Tag: Occitanie

  • [Entretien] Pr Gaëtan Poulen, CHU de Montpellier : « Détruire par la chaleur la zone précise du cerveau responsable de l’épilepsie »

    [Entretien] Pr Gaëtan Poulen, CHU de Montpellier : « Détruire par la chaleur la zone précise du cerveau responsable de l’épilepsie »

    La Marseillaise : À quel type de patients s’adresse cette nouvelle chirurgie ?

    Gaëtan Poulen : L’épilepsie est une maladie assez fréquente. Il existe un grand nombre de crises d’épilepsie différentes, mais on considère qu’environ 30% des patients sont réfractaires aux traitements médicamenteux, qui constituent le traitement de base de l’épilepsie. Certains ont essayé 2, 3, 4 molécules et malgré cela, ils continuent à faire des crises. Cette chirurgie au laser s’adresse à ceux, parmi ces patients résistants, dont on arrive à déterminer avec précision la zone du cerveau responsable de l’épilepsie. Ce qu’on désigne sous le nom d’épilepsie focale.

    En quoi consiste l’intervention ?

    G.P. : C’est une procédure très précise, réalisée sous contrôle stéréotaxique : c’est au demi-millimètre près. Après avoir identifié la zone à traiter, on introduit une fibre laser par un trou de 4 mm dans le crâne. Une fois cette opération accomplie, on quitte le bloc opératoire pour se rendre à l’IRM. C’est là que l’on réalise la lésion, grâce à la fibre laser qu’on a implantée. À l’IRM, des séquences particulières permettent de voir la température de chaque zone du cerveau en temps réel. On va alors faire chauffer la zone que l’on veut détruire en vérifiant que les zones autour ne soient pas lésées. L’idée est de détruire par la chaleur la zone précise du cerveau responsable de l’épilepsie.

    En quoi est-ce novateur par rapport à ce qui se faisait
    jusque-là ?

    G.P. : Soit la zone épileptogène est très difficilement accessible, si bien que ces patients n’auraient pas pu être opérés car trop risqué. Ou bien ce sont des patients qu’on aurait opérés, mais en chirurgie ouverte [incision cutanée et profonde importante permettant d’accéder directement à un organe ou une zone anatomique, Ndlr], avec des suites beaucoup plus lourdes. Là, le patient se lève dès le lendemain et rentre à son domicile deux à trois jours après la chirurgie.

    Cette technique est mise en œuvre pour la première fois au CHU de Montpellier : comment avez-vous préparé cette intervention ?

    G.P. : Ça fait deux ans que je travaille sur le projet. L’équipe pionnière en France et qui a réalisé le plus grand nombre d’interventions de ce type est l’équipe de neurochirurgie d’Amiens. J’en avais discuté avec le neurochirurgien qui la dirige lors d’un congrès. Je me suis dit que ce serait intéressant d’importer cette technique à Montpellier. Toute mon équipe (un neurologue-épileptologue, un radiologue, un anesthésiste…) s’est déplacée à Amiens pour assister à une intervention, afin de voir exactement comment ça se passait. On a ensuite fait des tests à blanc, sans patient. Et une fois qu’on a été prêts, on s’est lancés.

    Cela nécessite-t-il des moyens matériels supplémentaires ?

    G.P. : Oui, la machine qui est branchée à l’IRM et permet de faire la lésion avec le laser est une machine spécifique, que pour l’instant nous louons.

    Cette méthode
    va-t-elle rentrer dans l’offre thérapeutique du CHU ?

    G.P. : Tout à fait. On va prévoir plusieurs autres interventions de ce type d’ici la fin de l’année. Le but est que ça s’installe vraiment comme un outil supplémentaire pour traiter les patients éligibles à ce type d’intervention.

  • Le festival « Extravagances » pousse le mélange des arts

    Le festival « Extravagances » pousse le mélange des arts

    Après une première édition qui avait fait du mélange des arts sa boussole, Extravagances reprend ses quartiers à Saint-Jean-du-Gard du 4 au 6 septembre. Pendant trois jours, le festival entend de nouveau faire du village un terrain de jeu culturel, de la salle Stevenson au marché couvert, en passant par Maison Rouge. Avec une évolution : cette année, l’entrée se fait à prix libre et conscient.

    Le vendredi donnera le ton. Après le vernissage des installations Vénus Tour de Madely Schott et Paysages de Margaux Compte-Mergier, Bakir fera résonner ses rythmiques électroniques nourries du Maghreb et du Moyen-Orient, avant un DJ set de Furioza. Le lendemain, théâtre, théâtre de papier, clowns et films de Charlot se succéderont avant France Empire, la pièce documentaire de Nicolas Lambert consacrée au passé colonial français et à ses héritages.

    Une culture hors des cases

    La programmation assume son goût des chemins de traverse, entre fête et réflexion politique. Dimanche, la performance de butô/noise Izanami #4 Haji investira les jardins de Maison Rouge, avant La Pompe Afrique, film autour de l’affaire Elf et de la Françafrique. La clôture, Pour que le jour se lève, mêlera récit, théâtre, chant lyrique, violon et images autour de la violence et de la force de la beauté.

    Extravagances ne se limite pas aux scènes. Ateliers de sérigraphie, gravure ou moulage, fresque collective et expositions complètent le week-end. Une manière aussi de faire circuler le public d’un lieu à l’autre et d’associer davantage Saint-Jean-du-Gard à la fête, plutôt que d’enfermer le festival derrière les murs d’une seule salle.

    Le festival reconduit aussi son espace consacré aux petites maisons d’édition indépendantes. Affirmant ne recevoir aucune subvention financière et écartant le mécénat d’entreprise, l’équipe revendique une indépendance reposant largement sur les artistes, techniciens, bénévoles et prêts de lieux. Une économie fragile, mais cohérente avec son mot d’ordre : « lâcher tout, aller au-delà, extravaguer ».

  • Retrouvailles avec Colomiers pour Provence Rugby

    Retrouvailles avec Colomiers pour Provence Rugby

    Deux vieux ennemis se retrouvent et l’affiche est immanquable. Provence Rugby se déplace, ce jeudi (21h), sur la nouvelle pelouse synthétique de Colomiers, une terre d’exploit quelques mois en arrière. En effet, les Aixois reviennent au stade Michel-Bendichou un peu plus de trois mois après cette victoire
    (36-28) qui leur a ouvert les portes d’une première finale de Pro D2. Un match référence, avant le crève-cœur d’une montée manquée, la semaine suivante, face à Vannes.

    Un été est passé et les deux formations ont évolué, avec de nombreuses recrues de part et d’autre. Provence Rugby s’est renforcé et a brillé pour son entrée en lice contre Agen (44-10). Les Haut-Garonnais sont eux tombés sur le terrain d’Angoulême, sur le score de 38 à 26. Justement, la prestation face aux Agenais a été satisfaisante pour le staff. Un seul point à corriger : faire en sorte de conserver plus longtemps le ballon. « La seule chose, c’est qu’on a trop laissé la possession à Agen, qui a eu quand même beaucoup la balle. Ils ont mis du rythme. Après, on a été très valeureux puisque trois fois, ils vont dans l’en-but, mais on a très bien défendu. Il va falloir garder cet état d’esprit, mais on est quand même plus à l’aise quand on a le ballon, quand on a la possession », détaillait Philippe Saint-André.

    Déjà mieux que l’an passé

    Deuxième de Pro D2, l’an passé, juste devant les Provençaux, Colomiers a les armes pour répéter pareille performance. Ce jeudi, le club jouera pour la première fois de la saison devant son public, Andres Zafra et ses coéquipiers devront être plus qu’attentifs. « C’est une équipe qui veut mettre beaucoup de vitesse, bien organisée défensivement, qui est redoutable sur les turnovers, sur les ballons de récupération, énumère le manager. À nous d’être sérieux dans notre jeu, d’être solides sur les fondamentaux. La saison dernière, on les avait mis en difficulté en conquête. Je pense que là, il y aura un vrai test. »

    Le début de saison de Provence Rugby est déjà meilleur que le précédent. 5 points en un seul match, c’est déjà trois de plus qu’après deux rencontres, en 2025. Aussi parce que l’équipe a mieux assimilé les consignes et que les recrues sont entrées dans le moule plus vite que prévu. Philippe Saint-André justifie : « Les nouveaux joueurs se sont bien adaptés et les joueurs de la saison dernière connaissent mieux le système. Ils récupèrent mieux, ils encaissent mieux les charges de travail. La saison dernière, on manquait un petit peu de jus, mais parce que les joueurs avaient eu du mal à encaisser la préparation. Là, ils ont de bonnes habitudes, leur corps réagit bien mieux. »

    Meilleur marqueur de l’histoire du club avec ses 51 essais en 98 matches, Adrien Lapègue avait eu un double sentiment lors de la victoire en demi-finale. Un carton rouge en fin de partie l’avait privé de la finale. Aujourd’hui, il évoque « un mauvais souvenir individuel, mais, après, collectivement, on gagne une demie ». « Forcément, ça va être un gros match », poursuit l’ailier.

    2e journée de Pro D2

    Stade Michel-Bendichou (21h)

    Arbitre : Evan Urruzmendi

    COLOMIERS : Bento – Fine, Dulon, Serrano, Molina – Debaes, Danglot – Hardwick, Bazin, Plataret – Lavinini, Cummins – Ulutuipalelei, Lachaud, Mstoian

    PROVENCE : Vareiro – Lapegue, Bituniyata, Finau, Colombet – Muntz, Cazenave – Ardron, Martel, Harrison – Rodda, Zafra – Ndiaye, Latterrade, Nostadt

  • Sortir du fatalisme

    Sortir du fatalisme

    La situation de Fibre excellence est un scandale à plus d’un titre.

    Dernière entreprise productrice de pâte à papier en France avec ses deux sites majeurs, Tarascon et Saint-Gaudens, elle a été abandonnée par le gouvernement qui a refusé d’apporter les garanties nécessaires au plan de reprise présenté, cet été, au tribunal de commerce de Toulouse. Et cela, en dépit des grandes déclarations sur l’importance des relocalisations d’usines et de la souveraineté industrielle après le covid.

    Fibre excellence a ensuite été disloquée : à la différence de l’usine de Saint-Gaudens, celle de Tarascon a été liquidée et ses salariés licenciés.

    Malgré les alertes lancées par les salariés et leur intersyndicale sur la dangerosité de l’arrêt de ce site classé Seveso, plusieurs incidents ont eu lieu, laissant craindre des conséquences environnementales en plus de la casse sociale et industrielle. Des peurs dans la population sur lesquelles la mairie RN de Tarascon, très discrète lorsqu’il s’agissait de défendre l’avenir de l’usine, n’a pas manqué de surfer.

    Nationalisation temporaire

    Dans ce contexte, Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie, et sa majorité de gauche ont raison de se battre pour sortir du scénario de la catastrophe annoncée.

    En demandant au président de la République une nationalisation temporaire, elle ouvre une brèche dans le fatalisme ambiant et montre un autre chemin que celui que les dogmes libéraux infligent au monde du travail.

    Oui, Fibre excellence est une entreprise stratégique. Oui, des milliers d’emplois sont en jeu. Oui, il est temps d’agir. À Saint-Gaudens et à Tarascon !

  • [Occitanie] Carole Delga veut une nationalisation temporaire pour Saint-Gaudens

    [Occitanie] Carole Delga veut une nationalisation temporaire pour Saint-Gaudens

    La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), ne lâche pas le morceau pour sauver l’usine sœur de Fibre Excellence Tarascon, située à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Lors d’une conférence de presse, ce mercredi, l’élue a notamment appelé l’État à procéder à une « nationalisation temporaire » pour l’aider dans sa quête d’un repreneur pour le site occitan. Le tout, alors que le tribunal de commerce de Toulouse doit se prononcer, le 8 septembre prochain, sur son avenir.

    Concrètement, Carole Delga réclame « une prise de participation de l’État pour laisser le temps à un partenariat industriel de se former ». Avant de développer : « Je demande une participation de l’État à hauteur de 15 millions d’euros en capital et en trésorerie, sachant que la Région Occitanie a prévu 13 millions d’euros ». Si elle explique que l’Aris (Agence régionale des investissements stratégiques), a déposé une offre de reprise de 90 millions d’euros, il faut encore la consolider avec l’apport d’un « investisseur étranger » qui reste à trouver.

    Avec la nationalisation temporaire, Carole Delga espère donc gagner du temps. Concernant le site de Tarascon, elle ne baisse pas les bras non plus : « Nous avons demandé à ce qu’il n’y ait pas de démantèlement de l’outil industriel de Tarascon pour qu’il puisse y avoir de nouveau un projet ».

  • Cinq associations réclament un moratoire sur la chasse

    Cinq associations réclament un moratoire sur la chasse

    Depuis plusieurs jours, les pétitions en ligne se multiplient en Gironde, à Fontainebleau ou dans le Var pour réclamer l’arrêt de la chasse après l’été apocalyptique qui a touché l’Hexagone. L’une d’elles, « Pas de fusils sur les cendres »*, portée par un particulier, cumule déjà près de 470 000 signatures. Si elle demande que des mesures soient prises dans les zones concernées par les 116 085 hectares partis en fumée en 2026 (record absolu en France), cinq associations souhaitent aller plus loin et réclament un moratoire sur l’ensemble du territoire.

    « On peut imaginer que les populations d’animaux sauvages ont un petit peu dégringolé, voire beaucoup, puisqu’avec la canicule, les incendies et la sécheresse, elles n’ont pas augmenté pendant l’été », avance Christian Perrenot, délégué régional de l’Aspas, l’Association pour la protection des animaux sauvages. Face à cette inquiétude, l’Aspas s’est associée avec l’Aves (Agir pour le vivant et les espèces sauvages), Focale pour le sauvage, One Voice et le Pôle Grands Prédateurs pour réclamer la suspension de la chasse le temps qu’une étude sur l’état des populations sauvages soit réalisée.

    « Aujourd’hui, nous n’avons aucune information précise sur l’état de la faune, même si nous pensons qu’il y a eu de gros dégâts », prévient Christian Perrenot. « Cette étude pourrait être réalisée par les services de l’État. La DDTM [Direction départementale des territoires et de la mer] et l’OFB [Office français de la biodiversité] ont des experts qui pourraient rapidement réaliser ce travail. Selon les conclusions, il faudrait adapter la chasse. S’il y a eu zéro dégâts, il n’y a pas de raison que la chasse soit modifiée mais nous avons de gros doutes. »

    Dialogue difficile

    L’Apsas a également envoyé un courrier pour renouveler sa demande de moratoire à 45 préfectures dont celles du Gard et de l’Hérault. Pour l’heure, elle n’a reçu aucune réponse. Contactées, la préfecture du Gard indique avoir « sollicité l’Office Français de la Biodiversité pour avis » et « qu’une fois le retour de l’OFB reçu, les services de l’État analyseront les éléments et une décision sera prise ». « Un article du Code de l’environnement précise qu’à l’occasion d’événements exceptionnels, par exemple un tsunami, un tremblement de terre, des gros gels ou des canicules, la chasse peut être suspendue par les préfets pendant des périodes de 10 jours renouvelables. Les préfets pourraient donc y recourir le temps qu’une étude scientifique sérieuse soit réalisée », précise Christian Perrenot.

    Car si la chasse sera ouverte dans le Gard et l’Hérault le 13 septembre, plusieurs espèces peuvent déjà être chassées comme le sanglier, le chevreuil ou encore le renard, considéré comme une Espèce susceptible d’occasionner des dégâts (Esod). Depuis, le 21 août, la chasse est également autorisée pour le gibier d’eau comme les canards. « Avec la sécheresse, les surfaces d’eau se réduisent et les gibiers d’eau ont beaucoup moins d’espace. La chasse va donc être un massacre, car ces espèces n’ont plus que le tiers, la moitié ou le quart des étangs pour se réfugier. C’est pour cela que la LPO [Ligue pour la protection des oiseaux, Ndlr] demande que la chasse soit décalée d’un mois », s’inquiète le délégué de l’Aspas dans l’Hérault.

    Si ces organisations environnementales souhaitent ouvrir le débat au vu de la situation exceptionnelle de l’été, elles regrettent le manque d’écoute de la part de l’État. « On n’a pas eu de réponse de la part des préfectures et on ne sait pas si on en aura une. Chaque fois, on reste scotchés par la mauvaise foi des chasseurs et par une forme de quasi-soumission des pouvoirs publics à ce monde de la chasse », fustige Christian Perrenot qui invite tous les amoureux des animaux « à venir les aider à l’Aspas » et espère surtout que la pétition fasse bouger les lignes.

  • Comment rapprocher les services publics des usagers les plus éloignés ?

    Comment rapprocher les services publics des usagers les plus éloignés ?

    En 2024, la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) lançait un appel à manifestation d’intérêt visant à renforcer la connaissance des usagers éloignés du service public, pour leur en faciliter l’accès. Deux propositions étaient retenues : celle de l’université Rennes II et celle de l’université de Nîmes, intitulée ProCD (Proximité Confiance Distance).

    Cette dernière, restituée lors d’un colloque le 26 juin 2026 à Nîmes, s’est traduite sous la forme d’une enquête qualitative de 18 mois, menée sur deux territoires contrastés du Gard : le quartier Pissevin (QPV), en périphérie de Nîmes et la sous-préfecture rurale du Vigan, dans les Cévennes gardoises. Son originalité résidait notamment dans la mobilisation d’étudiants issus de Pissevin comme parties prenantes, afin d’avoir un accès privilégié au ressenti des habitants.

    « Nous avons réalisé 74 entretiens qualitatifs et 50 heures d’observations ethnographiques afin de mieux comprendre la relation des usagers avec leurs services publics », explique Marc Olivaux, directeur scientifique du projet ProCD. « Cela nous a permis d’analyser de nombreux éléments, dont certains corroborent nos intuitions initiales et d’autres sont assez surprenants. » Les chercheurs ont étudié les guichets France Services, qui regroupent différents services pour aider les usagers dans leurs démarches. Pilotés par l’État, ces guichets ont pour but de rapprocher le service public des citoyens, à moins de 20 ou 30 minutes de n’importe quel usager.

    « Nous avons observé que, pour être cohérent, ce maillage territorial ne peut pas se baser uniquement sur des périmètres géographiques ou administratifs, explique le chercheur. Parfois, une distance symbolique se révèle plus importante qu’une distance géographique. » L’étude démontre ainsi que pour les habitants du quartier de Pissevin, le guichet France Services le plus proche se trouve dans le quartier Valdegour. Or, ces deux quartiers sont en conflit territorial pour de nombreuses raisons, ce qui peut créer un effet repoussoir pour les usagers de Pissevin : « Ce type de distance, on ne peut pas le repérer sur une simple carte. »

    Effets pervers

    Parmi les autres éléments révélés par l’analyse, on trouve également l’impact de la dématérialisation des démarches administratives, qui ne semble pas avoir eu l’effet d’autonomisation des usagers qu’elle visait initialement. « La fracture numérique a pour conséquence de rendre certains usagers encore plus dépendants des services publics », déplore Marc Olivaux. « Pour accompagner la dématérialisation, l’État a mis en place des médiateurs numériques. Seulement, ces derniers sont voués à disparaître. » Une agente d’un guichet France Services a ainsi expliqué aux chercheurs que, comme les usagers ne reçoivent plus de courriers, ils sont parfois obligés de faire appel à ces médiateurs, notamment s’ils n’ont pas d’ordinateur. « La dématérialisation produit beaucoup d’effets pervers, poursuit le chercheur. Notamment la peur de se tromper et de ne pas pouvoir revenir en arrière. En ayant peur de perdre leur accès au droit, certains usagers vont donc préférer ne pas prendre le risque de faire les démarches. Un dispositif qui est censé rendre les gens autonomes crée ainsi du non-recours. Et ça, on peut s’en rendre compte uniquement en allant sur le terrain. »

    De leur analyse, les chercheurs de l’université de Nîmes tirent quatre axes d’amélioration : maintenir des alternatives humaines au tout-numérique ; adapter l’offre de proximité aux réalités territoriales ; améliorer la lisibilité du système d’accompagnement et prévenir les ruptures de parcours ; et enfin, reconnaître le travail relationnel des agents des services publics. Ces pistes de réflexion alimenteront le rapport actuellement en cours de rédaction, qui sera ensuite remis au délégué interministériel.

  • L’Expo de Ouf ! reprend les murs de Nîmes

    L’Expo de Ouf ! reprend les murs de Nîmes

    Depuis ses débuts, plus de 200 fresques ont ainsi composé une galerie à ciel ouvert, gratuite et visible toute l’année.

    Cette fois, le festival porté par le Spot se décline autour du thème « Couleurs et ornements ». Une invitation esthétique, mais pas seulement.

    Face à la grisaille et à l’uniformité, les organisateurs revendiquent la couleur comme un langage et la diversité comme une richesse : « Décorons la résistance et colorons nos différences. » Huit muralistes investiront les quartiers tandis que 29 artistes français et belges réuniront près de 300 œuvres au Spot.

    Avant même l’ouverture officielle, la Chauffe de Ouf ! du 26 août a permis de voir les œuvres naître sous les bombes et les pinceaux. Petits-déjeuners
    et apéritifs au pied des fresques, rencontres avec les artistes, balade guidée ou virée à vélo : ici, le public n’est jamais bien loin de la création.

    Point culminant le 5 septembre, avec une grande inauguration au Spot, rue de l’Enclos-Rey : performances, spectacles de rue, musique et sérigraphie accompagneront l’ouverture de l’exposition collective. Puis le festival continuera de vivre tout l’automne entre ciné-concert, rencontres et rendez-vous autour du street art.
    Une bonne raison de lever les yeux en traversant Nîmes.

  • Sonia Bellina : l’enquête avance, la haine misogyne éclate

    Sonia Bellina : l’enquête avance, la haine misogyne éclate

    Le 21 août, l’enquête sur la mort de Sonia Bellina a franchi une étape décisive. Un homme de 32 ans, domicilié dans le Gard, a été mis en examen pour « assassinat » et placé en détention provisoire. Le suspect, présumé innocent, a reconnu avoir rencontré la jeune femme la veille et la nuit des faits dans le cadre d’une relation tarifée, mais n’a pas reconnu l’avoir tuée et a exercé son droit au silence. Selon le parquet, plusieurs éléments laissent penser qu’il aurait été son dernier contact.

    Déjà condamné pour violences conjugales en 2023, il portait un bracelet anti-rapprochement destiné à protéger son ex-compagne. Un second homme, placé en garde à vue, a été remis en liberté et mis hors de cause à ce stade. Pour rappel, le corps de Sonia Bellina, 29 ans, avait été découvert le 12 août partiellement carbonisé dans des vignes à Saint-Gilles. Son identité a été confirmée une semaine plus tard par ADN. L’information judiciaire doit désormais préciser le déroulement et le mobile du crime.

    La misogynie

    jusque dans la mort

    Si la justice retient à ce stade la qualification d’« assassinat  », plusieurs associations et responsables politiques parlent déjà de féminicide. Le mobile misogyne n’est pas établi par l’enquête. Mais la misogynie s’est manifestée avec violence après sa mort : commentaires sur son corps, sa vie privée ou encore son activité supposée d’escort-girl, jusqu’à des messages affirmant qu’elle aurait « mérité » son sort. Une mécanique bien connue des associations féministes : disséquer une vie et des choix pour chercher à expliquer, relativiser voire excuser la violence subie.

    Sa famille, par la voix de son avocat Me M. Battikha, a dénoncé une « double peine » et annoncé vouloir poursuivre les auteurs de ces publications. Au-delà de l’enquête, l’affaire Sonia Bellina met une nouvelle fois en lumière la persistance d’une culture de culpabilisation des femmes victimes de violences, jusque dans la mort.

    « Un féminicide supplémentaire »

    La section nîmoise du PCF indique dans un communiqué son « horreur » après l’assassinat de Sonia Bellina et adresse ses condoléances à sa famille. Pour son secrétaire Jacques Chabalier, ce crime constitue « un féminicide supplémentaire » et rappelle l’urgence de faire des violences faites aux femmes une priorité nationale. Le parti dénonce aussi les « logiques masculinistes » et les propos misogynes diffusés depuis la mort de la jeune femme sur les réseaux sociaux, appelant à des plaintes et des condamnations. A.J.

  • Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Soixante-douze. C’est le nombre d’étudiants diplômés (Bac ou licence) sans affectation en licence ou master qui s’étaient tournés vers le Scum l’an passé, après avoir épuisé tous les records. Avec le coup de main du Syndicat de combat universitaire de Montpellier, 29 avaient fini par obtenir gain de cause dont 14 dans la filière de leur choix.

    Cette année, Kaïs Ait Addi craint une rentrée encore plus difficile. « Depuis juin, on reçoit des mails toutes les semaines. On a déjà plusieurs dizaines de cas d’étudiants sans affectation », rapporte le porte-parole du Scum.

    Il n’est pas étonné car cette impasse découle d’une politique nationale qui « réduit les places en master et ferme des licences ». Si l’Université de Montpellier (UM) et surtout Paul Valéry sont moins touchés, des étudiants d’autres villes dont les filières n’existent plus se rabattent dans l’Hérault, ce qui crée des tensions.

    Diplôme dévalorisé

    Les cas portés à connaissance du Scum ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Car la plateforme MonMaster incite les étudiants sans affectation à s’inscrire en phase complémentaire. Une sorte de liste d’attente avec faible chance de succès (si désistement) qui les fait poiroter jusqu’en octobre voire novembre. « C’est une manière de couper nos actions de contestation, de nous empêcher de lancer des procédures. Ça pousse aussi les étudiants à rester dans la ville où ils espèrent étudier donc à garder leur logement », précise Kaïs Ait Addi. Ce qui n’est pas sans conséquence, une année perdue pouvant être synonyme de perte de bourses par exemple.

    Le porte-parole du Scum dénonce un système de sélection qui va à l’encontre du « droit d’étudier » et qualifié par ailleurs « d’anti-sociale et raciste ». « Une étude [de l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur, Ndlr] démontre qu’avec un patronyme à consonance maghrébine ou subsaharienne, un étudiant a 8% de chance de moins de se voir proposer un master. Parfois, il n’a même pas de réponse ».

    Kaïs Ait Addi déplore que ce système jugé discriminant, instauré en 2018 avec Parcoursup, soit devenu la norme. « Les étudiants se font de plus en plus à cette sélection illégale qui dévalorise le diplôme. » Pour leur rappeler leurs droits, le Scum organise deux réunions d’information à l’UM (jeudi 10 septembre à 18h salle 2.3.04 bâtiment 2) et à Paul Valéry (vendredi 11).