Tag: Montpellier

  • De nouvelles règles pour les trottinettes électriques

    De nouvelles règles pour les trottinettes électriques

    Début septembre, la préfecture de l’Hérault a pris l’initiative de nouvelles règles en matière de code de la route, spécifiques au département. Selon l’arrêté préfectoral, « tout conducteur d’engin de déplacement personnel motorisé (EDPM) doit être coiffé d’un casque homologué correctement attaché et d’un gilet jaune réfléchissant ». Au terme d’une phase préalable d’information, une verbalisation pourra être appliquée à partir du dimanche 11 octobre. Le non-port du casque pourra entraîner une amende de 135 euros et l’absence du gilet pourra coûter 35 euros.

    Mais qu’est-ce qu’un engin de déplacement personnel motorisé ? Outre les trottinettes électriques, les EDPM comprennent tous ces véhicules intermédiaires apparus récemment. Il s’agit des monoroues, de leurs équivalents à deux roues, les hoverboards, et de ceux comportant une poignée, les gyropodes, plus connus sous le nom du fabricant « Segway ». La préfecture inclut aussi les « cyclomobiles légers », c’est-à-dire les trottinettes électriques avec un siège, les draisiennes électriques et les vélos dotés d’une poignée d’accélérateur.

    Cinq fois plus d’accidents

    La démarche de la préfecture vise à « responsabiliser les usagers des EDPM et à permettre de mieux les protéger ». Entre 2021 et 2025, dans l’Hérault, le nombre d’accidents impliquant des EDPM a été multiplié par cinq. Les nouvelles règles s’ajoutent à celles déjà existantes dans le code de la route. À Montpellier, elles complètent le dispositif mis en place par la municipalité. Dans le centre-ville, les conducteurs d’EDPM doivent mettre pied à terre.

  • Valentin Porte : « J’ai besoin de me sentir bien pour performer »

    Valentin Porte : « J’ai besoin de me sentir bien pour performer »

    Valentin Porte (36 ans) a prolongé son contrat à Montpellier, qui se déplace dimanche 11 octobre (16h) à Tremblay, pour deux ans. Capitaine, leader dans l’âme, fidèle au MHB depuis 2016, l’ancien international (198 sélections) est un joueur à part. Et une parole à part.

    La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit après votre prolongation de contrat ?

    Valentin Porte : Je suis heureux et un peu fier de pouvoir durer, de me sentir bien physiquement et bien dans ce club. J’ai pris un peu de temps pour réfléchir. Ma première question, posée à Julien [Deljarry, Ndlr.] : est-ce que j’ai encore le niveau pour jouer au handball ? Et, à Montpellier ? La réponse a été positive. La prolongation de Zvonimir [Srna, Ndlr.] m’a conforté de rester. Mon boulot, c’est de rester le plus en forme possible. J’espère que le dernier jour de mon contrat, je serai aussi en forme qu’aujourd’hui. Je ferai tout pour.

    Avez-vous songé à la retraite ou à un départ ?

    V.P. : Je n’y ai pas pensé une seconde. Je regretterais de prendre ma retraite si tôt. Cela serait du gâchis. J’ai la chance de faire un métier passion. J’ai toujours dit tant que je peux jouer, je jouerai. Voir ailleurs, ça fait partie des réflexions de fin de contrat. Je suis dans un club où j’ai beaucoup évolué depuis 10 ans, que j’aide à faire évoluer aussi. Je ne me voyais pas tout quitter pour un an ou deux. J’ai besoin de me sentir bien, comme à Montpellier, pour performer.

    Quel est votre objectif pour la suite ?

    V.P. : Je suis un compétiteur. Tout ce que je peux essayer de gagner, je vais essayer de le gagner. Quand je retrace mon parcours, il me manque une ligne qui me fait un peu mal, c’est le championnat de France. On retrouve la Ligue des champions cette saison. C’est du bonheur. Quand on voit les deux premiers matchs, c’est quelque chose de différent. Ça m’avait manqué. C’est là qu’on voit à quel point on est capable de se sublimer sur ce genre de rendez-vous.

    Existe-t-il un sentiment d’usure physique et mentale ?

    V.P. : C’est plus dur aujourd’hui qu’il y a dix ans mais je me sens très bien. J’ai changé beaucoup de choses depuis la fin de ma carrière internationale. Aujourd’hui, je me sens peut-être mieux physiquement qu’il y a 4-5 ans. Je récupère mieux. Mentalement, ça va avec les résultats. L’année où on est 9e à la mi-saison, c’était dur. Le nerf de la guerre, pour moi, c’est le niveau physique.

    L’échec au JO de Paris, et l’élimination en quart de finale, a-t-il été dur à digérer ?

    V.P. : Oui et non, dans le sens où ça correspond aussi à la fin de ma carrière internationale. Que j’avais déjà actée. Ce qui a été dur à digérer, c’est de se dire, quel gâchis de finir sur ça. Cela aurait été magique de finir avec une médaille autour du cou à Paris. Ça m’a pris moins de temps de digérer ça que 2016 (médaille d’argent au JO de Rio). J’ai réussi de suite à zapper sur le fait que ça y est, c’est fini.

    À 36 ans, pensez-vous déjà à l’après ?

    V.P. : Oui, bien sûr. J’essaie de m’ouvrir le maximum de portes possibles, de voir ce qui pourrait me plaire. J’y réfléchis sans y passer toutes mes journées, parce que j’ai toujours dit qu’à trop y réfléchir, c’est peut-être le début de la fin de ma carrière de joueur.

    L’échéance de fin de carrière fait-elle peur ?

    V.P. : Aujourd’hui, on a beaucoup de clés pour s’y préparer, avec notamment l’association des joueurs pros. On a beaucoup d’exemples de sportifs qui arrêtent et peuvent finir en dépression. Ça fait peur, évidemment, parce qu’on vit dans un rêve depuis qu’on est professionnel. C’est magnifique avant la bascule dans la vraie vie. Passer de tout à rien, ça fait un peu peur.

    Vous avez justement connu un moment difficile. Y a-t-il eu un avant et un après votre dépression ?

    V.P. : Il y a clairement un avant et un après. Je suis un homme complètement différent de celui d’avant. Et c’est ça qui me permet aujourd’hui d’être plus épanoui. Sans ça, je ne pense pas que j’aurais prolongé. J’étais trop dans tout. Dans un surinvestissement permanent. Je prenais trop à cœur les choses. J’occultais tout ce qu’il y avait autour de moi. Je ramenais le travail à la maison. Je n’étais pas de bonne compagnie. Et, je ne le voyais pas forcément. C’était un gros travail à faire pour s’en rendre compte et évoluer. Avec plus de recul, j’essaie de moins mettre sur un piédestal ce métier. J’y accorde de l’importance mais quand c’est fini, c’est fini. Il y a une vie autour. C’est ça qui a changé.

  • L’eau, le feu et la rue : la préfète sur tous les fronts

    L’eau, le feu et la rue : la préfète sur tous les fronts

    À peine les établissements rouverts après l’épisode méditerranéen de la veille, les lycées montpelliérains se retrouvaient jeudi 1er octobre devant des barrages. Un télescopage qui résume la rentrée de Chantal Mauchet : dans l’Hérault, les crises s’enchaînent.

    Sur les blocages lycéens, « le phénomène est inquiétant et prend de l’ampleur », a-t-elle reconnu. Elle insiste sur des jeunes « assez déterminés », parfois cagoulés, des jets de pierre et la nécessité de débloquer les établissements « fermement », mais « avec tact, méthode et proportionnalité ». Une prudence dans les mots qui résiste mal aux images et aux chiffres de la répression en cours.

    La « rationalisation »

    qui interroge

    Le climat, lui, ne laisse guère de répit. La veille encore, certains cours d’eau avaient pris deux mètres en une heure, sans faire de blessé. Après des mois de sécheresse et de chaleur, l’été a laissé 1 700 hectares brûlés. Le 4 juillet, trente départs de feu avaient été recensés dans la même journée. « Ce type de canicule va être la norme, nous en prenons acte », résume-t-elle. L’État promet un retour d’expérience sur les incendies, et, pour les écoles, pas seulement de la climatisation, mais « un vrai plan d’adaptation ».

    Sur le front social, le ton change. Le jour même où fermait le centre de nuit Coallia de Montpellier, la préfète a mis en avant 2 600 places d’hébergement d’urgence, dont 900 à l’hôtel. « C’est certainement insuffisant », a-t-elle concédé. Mais la réponse tient en un mot : « Rationalisation. » L’hébergement « ne peut pas être inconditionnel », il faut éviter les « sorties sèches ». Dans le même temps, quelque 180 places vont fermer à l’approche de l’hiver.

    Sur le reste, la représentante de l’État veut se poser en facilitatrice. « L’action ne doit pas se conduire seulement depuis Montpellier », insiste-t-elle, promettant de travailler avec les élus locaux.

  • Étudiants solidaires : 5 campus bloqués à Montpellier

    Étudiants solidaires : 5 campus bloqués à Montpellier

    La mobilisation s’étend du côté des étudiants en soutien à la mobilisation lycéenne », assure Théo, étudiant en licence de géographie à l’université Paul Valéry et membre du Scum (syndicat de combat universitaire de Montpellier). Outre le campus principal de la fac Paul Valéry, situé route de Mende et bloqué depuis le 1er octobre par le Scum, les blocages se sont étendus, mardi 6 octobre, à quatre autres campus montpelliérains : la faculté de droit et sciences politiques, la faculté des sciences (campus Triolet), la faculté d’éducation et le site Saint-Charles (Albert 1er) de l’université Paul Valéry. « Les revendications des lycéens sont absolument légitimes. Ils dénoncent des choses qu’on dénonçait déjà quand j’étais lycéen. Et on constate qu’après 10 ans de macronisme, la situation n’a fait que s’aggraver », déplore Théo.

    « Beaucoup d’adultes pensent que ce n’est qu’une bande de gamins qui ont envie de tout casser, mais non. Ce sont des enfants qui ne sont plus en capacité d’étudier, et ça, depuis très longtemps. Ce n’est que maintenant qu’ils ont le courage d’enfin bouger, et c’est super. C’est maintenant qu’il faut essayer de changer les choses », estime de son côté Léa, étudiante en licence d’anthropologie à Paul Valéry. « Le fait qu’on tourne en dérision leurs revendications, c’est le mépris classique qu’on a à l’encontre de la jeunesse. Qu’on soit lycéen ou étudiant, on subit une forme d’infantilisation », renchérit Théo.

    Lycéens, étudiants : même galère

    Une jeunesse, qui, « ces dernières années, a subi énormément d’attaques, que ce soit la suppression des APL pour les étudiants internationaux, l’application de frais différenciés pour ces mêmes étudiants, mais aussi une potentielle augmentation drastique des frais d’inscription pour tous prescrite par un récent rapport du Sénat ou la suppression pure et simple des APL pour plus de 200 000 jeunes dès 2027 en calculant l’aide en fonction des revenus des parents », liste l’étudiant montpelliérain.

    « Dénoncer Parcoursup et la sélection sociale et raciste dans l’enseignement supérieur, qui broie tout le monde, nous laisse sans avenir, qui conduit à une précarité à court ou long terme et nous promet des boulots pourris payés une misère est une revendication commune aux lycéens et aux étudiants. Car c’est un continuum : on a été lycéens, on est actuellement étudiants et on sera travailleurs avant d’être retraités. C’est pour ça que nos revendications dépassent le strict milieu étudiant », insiste le représentant du Scum.

    Le syndicat annonce d’ores et déjà qu’il « continuera la mobilisation dès la semaine prochaine, y compris à l’occasion du retour des Gilets Jaunes le 17 octobre ».

  • Le cri de rage de la jeunesse à Montpellier

    Le cri de rage de la jeunesse à Montpellier

    Comme un air de CPE. Mardi 6 octobre, on se serait crus revenus au printemps 2006, lorsque la jeunesse s’était soulevée contre le scélérat Contrat première embauche (CPE) que le patronat rêvait d’imposer pour précariser la jeune main-d’œuvre.

    Vingt ans plus tard, la droite est toujours au pouvoir, la police réprime encore, l’extrême droite menace pour de bon et la jeunesse s’inquiète plus que jamais pour son avenir. C’est ce ras-le-bol et la quête d’un meilleur futur que sont venues défendre dans les rues de Montpellier quelque 10 000 personnes, essentiellement des jeunes.

    Un défilé particulièrement enjoué et sans incident majeur (quelques tags) – si ce n’est la charge disproportionnée des CRS sur la Comédie pour disperser manu militari les derniers manifestants à 16h – au cours duquel les revendications sont légion. « Le peuple manifeste, le gouvernement fait la sieste. » « Tu nous la mets à l’envers, on te la met 68. » Les nombreuses pancartes en disent déjà beaucoup sur l’exaspération face à un pouvoir qui fait la sourde oreille. En tête du cortège, les lycéens révoltés racontent le reste au sujet des deux principales revendications. Des moyens pour l’éducation nationale et stop à la répression. « En travaux pratiques, on n’a pas assez de bureaux pour que les élèves puissent s’asseoir. Mon prof d’histoire est à l’hôpital depuis un mois et n’a pas été remplacé », s’agace Tidiane du lycée Agropolis. « L’an passé, mon prof de français a été absent 6 mois », se souvient Émilie, passée du lycée Clemenceau à Monet. « Avec Parcoursup, on a peur de ne pas pouvoir continuer nos études », confie la future étudiante qui se plaint aussi des « 35 degrés dans les classes ».

    L’État aux abonnés absents

    Ces manques élémentaires relatifs aux conditions de travail, les syndicats enseignants les dénoncent depuis des années. « On avait obtenu des engagements de la Région pour des travaux énergétiques dans les lycées. Mais avec le désengagement financier de l’État, les promesses risquent de ne pas être tenues », redoute Philippe Hattais. Co-secrétaire du Snes-FSU, ce prof d’anglais réclame « des places à l’université pour tous les bacheliers ». Ce qui passe à ses yeux par « l’abrogation de Parcoursup » mais aussi du « Bac Blanquer ».

    Quant au fait que les lycées soient débloqués par la force, Titouan, lycéen à F. Bazille qui se démarque des poignées de casseurs, ne l’accepte pas. « La répression contre les jeunes est abusive. Certains ont perdu un œil, une main. Ils envoient les matraques et les lacrymos sur des enfants. »

    Dans le cortège parti à 13h15 du Peyrou pour y revenir via la gare, la Comédie et la préfecture, on lit et on entend des messages anti-flic. « Acab ! » « Tout le monde déteste la police. »

    L’extrême droite rejetée

    Non loin d’un jeune qui brandit un carton. « On veut des bonnes notes, pas des menottes », une mère solidaire de deux lycéens est venue veiller sur eux. « Mon fils a passé son Bac en juin sous 40 degrés. Il n’y a pas un ventilateur dans les lycées de Montpellier ! », s’emporte Virginie qui dénonce des « conditions d’apprentissage indignes » en amuse-bouche d’une « sélection épouvantable » vers le supérieur. « Le service public de l’éducation est laissé à l’abandon depuis des années et sous Macron c’est la dégringolade. »

    Jugeant la colère de ces jeunes « tout à fait légitime », elle se méfie de la « répression policière démesurée ». « Ce sont des Robocop en roue libre soutenus par le ministère et sans aucune retenue. » Face aux images des casseurs qui font les choux gras des chaînes d’info, elle ajoute. « Le phénomène des casseurs infiltrés, ça fait 30 ans qu’on le connaît. Ils viennent pour décrédibiliser le mouvement qui, a la base, est pacifique. On se demande bien qui les envoie… »

    Perdus de la manif, quelques petits groupes issus de l’ultra droite étaient ici ou là identifiables. Mais l’immensité du cortège qui entonnait régulièrement « Siamo tutti antifascisti » ne laissait pas la moindre place au doute concernant son allergie à l’extrême droite.

  • [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    Françoise Verna : La 7e édition des Rencontres franco-espagnoles, du 8 au 13 octobre prend cette année une dimension particulière, 90 ans après le début de la Guerre d’Espagne. En quoi la présence du ministre espagnol délégué à la mémoire démocratique, Fernando Lopez Martinez, est-elle importante le 8 octobre à Montpellier ?

    Manuela Parra : Cette présence c’est reconnaître l’engagement de ces hommes et de ces femmes qui se sont battus pour à la fois la seconde République et aussi pour maintenir la liberté et l’égalité. Cela les réhabilite et leur rend leur dignité qui a été bafouée même quand ils sont arrivés en France. C’est aussi le sens du secrétariat d’État à la Mémoire démocratique espagnol qui a été relancé depuis 2022 par Pedro Sánchez. Cela concerne notamment la recherche dans les fosses communes, la réhabilitation des victimes qui ont eu des procès inacceptables sous la dictature de Franco, etc.

    Olivier Nottale : C’est un message pour aujourd’hui ?

    Manuela Parra : Ces gens ont fait un sacrifice pour qu’aujourd’hui on puisse parler librement et être libre dans notre pays. Est-ce qu’un jour, on sera nous aussi à la hauteur ? Je trouve qu’il y a encore du chemin à faire et nous devons prendre celui de la transmission pour que les jeunes comprennent que la liberté, l’égalité, la fraternité, la République en France, c’est quelque chose de fragile, on le voit bien.

    Françoise Verna : La mémoire et l’histoire ont plutôt été écrites par les vainqueurs en Espagne…

    Manuela Parra : Les vainqueurs, c’est les franquistes qui ont mis une chape de plomb jusqu’au milieu des années 70. Donc c’est aussi un combat. Ce n’est pas la même façon d’appréhender la mémoire, par exemple ici en France avec la Résistance, qu’en Espagne. Le franquisme a, nous ne l’oublions pas, abattu la République. En fait, la mémoire démocratique en Espagne, c’est quand même beaucoup plus politique que ce que l’on voit en France où c’est beaucoup plus mémoriel, culturel. En Espagne, c’est la troisième génération qui combat et qui se bat pour l’histoire qui a été complètement réécrite par le dictateur -on va appeler les choses comme elles sont- par le dictateur Franco, comme font d’ailleurs tous les dictateurs. Quand on voit Trump aujourd’hui qui interdit un certain nombre de mots, c’est ce qu’a fait Franco à l’époque.

    Olivier Nottale : Cette histoire est aussi réécrite aujourd’hui par des partis comme Vox à l’extrême droite et le Parti populaire aussi, qui est quand même issu du franquisme.

    Manuela Parra : Quand ces gens-là reviennent au gouvernement, ils effacent tout le travail qui a été fait depuis 2007 sur ces questions de mémoire démocratique. Donc, on voit bien que l’enjeu est important pour l’Espagne. L’historien Enrique Tudela Vasquez va venir nous présenter les recherches dans les fosses communes, notamment au Barranco de Viznard où on pense que la dépouille du poète Federico Garcia Lorca pourrait être.

    Françoise Verna : C’est donc un travail très concret ?

    Manuela Parra : Je suis allée avec lui l’année dernière à Huelva, où des jeunes archéologues de l’Université Grenade ouvraient une fosse commune. Historiens et archéologues travaillent ensemble.

    On a la chance, le 10 octobre, d’accueillir Antonio Orihuela, écrivain, poète et historien. Il a fait sa thèse sur la répression et le silence dans sa petite ville de Moguer. C’est un travail sur les droites qui réécrivent l’histoire. Et il dit bien les droites Donc, en Espagne, c’est un combat qui est un combat politique.

    Françoise Verna : Federico Garcia Lorca est aussi très présent dans ces Rencontres ?

    Manuela Parra : C’est un poète, un musicien qui était ancré dans l’Andalousie et qui a fait émerger et connaître la culture populaire andalouse. Nous allons l’aborder comme symbole de l’effacement de la mémoire, puisqu’on recherche toujours son corps. Quand on parle de lui, on parle aussi des autres. Le film de Magali Negroni, Federico Garcia Lorca 1898/1936 va être le support pour en parler. La réalisatrice le traite, dans ce documentaire qui dure 50 minutes, justement sur son engagement et puis aussi sous l’angle de l’homophobie et de son homosexualité qui a été posée aussi comme hypothèse de son assassinat.

    Olivier Nottale : Des lycéens et collégiens sont aussi
    associés à ces rencontres
     ?

    Manuela Parra : J’ai tenu absolument que le film qui a été fait par les jeunes du lycée Mermoz, Entre deux frontières, une mémoire, sous la responsabilité de leurs professeurs, en partenariat avec les lycéens d’Alcalá de Henares en Espagne, puisse être projeté à l’ouverture, devant le maire de Montpellier et le secrétaire d’État à la Mémoire démocratique espagnol. Parce que c’est la concrétisation de notre démarche. Ce film est fondamental et il a certainement vocation à vivre dans les établissements. Je l’espère.

    *Du 8 au 13 octobre, « 1936-2026, Réveiller les consciences ». Programme complet sur voixdelextremepoesieetculture.blogspot.com

    Entrée gratuite.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    La Marseillaise : Pourquoi les ouvriers ont-ils eu besoin de Bourses du travail ?

    Sylvie Brunol : Au départ, ce sont des lieux faits pour accueillir les travailleurs, les informer, les aider et organiser la solidarité. On y trouve du placement, des bibliothèques, de l’entraide, et même autrefois des cours du soir, essentiels pour l’éducation ouvrière. Et au fond, cette fonction existe toujours : aujourd’hui encore, on y vient pour un conseil juridique, pour être accompagné lors d’un licenciement, pour rencontrer un syndicat. Ce ne sont donc jamais de simples bureaux.

    Ont-elles joué un rôle dans
    la construction du syndicalisme français
     ?

    S.B. : Un rôle majeur. À la fin du XIXe siècle, il y a d’un côté les fédérations de métiers, de l’autre les Bourses du travail, notamment animées par Fernand Pelloutier. La CGT naît en 1895, mais l’unification reste incomplète. Et Montpellier joue un rôle important : en 1902, Louis Niel, secrétaire de la Bourse du travail, travaille à rapprocher les deux structures. Le congrès de Montpellier marque cette unité entre fédérations de métiers et Bourses du travail. C’est une étape essentielle dans la construction de la CGT telle qu’on la connaît.

    Dès l’origine, ces lieux dépendent pourtant beaucoup des municipalités…

    S.B. : Oui, et c’est toute l’ambiguïté. Beaucoup ont été créées dans des villes radicales ou socialistes, avec des locaux fournis ou financés par les communes. Certains syndicalistes s’en méfiaient déjà : si le pouvoir municipal change, le syndicat peut se retrouver dépendant d’un élu hostile. C’est une fragilité qui traverse toute leur histoire. À Sète, par exemple, la mairie UDF a tenté dans les années 1980 de transférer la Bourse, puis a cessé de financer certaines dépenses. Il a fallu un comité de défense et des années de mobilisation pour la maintenir. Et cette tension est presque aussi vieille que les Bourses elles-mêmes. Toujours à Sète, dès 1901, le maire Honoré Euzet refuse de remettre les clés aux syndicats avec l’autonomie prévue par leurs statuts. Il faudra son départ et l’élection d’une municipalité ouvrière pour que la Bourse leur soit officiellement remise en 1902.

    L’histoire fournit aussi des exemples plus brutaux…

    S.B. : Le patronat et l’extrême droite ont toujours menacé les syndicats. Mais sous Vichy, on change clairement d’échelle. La CGT est dissoute en novembre 1940. À Béziers, en 1942, les locaux de la Bourse sont attribués à des organisations liées à la « Révolution nationale » pétainiste, tandis que des militants CGT entrent dans la clandestinité et la Résistance. Je ne dis pas qu’on peut plaquer mécaniquement cette histoire sur l’actualité, ce serait faux. Mais elle montre que quand un pouvoir veut contrôler ou affaiblir le syndicalisme, les lieux où les travailleurs s’organisent deviennent très vite une cible. Cela doit nous pousser à être vigilants.

    Êtes-vous inquiète des attaques actuelles contre les locaux syndicaux ?

    S.B. : Oui. Il y a toujours eu des conflits avec des municipalités de droite comme de gauche. Mais aujourd’hui, avec les mairies RN de Carcassonne ou Bagnols-sur-Cèze, on voit se multiplier les décisions concernant directement ces lieux : la mairie de Carcassonne a engagé une procédure pour faire quitter la Bourse du travail aux syndicats ; à Bagnols, elle a annoncé la fin de la mise à disposition des locaux du centre Mendès-France. Derrière la question immobilière, il y a la capacité de se réunir, d’accueillir les salariés, de construire une action collective. Je pense aussi à l’Italie : le siège de la CGIL a été saccagé en 2021 par des militants d’extrême droite. C’était avant l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir, mais pour moi cet épisode reste un avertissement sur la fragilité des libertés syndicales.

    Pourquoi faut-il encore défendre ces lieux en 2026 ?

    S.B. : Parce qu’ils servent toujours. On y accompagne des salariés, des chômeurs, des précaires, parfois des travailleurs sans papiers. On y trouve des conseillers du salarié, de l’aide juridique, mais aussi un espace pour s’organiser collectivement. La liberté syndicale ne vit pas seulement dans les textes : elle a besoin de lieux. Le Préambule de 1946 reconnaît d’ailleurs le droit de chacun à défendre ses intérêts par l’action syndicale. Si je devais résumer, je dirais simplement : « les droits pour tout le monde ».

    Entretien réalisé par Axel Jolidon

    « Sans vouloir
    faire de parallèle mécanique avec les années 30, certains mécanismes historiques doivent nous pousser
    à rester vigilants. »

  • Repas à 1 euro : « Seuls les premiers arrivés seront servis »

    Repas à 1 euro : « Seuls les premiers arrivés seront servis »

    « Depuis la rentrée, on observe des files d’attente interminables à l’entrée des restos U », indique Théo Haffner, élu étudiant du Scum au Crous de Montpellier. « Tout le monde cherche des stratégies, en faisant plusieurs kilomètres pour aller sur des sites moins fréquentés ou en mangeant avant 10h30 ou après 14h pour espérer avoir de la place… »

    Face à l’explosion de la fréquentation des restaurants universitaires suscitée par la généralisation du repas à 1 euro (+ 48% depuis la rentrée par rapport à la rentrée 2025), le Centre national des œuvres universitaires (Cnous) a demandé « aux directeurs généraux des Crous, de s’assurer de la capacité maximale soutenable de chaque point de restauration ». Autrement dit, l’établissement de jauges au-delà desquelles les étudiants seront refusés. « Concrètement, cela veut dire que seuls les premiers arrivés seront servis », résume le Scum. « Au lieu de mettre les moyens nécessaires pour assurer le bon fonctionnement des structures de restauration et d’ouvrir sur des plages horaires plus étendues afin que tous les étudiants puissent bénéficier des repas à 1 euro, on choisit de restreindre ce droit en imposant ces jauges  », dénonce Théo Haffner.

    Le Scum en soutien des agents du Crous mobilisés

    « À Montpellier, par exemple, on n’a obtenu que 8% de recrutements supplémentaires, soit une rallonge de 20 équivalents temps plein sur toute l’académie pour absorber cette énorme augmentation de fréquentation. C’était sûr que les conditions de travail s’en ressentiraient », estime l’élu étudiant qui rappelle que le Scum était présent en soutien à la manifestation des agents du Crous le 22 septembre pour demander plus de moyens pour la mise en place du repas à 1 euro.

    Théo Haffner souligne par ailleurs que les distributions alimentaires réalisées par le Scum « ne désemplissent pas. L’année dernière on a distribué 15 000 colis, ce qui est énorme. Et cette année on prévoit d’en distribuer encore plus, avec une nouvelle distribution chaque mercredi à l’université Paul Valéry, qui affiche complet dès qu’on ouvre le formulaire d’inscription. Donc non seulement il y a un énorme besoin vis-à-vis de ce repas à un euro accessible à tous, mais il n’est pas suffisant. Car il y a aussi beaucoup d’étudiants qui, dans leur budget mensuel, n’ont même pas les 60 euros nécessaires pour manger deux repas par jour au Crous. C’est pour ça qu’à côté de ça, nous revendiquons une augmentation du budget dédié aux aides financières pour les étudiants et des mesures moins strictes pour l’application de ces aides. »

  • Ni Tanjung, « pauvre reine de Bali » aux mille visages

    Ni Tanjung, « pauvre reine de Bali » aux mille visages

    Dans la petite salle du musée d’art brut de Montpellier, les regards sont partout. Des visages tracés à la craie grasse, des silhouettes découpées, des poupées hérissées de papiers colorés : l’univers de Ni Tanjung déborde du cadre. Jusqu’au 31 décembre, le musée consacre une exposition à cette artiste balinaise autodidacte, morte en 2020, dont l’œuvre s’est construit loin des écoles et des circuits traditionnels de l’art.

    Son histoire commence presque au bord de la route. En 2004, l’anthropologue suisse Georges Breguet la découvre à Bali, chantant et dansant devant un mur de pierres volcaniques décorées de visages. « C’était un temple dédié aux ancêtres », racontait-il lors de la présentation de l’exposition. Deux ans plus tard, l’installation compte plusieurs centaines de pierres avant d’être démantelée par une collectionneuse.

    Une nécessité de créer

    La disparition de ce premier ensemble ne freine pourtant rien. Après la mort de son mari, Ni Tanjung se met à dessiner, découper et assembler avec frénésie. Depuis sa chambre, puis son lit lorsque sa santé décline, elle fait surgir des ancêtres, des femmes, des créatures fantastiques et tout un théâtre intime. Plus de 1 200 assemblages auraient ainsi été réalisés en moins de dix ans.

    Quand le papier vient à manquer, elle cherche ailleurs : mousse de son matelas, matériaux de récupération, jusqu’à ses propres cheveux. « Elle avait un véritable besoin de créer », insiste G. Breguet. Et pourtant, « elle-même ne se prenait pas pour une artiste et s’exprimait simplement ».

    Derrière l’explosion de couleurs et les grands yeux qui fixent le visiteur, l’exposition raconte aussi une femme longtemps marginalisée dans son village, mais reconnue bien au-delà de Bali. Ses œuvres ont rejoint la Collection de l’Art Brut à Lausanne, le LaM de Villeneuve-d’Ascq ou encore la Biennale de Jakarta. À Montpellier, dessins sur carton, assemblages et sculptures ouvrent une fenêtre sur ce monde foisonnant, fragile et profondément libre. Une exposition où l’on vient d’abord pour les couleurs, avant de rester pour l’histoire d’une femme qui, jusque depuis son lit, n’a jamais cessé de peupler le monde.

  • Des rencontres pour se souvenir de la guerre d’Espagne

    Des rencontres pour se souvenir de la guerre d’Espagne

    L’espoir puis la guerre. Victorieux dans les urnes en février 1936, le Frente Popular, le Front populaire espagnol, fut réprimé dès juillet par des militaires. Le conflit de trois ans qui s’ensuivit déboucha sur la dictature de Francisco Franco. Neuf décennies après les débuts de la guerre d’Espagne, les Rencontres franco-espagnoles de Montpellier ressusciteront la mémoire des événements qui ont contraint des milliers d’Espagnols à l’exil. La manifestation, portée par l’association Voix de l’extrême Poésie et Culture, mêlera pendant cinq jours des témoignages, des interventions de chercheurs, des propositions artistiques ainsi que des productions d’élèves.

    Décentrer le regard

    La soirée d’ouverture du jeudi 8 octobre sera un premier temps fort, avec la présence du secrétaire d’État espagnol en charge de la « mémoire démocratique ». La venue de Fernando MartÍnez López intervient alors que le gouvernement dirigé par Pedro Sánchez (PSOE) a multiplié les initiatives mémorielles ces dernières années. Le rendez-vous se poursuivra avec la projection du documentaire Entre deux frontières, une mémoire, produit dans le cadre du programme européen Erasmus +. Le film restitue le regard de lycéens espagnols et français sur les traces que le conflit a laissées dans les deux pays. La soirée s’achèvera avec la conférence d’une historienne de l’art sur les engagements du peintre Joan Miró.

    Un des mérites des Rencontres franco-espagnoles est d’apporter des éclairages inédits sur la guerre d’Espagne. Le vendredi 9 octobre, Marisa Martínez Pérsico reviendra sur le départ de sa grand-mère pour l’Argentine en 1938. L’exil vers l’Amérique latine est un pan d’histoire sans doute moins connu par le public français. Le lendemain, la doctorante Léa Barril exposera ses recherches sur les conditions d’accueil effroyables que vécurent des réfugiés espagnols en Isère. L’attitude des autorités françaises de la IIIe République pendant la guerre d’Espagne est un sujet d’étude qui ne cesse d’être approfondi.

    Une autre vocation des Rencontres est d’inscrire l’expérience des réfugiés espagnols dans une histoire globale. C’est pourquoi, depuis plusieurs éditions, la parole est donnée à des organisations venant en aide aux migrants, comme SOS Méditerranée. Cette année, le lundi 12 octobre, c’est l’association France terre d’Asile qui sera reçue. Sa présidente, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale entre 2014 et 2017, Najat Vallaud-Belkacem, présentera son livre Réfugiés, ce qu’on ne nous dit pas. Co-écrit avec l’économiste Benjamin Michallet, l’ouvrage vise à désamorcer les idées reçues sur les personnes exilées. « Il nous paraît évident de faire des parallèles avec ce qui s’est passé, ou se passe, ailleurs », explique Manuela Parra, la présidente de Voix de l’extrême, elle-même fille d’exilés espagnols. « Ce n’est pas uniquement l’histoire de la guerre d’Espagne. Nous portons un propos qui se voudrait général et universel », souligne-t-elle.

    Julien Bramy

    *Plus d’informations sur la page Facebook de l’association Voix de l’extrême