Tag: Municipales

  • À Marseille, Martine Vassal, à la peine, confirme les sondages

    À Marseille, Martine Vassal, à la peine, confirme les sondages

    Une permanence fermée aux médias. Voilà qui donnait déjà le ton ce dimanche du côté de la candidate de la droite et du centre Martine Vassal. Restait à savoir quelle était l’étendue de la catastrophe. Les premières estimations tombent, la créditant de 11 à 13% des voix. Mais de commentaires point. Toute la soirée, la candidate aura joué au chat et à la souris avec la presse rassemblée devant sa permanence du 42, cours Pierre Puget (6e), rideau tiré, lumières éteintes. La prise de parole prévue pour 22h30 est reportée d’une heure.

    Une de ses co-listières, Sandra Blanchard, avocate en droit public, finit par débarquer en voiture, chargée de sacs de courses. « On est allé acheter à manger pour les militants », répond-t-elle, un peu embarrassée, à la foule de micros qui se dressent devant elle. « On n’a pas encore les résultats, dès qu’on en saura plus, on vous tiendra au courant, je ne sais pas quand elle va arriver », promet-elle. Quand on lui demande si elle a prévu les mouchoirs, elle convient qu’elle est déçue. « Mais c’est le jeu démocratique, parfois on gagne, parfois on perd, les Marseillais ont décidé, évidemment qu’on aurait voulu faire beaucoup plus ». Et de se dire surtout « déçue qu’il y ait autant de Marseillais qui ont voté pour le Rassemblement national, pour le reste… »

    Un second tour décisif

    Même si elle n’a eu de cesse de le marteler, « le sondage qui va compter, ce sera le résultat du 15 mars au soir », au cours de la campagne, de projections en projections, la liste de Martine Vassal a lentement dégringolé. Elle n’aura rien lâché, jusqu’à son dernier meeting ce mercredi. « Ne vous laissez pas voler cette élection, on va gagner » exhortait-elle alors sur la scène du Florida Palace. Mais les électeurs ont tranché, réalisant le pire des scénarios.

    Reste à savoir quelle attitude elle va désormais adopter pour le deuxième tour. « Même satellisée sur la lune, je ne me retirerai pas » avait-elle promis lors d’un dernier débat avant le vote sur le plateau de nos confrères de La Provence. Une quadrangulaire permettrait d’éviter le naufrage total et d’éviter la fuite vers l’extrême droite.

    Pour mémoire, au second tour des municipales de 2020, Martine Vassal avait déjà vu lui échapper le 4e secteur (6e et 8e arrondissements), fief de la droite depuis 25 ans, au profit de la candidate du Printemps marseillais, Olivia Fortin, réunissant 39,16 % contre 41,78% pour l’actuelle maire de secteur. Elle avait dû affronter au 1er tour la liste dissidente de Bruno Gilles (DVD) avant de finalement faire alliance au second. Et la droite avait été mise hors-jeu par le Printemps marseillais dans une large partie de la ville.

    Une certitude désormais : Martine Vassal va devoir batailler pour conserver la tête de la métropole Aix-Marseille-Provence où elle a pris la suite de son mentor, Jean-Claude Gaudin en 2018. Au mieux, Martine Vassal peut espérer une dizaine d’élus et si elle se dépasse. Ce qui risque d’être un peu léger pour peser dans l’hémicycle du Palais du Pharo. À l’heure où nous écrivons ces lignes, c’est finalement le porte-parole de Martine Vassal, Romain Simmarano qui devait s’exprimer, sans certitude.

  • L’extrême droite à son plus haut niveau

    L’extrême droite à son plus haut niveau

    Face aux premiers résultats dans les villes du RN ce dimanche soir, ses militants serrent le poing, en signe de victoire. « Nous avons fait des scores indécents tant ils sont hauts dans les bureaux de vote qui nous sont favorables dans les 9e et 10e arrondissements », glisse-t-on dans l’entourage de Franck Allisio alors que le dépouillement a commencé. Pour autant, alors que les premières estimations de sortie des urnes le donnaient jusqu’à quelques points derrière le maire (DVG) sortant Benoît Payan, celui-ci a attendu 22h pour s’exprimer devant la presse, depuis la salle de la Palmeraie Borely et célébrer « un choix historique des électeurs marseillais », sous les applaudissements de ses colistiers.

    Jamais en effet, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, l’extrême droite n’a obtenu un score aussi élevé à Marseille. Selon les différents instituts, il était crédité d’au moins 33% des voix exprimées, un niveau proche des estimations sondagières de ces derniers mois. Il obtiendrait ainsi quatorze points de plus que les 19,45% obtenus en 2020 par Stéphane Ravier, et dix points de plus que les 23,16% de 2014, de celui qui est désormais sénateur (ex-RN) des Bouches-du-Rhône. Il va même au-delà du score obtenu par Jordan Bardella lors des dernières européennes en 2024.

    Pas un mot sur Martine Vassal

    « Le souffle du changement et de l’histoire a soufflé comme jamais sur notre ville », se gargarise Franck Allisio. Et le député de Marignane de répéter : « Comme jamais. » « Durant cette campagne, vous avez déjà tourné la page de la gauche », avance-t-il déjà. Et d’assurer, à son pupitre : « Le résultat de ce soir est bien plus qu’un score électoral, c’est une promesse. La promesse que demain, Marseille devienne le nouvel exemple français, source d’inspiration pour toutes les villes qui souffrent de l’insécurité, de la pauvreté, de la salubrité. » Le parlementaire, qui veut instaurer un « pass anti-racailles » pour réserver certaines plages et parcs aux familles et seniors, le même qui promouvait avant le scrutin la « préférence nationale » dans le logement social va même jusqu’à promettre que face à ceux qui « ont laissé la division, le communautarisme et l’antisémitisme prospérer, nous rassemblerons les Marseillais, tous les Marseillais ». Avant d’envoyer le seul message politique de la soirée : « Nous en appelons à toutes les Marseillaises et tous les Marseillais : rejoignez-nous, unissons-nous pour battre la gauche et l’extrême droite. »

    En tout et pour tout, sa déclaration à la presse aura duré moins de cinq minutes. Sans répondre aux questions, sans expliciter davantage ses propos, il s’engouffre dans sa voiture et quitte les lieux. Sans un mot sur la candidate de la droite, Martine Vassal, dont il a raflé l’électorat et à laquelle il tendait la main il y a un mois. Sans un mot spécifique pour ses électeurs qu’il cherchait à rallier lors de la visite de Jordan Bardella une semaine plus tôt. « Dimanche prochain, je serai votre maire », assurait-il, comme pour se persuader.

    Car derrière le score historique obtenu par l’extrême droite à Marseille, il restait bien, selon les premières estimations, en deuxième position derrière le maire sortant, distancé de plusieurs points. Aussi autour de lui ses troupes ne se montraient pas exubérantes.

    Dans la salle de réception, c’est le sénateur Stéphane Ravier qui se plie avec plaisir à l’exercice du service après-vente. « La responsabilité aujourd’hui est dans les mains des électeurs de Martine Vassal », répète celui qui s’est effacé derrière Franck Allisio pour unir toutes les voix de l’extrême droite dès le premier tour, conservant la tête de liste des 13-14 pour sa nièce, Sandrine d’Angio. « C’est une victoire du candidat qui a su avant même l’élection rassembler autour de son nom, de son mouvement, explique-t-il. Il a même réussi à me convaincre ! » Pour lui, « Martine Vassal n’a aucune chance de remontada ». « Quand on a des adversaires comme ça, on n’a plus besoin de soutien, elle a fait une campagne catastrophique », se marre-t-il. Sur de possibles tractations comme celles qui avaient déjà entaché la droite républicaine lors du troisième tour en 2020, « c’est au candidat d’émettre en avis ». « Je ne sais pas s’il est vraiment opportun de repêcher des gens qui ont fait une liste avec des macronistes », estime-t-il cependant. Avant une semaine de campagne difficile, l’extrême droite sans position de force mais toujours en capacité de renverser l’histoire d’une ville pourtant ouverte sur le monde.

  • Marseille sous la menace du RN

    Marseille sous la menace du RN

    Sans recul après une élection 2020 sous covid, et plongé dans l’inconnue du double scrutin, mairie centrale – mairie de secteur, imposé par la réforme de la loi PLM, l’issue du 1er tour des élections municipales à Marseille s’annonçait indécise. Les premiers résultats sortis des urnes dimanche ont confirmé ce sentiment et les sondages des dernières semaines de campagne.

    Premier point, et sans surprise, avec à peine plus de 52% de votants, la participation a été faible. Supérieure évidemment au scrutin 2020, marqué par la crise Covid, où seuls 32,76% des électeurs s’étaient préséntés aux urnes, mais en baisse par rapport à 2008 (57,74 %) et 2014 (53,5%). Un taux d’abstention qui n’a pas pour autant desservi la gauche dont on sait l’électorat moins assidu et lui laisse une marge de manœuvre.

    Le premier indice sur les résultats du vote est paradoxalement venu de Paris où Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a annoncé que l’union de la gauche était « arrivée en tête à Marseille ». Quelques instants plus tard, une estimation sortie des urnes donnait la première photo finish. Elle plaçait Benoît Payan (DVG) en tête avec 35 % des suffrages, aux coude à coude avec le candidat de l’extrême droite, Franck Allisio (RN), également crédité de 35 %. Elle sera affiné au fil de la soirée avec eux autres instituts de sondage, Ifop et Elabe, donnant Benoît Payan en tête, entre 36 et 38%, devant le RN, autour de 34%

    « Rassemblement des électeurs »

    Première indication, l’extrême droite opère une nouvelle percée à Marseille confirmant ses scores des derniers scrutins nationaux. Allisio ferait même mieux que Bardella qui avait obtenu 30,14% des suffrages lors des Européennes de juin 2024. Second enseignement, le maire sortant et la majorité du Printemps marseillais font bien mieux qu’en 2020. La candidate (EELV), Michèle Rubirola avait alors réuni 23% des suffrages au 1er tour et devançait d’une courte Martine Vassal… Plus loin et décrochée, la présidente (DVD) de la Métropole et du Département, confirme six ans plus tard sa dégringolade.

    Elle est créditée de 12 % des suffrages, à égalité ou derrière Sébastien Delogu (LFI) selon ces mêmes estimations sortie des urnes. Un scénario catastrophe pour la droite marseillaise qui pensait avoir fait le plus dur en se présentant unie comme jamais après avoir perdue la ville en 2020 en étant déchirée. Le mal est bien plus profond. Et il faudra méditer les conséquences de cette course effrénée derrière l’extrême droite. A l’heure où nous bouclions, tous deux passaient toutefois la barre des 10% leur permettant de se maintenir au second tour pour un scénario de quadrangulaire inédit.

    Le député insoumis des quartiers Nord persuadé il y a quelques semaines de s’asseoir dans le fauteuil de maire, a été le premier à réagir. Il saluait dans un tweet, « un résultat considérable pour une première participation au scrutin » et appelait à la constitution « d’un front antifasciste pour empêcher le Rassemblement national de conquérir Marseille », tendant « la main à l’ensemble des composantes du Printemps marseillais et à leur candidat, Benoît Payan ». La formule paraît simpliste et interroge sur les intentions de la France insoumise qui plaide une fusion techniqui lui offrirait des places sur la liste du Printemps marseillais tout en restant dans l’opposition. Difficilement recevable pour le reste de la gauche. Marie-Arlette Carlotti, la sénatrice (PS) l’invitera à aller au bout de son idée et à se désister de manière républicaine et Anthony Gonçalves (PCF) préfère lui, appeler au « rassemblement des électeurs » plus qu’au rassemblement des appareils.

    Dans ce contexte, le positionnement de la droite qui a déjà vu ces dernières années, beaucoup de ses élus rejoindre l’extrême droite était attendu. Le RN lui a de nouveau tendu la main dimanche soir. Hier, après moulte renvois, l’entourage de Martine Vassal a indiqué qu’elle ne s’exprimerait finalement pas dans la soirée. Les 31 premiers bureaux dépouillés la plaçaient alors tout juste 4e avec 10,9% des suffrages. Chaque candidat a jusqu’à mardi pour faire son choix pour le 2e tour. Les résultats des mairies de secteur encore au dépouillement après minuit, pourraient être une clé.

  • [DIRECT] Revivez le premier tour des élections municipales

    [DIRECT] Revivez le premier tour des élections municipales

    Veuillez patienter quelques secondes… Le direct va s’afficher !

  • Une bataille à cinq sous la menace du RN

    Une bataille à cinq sous la menace du RN

    À quelques jours du scrutin, la campagne municipale s’annonce particulièrement incertaine à Pont-Saint-Esprit. Dans cette commune d’un peu plus de 11 000 habitants du Gard rhodanien, cinq listes se disputent les suffrages. Le maire sortant Valère Segal, élu en cours de mandat en 2024, se représente avec la liste Réussir le Pont de demain. Il défend un bilan centré sur la proximité, les solidarités et l’accès aux soins, notamment avec l’installation de médecins et la perspective d’une maison de santé pluriprofessionnelle.

    Face à lui, plusieurs candidatures cherchent à incarner une alternative. Morad Hourfane, avec la liste Le Pont que nous voulons, se présente comme une démarche « 100% citoyenne », sans étiquette et sans anciens élus municipaux. Autre candidat, Olivier Esquer (DVD) mène la liste Pont en action, également présentée comme citoyenne. Il met en avant la redynamisation du centre-ville, le renforcement de la police municipale et plusieurs projets d’aménagements urbains. Benjamin Desbrun (DVD), avec Rassembler pour agir, concentre quant à lui son programme sur l’économie locale, l’animation du centre et la participation citoyenne.

    Une candidate RN controversée

    Dans cette configuration éclatée, l’irruption de l’extrême droite constitue l’un des faits marquants du scrutin. Aurélie Delwarte, tête de liste Pont vers l’avenir, se revendique « divers droite » mais assume la présence de plusieurs membres du Rassemblement national dans son équipe. Elle est également responsable locale d’Identité Libertés, le mouvement fondé par Marion Maréchal, allié au RN, et suppléante du député RN du Gard Pierre Meurin. La candidate traîne par ailleurs plusieurs polémiques. Sur les réseaux sociaux, elle a notamment « aimé » en 2025 une publication de l’ultranationaliste Thomas Joly rendant hommage au maréchal Pétain. Elle a aussi affiché son soutien au groupuscule identitaire violent Jeunes d’Oc. Dans ce paysage politique fragmenté et ouvert, la présence assumée de l’extrême droite inquiète.

  • [Marseille] Tour d’horizon des enjeux secteur par secteur

    [Marseille] Tour d’horizon des enjeux secteur par secteur

    1er secteur (1er et 7e arrdts.)

    La maire (GRS) sortante Sophie Camard qui conduit la liste du Printemps marseillais retrouve face à elle que des grosses têtes : Romain Simmarano le porte-parole (Ren) de Martine Vassal pour la droite, l’écologiste Sébastien Barles (LFI), Clémence Parodi (RN), et Erwan Davoux (SE).

    2e secteur (2e et 3e arrdts.)

    Avec huit listes, ce fief de la gauche, où Benoît Payan a été élu en 2020, est le plus fourni de la ville. La plus grosse opposition pour le maire sortant (PS), Anthony Krehmeier, devrait venir de la France insoumise (Abdallah Salim Alladine). À droite la vétéran, Solange Biaggi peut tirer son épingle du jeu. Le RN sera représenté par Marie Bermejo (RN/Allisio). Isabelle Bonnet (Lutte ouvrière), Juliette Coleou (NPA), Hyacinthe Etoundi (Marseille citoyenne) et Elisabeth Said (Marseille pour tous) complètent le tableau.

    3e secteur (4e et 5e arrdts.)

    Dans les 4-5, un secteur qui a basculé à gauche depuis 2020, le maire (EELV) sortant Didier Jau trouve face à lui Bruno Gilles, l’ex-député-maire (Hor). L’Insoumise Léa Bijaoui et Mathilde Lanté (RP), dont la liste « Reprendre Marseille aux riches » a mené une dynamique campagne, joueront les arbitres. Le RN (Battesti) ne devrait pas exister.

    4e secteur (6e et 8e arrdts.)

    Depuis l’élection du Printemps marseillais en 2020, ce fief historique de la droite, terre d’élection de Jean-Claude Gaudin, a confirmé son basculement à gauche en élisant un député socialiste en 2024. La maire sortante Olivia Fortin (Mad Mars) aura face à elle Catherine Pila (LR) et une figure de l’extrême droite, Jean-Baptiste Rivoallan (RN, ex-LR). Christine Juste (ex-EELV) pourrait coûter des voix au PM, plus que Victoire Diethelm (LFI). Maximilien Touat (DVC) est aussi sur la ligne de départ.

    5e secteur (9e et 10e arrdts.)

    En l’absence de Lionel Royer-Perreaut, élu en 2020, les cartes sont rebattues dans ce secteur où la crainte d’une victoire de l’extrême droite (Eléonore Bez) est forte. La droite a envoyé Laure-Agnès Caradec, la présidente des LR 13, et Benoît Payan a investi Pierre Huguet (G.s). Chez LFI, Myriam Meghraoui espère mobiliser les quartiers populaires. Stéphanie Brun est la candidate de Davoux.

    6e secteur (11e et 12e arrdts.)

    Gros risque d’extrême droite sur ce secteur qui a élu en 2024 une députée RN inconnue. Ce n’est pas pour rien si Olivier Rioult (ex-LR), porte-parole de Franck Allisio, s’y présente. L’équation dépendra du niveau du maire sortant (LR), Sylvain Souvestre. Si la chute de la droite lui est fatale, Yannick Ohanessian (PS) pour le Printemps marseillais pourrait espérer un second tour. Là encore, la mobilisation derrière Radhouane Ouachani (LFI) est l’inconnue.

    7e secteur (13e et 14e arrdts.)

    Sept listes sont en course sur cet ancien bastion de la gauche, et Marion Bareille, la maire (DVD) sortante aura fort à faire. Face à elle, à sa droite, Nora Preziosi (DVD), et sa prédécesseure, Sandrine D’Angio (RN). à sa gauche, la populaire Tina Biard-Sansonetti (PS) pour le Printemps marseillais, Sami Benfers (SE), élu à droite en 2020 avant de rejoindre les bancs de gauche, Mohamed Bensaada (LFI) qui retente sa chance après plusieurs échecs, et le trotskiste Frédéric Gourc (LO).

    8e secteur (15e et 16e arrdts.)

    À l’extrême nord, le combat s’annonce épique à gauche, dans le fief de Samia Ghali (DVG) où Sébastien Delogu est élu député depuis 2022. C’est Rabyata Boinaheri qui représentera LFI. La droite (Gérard Blanc) ne devrait pas trop exister mais le Rassemblement national (Charpentier) est en embuscade.

  • [Occitanie] Les députés, principaux ancrages locaux du RN

    [Occitanie] Les députés, principaux ancrages locaux du RN

    Si l’extrême droite a raflé toutes les circonscriptions du Gard en 2024 et une partie de la ruralité héraultaise, son ancrage au plus près de la population reste encore à prouver. Sans personnalités locales reconnues, le RN ou l’UDR sont en effet contraints de s’appuyer sur leurs députés pour tenter d’engranger des victoires pour ces élections municipales des 15 et 22 mars. Ce pari n’est en effet pas très risqué : avec le non-cumul des mandats, soit ils sont élus et seront alors remplacés à l’Assemblée nationale par leur suppléant (garantissant à leur parti le même nombre de députés), soit ils perdent et ils gardent leur poste de député. Tour d’horizon de ces députés en campagne.

    Pascale Bordes

    à Bagnols-sur-Cèze

    Les Bagnolais vont-ils élire une candidate qui a méprisé les questions locales pendant cinq ans ? Élue d’opposition depuis 2020, la députée de la 3e circonscription du Gard n’a en effet plus mis les pieds en conseil municipal depuis 2021. Pourtant, l’avocate Pascale Bordes a été facilement réélue députée en 2024 (46,65% au premier tour, 53,92% au second). Après avoir écarté les profils « problématiques » du RN à Bagnols, elle fait aujourd’hui figure de favorite dans la 3e ville du Gard. Et signe que le parti a misé sur elle, Marine Le Pen en personne est venue la soutenir vendredi 6 mars. Si elle est élue, c’est Catherine Dellong-Meng qui siégera à l’Assemblée.

    Nicolas Meizonnet

    à Vauvert

    Dans le parti lepéniste, la politique, c’est une affaire de famille. Après le père, Jean-Louis Meizonnet, battu en 2020 par Jean Denat (par 155 voix), c’est au tour du député Nicolas Meizonnet de défier l’édile socialiste de Vauvert. Adhérent du Front National depuis 2011, il devient député en 2020 lors de la démission de Gilbert Collard en partance pour le Parlement européen. Contre le mariage pour tous, félicitant Donald Trump lors de son élection, Nicolas Meizonnet a aussi dirigé le FN gardois en 2017. S’il est élu, c’est Caroline Devaux qui le remplacera à l’Assemblée nationale.

    Julien Sanchez à Nîmes

    Julien Sanchez a préparé son atterrissage à Nîmes. Maire de Beaucaire depuis 2014, l’adhérent du FN depuis 2000 qui garde Jean-Marie Le Pen pour « modèle » s’est fait élire en 2024
    au Parlement européen. Également en charge des investitures du parti pour ces élections municipales, il ne passe donc qu’un an à Strasbourg avant d’annoncer sa candidature dans la capitale du Gard… S’il est très peu présent sur le terrain, il a reçu le président du RN Jordan Bardella pour un meeting, le 3 mars.

    Alexandre Allegret-Pilot à Bessèges

    Le Haut-savoyard parachuté par Éric Ciotti dans les Cévennes, promettait des défaites à tous les maires de gauche (et notamment communistes) sur sa circonscription. Finalement, l’absence de relais locaux ne lui a pas permis de peser sur les listes dans sa circonscription à l’exception de Bessèges. La ville du nord du Gard était promise à son assistant parlementaire Nathan Casano sauf que celui-ci est inéligible (il n’a pas présenté ses comptes de campagne après sa candidature aux législatives de 2022). Tant pis, le député UDR s’est rangé en cinquième position de la liste menée par l’entrepreneur pro Zemmour, Hervé Fiselle (mais largement construite par Nathan Casano).

    Aurélien Lopez-Liguori à Agde

    Après l’affaire de la « voyante ventriloque » et l’emprisonnement du maire Gilles d’Ettore (LR), le RN a très vite compris qu’il avait une carte à jouer dans la cité balnéaire héraultaise. C’est donc au député de la circonscription, Aurélien Lopez-Liguori, que la tâche a été confiée (il a dû pour cela déménager de Sète à l’été 2025) ce qui a provoqué des départs dans les rangs des élus RN locaux. Il a lui aussi reçu Jordan Bardella début février. Agde est devenu un véritable enjeu pour le parti d’extrême droite qui considère l’agglomération comme la plus prenable de France. Aurélien Lopez-Liguori aurait aussi dans le viseur la présidence du Département de l’Hérault en 2028. En cas d’élection, il sera remplacé à l’Assemblée par Bernard Chaumeil qui figure sur la liste d’Yves Michel (DVD) à Marseillan.

    Julien Gabarron

    à Béziers

    Après Emmanuelle, Robert ? Vainqueur face à la députée sortante et femme de Robert, Emmanuelle Ménard, Julien Gabarron tente désormais de s’attaquer à l’édile de Béziers qui a reçu le soutien des Républicains à défaut d’avoir celui du RN. Élu en 2014 avec l’aide du Front national, Robert Ménard reste en tête des sondages et pourrait même être élu au premier tour. Julien Gabarron, patron du RN héraultais, ancien membre de l’UMP, a tout de même reçu le soutien de trois responsables locaux de LR et espère créer la surprise dans la 2e ville de l’Hérault.

    Manon Bouquin à Mèze

    Comme en 2020, l’ostréiculteur Joël Armentier, membre du parti d’extrême droite depuis 20 ans, se lance dans la campagne des municipales. Mais cette année, il pourra compter sur le soutien de la députée du coin Manon Bouquin qui figure à la deuxième place de sa liste. Battue en 2022, l’assistante parlementaire d’Aurélien Lopez-Liguori a en effet pris sa revanche en 2024. Candidate initialement à Paris, Manon Bouquin est une ancienne militante de la Cocarde étudiante, un syndicat étudiant d’extrême droite qui a participé à des actions violentes.

    France Jamet

    à Montpellier

    Cette historique du Front national, fille d’Alain Jamet qui a fondé le parti avec Jean-Marie Le Pen et encartée dans le parti d’extrême droite depuis 1974, est devenue députée européenne lorsque Louis Aliot a été élu à l’Assemblée nationale en 2017. Soutenue cette année par l‘UDR et « Identité et Liberté », elle s’était déjà présentée dans la capitale de l’Hérault en 2014 (13,8% au 1er tour, 9,1 au second). Malgré la présence du dissident Thierry Tsagalos, France Jamet est donnée entre 8 et 10% dans les sondages.

  • Beaucaire pourrait-elle changer d’ère ?

    Beaucaire pourrait-elle changer d’ère ?

    Ensuite parce qu’il a laissé la place à Nelson Chaudon, 21e sur sa liste, qui, du haut de ses 33 ans, n’a que peu d’expérience en politique. Pour les électeurs, l’heure est aussi à juger le bilan de 12 ans de gestion par le RN. Et là, les points noirs sont nombreux. Car au-delà d’une ville fracturée, le centre-ville est délaissé, les points de deal n’ont pas tous été démantelés comme promis malgré une hausse importante des effectifs de police municipale, le marché est en perte de vitesse, la voirie est en mauvais état et l’investissement sur la base nautique de 8 millions d’euros contraint aussi les finances de la Ville.

    En face, Luc Perrin, à la tête de la liste « Unis pour Beaucaire », tente d’avancer un programme solidaire pour fédérer la commune en ayant par exemple un élu délégué et un référent dans chaque quartier. Le candidat soutenu par les forces de gauche souhaite aussi rénover l’École nationale, végétaliser les cours d’école, remettre la Maison des jeunes en activité, augmenter les places en crèche et créer un « vrai comité des fêtes ».

  • [Entretien] « L’ambition de LFI, c’est de faire perdre les socialistes »

    [Entretien] « L’ambition de LFI, c’est de faire perdre les socialistes »

    La Marseillaise : En 2020, la plupart des maires ont été mal élus en plein Covid. Un regain de participation peut-il changer la donne au premier tour, dimanche 15 mars ?

    Michel Crespy : Bien sûr. À cause du Covid, les personnes âgées, une population qui vote beaucoup d’habitude, s’étaient abstenues en 2020. Elles n’ont pas le même vote que les plus jeunes. Les personnes âgées votent davantage à droite et un peu plus RN qu’avant. L’élection de 2020 n’est pas une référence, elle a été faussée par le changement de corps électoral.

    La prime au sortant semble fonctionner quelle que soit la couleur politique alors que les électeurs sanctionnent le pouvoir au plan national. Pourquoi ?

    M.C. : Ce n’est pas du tout le même type d’élection. Aux municipales, les sortants sont connus et en général leur action est appréciée. On trouve souvent que la mairie a bien fait son travail, ce qui n’est pas le cas des dirigeants nationaux qui échouent à régler les problèmes des gens. Le maire pèse surtout sur la vie quotidienne, grossièrement la bordure de trottoir qui a son importance (!), la police municipale, les équipements publics. Mais les maires ne font pas les lois.

    Est-ce à dire qu’il y a surtout du suspense quand le maire sortant ne se représente pas ?

    M.C. : Évidemment et aussi dans les métropoles parce que cette règle ne fonctionne pas forcément car l’élection est plus politisée dans les grandes villes : Marseille, Toulouse… À Montpellier il y a moins de suspense pour trois raisons. D’abord, l’action de Michaël Delafosse (PS) a l’air très appréciée. Il a tenu ses promesses. Même ceux qui n’étaient pas d’accord reconnaissent qu’il fait ce qu’il dit. Ensuite, il a une vingtaine de points d’avance dans les sondages sur le second, c’est considérable. Enfin, l’opposition aura beaucoup de mal à s’unir et encore plus à unir ses électeurs. En 2020, les gens n’ont pas compris la fusion absurde entre Mohed Altrad, Rémi Gaillard, Alenka Doulain et Clothilde Ollier. On ne voit pas bien comment Nathalie Oziol pourrait s’associer avec Philippe Saurel, Altrad ou Gaillard. On peut concevoir Altrad/Saurel mais c’est compliqué. Sinon, dans les communes où les maires ne se représentent pas pour diverses raisons, la majorité a souvent explosé avec des disputes. Même quand le maire arbitre, cela ne suffit pas à dissuader un adjoint qui a des prétentions comme à Nîmes, Saint-Gély-du-Fesc, Mauguio… La droite est moins inquiète à Alès qu’à Nîmes. Il y a un microclimat dans chaque commune qui tient aux traditions, alliances, relations personnelles. Aux municipales, les gens se connaissent, sont proches.

    Pensez-vous que Vincent Bouget peut l’emporter à Nîmes ?

    M.C. : À Nîmes, sa liste d’union de la gauche a une plus forte dynamique qu’à Alès. Cela dépend beaucoup des résultats du premier tour : qui reste ? Qui fusionne ? Une fusion entre LR et le RN me paraît difficile même si je ne l’écarte pas totalement. Vu le sketch à Montpellier, on ne peut rien écarter. Mais c’est peu probable.

    La droite, affaiblie par les affaires et les divisions, est-elle celle qui a le plus à perdre ?

    M.C. : Ici LR détenaient beaucoup de mairies. Effectivement, on ne voit pas où ils pourraient en gagner de nouvelles, ils ne peuvent qu’en perdre. À l’image de leur pente d’effritement au plan national, mangés par le centre et le RN, ils n’ont pas de raison d’être très optimistes, il leur faut sauver les meubles.

    Le RN qui avait l’habitude d’enjamber les municipales, peut-il briser le plafond de verre ?

    M.C. : Oui, le RN peut gagner quelques villes, par exemple Marseille, il casserait la baraque. Ou des villes moyennes. Dans l’Hérault : Agde, Mèze, Frontignan ou Lunel surtout. Dans le Gard, Bagnols-sur-Cèze. À Vauvert, Jean Denat passe toujours de justesse. Et Nîmes dans le meilleur des cas pour eux. À la différence des LR qui ne peuvent que perdre des villes, eux ne peuvent qu’en gagner. Ils ne perdront pas Perpignan, ni Béziers et devraient garder Beaucaire.

    Si LFI reste à quai, cela augure-t-il d’une impossibilité pour Jean-Luc Mélenchon d’aller plus haut ?

    M.C. : Non, il sera candidat. Mais à mon avis il a fait le meilleur des scores la dernière fois, ne fera pas davantage en 2027 et ne sera probablement jamais second. Mais la présidentielle est encore dans le brouillard vu la situation internationale et ses répercussions. LFI a peu d’ambition aux municipales : principalement Roubaix et Saint-Denis. Ailleurs, on a l’impression que leur ambition c’est de faire perdre les socialistes pour montrer qu’ils ont le leadership à gauche et qu’on ne fera rien sans eux. LFI veut donner une leçon aux socialistes avec quelques exemples punitifs. C’est un calcul national.

    Le fait qu’aucun candidat aux municipales ne se réclame de Macron signifie-t-il la fin de ce courant politique ?

    M.C. : Pas forcément de son courant politique mais cela illustre la fin de Macron lui-même. Dans un an, il va être rangé sur le côté pour 5 ans. Cela n’a aucun intérêt de se réclamer de lui, d’autant qu’il est très impopulaire. Même pour ceux qui l’ont soutenu, il est hors-jeu. Ce sont les retombées négatives du fait que son mandat n’est pas renouvelable. Un Président dans ce cas-là perd toute autorité, c’est un « has been ». Il est cependant servi par la situation internationale. Plus elle s’aggravera, plus il pourra donner l’impression qu’il protège les Français s’il ne fait pas d’erreur. Mais si la situation dégénère, on va le lui reprocher aussi. Pour le reste, il n’a plus la main au plan national.

  • L’Appel de Vincent Bouget aux Nîmois…

    L’Appel de Vincent Bouget aux Nîmois…

    La Halle des sports n’a pas seulement fait le plein dimanche 8 mars. Elle a aussi donné à voir autre chose : la montée d’une colère populaire contre vingt-cinq ans de pouvoir verrouillé à droite à Nîmes. Plus de 1 200 personnes se sont rassemblées autour de Vincent Bouget et de la liste Nîmes en commun pour porter une ambition claire : arracher la ville à un système usé, clanique, incapable de répondre à l’urgence sociale, démocratique et écologique.

    Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Après un quart de siècle de règne de Jean-Paul Fournier et de ses héritiers, Nîmes paie le prix d’une gestion de notables : une ville fracturée, abandonnée par endroits, inégalitaire partout, où l’affichage et la communication ont trop souvent tenu lieu de projet collectif. Derrière les rivalités entre Franck Proust et Julien Plantier, c’est la même droite qui se déchire pour l’héritage d’un système à bout de souffle. Une droite qui a isolé les quartiers populaires, laissé prospérer les trafics, méprisé le tissu associatif et tourné le dos à trop d’habitants ; qui a privilégié l’entre-soi au destin de milliers de Nîmois.

    Dans cette campagne, le meeting du 8 mars a donc pris des allures de démonstration politique. Sur scène, Amal Couvreur, Pierre Jaumain, Julien Pacioni et Soukaïna Benjaafar ont martelé le même cap : défendre les droits des femmes, soutenir les quartiers populaires, retisser les solidarités, faire reculer les inégalités et tenir tête à l’extrême droite, qui prospère toujours sur les abandons de la puissance publique.

    En finir avec le clanisme

    En clôture, Vincent Bouget a assumé la charge contre le vieux logiciel de la droite nîmoise. Il a dénoncé une ville « abîmée », victime « du clanisme et de l’isolement » imposés par les équipes qui la dirigent depuis vingt-cinq ans. Il a opposé à cette logique de confiscation du pouvoir un projet bâti dans l’écoute des habitants, au fil de réunions, de porte-à-porte et d’échanges dans tous les quartiers. Son discours a dessiné une ligne nette : réunir une ville coupée en deux, investir dans la jeunesse, rendre enfin le pouvoir aux habitants. La gauche veut démontrer qu’il existe une alternative concrète à la fois au pourrissement libéral de la droite locale et au poison identitaire du RN.

    À une semaine du premier tour, ce meeting aura confirmé une chose : à Nîmes, l’alternance n’est plus une hypothèse lointaine. Elle devient une possibilité historique. Reste à transformer l’espoir en votes. Car face à une droite en décomposition et à une extrême droite qui guette la moindre faillite politique pour avancer ses pions, rien ne sera donné. Tout devra être arraché.