Tag: Musique

  • Programme en « résistances » à la Citadelle de Marseille

    Programme en « résistances » à la Citadelle de Marseille

    Troisième saison culturelle en vue pour La Citadelle, qui a accueilli 185 000 visiteurs l’an passé, aussi bien venus « pour un coucher de soleil, une programmation culturelle ou un atelier », rappelle Mathilde Rubinstein, directrice déléguée de l’association éponyme qui a la gestion de cet espace implanté sur la partie haute du Fort Saint-Nicolas. Sa mission, depuis la signature avec la Ville en 2021 d’un bail emphytéotique de 40 ans : « Restaurer et ouvrir au public » ce fort classé Monument historique en 1969 qui fut édifié dès 1660 sur ordre de Louis XIV pour « punir les Marseillais de leur trop grande passion pour la liberté ». Rien d’anodin à ce que la saison 2026 de La Citadelle soit placée sous le signe des « Résistances », comme pourra l’illustrer dès le 16 mai l’exposition et résidence croisée entre la France et la Tunisie, « Résistances et désobéissances ». Accueilli dans le cadre de la saison Méditerranée initiée par l’Institut français, un parcours faisant « dialoguer artistes, historiens et société civile » autour de l’incarcération, en ces lieux entre 1940 et 1942 du « futur président Habib Bourguiba et de sa garde rapprochée », résume Mathilde Rubinstein. Démantelé pendant le Révolution, transformé en prison et garnison au XIXe siècle, lieu de détention d’opposants au régime de Vichy comme Jean Zay ou Simone Weil, la Citadelle est un endroit « commun à plusieurs figures de la Résistance nationale et internationale, mais aussi un lieu de convivialité qui aide à la résistance à l’isolement et au repli sur soi », place-t-elle tandis que des ouvriers de chantiers d’insertion (« 42 nationalités représentées ») s’affairent à la restauration d’un patrimoine exceptionnel. « L’aménagement du bastion Vendôme et sa transformation en salle polyvalente » ou celle du « bastion Saint-Victor pour y installer un amphithéâtre extérieur de 250 places » sont attendus à l’horizon 2030.

    Musiques et patrimoine

    La saison culturelle de la Citadelle sera lancée le 18 avril avec « Faire fort !, journée populaire et festive » où « les artistes vont faire vibrer les remparts ». Parmi les propositions, des acrobaties aériennes du Centre international des arts en mouvement, un « dancefoor spécial minots » animé par le festival Basses fréquences, ou encore un « solo de guitare augmentée » de Benjamin Dupé, « en résidence avec sa compagnie pour au moins deux ans », précise Mathilde Rubinstein. La musique occupera une place centrale dans la saison avec « une date off de Marsatac » le 2 mai, une fête de la musique à l’esprit choral, local et mondial le 21 juin, ainsi que trois soirées assurées par la salle de concert du Makeda en juillet. Le week-end d’ouverture de la saison Méditerranée, les 16 et 17 mai, sera aussi l’occasion de voir le projet porté par la fondation Camargo, « Mondes marins », pour comprendre « comment l’art peut approfondir notre compréhension des mutations qui transforment la Méditerranée et les sociétés qui en dépendent ».

  • [Festival de Pâques] Le feu au bout des doigts

    [Festival de Pâques] Le feu au bout des doigts

    Bertrand Chamayou semble habitué aux exploits pianistiques. Le public du Festival de Pâques se souvient avec émotion de son intégrale de la musique pour piano de Ravel, la saison dernière. Il a renouvelé l’exploit dimanche au Grand Théâtre de Provence en alignant dans une seule soirée les deux monstres de difficultés pianistiques que sont les deux concertos de Franz Liszt.

    Cela revient un peu, pour un alpiniste, à enchaîner deux sommets himalayens. Gageure qui exige un monstrueux travail en amont, une discipline de fer et, sur le moment, une forme physique hors du commun. Cela ne serait rien sans un pouvoir de concentration qui dépasse l’entendement ordinaire. Sans, bien entendu, perdre cette part de sensibilité nécessaire à l’artiste pour dépasser le simple exploit digital, la simple esbroufe de concert. Non, il y a, certes, chez Bertrand Chamayou ce goût du dépassement, mais il est nourri d’une profonde intelligence sensible de la lecture des œuvres. Reste une fascinante aisance, une virtuosité à la fois tellurique et céleste, qui submerge l’auditeur, l’emporte dans un courant océanique de musique. L’Orchestre Les Siècles, que dirige Jakob Lehmann, joue le romantisme échevelé à fond. Le programme mettait Liszt entre les parenthèses de la musique de Wagner, Tristan et Parsifal. Les deux hommes sont liés d’une profonde amitié. Wagner a épousé Cosima, la fille de Liszt, et ce dernier s’est fait le pèlerin infatigable du génie de Bayreuth. Le concert se clôt sur L’Enchantement du Vendredi Saint, extrait de Parsifal. Enchantement, c’est bien le mot juste pour qualifier cette soirée exceptionnelle ; à n’en pas douter, l’acmé de ce 13e festival.

    Le public qui a salué debout et longuement mardi soir au GTP la soprano américaine Nadine Sierra. Soufflait, ce soir-là, sur le Festival de Pâques une vraie chaleur musicale. Il faut avouer que la diva possède un sacré sens de cet « entertainment » cher aux Américains ; contact direct avec le public, confidences, plaisanteries. Une soirée bon enfant. Il fallait compter sur le pianiste canadien Bryan Wagorn, complice efficace et malicieux. En première partie, des standards ; Summertime de Gershwin, Bernstein ou My Fair Lady. Les Américains adorent revendiquer leurs racines.

    La Diva est bonne enfant

    Nadine Sierra se souvient de ces grands-mères en évoquant le Mexique de Manuel Ponce ou l’Espagne de Turina. Et pour la « nona » napolitaine, O sole mio, bien entendu. Sans oublier le Brésil de Villa-Lobos et la belle Melodia Sentimental. Nadine Sierra c’est avant tout une colorature impeccable, agile, sans vibrato, ample, des graves parfaits aux aigus cristallins. C’est aussi une immense générosité d’artiste. Elle s’essaie au Vissi d’arte de Tosca, pas son répertoire, avoue-t-elle. Et puis c’est une Violetta fulgurante. Une Sonnambula de Bellini pleine de délicatesse. La pyrotechnie vocale, pour spectaculaire qu’elle soit, n’en reste pas moins au service du chant. Quand elle s’attaque à la Juliette de Gounod on est saisi par la qualité de son articulation du français. Le public réclame ; elle offre. Mimi et Musetta, Rodolphe, même ! Deux heures de chant et elle prend encore le temps de dédicacer ses disques dans le hall du Grand Théâtre de Provence. Une star !

  • Festival de Pâques : la « Passion » selon Bach

    Festival de Pâques : la « Passion » selon Bach

    Renaud Capuçon et Dominique Bluzet ont tenu, dès la création du Festival de Pâques, à ce que son épicentre soit marqué par l’exécution, en alternance, des deux seules Passions de Bach qui nous sont parvenues. Le Vendredi saint de cette 13e édition était donc consacré, au GTP, à la Passion selon saint Jean.

    Pour restituer cet immense monument de la musique sacrée, deux ensembles et cinq solistes étaient invités pour une exécution que l’on n’hésitera pas à qualifier de parfaite. L’ensemble Il Caravaggio, sa cheffe Camille Delaforge et le chœur accentus en dressent une architecture pleine d’élan dramatique et de lumière. La lecture en est toujours passionnante. Tout y est d’une grandeur et d’une sensibilité remarquables.

    La Saint Jean exécutée en 1723 à l’église Saint-Thomas de Leipzig est plus dramatique que la Saint Mathieu, composée en 1727. Bach s’y montre plus sensible aux péripéties et aux bouillonnements des sentiments. En témoignent les poignants arias et les chœurs où s’anime la fureur de la foule. Cette Passion s’inscrit dans la parenthèse géniale que constitue le chœur d’ouverture, une des plus belles pages jamais écrites, et le chœur « Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine » (Reposez en paix, saintes dépouilles) qui exprime un moment de paix et de recueillement après la mise au tombeau du Christ. Deux moments de grand recueillement, où le chœur accentus prouve qu’il est une des meilleures phalanges du moment. Camille Delaforge reste attentive à la clarté du discours, à la limpidité du message.

    Le ténor Cyrille Dubois ne se contente pas de la neutralité d’un narrateur extérieur au drame. Son évangéliste vit la Passion qu’il commente. Il en est le témoin douloureux et compatissant. Le chant est beau et les accents sont touchants. Le Christ du baryton-basse Guilhem Worms est fait de chair et d’âme. La soprano Marie Lys, le contralto Marie-Nicole Lemieux (quel luxe !) et le baryton Mathieu Gourlet (Pilate) finissent d’habiter cet immense édifice luthérien. Comme le disait Aragon, « celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas » y trouvent matière à méditation.

    Brahms en double

    Le week-end pascal se poursuivait samedi soir. Renaud Capuçon endossait la double casquette de chef et de soliste. À la tête de l’Orchestre de chambre de Lausanne, il accompagnait son frère Gautier Capuçon au violoncelle pour le Double concerto de Johannes Brahms. Un mot manque dans notre langue pour décrire pleinement cette complicité fraternelle, éclatante ce soir-là. Gautier reste toujours attentif aux gestes de son frère, à ceux des autres pupitres. Le Double concerto met en miroir une double sensibilité, une double lecture qui est « une » dans l’intention, la sensibilité, le toucher de l’instrument. La direction de Renaud Capuçon laisse l’orchestre, dont il est le directeur artistique, déployer son talent, comme un accord parfait.

    En deuxième partie, la première Sérénade de Brahms, composée près de trente ans avant le Double concerto, laisse deviner le plaisir que le violoniste prend à la direction d’orchestre. Le geste est ample, affirmé dans son romantisme assumé.

  • [Vidéo] Les yeux pleins d’étoiles pour les petits bouts à l’Opéra

    [Vidéo] Les yeux pleins d’étoiles pour les petits bouts à l’Opéra

    Devant des tout-petits, c’est une première. Ça m’a beaucoup touchée, car j’ai majoritairement bien senti les enfants dans l’histoire et les parents aussi », relate tout sourire Muriel Tschaen, récitante du spectacle. Elle poursuit : « Au vu des retours faits à la sortie, on sent que tout le monde a passé un excellent moment. Je trouve ça génial ! »

    Les enfants, leurs parents ainsi que les professionnels des crèches accompagnants, soit environ 400 personnes, ont profité de cette matinée artistique. Une deuxième édition pour ce dispositif remarquable, axé sur le développement de l’éveil des enfants, le renforcement des liens familiaux et les échanges avec les crèches.

    « On a pu voir la joie et les sourires des bébés et des parents devant ce spectacle vivant, mais aussi la découverte d’un lieu de culture, d’un orchestre, et peut-être des vocations », note Guillaume Schmitt, responsable des relations extérieures et de l’action culturelle de l’Opéra municipal.

    À la sortie, la famille de Coralie, Julien et Li-Anna s’enthousiasme. « Ça lui a plu ! Très enrichissant, merci », dit le papa. « C’est super pour l’éveil musical des enfants », dit la maman. Et « le chaaat » remporte le cœur de la petite fille.

  • Vitesse de croisière pour le festival de l’excellence

    Vitesse de croisière pour le festival de l’excellence

    Un Grand théâtre de Provence sous le charme a suivi mardi soir le récital du jeune pianiste japonais Mao Fujita. Aix le connaît bien ; il est invité au Festival de Pâques pour la troisième année consécutive. La dernière édition le retrouvait auprès de Renaud Capuçon et le violoncelliste Kian Soltani, autre révélation du Festival. Le programme balayait le répertoire pianistique de Beethoven à Brahms et quelques chemins de traverses. Rien de démonstratif chez ce jeune artiste. En témoigne une première sonate de Beethoven tout en retenue, en légèreté. Une lecture à la fois tendre et subtile et un toucher du clavier jamais agressif.

    Une poésie de chaque mesure renouvelée dans la Sonate pour piano n° 1 de Johannes Brahms livrée avec une profondeur d’intentions bouleversante. Autour de ces deux piliers, des pièces pour piano de Wagner dont la transcription de La mort d’Isolde par Liszt, les Variations sérieuses de Mendelssohn très « Bach » et du Berg avant Berg encore teinté de wagnérisme. Du talent pur au service de la musique.

    Jordi Savall fait parler

    la Passion

    Atmosphère pascale mercredi soir avec Jordi Savall, le Concert des Nations et la Capella Nacional de Catalunya. On y mettait la mise en dialogue deux œuvres, deux visions de la Passion ; Le Christ au mont des Oliviers de Beethoven et Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix de Joseph Haydn. Un programme fort, intense servi de mains de maître par le gambiste Jordi Savall qui n’a eu de cesse d’explorer les répertoires renaissants et baroques.

    C’est donc armé du Concert des Nations, crée en 1989 et de la Capella Nacional de Catalunya qu’il offre au public aixois une soirée qui peut déjà marquer cette édition du Festival de Pâques d’une fort belle pierre blanche. Les doutes et l’angoisse du Christ à Gethsémani, sont exprimés par la belle voix du ténor Emanuel Tomljenovic. Les dix adagios des Sept Dernières Paroles du Christ sont chargés d’un profond recueillement. Le chœur catalan y excelle, le concert de Nations est la formation idoine. Elionor Martínez (soprano), Lara Morger (mezzo-soprano), Manuel Ferrand Mitjans (ténor) et Walser (baryton) servent un discours d’une rare intelligence musicale.

  • « J’ai les boules » : parties de slam dans les Bouches-du-Rhône

    « J’ai les boules » : parties de slam dans les Bouches-du-Rhône

    Sitôt passée sa « surprise » lorsque Les Théâtres – groupement des scènes marseillaises du Gymnase et des Bernardines et des Aixoises du Grand théâtre de Provence et du Jeu de Paume – lui ont passé commande pour J’ai les boules, Iraka a tout de suite « abordé l’angle de son écriture avec le rapport intime » que ce slameur entretient avec la pétanque. « J’ai creusé dans mon histoire familiale où la pétanque était un endroit de convivialité, de jeu pendant les vacances », se remémore l’auteur et interprète de cette création qui tournera sur certains terrains de pétanque de Marseille et des alentours, à commencer par le Cercle de Saint-Barnabé, ce vendredi, à 19h. Un format musico-théâtral qui s’inscrit dans le cadre d’« Aller vers », projet initié par Les Théâtres en 2021 et destiné à emmener gratuitement le spectacle vivant à la rencontre du public.

    J’ai les boules arbore une forme « hybride » de 30 minutes au cours duquel la compositrice et DJ électro Mila Necchella assure aux platines, aux côtés d’Iraka, dont le flow se répand sur la terre battue chère aux boulistes. « Avec des ambiances sonores qui évoquent la Méditerranée », campe ce dernier, avant d’énumérer les multiples dimensions de la création : « Musicale, théâtrale et aussi stand-up. »

    D’Arles à Rognes

    En effet, l’humour et parfois le folklore alimentent les discussions et autres conciliabules qui enveloppent toute partie de pétanque digne de ce nom. « Nous nous sommes entre autres inspirés de scènes de Pagnol, d’un certain franc-parler. On a voulu créer du mouvement et de la drôlerie », rappelle Iraka à propos de cette création, qui passera ensuite, samedi 4 avril, par La boule des vents (12h), au Panier, et le Boulodrome Targuist, qui surplombe le Théâtre Silvain (18h30). Autant de scènes à l’ambiance « rap et électro » auxquelles les deux artistes intègrent les voix de joueurs de pétanque chevronnés, comme la championne Charlotte Darodes, dont « nous nous sommes inspirés pour la démarche sportive de haut niveau », souligne Iraka, citant également d’autres pétanqueurs emblématiques comme Marco Foyot, ou encore « le bombardier tunisien » Mohamed Ferjani.

    « Abreuvé par les articles de “La Marseillaise” » lors de la création de J’ai les boules, le slameur a aussi poussé sa démarche jusqu’à « palper » les ambiances des parties de pétanque du quotidien, notamment au Boulodrome Daillan, dans le quartier arlésien de Trinquetaille où il réside, et qui accueillera d’ailleurs deux représentations le 12 avril. Le spectacle poursuivra sa route du 14 au 24 avril en écumant tour à tour les terrains de pétanque marseillais de Carli, du Talus, celui de l’esplanade du Séquier à Barbentane, le boulodrome municipal du Rove, le boulodrome Méano de Miramas, celui du Grand Pavois à Septèmes ou encore celui du Parc Versaille à Rognes.

  • « La nuit des griots » éclaire Marseille en musique

    « La nuit des griots » éclaire Marseille en musique

    Poètes et musiciens transmettant la tradition orale en Afrique de l’Ouest depuis la nuit des temps, les griots irriguent pour la 11e fois l’esprit d’un festival créé en 2016 par Issiaka Kouyaté. Un activiste culturel burkinabé vivant à Marseille où il imagine l’édition 2026 de La nuit des griots, qui diffuse sa verve musicale dans la ville jusqu’au 10 avril et lors de laquelle « les sons » de cette partie du globe « se revisitent entre afro pop et électro folk ». Des musiques actuelles ouvertes aux quatre vents du monde symbolisées dès l’ouverture du 3 avril, à La Paillotte, rue Crudère (6e), rhumerie où la guitariste franco-nigérienne Ellé enivrera de sa folk en langue anglaise comme peule. Du « blues touareg » à « l’intimité de la folk américaine », il n’y a parfois qu’un pas, qu’elle franchit avec jubilation.

    Gambie, Mali, Cameroun…

    « Première femme virtuose de la kora », cette harpe-luth mandingue, Sona Jobarteh se produira quant à elle le lendemain, à l’Espace Julien. Cette multi-instrumentiste et chanteuse bouscule depuis une quinzaine d’années cet univers très masculin, cultivant sans discontinuer « l’identité culturelle, l’amour et le respect, tout en restant fidèle à son héritage gambien ».

    « Les artistes de La nuit des griots dessinent ainsi une nouvelle Afrique, plus audacieuse et à la joie de vivre toujours aussi contagieuse », livrent les organisateurs d’un festival lors duquel se produira également, le 9 avril au Makeda, Yeko, projet réunissant six artistes maliens et ouest-africains « pour dresser un portrait musical de chacun ». La Cité de la Musique abritera pour sa part, le 10 avril, des concerts de la chanteuse et guitariste camerounaise Joys Sa’a, puis du groupe Sahel roots.

  • Un Festival de Pâques pour tous, entre musique et devoir citoyen

    Un Festival de Pâques pour tous, entre musique et devoir citoyen

    Un festival ou se mêlent excellence musicale, réflexion et devoir de mémoire. Créé en 2013 par le violoniste Renaud Capuçon et le directeur général du Grand Théâtre de Provence, Dominique Bluzet, la 13e édition du Festival de Pâques, après un concert d’ouverture samedi soir, a été officiellement lancé dimanche au Camp des Milles.

    Dans le cadre de Musique en Partage, une partie de la programmation vise aussi à amener la musique classique aux publics éloignés. Ce dimanche, le coup d’envoi du Festival de Pâques s’est voulu aussi réflexif avec des discussions sur musique et démocratie. Des personnalités issues de la culture, comme du monde politique, se sont retrouvées autour d’une série des tables rondes pour interroger « le rôle de l’art dans la démocratie, le lien entre mémoire, engagement spirituel responsabilité sociale et devoir de mémoire ».

    Musique, société, débats

    Salle comble, pour écouter des intervenants tels que Jacques Attali, économiste, écrivain, et conseiller politique sous François Mitterand, Bernard Foccroulle, directeur du Festival d’arts lyriques de 2007 à 2018, Delphine Horvilleur, rabbin et écrivaine, mais aussi Laurent Berger, directeur de l’Institut mutualiste pour l’environnement et la solidarité au sein du Crédit Mutuel alliance fédérale. Lorsqu’il retrace la naissance du Festival de Pâques, Dominique Bluzet rappelle qu’« on a voulu réfléchir à cette idée de comment, pendant la Renaissance italienne, puis ensuite un certain nombre de compositeurs, se sont adressés à Dieu et ont permis aux citoyens, à travers un artiste de pouvoir dialoguer avec le divin. Ce rapport entre le sacré, l’artiste et l’individu est essentiel surtout dans un lieu où les gens sont arrivés ici, vivants, en se disant qu’ils allaient mourir et se demandant ce qui allait se passer après la mort. » Sous le toit de cette ancienne tuilerie, nombreux sont les opposants politiques, intellectuels et artistes à avoir résisté par la culture, puis les citoyens Juifs, avant d’être déportés vers les camps d’extermination. « Ici, nous sommes dans un lieu qui nous rappelle notre devoir de vigilance. On sait aussi qu’ici, dans l’adversité, l’art a su incarner la résistance et l’espoir », ajoute Daniel Baal, président du CIC, partenaire fondateur. « Cette éducation de prise de conscience à la responsabilité citoyenne (…) ne serait pas complète sans ce supplément d’âme qu’apporte la culture », ajoute Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles. « Nous touchons à l’intemporel, et c’est quelque chose qui doit, quoi qu’il arrive, nous inciter à la vigilance, à l’action, mais aussi à la confiance. » Suit un long moment de discussion entre Bernard Foccroulle et Jacques Attali. « La fonction de la musique est de donner du sens au bruit, le bruit étant une réalité ou une métaphore de la violence, et la musique en donnant du sens au bruit transforme le bruit de violence en ordre, dans le sens de pacification. C’est en cela, que la musique rend beau et sacré », décrit Jacques Attali.

    « Regarder derrière

    mais aussi le présent »

    Le sacré dans la musique, la relation à la musique et sa signification… autant d’axes pour comprendre le rôle de la musique dans nos sociétés. « À une époque ou il semblerait qu’on soit en voie d’abandonner les droits humains, y compris au sein des démocraties, que peut la musique ? », pose Alain Cabras, modérateur des débats. « Il me semble que ce lieu, aux résonances très fortes, nous oblige à regarder derrière, nous mais aussi à regarder aussi le présent et à dire avec la plus grande force, notre effroi quand à ce qu’il se passe aujourd’hui dans un très grand nombre de lieux à travers le monde, et en particulier à Gaza (…) il est important que la question des droits humains, nous la traitions de partout », prévient Bernard Foccroulle.

    « J’aurais aimé que vous dénonciez de la même façon les crimes commis par le Hamas, cela aurait été plus équilibré, on aurait pu dénoncer ce qu’il se passe au Soudan, au Myanmar… et de ne pas pointer toujours une responsabilité qui est beaucoup plus complexe que la caricature que nous lui donnons », réplique Jacques Attali.

    Pour en revenir à la musique : « Les humains, quand ils sont confrontés à la musique, ont une consommation des valeurs mais en même temps une espérance, parce que oui, l’humain est capable de faire ça », poursuit l’intellectuel.

  • [Grand entretien] Yael Naim : « Mon album est une libération »

    [Grand entretien] Yael Naim : « Mon album est une libération »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui vous a motivé à retourner en studio pour créer « Solaire », cinq ans après votre album précédent ?

    Yael Naim : En réalité, je suis retournée au studio tout de suite après Nightsongs [son précédent album sorti en 2020, Ndlr]. J’ai tout le temps envie de faire de la musique, c’est ma manière de m’exprimer. Mais ça a pris cinq ans pour achever cet album car il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie privée comme professionnelle. Et aussi sur le marché de la musique, ce qui m’a conduit à devenir artiste indépendante. J’ai mis beaucoup de temps à chercher un nouveau son pour ce projet.

    Votre album « Solaire » sonne comme un autoportrait qui, même s’il est surtout marqué par la musique pop, est aussi coloré par de l’électro, de la soul et même du trip-hop. C’est une manière de s’affranchir des étiquettes ?

    Y.N. : En tant qu’artiste, j’ai fait cela naturellement. Mais mettre des étiquettes, ça, ce n’est pas naturel. C’est ce qui nous fait le plus de mal. L’être humain est complexe, tout comme la musique qui digère plein de choses. Tous les genres musicaux naissent car ils se mélangent. L’idée, c’est d’exprimer toute sa complexité.

    Sur votre titre « La fille pas cool », vous parlez de « toujours chercher [votre] place »…

    Y.N. : Je me suis rendu compte qu’à une époque, j’ai essayé de correspondre à l’image des réseaux sociaux et de bien d’autres choses. Cela m’a épuisée. J’ai donc décidé d’arrêter de courir après cela. Dans La fille pas cool, je fais toute la liste de ce que j’ai toujours senti que je ne suis pas mais que j’aurais aimé être. Et à la fin de la chanson, j’explique que j’aime en fait la force tranquille et m’envoler sans partir. J’ai besoin d’un grand espace de liberté. J’aime prendre les petites routes car les autoroutes me font peur. Il faut cultiver le doute, c’est encore plus important de nos jours. On est tous issus d’une histoire et d’un point de vue. Mais il faut toujours prendre du recul et être curieux pour communiquer avec le monde.

    « J’avais honte de cette lumière en moi. Aujourd’hui, je l’assume »,
    avez-vous notamment déclaré…

    Y.N. : Avant, j’avais honte de montrer mes désaccords, ma colère, d’être comme je suis. On est dans un monde où il faut présenter les choses d’une manière particulière. Mais il y a une certaine typologie de gens qui ne rentrent pas dans ces cases et qui sont un peu moqués. Avant, dès que j’exprimais des désaccords, on me répondait : « Toi, tu es solaire, reste dans cette case. » Cet album est du coup une libération.

    L’idée de lumière est aussi accolée à celle de paix. Qu’est-ce qui vous a convaincu, ces dernières années, d’accompagner les Guerrières de la paix, ce « mouvement de femmes pour la paix et la justice et contre les formes de haine, dont le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie et la haine anti LGBT » ?

    Y.N. : J’ai toujours été pour l’ouverture entre les cultures, l’égalité et la paix. Mais j’ai aussi eu des moments de fuite. Avant j’étais très loin de la guerre [Elle est née en France, puis a grandi en Israël]. Mais le 7 octobre 2023 est arrivé et je me suis retrouvée au cœur de ce conflit avec tous les traumatismes que cela implique. Les journaux ont commencé à m’appeler pour que je me positionne. J’ai même subi des pressions de gens que je connaissais pour que je me prononce publiquement alors que je n’étais pas concernée par ce conflit. Je me suis retrouvée paralysée. Des gens très proches me disaient : « Tu n’as pas le droit de penser ceci ou cela. » J’ai retrouvé cela d’un côté comme de l’autre. Je suis allée voir une psychologue qui m’a aidée à comprendre ce qu’il se passait. J’ai ensuite commencé à beaucoup m’informer et lire toutes les opinions. J’ai rencontré de nombreux collectifs, parmi lesquels celui des Guerrières de la paix. À cette époque, venaient à Paris toutes les associations pour la paix israélo-palestinienne. J’ai vu des deux côtés des gens qui avaient perdu beaucoup de famille et de proches. Sauf que contrairement à beaucoup d’autres, ils travaillent ensemble pour que tout cela cesse. Ils ne choisissent aucun camp et condamnent la violence, d’où qu’elle vienne. C’était de la lumière pour moi.

    Vous, la franco-israélienne, devez vous sentir encore plus coincée entre les crimes de guerre du gouvernement d’extrême droite de Netanyahou et l’instrumentalisation du conflit et de l’antisémitisme opérée en France…

    Y.N. : Les cases que les politiciens nous proposent ne me donnent pas envie et ne me convainquent pas. Je n’ai pas envie de me positionner pour le moins pire, mais pour une solution qui reconnaisse les droits humains de tout le monde. Il faut un discours plus responsable et travailler ensemble pour se débarrasser des extrémistes.

    Finalement, votre album est une réponse à tous les intégrismes, non ?

    Y.N. : C’est une réponse mais pas que. Parmi les propositions sur la table aujourd’hui, comme on ne te propose pas quelque chose qui te correspond, tu vas choisir le moins pire. Mais il faut plutôt créer ensemble petit à petit des alternatives qui nous correspondent mieux, qui sont plus dans la nuance.

  • Isam Elias, synthétiseur d’influences à Marseille

    Isam Elias, synthétiseur d’influences à Marseille

    « Je qualifierais ma musique d’électro-afro-orientale. Elle prend en compte tous les éléments de ma vie », résume Isam Elias. Autant d’inspirations et d’influences proclamées par ses synthétiseurs, dopés par une énergie lointaine. Bercé par la musique traditionnelle arabe, puis ayant fait ses gammes avec les compositeurs classiques, il se lance dans l’électro à son arrivée en France en 2022, dans le cadre d’une « résidence à la Cité internationale des arts », rappelle ce natif de Bethléem, qui se produit à Marseille vendredi 20 mars, vers 1h du matin.

    Festif à plein « Tubes »

    Isam Elias est l’auteur d’une musique festive, entraînante. Et aussi engagée ? « Rien que le fait que je sois un artiste palestinien sur scène, et que les gens puissent écouter ma musique, est déjà quelque chose de politique », estime celui qui est à l’origine d’un EP réjouissant intitulé Tubes. L’occasion de le faire découvrir aux Marseillais, auxquels il a déjà pu se frotter par le passé. Selon lui, « le meilleur public. Ici, les gens sont toujours chauds. Ils semblent plus libres et fiers de leurs histoires personnelles qu’ailleurs ».