Tag: Occitanie

  • [Entretien] Arnaud Faugère, procureur de Béziers : « La première des impunités, c’est celle liée à l’absence d’enquête »

    [Entretien] Arnaud Faugère, procureur de Béziers : « La première des impunités, c’est celle liée à l’absence d’enquête »

    La Marseillaise : Le ministre de la Justice demande l’examen en urgence de 70 000 plaintes concernant des mineurs d’ici le 14 juillet, cet objectif vous paraît-il réalisable ?

    Arnaud Faugère : Monsieur le garde des Sceaux nous a demandé de concentrer prioritairement notre examen sur les enquêtes qui ont déjà transité par les parquets : nous allons bien sûr exécuter ses instructions, mais la volumétrie prévisible associée, de l’ordre de plusieurs centaines, va imposer de redéployer les moyens dont nous disposons. Concrètement, cela veut dire que d’autres dossiers et d’autres contentieux seront dépriorisés voire ne seront plus traités afin de permettre de concentrer tous nos efforts sur le traitement des dossiers d’infractions sexuelles commises au préjudice des mineurs et de tenir le délai qui nous est imparti. Au-delà du lourd travail qui va être réalisé d’ici au 14 juillet, la question sera surtout de savoir comment nous pouvons maintenir un niveau d’investissement équivalent sur le long terme, ce qui paraît très difficilement envisageable à moyens constants.

    Avez-vous une estimation du nombre de plaintes de ce type actuellement en attente de traitement au parquet de Béziers ?

    A.F. : Tout dépend de ce dont on parle. S’il s’agit des seules enquêtes actuellement en cours et qui ont déjà transité par le parquet de Béziers, alors je peux indiquer qu’elles sont au nombre de 342. À ces enquêtes doivent s’ajouter les procédures qui n’ont jamais quitté le commissariat ou la gendarmerie, et dont la volumétrie est en cours de recensement par les forces de sécurité intérieure ; si je ne peux vous en préciser le nombre exact à ce stade, il est probable qu’il y ait plusieurs centaines de procédures supplémentaires.

    Dans quelle mesure le manque de moyens pèse-t-il, selon vous, sur le traitement des affaires impliquant des mineurs victimes de violences ?

    A.F. : Monsieur le garde des Sceaux a indiqué, dans la circulaire de politique pénale générale qu’il a adressée le 16 octobre 2025 aux parquets, que la répression des violences faites aux personnes était une de ses deux priorités, à côté de la lutte contre le narcotrafic. Seulement, à la lecture de cette circulaire, la lutte contre les violences couvre un champ très large de situations. Surtout, en plus de ces deux priorités, le ministère a par ailleurs adressé aux parquets 62 circulaires et dépêches en 2025, et pas moins de 54 depuis le début de l’année 2026. La plupart d’entre elles imposent des priorités complémentaires aux parquets, et ce à moyens constants pour les juridictions. La multiplication des priorités impose aux parquets de prioriser et de surprioriser ce qui est déjà prioritaire mais quand tout devient prioritaire, plus rien ne l’est. À côté de l’institution judiciaire, les services d’enquête sont eux-mêmes en nombre très insuffisant pour traiter l’ensemble de ces affaires. Le rapport de la commission pour l’efficacité de la Justice (CEPEJ) du Conseil de l’Europe rappelle, dans son dernier rapport, que la France compte 3,2 procureurs pour 100 000 habitants contre 11,2 en médiane des pays du conseil de l’Europe, et qu’un procureur français reçoit 10 fois plus d’affaires à traiter que son homologue européen. Quatre fois moins de procureurs pour traiter 10 fois plus d’affaires, cela ne peut pas marcher ! La première des impunités, c’est celle liée à l’absence d’enquête !

    Pouvez-vous expliquer les raisons du réexamen d’une procédure visant Joël Barella, père du principal suspect dans l’affaire Lyhanna ?

    A.F. : Nous n’avons trouvé aucune procédure visant Jérôme Barella, mais nous avons en revanche identifié deux procédures visant son père, Joël Barella. La première a fait l’objet d’un non-lieu rendu en 2021 par un juge d’instruction – il s’agit d’une décision qui est depuis devenue définitive et a acquis l’autorité de la chose jugée – et la seconde a été classée par mon parquet en 2020. J’ai donc décidé de procéder au réexamen de cette dernière et, à la lecture de la procédure, j’ai décidé de diligenter de nouvelles investigations afin d’approfondir l’enquête.

    Avez-vous constaté une évolution dans le traitement des infractions commises au préjudice des mineurs ?

    A.F. : De multiples dispositifs très utiles ont vu le jour ces dernières années, à l’instar, par exemple, des Unités d’accueil pédiatriques de l’enfance en danger (UAPED) qui permettent de prendre en compte de façon globale et sécurisée un enfant victime d’infractions, selon une double démarche qui conjugue les soins et le déroulement des investigations judiciaires. À mon sens, notre dispositif est déjà très complet, mais manque clairement de moyens pour permettre une véritable prise en charge de l’enfance en danger. Je ne suis pas certain qu’une nouvelle loi, fût-elle intégrale, vienne véritablement bousculer les choses si elle ne s’adosse pas aux moyens nécessaires, sur le long terme, à sa mise en œuvre : elle pourrait bien, sans ressources suffisantes associées, demeurer purement incantatoire.

  • Sénatoriales : le PS avance encore divisé

    Sénatoriales : le PS avance encore divisé

    Le mélodrame de 2020 va-t-il se reproduire ? Il y a six ans, la division à gauche avait coûté le troisième siège sénatorial. En effet, à l’époque, Denis Bouad (PS) avait terminé à 9 voix de la liste de droite alors qu’Alexandre Pissas, le maire de Tresques près de Bagnols-sur-Cèze, avait rassemblé 118 voix. Une division qui avait donc coûté un siège dans la chambre haute mais avait aussi laissé des divisions tenaces au sein de Parti socialiste gardois.

    La situation semble avoir peu évolué six ans plus tard. Le Parti à la rose avait pourtant annoncé la couleur : les sortants qui le souhaitent seraient réinvestis pour les élections de septembre. Sauf que Denis Bouad a tergiversé et annoncé qu’il n’y retournerait pas, soutenant même la conseillère régionale Katy Guyot pour le remplacer. Mais les appétits se sont réveillés au PS et pas moins de cinq noms ont été évoqués pour mener la liste : Alexandre Pissas, Juan Martinez (maire de Bellegarde), Fabrice Verdier (président du Pays d’Uzès), Joseph Pronesti (président de la Banque alimentaire 30) et Carole Bergeri (conseillère départementale).

    Les militants socialistes votent Pissas

    En annonçant finalement sa candidature, Denis Bouad espérait mettre tout le monde d’accord. Les fidèles Fabrice Verdier et Juan Martinez se sont ainsi effacés. Le PS fédéral a alors organisé un vote des militants le 10 juin. Fort de son assise sur la section bagnolaise, où 90 voix lui ont été accordées, Alexandre Pissas l’a remporté avec 127 votes, contre 106 pour Denis Bouad et 48 pour Joseph Pronesti. Un vote qui plonge le PS dans la crise. « J’attends la décision du national », a simplement expliqué Pierre Jaumain, le premier secrétaire du PS gardois.

    Sauf qu’en coulisse, cette division laisse des traces. Notamment du côté des communistes. Renforcé par les élections municipales, le PCF avait sécurisé la deuxième place sur la liste Bouad et pouvait espérer gagner un siège au Sénat. « Il ne faudrait pas qu’on apporte les voix et que la division du PS nous coûte un siège », souffle un communiste historique qui se dit « inquiet » de la situation. Sylvain André, le maire de Cendras, est même allé plus loin, annonçant publiquement qu’en cas de liste dissidente au PS, il était « favorable à ce que les communistes prennent leurs responsabilités avec les autres partenaires pour porter une liste de rassemblement ».

    Quatre listes à gauche ?

    Sauf que la désunion semble déjà l’avoir emporté. Car même si l’affrontement Pissas-Bouad se règle sans trop de dégâts, Carole Bergeri n’est pas passée par le vote des militants PS et semble aujourd’hui résolue à porter une candidature indépendante. Deuxième sur la liste de Bouad en 2020, la conseillère départementale sur le canton de Pont-Saint-Esprit pourrait ainsi rassembler les déçus de l’affrontement des deux éléphants socialistes.

    D’autant que les insoumis ont aussi l’intention de monter une liste qui s’appuierait sur Charles Ménard. Des discussions ont même eu lieu avec les Unitaires Gard (Debout !, L’Après, Génération.S) pour partir ensemble. Finalement, LFI devrait s’élancer seule et même si elle compte peu d’élus dans le département, ses voix pourraient jouer dans la balance. Une situation qui pourrait ainsi profiter à la droite et l’extrême droite. Le sénateur sortant Laurent Burgoa (LR) reste très apprécié des élus du territoire et a entamé sa deuxième tournée de tous les maires du Gard. Renforcé par les élections à Vauvert et Bagnols, le RN rêve aussi de décrocher un siège, même si le parti n’a pas encore trouvé de tête de liste. Éviter la désunion fatale est donc devenu la priorité du PS gardois.

  • [Entretien] Julien Rader, CGT : « Il faut aller chercher les gens pour qu’ils se syndiquent »

    [Entretien] Julien Rader, CGT : « Il faut aller chercher les gens pour qu’ils se syndiquent »

    La Marseillaise : Quel bilan faire du précédent mandat ?

    Julien Rader : Le bilan est lourd, en termes d’activité. Au niveau politique, j’ai commencé le mandat avec la mobilisation contre la réforme des retraites, où il y a eu une forte mobilisation sur Béziers : on n’avait jamais vu ça depuis 68. Il y a eu aussi la fameuse manifestation d’avril 2024 contre l’extrême droite, avec Sophie Binet [secrétaire générale de la CGT, Ndlr.]. Nous avons essayé de pousser la gauche à se rassembler. Puis il y a eu les élections, la dissolution, le refus de Macron de nommer un gouvernement de gauche et depuis, l’instabilité gouvernementale. Cette instabilité totale a tendance à épuiser nos militants : autant d’activités politiques fait que l’activité syndicale s’en trouve forcément touchée.

    Sur le Biterrois, on continue la lutte syndicale pure dans les entreprises, par exemple en 2023 avec la RATP Dev [ex-Vectalia, Ndlr.] où on gagne les élections, après 25 ans de règne de l’Unsa. Ils décident ensuite de se mettre en grève pour obtenir une augmentation de salaire, ils prennent 4%. Plus récemment, les salariés de Nephrocare se sont mobilisés et oont obtenu 11 revendications sur 12, après quelques jours de grève.

    Comment s’est déroulé
    le congrès
     ?

    J.R. : Il y a eu des candidatures supplémentaires pour la commission exécutive, notamment des copains d’EDF. La commission exécutive est maintenant composée de 41 membres. J’ai été réélu secrétaire général à 100% par la commission. Notre bureau, élu lui aussi par la commission, s’étoffe un petit peu plus. On s’élargit pour être plus efficace, notamment en termes d’organisation, c’est ce qui nous a un peu manqué durant ces trois ans. Il y avait beaucoup d’élections, pour ça il faut qu’on soit organisé dans toutes les boîtes et pour répondre aux demandes des salariés. Et surtout pour qu’ils sachent qu’ils ont le droit à des élections. Dans beaucoup d’entreprises du Biterrois, aucune élection n’est organisée, il n’y a pas de délégués du personnel, du CSE. On l’observe dans les TPE/PME mais aussi dans d’autres boites où le patronat dit aux salariés : « Si vous nous mettez les organisations syndicales et notamment la CGT dans les pattes, je vous vire. » Ils font peur aux salariés qui du coup ne se présentent pas pour ne pas perdre leur boulot.

    Néanmoins la CGT gagne des adhérents, est-ce le signe d’un regain syndical ?

    J.R. : Sur le département, on est plus de 10 000 syndiqués. On ne fait que progresser. C’est forcément en lien avec les positions qu’on a prises quand beaucoup disaient que les syndicats ne doivent pas faire de politique, etc. On a perdu des cartes, mais on en a plus gagné qu’on en a perdu par rapport à nos positions politiques, notamment contre l’extrême droite. De toute façon, en termes de syndicalisation, on est encore bas et qu’il faut aller chercher des gens pour qu’ils se syndiquent.

    C’est un axe à développer sur ce nouveau mandat ?

    J.R. : Énormément. D’une part, il faut qu’on progresse aux élections de la fonction publique, les trois versants de la fonction publique, la Région, le Département et les mairies, notamment celles d’extrême droite. Par exemple à Béziers, il faut vraiment qu’on arrive à progresser. À Agde, il y a zéro syndiqué CGT et je n’ai pas vu les autres syndicats lever le petit doigt, faire des vagues alors que le RN vient de prendre la mairie. Parce que le premier rempart à l’extrême droite, c’est la CGT. Quand ils sont au pouvoir, on sait à qui ils essaient de couper la tête.

    Le combat contre l’extrême droite sera toujours au cœur de l’action de la CGT ?

    J.R. : Oui, on va évidemment continuer le travail là-dessus. Parce qu’on doit faire campagne contre elle pour la présidentielle mais aussi pour les élections professionnelles. Et si on veut imposer nos thèmes, notamment le premier thème des Français, à savoir le pouvoir d’achat et les salaires, il faut qu’on porte ces projets-là. Si on leur laisse imposer leurs thèmes sécuritaires et d’immigration, ça ne nous fera pas avoir plus de salaires, etc. Les élections et le nombre de délégués permettent justement d’aboutir à toutes ces revendications. Ces élections professionnelles vont aussi compter dans la campagne électorale présidentielle.

  • Un nouvel espace d’art ouvre ses portes à Sommières

    Un nouvel espace d’art ouvre ses portes à Sommières

    Voilà plus de 40 ans que la maison d’édition Anagraphis, basée dans l’Hérault, près de Montpellier, réalise des sérigraphies d’art originales numérotées et signées par de grands noms de l’art contemporain, du street art et de la BD. Elle accompagne aussi, dans toute la France, des projets culturels.

    Aujourd’hui, elle a décidé, en plus, d’ouvrir un espace dédié à l’art contemporain à Sommières, dans le Gard. « Anagraphis a cette particularité de ne pas seulement valoriser les grandes villes, qui n’en ont pas forcément besoin », souligne Apolline Montfraix, la responsable du lieu. « Il ne s’agit pas d’une galerie d’art classique. On est plutôt en soutien des artistes, pour leur offrir un espace où ils puissent exposer et vendre leurs œuvres, mais ce lieu n’a pas une vocation commerciale », insiste-t-elle.

    Trois expos estivales

    « L’idée est de dynamiser la culture et l’art sur Sommières », en collaboration étroite avec le voisin direct : la galerie Art Fresque Povera, dédiée à l’art contemporain depuis plus de 15 ans. « Ce lieu est le premier, mais l’idée serait d’en ouvrir d’autres un peu partout », confie Apolline Montfraix.

    Tout au long de l’été, trois artistes seront invités à présenter leur travail. La première exposition, dont l’inauguration, le 27 juin de 19h à 21h, coïncidera avec l’ouverture officielle de la galerie Anagraphis, sera consacrée au peintre Jean-Paul Bocaj. Établi à Montpellier depuis 1985, il est devenu une figure incontournable de la scène artistique locale, exposé en France comme à l’international. « Son travail est très reconnaissable, notamment par ses femmes inspirées de la pop culture », commente Apolline Montfraix.

    À partir du 25 juillet, l’artiste plasticienne Claire Dodin prendra le relais. « Son univers est inspiré par la nature, la couleur et la recherche d’harmonie. Son travail comporte beaucoup de feuillages, de fleurs ou de formes organiques. On est dans quelque chose de vivant, poétique, délicat », décrit la responsable de la galerie.

    Enfin le jeune artiste plasticien et sérigraphe franco-guinéen Bella Bah, formé aux arts graphiques et décor au lycée Frédéric-Mistral de Nîmes puis à l’atelier Anagraphis, où il découvre et perfectionne les techniques de l’édition d’art, fermera la marche du 22 août au 20 septembre, de retour de la biennale de Venise où il a été invité pour représenter la Guinée. « Nourri par ses origines guinéennes, son travail se distingue par des portraits vibrants aux couleurs multiples devenues sa signature artistique. En s’affranchissant des représentations conventionnelles de la couleur de peau, il propose une vision universelle de l’humanité dans laquelle chacun peut se reconnaître. »

    Peintures et dessins de chacun des artistes seront proposés à la découverte et à la vente. « L’idée est qu’il y en ait pour tous les budgets. Pour Bocaj, par exemple, j’ai fait une sélection qui va de 100 à 6 000 euros », indique Apolline Montfraix. « Il y aura également, sur place, une partie boutique Anagraphis dans laquelle les visiteurs pourront acheter des sérigraphies originales ». Pour débuter, le lieu accueillera le public trois jours par semaine, les jeudis (15h-19h), vendredis (10h-13h ; 15h-19h) et samedis (10h-13h ; 15h-19h).

    *Espace Daniel Heitz, 244 boulevard Ernest François,

  • Total s’immisce sur les bancs de l’université

    Total s’immisce sur les bancs de l’université

    Nous avons été surpris et un peu étonnés. » Mathieu Romagny, enseignant-chercheur et élu au conseil de la fac de sciences de l’Université de Montpellier a eu la surprise de découvrir – comme d’autres élus – que l’Université était sur le point de signer une convention avec Total Énergies, à destination des étudiants du master mention énergie de la faculté. « Cette convention de partenariat pédagogique a pour objectif de renforcer l’insertion professionnelle des étudiants avec des interventions de professionnels – pour une soixantaine d’heures de cours – et des visites de sites », soutient Jean-Michel Marin, doyen de la faculté des sciences.

    Mais cette convention en laisse plus d’un sceptique, à l’heure où le géant pétrolier est régulièrement taxé de greenwashing. « Les mots dans cette convention sont trompeurs. Total se présente comme un acteur majeur de la transition énergétique avec une ambition zéro carbone en 2050. Mais Total a été condamné par la justice pour avoir employé ces mots-là en décembre dernier. On ne comprend pas bien », reprend Mathieu Romagny. Des accusations balayées par l’Université. « Total a été condamné dans le cadre d’une relation commerciale, ce qui n’est pas le cas ici. Cette convention est un partenariat pédagogique et en aucun cas un soutien politique », se défend Jean-Michel Marin, mettant en avant le poids que représente l’entreprise dans le secteur. « Total a 490 sites d’énergie renouvelable en France, des champs d’éoliennes offshore. On peut être dogmatique mais quand on regarde de plus près, on se rend compte que c’est rationnel. Tous les efforts pour le renouvelable sont bons à prendre », reprend le doyen. Oubliant néanmoins au passage que le groupe prévoit d’augmenter sa production d’hydrocarbures d’environ 3% par an jusqu’en 2030.

    « Fabrique de l’ignorance »

    « On aurait pu choisir un autre acteur plus petit et plus éthique, engagé dans la transition écologique », soutient l’enseignant-chercheur, regrettant le fait que « les grandes entreprises nouent des accords et ce faisant, pénètrent dans les structures d’enseignement. L’Université de Montpellier sert de caution scientifique. Total est présenté comme un acteur respectable de la transition énergétique. Cela peut s’apparenter à de la fabrication de l’ignorance par les industriels ». À l’instar de celle du tabac qui a semé longtemps le doute sur la nocivité des cigarettes.

    « Je ne suis pas naïf, je ne défends pas Total, ça leur profitera. Mais aussi à mes étudiants », fait valoir Jean-Michel Marin. Des arguments qui n’ont pas convaincu les élus critiques, qui demandent l’annulation de la convention.

  • Fête de la musique en Occitanie : morceaux choisis

    Fête de la musique en Occitanie : morceaux choisis

    MONTPELLIER. Le centre-ville en fête

    Du rock aux sons saturés, des chœurs aux mélodies pop, il y en aura pour tous les goûts à Montpellier. L’esplanade du Peyrou prévoit une expérience variée de 18h30 à 00h30. Ouverture du bal avec le binôme Mauvaise Bouche et Dab Rozer, qui proposera un mélange entre chanson française, rap indie et électro. Ce sera ensuite au tour de BülBül Elektro, un sound system balkanique, de proposer une performance psychédélique et hypnotique. S’ensuivra un concert de rap avec Carbonne, la fanfare balkanique Balkan Paradise Orchestra avant de terminer entre les mains de Ryuden et son show de rock industriel.

    BAGNOLS-SUR-CÈZE. Une programmation éclectique

    Des concerts, mais aussi un spectacle de danse et une soirée bodega… Début de soirée avec une représentation de chorales, puis la soirée continuera Place Auguste-Mallet avec le groupe Akèstéko, mêlant chanson française, électro, swing et rock balkanique qui chauffera le public avant l’arrivée du duo de folk américaine The Scenar.

    LUNEL. Un week-end polyrythmique

    À Lunel, le week-end de la fête de la musique sera varié avec du blues, de la soul, du jazz, de la musique des Balkans, des pays de l’Est, des rythmes africains ou brésiliens, du reggae, du chant choral, et plus encore. Laplace de la République et le cours Gabriel Péri centraliseront les artistes principaux.

    NÎMES. La ville voit les choses en grand

    À Nîmes, sur la place de la Maison Carrée, seront présentés les lauréats de la Bourse des jeunes talents, qui laisseront ensuite place à des concerts pop rock, rock et métal avant de terminer la soirée avec le groupe de musiques afro-latines Onda Ya. Au même moment, une scène de musique actuelle animera la place de la Calade : de l’afrobeat avec Muyiwa Kunnuji, du rap avec Leio, de la techno avec Mellanie… Il y aura de la musique pour tous les goûts dans les rues de Nîmes. Toute la programmation sur le site de la ville.

    SÈTE. Un dimanche en fête

    L’espace public sétois proposera un mélange de musique d’ailleurs et de classiques français. En bord de mer, le Praïa proposera une ambiance brésilienne avec le groupe Roda Do Brasil, guidé par Dan’ilê et Felipe Bastos, des airs de carnaval brésilien pour bien commencer la soirée. Devant l’espace Georges Brassens, autre ambiance, une scène ouverte aux artistes amateurs et professionnels, permettra de revisiter les classiques de Georges Brassens. De nombreux concerts auront lieu toute la soirée.

    ALÈS. Du traditionnel et plus encore

    De la place de la mairie à la place de l’Abbaye en passant par celle des martyrs de la Résistance et au Fort Vauban, Alès se met au diapason et proposera des animations et des concerts toute la soirée du 21 juin. Flamenco, comédie musicale, chorale gospel, soirée swing et spectacle de danse, tout le monde y trouvera son compte.

  • Mobilisés pour défendre les métiers de l’information

    Mobilisés pour défendre les métiers de l’information

    « Marianne, La Montagne, L’Yonne républicaine, Capital, Géo, Je Bouquine, La Croix, Femme actuelleOn assiste, ces derniers mois, à une avalanche de plans sociaux ou de menaces de plans sociaux », déplore Cathy Rocher, journaliste déléguée du SNJ (syndicat national des journalistes) à Midi Libre. Au côté du Club de la presse Occitanie et de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), le SNJ a impulsé un rassemblement place de la Comédie afin de relayer l’appel national des syndicats de journalistes et des métiers de la presse à manifester à Paris ce 18 juin « pour combattre les dangers qui menacent l’information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité ».

    Selon Agnès Briançon-Marjollet, co-secrétaire générale du SNJ, 638 suppressions de postes auraient été annoncées depuis mars. Une véritable hécatombe qui touche l’ensemble des métiers de l’information : journalistes rédacteurs, mais aussi infographistes, documentalistes, correcteurs, monteurs vidéo, caméramans, rotativistes, personnels administratifs…

    L’IA, prétexte à la suppression d’emploi ?

    « Tout ça s’emballe et l’essor de l’intelligence artificielle (IA) nous met en très grande difficulté », assure Cathy Rocher. Début mai, les syndicats du groupe Infopro Digital, qui regroupe 26 titres de presse professionnelle (Le Moniteur, L’Usine nouvelle…) ont protesté contre la volonté de leur direction de supprimer tous les postes (19) des journalistes secrétaires de rédaction – dont le travail est de corriger et d’éditer les articles – pour les remplacer par cinq « chefs d’édition » assistés par l’IA. Un exemple qui illustre bien le risque d’une lame de fond qui décimerait la profession… « Nous refusons que l’intelligence artificielle serve de prétexte à la suppression de métiers et d’emplois. Par ailleurs il faut encadrer l’utilisation de l’IA, qui pose des problèmes déontologiques. L’honnêteté serait de signaler les articles qui ont été faits avec l’IA et que ces articles soient relus par un journaliste avant publication, pour vérifier l’information », insiste la représentante du SNJ-Midi Libre.

    « Ces difficultés doivent inquiéter l’ensemble des citoyens. Car elles mettent gravement en danger l’information de qualité que tout un chacun est en droit d’attendre dans une démocratie », alertent les syndicats mobilisés.

  • Montpellier, l’histoire recommencée

    Montpellier, l’histoire recommencée

    On a eu peur que les joueurs soient éblouis. Ils l’ont été durant les premières minutes », raconte Eric Béchu peu après la demi-finale du Top 14 au stade Vélodrome entre Montpellier et le Racing 92 le 28 mai 2011. Une première demi-finale pour le MHR, une déflagration de sentiments rivée à la mémoire.

    Eric Béchu est alors l’entraîneur adjoint de Fabien Galthié. Le mentor humaniste du futur sélectionneur de l’équipe de France au style plus abrasif. Un homme au crépuscule de sa vie, que l’on voudrait encore entendre à la veille de la demi-finale samedi 20 juin entre Montpellier et le Stade français. Un homme disparu en janvier 2013 d’un cancer fulgurant.

    L’après-midi incandescent du mythique Vélodrome éblouit les joueurs de Montpellier. Le virage Sud, celui des Ultras de l’OM, se drape dans ses couleurs préférées : le bleu et blanc. Au moins 25 000 Montpelliérains ont pris la route vers Marseille dans une procession populaire. Avec une station dans les bistrots qui longent le boulevard Michelet.

    « C’est mon meilleur souvenir sous le maillot de Montpellier. Cette année-là était assez particulière et folle », souffle l’ancien capitaine emblématique Fulgence Ouedraogo. « Je ne me souviens pas forcément du match, mais des à-côtés. Je me souviens de notre arrivée en bus. On avait dormi dans un château à côté de Marseille. On était au vert et au calme. Et puis, il y a ce virage vers le stade. Et là, tous les gens sortent des bars et commencent à taper contre le bus. Cette marée de personnes et leurs drapeaux bleus, l’entrée dans le stade avant l’échauffement, tout ce monde dans les gradins… Je me suis dit, mais on est où ? » raconte-t-il, le souvenir vibrant et vivant.

    Ce jour-là, Montpellier bascule dans un autre monde. En un seul jour, un seul coup. Tout ce que les gamins du Pic Saint-Loup : Ouedraogo, François Trinh-Duc, Kélian Galletier, Geoffrey Doumayrou… ou d’autres comme Julien Tomas voulaient vivre, ils le vivent là. Ils vivent le moment d’une vie avec leur club formateur. Eux, mais aussi le Géorgien Mamuka Gorgodze ou Benoît Paillaugue portent ce club balbutiant en finale du championnat face au Stade toulousain. Au bout d’une demi-finale indécise face au Racing 92 de Chabal, Nallet, Steyn… ou Pierre Berbizier.

    « C’est l’acte de naissance du MHR au plus haut niveau. C’est là où on a vraiment franchi un cap et joué nos premières phases finales », juge Fulgence Ouedraogo.

    À Marseille, Montpellier est au bout de la saison des premières fois. D’une première campagne en phase finale, d’un premier barrage arraché à Castres sur une pénalité ratée par le buteur tarnais Romain Teulet. Un échec qui efface tout, qui ne s’efface pas. Après cette première victoire en phase finale, les joueurs de Montpellier n’écoutent que leur joie. Et s’arrêtent au bar en bord de route à Saint-Pons de Thomières.

    Une semaine plus tôt, au stade Du Manoir, ils avaient arraché leur place en phase finale face à l’équipe de Toulon de Philippe Saint-André, Mourad Boudjellal et Jonny Wilkinson. Au bout d’un match de feu, d’une passe d’armes entre Boudjellal et Galthié, au bout d’une saison débutée par un succès face au Racing 92, où les prémices de sa révélation étaient là. Galthié, l’éternel insatisfait, soufflera : « des matchs comme ça, on n’en fait pas deux ».

    Au cours de l’été 2010, celui de son arrivée, Fabien Galthié avait failli tout plaquer. Eric Béchu, son ancien éducateur à l’école de rugby de Colomiers, l’en avait dissuadé. L’ex-consultant des Pumas (2008-10) et entraîneur du Stade français (2004-08) était au cœur d’un imbroglio politique et d’une bataille souterraine. Entre Georges Frêche, patron de l’Agglo et André Vézinhet, président du Département et beau-père du président du MHR, Thierry Pérez.

    Montpellier brûlait de mille feux. Et de contre-feux. L’histoire du MHR était en marche sur cette poudrière. Avec, comme étincelle ultime, la demi-finale à Marseille, inscrite à jamais dans les souvenirs des uns et des autres. « C’est le plus beau souvenir de ma carrière », avouera aussi Joan Caudullo, remplaçant entré en cours de jeu au Vélodrome. Ouedraogo et Caudullo vivront pourtant la finale au Stade de France face à Toulouse. Une finale qui leur a échappé d’un doigt. Celui de Ouedraogo fracturé au Vélodrome.

  • À Montpellier, une pride « de résistance et de solidarité »

    À Montpellier, une pride « de résistance et de solidarité »

    Une haine de plus en plus banalisée. C’est ce que met en lumière le rapport annuel de SOS homophobie publié en mai. Il recense 1 771 cas de LGBTphobies en 2025, marqués par une forte progression de la haine en ligne, des agressions physiques dans l’espace public – dernière en date : Noahm, 19 ans, est mort sous les coups le 2 juin à Metz, des témoignages mettant en évidence les motivations homophobes – et un harcèlement persistant en milieu scolaire. Une violence nourrie par un climat politique national jugé de plus en plus hostile. À l’international aussi, les droits des personnes LGBTQIA+ connaissent d’importants reculs, « avec les attaques de Trump ou les lois LGBTQIA+phobes en Afrique », souligne Olivier Vaillé, président de l’association Fierté Montpellier Pride, organisatrice de la marche des fiertés dans la capitale héraultaise.

    Aussi, l’affiche, cette année, brandit un slogan de barrage : « Touche pas à ma pride », dans une main aux couleurs arc-en-ciel tendue comme un bouclier, inspirée de celle bien connue de SOS Racisme estampillée « Touche pas à mon pote ». « Une main pour dire attention, pour dire stop. Pour prévenir, pour se protéger, pour poser la limite », explique l’association organisatrice. « La Pride est bien plus qu’une fête. C’est une manifestation de visibilité, de résistance et de solidarité. »

    Un message combatif et politique au lendemain d’élections « qui ont vu de nouvelles villes tomber dans l’escarcelle de l’extrême droite », souligne Olivier Vaillé. « Et on voit ce qu’il se passe quand ils sont au pouvoir. » « À Elne par exemple », à peine élu, le nouveau maire RN de cette commune des Pyrénées-Orientales « a fait repeindre en blanc le passage piéton aux couleurs LGBT devant la mairie et a retiré le drapeau arc-en-ciel du fronton de l’hôtel de ville ». Ailleurs, « des associations qui luttent contre les discriminations se voient retirer leurs subventions, comme ce fut le cas pour la LDH à Carcassonne », cite encore Olivier Vaillé.

    Un nouveau local inauguré

    Face à ces attaques et à la menace d’une accession du RN au pouvoir en 2027, « on a besoin d’une solidarité entre les différentes structures et d’une intersectionnalité des luttes pour préparer l’avenir. C’est pour ces raisons que les associations marraines de la Pride cette année sont SOS Racisme et la LDH ». Comme son homologue de SOS Racisme Dominique Soto, la présidente nationale de la LDH, Nathalie Tehio, marchera en tête de cortège à Montpellier le 20 juin. « On observe une recrudescence d’actes LGBTQIphobes graves, mais aussi d’actes rcistes et antisémites, en lien avec la montée de l’extrême droite qui est contre l’égalité de toutes et tous devant la loi. Et même si Montpellier résiste, il y a une forte poussée de l’extrême droite alentour », relève la présidente de la LDH. « Nous sommes certes en résistance, mais aussi en affirmation de la société que nous voulons, qui est une société inclusive », insiste-t-elle.

    À la veille de la marche des fiertés, le 17 juin, l’association Fierté Montpellier Pride, jusque-là située boulevard Pasteur, a inauguré son nouveau local, trois fois plus grand (d’environ 60 à 180 m2) au 3 avenue Clemenceau. « Ce gain de surface permettra notamment d’accueillir des associations qui n’ont pas de local et qui pourraient en avoir besoin », souligne Olivier Vaillé. Vendredi 19 juin à 16h, Jean-Marc Berthon, ambassadeur pour les droits des personnes LGBT+, Dominique Soto, président de SOS Racisme, Nathalie Tehio, présidente de la LDH et Alice Nkom, avocate spécialisée dans la défense des droits des LGBTQIA+ au Cameroun animeront une conférence à la fac de droit. Puis de 19h à minuit, la Queer night battra son plein aux jardins du Peyrou. Enfin le samedi 20 à 16h, la marche des fiertés partira des jardins du Peyrou pour une grande boucle arc-en-ciel, festive et militante dans le cœur de ville.

  • L’espoir renaît

    L’espoir renaît

    L’ambiance a changé sur les sites de Fibre Excellence de Tarascon et de Saint-Gaudens, avec l’arrivée de Matthieu Pigasse dans le dossier de reprise qui sera examiné le 6 juillet par le tribunal de commerce de Toulouse.

    Et pour cause : annoncée ce mercredi par La Marseillaise, l’intérêt manifesté par le banquier d’affaires pour l’avenir des deux usines change la donne. Près de 600 emplois sont en jeu, mais c’est aussi de souveraineté industrielle en matière de papier et de cohérence de toute une filière qu’il s’agit.

    Le rôle des Régions Occitanie et Sud, a été déterminant pour éviter la catastrophe en portant le sujet politiquement, mais aussi en annonçant un soutien financier très significatif. Un juste écho à la mobilisation des salariés et à l’enjeu du dossier.

    Rôle de l’État dans l’économie

    Mais l’avenir industriel peut-il reposer sur la seule initiative privée et la bonne volonté des collectivités ?

    Le cas Fibre Excellence révèle un grand absent : l’État. C’est pourtant de lui que dépend le dénouement définitif du dossier.

    En effet, pour assurer la pérennité du projet qui sera présenté dans trois semaines au tribunal de commerce, l’État est attendu sur la revalorisation du prix d’achat de l’électricité produite en marge de l’activité de fabrication de pâte à papier, mais aussi sur la structuration de l’approvisionnement en bois de toute la filière.

    Pour sortir l’avenir industriel du chaos du marché, l’État doit pleinement jouer son rôle.

    À Fibre Excellence, l’espoir renaît. Reste à le rendre concret et contagieux !