Tag: Occitanie

  • [Entretien] Eclipse partielle : « C’est un phénomène relativement rare »

    [Entretien] Eclipse partielle : « C’est un phénomène relativement rare »

    La Marseillaise : Pourquoi cette éclipse est-elle considérée comme un événement exceptionnel ?

    Jean Marie Lopez : Il s’agit d’une éclipse totale dont la bande de totalité traversera une partie de l’Europe, en touchant notamment l’ouest de l’Islande, puis le nord de l’Espagne, avant de se prolonger vers les Baléares. En revanche, la France restera en dehors de cette zone de totalité. Nous observerons une éclipse partielle, avec une occultation du soleil pouvant dépasser 95% dans plusieurs régions. C’est un phénomène relativement rare, puisque la dernière éclipse totale observable depuis la France remonte à 1999.

    Que se passe-t-il dans le ciel au moment d’une éclipse solaire ?

    J.M.L. : Une éclipse solaire correspond au passage de la lune devant le soleil. Selon l’endroit où l’on se trouve, si l’on n’est pas dans la zone de totalité, une partie du disque solaire reste visible. En France, nous assisterons à une éclipse partielle. Le soleil sera progressivement « mangé » par la Lune, mais un arc lumineux restera toujours apparent.

    Même si l’éclipse ne sera que partielle en Occitanie,
    pourra-t-on tout de même profiter du spectacle
     ? Où conseillez-vous de l’observer ?

    J.M.L. : À Montpellier, environ 96% du soleil seront occultés, ce qui reste un spectacle remarquable. Il faudra toutefois être prêt assez tôt, car le phénomène se déroulera en fin de journée, au moment du coucher du soleil. Les observateurs devront se positionner dès 20h environ, avec une phase particulièrement intéressante entre 20h15 et 20h30. Les quelques pourcents de soleil encore visibles imposeront le port de lunettes homologuées ou de filtres solaires adaptés.

    Le soleil étant très bas sur l’horizon au moment du phénomène, il faudra privilégier un point d’observation avec un horizon parfaitement dégagé vers le nord-ouest. Le moindre obstacle : une colline, des arbres ou des bâtiments, pourra masquer l’éclipse. Des secteurs en hauteur, comme les environs de Murviel-lès-Montpellier ou encore le sommet du mont Aigoual dans les Cévennes, offriront d’excellentes conditions d’observation, à condition que la météo soit favorable.

    Une éclipse solaire attire toujours beaucoup de curieux, mais elle comporte aussi des risques. Quelles sont les précautions à prendre pour observer le soleil sans danger ?

    J.M.L. : Pour observer une éclipse solaire en toute sécurité, il faut impérativement utiliser des lunettes homologuées norme ISO 12312-2 ou des filtres spécialement conçus pour l’observation du soleil. Les lunettes de soleil, les verres fumés, les radiographies ou tout autre système de fortune sont à proscrire. Ils ne filtrent pas les infrarouges, qui peuvent brûler la rétine sans provoquer de douleur. Il ne faut jamais observer le soleil avec des jumelles, une longue-vue ou un télescope dépourvus de filtres adaptés. Les brûlures de la rétine sont irréversibles. En France, où l’éclipse sera seulement partielle, il est interdit de retirer sa protection à quelque moment que ce soit. Seule la zone de totalité permet d’observer le phénomène à l’œil nu, et uniquement pendant la phase où le soleil est entièrement occulté.

    Pourquoi, selon vous, faut-il vivre une éclipse totale au moins une fois dans sa vie ?

    J.M.L. : C’est toute la magie des éclipses de soleil. On observe un soleil noir avec des protubérances et surtout la couronne solaire qui s’étend sur des milliers de kilomètres comme une chevelure autour de notre étoile. Lorsqu’on n’a jamais assisté à un tel spectacle, on a du mal à imaginer à quel point il est grandiose.

    Propos recueillis par Amélia Siapo

    * Début de l’éclipse partielle à Montpellier : 19h31. Maximum de l’éclipse : 20h25. Coucher du Soleil : 20h53.

  • Certaines chèvres ne produisent plus de lait plusieurs mois avant la période

    Certaines chèvres ne produisent plus de lait plusieurs mois avant la période

    Ici, le dérèglement climatique se voit dans les prés vides et les stocks de foin qui fondent avant l’heure, transformant en profondeur le quotidien des exploitations agricoles. Depuis plusieurs semaines, la chaleur dessèche les pâturages, l’herbe se raréfie et perd en qualité nutritive.

    Au GAEC La Fontaine de Lacan, à Saint-Pargoire, Odile Boutieres constate chaque jour les conséquences des canicules à répétition. « Aujourd’hui, il n’y a plus rien à manger dehors. Nous sommes obligés de nourrir les chèvres à l’intérieur avec le foin que nous venons juste de récolter. Nous avons déjà commencé à utiliser les stocks de cette année alors que l’été n’est pas terminé. »

    La sécheresse s’ajoute à des températures qui ne redescendent plus suffisamment la nuit. Les épisodes de canicule, où le mercure reste proche des 25 °C, empêchent les animaux de récupérer. Avec ce stress thermique continu les animaux récupèrent de moins en moins. Certains meurent, d’autres produisent beaucoup moins de lait.

    Le quotidien d’une éleveuse à bout de souffle

    Face à ces épisodes de chaleur qui s’installent, le métier d’éleveur change lui aussi. Les journées s’organisent désormais autour de la surveillance des troupeaux, de l’approvisionnement en eau et de l’alimentation des animaux. « Habituellement, nos chèvres sortent tous les jours. Aujourd’hui, elles restent à l’intérieur parce qu’il n’y a plus rien dehors », raconte l’éleveuse. Une situation qui bouleverse toute l’organisation de l’exploitation. À cette vigilance permanente s’ajoutent des journées particulièrement longues. « Je suis à la traite dès sept heures du matin. Toute la matinée, avec mon fils, nous faisons les fromages. Le soir, je fais les marchés et je rentre vers minuit et demi. Cette année est très, très dure », résume-t-elle. Derrière cette phrase se cachent des semaines d’incertitude, de fatigue physique et d’inquiétude. « On vit au jour le jour », souffle-t-elle, avant d’ajouter : « On se sent seuls. » Comme l’explique Odile Boutieres, la baisse de la production se répercute directement sur la transformation fromagère et sur les ventes. « Nous produisons 50% de lait en moins avec les mêmes chèvres », explique-t-elle. Pour cette exploitation familiale, récemment agrandie avec l’installation du fils, le choc est brutal.

    Les investissements réalisés pour gagner en autonomie alimentaire deviennent aujourd’hui difficiles à rentabiliser, tandis que les remboursements d’emprunts continuent de courir. Le mois dernier, les deux associés n’ont perçu que 320 euros chacun. Pourtant, malgré les difficultés, il n’est pas question de renoncer. Comme beaucoup d’éleveurs, elle cherche désormais d’autres sources de revenus, en relançant notamment la ferme-auberge familiale ou en développant de nouvelles activités. « On cherche toutes les solutions possibles pour continuer », affirme-t-elle. Une phrase qui résume, à elle seule, le défi auquel sont confrontés de nombreux éleveurs.

    Face à la multiplication des épisodes de chaleur, les pouvoirs publics ont lancé le Plan Agriculture Méditerranée, destiné à accompagner l’adaptation des exploitations de l’arc méditerranéen. En Occitanie, 28 territoires ont été labellisés « aires agricoles de résilience climatique » en 2024 et 2025. Dix-huit projets ont également été retenus, représentant 23,7 millions d’euros d’investissements, dont 9,5 millions d’euros d’aides de l’État. Reste à savoir si ces dispositifs bénéficient directement aux petites exploitations comme celle d’Odile Boutieres.

    Amélia Siapo

  • Le député Charles Alloncle ne sera pas poursuivi

    Le député Charles Alloncle ne sera pas poursuivi

    Charles Alloncle s’en tire sans dommage. Soupçonné de prise illégale d’intérêts et trafic d’influence, le député d’extrême droite (UDR) du Gard ne sera pas inquiété par la Justice. La plainte qui avait été déposée en mai par l’association AC!! Anti-corruption a été classée sans suite, le 3 août, par le parquet national financier.

    L’avocat de l’association soutenait que le rapporteur de la commission sur l’audiovisuel public avait, au cours de ses auditions (d’octobre 2025 à avril 2026), influencé les débats en posant des questions suggérées par la direction de Lagardère News, dans leur intérêt commun.

    Deux autres plaintes en cours

    Le parquet national financier a estimé que la qualification pénale de « prise illégale d’intérêts » ne pouvait être appliquée à une commission d’enquête parlementaire. Charles Alloncle est aussi lavé des accusations de trafic d’influence. « La perception d’un avantage indu par Charles Alloncle n’est pas apparue suffisamment étayée pour justifier l’ouverture d’une enquête pénale », s’est justifié le parquet national financier. Selon lui, la position du député Ciottiste n’est pas « incompatible avec la simple expression de positions politiques ».

    Suite aux révélations du quotidien Le Monde, Charles Alloncle avait pourtant avoué avoir reçu de Lagardère News (comme d’autres députés) une liste de questions à poser en commission. L’élu gardois soutient ne pas les avoir utilisées et avoir respecté son « indépendance la plus stricte ». Aux dires de nombreuses personnes auditionnées, sa posture lors des auditions était pourtant marquée par « une hostilité systématique envers l’audiovisuel public (…) identique à celle suggérée par le groupe Bolloré dans ses listes », soutenait la plainte. Il était même reproché Charles Alloncle de vouloir privatiser l’audiovisuel public.

    Le député d’extrême droite reste visé par deux autres plaintes. L’une (contre X) par l’animateur Nagui pour cyberharcèlement suite à un « raid numérique » et des « menaces de mort ». L’autre, déposée par La Maison des potes, est relative à sa participation à un groupe Facebook privé « Jordan Bardella », pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à raison de l’origine » et « injure publique à caractère raciste ».

  • La difficile union de la gauche dans le Gard

    La difficile union de la gauche dans le Gard

    Il y aura donc bien trois listes à gauche pour les prochaines élections sénatoriales dans le Gard. Si cette désunion avait déjà permis à la droite de remporter le troisième siège il y a six ans, le scénario pourrait se répéter en septembre. Car le sénateur sortant Denis Bouad n’a pu unir que les socialistes, les communistes et les radicaux. Son ancienne alliée Carole Bergeri a reçu le soutien de Place publique et les insoumis ont choisi Jean-Baptiste Thibaut, adjoint au maire du Vigan pour mener une liste.

    Si la constitution de cette liste côté insoumis a été longue à être officialisée, le mouvement a annoncé sa candidature le 31 juillet dernier. Derrière Baptiste Thibaut, la liste est constituée de Marie-Pierre Vaselli (conseillère municipale de Sauveterre), Xavier Ségura (conseiller municipal de Montaren), Audrey Bonnet (militante alésienne) et Christophe Clément (conseiller municipal de Sommière). Si cette liste n’a que peu de chances d’engranger les voix tant LFI est peu représentée parmi les élus du territoire, elle souhaite « porter le programme de rupture du Nouveau front populaire » et détaillera « le programme à la rentrée ».

    Écolos et Unitaires restent en retrait

    La France insoumise dans le Gard avait pourtant l’occasion d’ouvrir sa liste à d’autres formations. Des discussions ont eu lieu avec les Unitaires Gard (L’Après, Debout, Génération.s) mais LFI a finalement refusé sous prétexte que tous les accords devaient se passer au niveau national. « Par manque d’ouverture, notre bord politique se retrouve coincé entre une démarche solitaire de la France insoumise, un regroupement du traditionnel duo gardois PS/PCF et potentiellement, une troisième liste isolée », écrivent-ils.

    Des échanges ont également animé les dernières semaines avec Carole Bergeri et Denis Bouad mais aucun accord n’a pu être trouvé. « Les unitaires ne peuvent soutenir une liste basée uniquement sur des calculs arithmétiques, qui ne reflète pas l’union de la gauche, qui ne porte pas les convictions environnementales fortes nécessaires pour faire face aux enjeux majeurs de notre temps », ajoutent-ils.

    Une position partagée par les Écologistes qui étaient en négociation pour obtenir une place sur la liste de Denis Bouad. Mais le socialiste a finalement refusé car les profils des candidats proposés (qui n’étaient pas des grands électeurs et qui avaient perdu les élections municipales d’après lui) ne lui convenaient pas. Dans un communiqué, les Écologistes du Gard affirment de leur côté qu’ils n’ont pas souhaité figurer sur cette liste « en raison de l’abstention de Denis Bouad lors du vote de la loi “urgence agricole“ au Sénat ».

    « Cette liste a été présentée en conférence de presse sans que les Écologistes du Gard ne soient informés ni invités. Nous déplorons de telles pratiques, et qui plus est, s’ajoutent à une composition de la liste qui nous paraît déséquilibrée et peu représentative de la diversité de notre territoire et de ses enjeux », précisent-ils, tout en ajoutant que si un accord national est signé entre le PS, le PCF et les Écologistes, ils le respecteront. « Nous nous félicitons de la présence de Cathy Chaulet en position éligible sur cette liste », ont-ils tout de même reconnu.

    Mais dans la situation actuelle, ni les Écologistes, ni les Unitaires Gard ne donneront de consigne de vote. Une division qui pourrait donc coûter très cher en septembre.

  • À l’Imperator, la grève qui fait tomber le vernis du luxe nîmois

    À l’Imperator, la grève qui fait tomber le vernis du luxe nîmois

    Dimanche 26 juillet, l’hôtel cinq étoiles Maison Albar L’Imperator, sur les quais de la Fontaine à Nîmes, n’a pas ouvert comme d’habitude, tandis que le luxe laissait voir ses coulisses. Une quinzaine de femmes de chambre, gouvernantes et équipiers ont posé leurs chariots pour rejoindre le trottoir, soutenus par la CGT. Le mouvement tombe en pleine haute saison, alors que l’établissement affiche complet à 98% et héberge le groupe The Cure, venu pour quatre concerts aux arènes dans le cadre du Festival de Nîmes. Pour le délégué syndical David Goslin, ce coup d’éclat n’a rien d’un hasard : « C’est l’un des métiers les plus ingrats de l’hôtellerie. Dans un cinq-étoiles, on voit toujours le côté brillant, mais l’arrière-boutique, c’est la mine », résume-t-il.

    Le prestige sur des corps épuisés

    Derrière la façade cossue, les grévistes décrivent un quotidien épuisant. La direction exigerait qu’une chambre soit nettoyée en trente minutes, quand la tâche en prend réellement entre quarante-cinq et cinquante. Ikram Ouadeh, femme de chambre depuis cinq ans, s’occupe seule d’une douzaine de chambres par jour pour environ 1 400 euros net mensuels, vêtue d’un tee-shirt taché de javel faute de tenue fournie. « C’est une honte, dans un cinq-étoiles », lâche-t-elle. Diplômée infirmière au Maroc, elle dit n’avoir jamais eu de réponse à sa demande de formation en interne. Plusieurs collègues racontent des repas sautés faute de temps, une perte de poids et une fatigue qui déborde sur leur vie de famille.

    Derrière les draps impeccables et les couloirs silencieux, la pénibilité s’accumule. Le syndicat CGT dénonce des semaines allant parfois au-delà des 39 heures des chariots de cent kilos à manier seules dans un escalier en colimaçon, des vestiaires mixtes contraires au Code du travail, et des livraisons de linge interrompues faute de factures réglées par la direction. Plusieurs salariées disent devoir acheter elles-mêmes produits d’entretien et papier toilette pour dépanner les étages. Fait rare, leur propre manager a rejoint le mouvement : Nicolas Viala, gouvernant général, affirme avoir vainement alerté sa hiérarchie à plusieurs reprises sur le manque de personnel.

    Sur place, la conseillère municipale nîmoise Janie Arnéguy est venue soutenir les grévistes, jugeant leurs conditions de travail scandaleuses. Des clients, eux, se sont montrés attentifs aux revendications affichées sur les tracts distribués devant l’établissement. Contactée à plusieurs reprises, la direction de l’hôtel n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

    Une procédure est engagée auprès de l’Inspection du travail sur les salaires, les heures supplémentaires et la sécurité au travail. Des discussions doivent s’ouvrir dans les prochaines semaines pour tenter de sortir du conflit.

  • Dans l’Hérault, SOS Racisme épingle une boîte de nuit et une plage privée

    Dans l’Hérault, SOS Racisme épingle une boîte de nuit et une plage privée

    Depuis 2024, l’association SOS Racisme applique une technique venue des États-Unis pour mettre en évidence la persistance de pratiques discriminatoires, pourtant prohibées par le droit pénal, dans l’accès aux loisirs.

    Différents groupes d’âges similaires, vêtus de la même manière, se présentent à l’entrée de plages privées ou d’établissements de nuit. Seule différence : leur identification comme personnes noires, blanches ou d’origine maghrébine. Cette année, deux des sept établissements testés à Montpellier, Palavas-les-Flots et La Grande-Motte ont appliqué des différences de traitement discriminatoires au cours de ces opérations : une discothèque à Montpellier et une plage privée à la Grande Motte. « Par exemple dans une boîte de nuit à Montpellier, le groupe perçu comme noir s’est vu refuser l’entrée au motif que l’établissement était complet. Les groupes perçus comme arabe et blanc, arrivés ensuite, ont pourtant été acceptés », précise SOS Racisme dans le compte-rendu de cette opération.

    « Il y a derrière ces testings un objectif de médiatisation de la problématique des discriminations : rappeler aux gens que ça existe encore aujourd’hui », précise Dina El Sayed, militante et chargée de développement au sein de l’association, qui était sur place au moment de ces tests. Malgré la réitération de ces missions et leur médiatisation depuis plusieurs années, la militante confesse que la tendance observée reste malheureusement la même. « À Montpellier, les chiffres qu’on a eus cette année correspondent à peu près à ceux des années précédentes : une plage sur trois et une boîte de nuit sur quatre qui discriminent », affirme-t-elle.

    Une plainte déposée

    Au lendemain de cette vague de tests, une plainte a été déposée par des groupes militants victimes de ces discriminations. « Ils se sont rendus au poste de police et ont reçu un accueil pour le moins questionnable », déplore Dina El Sayed. « Ils ont été accueillis avec une forme d’inversion de la culpabilité, et une tentative des forces de l’ordre de les décourager de porter plainte en affirmant qu’en l’absence d’insultes racistes explicites, les faits ne constituaient pas une infraction pénale. » Bien au fait de leurs droits, les militants ont tout de même réussi à déposer plainte contre les établissements en question et sont en attente des suites de l’enquête.

    Ces opérations menées par SOS Racisme sont pourtant reconnues comme preuve recevable par les cours de justice. Plusieurs paramètres sont en effet appliqués pour ne laisser aucun doute quant à l’exercice d’une pratique discriminatoire : les groupes se présentent tous à la suite, dans un laps de temps très court, sans qu’il n’y ait d’autres entrées ou sorties dans l’établissement testé afin d’éviter qu’il ne soit plaidé une sortie soudaine de visiteurs qui aurait libéré de l’espace. Ces techniques ne laissent que la couleur de peau comme critère de différenciation possible. « C’est pour ça aussi qu’il y a des vidéos qui sont prises en caméra cachée, pour qu’il puisse y avoir ensuite une analyse réalisée par les autorités compétentes », rappelle la militante Dina El Sayed.

    SOS Racisme a, cette année, testé 23 plages entre Nice, Marseille et Montpellier, mettant en évidence des pratiques récurrentes de discriminations. L’association continue d’appeler les pouvoirs publics à réagir.

  • Le cinéma à ciel ouvert à Montpellier

    Le cinéma à ciel ouvert à Montpellier

    Sur une image tremblotante en noir et blanc, une femme fait apparaître des enfants dans des choux. Vous l’avez peut-être reconnu : La Fée aux choux, d’Alice Guy, est le premier court-métrage réalisé par une femme en 1896. Il sera diffusé avant chaque projection de cette 26e édition du festival Cinéma sous les étoiles, organisée par le Domaine d’O, à Montpellier, du 7 au 20 août.

    Cette année, le festival met à l’honneur les femmes réalisatrices à travers son thème biennal « Regards féminins ». Une quinzaine de films seront projetés en plein air dans 12 communes de la métropole de Montpellier. Chaque soirée s’ouvrira avec des représentations de spectacles vivants, portées tour à tour par Clara Aumann, le Collectif Le Baril et la Compagnie Aller-Retour. Les projections débuteront à 21h30, à l’exception de la soirée jeune public à Fabrègues, le 19 août, où le film d’animation Les aventures du prince Ahmed, de Lotte Reiniger, sera projeté à 21h. Nouveauté de cette édition : une soirée « Femgore » se tiendra le 9 août, avec la projection de The Substance (2024) de Coralie Fargeat.

    www.domainedo.fr

  • [Entretien] « Le Demi-Festival, c’est transmettre le flambeau »

    [Entretien] « Le Demi-Festival, c’est transmettre le flambeau »

    La Marseillaise : Quelle saveur a cette édition anniversaire ?

    Demi Portion : Que le temps passe vite. Tout a commencé en 2016, avec le groupe Scred Connexion, pour mon premier vrai concert dans ma ville natale : on avait invité des copains. L’histoire du Demi-Festival a démarré comme ça. Et aujourd’hui, on se retrouve déjà à fêter les dix ans.

    En dix ans, le rap est passé d’une culture souvent marginalisée à la musique la plus écoutée en France. Dans ce contexte, quelle est aujourd’hui la mission du Demi-Festival ?

    D.P. : La musique a évolué. Aujourd’hui, il n’est plus forcément nécessaire de très bien écrire pour faire un succès. Mais nous, on essaie de défendre cette culture qui repose sur l’écriture, la prise de parole et le fond. Même si ce n’est pas forcément le rap qui domine aujourd’hui, on continue de le faire vivre. Pour moi, le hip-hop, c’est revendiquer quelque chose, exprimer ce qu’on a au plus profond de soi. C’est aussi le respect, la bienveillance, l’union et le fait de rassembler les gens.

    En ce sens vous mêlez des figures reconnues et d’autres moins. Si vous deviez nous présenter quelques noms à ne surtout pas manquer, lesquels choisiriez-vous ?

    D.P. : Si je devais citer quelques noms, je commencerais par Le Rat Luciano, artiste incontournable pour le parcours, la longévité, pour ses écrits. Oxmo Puccino, qui reste un pilier qui nous a tous bercés. J’ai aussi envie de mettre en avant des artistes moins connus comme Hermano Salvatore, Tinaa ou Ossem. L’idée, c’est de leur donner de la force. On retrouvera aussi JoeyStarr, Hugo TSR et beaucoup d’autres. Ce qui compte, c’est de montrer qu’on peut tous être réunis sur une même scène. Et le public vient avant tout partager un moment, découvrir des artistes et soutenir les plus petits comme les plus grands.

    Peut on parler d’une édition plus ambitieuse ?

    D.P. : On passe à cinq jours de festival et on a aussi organisé un grand concert gratuit en centre-ville le mercredi. Il y a énormément d’artistes, mais aussi des conférences, des DJ sets et plein d’autres rendez-vous. On voulait proposer quelque chose de plus riche qu’une simple succession de concerts. Alors les soirées commencent dès 18h30 et peuvent se terminer très tard. L’objectif c’est vraiment que ce soit une grande fête.

    Il y aura aussi des conférences avec des invités comme le journaliste Olivier Cachin. Pourquoi c’était important pour vous d’intégrer ce volet là au festival ?

    D.P. : C’est important pour nous que le festival soit aussi un lieu d’échange et de réflexion autour de cette culture. J’aimerais transmettre. On partira avec rien, alors autant laisser une trace et passer le relais. Moi-même, j’ai appris grâce à des ateliers d’écriture et à des artistes qui m’ont transmis leur passion. Aujourd’hui, j’ai envie de faire la même chose avec la nouvelle génération. Le but, c’est de transmettre le flambeau. C’est à ça que sert ce festival.

    Propos recueillis par amelia siapo

  • Les arènes de Nîmes rallument le rêve de Rome

    Les arènes de Nîmes rallument le rêve de Rome

    Le sable est encore chaud, le combat vient de s’achever. Un gladiateur tombe, suspendu entre la vie et la mort. Dans son dernier souffle, Rome refuse pourtant de disparaître. Depuis le 6 août, Le Rêve du Gladiateur a repris possession des arènes de Nîmes pour trois nuits où l’amphithéâtre a basculé dans un songe démesuré, comme un dernier réveil de l’antique Nemausus.

    Après une première édition en 2025, Arthur Cadre revient avec une fresque retravaillée. Loin de la reconstitution historique, le spectacle imagine un Empire romain qui ne se serait jamais effondré. Rubén Molina, danseur de flamenco, incarne le combattant perdu dans les limbes, guidé par Somnambula, figure mystique portée par la soprano Odile Heimburger. L’empereur déchu de Philibert Hébert-Filion glisse le grotesque dans la tragédie. Autour d’eux, danseurs, cascadeurs et cavaliers donnent corps à cet univers où le mythe antique rencontre le présent. Jusqu’à 10 000 spectateurs par soir sont attendus pour se laisser happer par ce vertige.

    Deux mille ans en mouvement

    Danse, théâtre, cirque, arts équestres et performances motorisées s’entremêlent dans une vingtaine de tableaux. Chevaux et motos se défient sur la piste, des acrobates s’élèvent au-dessus des gradins, tandis que flammes et vidéo-mapping redessinent les arches. Plus de 200 artistes et figurants portent cette machinerie, dont près de 150 bénévoles de Spiritus Nemausus. Dans les gradins, les derniers réglages affinent lumières et effets pyrotechniques.

    Imaginée initialement avec Dragone, référence mondiale du spectacle vivant, la création cherche moins à raconter Rome qu’à la faire ressentir. Durant une heure trente, les arènes deviennent un personnage, entre mémoire antique et imaginaire contemporain. Le spectacle sera retransmis par France Télévisions à l’automne.

    * Les 6, 7 et 8 août à 21h30.

    Ouverture à 20h.
    Tarifs de 6
     à 46 euros.

  • [Entretien] Frédéric Mazer, éleveur et co-président national du Modef : « Déclarer l’alimentation d’utilité publique »

    [Entretien] Frédéric Mazer, éleveur et co-président national du Modef : « Déclarer l’alimentation d’utilité publique »

    La Marseillaise : Vous dites que l’agriculture est en train de mourir. Qu’est ce qui vous rend si alarmiste ?

    Frédéric Mazer : Ce n’est pas toute l’agriculture qui est en train de mourir, c’est l’agriculture familiale que nous défendons au Modef. C’est programmé mais on a l’impression que quelque chose se passe. Il y a une attaque franche qui est portée, surtout contre l’élevage familial. On veut alerter les citoyens là-dessus. Les politiques passent à côté de l’épisode de sécheresse parce que les bonnes mesures sous-entendent une rupture avec les choix économiques actuels. Il faut déclarer l’agriculture et l’alimentation d’utilité publique et arrêter avec le libre-échange. Si on rend les choses obligatoires, il ne sera plus question d’économie de marché. Une majorité d’agriculteurs sont pour cela mais se heurtent à une espèce d’épouvantail de l’agriculture administrée. Or, on vit déjà dans une agriculture administrée, notamment l’élevage français. Le premier budget de l’Europe c’est la PAC [Politique agricole commune, Ndlr.]. Le problème c’est que la PAC c’est la course à l’hectare, à l’agrandissement pour obtenir davantage d’aides. Ce n’est pas une politique d’aménagement du territoire. La trajectoire actuelle c’est 50 000 paysans en moins. Pourtant, il serait possible dès 2030 de revenir à un million de paysans en France comme au début des années 90 (contre 430 000 aujourd’hui).

    Quels sont les secteurs agricoles les plus touchés par la sécheresse et la canicule ?

    F.M. : Aucun secteur agricole n’est épargné ! Quand vous bousculez ainsi la nature… Tous les secteurs sont touchés. Pour la vigne, s’il ne pleut pas d’ici les vendanges, ça va être une catastrophe. Il n’y aura pas de rendement et la qualité ne sera pas au rendez-vous parce que les raisins sont secs. Le muscat a commencé à être vendangé le 24 juillet, c’est historique. Certains ne vendangent pas mûr, de peur de tout perdre. Dans l’élevage tout le monde a entamé les réserves de l’hiver car il n’y a plus rien dehors. Côté maraîchage, il faut savoir qu’au-delà de 36 degrés une plante ne fait plus de photosynthèse, elle se met au repos. Plus grand-chose ne se passe, on va devoir importer à tour de bras. Pour le lait, on arrive à s’en sortir grâce aux bâtiments. Mais les services d’équarrissage sont submergés avec le taux de mortalité des poulets et des porcs. Les paysans ont même été autorisés à enterrer chez eux les cadavres des bêtes. Enfin, les apiculteurs s’en sont à peu près bien sortis sur les premières récoltes. Mais après mi-juillet, les abeilles ne pouvaient plus sortir, il faisait trop chaud. Elles ont attaqué les réserves de miel.

    Comment les agriculteurs peuvent-ils s’adapter en attendant que le gouvernement ne réagisse ?

    F.M. : Il n’y a pas grand-chose à faire à part mettre les bêtes à l’ombre, les nourrir dans les bâtiments. L’irrigation, ça sert jusqu’à un certain point mais arrive un moment où les plantes crèvent quand même. La seule chose à faire c’est prendre des mesures pour diminuer nos gaz à effets de serre et limiter le réchauffement climatique. On n’est qu’au début, il faut inciter les responsables politiques à prendre des résolutions.

    En quoi consisterait la loi canicule que vous souhaitez ? Qu’est-ce qu’un « véritable régime public et de prévention face aux aléas climatiques » que propose le député PCF Julien Brugerolles ?

    F.M. : Déjà partons d’où on est. Le système assurantiel actuel est mixé public/privé. Si un agriculteur accuse moins de 30% de pertes, le privé prend en charge mais si vous n’avez pas d’assurance, vous ne touchez rien. Entre 30 et 50% de pertes, il y a un partage entre privé et un fonds européen. Au-delà, c’est la solidarité nationale qui prend en charge les pertes supérieures à 50%. L’assurance multirisques privée est prise en charge par la PAC à hauteur de 70%. Au Modef, on dit que ce n’est pas possible ainsi. Certains agriculteurs sont tellement en difficulté qu’ils ont arrêté de prendre une assurance privée. Pour eux, c’est donc la double peine : perte de récolte et pas de compensation. On propose une prise en charge des calamités agricoles via le fonds européen et un fonds national français de 2 milliards d’euros, abondé par une taxe sur les émetteurs de gaz à effets de serre. Il faut que les pollueurs payent. Sinon Total Energies et les autres ne comprendront jamais. À court terme, il faut aider les éleveurs à acheter du fourrage, sans quoi ils vont vendre des bêtes. Avec les vautours qui rôdent, cela crée déjà une chute des cours de la viande. La proposition de loi de Julien Brugerolles, avec qui on a discuté en juin, reprend plusieurs de nos propositions.

    La récente loi votée à la demande des principaux syndicats ne va pas dans le sens d’une agriculture familiale ni du revenu des agriculteurs…

    F.M. : Cette loi est une catastrophe. Elle ne correspond qu’aux demandes des centrales de la FNSEA : les grands céréaliers, laitiers, producteurs industriels de porcs, volailles. Ce sont eux qui ont réclamé qu’on augmente les plafonds des ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement) pour que les grandes exploitations puissent s’agrandir encore. La presse a beaucoup repris la réintroduction d’insecticides comme l’acétamipride, qui fait courir un risque aux abeilles notamment. Mais il y a dans cette loi des choses beaucoup plus graves sur l’agro-industrie.

    Le stockage de l’eau ? En soi, on est pour. En Cévennes, les anciens ont toujours fait des retenues d’eau l’hiver. Mais l’eau qui court, pas celle qui va dans la terre ! Les dossiers retoqués sont ceux de bassines qui concernent des pompages dans une nappe phréatique. Il n’en est pas question. On peut irriguer jusqu’à 35-40 degrés. Mais avec le réchauffement climatique, quoi qu’il en soit, ça ne suffira pas. Il faut s’adapter et arrêter de faire croire qu’on peut faire comme avant.

    Les syndicats dominants ne sont-ils pas un frein au changement de modèle que vous espérez ?

    F.M. : Bien sûr qu’ils sont un obstacle. À la différence de la Coordination rurale qui, comme l’extrême droite, n’a pas d’idée pour l’agriculture, la FNSEA veut qu’on fonce dans ce qu’on sait faire industriellement. Et tant pis si le reste doit disparaître. C’est une ligne hyperlibérale avec les sous de l’Europe. Mais c’est plus compliqué. Les agriculteurs ont toujours été conservateurs. Une immense majorité a toujours été de droite. On assiste à une polarisation entre ceux qui ont compris ce qu’il se passe et ceux qui le constatent mais ne veulent rien changer. On oppose souvent le rural au citadin, l’écolo à l’agriculteur car la survie politique du système en dépend. Il faut être plus pédagogue, plus pragmatique. Sur le terrain c’est le cas. Nos débats à la Chambre d’agriculture du Gard sont concrets par rapport aux discours nationaux. On trouve ensemble des solutions pour rentrer le raisin, protéger les bêtes. Pourquoi ça coince ? Il y a aussi une dimension de confort. La mécanisation a diminué la pénibilité. La remise en question de notre modèle en raison du réchauffement climatique est vécue comme un déclassement social.