Tag: Occitanie

  • Une exposition qui sublime la poésie des mots à Alès

    Une exposition qui sublime la poésie des mots à Alès

    « Cette rétrospective est la première d’envergure qui lui est consacrée dans notre pays depuis 1978 au Musée national d’art moderne », annonce le musée alésien Paul-André Benoit à Alès. Une rétrospective qui plonge les visiteurs dans l’univers du créateur géorgien Ilia Zdanevitch, dit Iliazd, qui oscille entre la typographie et la poésie.

    « L’exposition retrace son parcours singulier, depuis ses expérimentations futuristes en zaoum – langage transrationnel destiné à une lecture chorale – jusqu’à sa réappropriation magistrale du sonnet, forme classique qu’il a renouvelée avec une audace et une complexité sans précédent », précise le musée.

    Une approche artistique incomparable

    L’artiste définit le zaoum comme « un langage composé de mots démunis de sens, dans lesquels on ne peut trouver que des sons, et, à peine visibles, des traces de racines verbales », un langage « transrationnel » qui se base plus sur la sonorité et l’émotion que sur le sens littéral des mots. Ces œuvres qualifiées d’« indissociables des soubresauts politiques et artistiques du XXe siècle » par les programmateurs de cette exposition, mettent en avant non seulement des mots mais également des formes artistiques, créant ainsi des ponts entre les mouvements futuristes russes, Dada et les cercles artistiques parisiens.

    Cette exposition est l’occasion de se plonger dans la réflexion de ce créateur aux multiples facettes, typographe, poète, romancier, mais aussi archéologue et byzantinologue, qui a collaboré avec de grands noms de l’art moderne comme Max Ernst, Alberto Giacometti, Henri Matisse ou encore Pablo Picasso. Il est rappelé que « l’exposition met en lumière son génie de « l’art de la lettre et de la page » aux éditions du Degré 41 (41°) », une maison dont il a été l’unique maître d’œuvre et qu’il a dirigée toute sa vie.

  • À Montpellier, un club de foot se mobilise pour la libération de Kamal

    À Montpellier, un club de foot se mobilise pour la libération de Kamal

    C’est une histoire qui illustre l’ignominie de la politique migratoire en France. Pour des problèmes administratifs, certains sont jetés en rétention dans des conditions indignes. C’est ce qui est arrivé à Kamal, jeune Algérien de 30 ans membre du club omnisports Athlétique Club (AC) Asteras Montpellier.

    Pêcheur de sardines en Algérie, ce dernier ne voit pas d’avenir dans son pays et part en France dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Posant ses valises dans la capitale héraultaise, il intègre rapidement le Football du peuple Montpellier avant de rejoindre l’AC Asteras. Ce club omnisports ambitionne de redonner une pratique populaire du sport, portée par des valeurs de solidarité et de justice sociale. « Kamal était très actif pour le club et il joue très bien au foot », fait valoir Mathieu, membre de l’AC Asteras.

    Sauf que fin avril, Kamal est interpellé à la gare de Montpellier à la suite d’un « contrôle au faciès », selon ses proches. « Ils l’ont amené au commissariat et le lendemain, ils l’ont conduit au CRA (Centre de rétention administrative, Ndlr) de Sète. Mais Kamal ne savait pas ce qui se passait. Il n’a pas demandé d’avocat. Ils lui ont fait signer une feuille, il pensait qu’il allait être relâché », raconte Nicole, une amie du jeune homme. Sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) car sans-papiers, Kamal est donc enfermé au CRA depuis le 25 avril. Ses proches et membres du club se sont rassemblés le 20 mai devant les grilles de la préfecture héraultaise pour exprimer leur soutien.

    La rétention prolongée ?

    Sauf que le juge pourrait bien ordonner une prolongation de 30 jours, pouvant être reconduite une nouvelle fois, soit 90 jours au total. Pour l’instant, Kamal trinque. « Les conditions sont insalubres. Quand ils jouent au baby-foot, des rats passent. Il mange peu car rien n’est halal. Ils sont tous mis ensemble avec les gens dangereux et des personnes malades – qui ne sont pas soignées et à qui on donne du Doliprane. Mais cela se passe bien avec les gens et les gardiens », soutient Nicole.

    Mais le joueur de l’AC Asteras ne semble pas baisser les bras. « On lui rend visite souvent. Il sourit, il nous fait des blagues, il est sympa. Il est soutenu, il a un vrai réseau autour de lui », reprend Mathieu. Bénévole à Saint-Vincent-de-Paul, Kamal a pris des cours de français avant de passer une formation dans l’espoir de trouver un travail et construire sa vie en France. « Il pourrait passer le Bafa, je le verrais bien animateur », avance Nicole. Auparavant, Kamal avait travaillé trois ans dans une pizzeria. « Mais ils lui faisaient miroiter des papiers, ça n’arrivait pas et je lui ai dit d’arrêter », poursuit Nicole.

    Si ses proches se mobilisent aujourd’hui, c’est également pour dénoncer la politique déshumanisante que mène la France. « On dénonce les conditions du CRA et on aimerait mobiliser sur la situation des étrangers en France », fait valoir Nicole. Ses proches entendent aussi venir le soutenir le jour de l’audience, fin mai, à la fois à Montpellier et à Sète, où Kamal assistera à son audience en visioconférence. Dans l’espoir d’obtenir sa libération.

  • [Maj] Les scrutins de 2027 déjà dans les têtes à gauche

    [Maj] Les scrutins de 2027 déjà dans les têtes à gauche

    Désormais Emmanuel Macron est un président « canard boiteux », c’est-à-dire sans aucune influence dans le débat politique et pour l’avenir du pays. Après près d’une décennie de politique antisociale et alors qu’il fut élu en 2017 et 2022, non sur son projet néolibéral mais contre la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, le RN n’a jamais été aussi menaçant et se dit prêt à gouverner en 2027.

    Cette situation politique inquiétante n’est pas propre à la France. Sur tous les continents, les extrémistes de droite progressent et pour certains dirigent comme aux États-Unis, en Russie, en Italie, en Argentine ou encore en Inde. Mais des exemples montrent que cette ascension est résistible : l’Espagne en est un et, à une autre échelle, New York en est un autre. Toutes proportions gardées, la bascule de Nîmes dans le camp progressiste avec l’élection du communiste Vincent Bouget, témoigne que la dynamique et la victoire sur un projet rassembleur de justice sociale sont possibles. Pour la socialiste gardoise Chloé Ridel « face à une droite installée et une extrême droite forte, nous avons gagné parce que nous avons mené une campagne unie, heureuse, concrète, avec les citoyens et la société civile. Nous n’avons pas passé notre temps à parler des autres partis de gauche » (lire ci-contre). Une méthode qu’elle estime applicable au niveau national. Mais le piège de l’hyper présidentialisme menace toujours la gauche. Ainsi, le fondateur de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon s’est lancé officiellement, en solitaire, dans sa quatrième candidature à l’Élysée. Pour ses soutiens, il est le seul « capable ». « Tourner la page de la Macronie, mais battre l’extrême-droite, en réalité aujourd’hui il n’y a qu’un candidat à gauche qui est prêt et qui est capable de mener cette bataille, c’est Jean-Luc Mélenchon. » résume la députée FI de l’Hérault, Nathalie Oziol (lire page 6). « Une impasse » pour Chloé Ridel : qui déplore que « la scène soit occupée par Jean-Luc Mélenchon d’un côté et François Hollande de l’autre. Deux impasses, deux figures irréconciliables, qui empêchent la gauche de s’unir sur un logiciel clair. Or, la seule manière de l’emporter face à l’extrême droite en 2027, c’est l’union ». Les communistes travaillent pour l’heure sur leur congrès et le projet qui sera porté par le parti (lire aussi nos informations page 23). « Fabien Roussel a indiqué sa capacité à mettre toute son énergie dans la présidentielle de 2027. Personnellement, c’est l’option que j’aimerais que nous retenions mais ce sera tranché par le débat. Si on veut se présenter, c’est qu’on veut reconquérir un électorat et qu’on veut faire vivre des idées », avance Clara Gimenez, membre de l’exécutif national du PCF et élue de Montpellier (lire ci-contre). Sa camarade Saliha Boussedra, co-secrétaire de la fédération du PCF du Gard, a une autre position. : « Nous sommes trois sur les quatre secrétaires de la fédération du Gard à avoir signé le texte [alternatif],”Communistes à l’offensive”. C’est donc difficile de parler au nom de la fédé et au nom du parti puisque les choix sont en cours de délibération. Si je dois donner un avis personnel, il est simple et clair : il y a une priorité qui est le mur qu’on a en face, qui est celui de l’extrême droite. Donc, il faut travailler, imposer l’union de la gauche en partant de la base. »

    Pour l’heure divisée sur la stratégie pour 2027, les gauches n’en ont pas moins un ADN commun concentré sur la question sociale à laquelle ni la droite ni l’extrême droite ne peuvent répondre. Un atout car les attentes du mouvement social sont fortes après plus d’une décennie de casse sociale.

    Clara Gimenez , membre du comité exécutif national du PCF, vice-présidente de la Métropole de Montpellier

    « Le débat avance dans les cellules, les sections et les fédérations en vue du congrès qui aura lieu en juillet prochain à Lille. Ce congrès n’est pas en conclave, il est ouvert sur la société. Les communistes discutent du projet, du fond, des idées et de la stratégie à adopter pour les mettre en application et donc de la présentation ou pas d’un candidat à l’élection présidentielle. Cette question sera tranchée par les communistes tout début septembre. Tout est aujourd’hui ouvert et ce sont aux communistes de décider. Fabien Roussel a indiqué sa capacité à mettre toute son énergie dans la présidentielle de 2027. Personnellement, c’est l’option que j’aimerais que nous retenions mais ce sera tranché par le débat. Si on veut se présenter, c’est qu’on veut reconquérir un électorat et qu’on veut faire vivre des idées parce qu’au-delà de l’échéance électorale, la question c’est : qu’est-ce qu’on fait bouger dans les têtes ? C’est un moment important pour porter sa vision de la société et de ce qu’il faudrait faire. On a besoin d’un Parti communiste fort pour avoir des politiques transformatrices. On a besoin d’avancer sur des idées et pas sur des personnes. Nous voulons porter une volonté transformatrice de la société et pas s’accommoder d’une société capitaliste. C’est là que nous avons une vraie différence et que nous voulons porter cette idée de rupture que ne portent pas les autres. Dans la période actuelle, il y aura deux grands enjeux que l’on porte depuis longtemps. Il y a déjà la paix parce que sans elle, il n’y aura pas de progrès sociaux. Ensuite, il y a la défense des intérêts du monde du travail, que ce soit son organisation, sa rémunération, le droit à l’emploi pour tous ou le droit à la formation. Ces enjeux, nous sommes les seuls à les porter en les couplant à un projet de société transformateur où chacun trouve sa place et peut s’émanciper. »

    Recueilli par Tristan Arnaud

    Chloé Ridel, députée européenne, secrétaire nationale du PS, conseillère municipale de Nîmes

    « Pour moi, le principal danger à gauche aujourd’hui, c’est que le devant de la scène soit occupé par Jean-Luc Mélenchon d’un côté et François Hollande de l’autre. Deux impasses, deux figures irréconciliables, qui empêchent la gauche de s’unir sur un logiciel clair. Or, la seule manière de l’emporter face à l’extrême droite en 2027, c’est l’union. Je plaide donc pour une primaire de la gauche. Ce que nous avons fait à Nîmes peut servir de leçon nationale. Face à une droite installée et une extrême droite forte, nous avons gagné parce que nous avons mené une campagne unie, heureuse, concrète, avec les citoyens et la société civile. Nous n’avons pas passé notre temps à parler des autres partis de gauche. Nous avons parlé des Nîmois, de leurs besoins, de leurs quartiers, avec l’idée de réunir la ville. Cette méthode peut être portée à l’échelle du pays. La France est profondément fracturée socialement, territorialement, identitairement. Il faut reconstruire l’unité du peuple français par des politiques de justice : justice fiscale, justice territoriale, mixité sociale et scolaire, lutte contre les discriminations. Sur le fond, la gauche doit répondre au pouvoir d’achat. Revaloriser le Smic et les salaires, oui, mais aussi s’attaquer aux dépenses contraintes : logement, énergie, alimentation, transports. Il faut reprendre la main sur le marché du logement, encadrer les loyers, appliquer la loi SRU. Il faut aussi un nouveau contrat social des transports, avec des véhicules électriques accessibles aux ménages modestes, davantage de trains, de RER métropolitains, et la nationalisation des autoroutes. Les lignes rouges sont claires : l’Europe, le respect du droit international partout, en Ukraine comme en Palestine, et la défense d’une souveraineté européenne. La gauche doit promettre la liberté, mais pas la liberté de quelques-uns. La liberté pour toutes et tous : vivre dignement, se loger, se nourrir, se déplacer, choisir sa vie. »

    Recueilli par Axel Jolidon

    Julien Pradel, premier secrétaire de la fédération du PS de l’Hérault

    « Nous sommes à un an de la présidentielle mais nous avons le temps encore pour choisir la personne. Par contre, ce qui devient urgent, c’est de construire une plateforme programmatique. Il me semble qu’il vaut mieux partir du projet plutôt que de la personne. Au PS, on travaille sur un projet qui a une vision plus longue, pour le XXIe siècle, donc pas forcément pour des échéances très courtes, même s’il faudra s’en inspirer. Mais il me semble que là où nous attendent les Français, c’est sur le social, sur le travail, sur le logement, des choses du quotidien : des propositions très concrètes sur le plafonnement des loyers par exemple, la sécurité dans les quartiers populaires et ailleurs, la revalorisation des salaires. Comme sur les retraites, il faut être concret, comment on va les financer. Il ne suffit pas de faire de la démagogie en annonçant la retraite à 60 ans, mais il me semble que c’est comme ça qu’on peut arriver à une retraite équitable. Si on est d’accord sur un projet commun, les divisions personnelles ne peuvent plus exister, les questions d’ego doivent disparaître. Il faudra garder la tête froide face à une extrême droite en passe de gouverner. Il faudra prendre la personne qui sera le mieux armée et la plus plébiscitée pour pouvoir gagner. La primaire proposée par une partie de la gauche n’arrive pas à rassembler les appareils, donc c’est un problème. Il faut d’abord passer par le projet pour entraîner une population plus large que deux partis morcelés et un micro-parti. Si on parle du PS, il me semble que c’est à ses adhérents de déterminer qui est la personne la plus capée pour représenter le parti. À la présidentielle, c’est encore une autre histoire, je suis prêt à faire confiance à la personne que je désignerai au PS – ce que je souhaite – mais si ça ne doit pas être un socialiste qui représente une vision de la gauche qui est nécessaire, je fais confiance à cette personne pour trouver les contreparties et les compromis là-dessus. »

    Recueilli par Louis Dupin

    Lise Florès, co-secrétaire régionale des Écologistes

    Face aux échecs répétés de la gauche à l’élection reine et à la menace de l’extrême droite, Lise Florès n’envisage qu’une option. « Je suis pour l’union de la gauche, unioniste à 100%. Il faut tenir ce cap au maximum », martèle la co-secrétaire régionale des Écologistes en Occitanie. Elle voit deux raisons majeures. La première c’est « le risque d’un RN au pouvoir », la seconde c’est que si Jean-Luc Mélenchon peut être un bon candidat de premier tour, « il a peu de chances de l’emporter au second. J’ai peur que LFI ait raté le coche. On doit être pragmatique ». Ainsi Lise Florès défend-elle l’idée de la primaire du 11 octobre à laquelle Marine Tondelier a l’intention de participer. Si l’écologiste lunelloise concède que l’exercice, parfois considéré comme une « machine à diviser », n’est pas parfait, il aura le mérite « d’éliminer plusieurs candidats potentiels ». Par la suite, elle espère que « guerres d’ego et autres querelles à la noix » s’effaceront pour laisser place à l’essentiel. « La gauche doit se recentrer sur ses points communs : permettre aux gens de vivre dignement, la santé au quotidien, les services publics et l’écologie ». Pour ne pas que l’écologie soit coercitive, elle aimerait que les élus effrayés par les normes soient accompagnés . « Une ZFE sans transports en commun, c’est ridicule. L’écologie punitive c’est celle de Macron et de la droite ». S’il a déjà été réussi deux fois dans l’urgence aux législatives avec la Nupes (2022) puis le Nouveau front populaire (2024), le périlleux exercice de l’union des gauches se heurte souvent au système du présidentialisme. La raison pour laquelle, elle aussi défend l’idée d’une VIe République avec « un système plus parlementaire avec des alliances programmatiques ». « On peut régler nos différends de cette manière. On ne peut pas gouverner par la force ad vitam æternam ». Le 10 juin, les Écologistes, pour l’heure divisés sur le sujet, tiendront leur conseil fédéral qui tranchera la ligne du parti sur la primaire et entre ceux qui penchent vers les socialistes ou vers les insoumis.

    Recueilli par Rémy Cougnenc

    Nathalie Oziol, députée LFI de l’Hérault

    « La candidature de Jean-Luc Mélenchon a été choisie collectivement lors d’une réunion d’intergroupe [réunissant les élus insoumis et les membres de la coordination de LFI, Ndlr]. Il y a eu unanimité pour soutenir sa candidature. Alors qu’on assiste au désastre de la division dans tous les camps politiques, que ce soit dans les autres partis de gauche, que ce soit dans le camp macroniste, la concurrence entre la droite et l’extrême droite, nous, nous sommes prêts. La situation catastrophique d’un point de vue politique, économique, social exige qu’il y ait une candidature sérieuse et à la hauteur du moment et celle de Jean-Luc Mélenchon l’est. Nous avons un candidat, mais on a aussi un programme qui est très identifié avec une équipe. Ce n’est pas juste l’aventure personnelle de Jean-Luc Mélenchon. Il est entouré de personnes qui sont extrêmement capables et compétentes comme Manuel Bompard, Clémence Guetté, etc.

    Tous les tenants de la primaire de la gauche ont fait la démonstration de l’absurdité de cette proposition puisque maintenant chacun y va de sa candidature personnelle en sautant par-dessus la primaire qui est en train de s’enliser. Tout le monde comprend que ça n’aboutira à rien du tout. Heureusement qu’on n’attend pas après ces personnes qui en fait passent leur temps à se disputer entre eux. Rien qu’au PS, c’est un désastre. Chaque individu en soi porte une position ou une candidature presque. Il est hors de question qu’on se laisse traîner dans cette espèce d’arène de disputes personnelles. Lors des deux dernières présidentielles, où on lui faisait déjà exactement les mêmes reproches, qu’il était clivant, qu’il ne pourrait jamais dépasser un plafond de verre, il a fait la démonstration non seulement qu’il était qu’il était en capacité de se qualifier au second tour et qu’il était en progression. La bataille qui est devant nous est si importante que pour non seulement tourner la page de la Macronie, mais battre l’extrême droite, en réalité aujourd’hui il n’y a qu’un candidat à gauche qui est prêt et qui est capable de mener cette bataille, c’est Jean-Luc Mélenchon. »

    Recueilli par Louis Dupin

    Boris Chenaud, coopérateur de La Carmagnole, à Montpellier et membre de l’Après

    « Le gros danger démocratique, social, écologique, c’est qu’en 2027 l’extrême droite accède au pouvoir. Face à cela, il faut trouver un chemin pour l’union des gauches et des écologistes. C’est ce qu’ont fait les anciens il y a 90 ans, lorsqu’ils ont constitué le Front populaire le 6 février 1934 et qu’ils ont réussi à l’emporter en 1936, alors qu’une vague brune gagnait toute l’Europe. Comme il n’y a pas de personnalité qui ait une légitimité naturelle ou qui s’impose à toute la diversité de la gauche, ce chemin commun passe, pour nous, par une primaire, avec un programme qui soit partagé par l’ensemble des candidatures. On ne part pas de rien, puisqu’il y a eu la Nupes en 2022 et le NFP en 2024. On a donc déjà une base programmatique. Par ailleurs il ne faut pas reproduire le schéma d’une primaire à deux tours avec des camps qui s’affrontent dans le but de montrer qu’on est le meilleur. On souhaite un scrutin à un tour, où la personne la plus fédératrice l’emportera. Cette dynamique autour d’une union à gauche doit à la fois être impulsée par en haut, c’est-à-dire par les partis, pour travailler un Front populaire 2027, mais aussi par en bas, à la base, avec des comités locaux ouverts à toutes les forces de gauche qui organiseront des réunions publiques d’information pour expliquer cette démarche de la primaire. C’est ce qu’on va faire dans l’Hérault. En matière programmatique, nos priorités sont les salaires, la retraite, le logement, l’écologie populaire… Le partage des richesses constitue également un gros enjeu, avec une indispensable remise à plat du système fiscal qui nous donnerait les moyens des politiques sociales et écologiques que nous souhaitons mettre en place. Il faut également miser sur les services publics et les sortir au maximum de la logique marchande. Sans oublier la nécessité d’une révolution démocratique : aller vers une VIe République avec une perspective de Constituante et redonner la voix aux citoyennes et citoyens comme l’avaient demandé les Gilets jaunes, avec l’instauration du référendum d’initiative citoyenne. »

    Recueillis par Amélie Goursaud

    Emmanuel Grieu, maire de Mandagout, membre de Debout! et soutien de François Ruffin

    « La primaire est la moins mauvaise façon de trancher. On sait que la primaire peut être un piège, que c’est imparfait mais quand on voit le grand écart qu’il existe à gauche, que peut-on faire ? Il est indispensable de se réunir parce que si on continue comme on fait aujourd’hui, on va droit dans le mur. En ce moment, on est la gauche la plus bête du monde. Il va bien falloir se mettre autour de la table et se confronter. Puis il faut qu’on consulte notre base électorale pour voir ce qui serait le plus pertinent. Il y a une pétition sur le site du Nouveau Front Populaire 2027 et j’appelle toutes les personnes qui souhaitent l’union de la gauche à aller la signer. Il faut que ce soit un large appel pour créer l’espoir et créer une vraie dynamique. On a les moyens de le faire. La petite fenêtre de tir qui existait quand la France insoumise était majoritaire car elle avait réussi à nous remettre dans la direction de la gauche et avait une richesse incroyable de profils, s’est refermée. Au lieu de vouloir rassembler, ils ont préféré se retrancher derrière un sac de sable et tirer à vue sur tout ce qui est différent d’eux. Mais je reste profondément insoumis au fond de moi parce que la FI garde la direction qu’il faut suivre. On a vu ce qu’ont donné les Bernard Cazeneuve et Carole Delga : un extrême centre avec Emmanuel Macron. Il faut donc garder la direction insoumise mais selon moi, Jean-Luc Mélenchon est le dernier homme qui peut faire consensus à gauche. C’est aberrant de ne pas le voir. Il est inaudible aujourd’hui alors que la France insoumise et la gauche de manière générale, font un travail incroyable à l’Assemblée nationale avec des positions géniales mais elles sont totalement inaudibles. C’est aussi dû au bashing anti-LFI mais ils ne font rien pour être plus malins. On ne peut pas tenter la roulette de la FI toute seule et en même temps, on ne peut rien faire sans la FI. Avec François Ruffin, on fait le pari de travailler avec les gens. Avoir des idéaux c’est bien, mais il faut les confronter au réel pour faire avec les gens, avec tous les gens. Il faut orienter cette colère pour qu’elle ne soit pas une colère aveugle. Il faut que la gauche revienne vers le salariat et le travail. »

    Recueillis par Tristan Arnaud.

    Évelyne Coulouma, place publique, membre de la coordination de l’Hérault, responsable du territoire de Béziers.

    « En ce moment nous sommes en train de finir de construire un programme social-démocrate, nous essayons de construire le programme le plus rassembleur à gauche en vue de la présidentielle. Pour le moment la priorité ce n’est pas le candidat mais bien le programme. La priorité est d’essayer de mettre autour d’une même table les forces de la gauche en présence. Nous ne sommes pas que dans la recherche d’un seul candidat, nous recherchons surtout un consensus sur un programme de gauche.

    Ce ne sera pas évident sur Béziers même de faire passer des idées sociales démocratiques, nous le savons. Pour ce qui est des grands axes du programme, il y a d’abord la défense et la sauvegarde de la démocratie, nous souhaitons rétablir la confiance dans les politiques : que les personnes se rappellent de la confiance que cela apporte, nous constatons que les gens sont prêts à confier les rênes au Rassemblement National, sans prendre conscience de ce que cela peut engendrer. Nous souhaitons aussi lutter contre les inégalités sociales, on est en train de les prendre en pleine figure, c’est une catastrophe et il faut rétablir l’égalité dans la population. Nous ne voulons pas qu’une certaine partie de la population soit désignée bouc émissaire, comme on peut le voir avec les immigrés par exemple. Nous pensons donc qu’il faut développer la conscience des individus, rappeler l’importance du « ensemble ». Nous souhaitons protéger les personnes en situation de vulnérabilité, il est important de ne laisser personne de côté.

    Nous accordons aussi beaucoup d’importance à la question écologique : lutter contre les problèmes climatiques, intervenir dans la vie quotidienne, avec le logement, le transport, l’alimentation. Nous mettons ces trois domaines : démocratie, lutte contre les inégalités et l’écologie presque au même niveau de priorité. On sait que ce sont des programmes partagés par d’autres forces de gauche et nous souhaitons donc les mettre autour d’une même table pour décider d’un consensus. Ce n’est pas une quête d’ego mais un souhait de vraiment défendre ce programme. »

    Recueilli par Zoé Loritano

  • La Camargue lève les yeux vers l’Unesco

    La Camargue lève les yeux vers l’Unesco

    La Camargue ne veut plus seulement être regardée comme une carte postale. Marais, taureaux, chevaux, flamants roses, salins, rizières, roselières : derrière les images connues, c’est tout un territoire vivant, fragile et menacé qui cherche aujourd’hui une reconnaissance internationale. Portée par l’association « La Camargue à l’Unesco », créée fin 2023, la candidature du delta du Rhône au patrimoine mondial naturel se structure pas à pas. Avec une conviction martelée par ses promoteurs : il ne s’agit pas de mettre la Camargue « sous cloche », mais de mieux organiser sa protection.

    Réunis en avril à Vauvert, au siège du Syndicat mixte de la Camargue gardoise, les membres de l’association ont présenté l’avancée du dossier devant élus, associations et habitants. À leur tête, Stanislas Blohorn, président, et Véronique Jullian, vice-présidente, portent une ambition de long terme. « On avance », résume cette dernière. Une première étape a déjà été franchie avec un courrier adressé au ministère de la Transition écologique pour formaliser la démarche. Le territoire figure d’ailleurs depuis 2002 sur la liste indicative française de l’Unesco, passage obligé avant toute candidature officielle.

    Un delta, cinq arguments

    Pour convaincre, l’association a défini cinq grands axes. Le premier tient au delta du Rhône lui-même, l’un des plus vastes d’Europe, né d’un fleuve prenant sa source dans les Alpes suisses avant de rejoindre la Méditerranée. Un espace façonné par l’eau, les sédiments, les crues et les vents. Un « laboratoire à ciel ouvert » face au changement climatique.

    Le deuxième axe met en avant les processus naturels rares : lagunes, cordons littoraux, dynamique sédimentaire, interaction permanente entre le fleuve et la mer. Le troisième insiste sur la biodiversité exceptionnelle du territoire, tandis que le quatrième valorise son rôle de carrefour migratoire majeur. Quelque 350 espèces d’oiseaux y trouvent refuge ou passage, entre Afrique et Europe du Nord. Enfin, le dernier pilier du dossier concerne la relation ancienne entre l’homme et la nature : riziculture, salins, élevage de taureaux et de chevaux, récolte de la sagne. Ici, les activités humaines font partie du paysage.

    C’est un point sur lequel les porteurs du projet insistent. Une inscription à l’Unesco ne signifierait pas l’arrêt de la vie locale. « L’Unesco n’interdit pas, elle organise », rappellent-ils. L’enjeu est au contraire de concilier protection de la nature, agriculture, tourisme et activités économiques. Dans une Camargue déjà confrontée à la salinisation des eaux, à l’érosion du littoral, à la pression touristique, aux projets industriels ou d’infrastructures, la reconnaissance mondiale pourrait permettre de mieux coordonner les réponses.

    Une gouvernance

    à inventer

    Car le territoire souffre aussi d’un morcellement institutionnel. Grande et Petite Camargue, Gard, Bouches-du-Rhône, Occitanie, Paca, communes, syndicats mixtes, parcs, propriétaires privés, acteurs économiques : chacun gère une partie du puzzle. Pour l’association, la candidature doit permettre de dépasser ce millefeuille. Elle se présente comme un facilitateur et plaide pour une gouvernance partagée, autour d’un organe juridique nouveau et d’un plan de gestion sur dix ans. « On doit montrer qu’on est capable de fédérer tous les acteurs », insiste Véronique Jullian.

    Le chemin reste long. L’État devra actualiser l’inscription sur la liste indicative, puis décider de porter officiellement le dossier devant l’Unesco. Études, concertation, financements : plusieurs années seront nécessaires, avec un horizon de
    « 5-6 ans ». Mais pour ses défenseurs, l’enjeu dépasse le prestige. Il s’agit de faire de l’Unesco non pas une médaille, mais un outil : pour mieux protéger la Camargue, renforcer sa visibilité internationale et construire un développement durable à la hauteur de ses fragilités.

  • L’ARS Occitanie change de tête mais garde le cap

    L’ARS Occitanie change de tête mais garde le cap

    La valse des hauts fonctionnaires a bien plus de trois temps : François Mengin Lecreulx, ancien directeur général de l’ARS Normandie, passé par le cabinet de la ministre du Travail en 2024, vient d’être nommé directeur général de l’ARS Occitanie. L’énarque a pris ses fonctions le 27 avril, succédant à Didier Jaffre, qui a été promu de son côté directeur de cabinet de la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées. Pour sa première conférence de presse tenue le 6 mai, François Mengin Lecreulx s’est montré soucieux de maintenir et renforcer une relation de proximité avec les acteurs locaux, notamment les maires ou les présidents de conseils départementaux, « les ARS étant souvent critiquées pour leur éloignement des territoires ».

    Renforcer l’offre de soins

    Le nouveau directeur a ensuite listé ses priorités, tout en veillant à s’inscrire dans la continuité de son prédécesseur, notamment en reprenant « son ambition forte de recueillir la parole citoyenne », ou en poursuivant « les démarches déjà en cours pour rapprocher l’offre ambulatoire des besoins de la population à travers le réseau France Santé ». Concernant l’offre hospitalière, le haut fonctionnaire a également réaffirmé l’urgence prioritaire de finaliser les hôpitaux de Tarbes-Lourdes, Montauban, et Millau-Saint-Affrique, sous peine de perdre les crédits du Ségur de la Santé. « L’enjeu majeur de l’hôpital, c’est l’organisation de l’offre sur le territoire, a-t-il rappelé. Il faut donc investir aussi sur l’attractivité de la ressource médicale pour les jeunes praticiens hospitaliers, notamment à travers le soutien à l’innovation. » Autrement dit, continuer à développer l’intelligence artificielle au service de l’hôpital. François Mengin Lecreulx a aussi affirmé qu’une stratégie régionale de lutte contre le cancer serait dévoilée en juin : « Un travail formidable a été engagé ces dernières années, notamment en imagerie complexe. Il faut maintenant faire vivre cette infrastructure et l’amener aux publics les plus éloignés des parcours de soins. »

  • Montpellier, suspendu à la fin

    Montpellier, suspendu à la fin

    Éviter le piège de la marée émotionnelle ? Peur que plus d’un demi-siècle d’histoire remonte à la surface ? Malaise face à l’héritage de Nicollin et de « Loulou », son père décédé en 2017 ? Laurent Nicollin, président depuis neuf ans du Montpellier-Hérault, a quitté son siège avant l’heure. Le 2 mai, pour le dernier match de la saison à la Mosson, le dernier de l’emblématique joueur Téji Savanier, il n’était pas assis au bout du banc de touche au côté de son entraîneur et de ses joueurs. Samedi 9 mai, à Saint-Ouen face au Red Star, il n’était pas là non plus.

    Laurent Nicollin (53 ans) s’avance vers le seuil de la sortie. Et le deuil d’une histoire. D’une vie. Plus d’un an après l’ouverture du capital, consécutive à la relégation en Ligue 2 et à la faillite des droits télé, trois ou quatre potentiels investisseurs ont frappé à la porte. Pour racheter le club à la famille Nicollin, propriétaire depuis 1974 et sa création née de la fusion de l’AS Paillade et de l’équipe corpo du groupe Nicollin.

    Laurent et Olivier Nicollin, respectivement patron du club et de la société éponyme, attendent une offre concrète avant le vendredi 15 mai, date butoir. Si aucune de ces propositions ne répond à leur attente, ils pourraient repousser la cession de quelques mois, voire d’une saison. Face à la crise du football professionnel, ils se dirigeraient vers un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), le si mal nommé. À tous les étages du club, la menace de licenciement pèse.

    La course aux économies de la famille Nicollin, vigilante au moindre frais depuis des mois, ou le rachat du club par un investisseur étranger plongent salariés, staff techniques et même joueurs dans l’expectative. Les questions s’accumulent, réduisent au superflu le bilan d’une première saison en Ligue 2, bouclée à la 8e place, après un bail de seize ans dans l’élite.

    L’entourage de Laurent Nicollin occupe tous les postes clés du Montpellier – Hérault. Tout comme son père, il travaille avec des gens de confiance. Des amis de longue date, le plus souvent d’anciens joueurs comme le directeur sportif Bruno Carotti, le coordinateur sportif Philippe Delaye, Jean-Christophe Rouvière…

    Pour une équipe reconstruite du sol au plafond à l’été 2025, l’intersaison est essentielle. Et oblige Montpellier à anticiper l’avenir, à flairer les bonnes affaires avant tout le monde. « On va rentrer dans une période où il faut avancer, anticiper, commencer à faire des réunions et à se projeter. Et c’est maintenant qu’on peut construire l’équipe de demain. C’est une période charnière et en même temps, c’est une période un peu de doute. J’espère qu’on sera fixé rapidement pour pouvoir savoir le plus vite la direction que le club prendra. C’est difficile d’aller discuter avec un joueur et de se projeter aujourd’hui sans savoir qui sera le propriétaire » observait le 7 mai l’entraîneur Zoumana Camara.

    L’emblématique ex-capitaine Téji Savanier (34 ans), qui veut poursuivre sa carrière, et le défenseur central Christopher Jullien (33 ans), sont en fin de contrat. Quatre autres joueurs : Naoufel El Hannach (19 ans, Paris SG), Ayanda Sishuba (21 ans, Rennes), Enzo Molebe (19 ans, Lyon) ou Nathanaël Mbuku (24 ans, Augsbourg) arrivent au terme de leur prêt d’un an.

    Mis à part Molebe, satisfait de son expérience dans l’Hérault et titulaire lors du dernier match, aucun de ses six joueurs ne devraient prolonger. Mbuku, auquel le staff reproche le manque d’efficacité, dispose d’une option d’achat à 1,5 ME. Une clause rédhibitoire par les temps qui courent.

    D’autres attendent. Le milieu offensif Axel Guéguin (21 ans), engagé dans une course contre la montre après son opération au genou droit, espère et aspire à lever l’option de deux années supplémentaires à son premier contrat pro. Tout semble acté.

    Certes, le gardien camerounais Kévin Kamdem a signé la semaine passée son premier contrat pro pour seconder le titulaire Simon Ngapandouetnbu, le Nîmois Mathieu Michel et Viktor Dzodic, mais d’autres jeunes issus du centre de formation, comme les finalistes de la Coupe Gambardella, sont aussi dans l’expectative. Et forcément aux aguets de propositions venues d’ailleurs. Le temps presse.

  • [Cadmium] Des tests remboursés mais pas pour tous

    [Cadmium] Des tests remboursés mais pas pour tous

    La bombe sanitaire liée au cadmium est-elle en passe d’exploser ? La pollution de ce métal lourd et sa dangerosité pour la santé (défini comme un cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé depuis 1993) font désormais régulièrement la une des médias. Une récente étude de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) montrait ainsi qu’un Français sur deux avait accumulé trop de cadmium dans son organisme.

    Face à ces résultats, l’Assurance-maladie et les syndicats de biologie médicale ont conclu un accord début avril pour rembourser les tests à partir de cet été. Ce dépistage, qui coûte 27,50 euros, sera pris en charge à 60% par l’Assurance-maladie et à 40% par les complémentaires santé. Mais seuls ceux vivant dans une zone jugée contaminée et les salariés de l’industrie au contact du cadmium seront remboursés.

    Une stratégie critiquée

    Ce choix d’un dépistage géographique, préconisé par la Haute autorité de santé en 2024, a rapidement été fustigé par les médecins. « Dépister selon le lieu de résidence ne tient pas la route », affirme ainsi François Simon, médecin retraité membre de l’association pour la dépollution des anciennes mines de la Vieille Montagne (AdamVM), basée dans les Cévennes gardoises, qui alerte depuis longtemps sur la dangerosité du cadmium. « Selon l’Anses 48% des Français ont des valeurs toxicologiques de référence au-dessus des normes admises, donc ça ne dépend pas uniquement de la zone géographique. On risque d’être contaminé avant tout par son alimentation. Ce n’est donc pas le lieu de résidence qui est important. » En effet l’Anses précise que la première source de contamination vient de l’alimentation, le cadmium étant très présent dans les pommes de terre, le chocolat, les céréales, le riz ou les biscuits…

    Autre problème : pour définir les zones où la pollution serait la plus importante, l’État s’appuie sur une carte réalisée en 2011 par le Groupement d’intérêt scientifique (GIS). « Cette carte n’est pas actualisée. Il y a donc beaucoup de réticence autour de cette carte très ancienne. En plus, la France a une dérogation pour l’épandage des engrais phosphatés avec 90 mg/kg alors que l’Union européenne réclame un maximum de 60 mg/kg et l’Anses, depuis 2019, réclame que ce soit à 20 mg/kg. La pollution des sols français n’a pas cessé ces dernières années donc cette carte est caduque », ajoute François Simon.

    La question se pose aussi de la démarche à suivre si le test est positif, car aucun protocole n’a été arrêté. « Les médecins n’ont pas de formation sur le sujet et ne connaissent pas les pathologies que ça engendre », explique François Simon qui demande avant tout de changer de modèle agricole : « Pendant longtemps, on a regardé ailleurs et maintenant ça nous explose au visage. C’est un problème politique et il faut maintenant de la volonté. Il faut diminuer les engrais phosphatés tout de suite, pas en 2038 comme c’est prévu aujourd’hui. Combien faut-il de cancers pour qu’on prenne des mesures immédiates ? »

  • Alès : les élèves de Gilles Roumieux pensent l’écologie

    Alès : les élèves de Gilles Roumieux pensent l’écologie

    Comme chaque année depuis six ans, Gilles Roumieux va diffuser la prochaine brochure réalisée par ses élèves. Celle-ci s’intitule Touche pas à ma planète et permet de connaître les réflexions d’adolescents alésiens sur la menace du dérèglement climatique. Loin d’être anonyme, le travail réalisé au collège Jean-Racine d’Alès est désormais connu partout en France. Les cinq premières brochures se sont en effet écoulées à plus de 100 000 exemplaires. « C’est environ 20 000 brochures diffusées chaque année grâce au soutien de la Casden [banque coopérative de la fonction publique, Ndlr], qui les distribue dans tous les Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation », précise le professeur d’histoire-géographie. La brochure sur le harcèlement scolaire, qui avait été accompagnée d’une exposition diffusée partout dans le Gard, obtient même régulièrement de nouvelles commandes.

    Après l’école, la démocratie, les écrans et le harcèlement scolaire, Gilles Roumieux s’attaque désormais à l’environnement, un « univers que je connais moins » que les thèmes précédents mais auquel « la sensibilisation des adolescents est essentielle ». Pour cette édition, le professeur a fait appel à la géographe Catherine Bernié-Boissard, qui signe la préface de la brochure. Celle-ci espère ainsi que ces écrits « puissent susciter un élan, rassembler et donner envie d’agir ».

    Les élèves réclament

    de l’instruction

    Si la jeunesse semble plus sensibilisée aux problématiques environnementales, Gilles Roumieux a été surpris par la distance mise par les élèves avec le danger encouru : « Ce n’est qu’un échantillon de 50 élèves, mais je remarque qu’ils sont conscients des dangers sans toutefois que ce soit leur préoccupation essentielle. Comme nous sommes dans une époque d’instantanéité, ils ont du mal à se projeter vers l’avenir, même s’ils constatent des phénomènes météorologiques de plus en plus intenses. Je pense que ce travail a permis une prise de conscience. Seuls quelques élèves ont reconnu en parler en famille par exemple. »

    Si les élèves consentent à faire des efforts, dans le tri des déchets ou dans l’économie de l’eau par exemple, ils restent par contre réfractaires à modifier leur approche du numérique, pourtant très énergivore. Mais comme pour le harcèlement ou les écrans, ils sont demandeurs de plus d’instruction sur le sujet à l’école. « Ils voudraient qu’on en parle en cours de SVT de manière plus approfondie et qu’on les fasse participer à des actions. Ils ont dit qu’ils voudraient être davantage sensibilisés par des acteurs de terrain qui viendraient de l’extérieur. Ils pensent que l’école devrait faire davantage sur ce sujet », confirme Gilles Roumieux.

    Une cérémonie de remise des brochures aux parents sera organisée à la mairie d’Alès le mercredi 10 juin (17h30) et une dédicace des élèves est également prévue.

  • 2 000 enfants invités à débrancher en Uzège

    2 000 enfants invités à débrancher en Uzège

    Et si, pendant onze jours, les écrans passaient au second plan ? Du 18 au 28 mai, le Pays d’Uzès relève à nouveau le Défi sans écran. L’initiative, citoyenne et pédagogique, invite enfants, adolescents et familles à réduire leur temps passé devant téléphones, tablettes, télévisions et consoles, pour retrouver d’autres usages du temps : jouer, lire, bouger, créer, discuter. Rien d’une croisade technophobe, mais une question simple : quelle place laisse-t-on encore au réel dans la vie des plus jeunes ?

    Cette année, le dispositif franchit un cap. Porté par l’association « À l’Asso des écrans », née pour structurer et amplifier la démarche, avec l’appui de la Communauté de communes Pays d’Uzès, il concernera plus de 2 000 élèves. Le projet, lancé il y a trois ans autour de l’école Jean-Macé d’Uzès par des parents d’élèves, s’étend désormais largement : 22 écoles primaires dans 18 villages, l’Institut Jean-Paul II, les classes de 6e de Saint-Firmin et depuis cette année le collège Lou Redounet participent à l’édition 2026. « C’est beau de se dire que tout a commencé dans un conseil de classe à Jean-Macé », confie Jean-Christophe Quilez, président de l’asso et parent d’élève co-créateur du défi.

    Éteindre sans culpabiliser

    Le principe est volontairement concret. Chaque enfant dispose d’un livret de bord pour consigner son temps d’écran, ses efforts, ses découvertes. L’objectif n’est pas seulement d’éteindre, mais de remplacer : par du sport, de la culture, du jeu, de la nature, du lien familial. Dans un contexte où l’exposition précoce aux écrans est devenue un sujet de santé publique, l’Uzège choisit une méthode douce : ne pas culpabiliser, mais entraîner tout un territoire. « Cette initiative montre que l’enjeu de la gestion des écrans ne passe pas toujours par l’interdit », salue Christophe Mauny, directeur académique du Gard, soulignant l’importance d’une démarche menée « par le jeu, par l’invitation ».

    Le programme donne la mesure de cette mobilisation. Dès le 18 mai, les enfants pourront choisir entre initiation à l’escalade, kung-fu ou visite guidée au musée Borias sur les loisirs d’autrefois. Le lendemain, place aux échecs, à un atelier de fabrication d’une boîte de rangement des téléphones, puis à une conférence à l’Ombrière, « Grandir à l’ère du numérique », avec le pédopsychiatre Patrick Ben Soussan et la psychanalyste Sophie Marinopoulos.

    Le reste de la semaine déroule un véritable inventaire des possibles : multisports, lectures de contes, ludothèque, concert d’ados, portes ouvertes de Radio Fuze, bowling, ateliers photo, ou encore « 36 heures à la rédac » pour se glisser dans la peau de jeunes reporters. Même les crèches entrent dans la boucle, avec « Au jardin avec Papagena », un opéra pour bébés proposé dans plusieurs structures du territoire. Le 27 mai, la journée des enfants et des familles à Vallabrix, le nettoyage des berges de la vallée de l’Eure avec véhicule hippomobile et la balade contée en pleine nature prolongeront cette ambition.

    À travers ce défi, l’Uzège assume un choix politique au sens noble : faire de l’éducation, de la culture et du collectif des réponses à une inquiétude partagée par de nombreux parents. « Ce projet est né de parents pour les enfants, mais il ne peut grandir que collectivement », résume l’équipe fondatrice. Le téléphone ne disparaîtra pas du quotidien. Mais pendant onze jours, les enfants pourront vérifier qu’il existe mille et une façons de grandir sans être capté par un écran.

  • Les exigences du monde du travail vis-à-vis de la gauche

    Les exigences du monde du travail vis-à-vis de la gauche

    Après des années de règne de la droite en France, l’élection présidentielle de 2027 pourrait voir un candidat ou une candidate de gauche s’imposer et s’installer pendant cinq ans à l’Élysée. L’occasion pour les syndicats de mettre sur le devant de la scène certaines revendications chères au monde du travail et à la fonction publique. À commencer par un meilleur partage des richesses, à l’heure où la France connaît une montée des inégalités. « Depuis les années 80, la rémunération du capital a énormément augmenté tandis que la rémunération du travail a beaucoup baissé. Ce partage des richesses se fait au détriment des salariés qui, dès le 15 du mois, pour beaucoup, commencent déjà à être à découvert », constate Édouard Gloannec, secrétaire du syndicat SUD Santé Gard-Lozère.

    À cela s’ajoute la perte du pouvoir d’achat, précarisant la vie de nombreux Français. « Beaucoup de questions liées au pouvoir d’achat sont en suspens comme le refus de revoir les mécanismes d’augmentation des salaires, la prise en compte automatique de l’inflation, d’adosser les pensions de retraite sur les salaires. Toutes ces mesures permettraient d’éviter ces pertes de revenus. On voit comment on est frappé dans la séquence avec un refus de prendre en compte tout ce qui est lié à la crise du pétrole mais pas seulement puisqu’il y a des incidences sur l’ensemble des produits de consommation courante, dont les produits alimentaires, qui pénalisent le budget des familles », estime Serge Ragazzacci, secrétaire héraultais de la CGT.

    Baisse de 25% des salaires de fonctionnaires en 10 ans

    Les salariés du privé ne sont pas les seuls impactés. Dans la fonction publique, beaucoup tirent la langue. « Il y a eu une continuité du gel des salaires de la fonction publique qui avait été mis en place par Nicolas Sarkozy puis François Hollande avec une petite exception en 2016. Cette question est maintenant devenue préoccupante à la fois parce qu’effectivement on assiste à un effondrement du pouvoir d’achat des enseignants et de l’ensemble des fonctionnaires de moins 25% de baisse du pouvoir d’achat par rapport à 2010 » fait valoir Stéphane Audebeau, co-secrétaire académique du Snes-FSU Montpellier. « Cela entraîne une crise de recrutement et d’attractivité d’un ensemble de professions dans la fonction publique, en particulier des enseignants ». La question des retraites, centrale lors des derniers mouvements sociaux, est également mise en avant par les syndicats. « On aimerait retrouver la retraite à 60 ans et à 37,5 annuités pour pouvoir profiter de nos vies. Ce n’est pas infaisable sur un plan économique et puis il faut aussi, pour les jeunes aujourd’hui, qu’il y ait un partage du travail. Il n’est pas question de laisser des jeunes ne pas rentrer dans la vie professionnelle parce qu’il n’y a pas de place, parce qu’en plus il y a l’IA qui va détruire des emplois », reprend Édouard Gloannec.

    L’exemple des retraites illustre également une forte demande des syndicats vis-à-vis de la gauche. La dernière réforme, portée par la macronie et conspuée dans la rue et le Parlement, montre à quel point les dirigeants actuels sont étanches aux demandes populaires. « Il y a une disproportion : le prétexte de légitimité d’un pouvoir et d’élections ne peut pas justifier tous les abus de pouvoir, toutes les décisions qui vont à l’encontre de l’avis des associations, des syndicats », observe Serge Ragazzacci.

    Renforcer

    les contre-pouvoirs

    Un renforcement des contre-pouvoirs permettrait ainsi d’éviter ces abus. Ce qui doit également être mis en place dans les entreprises, en rétablissant notamment les comités d’entreprise ainsi que les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail afin que les syndicats puissent défendre au mieux les droits des travailleurs.