée de 20% à 30%, et celle au stress oxydatif de 50% – quelques heures après une exposition à une molécule toxique, ils ont une chance sur deux d’être encore en vie alors que tous ceux dépourvus de Dsup sont morts.

    Une autre découverte concerne les mitochondries – qui produisent de l’énergie dans les cellules à partir d’oxygène. Lorsque Dsup est présent, les mitochondries respirent moins et produisent moins de radicaux libres – les « déchets » issus de la respiration. « C’est une grosse surprise », avance Aymeric Bailly. Mais quel lien entre Dsup et la respiration de la mitochondrie ? « Pour l’instant, nous ne savons pas, admet le chercheur. D’autant que nous n’avons jamais vu la protéine Dsup au niveau des mitochondries. » Peut-être régule-t-elle des gènes impactant la mitochondrie ? Ou est-ce que la simple présence de Dsup fait que la cellule réduit sa respiration ? « La prochaine étape est d’élucider ce mystère, conclut le chercheur. Et d’observer ce qu’il se passe en cellules humaines. »

    REPERES

    C. elegans

    Pour Caenorhabditis elegans. C’est le nom d’un petit organisme modèle très utilisé en génétique en raison de sa transparence, son court cycle de reproduction et sa facilité de manipulation. Il s’agit d’un ver d’environ un millimètre qui a permis de faire beaucoup de découvertes sur le vieillissement.

    R. varieornatus

    Pour Ramazzottius varieornatus. C’est le nom de l’espèce de tardigrade qui a été utilisée comme réservoir du gène Dsup pour le transposer chez C. elegans. Ce gène Dsup est unique aux tardigrades et est présent chez plusieurs espèces, mais pas toutes.

    Cryptobiose

    C’est l’état de vie ralentie, avec un métabolisme à l’arrêt, dans lequel entre le tardigrade lorsqu’il est exposé à un environnement défavorable. Cet état lui permet de résister à des températures et pressions extrêmes, ainsi qu’à des niveaux de radiations intenses

  • Pour sa 33e édition, la Voie est libre fait place nette sur la Corniche

    Pour sa 33e édition, la Voie est libre fait place nette sur la Corniche

    Lancé pour la première fois en mai 2021, le rendez-vous s’est imposé au fil des mois et des années comme un incontournable qui aura marqué le premier mandat du Printemps marseillais. Des quatre coins de la ville, huit fois par an, entre 25 000 et 40 000 Marseillais se pressent le temps d’une journée au rendez-vous de la Voie est libre.

    Ce dimanche, la Corniche se vide une nouvelle fois de ses voitures et autres véhicules à moteur, et fait place nette pour accueillir sa 33e édition. La dernière de l’année 2025. La dernière sans doute avant les élections municipales de mars prochain. De 10h à 17h, ses trois kilomètres de bitume avec leur vue plongeante sur la grande bleue redeviennent un terrain de jeu pour piétons, cyclistes et familles, entre la plage des Catalans et la Marina olympique. À pied, à vélo, à trottinette, ou en rosalie triplettes, quadruplettes, tandems et duos, tous seront à la fête. Des voiturettes électriques faciliteront les déplacements des personnes à mobilité réduite.

    Plus de 200 000 promeneurs par an

    L’initiative qui voulait illustrer à sa création la volonté affichée de la municipalité de repenser ses mobilités et son rapport au littoral a trouvé son public. Un symbole fort pour la 2e ville de France, une commune où la voiture reste reine, une position renforcée par des transports en commun défaillants et des voies de circulation sous-équipées en pistes cyclables.

    Dans ce contexte, piétonniser la Corniche le temps d’une journée ne s’est finalement pas avéré si anodin. L’an dernier plus 230 000 personnes se sont promenées en toute liberté entre le Vallon des Auffes et David. Un engouement lié aussi au fait que la Voie est libre n’est pas qu’un simple laboratoire à ciel ouvert pour imaginer Marseille autrement, sans bruit ni pollution. C’est d’abord un rendez-vous festif.

    Entre randonnées patrimoniales, initiations sportives, concerts et spectacles en déambulation, le rendez-vous se veut animé et populaire. Ce dimanche les visiteurs pourront aussi découvrir la Fresque du climat et participer à des ateliers « Marseille 2030 », qui interrogeront l’avenir de la ville face aux défis environnementaux. Comme chaque fois, food-trucks et espaces ludiques ponctueront le parcours, tandis que des artistes comme les compagnies les Oiseaux perchés, Circula octopulse et Bayou l’animeront.

  • Le visage des souris révèle leurs pensées cachées

    Le visage des souris révèle leurs pensées cachées

    C’est un fantasme digne d’un scénario de science-fiction. Voire un cauchemar dystopique. S’il était possible de lire les pensées ? Et de manière simple : en filmant le visage. « C’est ce que nous sommes parvenus à faire pour la première fois chez la souris », résume Fanny Cazettes, neuroscientifique au CNRS, spécialiste des mécanismes de prise de décision au sein de l’Institut de neurosciences de la Timone (Aix-Marseille Université) et première autrice d’un article paru dans Nature Neuroscience.

    Tout part d’une étude publiée en 2023, alors qu’elle est encore en post-doctorat à la Fondation Champalimaud (Portugal). Avec son équipe, la chercheuse étudie avec des électrodes ce qu’il se passe dans le cerveau de souris devant résoudre des énigmes : choisir, entre deux distributeurs, celui qui délivre de l’eau sucrée. Sachant que les deux distributeurs le font de manière aléatoire. « La souris peut utiliser plusieurs stratégies », explique Fanny Cazettes. Choisir de rester un petit peu au niveau d’un distributeur malgré un échec, par exemple. Ou changer au moindre échec. « Nous nous sommes rendu compte que toutes ces stratégies sont représentées simultanément dans le cerveau – sous la forme de neurones qui s’activent -, aussi bien celle qui est exécutée que les autres », ajoute-t-elle.

    Éthique

    Au même moment, une autre étude montre que tout mouvement influence l’activité cérébrale. Même des mouvements inconscients comme faire tourner un stylo entre les doigts ou agiter la jambe quand on est assis. « Nous nous sommes dit que ces mouvements n’étaient peut-être pas si insignifiants et pouvaient être associés à des pensées en train de se produire dans le cerveau », se souvient Fanny Cazettes. Or, il se trouve qu’elle a le matériel pour le tester chez la souris : dans son expérience, les animaux avaient une caméra braquée sur le visage pour les filmer.

    En analysant les vidéos, un algorithme d’apprentissage automatique – une forme simple d’intelligence artificielle – parvient à associer des mouvements faciaux – position des oreilles, du nez, des moustaches, des joues… – aux stratégies élaborées, et notamment celles qui étaient pensées mais non-réalisées. « De manière surprenante, cela se fait de manière stéréotypée », précise la chercheuse. C’est à dire qu’une stratégie apparaît de la même manière sur le visage de toutes les souris. « Cela pourrait vouloir dire que nous pourrions lire les pensées aussi facilement que nous lisons les émotions sur le visage », ajoute-t-elle.

    La question est maintenant de savoir s’il serait possible de déterminer l’état d’un animal sans électrode dans le cerveau, juste en observant son visage. Et peut-être déterminer s’il est stressé ou présente certaines pathologies. Une autre question évidente est de savoir si cela pourrait être reproduit chez l’humain. Avec toutes les questions éthiques qui vont avec.

  • En Corse, la fragilité du requin-ange dans l’un de ses derniers refuges

    En Corse, la fragilité du requin-ange dans l’un de ses derniers refuges

    Il fut un temps où il était partout en Méditerranée et en Atlantique Nord. Il a même donné son nom à la « baie des anges », entre Nice et Antibes. Avec ses allures de raie et ses ailerons de requin, l’« ange de mer commun », ou requin-ange, a disparu de 90% de son aire de répartition historique en un siècle. Il ne subsiste que dans de rares endroits aux îles Canaries, en Croatie, en Grèce et en Libye, par exemple. Et en Corse : « Nous savions que cette population corse existait car les pêcheurs en remontent dans leurs filets, mais nous n’en savions pas plus, résume Nadia Faure, doctorante au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier qui publie une étude dans Ecology & Evolution sur cette population située entre Bastia et Solenzara. Il fallait mieux connaître cette espèce qui semble encore vivre en Corse pour aider à la préserver, car elle joue un rôle important dans l’écosystème marin ».

    Totalement inoffensif pour l’humain, le requin-ange se nourrit de petits poissons. Il vit au fond de l’eau, tapi sous le sol sableux et surgit au passage d’une proie. Et il est très discret : « Il est très difficile à observer, même en plongée », indique Nadia Faure. Hormis aux îles Canaries, où il est encore présent en assez grand nombre. Mais en Corse, personne ne sait combien ils sont. « Cela le rend mystérieux », glisse-t-elle.

    Consanguinité

    Avec l’aide de pêcheurs volontaires, elle et ses collègues ont collecté des échantillons de peau d’une centaine d’individus remontés dans les filets avant d’être relâchés. « L’analyse génomique indique qu’il s’agit d’une population peu nombreuse et très consanguine, probablement peu viable sur le long terme », résume Nadia Faure. Il s’agit en effet d’une même population génétique sur toute la côte Est de l’île. « C’est-à-dire qu’ils sont très proches génétiquement », précise la chercheuse. Et probablement plus proches qu’ils ne le seraient d’autres populations méditerranéennes avec qui il n’y a pas d’échange de gènes. « Car ils se déplacent peu, restent près des côtes et ne s’aventurent pas là où il y a du fond », ajoute-t-elle. De plus, sur la centaine de requins-anges séquencés, 35 paires d’individus présentaient un lien de parenté.

    Enfin, l’analyse génomique et des calculs théoriques ont permis d’estimer la « population effective », c’est-à-dire le nombre d’individus participant à la reproduction : ils seraient entre 209 et 453. « C’est très peu », commente Nadia Faure. Même au regard des individus que remontent les pêcheurs : certains parlent de centaines de requins-anges parfois pris dans les filets. « C’est difficile d’avoir un comptage exhaustif », ajoute la chercheuse. Peut-être sont-ils beaucoup plus. « Mais cette estimation basse d’individus reproducteurs témoigne d’une population mal en point », regrette-t-elle. D’où l’urgence d’imaginer des mesures pour en prendre soin.

  • « Cette COP va acter l’échec de l’accord de Paris »

    « Cette COP va acter l’échec de l’accord de Paris »

    La Marseillaise : Cette COP s’ouvre dix ans après les accords de Paris, prévoyant de limiter le réchauffement climatique sous la barre de +1,5°C d’ici 2100. Dix ans plus tard, ces objectifs ne sont pas atteints et le dérèglement climatique s’accélère…

    Alix Roumagnac : Effectivement, le dérèglement s’est mis en place, il ne faut plus parler au futur. On a eu le tort, peut-être il y a 10 ans, de parler de 2050, 2100, sans se rendre compte que les conséquences étaient déjà là. Les récents événements climatiques, que ce soit l’ouragan Melissa en Jamaïque ou le super typhon aux Philippines, en attestent. Ça va être un des aspects de la discussion de cette COP. Aujourd’hui ce sont les pays qui ne sont pas les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, comme la Jamaïque, les Philippines, qui en subissent les conséquences.

    Les objectifs de Paris sont-ils toujours atteignables ?

    A. R. : Je pense que cette COP va acter l’échec de ces objectifs et tenter d’en établir de nouveaux. On s’est déjà rapproché des +1,5°C, donc on sait qu’on ne va pas pouvoir les obtenir. Malgré l’échec, la trajectoire, qui se situait, il y a 10 ans, aux alentours de +4 °C à la fin du siècle, a été un peu modifiée. Un certain nombre de pays ont mis en place des actions et désormais, on est à +2,8°C ou +3°C à la fin du siècle. Ce n’est pas suffisant, mais on voit que ces COP, malgré toutes les difficultés que l’on connaît, ont quand même un effet. Toute la difficulté de cette nouvelle conférence va être comment bâtir quelque chose avec l’absence des États-Unis, un des principaux pollueurs et principaux émetteurs.

    Justement, l’absence des États-Unis ne risque pas de compromettre le moindre accord ?

    A. R. : Les États-Unis entraînent derrière eux un certain nombre d’États, soit des états de connivence doctrinale comme l’Argentine, qui suivent cette position et profitent de l’occasion pour ne plus avoir à faire d’efforts, soit certains qui ne veulent plus faire d’efforts car le principal pollueur n’en fait pas. C’est toute la difficulté de cette COP, que ce soit en termes d’atténuation comme en termes de compensation. Quand on parle des fonds à mettre en place pour compenser les pays qui subissent les conséquences du réchauffement, il est clair que les États-Unis ne voudront pas participer à cette compensation, et ça rend les choses compliquées. Que peut faire la communauté internationale dans cette situation ? Les pays européens ont dévoilé leur nouvelle feuille de route cinq jours avant le démarrage de la COP. Ce qu’on peut espérer, c’est la reprise du leadership européen pour essayer de donner une dynamique dans cette période un peu particulière.

    Un autre enjeu de cette COP est de sortir des énergies fossiles, mais ne faudrait-il pas envisager une baisse de la consommation ?

    A. R. : Ça va être une complexité supplémentaire. La baisse des énergies fossiles, paradoxalement, c’est la COP28 à Dubaï qui avait réussi à faire un petit pas en avant sur ce sujet. Là, le Brésil est quand même un pays producteur de pétrole. Il a encore récemment donné des nouvelles autorisations de licence pour du forage pétrolier. Donc on sent que cette COP ne fera certainement pas d’avancée supplémentaire sur la sortie des énergies fossiles. Ce sera plus certainement un sujet sur la préservation des forêts. La sortie des énergies fossiles est une chose mais on sait que le seul élément qui va permettre d’inverser la tendance, c’est une modification forte dans nos modes de consommation, quel type de croissance on peut avoir pour justement diminuer nos consommations. Et on voit malheureusement qu’aujourd’hui les intérêts particuliers de chaque pays et le développement économique prennent le pas de manière très forte sur l’intérêt général de la planète. C’est vrai aux États-Unis, mais c’est vrai partout dans le monde. En France, ces dernières années, les débats portent sur la limitation de la dette, l’augmentation du pouvoir d’achat mais la transition écologique est passée très en retrait de toutes les préoccupations que ce soit des politiques ou des citoyens. Pourtant, il y a trois, quatre ans, après le Covid, on observait une conscience écologique chez les citoyens avec des petites avancées. Là, on observe plutôt un recul de cette problématique.

    Ce recul sur l’environnement ne risque-t-il pas d’engendrer un sentiment de démobilisation, de résignation chez les citoyens ?

    A. R. : C’est complexe. Il y a une grande volonté aux COP – j’étais présent à la COP27, à la COP28. Le sujet, c’est plus d’arriver à convaincre l’opinion publique de l’intérêt de faire des petits pas. Ce combat doit être le résultat de petits efforts de chacun tous les jours. Le problème c’est qu’on a parfois des positions trop extrémistes. Selon le palmarès international des efforts des États en matière climatique de 250NOW, les premiers classés sont les pays scandinaves, la Suisse, le Luxembourg, et la France arrive septième. Sans aucune surprise, les derniers pays de l’OCDE sont les États-Unis, le Canada, l’Australie. Pourtant, en France, on a plutôt un sentiment général qu’on ne fait pas assez d’efforts. Et certaines associations mettent la France au tribunal alors qu’elle fait partie des leaders mondiaux à montrer l’exemple. Cette mise en cause peut affaiblir la voix de la France. Je pense que c’est un sujet qui devrait rassembler au-delà des oppositions. C’est un sujet prioritaire mondialement, la dette écologique est beaucoup plus grave que la dette financière. Aujourd’hui, on n’a pas de partis, de gens qui arrivent à se positionner sur ce sujet de manière suffisamment forte pour créer cette dynamique.

    Cette politique de petits efforts est menée par certaines associations et municipalités. Mais cette légende du colibri, popularisée par Pierre Rabhi, est-elle efficace ?

    A. R. : Oui, je crois beaucoup justement à l’effet colibri sur plusieurs sujets. C’est vraiment un marathon qu’on a à faire pour arriver à gagner cette bataille pour le climat. Et on n’a jamais gagné un marathon en partant en sprint. C’est une course de fond, un enchaînement. Un premier petit geste va donner envie le lendemain d’en faire un deuxième ou d’en faire plus. Et c’est vrai au niveau du citoyen, au niveau de la collectivité, de l’entreprise, de l’État. C’est cette dynamique générale qu’il faut générer.

    Propos recueillis par Louis Dupin

    « Les intérêts particuliers des pays prennent le pas sur l’intérêt général
    de la planète »

    « Nous avons besoin de solutions (…). Nous devons aller beaucoup plus vite »

  • La COP30 est-elle celle de la dernière chance ?

    La COP30 est-elle celle de la dernière chance ?

    La COP30 sera la « meilleure de toutes » et marquera la « mise en œuvre » des engagements de l’Accord de Paris conclu en 2015. Prise de conscience de l’urgence climatique ou vœu pieu qui se heurtera au mur des lobbies  ? Pour l’heure, il ne s’agit que des mots du président Lula.

    Le 10 novembre, dès l’ouverture de la 30e Conférence de Belém sur le climat qui se clôturera le 21 novembre, le président brésilien a appelé les participants à « infliger une nouvelle défaite aux négationnistes » du changement climatique. C’est-à-dire aux climatosceptiques qui, par ignorance ou plus souvent par intérêt financier, nient toujours l’évidence scientifique. À savoir que la planète court à sa perte en raison de la montée des gaz à effets de serre dus à l’activité humaine, exacerbée par le capitalisme sauvage, sa quête de profits qui passe par une croissance infinie.

    Il y a 10 ans, les pays s’étaient engagés à Paris à réduire drastiquement leurs émissions de CO2 de sorte de limiter le réchauffement à 1,5 degré. On sait déjà que le compte n’y sera pas. Les derniers rapports laissent craindre un réchauffement de l’ordre de 3 à 4 degrés à l’horizon 2100. En raison des renoncements ou des mesures de greenwashing, le seuil des Accords de Paris sera « presque inévitablement dépassé », concède Jim Skea, le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

    L’Occitanie dubitative

    La COP30, qui semble être l’une des dernières à pouvoir encore infléchir la fuite en avant, réussira-t-elle à gravir la montagne quand les éditions précédentes (Bakou, Dubaï, Charm el-Cheikh) ont accouché d’une souris ? Difficile d’y croire. Il faut dire que les USA sont pour la première fois un absent de marque, fustigés par le président Lula. « Si les hommes qui font la guerre étaient ici, ils se rendraient compte qu’il est beaucoup moins cher » d’investir dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Au lieu de cela, Trump n’a envoyé aucune délégation officielle. Pire, il pourrait tirer en coulisses les ficelles pour faire capoter un accord responsable qui empiéterait sur les intérêts fossiles américains (pétrole, gaz, charbon). Toutefois, des dirigeants d’États américains sont bien présents. Notamment les gouverneurs du Nouveau-Mexique (Michelle Lujan Grisham) et de Californie, (Gavin Newsom). Probable candidat démocrate à la Présidentielle 2028, ce dernier a déclaré que « Donald Trump redouble d’imbécillité », qualifiant son recul « d’abomination ».

    Depuis l’Occitanie, où l’agroclimatologue Serge Zaka fait partie de ceux qui alertent sur l’avenir de l’agriculture en raison du passage d’un « stress hydrique à un stress thermique », les associations environnementalistes ne se font guère d’illusions. « Macron se fait mousser mais la politique du gouvernement est erratique. Total continue de forer en Afrique », déplore Cathy Valat. Membre d’Alternatiba Montpellier, la militante déplore encore plus la position négationniste du président américain. « Grâce au greenwashing, le capitalisme a plus d’une arme dans sa besace ». Côté France nature environnement (FNE), Simon Popy est un peu moins pessimiste. Il voit dans l’absence des USA une « opportunité » pour le Brésil et la Chine d’être moteur du changement. « Après Bolsonaro, le Brésil a une carte à jouer. La Chine a déjà fixé un cap ambitieux sur les énergies renouvelables ».

    Quoi qu’il en soit, « se lamenter n’est pas une stratégie », estime le chef de l’ONU climat, Simon Stiell. « Nous avons besoin de solutions (…) Nous devons aller beaucoup, beaucoup plus vite », a-t-il martelé en ouverture. Les plus optimistes parient sur le fait que le Brésil, où les populations indigènes d’Amazonie sont les premières exposées, aura à cœur de faire adopter des mesures contre la déforestation. Les choix énergétiques, les politiques de transport ou la justice environnementale seront également au cœur des discussions.

    Reste à savoir si les moyens financiers seront au rendez-vous, notamment en faveur des pays émergents. L’an passé, l’enveloppe de 300 milliards de dollars par an à l’horizon 2035 avait été jugée « ridicule » et l’accord qualifié de « néocolonialiste ».

  • La pollution de l’air diminue mais il reste encore beaucoup à faire

    La pollution de l’air diminue mais il reste encore beaucoup à faire

    À l’échelle régionale, les émissions annuelles de polluants dans l’atmosphère sont en baisse. C’est là le principal enseignement de l’inventaire des émissions publié en ligne ce 6 novembre par l’association de surveillance de qualité de l’air, AtmoSud. Cet outil permet de suivre sur chaque commune l’évolution des polluants atmosphériques, les consommations et productions d’énergie en région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    Plus précisément, les émissions de particules fines (PM 2,5), produites notamment par le chauffage au bois, ont réduit de 15%, les oxydes d’azote (Nox), principalement issus du trafic routier et maritime, de 7,6%, les gaz à effet de serre (GES) de 5%. Mais « malgré ces progrès, notre territoire reste loin de ses objectifs : 97% de la population vit au-dessus des seuils de l’OMS, 11% au-dessus de la valeur limite 2030, et loin de la neutralité, puisqu’il ne compense encore que 12% de ses émissions de GES », analyse AtmoSud.

    Un outil pour anticiper

    Cette année, les particules ultrafines ont été intégrées dans l’inventaire communal, une « première mondiale », se félicite AtmoSud. Ces dernières sont principalement émises par le trafic routier mais si la contribution de l’aérien est faible, il reste le premier contributeur des particules les plus fines des ultrafines, comprises entre 10 nanomètres et 13 nanomètres, en étant responsable de 35% de ces émissions.

    Le calcul des émissions maritimes a aussi été revu « grâce au partage des données réelles avec les acteurs portuaires ». Les résultats sont sans appel : « À Marseille, le secteur maritime demeure un contributeur majeur aux émissions de polluants atmosphériques. Il représente 37% des émissions d’oxydes d’azote (1 456 tonnes), juste derrière le transport routier (45%). » À Fos-sur-Mer, ce secteur reste le premier émetteur, avec 6 212 tonnes de NOx, soit 57% des émissions totales de la commune. Les axes routiers secondaires sont également pris en compte et le calcul de « la séquestration carbone » amélioré « avec la prise en compte de la mortalité des végétaux ».

    Cette étude sert également de base pour « comprendre les phénomènes de pollution, mieux anticiper la pollution de l’air et évaluer la performance environnementale de notre territoire ».

    Pour en savoir plus : cigale.atmosud.org

  • La préfecture de Vaucluse rejette l’arrêté anti poids-lourds sur la rocade, à Avignon

    La préfecture de Vaucluse rejette l’arrêté anti poids-lourds sur la rocade, à Avignon

    La préfecture de Vaucluse annonce, dans un communiqué de presse, émettre un avis défavorable « en l’état » au projet d’arrêté porté par la mairie d’Avignon. La municipalité a été informée par le préfet par courrier ce jeudi 6 novembre.

    Et ce car, à l’issue de réunions tenues entre juillet et septembre avec des représentants de collectivités du bassin d’Avignon et des acteurs économiques notamment, les échanges n’ont « pas permis d’aboutir à un consensus nécessaire au déploiement du dispositif dans des conditions acceptables par l’ensemble des parties prenantes », assure la préfecture. Le préfet appelle ainsi l’ensemble des acteurs du dossier à poursuivre les discussions pour « parvenir à un compromis acceptable pour tous ».

    Dans ce long texte, le point de vue défendu par les syndicats de transporteurs est notamment évoqué, à savoir l’utilisation de l’axe par les camions pour rejoindre la plateforme rail/route de la zone d’activités de Courtine. « En effet, le terminal de Champfleury figure parmi les premiers sites de transport combiné français rail/route et contribue de surcroît de manière significative à l’approvisionnement de l’agglomération avignonnaise et à l’économie locale, en offrant des débouchés aux productions agricoles du Vaucluse et du nord des Bouches-du-Rhône. À cet égard, le développement du transport combiné, qui constitue un mode de transport respectueux de l’environnement, est une politique publique portée par l’État », précise la préfecture.

    Concernant les inquiétudes de la mairie liées à la pollution générée par le passage des poids lourds dans une zone densément peuplée, les services de l’État rappellent que, « soucieux de la préservation de la santé des habitants », un « plan d’urgence transport » est déclenché lors des épisodes de pollution. Mais aussi que l’État participe financièrement aux projets de transports en commun du Grand Avignon, ainsi qu’aux études autour du Service express régional métropolitain.

    Enfin, la préfecture remet sur la table le projet de liaison Est-Ouest de contournement de la Cité des Papes, actuellement à l’arrêt, estimant qu’il aurait permis « de concilier les objectifs de protection des populations exposées à la pollution, la préservation de l’activité économique du bassin de vie avignonnais, ainsi que la desserte à plus longue distance des pôles économiques situés dans les Bouches-du-Rhône. »

    Contactée par La Marseillaise, la mairie d’Avignon n’a pas encore réagi à cette décision.

  • L’autorisation délivrée, le projet du COM bientôt lancé ?

    L’autorisation délivrée, le projet du COM bientôt lancé ?

    Serpent de mer héraultais, le Contournement ouest de Montpellier (COM) finira-t-il par voir le jour ? Une nouvelle étape vient d’être franchie pour ce projet routier censé relier l’A709 à l’A750 dans le but de diminuer le trafic routier et la pollution à Montpellier.

    Le préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch a délivré l’autorisation environnementale le 30 octobre, actant dans les prochains mois les opérations de déviation d’ouvrage et de réseaux, suivies de fouilles archéologiques avant un début du chantier espéré en 2027. Une décision motivée par l’avis favorable de l’enquête publique, rendu en septembre. « Chacun a fait le constat qu’entre le projet prévu à la déclaration d’utilité publique (DUP) et celui qu’a présenté Vinci aujourd’hui, il y a un certain nombre d’aménagements qui vont dans le bon sens – notamment le viaduc sur la Mosson, ouvrage qui n’existe pas tel quel dans la DUP et qui, écologiquement, est très important puisqu’il permet [au COM] d’éviter un certain nombre de zones humides – y compris pour les opposants au projet », souligne François-Xavier Lauch.

    Pourtant, chez les opposants justement, le compte n’y est pas. Ces derniers contestent notamment l’impact climatique des études réalisées lors de l’enquête.

    Trois recours déposés

    « Les auteurs considèrent les kilomètres de route en plus prévus pour le COM mais ne clarifient pas le type de route utilisé, or entre une autoroute et une route, le trafic n’est pas le même. De plus, leur travail de modélisation se base sur les objectifs de report modal fixés par la Métropole de Montpellier. Mais le COM va impacter ces objectifs », observent les Shifters du Languedoc. Et de craindre une augmentation du nombre de véhicules, qui « va conduire à une hausse des émissions de CO2 de 2 à 8% », au risque de compromettre les objectifs fixés par les accords de Paris.

    Également en ligne de mire, « les nuisances du projet ne sont pas prises en compte, la ligne 2 de tramway sera bloquée pour deux ans, les travaux vont durer quatre ans », fait valoir Céline Scornavacca, porte-parole du collectif AutreCOM. Ce dernier milite pour une alternative à 70km/h, permettant une emprise au sol moindre et donc un impact environnemental plus faible. L’alternative avait été prise en compte lors de l’enquête mais jugée non sérieuse, selon AutreCOM. « Selon le commissaire, il faut plus de foncier pour un projet à 70km/h qu’à 90. Mais c’est faux, plus on va vite, plus les rayons de courbure doivent être larges et demandent de foncier. Et ça ne coûte pas le même prix », soupire Céline Scornavacca.

    Des arguments balayés par François-Xavier Lauch, ne croyant pas « à l’explosion du trafic sur le COM à son ouverture. On a d’autres exemples en France, comme le contournement ouest de Strasbourg [GCO, Ndlr] où les premières données démontrent que le trafic induit qui avait été annoncé par les opposants n’est pas là. » Un exemple néanmoins contredit par une tribune publiée par le collectif GCO non merci. Pour autant, le préfet se veut rassurant. « Je présiderai la première réunion d’un comité de suivi des mesures compensatoires. L’État fera en sorte évidemment que ces compensations soient mises en œuvre. Il est hors de question de faire n’importe quoi au plan écologique », soutient François-Xavier Lauch.

    De quoi calmer les plus réfractaires ? Pas vraiment, à en juger par les actions en justice. « Nous attendons toujours la réponse de l’appel contre la DUP. Dès que le préfet donnera l’autorisation, nous déposerons un nouveau recours. Nous contestons aussi l’étude à 70km/h qui a été bâclée », précise Céline Scornavacca. « Je donne rendez-vous aux opposants au moment où le COM ouvrira pour démontrer que le trafic induit n’est certainement pas celui qu’ils indiquent », rétorque François-Xavier Lauch. Le COM n’a pas fini de faire parler de lui.