Tag: Occitanie

  • Quels leviers pour protéger le porte-monnaie des Français ?

    Quels leviers pour protéger le porte-monnaie des Français ?

    « Le diesel a augmenté en moyenne de plus de 45 cts au litre depuis le début de l’année et dépassé les 2 euros le litre ; idem pour l’essence, qui a augmenté de plus de 25 cts et a également parfois dépassé les 2 euros le litre ; le fioul, lui, a augmenté de 50% depuis le début du conflit ; quant au gaz, il a déjà augmenté de 35% et la répercussion sur son prix chez le consommateur va se faire sentir plus ou moins rapidement suivant la nature des contrats souscrits », liste Claude Gaubert, de l’UFC Que Choisir Montpellier. En faisant grimper les prix de l’énergie, la guerre au Moyen-Orient éprouve méchamment le porte-monnaie des Français, dont le pays paie sa trop grande dépendance aux énergies fossiles. L’État engrangeant, de son côté, des recettes fiscales supplémentaires grâce à la TVA (270 millions d’euros au mois de mars).

    Face à ce constat, l’association de consommateurs appelle de ses vœux des mesures qui permettraient de contenir l’impact de cette flambée sur le quotidien des ménages. « Dans votre facture d’électricité, de gaz ou quand vous allez à la pompe, une taxe est pratiquée sur la consommation de produits énergétiques, taxe sur laquelle vous payez, en plus, la TVA… Nous réclamons depuis toujours la suppression de cette taxe sur la taxe (5 à 6 milliards d’euros par an), qui permettrait de rendre une part non négligeable de pouvoir d’achat aux consommateurs », estime Claude Gaubert.

    Sortir de la dépendance aux énergies fossiles

    De façon plus ponctuelle, l’UFC Que Choisir plaide en faveur d’« aides ciblées », comme l’augmentation du nombre de bénéficiaires et du montant du chèque énergie. « Un dispositif équivalent » pourrait également, estime Claude Gaubert, être mis en place à destination « des professionnels particulièrement impactés par l’augmentation, notamment, du prix de l’essence (transports routiers, agriculteurs, taxis…) ».

    Enfin l’association de consommateurs n’oublie pas « les raffineurs, transporteurs et distributeurs, qui profitent de l’opportunité pour gonfler leurs marges. On peut imaginer que ces entreprises qui vont automatiquement profiter de l’envolée des prix soient mises à contribution par l’État via une taxe spéciale, en vue d’une redistribution de ces bénéfices aux consommateurs, en premier lieu les publics les plus impactés », suggère Claude Gaubert.

    Au-delà de ces mesures conjoncturelles, le représentant montpelliérain de l’UFC pointe un problème de fond sur lequel, estime-t-il, l’État doit agir : la trop grande dépendance de la France aux énergies fossiles. « On l’a vu avec la guerre en Ukraine, on le voit aujourd’hui avec le conflit au Moyen-Orient : il faut sortir au maximum de cette dépendance. Cela permettrait à la fois d’accroître notre autonomie énergétique et de réduire les émissions de gaz à effet de serre », souligne Claude Gaubert. « Ça veut dire renforcer tout ce qui est électrification des usages : aides pour l’achat d’une voiture électrique, renforcer la rénovation énergétique, l’isolation des bâtiments, encourager l’utilisation des pompes à chaleur… En somme inciter les gens à abandonner le gaz et le fioul au profit de l’électricité. Cela relève d’abord de politiques publiques mais aussi de choix individuels. »

  • Michaël Delafosse donne les grandes lignes du budget 2026 de la Ville

    Michaël Delafosse donne les grandes lignes du budget 2026 de la Ville

    Un conseil municipal pour le moins particulier. Pour nombre d’élus, il faisait office de baptême du feu, à l’instar de la conseillère de la majorité, Delphine Esselin ou encore de l’opposante Livia Jampy, qui intervenaient pour la première fois dans l’enceinte montpelliéraine au sujet du rapport annuel sur la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. Mais surtout, c’est le débat d’orientation budgétaire (DOB) qui a été au centre des discussions de la nouvelle assemblée.

    Porté par Serge Guiseppin, transfuge du milliardaire et élu d’opposition – néanmoins absent – Mohed Altrad, qui a pris la délégation des finances et des ressources humaines, le document présenté met en avant le maintien des taux de fiscalité et le fort niveau d’investissement. « 157 millions d’euros d’investissement sont programmés en 2026. Ce n’est pas un chiffre mais un choix politique fort. Il va renforcer nos infrastructures et, dans un contexte économique tendu, jouer un rôle d’amortisseur social, en préservant l’activité et en soutenant l’emploi », souligne Serge Guiseppin. Et de citer les grands projets portés par la mairie socialiste cette année : groupes scolaires de la Mosson, construction de la cité de l’alimentation, de l’hôtel des sécurités ou encore le projet du parc Lunaret-Lavelette-Montmaur. La taxe foncière est maintenue à 52,63%. Des résultats permis grâce à la maîtrise de la dette et à la progression de l’épargne brute. « La dette est plutôt maîtrisée. En fin 2024, nous étions à 6,7 années d’endettement. L’en-cours était lui à 1 338 euros par habitant. Dans nos comptes anticipés 2025, les épargnes brutes et nettes s’améliorent. Notre capacité de désendettement sera réduite à 6,2 ans tout en maintenant les dépenses d’équipement à 168 millions d’euros [contre 173 millions en 2024, Ndlr] », détaille Serge Guiseppin. Le tout dans un contexte national tendu – un effort de cinq milliards d’euros a été demandé par le gouvernement Lecornu aux collectivités locales, dont 3,1 millions d’euros pour Montpellier – et des turbulences internationales marquées par la guerre menée par Donald Trump.

    « On nous annonce rien »

    Des orientations qui n’ont pas manqué de faire réagir les oppositions. À gauche notamment, les critiques sont venues du groupe insoumis. « Au prétexte des coupes budgétaires gouvernementales, on ne nous annonce rien. Pas d’investissement pour le social, pas d’investissement pour l’écologie, pas d’investissement pour des budgets participatifs qui permettent aux citoyennes et aux citoyens de s’impliquer dans la vie politique de leur commune », fait valoir Nathalie Oziol, regrettant qu’il n’y ait aucune réponse apportée à la crise du logement que connaît la septième ville de France et à la planification écologique. Un constat partagé par son collègue Antoine Bertrand. Dénonçant « un budget à l’équilibre sur le papier mais en profond déséquilibre face à la réalité sociale que vivent les Montpelliérains », l’élu insoumis pointe « la seule véritable ambition qui est assumée, c’est celle de ne pas augmenter la taxe foncière. Mais posons les choses simplement : combien de personnes à Montpellier paient la taxe foncière ? Alors oui, vous protégez les propriétaires certes, mais qui protège les 70% de Montpelliéraines et de Montpelliérains qui ne le sont pas ? »

    C’est également sur ces mêmes propriétaires que la droite s’est inquiétée. « On parle de taxer les propriétaires. Mais ils tiennent la ville, ils payent des impôts, ce sont les premiers à contribuer et à porter la solidarité. Comptez-vous stabiliser le taux de fiscalité sur l’ensemble du mandat ou sur ce budget-là ? », interroge Salim Jawhari, bras droit de Mohed Altrad. La réponse de la majorité municipale ne s’est pas fait attendre : « Nous ne répondrons pas favorablement à une augmentation du taux de la fiscalité communale, c’est un engagement de stabilité. L’augmenter aurait un impact très lourd sur les ménages », précise le maire PS Michaël Delafosse. Et de continuer : « 157 millions d’euros d’investissement, c’est conséquent. Annoncer un tel niveau d’investissement marque un volontarisme. Pour l’éducation, pour la cité de l’alimentation, pour coordonner nos efforts en termes de protection avec l’hôtel de sécurité. » Avec 8 voix contre du groupe LFI, le DOB a tout de même été voté, laissant présager le même scénario pour les conseils à venir.

  • Les revendications des syndicats pour sortir les salariés de la panade

    Les revendications des syndicats pour sortir les salariés de la panade

    Ils sont assistants familiaux, aides à domicile. Ces salariés utilisent quotidiennement leur voiture sur leur temps de travail. Touchés de plein fouet par la hausse des prix du carburant – conséquence de la guerre au Moyen-Orient – ces travailleurs ont alerté leur syndicat.

    « Cette hausse a impacté les assistants familiaux [il y en a 680 dans l’Hérault, Ndlr]. Leur métier se fait avec leur véhicule personnel, ils ont en charge les enfants placés, protégés donc il y a énormément de déplacements avec les enfants comme les audiences au tribunal, les lieux de soins, les visites aux parents, etc. Bien que les frais de déplacement soient remboursés, avec l’explosion des prix cela génère un déséquilibre de leur budget personnel », soutient Benjamin Karchen, co-secrétaire de la CGT au conseil départemental de l’Hérault. À cela s’ajoutent les agents utilisant leur véhicule personnel pour des déplacements, faute de véhicules disponibles mis à disposition par la collectivité en nombre suffisant. Ces cas sont loin d’être isolés. À Sérignan, les aides à domicile sont elles aussi dans la galère. « On fait énormément de petits trajets pour nos bénéficiaires. Par exemple, aller faire des courses en ville. Cela ne représente que quelques kilomètres mais on consomme plus que pour de longs trajets sur l’autoroute », soupire Christelle Fanjaud, déléguée CGT de l’association ADMR (Aide à domicile en milieu rural) Orb et Thongue. Or, les déplacements sont remboursés à hauteur de 38 centimes le kilomètre. « Depuis 2010, l’indemnité était de 35 centimes. Avec la crise énergétique en 2022, l’État a augmenté l’indemnité de 3 centimes. Mais là, aucune hausse. Mon association a fait un geste en prenant en charge 2 centimes supplémentaires. Mais cela représente 3 euros sur le bulletin de salaire », fait valoir Christelle Fanjaud. Un montant dérisoire comparé à l’envolée du gazole, passé de 1,80 euro à 2,40 euros en quelques semaines. De plus, cette indemnité ne couvre pas uniquement le coût du carburant. « En réalité, seuls 14 centimes concernent le carburant. Le reste est destiné à l’amortissement du véhicule, les réparations. Or, ces prestations ont augmenté de 20% ces dernières années », poursuit l’aide à domicile.

    Des congés posés faute

    de pouvoir se déplacer

    L’ADMR Orb et Thongue opère également sur les communes de Cers et Villeneuve-lès-Béziers. Les salariés vont tenter de mettre en place une sorte de système D. « On va essayer de trouver le moyen pour éviter que les aides à domicile de Cers ne viennent à Sérignan et vice-versa », espère Christelle Fanjaud. Du fait de la précarité du métier, bien souvent à temps partiel et donc payé en dessous du Smic, « certaines ne peuvent plus suivre », note Christelle Fanjaud, indiquant avoir eu vent de cas où des aides à domicile posaient des congés. Sacrées vacances !

    Mais la hausse des coûts ne concerne pas uniquement les salariés qui utilisent leur voiture sur leur journée de travail. « Notre département est assez grand, les équipements de service public se trouvent sur tout le territoire. Certains agents font des déplacements domicile-travail assez importants. Ils le font sur leurs deniers personnels, rien n’est pris en charge. Aujourd’hui, ces personnes éprouvent la brutalité du plein. Certains sont des fonctionnaires de catégorie B ou C, de petits salaires. Ce qui entraîne une difficulté financière importante », observe Benjamin Karchen. Pour pallier la situation, le syndicat, qui a alerté le président PS Kléber Mesquida et le directeur général des services, avance plusieurs revendications. « Certaines propositions ne coûtent pas un radis. On pourrait élargir le télétravail en identifiant les personnes et métiers concernés ou particulièrement impactés par la crise du carburant. Les véhicules de service pourraient être gardés par des collègues pendant quelques jours en lien avec les missions exercées. Et pour ceux pour lesquels ça ne serait pas possible notamment les assistants familiaux là on débloque une enveloppe », suggère Benjamin Karchen, assurant « ne pas vouloir mettre la pression mais ouvrir un dialogue. On est d’accord pour mettre en place des mesures qui seraient potentiellement reconduites chaque mois ».

  • [Entretien] Henri Sterdyniak : « La hausse va beaucoup peser sur les ménages »

    [Entretien] Henri Sterdyniak : « La hausse va beaucoup peser sur les ménages »

    La Marseillaise : Comment cette guerre lointaine se traduit-elle concrètement dans l’économie locale ?

    Henri Sterdyniak : D’abord, on ne sait pas combien de temps la guerre va durer, et ça crée une très grande incertitude pour tous les agents économiques. On a deux scénarios possibles : soit la tension s’atténue et les prix de l’énergie reviennent à des niveaux un peu supérieurs à avant la crise, soit la guerre continue et là, les prix restent durablement élevés. La première conséquence, c’est la hausse du prix de l’énergie : l’essence dépasse les deux euros le litre, le diesel est encore plus cher, le gaz augmente aussi. Et ça peut aller plus loin, avec des difficultés d’approvisionnement sur certaines matières ou intrants.

    Pourquoi certains secteurs sont particulièrement touchés ?

    H.S. : Ce sont les secteurs où l’énergie représente une part importante du coût de production. Le transport routier est le plus touché, avec environ 30% des coûts liés à l’énergie. La pêche, c’est même autour de 35%. Ensuite, vous avez l’agriculture, le BTP, puis les aides à domicile, les infirmières, qui font beaucoup de kilomètres, surtout en milieu rural comme l’Occitanie. Et justement, il y a une très grande inégalité territoriale. Dans les zones rurales ou les périphéries, les gens doivent utiliser leur voiture pour tout. Ils supportent pleinement la hausse.

    Les aides gouvernementales sont-elles suffisantes ?

    H.S. : Les aides sont relativement faibles. C’est de l’ordre de vingt centimes par litre, ce qui couvre à peu près la moitié de la hausse pour l’essence, mais beaucoup moins pour le diesel. Le gouvernement refuse pour l’instant des mesures plus fortes, notamment sur la fiscalité ou sur les profits des grandes entreprises pétrolières. Il est aussi contraint par des règles budgétaires imposées par Bruxelles, qui limitent les marges de manœuvre sur les dépenses publiques. Résultat : une grande partie de la hausse va peser sur les ménages et les secteurs en difficulté.

  • La course à la LGV sur le point de changer de vitesse ?

    La course à la LGV sur le point de changer de vitesse ?

    Après des décennies de tergiversations et de retards, le projet ferroviaire de Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP) serait-il enfin sur le point de changer de braquet ? À l’occasion de leur dernière rencontre, les porteurs du projet (État, SNCF, collectivités partenaires) se sont en tout cas félicités du respect du calendrier. À savoir que la date de début des travaux du premier tronçon de 52,3 km à construire d’ici 2034 entre Montpellier et Béziers est maintenue en 2029.

    D’ici là, les étapes vont s’accélérer sur le terrain sur cette première phase déclarée d’utilité publique en 2023. Dès le mois de mai 2026 doit être délivrée l’autorisation environnementale à l’issue à l’enquête publique. Cet été et à l’automne auront lieu les sondages géotechniques et diagnostics archéologiques « indispensables à la sécurisation » de la future Ligne à grande vitesse (LGV). Notamment dans le bassin de Thau, où l’actuel tracé reste contesté pour ses nuisances sur l’environnement (biodiversité, terres agricoles, bruit, qualité de l’eau du site d’Issanka…), en raison de l’impact du futur Viaduc de Poussan. À l’instar du collectif citoyen Alerte TGV Thau, d’autres pointent le risque économique de voir moins de TGV s’arrêter à l’avenir en gare de Sète…

    Quid des nouvelles gares ?

    C’est aussi à l’automne que sera lancé par SNCF Réseau l’appel d’offres pour la conception et la réalisation de la LGV. Un long processus technique d’environ 2 ans qui doit aboutir au choix du constructeur en 2028. Les mastodontes Bouygues, Eiffage ou Vinci devraient concourir parmi d’autres. Mais grâce aux clauses d’insertion permises par la loi, le tissu local devrait bénéficier de retombées positives pour l’emploi, promettent les porteurs du projet.

    La phase 2 (tronçon Béziers-Perpignan long de 97,7 km) de la LGV n’en est encore qu’à ses balbutiements (livraison à l’horizon 2040). Mais elle va aussi connaître une avancée dès le printemps. Du 9 avril au 19 juin va se tenir la concertation préalable relative aux fonctionnalités du second tronçon. En attendant l’enquête publique prévue pour 2030, il va y avoir de quoi débattre. Car ni la nature de la ligne (mixte ou seulement voyageurs), ni le lieu des nouvelles gares TGV à construire (Béziers Est et/ou Narbonne ouest ?) ne mettent les défenseurs du TGV d’accord.

    Enfin demeure la principale inconnue, source des procrastinations du passé et des crispations d’aujourd’hui. Qui va payer ce chantier colossal estimé à au moins 6,2 milliards d’euros ? Si la clé de financement de la première phase avait été trouvée (État et collectivités 40% chacun, Europe 20%), l’austérité est depuis passée par là. Si bien qu’un partenariat public-privé (PPP) serait dans les tuyaux pour le projet voisin de Grand Sud-Ouest (GSO) Bordeaux-Toulouse, où les travaux ont débuté il y a 19 mois. Une idée à laquelle s’oppose la présidente de Région. « 2,5 milliards d’euros ont déjà été engagés (…). On ne met pas à l’arrêt un projet de cette ampleur par une vision court-termiste et purement comptable », fustige Carole Delga (PS), qui évoque un « non-sens » en raison d’un « surcoût faramineux » de 7,3 milliards d’euros ainsi qu’un « retard de plusieurs années » dans la mise en service de cette LGV.

    Le surcoût d’un PPP

    Le 12 février en assemblée plénière, les élus régionaux du groupe communiste, républicain et citoyen (CRC) ont d’ailleurs fait adopter un vœu qui sacralise cette position. Le texte demande à l’État de « respecter l’intégralité de ses engagements financiers et calendaires » et s’oppose à « tout recours à un PPP qui se traduirait par un surcoût inacceptable et un retard préjudiciable à l’intérêt général ». Car à l’image de Carole Delga ou du maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS), les pro-LGV persistent et signent. En plus d’être « écologiques », ces projets sont à leurs yeux « indispensables » au désenclavement de l’Occitanie. Là où est concentrée 60% de la population française située à plus de 4h de Paris…

  • [Quoi de neuf] Fanette Bonnaric : « Une fois l’asile obtenu, se pose l’enjeu de l’intégration»

    [Quoi de neuf] Fanette Bonnaric : « Une fois l’asile obtenu, se pose l’enjeu de l’intégration»

    Louis Dupin : Quelles sont les missions de votre association Forum Réfugiés ?

    Fanette Bonnaric : Forum Réfugiés est une association dans un premier temps lyonnaise, qui s’est étendue sur différents territoires français (Paca, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes). Elle porte différents programmes pour les demandeurs d’asile. Les demandeurs d’asile sont les personnes qui déposent une demande d’asile en préfecture. Ces personnes vont être auditionnées à l’Ofpra, l’Office français pour les réfugiés et les apatrides. Et donc, pendant toute cette phase de demande d’asile, Forum Réfugiés porte différents programmes d’accompagnement pour ces publics sur différents territoires. Une fois l’asile obtenu pour certains -tout le monde ne l’obtient pas- se pose l’enjeu de l’intégration, à savoir reconstruire une vie sur le territoire français, trouver sa place dans cette nouvelle société.

    Olivier Nottale : Une fois toutes les difficultés administratives réglées, qu’est-ce qu’ils vont faire ?

    F.B. : Il est important de revenir un peu sur les définitions parce que le terme réfugié est souvent utilisé dans les médias comme synonyme du mot migrant. Pourtant, le terme réfugié correspond à une catégorie juridique qui est réglementée par la Convention de Genève. Donc nous, quand on parle de réfugiés, on parle de personnes qui ont déposé une demande d’asile et qui ont obtenu une réponse positive. Pour beaucoup, c’est la fin d’un voyage justement. Et avec nous commence un autre voyage, le voyage de la reconstruction et aussi de la confrontation avec la société française, avec son administration, avec son marché de l’emploi, avec son marché locatif. Et donc ce parcours n’est pas fini.

    Alors on porte plusieurs programmes. Notamment le programme Agir où les personnes qui sont prises en charge dans ce programme nous sont orientées par l’Office français pour l’intégration et l’immigration, une émanation de l’État. Effectivement, elles arrivent parfois quelques mois après avoir obtenu une protection, mais il n’y a pas encore eu toujours d’explicitation de tout ce que va être ce nouveau parcours d’intégration.

    O.N. : Et ces personnes
    ne se rendent pas compte de la difficulté qui
    les attendent…

    F.B. : Le parcours migratoire a été très long et très compliqué et douloureux. La demande d’asile a aussi pu prendre un certain temps, même si les délais se sont raccourcis. Mais c’est le temps de l’attente où les personnes ne savent pas si elles vont obtenir une protection. Donc c’est un temps qui est un peu suspendu hors du temps.

    Les personnes sont dans un statut ad hoc où il faut savoir que les six premiers mois après le dépôt d’une demande d’asile, les personnes n’ont pas le droit de travailler. Après ces six mois, l’accès au travail est entravé pour les demandeurs d’asile. Ils sont maintenus dans une situation d’oisiveté en attendant la réponse de l’Ofpra. Donc quand elles obtiennent la protection, elles se disent « c’est bon, je vais pouvoir travailler, je vais pouvoir trouver un logement ». Et effectivement, il y a toute une phase de déconstruction pour appréhender la réalité du marché de l’emploi, la réalité du logement. C’est parfois un moment de désenchantement pour ces personnes où souvent elles ont tenu pendant le parcours migratoire et pendant la demande d’asile.

    L.D. : Une autre partie du programme Agir est de coordonner tous les acteurs sur le terrain ?

    F.B. : Oui, parce que la question de l’intégration est une question très vaste. Il y a trois piliers dans nos programmes. Il y a l’accompagnement administratif et social. Les personnes doivent conduire un certain nombre de démarches pour être identifiées et reconnues par les administrations françaises. Elles doivent appréhender le fonctionnement de nos administrations qui sont très complexes et qui sont dématérialisées. Donc, lorsqu’on n’est pas forcément familier avec des démarches dématérialisées ou à l’aise avec la langue française, c’est un vrai enjeu. Il y a un deuxième volet, le logement et donc l’hébergement, et le troisième c’est l’insertion socioprofessionnelle. Donc ça mobilise de très nombreux acteurs et politiques publiques.

    O.N. : Vous parliez de la barrière de la langue. Quand on est un enfant, ça va vite. Mais c’est plus compliqué pour les adultes…

    F.B. : C’est beaucoup plus long parce que la perméabilité du cerveau, la plasticité n’est pas la même. Et puis les opportunités d’interaction aussi. Les enfants, ils ont cette chance d’être scolarisés, donc de baigner tous les jours dans le français. Pour les adultes, ça va être beaucoup plus compliqué parce que souvent, quand les personnes parlent peu le français, le marché de l’emploi va être très peu accessible. On socialise beaucoup au travail, mais c’est compliqué de trouver un travail quand on parle peu le français, même si c’est possible, mais c’est plus complexe. L’enjeu est aussi de vraiment créer des interactions entre des espaces d’échange, où les personnes peuvent se confronter à la société française en dehors des administrations ou des travailleurs sociaux qui les accompagnent.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Bientôt un nouveau supermarché coopératif à Montpellier

    Bientôt un nouveau supermarché coopératif à Montpellier

    « J’habite dans les quartiers du nord de Montpellier. Si tu as envie d’avoir un supermarché avec des produits de qualités, à des prix accessibles, qui s’engage pour les agriculteurs sans rémunérer des actionnaires, ça n’existe pas. » C’est à partir de ce constat que Mathieu Boucon, riverain à Boutonnet et coopérateur du supermarché la Cagette dans le quartier Clémenceau, a eu l’idée, avec Pauline Fournis, également coopératrice et habitante des Beaux-Arts, de lancer le projet d’un supermarché coopératif, Le Cabas.

    C’est ainsi que les deux Montpelliérains commencent à plancher sur les bases de leur projet. « Nous nous sommes rapprochés de la Cagette, qui nous a aidé à monter notre site web*, créer un formulaire en novembre dernier. Puis nous avons commencé à contacter les gens. Grâce au bouche à oreille, nous sommes 175 personnes », poursuit Mathieu Boucon. Le principe est simple et veut reprendre le même système mis en place à la Cagette. Chaque coopérateur donne trois heures de son mois pour travailler au magasin. En échange, les coûts sont réduits et les coopérateurs sont les seuls décisionnaires et propriétaires.

    Étape par étape

    Une seconde réunion a été organisée début février où les statuts de l’association ont été déposés. Mais les porteurs du projet ne veulent pas mettre la charrue avant les bœufs. Première étape, « nous allons lancer un groupement d’achat afin de faire une seule commande par mois auprès d’un grossiste. Ce qui nous permettra de voir comment on travaille ensemble, tester les logiciels, constituer une trésorerie », énumère Mathieu Boucon.

    Ensuite, une fois le nombre de coopérateurs suffisants, est prévu de trouver un local de petite taille proposant une offre limitée. Une phase de test avant de se lancer dans le grand bain. « A terme, l’objectif est de trouver un local de 800m² dont 400m² de vente de manière à avoir une gamme complète et faire toutes ses courses », souligne Mathieu Boucon. Le Cabas s’adresserait à tous les riverains, sans condition de ressources.

    Un projet qui a de beaux jours devant lui à condition d’avoir suffisament de bras. Pour attirer les curieux, est prévue au cinéma l’Utopia la projection du documentaire Food Coop de Tom Boothe, suivant le modèle d’un supermarché coopératif, le 29 avril.

  • Nicollin vers la sortie

    Nicollin vers la sortie

    Ils ne font qu’un. Depuis plus d’un demi-siècle, la Paillade, ancêtre du Montpellier-Hérault, et Nicollin ne font qu’un. Le club de foot et la famille Nicollin se confondent dans une légende commune. Tout est né en 1974 dans le quartier populaire de la Paillade, au Nord de Montpellier, par le biais d’une fusion entre le Montpellier la Paillade Sport club littoral (MPSCL) et Formation sportive de nettoiement, équipe corporative de l’entreprise dirigée par Louis Nicollin.

    L’un et l’autre se sont renvoyé la balle pour grandir main dans la main. Pour répandre leur notoriété sur la ville de Montpellier. Pour façonner une histoire peu commune. Pour devenir une institution dans la capitale du Languedoc à travers la complicité complexe et intéressée entre « Loulou » et Georges Frêche, maire de Montpellier (1977-2004). Une histoire sans fin ?

    Laurent Nicollin, aux commandes depuis 2017 et le décès de son père, ébrèche le couple lors d’un entretien au quotidien régional Midi Libre. Il témoigne de sa lassitude, amorce son retrait de la tête du club à la faveur d’une entrée dans le capital de nouveaux investisseurs.

    « S’il faut lâcher la barre,

    je la lâcherai »

    Lancée en septembre par une banque d’affaires, l’ouverture de capital et la consultation de divers investisseurs sont sur le point d’aboutir. Elles pourraient se conclure en mai ou juin prochain. « Ça avance petit à petit. C’est long, très long. On a eu déjà 4 ou 5 retours de potentiels investisseurs auprès de la banque. Je pense que mi-mai, on devrait y voir un peu plus clair et avoir des offres concrètes. La semaine prochaine, un investisseur doit venir me rencontrer et voir des gens au club pour savoir où il met les pieds. Pour l’instant, on est encore dans l’inconnu. Est-ce que ça sera 10%, 30%, 50%, 80% ? Ça, on verra ce qu’eux sont prêts à proposer et à donner, surtout. Des investisseurs sont prêts à continuer, d’autres ont renoncé faute de stade. Après, il y a des choix », raconte-t-il. « Avec mon frère, on est à une période de choix. à nous de faire les bons choix ou les moins mauvais », précise-t-il, à l’heure où Montpellier vit un tournant de son histoire.

    Le frère d’Olivier, PDG de l’entreprise, mesure parfaitement l’impact d’un tel chamboulement à la tête du club et se dit prêt à se retirer de la vie sportive de Montpellier. « Cela fait un moment que je suis prêt à m’effacer. Tant que j’ai la commande du bateau, je serai à fond. Dans ma tête, j’ai avancé sur des choses. S’il faut lâcher la barre, je la lâcherai. Il y a une lassitude », assure-t-il. Et confirme que ni lui, ni son frère ne « s’arc-bouteront » pour préserver la figure de proue du navire Nicollin.

    Laurent Nicollin renonce. Faute de droits télé et d’un nouveau stade, projet qu’il jugeait essentiel à la survie économique de Montpellier-Hérault. Sans les uns, sans l’autre, la Holding Nicollin est seule pour faire face à la gestion d’un club tombé en Ligue 2. Avec un coût par saison qui oscille entre 10 et 20 millions d’euros.

    Faillite des droits télé

    Symbole de la fragilité des clubs moyens du football professionnel, Montpellier paie la faillite des droits télé. Et les effets de la crise de Mediapro. Depuis le retrait du groupe espagnol, le club héraultais a vu la part des droits télé chuter de 30ME à 10ME, puis à 6ME cette saison.

    Aujourd’hui, il n’a plus d’autres ressources que le centre de formation pour renouveler son modèle économique et la Holding. Et, la famille Nicollin ne veut pas mettre en péril l’entreprise, spécialisée dans le traitement des déchets. « La seule chose qui me tenait à cœur et me boostait, c’était le stade. Il n’y a pas de nouveau stade, pas de droit télé. Je suis prêt à me battre, mais avec des armes. Me battre avec un Opinel, j’ai passé l’âge », cingle le patron du MHSC, qui a investi de l’argent et du temps depuis 2014 pour quitter la Paillade. Et le stade de la Mosson, vétuste, inondé à plusieurs reprises et privé de la dernière Coupe du monde de rugby au profit de Nice.

    Au cours de l’été, le maire Michaël Delafosse (PS) a fait un autre choix. Celui de rénover le stade de la Mosson au lieu d’accompagner un déménagement. Et la construction d’un nouveau stade, envisagé un temps à Cambacérès, puis à Pérols, et enfin au Parc des Expositions, a été enterrée.

    Michaël Delafosse a été fin mars le premier maire réélu à Montpellier depuis Georges Frêche, mentor qui a développé la ville autour de la culture et du sport. Il l’a été à la majorité absolue à l’issue d’une triangulaire face à Nathalie Oziol, candidate de LFI, et Mohed Altrad, président du Montpellier Rugby.

    Deux ans après la retraite de Patrice Canayer, manager et clé de voûte de Montpellier Handball durant trente ans, Montpellier s’apprête à perdre une autre figure du sport montpelliérain : Laurent Nicollin, héritier de Loulou. Et s’oriente vers la fin de l’empire sportif Nicollin. La fin d’un monde.

  • À Sète, clap de fin pour les Journées de l’amour

    À Sète, clap de fin pour les Journées de l’amour

    « C’était en 1997. J’étais en manque d’amour et j’ai eu l’idée de créer ces Journées. » Voilà 28 ans que Christy Puertolas et l’association Histrions investissent chaque année la chapelle du quartier haut, à Sète, afin de proposer une exposition autour de l’amour. De, la non-demande en mariage, au crime passionnel en passant par l’amour des bêtes, tous les thèmes sont explorés. Mais cette année, l’idylle sétoise prend une saveur particulière. « C’est un tournant, j’ai envie de faire autre chose. Mais il fallait faire une dernière. Ce qui ne veut pas dire que je ne travaillerais plus sur l’amour, tout est ouvert », poursuit la commissaire d’exposition. Alors, pour cette dernière édition, le thème retenu est « Je t’aime mais j’ai la flemme ». « Cette phrase est de la street-artist grenobloise Petite Poissone. J’ai adoré, je me suis dit que ce serait le thème de cette année et je l’ai invité. »

    Du 4 au 26 avril, pas moins de 78 œuvres de 18 artistes recouvrant des supports différents tels que la peinture, la broderie et la sculpture seront exposés. « L’ADN de ces Journées est de rassembler des gens d’horizons différents et de notoriété variable sur le même thème de l’amour, ce puits sans fond fédérateur qui parle aux gens », souligne Christy Puertolas. Notamment Robert Combas, Victoire et Hervé Di Rosa, Anna Kache, etc. Le vernissage se fera lui en musique, le 3 avril à 18h, avec l’ensemble vocal AMMI. Les dimanches ne seront pas moins animés puisque sont proposés des cours de yoga, de sophrologie, une dictée et des visites guidés.

  • Après des sommets en début d’année, le prix de l’or chute

    Après des sommets en début d’année, le prix de l’or chute

    Avec des prix qui ne cessent de descendre depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le coût de l’or semble aujourd’hui plus qu’incertain. Malgré son statut historique de valeur refuge, le métal jaune traverse actuellement une phase de forte volatilité, marquée par des hausses brutales suivies de corrections rapides. Une situation alarmante pour les revendeurs d’or, en première ligne face à ces perspectives encore floues.

    Francine Bousquet, 56 ans, responsable de l’agence du Comptoir national de l’or à Montpellier, explique : « Ce qui est spectaculaire et particulièrement préoccupant avec le conflit au Moyen-Orient, c’est de voir la vitesse avec laquelle les cours ont baissé et de combien. Entre les prix du 27 février et ceux du 1er mars, le cours a reculé de près de 30 000 euros. On est passé d’un prix très élevé en début d’année, avec un coût de l’or au kilo à presque 150 000€ euros à 120 000€ euros maintenant ».

    Un revirement important qui s’explique avec la guerre, par de multiples facteurs comme les arbitrages des investisseurs sur les cours des matières importantes, dont font partie l’or ou le pétrole. Une chute brutale qui préoccupe aussi les possesseurs d’or, poursuit la responsable « Ça inquiète les gens, parce que de tout temps l’or a été une valeur refuge. Pour nombre d’entre eux, c’est voir une partie de leur économie perdre de la valeur alors que par essence, le principe de l’or c’est d’être stable par rapport au reste des investissements et autres actifs ».

    Des clients parfois apeurés à la vue des prix en baisse qui affectent l’activité économique des structures de revente, témoigne Francine Bousquet : « En tant que vendeurs ou plutôt revendeurs et acheteurs, forcément ça nous impacte. Ici on est sur un modèle de 50/50 vente et achat. Avoir un cours de l’or instable voire en baisse ça nous impacte parce que c’est de la perte de clientèle importante. Aujourd’hui on le sent, on fonctionne à l’arrêt ou uniquement dans un sens, c’est-à-dire à la vente ».

    Une peur de la clientèle

    Une incertitude ambiante qui devrait « durer » selon Francine Bousquet. Les prix de l’or avaient déjà chuté en 2022 au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine. Les cours avaient alors mis près de 8 mois avant de repartir à la hausse. Une tendance qui devrait se confirmer, selon la responsable : « Sincèrement au vu des courbes actuelles et des tensions qui persistent au Moyen-Orient, je ne vois pas le cours remonter tout de suite. Pour ce qui nous concerne ici, je ne vois pas le prix de l’or repartir à la hausse avant minimum un an ». En attendant, le dicton boursier :
    « Acheter au son des canons et vendre au son du clairon » reste plus vrai que jamais.