Tag: Occitanie

  • La police municipale s’emmêle les pinceaux

    La police municipale s’emmêle les pinceaux

    La police municipale de Béziers irait-elle trop loin ? Sous la houlette du maire d’extrême droite Robert Ménard, les agents outrepassent parfois les compétences de leurs missions et exercent celles de leurs collègues de la nationale. Or ils ne sont pas formés et des dérapages peuvent arriver. Dernier exemple en date ? L’annulation, pure et simple, d’une procédure visant un Biterrois de 23 ans par le tribunal de Béziers, le 11 septembre.

    Les faits remontent à juin dernier. Deux policiers municipaux procèdent à des contrôles de véhicule, en pleine nuit, à pied. C’est à ce moment que le jeune homme arrive à leur hauteur. « Ils étaient avec des lampes torches dans un champ. Mon client, assez jeune, prend peur, accélère 5 mètres avant de comprendre qu’il a affaire à des policiers donc il s’arrête », rembobine Me Solène Mangin, avocate du Biterrois. Il n’en fallait pas plus pour que les forces de l’ordre considèrent cette action comme un refus d’obtempérer et interpellent l’homme. De la drogue est trouvée dans la voiture. Placé d’abord en garde à vue, le jeune sera transféré en détention provisoire dans l’attente de son jugement. À l’issue de la première audience, ce dernier est placé sous contrôle judiciaire.

    Un vide juridique ?

    Problème : au moment des faits, les deux agents se situent sur la commune de Maraussan, qui relève de la compétence de la brigade de gendarmerie de Cazouls-lès-Béziers. « Ce n’était pas à Béziers, donc les policiers n’avaient aucune raison de se trouver à cet endroit. Ils ne pouvaient non plus procéder à des contrôles de véhicules. De plus, entre le moment où mon client est interpellé et le moment où il est présenté à un officier de police judiciaire [OPJ, Ndlr] au commissariat de Béziers, il se passe 1h30. Selon eux, ce délai est expliqué car les agents attendaient le renfort de la BAC et de la police nationale. Mais ce n’est pas vrai. La police nationale et la BAC n’ont pas du tout été contactées. Donc il n’y a aucune raison à ce délai irraisonnable », reprend l’avocate.

    Le tribunal a donc décidé d’annuler toute cette procédure, tâchée d’irrégularités. En effet, les missions de la police municipale sont différenciées de celles de la nationale. Placé sous l’autorité du maire, le policier municipal est un agent territorial qui obéit aux arrêtés pris par la commune. Ses principales missions concernent la sûreté, la salubrité et la tranquillité publique. À la différence de la nationale, un policier municipal n’est pas un OPJ – il est officier adjoint – et donc ne peut procéder aux placements en garde à vue, aux fouilles corporelles, aux contrôles d’identité, etc.

    Sauf qu’une brèche peut conduire à ce genre de situation. « Actuellement, la compétence de base de la police municipale est de l’ordre de la circulation. Pour l’instant, ils n’ont aucun autre pouvoir. Mais ils se basent sur l’article 73 du code de procédure pénale qui donne à tout un chacun le pouvoir d’interpeller quand il y a un crime ou un délit flagrant et de le conduire à un OPJ le plus proche. Mais ils ne sont régis par aucun texte », insiste l’avocate. Cela laisse ainsi à chacun la libre interprétation d’un « délit flagrant » pouvant mener à quelques dérapages ou bavures. Un besoin de légiférer s’impose.

    « Les policiers n’avaient aucune raison de se retrouver à Maraussan »

  • [Quoi de neuf] « Ce festival n’est pas du cinéma sorti de l’industrie »

    [Quoi de neuf] « Ce festival n’est pas du cinéma sorti de l’industrie »

    À Sète, l’association Salsa (Sète Amérique latine semaine artistique) organise chaque année les Rencontres du cinéma latino-américain. Son président Americo Bollati et Robert Chaluleau, programmateur, nous livrent les dessous de cette 19e édition qui se déroule du 4 au 10 octobre.

    Louis Dupin : Pouvez-vous nous parler de votre association, Salsa ?

    Americo Bollati : Salsa a été créée par Michel Maillet en 2006. C’est parti de sa passion pour l’histoire des pays d’Amérique latine, notamment Cuba. À l’origine, il est allé à Cuba plusieurs fois où il a fait deux documentaires. Il est revenu à Sète avec l’envie de faire une association autour de Cuba puis, finalement, l’idée s’est élargie sur
    toute l’Amérique latine. Malheureusement, Michel Mailly nous a quittés en 2016 et à ce moment-là, qu’on m’a mis la casquette de président.

    Louis Dupin : Vous organisez les Rencontres qui proposent 14 projections de films, dont cinq qui seront
    en compétition ?

    Americo Bollati : Pendant des années, notre festival ne donnait pas de prix. On a commencé l’année dernière avec le prix du public. Ça a très bien fonctionné, aussi bien comme une façon d’intégrer le public dans la dynamique de la projection que comme un moyen pour le réalisateur de mettre en valeur son film. Cette année, c’est tout nouveau, nous avons fait appel à des cinéastes, des réalisateurs pour constituer un jury qui remettra son prix.

    Louis Dupin : Comment s’opère cette sélection ?

    Robert Chaluleau : Ça prend du temps. Nous faisons notre marché en quelque sorte, parce qu’il faut quand même savoir d’où viennent les films. On va sur le festival Cinélatino à Toulouse, on prend des idées au Viva Mexico de Paris, le festival de Biarritz. On prend des contacts avec des réalisateurs, des acteurs ou des distributeurs, ce qui nous facilite souvent les choses. Il y a quelques années, on courait toujours, nous, pour aller chercher des films et maintenant il y a des distributeurs qui nous les proposent. Donc pour nous c’est quand même un gage de reconnaissance, de notoriété du festival.

    Olivier Nottale : Ces Rencontres permettent aussi de faire venir des acteurs, réalisateurs à Sète pour parler de leur travail et de leur pays ?

    Americo Bollati : Absolument. Cette année, on a deux réalisateurs invités, Jean-Louis Gonterre et Victor Excoffier, qui viennent à la médiathèque de Sète pour présenter leurs films dans un registre tout à fait inattendu. Il y a un documentaire sur la pomme de terre, réalisé par Jean-Louis Gonterre. Victor Excoffier a réalisé Apapachar, documentaire sur la Colombie, sur la quête du bonheur, comment être heureux. Ce sont des pièces uniques, parfois un peu fait à la main donc ce n’est pas le cinéma qui nous sort de l’industrie.

    Olivier Nottale : Il y a également d’autres événements autour du festival, de la musique, des rencontres littéraires…

    Robert Chaluleau : Pour la musique, on fait l’ouverture du festival avec un groupe cubano-français, Chamacos. Et pour la soirée de clôture, nous avons prévu un quatuor à cordes avec une cinquième personne qui jouera du bandonéon, instrument emblématique de l’Argentine.

    Americo Bollati : À Salsa, il n’y a pas que du cinéma. Mais aussi un club de lecture où des amateurs de la littérature latino-américaine se réunissent pour commenter des auteurs qu’ils ont lus. Chaque année, ils sélectionnent un invité pour une rencontre littéraire. Cette année, l’auteur argentin Diego Mucio présentera son dernier livre, L’œil du Goliath. Un livre non seulement très bien écrit, mais très intéressant, très original.

    Louis Dupin : L’Amérique latine a connu grand nombre de dictatures
    au cours du XX
    e siècle, impliquant un devoir de mémoire qui doit occuper une grande place dans
    le cinéma
     ?

    Robert Chaluleau : Oui, il y en a eu beaucoup. Et ça continue. Donc il nous semble important de faire reconnaître d’une part l’Histoire, mais d’apporter par ce biais-là aussi un soutien. Il y a des pays comme la Colombie ou même le Mexique, dirigés par des gens de gauche qui ont quand même besoin d’un soutien populaire chez eux, mais aussi vu de l’extérieur. Ils ont besoin d’une reconnaissance internationale. Donc ça nous semble en fait important de parler de tout ça et d’appuyer et de supporter ça.

    Louis Dupin : Le retour
    de l’extrême droite dans certains pays d’Amérique latine met-il en danger
    la culture ?

    Americo Bollati : Ça fait beaucoup de dégâts. L’Argentine avait créé l’Institut cinématographique des arts audiovisuels, l’INCAA. [Le président] Milei l’a tout simplement démantelé.

    Or, c’était une référence non seulement pour la création et la réalisation de films argentins, mais qui finançait aussi beaucoup de travaux de post-production, des films de l’Amérique latine en général. Des réalisateurs chiliens, mexicains, colombiens profitaient de cette expertise. Et pour l’Argentine, même dans une logique économique purement capitaliste, c’était un avantage.

    À écouter sur divergence-fm.org

  • Le départ de la Mosson tombe à l’eau

    Le départ de la Mosson tombe à l’eau

    De la Mosson à la Mosson. Depuis 2014 et les inondations dévastatrices de la Mosson, rivière éponyme, qui borde le stade, Montpellier va de projet de déménagement en projet de déménagement pour s’inscrire dans la modernité du football du XXIe siècle. Il a imaginé un stade Louis-Nicollin novateur dans le quartier Cambacérès, à proximité d’Odysseum, de la nouvelle gare, de l’autoroute…

    à défaut de ce site idéal, Laurent Nicollin et toute son équipe ont envisagé une implantation sur le site d’Ode à la mer, puis plus récemment aux abords du Parc des Expos. Par la faute de normes aériennes, du renoncement de la Banque des territoires ou de volonté politique, la porte s’est refermée.

    Mercredi 1er octobre, sur le parvis du stade de la Mosson, en marge de la photo officielle, le président du MHSC a acté le retour à la case départ au côté du maire Michaël Delafosse, désireux d’engager des travaux de rénovation du stade et de poursuivre la transformation du quartier. « Dans la vie, j’ai toujours estimé que c’était important pour le club d’avoir un nouvel outil pour pouvoir développer et pérenniser le club. On ne va pas s’arc-bouter et s’entêter à faire des projets qui ne sont pas possibles sur le plan financier. Dans la vie, quand tu peux t’acheter une baguette de pain, tu n’en achètes pas quatre. Il y a des choses qui sont possibles de faire, d’autres qui ne sont pas possibles. C’est une déception d’autant que le groupe [Nicollin, Ndlr] a mis beaucoup d’argent », constate Laurent Nicollin, qui vient par ailleurs de vendre la section féminine à un groupe anglais : Crux Football, fondée par Bex Smith (lire aussi ci-contre).

    À six mois des prochaines municipales (15 et 22 mars), le maire Michaël Delafosse reprend l’affaire en main et veut rénover le stade de la Mosson, « dans son jus » depuis 1998 et l’accueil de la Coupe du monde de football. Sans évoquer le montant de l’investissement nécessaire, il veut remettre à neuf cette enceinte, enclavée au bout du quartier de la Paillade.

    « On doit être au côté

    du club »

    « On doit être au côté du club et de la famille Nicollin. Cela consiste à porter un projet ambitieux pour accompagner le projet sportif du club. Ce stade est dans son jus depuis 98. à l’exception des loges et de la pelouse, il n’y a pas eu d’investissement. Il va donc y avoir des investissements sur le stade. Il y a le stade en lui-même, et puis il faut donner à nos supporters, à nos spectateurs une expérience. Il faut que ça devienne un lieu de vie. Donc, on va épaissir 15 000 mètres carrés. On va écouter les demandes du club pour voir comment ils peuvent mieux recevoir pour accompagner le modèle économique du club. Évidemment, on va se lancer dans ce projet-là qui s’inscrit dans la transformation du quartier », détaille Michaël Delafosse.

    Développement de surfaces commerciales, de bars, recalibrage de l’avenue Heidelberg, pour créer un espace sécurisé pour accéder au stade en famille, création d’un parking relais, connecté avec la ligne 3 et la ligne 1 du tramway, mais aussi le futur COM (contournement Ouest de Montpellier) sont autant d’idées émises par Michaël Delafosse pour aboutir à l’horizon 2030.

    Seulement, le stade est exposé au risque d’inondation dans un monde en plein dérèglement climatique. Le 31 mai 2017, sa candidature pour être le site d’accueil du Mondial de rugby avait été recalée au bénéfice de Nice, hôte de l’Euro 2016 et du Mondial 2023.

    Il y a quelques semaines, le maire de Pérols Jean-Pierre Rico, furieux face à l’abandon du projet au Parc des Expos, avait mis en garde. « Conserver le stade à la Mosson, c’est tuer le MHSC. Je ne voterai pas, dans la prochaine mandature, pour jeter 70M d’euros dans un stade qui est en zone inondable. »

    La Métropole a engagé des études hydrauliques pour effectuer les travaux nécessaires et répondre à « la vulnérabilité inondation du stade ».

    À six mois du scrutin municipal, le maire de Montpellier, entouré de Christian Assaf et Hervé Martin, respectivement en charge des sports à la Métropole et à la mairie, étouffe presque dans l’œuf le probable débat autour de la Mosson. Sur son aile gauche, les Verts de Jean-Louis Roumégas, LFI de Nathalie Oziol ou le groupe d’opposition de la Mupes, présidé par Alenka Doulain, plaident tous pour rester à la Mosson. Et si, tout comme son illustre prédécesseur Georges Frêche, Michaël Delafosse n’avait jamais voulu quitter la Mosson ?

    Au fond, la rénovation du stade réjouit la gauche. Laurent Nicollin, peut-être un peu moins.

  • Drapeau palestinien : Sylvain André et René Revol menacés

    Drapeau palestinien : Sylvain André et René Revol menacés

    Vendredi 26 septembre, René Revol, maire insoumis de Grabels, excédé par la haine dont il est victime, a partagé une partie des messages et commentaires reçus depuis qu’il a accroché le drapeau palestinien sur la façade de sa mairie pour que « chacun puisse en être juge ». « Sale fdp anti France, que le karma te rattrape petite m…, honte à toi sale débris », « un petit accident mortel pour Tous ces maires pro Hamas ce serait pas mal », « guignol » ou encore « terroriste », peut-on lire parmi ces messages.

    « J’ai décidé de porter plainte. La violence verbale et la haine n’ont pas leur place dans notre vie démocratique. Notre commune doit rester fidèle à ce qui fait sa force : la solidarité, les valeurs d’humanité et l’ouverture internationale », a prévenu le maire insoumis, qui a reçu de nombreux soutiens à l’image du maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS).

    Braun-Pivet interpellée

    Du côté de Cendras dans le Gard, Sylvain André (PCF) a bloqué les commentaires sur ses comptes personnels mais il a tout de même vu passer de nombreux messages haineux dans les commentaires d’articles de presse. « Il y en a un qui a dit : “Qu’on le brûle !” Je ne sais pas s’il parlait du drapeau ou du maire… J’ai aussi appelé Ici Gard Lozère pour leur faire retirer un commentaire menaçant », témoigne-t-il. L’affaire a pris de l’ampleur lorsque le député d’extrême droite (UDR) Alexandre Allegret-Pilot s’est filmé en pleine nuit enlevant le drapeau. « J’ai constaté que cet acte avait désinhibé les gens qui se sentent tout permis. J’ai même eu des attaques sur mon physique », ajoute Sylvain André.

    Depuis, le maire de Cendras qui est également le président de l’association des maires ruraux du Gard, a reçu de nombreux messages de soutien. « À travers cet acte illégal, l’extrême droite et ses alliés, de par leurs actions diverses, se rangent du côté d’une politique génocidaire. Nous dénonçons cette action et nous apportons tout notre soutien à la mairie de Cendras, ainsi qu’à son maire, qui subit depuis une déferlante de haine et de racisme sur les réseaux », a par exemple réagi le Collectif alésien de solidarité avec la Palestine.

    Les députés du groupe de la gauche démocrate et républicaine se sont également fendus d’un communiqué pour s’indigner « suite au comportement délictueux d’un député d’extrême droite ». « Un député ne peut se substituer à l’autorité publique ni encourager à commettre des actions illégales […]. En agissant ainsi, le député Alexandre Allegret Pilot s’est substitué à l’autorité compétente et a créé un trouble à l’ordre public en s’octroyant un pouvoir qui ne lui appartient pas », ajoutent-ils. Ils annoncent aussi avoir écrit à la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet pour lui demander que le Bureau soit « très rapidement saisi de cette affaire afin d’examiner la réponse appropriée à apporter à ce comportement grave et dangereux ». De son côté, Sylvain André a déposé un signalement au procureur de la République.

  • Pour aller au travail, les Occitans fanas de voiture

    Pour aller au travail, les Occitans fanas de voiture

    En 2021, les 2,2 millions d’Occitans à prendre leur voiture pour aller au travail – les « navetteurs » – émettent en moyenne 0,66 tonne de CO2 par an. Ces derniers privilégient la voiture et la moto à 83,4 % (le reste se répartit entre transports en commun (6,9%), le vélo (3,6%) et la marche (6,1%). C’est ce qu’il ressort d’une étude de l’Insee publiée en septembre concernant les trajets domicile travail. Et l’Occitanie fait mieux que le reste de l’Hexagone (0,77 tonne de CO2 par an), ce qui en fait la quatrième région la moins émettrice des gaz à effets de serre (GES) pour ces trajets. « Pour atteindre les engagements climatiques de la France, chaque habitant devrait en moyenne émettre 2 tonnes d’équivalent CO2 par an en 2050, alors qu’il en génère 9,4 en 2023 », précise l’étude.

    Dès lors, réduire cette empreinte devient un enjeu environnemental majeur. Mais les navetteurs ne sont pas tous égaux. En effet, dans les zones rurales, l’offre de transports étant moins diversifiée, si bien que « 22 % des navetteurs parcourent au moins 20km pour se rendre sur leur lieu de travail. Ces trajets sont responsables de 55% des émissions de GES liées aux navettes domicile-travail », indique l’Insee. A contrario, les navetteurs résidant dans les pôles émettent moins (0,32 tonne pour le pôle de Toulouse, 0,3 tonne pour Montpellier) et prennent plus les transports en commun (22,3% à Toulouse, 19,5% à Montpellier).

    Si la géographie explique en grande partie ces différences, l’étude montre également que les femmes génèrent moins d’émissions que les hommes (0,57 tonne contre 0,75). Aussi, ces émissions varient en fonction de la catégorie socioprofessionnelle des personnes. Les ouvriers émettent le plus (0,84 tonne) tandis que les agriculteurs sont ceux qui polluent le moins, suivi des cadres (0,54 tonne). L.D.

  • [Grand Entretien] Alexandre Gautier, directeur Insee Occitanie : « Donner le goût des vrais chiffres aux citoyens »

    [Grand Entretien] Alexandre Gautier, directeur Insee Occitanie : « Donner le goût des vrais chiffres aux citoyens »

    Toutes les semaines dans La Marseillaise, nous invitons une personnalité des départements du Gard ou de l’Hérault à répondre
    à nos questions. Ce vendredi, Alexandre Gautier, nouveau directeur régional de l’Insee Occitanie. L’économiste de formation explique en quoi l’institut de la statistique éclaire les politiques publiques à l’heure de l’IA, du scepticisme et des fake news.

    PARCOURS

    LM : Vous êtes à l’Insee depuis 1997. C’est une vocation ?

    Alexandre Gautier : Je suis un pur produit de l’Insee, formé dans ses écoles. J’ai assez peu quitté l’Insee et jamais la statistique publique. Économiste de formation, j’ai travaillé à la direction générale en début de carrière. Puis mon parcours m’a fait passer par l’Outre-Mer à la Réunion, en Nouvelle-Calédonie (directeur), en Corse (directeur adjoint). Puis récemment directeur adjoint en Paca. Dernièrement j’étais retourné aux affaires financières à la direction générale. Je connais bien la maison, ses envies, projets, problématiques… En Occitanie, ce sont 280 personnes. Je vais faire les trajets entre Montpellier et Toulouse. Il y a des convergences à trouver, des points à mutualiser avec de la solidarité.

    RÉGION OCCITANIE

    LM : Des créations d’emplois mais un taux de chômage élevé. D’où vient ce paradoxe régional ?

    A.G. : Ce paradoxe a une explication assez simple et contre laquelle on ne peut pas grand-chose. C’est que l’Occitanie est extrêmement attractive. La croissance démographique y est très rapide (+1,2% par an), la plus élevée en France continentale. Cela signifie qu’il faut créer beaucoup d’emplois pour absorber cette croissance. Il s’en crée plus de 30 000 en moyenne par an. C’est énorme, probablement suffisamment dans les phases ascendantes du cycle économique mais pas assez dans la phase descendante. Historiquement, les régions du Sud de la France qui sont moins industrielles, on a des taux de chômage plus élevés. Les salaires sont généralement liés au tissu productif. L’industrie est plutôt rémunératrice. On le voit vers Toulouse avec Airbus, un peu à Montpellier avec l’informatique.

    L’industrie du Gard va mal…

    A.G. : Je n’ai pas de données pour l’instant. Mais l’emploi industriel, facteur d’appréciation de la vitalité économique, est l’un des indicateurs que l’on regarde en premier. On va aussi finement regarder les saisonniers pour le tourisme, l’agriculture. Il y a plusieurs angles sur les saisonniers : le revenu, le logement, les transports.

    Vos prochaines études ?

    A.G. : Les grands axes restent la statistique démographique et sociale avec des projections, pas des prévisions. On sait de quels scénarios, hypothèses on parle. Que se passe-t-il si la fécondité diminue, se maintient, repart ? À 30 ans, les résultats diffèrent. On va travailler sur le numérique, l’aéronautique, la filière automobile. On s’intéresse aussi à la réindustrialisation.

    Fonctionnement

    L.M : Comment choisissez-vous vos sujets d’étude ?

    A.G. : Nous avons des travaux d’enquête réalisés partout comme le recensement, le calcul du taux de chômage… Et puis il y a les études que l’on produit localement. On choisit nos sujets en fonction des politiques publiques. De quoi ont besoin la Dreal, le rectorat, la Région, le conseil départemental… ? On a aussi des sujets plus généraux comme la démographie. La moitié de nos travaux reste du national pur. À Montpellier, on est spécialistes de la statistique d’entreprises liées au tourisme, des infographies numériques.

    Comment conserver votre objectivité quand une étude vous est commandée par un partenaire, une collectivité ?

    A.G. : Nous faisons des partenariats public/public. Il peut y avoir des contreparties financières mais pas systématiquement. L’idée c’est de mettre deux matières grises en commun pour éclairer un sujet. S’ils font appel à nous c’est pour la rigueur de notre expertise. Notre réputation s’appuie sur l’absence de biais de nos travaux. Nous conservons notre objectivité totale et nous publions systématiquement, y compris des résultats qui pourraient déplaire à nos partenaires. Tous nos travaux sont rendus publics sur notre site.

    Que change l’IA pour vous ?

    A.G. : Nous développons des modèles fondés sur l’intelligence artificielle (IA) depuis déjà plusieurs années. L’IA grand public est générative. Est développé à l’Insee le « machine learning », qui permet de coder automatiquement pour aller plus vite. Nos emplois se transforment. On a eu bien sûr une décroissance rapide de nos agents de l’Insee. La société se transforme, les outils sont différents d’il y a 20 ans. On a moins besoin de reprise manuelle. Notre structure a changé : on a plus de cadres, de data scientists, d’ingénieurs et moins d’agents de gestion. Nos travaux sont rédigés par des humains.

    INSEE

    LM : Qu’est-ce que l’Insee ? À quoi ça sert ?

    A.G. : Il y a souvent confusion, on pense que l’Insee est une agence, un établissement public. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) est une direction du ministère de l’Économie et des Finances. La loi précise que l’Insee est indépendant. Il n’y a donc aucune collusion entre les données produites et par exemple l’administration fiscale ou autre. Il n’y a jamais de données nominatives permettant de recouper des informations. Nos études et analyses produites en région ont un objectif : éclairer les politiques publiques, donner un cadrage. Par exemple, on va travailler avec le rectorat et le conseil régional à projeter la population des lycées à l’horizon 20-30 ans.

    Rencontrez-vous du scepticisme vis-à-vis de l’Insee ?

    A.G. : La question est moins celle de l’appartenance à un ministère que de la transformation numérique de la société. Le rapport du citoyen à la donnée, à l’information, a complètement éclaté avec Internet. Il peut y avoir de la défiance dans nos enquêtes en face-à-face un peu plus difficiles qu’avant. Il faut prendre le mal à la racine. Essayons de réussir une certaine acculturation des jeunes publics à la statistique, à la donnée, qu’on sait distinguer de la fake news, du chiffre sorti de nulle part. Lire une statistique, ça s’apprend. On a des partenariats avec les Rectorats dans toutes les régions. On livre des kits aux enseignants de tous niveaux, on est en appui. Il faut réussir à donner le goût des vrais chiffres à ceux qui seront les citoyens de demain.

    Comment entre-t-on à l’Insee ? Un conseil à donner ?

    A.G. : L’Insee c’est la fonction publique, donc les concours toutes catégories, on a des écoles. L’Insee recrute aussi des contractuels. Nos annonces sont sur le site choisirleservicepublic.fr Je conseillerais à un lycéen de postuler à un stage d’observation chez nous.

    Comment marche le recensement ?

    A.G. : Depuis 2004, le recensement n’est plus exhaustif dans les villes de plus de 10 000 habitants. On interroge 8% de la population par an. Au bout de 5 ans on a environ 40% d’une ville ce qui donne une très bonne idée de la population. Il n’est donc pas anormal qu’en 5 ans on puisse ne pas avoir été interrogé. Dans les communes de moins de 10 000 habitants, le recensement a lieu tous les 5 ans de manière exhaustive. La réponse est obligatoire, le recensement est encadré par la loi. La logistique est largement à la charge des communes qui recrutent et rémunèrent les agents recenseurs.

  • Une offre de logements sociaux toujours au rabais

    Une offre de logements sociaux toujours au rabais

    C’est un fait, le secteur du logement est en crise. Si la problématique est nationale, l’Hérault ne déroge pas à la règle. « Il y a près de 64 000 demandes de logements sociaux dans l’Hérault en 2025, soit une augmentation de 14 % par rapport à l’année 2024 », soupire Aline Veyrié, présidente de la Confédération nationale du logement (CNL) de l’Hérault, qui milite pour défendre un droit au logement pour tous. L’Occitanie n’est pas en reste, avec 215 000 demandes, soit une hausse de 11% en un an. Problème, seuls 7 636 logements sociaux sont disponibles dans la région.

    Dès lors, il devient difficile de trouver chaussure à son pied. D’autant que certaines collectivités ne respectent pas les règles du jeu, à l’instar de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain, Ndlr), qui impose un nombre minimal de logement social (20 à 25% du parc immobilier) à chaque commune. « Dans le département, seules Montpellier et Béziers la respectent », poursuit Aline Veyrié. Les autres préférant payer des amendes plutôt que d’être solidaires – le bonnet d’âne revenant sans aucun doute à Agde qui a préféré payer un million d’euros pour être à 9% de logements sociaux. À cela s’ajoute la ponction annuelle décrétée par l’État de plus de 1 milliard d’euros, la réduction du loyer de solidarité (RLS), autant de manque à gagner pour la construction de nouveaux logements.

    Vers une nouvelle approche du logement ?

    De l’autre côté, les locataires font face à une explosion de la vie chère, plongeant une grande partie d’entre eux dans la précarité. « Avec l’inflation, les loyers ont augmenté, même dans le logement social. Alors dans le logement privé, c’est encore pire. Il y a eu aussi une explosion des charges, on a eu beaucoup de réclamations – surtout dans le privé où il est très difficile de les rétablir, les propriétaires ne nous répondent pas », fait valoir la présidente de la CNL héraultaise. Sans parler de la stagnation des salaires et de pensions de retraite.

    Pour pallier la situation, la CNL se veut force de propositions. Notamment une aide à la pierre, un investissement vertueux selon Aline Veyrié. « La construction des logements sociaux permettrait de créer des emplois, c’est un tout. » Surtout, la CNL milite pour une sécurité sociale du logement, à savoir « une sorte d’assurance basée sur le modèle de la Sécu permettant de prévoir un logement à chacun, avec des prix abordables ». Une proposition de la CNL publiée début septembre dans le Manifeste pour une sécurité sociale du logement. Cette dernière comprendrait une caisse nationale de sécurité locative, des allocations temporaires pour faire face aux accidents mais aussi un moratoire sur les expulsions, l’encadrement des loyers… Une véritable nouvelle approche pour tenter de sortir par le haut de la crise du logement.

  • Les chemins du vivant, le second souffle de Montpellier 28

    Les chemins du vivant, le second souffle de Montpellier 28

    Près deux ans après avoir échoué au pied du mur pour faire de Montpellier la capitale européenne de la culture en 2028, l’association M28 – qui portait la candidature – ne s’avoue pas vaincue. Ainsi, du 26 septembre au 5 octobre, l’association propose « l’événement 25 – les chemins du vivant », soit plus de 100 manifestations culturelles dans 80 lieux (le territoire de la candidature, à savoir Montpellier, Lunel, Sète, Pic-Saint-Loup, Vallée de l’Hérault, Agde) réalisées par plus de 150 artistes, scientifiques ou encore chercheurs.

    « Cette programmation est variée, nous voulons montrer une diversité de territoires, une diversité de propositions artistiques qui va se déployer sur dix jours. Nous invitons le public à venir emprunter les chemins du vivant, à se déplacer là où on n’a pas l’habitude d’aller, à échanger avec les artistes », souligne Sophie Léron, présidente de l’association M28. Premier rendez-vous est donné à la cité européenne du théâtre du Domaine d’O, pour la soirée d’ouverture avec un concert de Blick Bassy (19h30).

    Et il y en aura pour tous les goûts. « Une particularité de cette collection est qu’elle est pluridisciplinaire avec des arts visuels, du spectacle vivant, de l’architecture, des réflexions sur le paysage. Il est assez rare de voir dans le même temps toutes ces disciplines qui dialoguent les unes avec les autres. Il y a aussi une place pour les arts culinaires, la musique, la danse », détaille Nicolas Lebourg, directeur artistique de M28. Notamment du théâtre de rue au Peyrou, à Montpellier, avec la compagnie Beagat theater « qui réalise des installations, qui invite à la lecture, à la réflexion. Ça va être magnifique » (05.10, 18h). Ou encore les danseurs Nicolas Fayol et Salia Sanou (avec la compagnie Mouvements perpétuels, 4 et 5 octobre, à 18h, Université Paul-Valéry à Montpellie

    Sept lieux phares

    L’occasion également de découvrir les différents sites du territoire et notamment sept lieux phares : la Mosson à Montpellier, le Quai des Moulins à Sète, l’abbaye d’Aniane, le canal de Lunel, les sources du Lez et le château Laurens à Agde. « Découvrir à travers des lieux patrimoniaux, symboliques, dans lesquels vont pouvoir s’exprimer des artistes, c’est vraiment nous interroger à travers ces différentes formes d’expression sur ce que nous sommes, c’est vraiment un sujet actuel dans cette période de bouleversement », observe Loïc Linarès, président socialiste de Sète Agglopôle.

    Un tel projet qui n’aurait pas pu être réalisable sans la coopération entre les différents acteurs. « M28 est une démarche de coopérations des communes, des EPCI à une échelle plus large que celles sur laquelle nous exerçons nos responsabilités. Une coopération en faveur de la culture qui rassemble », estime Michaël Delafosse, président PS de la métropole de Montpellier.

    Et pour attirer de nouvelles têtes, l’événement 25 se délocalise dans six gares héraultaises (Montpellier, Frontignan, Vic-la-Gardiole, Agde et Sète) afin de mettre en avant les projets culturels ayant lieu sur le territoire. « La gare est un lieu de passage, de transition qui permet de faire venir la culture vers tous les publics, parfois non habitué à venir dans des lieux culturels », souligne Hilaire Hautem, directeur régional de SNCF Gare et connexion. Tout en permettant d’admirer le patrimoine et la richesse de la région.

    Programme complet à retrouver sur montpellier2028.eu.

  • Les rencontres de la gauche à Bram, à l’initiative de Carole Delga, font le plein

    Les rencontres de la gauche à Bram, à l’initiative de Carole Delga, font le plein

    Aujourd’hui, nous étions 2 500 personnes réunies pour faire vivre la gauche républicaine. Avec cette force collective, nous affirmons notre cap : redresser la France, rassembler et porter l’espoir d’un avenir plus juste. » Pour la cinquième année consécutive, la présidente de la Région Occitanie Carole Delga a organisé « les Rencontres de la gauche » samedi à Bram, dans l’Aude. Elle peut être satisfaite d’avoir réuni l’ensemble des forces des gauches à l’exception de la France insoumise. Les responsables du PS dont le Premier secrétaire Olivier Faure, qui n’est pourtant pas sur la ligne « Delga » et le président du groupe des députés à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud, ont fait le déplacement et salué la réussite de cette journée comme Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, était représenté par le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi.

    Cette année, les débats se sont déroulés alors que le pays traverse une crise politique majeure. À ce titre, les propos du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a annoncé samedi dans Le Parisien refusé la taxation des plus riches, ont été vivement critiquée.

    Ce sont surtout les municipales de mars prochain qui ont occupé les esprits avec une ambition : l’unité à gauche. « Alors que les populations rejettent le libéralisme, l’extrême droite est vue comme la solution de rupture. C’est le défi de la gauche aujourd’hui » a souligné le sénateur Jérémy Bacchi lors d’un débat avec les autres représentants de la gauche.

    Le sénateur des Bouches-du-Rhône, qui a fait partie de la commission d’enquête sur le narcotrafic, une plaie dans tous les territoires a aussi exhorté à « cesser d’opposer la gauche et le régalien. L’AppeldeMarseille l’a prouvé : la sécurité dans nos quartiers est un marqueur de gauche et une question de classe. C’est notre responsabilité d’assurer la sécurité publique pour tous ». Le sénateur communiste a aussi réaffirmé « que la gauche est une force dans ses différences ! Elle a toujours su bousculer les politiques en plaçant l’humain en priorité. Elle a créé la Sécurité sociale, elle a su innover sans peur. Retrouvons cette audace ! »

  • Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Des fourmis donnent naissance à deux espèces différentes

    Révolution dans le monde du vivant. Si l’on savait que l’Homme était capable de cloner artificiellement une autre espèce, on ignorait jusqu’à présent que d’autres espèces pouvaient le faire naturellement. C’est ce qu’a révélé l’étude de l’équipe de Jonathan Romiguier, chercheur à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Publiée le 3 septembre dans la revue Nature, cette étude montre comment la fourmi moissonneuse Messor ibericus est capable de se reproduire mais également donner naissance à une autre espèce : les fourmis moissonneuses Messor structor.

    Le résultat de cinq années de travail. Pour y arriver, il aura fallu échantillonner 120 populations, séquencer le génome de 400 individus et observer une cinquantaine de colonies pour mettre en lumière un phénomène jusque-là inconnu. « Traditionnellement, la manière dont on décide si un œuf va devenir une reine ou une ouvrière passe par la nourriture que l’on va donner à la larve – comme chez les abeilles. En fait chez les fourmis moissonneuses, il n’y a pas ça mais on a un système qui est entièrement génétique, c’est-à-dire qu’un œuf est prédestiné à devenir reine ou ouvrière dès le début », détaille Jonathan Romiguier.

    Ainsi, chez certaines espèces de fourmis moissonneuses, l’accouplement entre une reine avec un mâle proche génétiquement donnera naissance à une autre reine tandis que s’accoupler avec un mâle d’une autre espèce produira des ouvrières.

    « On s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose de très anormal chez les Messor ibericus parce qu’on voyait que toutes les ouvrières de cette espèce étaient des hybrides, entre Messor ibericus et une autre espèce assez éloignée, Messor structor. Sauf que Messor structor n’existe pas dans le pourtour méditerranéen. C’est totalement anormal parce que si on voit des ouvrières hybrides, c’est qu’il y a un père d’une espèce et une mère de l’autre qui sont présents. Là il manquait systématiquement le père », explique Jonathan Romiguier. Deux espèces assez différentes physiquement alors qu’issues de la même mère. L’une est très poilue alors que son « frère » est totalement glabre. « À partir des estimations des séquençages des génomes, les différences sont comparables à ce que l’on observe entre des espèces séparées de 6 millions d’années. Ce qui est similaire à ce que l’on peut trouver en termes de divergences entre l’homme et le chimpanzé », expose le chercheur. Bref, comme si une femme pouvait, au choix, donner naissance à des humains ou des chimpanzés.

    Un nouveau mode de reproduction baptisé « xénoparité » (du grec xeno « étranger » et parité « donner naissance »). « C’est le fait qu’une espèce a besoin de produire un individu d’une autre espèce dans le cadre de son cycle de vie. Elle est obligée de le faire car si Messor ibericus ne pond pas des Messor structor, elle disparaît de toutes les côtes méditerranéennes étant obligée d’avoir ses mâles clonés pour pouvoir avoir des ouvrières et donc des colonies fonctionnelles », souligne Jonathan Roumiguier.

    Une xénoparité permise grâce à la domestication sexuelle de Messor ibericus. « À l’origine, on pense qu’elles étaient obligées de trouver des mâles Messor structor pour pouvoir faire leurs ouvrières donc elles devaient en quelque sorte les chasser. Elles ont ensuite appris à contrôler leur reproduction et à les produire elles-mêmes dans leur propre nid. Après s’être accouplée avec un Messor structor qui était dans son environnement, la reine va stocker son spermatozoïde dans sa spermathèque, un de ses organes, et le conserver pendant plusieurs décennies. Elle va féconder son ovule et, dans son ovule, avant ou après la fécondation, le génome maternel va être éliminé. Du coup, un clone du père sera créé. » Une découverte inédite montrant la richesse du monde des insectes.