Tag: Musique

  • [Entretien] Rebecca Roger Cruz : « Mon album est un voyage de métamorphoses »

    [Entretien] Rebecca Roger Cruz : « Mon album est un voyage de métamorphoses »

    La Marseillaise : Quelle est la signification de « Rio Abajo » ?

    Rebecca Roger Cruz : Ça veut dire en aval de la rivière. C’est une phrase qui revient souvent dans la poésie latino-américaine, où il y a toujours ce contact avec la force de la nature. On peut le voir comme une métamorphose. Comme si on entrait par une porte en étant une personne, et comme si on sortait par une autre en étant changé par ce voyage.

    Tout au long de l’album, votre voix se met au diapason de cette image en se métamorphosant elle aussi…

    R.R.C. : J’aime beaucoup m’amuser avec ma voix, l’utiliser avec plusieurs techniques. Moi qui suis née au Venezuela, je suis influencée par la musique de mon pays, et latino-américaine en général, mais aussi par les musiques classique, baroque ou encore la pop expérimentale. Tout ce mélange se traduit dans ma voix.

    Du premier titre « Abreme la puerta Juana », qui convoque les éléments du vivant, au dernier, « Esteros » qui symbolise votre identité aux carrefours de plusieurs cultures, votre album commence en larve pour finir sa course en papillon…

    R.R.C. : Je n’y avais pas pensé en faisant l’album mais c’est une image qui me parle. Le premier morceau, je l’avais pensé comme une cérémonie. Abreme la puerta Juana, c’est le chant traditionnel qui ouvre en juin la fête de Saint-Jean-Baptiste. Il y a quelque chose en rapport avec la transe, les racines. Et à partir de ça, je dévoile ce voyage de métamorphoses petit à petit.

    Votre opus transcende beaucoup de styles et époques, du flamenco au baroque en passant par le rock et le répertoire traditionnel vénézuélien. Est-ce que vous voulez aussi transcender les âmes ?

    R.R.C. : Oui, vraiment. Cet album est un outil de guérison pour moi. Je trouve qu’en ce moment, on a besoin de se reconnecter avec quelque chose de plus profond et spirituel, et pas forcément de religieux. Ce qui me donne cette force, c’est la nature et la musique. J’ai voulu retranscrire cela dans l’album à travers toutes mes influences : pas forcément en passant d’un style à l’autre, mais en brisant des ponts qu’on peut retrouver entre la musique dite classique, le flamenco, la musique traditionnelle et la pop. au contraire. C’est en fait une rencontre, un espace où on se pose moins la question des étiquettes.

    Vous avez quitté le Venezuela pour la France il y a plus de 10 ans. L’album est aussi traversé par la question de l’exil avec le titre « Alcaravan », du nom d’un oiseau migrateur de votre pays natal…

    R.R.C. : On trouve cet oiseau migrateur dans la plaine vénézuélienne mais aussi colombienne. C’est un oiseau très présent dans la poésie et musique du Venezuela, surtout dans la région de la plaine. Tout le monde le connaît, et pourtant, on le voit peu. On entend que son cri, qui annonce le moment où il faut partir. Cette chanson, je l’ai écrite pour mon pays. En tant que membre de la diaspora, cela me tenait à cœur de parler de cet exil, de ce que je ressens ici. La diaspora vénézuélienne est énorme et compte presque 9 millions de personnes. Cela représente un tiers du pays et l’une des diasporas les plus grandes au monde. Plus je chante cette chanson, plus je me rends compte qu’elle est aussi d’actualité pour beaucoup d’autres peuples et pays. C’est aussi un moyen de renvoyer un message de paix.

    Lors de l’enlèvement de Maduro par les États-Unis début 2026, beaucoup de membres de la diaspora ne voulaient pas choisir entre la main de fer du régime actuel et l’impérialisme américain. Qu’avez-vous ressenti à ce moment ?

    R.R.C. : C’était un moment bouleversant. Pour nous qui vivons les choses de loin, c’est très angoissant car nous pensons aux gens sur place. Je ne vais pas vous mentir : le Venezuela est un régime dictatorial. Mais c’est quelque chose que beaucoup de gens au pays ne peuvent pas exprimer car on assiste à un contrôle des médias, des téléphones… Et en effet, il y a un sentiment de dualité : d’un côté, il y a la joie et le soulagement qu’on peut ressentir quand on se dit qu’on arrive peut-être au bout de ce régime dictatorial, et que cette personne mérite réellement d’être en prison. Et de l’autre côté, personne n’aime que son pays soit bombardé, qu’il soit envahi et contrôlé par les États-Unis, surtout au regard du rapport colonial que ce pays entretient avec l’Amérique latine. C’est un rapport perpétué par beaucoup d’actions infantilisantes, comme si on avait besoin de leur aide alors que ce n’est pas le cas.

    La France a été un refuge pour vous il y a plus de dix ans. Une terre d’accueil de plus en plus menacée par l’arrivée de l’extrême droite à différents endroits du pouvoir. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

    R.R.C. : Il y a la peur que les contrôles migratoires se durcissent, mais aussi l’invisibilisation d’autres cultures qui peut arriver. Avec l’extrême droite au pouvoir, on pourrait arriver à une sélection de certaines choses sur les scènes musicales et culturelles en général. C’est quelque chose d’angoissant pour toutes les personnes étrangères dans le pays, mais aussi pour les Français. Pourtant, la France est un pays multiculturel qui tient sa force et sa beauté de son mélange.

  • « Ma musique est très mélangée. C’est le fruit de mon époque »

    « Ma musique est très mélangée. C’est le fruit de mon époque »

    La Marseillaise : Vous êtes d’origine marocaine, né en Espagne et vous avez grandi en France. Qu’est-ce que ça vous apporte au niveau musical
    et personnel ?

    Ino Casablanca : J’ai commencé à produire et composer vers mes 17-18 ans et je rappais timidement dans mon coin. Je ne me rendais pas compte à quel point ça a influencé ma personnalité. J’ai une certaine ouverture qui me semblait aller de soi, mais en réalité, pas tant que ça. Parler plusieurs langues ouvre des manières de réfléchir et musicalement, ça m’a confronté à différents environnements et cultures. Cela a nourri ma musique de manière naturelle. Je n’aurais jamais été celui que je suis sans ce parcours.

    Comment définissez-vous
    votre musique ?

    I.C. : Franchement c’est très difficile, ma musique pourrait se décomposer en mille qualifications. Rien que le fait que je chante et rappe, les gens sont perdus, alors que moi ça ne me paraît pas bizarre ou incompatible. Au niveau des genres, c’est très mélangé. Ma musique est le fruit de mon époque.

    Vous avez été nommé dans la catégorie révélation masculine aux Victoires de la Musique en février. Comment vivez-vous cette ascension fulgurante ?

    I.C. : C’est assez fatigant : la tournée, défendre son projet, cultiver son inspiration… Tu peux te perdre au milieu de cette ascension si tu n’arrives pas à te jauger. Il faut donc prendre du recul et chaque semaine, je me pose de nouvelles questions. Je n’ai pas le temps de me poser et de me rendre compte de ce que tout cela représente vraiment.

    Est-ce que vous vous attendiez à ce que votre musique soit autant fédératrice ?

    I.C. : Non pas du tout, tant que je n’en avais pas la preuve, je ne m’en rendais pas compte. Ça me touche beaucoup. Je pense que c’est juste dans ma personnalité. Dans la vie de tous les jours, je rassemble des personnes qui n’ont a priori rien à voir, selon les gens qui nous divisent. Mais j’ai envie de prouver que c’est des conneries et que ces divisions n’ont pas lieu d’être.

    Votre première tournée a débuté à Marseille au Makeda en octobre, c’était comment ?

    I.C. : C’était l’un des meilleurs publics. Exceptionnel ! Un public très chaleureux et souriant. Dans toutes les villes où je vais c’est comme ça, mais j’ai senti un truc spécial à Marseille.

    Vous avez participé à un concert en soutien pour la Palestine en décembre dernier. Pourquoi cet engagement vous tient-il à cœur ?

    I.C. : Pour moi, c’est absolument normal, au-delà d’être important. Qu’est-ce que j’aurais pensé de moi si je n’y étais pas allé ? Il n’y a pas de question à se poser, et que ce soit pour la Palestine ou pour n’importe quel peuple opprimé, qui se fait voler son territoire ou à qui on enlève la dignité humaine. Avant d’être artiste, j’étais déjà comme ça. J’aurais juste fait avec les moyens du bord.

    Comment vous positionnez-vous par rapport au contexte politique en France ?

    I.C. : C’est déplorable de céder à la haine et à la facilité de rejeter la faute sur l’autre. Des responsables politiques ont intérêt à se déresponsabiliser des soucis qu’ils causent. C’est inquiétant, mais en même temps, j’ai assez confiance en notre génération. C’est peut-être un peu naïf de ma part… certainement d’ailleurs. Ceux qui ont le pouvoir et la main sur les grands médias orientent la pensée des gens comme ils le souhaitent. Il n’y a plus de place pour l’esprit critique, le libre arbitre. Le curseur de ce qui est extrême ou pas est du coup déplacé. Pour la société, politiquement, c’est dangereux.

  • [Entretien] Sébastien Tellier : « Nous sommes les moutons de forces qui nous sont supérieures »

    [Entretien] Sébastien Tellier : « Nous sommes les moutons de forces qui nous sont supérieures »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que vous inspire le fait d’être programmé dans un festival de chanson francophone, vous l’artiste électro qui n’utilisez pourtant pas tout le temps la langue de Molière ?

    Sébastien Tellier : On est facilement cantonné à une case. Ça fait partie du jeu. J’ai été connu du public avec la chanson La ritournelle dans laquelle le chant n’intervient qu’au bout de 5 minutes, et en plus, je chante en anglais. Beaucoup me voient encore par ce prisme car c’est ma chanson la plus connue. Pourtant, j’ai tout le temps adoré chanter en français. Je fais une musique de plus en plus romantique et le français est la langue idéale pour parler d’amour, encore plus dans mon dernier album. Ces chansons romantiques emmènent ma musique dans une clarté apaisante.

    Votre denier opus « Kiss the beast » parle d’amour, hormis peut-être le titre « Mouton ». Un animal plutôt mignon mais un peu con, qui n’a au bout du compte que l’abattoir comme échappatoire. C’est donc ça la vie ?

    S.T. : J’ai l’impression qu’on a une existence qu’on ne maîtrise pas vraiment. On est déjà les marionnettes de notre biologie, de la nature : il faut respirer, manger, dormir… et on est aussi les marionnettes de nos sentiments, de nos peurs… Nous sommes finalement les moutons de forces qui nous sont supérieures. Nous, petits humains, n’avons pas vraiment la main sur nos vies. Nous sommes plus des méduses qui se laissent aller sur le courant, que des dieux qui prendraient leur existence entre leurs mains. Mais sur l’album, il y a aussi une autre chanson, Loup, qui est son pendant. Dans ma vie de tous les jours, je vis comme un mouton. Mais quand je deviens le Sébastien Tellier artiste, j’ai l’impression de maîtriser les choses.

    « Kiss the beast », c’est en fait un album qui vous permet d’embrasser et apprivoiser la bête qui sommeille en vous ?

    S.T. : C’est l’idée. J’ai plusieurs choses à dire dans la même phrase : je suis à la fois le kiss et la beast, le bisou et la bête. Et à travers cette dualité, il faut s’accepter tel que l’on est, accepter son côté sauvage, et l’exprimer. Je trouve aussi dommage que l’humanité entière soit comme frustrée de ne pas pouvoir être la bête qu’elle souhaiterait être. Je constate qu’on est tous sur le frein alors que ça serait tellement mieux si on pouvait se lâcher.

    Un antidote à notre monde ultra-violent, dans les relations humaines comme au niveau géopolitique ?

    S.T. : J’imagine toujours des parcs d’attractions pour adultes, c’est dommage qu’il n’y en ait pas plus. Il faudrait plus voir le monde comme un parc d’attractions que comme un échafaud. On vit une période relativement sombre. Il faut retrouver la lumière et mettre davantage en avant le bien-être.

    La folie contre laquelle chacun de nous lutte a pu être exprimée par l’auteur et poète marseillais Antonin Artaud, dont vous êtes un lecteur fervent…

    S.T. : Artaud, c’est un poète de l’intensité. C’est l’inverse de ce qu’on pourrait appeler de la soupe. C’est presque de la poésie de requin. C’est féroce, hyper stylé. Il y a une recherche profonde de vérité. Quelque chose que j’aime beaucoup chez lui comme chez René Char. J’aime ces mecs qui sont prêts à tout sacrifier pour être au plus près de la vérité.

    Sur « Kiss the beast », vous chantez notamment « J’suis grand, j’suis pur, j’suis sincère. C’est bizarre mais ça plaît pas ». Pourquoi ?

    S.T. : Car c’est parfois douloureux de rentrer dans l’âme de quelqu’un. Cela demande un effort, il faut ouvrir son cœur, alors que les gens, en général, et moi le premier, on aime tout ce qui est facile. En tant que musicien, évidemment que je vais m’acheter des disques rares, écouter du jazz japonais complexe. Mais quand je vais au cinéma, je vais voir des comédies. Dans beaucoup de domaines, les trucs prémâchés marchent beaucoup mieux. Mais je ne vois même pas ça comme une injustice. C’est juste que les gens aiment le confort et ne veulent pas faire d’effort dans le divertissement.

    Jeudi 12 mars à partir de 20h. Places restantes entre 39 et 45 euros. www.festival-avecletemps.com

  • Entre musique et cinéma, une partition commune à Marseille

    Entre musique et cinéma, une partition commune à Marseille

    Au XVIIIe siècle, à Venise, l’Ospedale della Pieta forme de jeunes musiciennes orphelines, parmi lesquelles la prodige Cecilia, dont la « vie va être bouleversée par l’arrivée » d’un certain Antonio Vivaldi, maître du violon. Réalisé par Damiano Michieletto, Vivaldi et moi fait l’ouverture du festival Music & Cinéma à l’Artplexe, en présence du compositeur de la bande originale, Fabio Massimo Capogrosso, augurant des multiples tandems cinéaste-compositeur de musique de film faisant tout le sel de cette manifestation qui a pour centre névralgique le cinéma situé en haut de la Canebière, du 30 mars au 4 avril.

    Seul festival qui interroge à ce point la relation entre l’image et la musique en Europe, Music & Cinéma verra sa 27e édition irriguée par dix films dans la compétition longs-métrages. « Avec 13 pays représentés, majoritairement d’Europe », campe son président Jacques Sapiega. Figure ainsi à ce menu L’étrangère. Filmé par Gaya Jiji et musique signée Valentin Hadjadj, l’histoire d’une femme qui fuit la Syrie, laissant au pays un enfant et un mari « dans les geôles du régime », destination Bordeaux, où elle tombe amoureuse d’un avocat qui lui vient en aide.

    Rencontres et marché

    Cette mouture conviera également la réalisatrice et comédienne Romane Bohringer comme « invitée d’honneur », tout comme le Britannique Steven Price, « l’un des plus grands compositeurs de musiques de films au monde » à l’origine de Gravity, Baby driver ou Suicide squad, précise Anne-Gaëlle Rodeville, déléguée générale d’un festival aussi nourri par des « Accords en duo ». Explorant « comment musique et image se répondent pour donner vie à un film », une section qui invite cette année Cyriel Aris et Anthony Sahyoun pour Un monde fragile et merveilleux ainsi qu’Olivier Masset-Depasse et Frédéric Vercheval pour Duelles, récompensé il y a quelques années par neuf Magritte du cinéma, l’équivalent belge des César.

    Espace de diffusion et de rencontres avec les équipes de films, Music & Cinéma propose par ailleurs de nombreux dispositifs tels que « le marché international de la composition pour l’image » qui permet à des centaines de « producteurs et réalisateurs de présenter un projet de film ou série déjà financé, de trouver des compositeurs. Le seul marché au monde à faire cela », développe Anne-Gaëlle Rodeville. Des projections « coups de cœur » auront aussi droit de cité, un certain nombre de films étant conçus par des artistes marseillais. Parmi ceux-ci, Claude McKay, errances d’un poète révolté de Matthieu Verdeil, qui fait ressurgir l’œuvre de cet écrivain jamaïcain préfigurateur de la négritude, passé par la cité phocéenne dans les années 1920.

    Programme complet sur www.music-cinema.com

  • Les élèves tendent l’oreille à l’Opéra de Marseille

    Les élèves tendent l’oreille à l’Opéra de Marseille

    Oreilles, bouches ouvertes et yeux ébahis devant les trois musiciens de l’Orchestre philharmonique de Marseille, les élèves de moyenne et grande section d’écoles maternelles, assis sur le parquet du Foyer public Ernest-Reyer à l’Opéra municipal ce jeudi 5 mars, sont impressionnés devant les instruments et les sons qu’ils émettent.

    « Mettez le doigt devant votre bouche, vous allez sentir votre souffle », explique la musicienne Lætitia Lenck aux enfants, en montrant sa flûte. Les bruits des trois instruments résonnent dans la salle et font réagir les élèves : des rires s’échappent devant la flûte, certains gigotent au rythme de la musique ou se bouchent les oreilles au retentissement de la cymbale. D’autres fixent la fresque au plafond et les murs marbrés. Après avoir assisté au concert pédagogique, le 30 janvier dernier, les petits retournent à l’opéra pour une initiation à la musique.

    Un moment de partage

    Porté par la Ville de Marseille, l’Opéra municipal et l’académie d’Aix-Marseille, le programme « Éveil à l’Opéra » permet aux élèves de découvrir l’univers de l’opéra. « Ce lieu magique les sort de leur quotidien », affirme Guillaume Schmitt, responsable de l’action culturelle.

    Mathieu Schaeffer, percussionniste, indique aux élèves qu’avec « leurs mains, ils possèdent un instrument de musique ». Ils apprennent à être en rythme, à ralentir ou accélérer. Un groupe tape du pied vigoureusement et l’autre frappe des mains. Invités à fermer les yeux pour être transportés dans les bruits de la forêt, ils clament à l’unisson « Un hibou ! Un oiseau ! », en reconnaissent les sons joués par les appeaux. « Les élèves sont réceptifs et ça nous permet d’avoir un lien avec le public », s’enthousiasme Mathieu Latil, violoniste. Un à un, ils viennent toucher les instruments avec délicatesse et repartent le sourire aux lèvres.

    Lætitia Lenck partage l’engouement des professeurs et des parents d’élèves : « Leurs yeux pétillants et émerveillés, c’est beau à voir. » « C’est un souvenir marquant pour eux, ils en parlent après, à l’école et avec leurs familles », renchérit Guillaume Schmitt. Après la danse et la musique, l’initiation au chant se déroulera le mardi 19 mai.

  • [Spectacle] Un voyage à travers l’histoire des femmes et de leurs droits

    [Spectacle] Un voyage à travers l’histoire des femmes et de leurs droits

    « Plus qu’un spectacle féministe, nous avons voulu faire un spectacle humaniste », assure Lydie Belmonte.

    Née à Marseille, dans une famille d’origine arménienne – ses grands-parents ont survécu au génocide –, Lydie Belmonte, en plus d’être historienne, est autrice, interprète de jazz, actrice, danseuse. Sacrées F’Ames* est un spectacle qu’elle a écrit, mis en scène et qu’elle interprète avec Alina Jamgotchian, Nicole Moreno et Lady Lou, danseuses et chorégraphes, accompagnée par trois musiciens, José Assa (piano), Rémy Chaillan (batterie), Franck Blanchard (contrebasse). Le spectacle est composé de douze tableaux qui campent douze archétypes féminins. Créé en 2021 à Marseille, Sacrées’F’Ames a été joué au festival Off d’Avignon, l’été dernier.

    « J’évoque la déesse, la mère, la femme et le cycle de la lune, la jeune fille, la femme amoureuse, la femme de pouvoir, la sorcière, la sainte, la femme de lettres, la femme mariée, la séductrice, la fille de joie, la femme emprisonnée, la femme libre, la guerrière », retrace Lydie Belmonte. Le spectacle aborde la transmission des droits des femmes et la lutte contre les violences qui leur sont faites, tout en conservant une dimension sensible, poétique et parfois pédagogique.

    Hommage à Joséphine Baker

    L’autrice s’appuie sur l’histoire de femmes qui ont marqué leur époque. Par exemple Hildegarde de Bingen (XIIe siècle), thérapeute, médecin, poétesse, compositrice. Ou Suzanne Valadon, d’abord modèle pour des peintres comme Renoir, Puvis de Chavanne, et qui deviendra peintre. Mais aussi Joséphine Baker, Mélinée Manouchian… Dans Sacrées F’Ames, Lydie Belmonte incarne ces différents « visages » de la femme, par le jeu, le chant et la danse, entourée de danseuses.

    Elle-même marquée par une histoire douloureuse, Lydie Belmonte confie : « à travers ce spectacle, je voulais honorer le combat au quotidien de toutes ces courageuses et leur donner peut-être un peu d’espoir. Malgré le temps et l’espace, il existe une sororité. J’aime bien ce terme. Ce spectacle rend hommage aux porteuses de l’humanité, à toutes les guerrières d’hier et d’aujourd’hui, connues ou inconnues, ici et ailleurs, qui se sont battues, et se battent toujours, pour leur liberté, leur indépendance, leurs droits civiques, économiques et leur droit d’exister. » Elle continue : « “Sacrées F’Ames” vise aussi à dénoncer cette violence physique et psychologique des hommes à l’encontre des femmes. »

    Lydie Belmonte a dédié Sacrées F’Ames à la soldate Anush Apétyan. Cette mère de trois enfants, militaire dans l’armée arménienne, a été capturée en 2022 près de Djermuk par les Azéris, et torturée à mort. Les tortionnaires ont diffusé les images de leurs actes barbares sur les réseaux sociaux…

    * À 20h30, 200 rue Jean-Ferrat. Tarif : 15 euros. Détails au 04.84.83.07.43.

  • [Opéra] Un triomphe pour « Ermione »

    [Opéra] Un triomphe pour « Ermione »

    Ovation des grands soirs (ou du dimanche après-midi en l’occurrence) pour la première des deux Ermione de Rossini données à l’Opéra de Marseille. Un public électrisé n’a pas ménagé ses applaudissements pour offrir un triomphe mérité au plateau exceptionnel réuni par Maurice Xiberras, l’inépuisable (espérons-le) directeur de la maison, ainsi qu’à un Orchestre de l’Opéra littéralement magnétisé par Michele Spotti, pas loin de la transe.

    En tête d’affiche, deux voix que le public marseillais adore : la mezzo Karine Deshayes dans le rôle-titre et Enea Scala qui a endossé un Pyrrhus flamboyant. Maîtresse de la volute acrobatique, armée d’aigus d’airain, « La Deshayes » (pourquoi pas ?) offre un de ces festivals vocaux qui ont fait et font encore la gloire de l’art lyrique près du Vieux-Port. Ça fuse avec grâce, ça vocalise jusqu’au vertige. On reste subjugué par tant de présence scénique. Enea Scala fait tomber des graves insoupçonnés chez ce ténor solaire. Il éclaire le plateau à chacune de ses interventions. Le ténor sud-africain Levy Sekgapane reçoit une belle et touchante ovation. Il est un Oreste tout ce qu’il y a de plus rossinien. C’est souple, élégant, virtuose. Un nom à ne pas oublier.

    Autre révélation, la basse française Louis Morvan, envoûtant Fenicio au timbre d’une clarté rayonnante et aux graves profonds. À noter – et on l’attend de pied ferme – qu’il sera le géant Fafner dans L’Or du Rhin, dirigé en mai à Marseille par Michele Spotti. Teresa Iervolino est une fort belle Andromaque servie par un mezzo de grande classe. Matteo Macchioni fait un Pylade au ténor délié et parfaitement phrasé. Fita Monfort (Cleone) n’est pas en reste et ne se contente pas de jouer les comparses avec une voix bien timbrée. De même Cefisa est servi par la très piquante et très remarquable Mathilde Ortscheidt. Enfin, Carl Ghazarossian habite de son élégante silhouette un très bel Attalo.

    Un orchestre de prestige

    Pour redécouvrir cet ouvrage, la version concert permet au public de se concentrer sur le meilleur. I Masnadieri de Verdi en avait déjà été une autre preuve indiscutable. Et à Marseille, on ne le dit pas assez, le meilleur, nous l’avons. Nous avons un orchestre qui n’a plus grand-chose à prouver, sinon qu’il est une phalange dont les qualités sont encore trop dédaignées par on ne sait quel snobisme qui voudrait qu’à Marseille, il ne soit question que de galéjades ou de trafics. Nous avons un chef que bien des maisons d’opéras nous envient. Et nous avons, en la personne de Maurice Xiberras, un directeur qui possède cet art si subtil de réunir en plateau des fidèles et l’intelligence de savoir recruter de nouveaux talents. Il est fort dommage que ce qui se passe à l’Opéra de Marseille ne reçoive pas l’écho qu’il mérite.

    Ce mardi à 20h. Détails sur le site opera-odeon.marseille.fr

  • Yoa : « Pour moi, l’art est toujours politique »

    Yoa : « Pour moi, l’art est toujours politique »

    La Marseillaise : Vous êtes en tournée depuis plus d’un an pour votre album « La Favorite ». Cela vous plaît-il toujours autant de monter sur scène ?

    Yoa : Bien sûr, monter sur scène c’est la continuité de l’écriture, de la composition, donc ça me plaît beaucoup. On finit en août la tournée, avec les festivals de cet été. Ces mois qui viennent de passer en tournée, c’était vraiment très intense. On a eu énormément de dates, on en a parlé hier avec mon équipe, je crois que j’ai fait une centaine de dates. Donc oui, c’est quand même conséquent, je me rendais même pas compte qu’on en avait fait autant. Mais même si le rythme est très soutenu, c’est tellement génial.

    Vous serez sur scène
    à Aix-en-Provence samedi prochain. Connaissez-vous la région
     ?

    Yoa : Je connais un peu ce coin-là, mais de toute façon, passer dans le sud, c’est trop cool. Je sais que j’adore ce public, quand je viens autour de Marseille je n’ai presque plus besoin de chanter. J’ai vraiment hâte de venir.

    « La favorite » est votre premier album, après plusieurs EP et singles. Comment s’est-il construit ?

    Yoa : L’album s’est construit assez traditionnellement, j’avais fait des EP avant et je savais que c’était dans la continuité de ce que je faisais de sortir cet album. Alors j’ai juste continué à écrire, assez naturellement, sur des choses qui m’étaient très intimes. La création de l’album s’est étendue sur environ deux ans, entre les premiers morceaux que j’ai sortis qui sont dans cet album et ce que l’album est devenu une fois terminé.

    Donc c’était un processus assez long. Entre les deux j’ai changé d’équipe, de personnes avec qui j’avais l’habitude de travailler donc je pense que j’ai beaucoup grandi pendant la création de cet album.

    Vous parlez de sujets intimes, tels que la rupture amicale, les relations amoureuses. Pensez-vous que la musique permette de s’exprimer sur des thématiques intimes pour partager son expérience ?

    Yoa : Oui complètement, je pense que c’est même le but de s’exprimer sur des sujets intimes mais qui sont finalement très universels. Donc j’ai écrit sur mon intimité, sur moi, sur mes expériences, sur ma vie. En tout cas, partager son expérience c’est ce que j’essaye de faire, et c’est ce que je fais.

    Comment est arrivée la musique dans votre vie et pensiez-vous qu’elle aurait une telle place ?

    Yoa : J’ai toujours aimé faire de la musique, depuis petite. Et puis pendant le Covid, au départ je cherchais juste à ne pas m’ennuyer. Alors pour passer le temps, j’écrivais un peu, et finalement ça a grandi, petit à petit. En cinq ans, six ans maintenant, ça a continué à grandir. J’espérais que ça allait marcher mais je ne me doutais pas du tout que ça irait jusque-là. C’est des choses qui paraissent tellement énormes que je ne me suis jamais permise de penser à ça. C’est trop bien que ça en arrive là mais je ne m’étais jamais dit qu’un jour je ferai plein de dates, que je remporterai une Victoire de la Musique. C’était des choses qui m’attiraient mais que je n’espérais pas.

    Cet été, vous avez annulé votre participation au festival des Francofolies de Spa, reconnaissant une programmation en désaccord avec vos « convictions sociales, politiques et humanistes ». Pensez-vous que l’art soit politique ? En tant qu’artiste, est-il important pour vous de vous positionner ?

    Yoa : Oui complètement. De toute manière, quand on parle de son intimité, on fait de la politique, à partir du moment où on n’est pas dans les clous de la société, c’est-à-dire qu’on n’est pas blancs, qu’on n’est pas un homme… Même si évidemment, je pense qu’il n’y a pas besoin de ça pour se positionner, mais forcément, ce sont aussi des choses qui jouent. Donc oui, pour moi l’art est toujours politique.

    Vous étiez nommée dans la catégorie « Révélation féminine » des Victoires de la Musique, en 2025. Quels sont les points positifs de cette nouvelle scène musicale en France ?

    Yoa : Pour moi, c’est une vraie joie de faire partie de cette génération, qui est belle, qui est digne, qui est très courageuse, et qui s’engage ensemble pour ne plus reproduire des schémas un peu patriarcaux du passé, dont on ne veut plus. Donc c’est vraiment agréable pour moi d’évoluer là-dedans. Je pense qu’on peut parler de tout, qu’il y a une liberté créative. J’ai l’impression qu’il y a de la place pour tout le monde. Ça fait du bien.

    Des places sont encore disponibles pour le concert d’Aix-en-Provence, avec un tarif normal à 25€ et un tarif réduit à 23€. Des places à 28€ sont aussi disponibles pour Montpellier. La billetterie est accessible via : https://tix.to/yoa_tour

  • [Entretien] Linh : « Si ma musique m’aide et aide les autres, ce n’est que du positif »

    [Entretien] Linh : « Si ma musique m’aide et aide les autres, ce n’est que du positif »

    La Marseillaise : Vous êtes en tournée pour votre premier album, après plusieurs singles et un EP. Qu’est-ce que cela fait de monter sur scène ?

    Linh : J’avoue que c’est incroyable. J’ai du mal à réaliser parce que c’est juste fou ce qu’il se passe. C’est vrai que c’est ma première tournée, donc j’étais un peu stressée, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Mais au final, je reçois beaucoup d’amour de la part du public et je passe des moments absolument hors du temps. C’est incroyable.

    C’est un premier album très intime. Comment avez-vous pensé les thématiques, la construction de l’histoire que vous partagez ?

    Linh : Oui, sur ce premier album, ça se remarque, je parle beaucoup d’amour, parce que c’est un peu ce qui m’inspire dans la vie, c’est mon moteur. Je n’ai jamais vraiment réfléchi à un thème en particulier, ce sont des choses qui me viennent comme ça, quand je commence à composer les mélodies. C’est un album très intime, ça parle de choses qui me sont arrivées, des doutes, des moments vécus. Pourtant, j’ai eu du mal à parler de moi au début. Le single Je pense à vous m’a débloqué sur le fait de pouvoir parler de soi, intimement. Au départ, j’avais très peur de sortir cette chanson, car elle était vraiment mon histoire. Mais il y a eu un engouement énorme autour de ce morceau, j’ai reçu beaucoup de messages de personnes qui s’appropriaient mon histoire, avec leur propre histoire. Ça m’a débloqué sur le fait que je pouvais vraiment écrire sur tout. C’est pour ça que dans cet album on retrouve beaucoup de choses de ma vie.

    Faire de la musique, est-ce une manière de s’exprimer sur des sujets intimes, mais aussi universels ?

    Linh : Complètement, et c’est une thérapie aussi. Par exemple, j’ai composé une chanson qui s’appelle Je t’aime, c’est sur l’amour de soi. J’ai mis presque un an à l’écrire. C’était quelque chose qui me traînait dans la tête depuis beaucoup de temps. En écrivant et en mettant des mots sur tout ça, ça m’a fait du bien, j’ai eu comme un gros soulagement. Je reçois des messages de personnes qui me remercient pour cette musique, qui me disent qu’elle les aide. Donc forcément, si moi ça peut m’aider et que ça peut aussi aider les personnes qui écoutent ma musique, ce n’est que du positif.

    Vous monterez sur scène à Marseille, puis à Avignon. Quel est votre lien avec cette région ?

    Linh : J’ai un lien très fort avec Marseille, parce que ma maman, mes tantes, mes cousines, mes grands-parents sont de Marseille. Donc c’est incroyable pour moi de me dire que je vais me produire dans cette ville pour la première fois, pour ma propre tournée. Ça me fait vraiment quelque chose. Et puis Marseille, pour moi, c’est plein de cultures qui se rencontrent, ça va vraiment avec cette idée d’ouverture culturelle. Et Avignon, c’est une ville que je trouve fantastique et c’est le sud, ça reste ma maison, puisque je viens de Nice au départ.

    Vous faites partie du collectif « Génération Pièces Jaunes », composé de 28 artistes. C’est important pour vous de participer à des initiatives caritatives ?

    Linh : C’est très important parce qu’en tant qu’artiste, et encore plus avec les réseaux sociaux, on est une vitrine. Il y a beaucoup de personnes qui s’identifient à nous, certains jeunes notamment. Je pense que c’est important de participer à des événements comme ça, comme les pièces jaunes, le Téléthon… Forcément, quand on montre des actions positives, l’effet ne peut qu’être positif. Je me dis que si chaque personne fait de son mieux, on peut arriver à quelque chose de plus beau.

    Vous faites partie de la nouvelle scène française. Comment voyez-vous ce paysage musical émergeant ?

    Linh : Je pense qu’il y a une liberté de création. J’ai l’impression qu’on va dans ce sens avec tout ce qu’il se passe en ce moment sur la scène musicale, les nouveaux artistes qui arrivent. Je trouve qu’on est de plus en plus dans l’acceptation. Il y a du respect et en même temps, on arrive à dire ce qu’on a envie de dire. Je trouve ça super. C’est un milieu qui a des côtés sublimes, magnifiques, mais d’autres côtés très compliqués. En tant que femme, pour ne pas mentir, c’est dur. Il y a beaucoup de misogynie, mais j’ai la chance d’être très bien entourée.

    Des places sont encore disponibles
    pour le concert de Marseille.
    Avignon affiche complet

  • « Au fil du jazz », un mois de swing au Pont du Gard

    « Au fil du jazz », un mois de swing au Pont du Gard

    Impossible d’évoquer le jazz sans convoquer les grandes figures qui l’ont façonné, de Louis Armstrong à Miles Davis, ni celles et ceux qui continuent de le faire vibrer aujourd’hui. En février, cette musique née de l’histoire afro-américaine poursuit son chemin jusqu’au territoire du Pont du Gard, où elle posera ses valises pour trois week-ends consécutifs.

    Porté par la Communauté de communes du Pont du Gard, en partenariat avec le Labory Jazz Club Production, le festival « Au fil du jazz » revient avec une édition annoncée comme « riche et variée », fidèle au jazz traditionnel et à ses multiples influences. Particularité assumée : chaque formation est programmée pour une soirée unique, offrant au public un concert complet et immersif, dans différentes communes du territoire.

    Un jazz itinérant

    Le coup d’envoi sera donné ce vendredi 13 février à Pouzilhac avec les Canibal Dandies, formation montpelliéraine qui replonge le public dans l’univers cuivré de la Nouvelle-Orléans. Le lendemain, Jérôme Laborde’s Quintet proposera à Meynes un voyage inspiré de ses séjours américains, revisitant standards et compositions originales.

    Le festival repartira le week-end suivant à Collias avec Swing Machine, accompagné du saxophoniste Max Atger, promet une soirée haute en couleurs et en swing. Puis à Aramon, Overjoyed rendra hommage à Stevie Wonder, entre jazz, soul et musiques du monde. Le festival se conclura le 27 février à Valliguières avec Cosmos 4tet, et son audacieux dialogue entre musique classique et jazz.

    * Infos : https://www.uzes-pontdugard.com