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  • [Entretien] Jean-Marc Groul : « Les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses »

    [Entretien] Jean-Marc Groul : « Les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses »

    La Marseillaise : Dans quels cas parle-t-on de canicule marine ?

    Jean-Marc Groul : Il faut bien faire la différence entre le réchauffement climatique dû au réchauffement global de la planète, qui est quelque chose de lent et continu (0,4 degré en 10 ans environ) et les canicules marines, qui sont des phénomènes exceptionnels et ponctuels. On parle de canicule marine lorsque la température moyenne de la mer est dépassée d’environ 5 ou 6 degrés pendant une période d’au moins 5 à 6 jours. La canicule marine est le plus souvent liée à une canicule terrestre, les fameux dômes de chaleur comme on a eu cette année. La canicule qui a eu lieu fin juin-début juillet était de ce point de vue caractéristique : les nuages ne faisaient pas trop écran, il n’y avait pas de vent donc il y avait une énorme masse de chaleur au-dessus de la mer, qui a transmis, sur les 50 premiers mètres d’eau, une température très forte (l’eau était à 29,5°C).

    Fin juillet, c’est le phénomène inverse qui s’est produit : le thermomètre n’affichait plus que 17,5°C à la surface de la Méditerranée. Comment l’expliquer ?

    J.-M.G. : Ce qui arrête la canicule, c’est un mécanisme appelé « upwelling », dû au vent. Dans le golfe du Lion, la tramontane et le mistral ont une fonction très importante qui est de brasser les eaux. Sous l’effet de ces vents, les eaux de surface s’éloignent au large, celles de profondeur, plus fraîche, remontent. Ce mélange est essentiel à la vie de la Méditerranée. Lorsque la tramontane s’est levée, ce phénomène bien connu ici s’est produit et l’eau a plongé en température, ce qui a stoppé l’épisode de canicule. S’il n’y avait pas eu ce gros coup de tramontane, ça aurait été une catastrophe. Mais c’est propre au golfe du Lion. Au large de la Corse ou aux Baléares, la canicule marine peut s’installer et être beaucoup plus sévère.

    Globalement, les canicules marines sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses. On sait, grâce à des études très poussées, que le réchauffement climatique de la planète est responsable de plus de 80% des canicules marines. Il y a 40 ans, il y avait une canicule par an sur une zone précise. Depuis quelques années, il y en a sur tout le bassin méditerranéen et c’est 2, 3 ou 4 fois par an. C’est très préoccupant.

    Quelles sont les conséquences de ces canicules sur la biodiversité marine ?

    J.-M.G. : C’est dans les cinquante premiers mètres d’eau depuis la surface que l’impact de la canicule se fait sentir. Lorsque le décalage de température entre la surface et les profondeurs devient trop important, une séparation complète se produit : les deux zones ne se mélangent plus, un peu comme de l’eau et de l’huile. L’eau chaude reste au-dessus, l’eau froide en dessous. Or le mélange de l’eau est vital, car les eaux de surface apportent l’oxygène en bas grâce au brassage et les eaux du bas apportent les éléments minéraux pour enrichir les eaux de surface pour le plancton.

    Les espèces impactées sont celles qui se trouvent dans les 50 premiers mètres et ne peuvent pas aller plus profond. La plupart des animaux marins sont des animaux à sang froid, ce qui signifie que leur température se calque sur celle du milieu, quand celle du corps humain, par exemple, se régule. Si bien que si la température idéale pour un animal est de 20°C et qu’il fait 30°C, à moins qu’il ne puisse plonger, il meurt. Les animaux les plus menacés sont donc tous les animaux fixés : éponges de mer, gorgones, bivalves (moules, etc.), herbiers, notamment de Posidonie. Mais aussi le plancton, qui évolue essentiellement dans ces fameux 50 premiers mètres. Il y a des études menées par des scientifiques qui suivent des zones bien délimitées. Deux mois après une canicule marine, ils vont constater les dégâts : certaines zones sont entièrement détruites, comme s’il y avait eu un incendie sous-marin.

    La Méditerranée recouvre 1 à 1,5% de la surface des océans et elle contient près de 10% de la biodiversité mondiale. C’est une mer extrêmement riche. Cette biodiversité va être mise à mal, on le sait. Car les espèces qui y vivent sont adaptées à des eaux tempérées, pas tropicales. Pour autant la vie ne va pas disparaître, ça va laisser la place à des espèces qui aiment les eaux plus chaudes. Ces espèces qu’on appelle invasives ou exogènes. Elles peuvent trouver des conditions de vie assez exceptionnelles car certaines n’ont pas de prédateurs, comme par exemple le poisson-lion. Elles peuvent alors envahir le milieu.

    Ce dérèglement imposé à la mer par le réchauffement climatique entraîne-t-il d’autres perturbations ?

    J.-M.G. : Outre la perte de biodiversité, il faut aussi s’attendre à une perte de production pour certaines régions au niveau de la pêche (le Giec dit qu’il va y avoir près de 30 % de diminution selon les endroits, d’ici 2050) ainsi qu’à la multiplication des tempêtes, typhons, épisodes cévenols… Car toute cette chaleur accumulée, à un moment, ressort. Tout ça parce qu’on ne respecte rien… Les accords de Paris n’ont pas été respectés du tout, le 1,5 degré de plus est déjà dépassé. Les jeunes qui se lancent aujourd’hui dans la biologie marine vont passer leur carrière à constater cet énorme changement. Ça dure depuis des millénaires et là, en quelques dizaines d’années, peut-être une centaine, il va y avoir un bouleversement comme on n’en a jamais connu, qui a déjà commencé.

    Comment faire pour le contenir ?

    J.-M.G. : La seule façon de limiter ça, car on ne peut plus l’empêcher, c’est d’enfin prendre au sérieux le réchauffement climatique et d’appliquer les solutions qui avaient été préconisées. On sait quoi faire, mais on ne l’applique pas. La seule chose qu’on peut recommander à notre échelle, nous biologistes, c’est la mise en place d’aires marines protégées. Là non plus les accords ne sont pas respectés. On s’était engagé à ce qu’il y ait 30% de ces aires à l’horizon 2030. On en sera très loin. Et la plupart de celles qu’on déclare protégées ne le sont pas (moins d’1% le sont vraiment). Or il est plus facile de subir un réchauffement et surtout une canicule marine au milieu d’herbiers, de gorgones, de tout un milieu que sur un rocher nu. Les aires marines protégées sont des endroits très riches et là-dedans, le même poisson, même s’il souffre de la température, sera beaucoup plus apte à lutter et être résilient que dans un endroit surexploité, surpêché, pollué.

  • S’engager à son niveau pour protéger la Méditerranée

    S’engager à son niveau pour protéger la Méditerranée

    Comment agir concrètement pour la protection de la Méditerranée ? C’est autour de cette question qu’un public marseillais est venu assister au débat. Les présentations faites, le documentaire d’Hugo Hebbe sur le rorqual commun est projeté. Cette espèce menacée est sous la protection de l’ONG WWF, qui tente de créer un sanctuaire marin. « Oh, la vache ! » Dans la salle, les réactions d’admiration fusent devant le mammifère. Au fil du film, les soupirs prennent le relais, face aux scènes de maltraitance et aux menaces pesant sur l’espèce.

    « 33 % de la pression exercée sur la Méditerranée est liée au tourisme, bien devant le trafic », est-il annoncé. « C’est vrai que l’on accueille, dans les Bouches-du-Rhône, 9 millions de touristes, chaque année, qui génèrent une économie », concède Isabelle Brémond, directrice générale de Provence Tourisme. Elle poursuit : « On peut tous agir à notre niveau. Il n’y a pas de petite action. C’est aussi un travail de sensibilisation auprès des professionnels. » Pour elle, pas de doute, « développer, c’est préserver. Le tourisme n’est pas un gros mot, c’est l’inverse, c’est du développement local au plus près du territoire, c’est la connaissance de l’autre. »

    La parole se libère avec le parc de Calanques, territoire qui couvre 1 500 hectares terrestres et 45 000 hectares marins. Une vaste zone à préserver. Le public déplore « la présence du plastique énorme par rapport à des pays comme la Finlande », ou encore « que les Marseillais sont trop souvent visés, il n’y a qu’à venir au vallon des Auffes pour voir le comportement des touristes ».

    Prochaine soirée : l’alimentation méditerranéenne et durable

  • Dans le sillage de Lumexplore, images et récits d’une planète en mutation

    Dans le sillage de Lumexplore, images et récits d’une planète en mutation

    Le photographe, plongeur et biologiste naturaliste Laurent Ballesta. L’astrophysicien Jean-Pierre Luminet. L’astronaute Jean-François Clervoy. Ivan Griboval, navigateur autour du monde (…). Lumexplore, initié et organisé par la Ciotadenne Vera Frossard, porté par la prestigieuse Société des Explorateurs Français, en partenariat avec l’association Les Lumières de l’Eden et la Ville de La Ciotat, s’apprête, à nouveau, à accoster à La Ciotat. Au premier sens du terme. Tout illuminée, mardi soir, la goélette « Expédition 7e continent » fera en effet son entrée dans le Port-Vieux.

    Non, tout n’est pas foutu

    Basé « sur l’échange du réalisateur ou d’un invité avec le public », renseigne Lili Le Gall, directrice adjointe de Lumexplore, le festival* « présente 12 films en compétition et 18 hors compétition ». Si l’essentiel des longs-métrages est diffusé au cinéma l’Eden théâtre, « plus vieux cinéma du monde », un petit hors les murs est programmé à la médiathèque Simone-Veil. Autre nouveauté : en plus de la goélette, le public pourra visiter le catamaran Love the Ocean et le voilier Jonathan III, quai Berouard.

    Divers univers sont à découvrir. Monde sous-marin avec Cap Corse, le mystère des anneaux, archéologie avec Liban, les secrets de Byblos, préhistoire avec Chauvet, voyages aux origines, film sur l’une des plus belles grottes ornées au monde découverte il y a trente ans dans le sud de l’Ardèche, films sur des animaux, sur l’agriculture… à noter que le 10 septembre, le festival programme une « journée de la mer », avec entrée gratuite à toutes les séances.

    « Les films sélectionnés à Lumexplore posent une question, tentent d’y répondre, avec une réponse porteuse d’espoir », commente Lili Le Gall.Par exemple, le film Plastic Odyssey 2, diffusé le 12, relate le périple du navire qui a voyagé pendant trois ans autour du monde, le long des côtes les plus frappées par la pollution plastique. à son bord, de jeunes marins, des ingénieurs, des scientifiques qui imaginent des solutions concrètes et simples à mettre en œuvre pour transformer les déchets plastiques en une ressource pour les populations. De même, Sols couverts d’espoir, diffusé le 13, donne à voir les solutions de paysans européens pour régénérer les sols, restaurer la biodiversité et préserver l’eau.

    « Lumexplore a une vocation, celle d’éclairer la jeune génération sur le monde qui l’entoure », complète Lili Le Gall. Lumexplore junior a sélectionné 7 films réalisés par des collégiens et lycéens du monde entier. Une dizaine de jeunes ont été invités. La relève est assurée.

    * Tarif une séance : 3 euros, 12 euros la journée, 40 euros les six jours. Au cinéma l’Eden théâtre.

  • La baignade sur les plages de Fos-sur-Mer interdite suite à une pollution aux hydrocarbures

    La baignade sur les plages de Fos-sur-Mer interdite suite à une pollution aux hydrocarbures

    La Ville interdit la baignade sur l’ensemble de ses plages (Grande Plage, Saint-Gervais et Cavaou…) par un arrêté municipal. Une décision a prise suite à la détection d’une nappe d’hydrocarbures, estimée à environ 1 000 m², en début de matinée par le poste de secours.

    La police municipale, les sapeurs-pompiers et la cellule Risques majeurs ainsi que les agents municipaux sont mobilisés afin d’assurer la sécurité des usagers et le processus de dépollution.

    Des analyses sont en cours pour déterminer l’origine et la nature exacte de cette nappe. La municipalité a d’ores et déjà déposé une plainte contre X « afin que toute la lumière soit faite sur cet incident», annonce-t-elle.