Tag: Marseille

  • [L’esprit de 1936] Marseille, comme un laboratoire

    [L’esprit de 1936] Marseille, comme un laboratoire

    Marseille est un laboratoire dans le sens où le processus de réunification syndicale se nourrit des nombreux conflits qui éclatent à partir de février 1934 et anticipe la réunification nationale. Deux conflits jouent un rôle particulièrement important à cet égard :

    « La marche de la faim » des gueules noires du bassin minier de Gardanne (1935). Un millier de mineurs se rend en train à Aubagne, lieu de départ réel de la marche, aux cris de « du travail et du pain ». Selon les rapports de police, elle rassemble près de 3 000 personnes. Cette marche a été suivie par un nombre non négligeable de militants CGT et par de nombreux élus socialistes et communistes du bassin : Deleuil, Ami, Moustier, Julien, Négrel, Laget, Vidal, David etc. Une fois arrivés à Marseille, salle Ferrer, les ouvriers mineurs votent une motion demandant « à l’Union départementale confédérée, à la Fédération régionale et à la Fédération nationale confédérée du sous-sol, de s’unir sans retard avec les organisations unitaires pour la défense des ouvriers mineurs ». Dès le 27 octobre 1935, la CGT et la CGTU de Biver-Gardanne fusionnent ; le 5 novembre, un processus identique se produit à Meyreuil ; le 1er décembre, les mineurs de Gréasque réunissent à leur tour leurs syndicats. La grève des mineurs est la matrice de la réunification de la CGT.

    Le conflit du personnel de la manutention portuaire. Le 9 décembre 1935, 2 100 dockers se mettent en grève pour protester contre la diminution des revenus, justifiée, selon le patronat, par la réduction du coût de la vie. Très vite, les dockers de la CGTU, sous la direction de Victor Gagnaire, deviennent les éléments les plus actifs du conflit et écartent les deux anciens responsables sabianistes Nazzi et Ciavaldini. Ils mettent en place des piquets de grève pour éviter l’emploi de « jaunes », obtiennent l’appui des dockers de Port-de-Bouc et de Port-Saint-Louis-du-Rhône qui débraient à leur tour et paralysent ainsi l’ensemble du trafic portuaire. La situation est tellement tendue que le préfet décide d’intervenir. Le 16 décembre, à sa demande, il réunit la Commission chargée de mesurer l’évolution du coût de la vie et ses conclusions aboutissent à rejeter les baisses de salaires initialement prévues. L’issue favorable de ce conflit restructure le paysage syndical du port. Le 2 janvier 1936, le Syndicat unique des dockers est créé et c’est l’ex-unitaire Victor Gagnaire qui devient son premier secrétaire général. Le mouvement social portuaire se trouve ainsi radicalisé, et pour longtemps. Il devient, pour l’ensemble des salariés de la région, une référence essentielle, sans que pour autant tous les problèmes soient réglés.

    Malgré les tensions qui subsistent entre les instances départementales des deux CGT, la vigueur du mouvement social favorise la fusion syndicale qui paraît, désormais, inéluctable. Elle se produit officiellement les 4 et 5 janvier 1936, deux mois avant le congrès de réunification nationale qui se tient à Toulouse du 2 au 5 mars 1936. C’est en ce sens que l’on peut parler de la région marseillaise comme d’un laboratoire qui anticipe l’accord national.

  • [Un été au camping] On plante ses sardines à l’auberge de Bois Luzy à Marseille

    [Un été au camping] On plante ses sardines à l’auberge de Bois Luzy à Marseille

    Nichée sur la colline de Saint-Barnabé, l’Auberge de jeunesse du Château Bois Luzy, dispose, en plus d’une centaine de places dans ses 18 dortoirs, de 20 emplacements pour tentes, et depuis les JO, de trois pour les camping-cars, au pied d’un château chargé d’histoire. On y vient, en groupe, entre amis ou en solo, pour une question de budget. Et on y revient pour « le cadre idyllique et l’accueil extrêmement chaleureux » assurent les amis de l’ovalie toulousains. « On doit un grand merci à la directrice, avoue Jérôme, je suis une quiche avec internet et au lieu de réserver une chambre pour six, j’avais cliqué sur quatre places en tentes non équipées ». Mais Fouzia Sujet, rodée depuis des années à l’accueil des Auberges de Jeunesse de Strasbourg à Marseille, n’est pas du genre à tomber le sourire devant le désarroi de la petite bande. « On trouve toujours une solution en cas d’urgence. On peut aller jusqu’à 30 emplacements de tentes pour deux à trois personnes, on a 15 tentes équipées. D’ailleurs ici, on met tous la main à la pâte ». Direction comprise.

    Aux manœuvres de ce superbe domaine depuis deux ans et demi, Fouzia met un point d’honneur à perpétuer « l’esprit de culture populaire des Auberges », épaulée par Eryne et une équipe de huit saisonniers fidèles au poste. De mars à octobre, Julien, Laurène et Marijn accueillent avec bienveillance, Kader, Lusine et Odette sont aux petits oignons pour les hôtes, quand Marie prépare les petits-déjeuners et Nabil et Alla veillent sur leur sommeil. Bientôt, « un miel de nos ruches s’étalera sur les tartines », annonce Fouzia devant une pancarte qui prévient de la présence de nouvelles reines installées au milieu des essences de la colline.

    Ouvert au quartier

    Sur la terrasse les hébergés débarrassent les tables des dernières reliques de leur repas. Les cuisines, la laverie, les sanitaires et la bibliothèque du château sont à disposition. Et, le mascaron aux armoiries du comte, les mosaïques du patio, les peintures des boiseries ou la ferronnerie des rampes d’escaliers, le site éveille l’intérêt patrimonial.

    Le camping, version vie de château « c’est plus sympa que l’hôtel, plus détendu, plus convivial. Hier, on a passé la soirée avec des gens de Clermont-Ferrand » s’enthousiasme Jérôme. C’est encore une manière pour des voyageurs venus de tous pays de rencontrer des Marseillais : « Fouzia ouvre les portes, pour des fêtes, des vide-greniers, du théâtre, des concerts, des cours de pilate… on est chez nous, ici » plébiscite Joëlle Rousson, enseignante retraitée, membre de l’Association Loisirs Bois Luzy. Sur le parking, un cycliste remonte en selle pour s’engager sur la piste. Pour les plus sportifs les plateaux de handball, football et volleyball mitoyens complètent ce tableau dont la seule ombre tient à une offre « peuchère » de transports en commun de la Métropole, déplore Joëlle.

    Tarifs en tente à partir de

    32,50 euros par jour pour une personne, 40 pour deux, petit-déjeuner inclus.

  • L’association marseillaise Résidence Collectif célèbre ses 3 ans

    L’association marseillaise Résidence Collectif célèbre ses 3 ans

    Trois ans après sa création, l’association d’éducation populaire Résidence Collectif fête son anniversaire ce samedi au Couvent (3e arrondissement). Une soirée à prix libre, de 18h à 23h30, pensée comme le reflet de son engagement. « Le temps fort sera la table ronde autour de la question : “Peut-on devenir ce que l’on n’a jamais vu ?” On est pile dans le cœur de l’association et la question de la représentation », résume Inès Svartz, responsable de projet de l’association. Viviane Nora Adjutor, basketteuse et fondatrice de Balle en main, la réalisatrice et directrice de casting Samia Kadiri et le danseur Nadim Bel Lallahom partageront leurs parcours. « Ils ont connu ces problèmes de représentation et sont devenus des modèles », souligne Inès Svartz.

    La harpiste

    Sophye Soliveau en guest

    Créée pour « diffuser de nouveaux récits », Résidence Collectif est née d’un constat : « Beaucoup de jeunes sont peu ou mal représentés et n’accèdent pas aux milieux de l’audiovisuel, du journalisme ou de la création numérique. » Toute l’année, l’association accompagne ces jeunes lors d’ateliers pratiques, animés par des professionnels « qui ont eu un parcours similaire au leur ».

    La soirée se poursuivra avec « le classico de l’éloquence marseillaise » entre Eloquentia et Project’toi, avant des concerts. La harpiste Sophye Soliveau, nouvelle étoile de la scène soul et RnB française, proposera un solo harpe-voix. « C’est un symbole fort car la harpe est un instrument socialement situé », note Inès Svartz. Le DJ set sera assuré par Sabria B, qui anime un atelier de création sonore au sein de l’association. « L’objectif, c’est que les participants de l’atelier la rejoignent sur scène », conclut Inès Svartz.

  • Arles, la CGT ne lâchera pas ses locaux de la Bourse du travail

    Arles, la CGT ne lâchera pas ses locaux de la Bourse du travail

    Le bras de fer entre la municipalité arlésienne et l’Union locale de la CGT d’Arles n’en a pas fini. « La CGT ne se laissera pas expulser de la Bourse du travail d’Arles ! », défend la confédération nationale ce jeudi dans un communiqué de presse, alors que le tribunal administratif de Marseille a rendu sa décision dans le litige le 9 juillet.

    L’institution judiciaire confirme dans sa décision la légalité de l’action de la municipalité et exige que l’union locale de la CGT libère les locaux. Le litige débute en 2023, lorsque le maire (Horizons) de la ville, Patrick de Carolis fait savoir au syndicat sa volonté de ne pas renouveler la convention d’occupation qui prenait fin 2024. L’objectif de l’édile est d’y implanter un nouvel office de tourisme dans ce bâtiment public.

    L’activité syndicale serait maintenue dans les locaux, mais limitée à « deux salles sans fenêtres de 11 m2 » alors qu’ils ont actuellement « sept bureaux pleinement occupés », indique leur communiqué. Le syndicat dénonce une volonté du maire d’« invisibiliser et réduire le rôle et le rayonnement de la CGT sur la localité », alors que l’organisation occupe la Bourse du travail depuis 126 ans.

    Pour la CGT, la décision du tribunal administratif « si elle est maintenue en appel aurait de lourdes conséquences, pour le syndicat mais aussi pour les salariés et les Arlésiens », indique-t-elle dans son communiqué de presse.

    Sur Facebook, Patrick de Carolis se félicite, lui, de cet arbitrage. « Cette décision permet enfin à la Ville d’Arles de poursuivre sereinement son projet de requalification de la Bourse du travail, avec l’installation du futur office de tourisme. Je prends acte du verdict avec satisfaction et veillerai à la bonne exécution de ces décisions de justice. »

    Sanctuariser

    les Bourses du travail

    De son côté l’opposition municipale « Union pour Arles » ayant pour chef de file Nicolas Koukas (PCF), rappelle que le tribunal n’a statué que sur le litige, et affirme « que le débat politique demeure entier ». Ils affirment que le choix de la Bourse du travail comme nouveau lieu pour l’office de touriste constitue un choix politique « assumé, poursuivi et revendiqué ». Elle rappelle que ce lieu est chargé de « l’histoire ouvrière, de dialogue social et de conquêtes démocratiques. […] Patrick de Carolis a choisi d’effacer cette dimension historique pour imposer sa propre vision ».

    Un cas de moins en moins isolé en France. à Carcassonne, dans l’Aude, le maire (RN) Christophe Barthès a également annoncé le retrait de l’usage des locaux municipaux à quatre organisations de salariés dont la CGT.

    à quelques mois de la présidentielle où le Rassemblement national est aux portes du pouvoir, l’organisation syndicale alerte sur ces manœuvres et exige « une sanctuarisation des Bourses du travail et la sécurisation des locaux ».

  • Marseille, ces habitants militent pour une meilleure accessibilité des bus

    Marseille, ces habitants militent pour une meilleure accessibilité des bus

    Si je ne hausse pas la voix, je ne monte pas dans le bus. » Atteinte d’une poliomyélite, Rachida se déplace en fauteuil électrique. Chaque jour, prendre le bus à Marseille relève pour elle du parcours du combattant. Seuls « 31% des arrêts sont accessibles aux PMR », selon la Régie des Transports Métropolitains (RTM). « Mon handicap commence vraiment quand je suis confrontée à cet espace public qui ne m’est pas adapté », souligne Rachida.

    Cette Marseillaise fait partie du Collectif des habitants organisés du 3e arrondissement (CHO3). Pour rendre visible cette injustice, ses membres ont lancé une pétition en ligne intitulée « Droit au bus ». Publiée en mai, elle a déjà recueilli plus de 1 300 signatures, sur les 2 500 espérées par les habitants.

    Concrètement, le collectif demande des rampes d’accès fonctionnelles dans tous les bus et une formation spécifique des chauffeurs. « Car les rampes sont souvent hors d’usage et les chauffeurs ne savent pas toujours comment les sortir. Parfois, ils ne connaissent même pas l’existence de la rampe », témoigne Rachida en montrant une vidéo d’un incident à ses camarades.

    Pourtant, la RTM assure que « les conducteurs suivent une formation sur l’accessibilité, qu’ils doivent renouveler tous les 5 ans ». Au sujet des rampes, le réseau de transports soutient que « 100% des bus du réseau sont équipés de rampes d’accès », mais seuls « 92,2% d’entre elles sont disponibles, à cause des opérations de réparation ou de remplacement ».

    Une société validiste

    Après l’envoi de nombreux recommandés à la présidente de la Métropole (DVD), Martine Vassal, le collectif a décroché une réunion avec plusieurs techniciens et responsables de la RTM, en juin dernier. « Nous ne demandons pas de la sensibilisation, mais un réel changement de politique », rappelle Gaël, un autre membre du collectif. Et d’ajouter que « malgré des comportements parfois validistes, les chauffeurs ne sont pas nos adversaires, mais de potentiels alliés ».

    Le collectif appuie ses revendications sur la loi Handicap de 2005. Une loi loin d’être pleinement appliquée à Marseille, selon les membres. « Notre liberté de mobilité n’est pas respectée, alors qu’on est dans la deuxième ville de France, s’indigne Rachida. La RTM dit qu’elle va aménager 100 arrêts par an. À ce rythme, on en a pour au moins 16 ans. »

    Le plus dur reste de mobiliser les PMR directement concernées car, selon Gaël, « elles ont d’autres combats à mener, le bus passe au second plan ». « Mais on ne lâchera pas », assure fermement Rachida. En attendant d’atteindre les 2 500 signatures de la pétition, le collectif continue de faire appel aux responsables telles que Samia Ghali, présidente de la RTM. Contactée par La Marseillaise, elle déclare à propos de l’accessibilité des bus : « Je suis pleinement consciente que nous devons encore aller plus loin. Notre objectif est d’agir de manière plus efficace, en priorisant les arrêts les plus fréquentés. »

  • Les voisins d’un rooftop illégal obtiennent sa fermeture en référé

    Les voisins d’un rooftop illégal obtiennent sa fermeture en référé

    L’exploitation commerciale du toit-terrasse constitue un trouble manifestement illicite » a tranché, vendredi, le juge des référés. Le tribunal judiciaire de Marseille ordonne à Benjamin Honnorat, gérant du bar Le Pigment, 237 Corniche Kennedy, 7e, « de mettre fin à l’activité commerciale exercée sur les terrasses ». L’ordonnance prononce une astreinte de 500 euros par jour de retard.

    à l’audience, jeudi, Me Hinde Kalai, l’avocate du syndicat des copropriétaires de l’immeuble avait plaidé avec énergie « l’illégalité de l’activité commerciale » exercée sur deux terrasses réunies en une seule à la suite de travaux non déclarés par les gérants du fonds de commerce autorisé en rez-de-chaussée. « Cette terrasse de 100 m2 constitue une partie commune de l’immeuble mais elle reçoit certains soirs jusqu’à 50 personnes simultanément », a-t-elle expliqué, ajoutant que si les gérants du bar ont la jouissance privative de cette terrasse suite à l’acquisition de deux appartements en dessous, cela ne les autorise pas à se livrer à une exploitation commerciale prohibée par le règlement de copropriété.

    « L’accueil de public

    est strictement interdit »

    « Des travaux d’ampleur ont eu lieu sans autorisation préalable de la copropriété. Ils ont percé, mis des garde-corps. Les copropriétaires vivent un cauchemar, a insisté Me Kalai, les clients du bar utilisent le hall d’entrée qui est évidemment une partie commune réservée à l’habitation pour monter. Tout cela génère des nuisances sonores. »

    Créé sans autorisation d’urbanisme, le toit-terrasse a ouvert en septembre 2025, sans même avoir reçu un avis de la commission communale de sécurité. Cette situation a fait l’objet d’un PV d’infraction de la Ville transmis au parquet de Marseille qui a convoqué cette semaine le gérant. La Ville nous a confirmé d’ailleurs (LM du 15 mai) avoir mis en demeure le bar le 25 septembre 2025 lui signifiant « l’interdiction d’accueillir du public sur le toit-terrasse ». « L’accueil de public sur le toit-terrasse est strictement interdit » avait rappelé la conseillère municipale déléguée à la commission communale de sécurité et des périls, Laure Rovera, dans un courrier du 5 mai, faisant suite à une nouvelle alerte de la maire de secteur : « L’absence de réaction des services à la situation de cet établissement produit, selon ce que nous remontent les habitants du quartier, un effet d’entraînement : d’autres exploitants commencent à s’autoriser des occupations comparables de l’espace public, invoquant le précédent. Une réponse claire et rapide des services municipaux s’impose donc, au-delà même du cas particulier » a écrit Sophie Camard le 21 avril dernier aux élus en charge de l’urbanisme, des emplacements et de la sécurité civile. Force est de constater que la mise en demeure municipale de septembre dernier est restée sans effet à ce jour.

    « J’ai un diagnostic structure »

    « Où est l’urgence dans ce dossier, je ne la vois pas » a d’ailleurs contesté à l’audience Me Axel Daurat, avocat du bar Pigment qui dénonce un tohu-bohu médiatique, soutient qu’« il n’y a aucun trouble de jouissance anormal ». « La terrasse et la cage d’escalier sont des lots privatifs exclusifs. Il n’y a pas besoin de changement de destination. J’ai un diagnostic structure qui dit que tout va bien. Où est le trouble anormal du voisinage ? Démontrez-moi un préjudice collectif ! » D’expliquer in fine que son client est « engagé dans une démarche de régularisation complète et de bonne foi ». D’ailleurs un avis favorable a été émis ce 8 juin par la commission communale de sécurité à sa demande d’autorisation de travaux déposée en mars.

    Quand bien même la Ville accordait une autorisation de travaux en ERP, elle ne serait délivrée que « sous réserve des droits des tiers » et ce ne serait toujours pas une « autorisation d’ouverture au public ». Le parquet reste saisi d’infractions pénales et l’ordonnance du juge est exécutoire de plein droit.

  • La logique des marchés à l’Université fait polémique

    La logique des marchés à l’Université fait polémique

    Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a signé jeudi à Aix-en-Provence les nouveaux Contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP) avec les Universités d’Aix-Marseille, Avignon, Toulon et de la Côte d’Azur. Conclus pour cinq ans, ils sont censés permettre aux établissements de définir leur propre stratégie de développement en échange d’engagements auprès de l’État.

    Après la phase de préfiguration lancée en 2025, les universités de Nouvelle-Aquitaine et de Provence-Alpes-Côte d’Azur servent de territoires pilotes avant une généralisation. Pour le gouvernement, il s’agit de donner davantage d’autonomie aux établissements et de fixer des objectifs à long terme. Mais sur le terrain, les inquiétudes sont nombreuses.

    « On met le doigt dans une espèce de confiture et on ne sait pas où on va, ni dans quelles conditions », résume Daniel Sudreau, élu CGT au conseil d’administration et au comité social d’administration de l’Université d’Avignon. Ici comme ailleurs, la CGT et la FSU ont voté contre ce COMP. « Ce qui nous inquiète, c’est qu’on est en train de lier le financement des postes à des résultats de performance. On dit on vous finance si vous vous réorganisez, si vous supprimez des postes… C’est une mauvaise mayonnaise qui se met en place. »

    Logique délétère

    Cette méfiance s’inscrit dans une critique plus large formulée depuis plusieurs mois par la CGT FERC Sup. Le syndicat estime que ces COMP 100 % constituent une rupture majeure dans le financement des universités. Jusqu’ici, ces contrats ne représentaient qu’une part marginale des budgets (1 %). Demain, ils pourraient concerner l’ensemble de la subvention, masse salariale comprise. Pour la CGT, cela traduit une évolution profonde du rôle des universités, progressivement transformées en opérateurs chargés d’atteindre des objectifs alignés sur les priorités gouvernementales et les besoins du patronat.

    Pierre Ouzoulias, sénateur communiste des Hauts-de-Seine, conteste aussi le discours gouvernemental sur l’autonomie. « C’est une fiction », affirme-t-il. « L’essentiel du budget d’une université est consacré à la masse salariale et l’État a transféré aux universités sans compensation les charges liées aux pensions, à la mutuelle obligatoire ou encore au glissement vieillesse technicité. Le ministère ne donne pas plus d’autonomie aux universités, il leur demande juste de gérer la pénurie ».

    Selon lui, le sous-investissement chronique dans l’enseignement supérieur et la recherche fragilise durablement le service public. « La conséquence est que le privé capte désormais 25 % des étudiants, souvent avec des formations au rabais », ajoute-t-il.

    « C’est beaucoup de papier et de bureaucratie pour pas grand-chose mais la logique combattue par les organisations syndicales est tout à fait délétère », abonde le député (Après) des Bouches-du-Rhône, Hendrik Davi, spécialiste des questions de recherche. « Le problème, c’est que ça s’insère dans un contexte managérial extrêmement toxique avec un manque de moyens récurrent », note celui-ci. « On sort d’une logique de service public où l’État donne des moyens récurrents par rapport au nombre d’agents. »

    Pour l’élu marseillais, cette évolution participe d’un mouvement plus large. « C’est une généralisation de la logique de délégation de service public qui permet de faire entrer les opérateurs publics dans une logique de marché qui pourrait être menée par des opérateurs privés », explique Hendrik Davi. « C’est une idée complètement généralisée depuis une trentaine d’années dans l’appareil d’État, que la même chose peut être faite par un opérateur privé au public. D’ailleurs, c’est comme ça que les cliniques privées ont les mêmes subventions sur la tarification que les hôpitaux publics. »

  • Le sud, destination refuge en temps de crise

    Le sud, destination refuge en temps de crise

    Au Vieux-Port à Marseille, les valises s’entassent déjà sous l’ombrière. Assis sur ces bagages, les deux fils de la famille Fromentin patientent en regardant leur père dans la file d’attente pour accéder à la navette vers la Pointe Rouge. Venus de Marne-la-Vallée pour six jours, ils incarnent cette clientèle française qui, malgré un budget serré, n’a pas renoncé aux vacances. Leur destination aurait pourtant dû être tout autre. « C’était le voyage des 50 ans de ma belle-sœur prévu depuis un an. On devait aller en Sicile, mais c’est hors de prix », raconte Julie Fromentin.

    Cette adaptation des vacanciers, les professionnels du tourisme l’avaient anticipée. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que les inquiétudes du printemps, alimentées par les tensions au Moyen-Orient et la baisse du pouvoir d’achat, laisseraient finalement place à des perspectives plus rassurantes. « On a eu un printemps qui a démarré très doucement, mais pour juillet et août, les tendances sont positives », résume Isabelle Brémond, présidente de Provence Tourisme.

    Les premiers indicateurs confortent cet optimisme. Dans les Bouches-du-Rhône, les réservations de locations saisonnières affichaient, fin juin, une hausse de 7 % sur juillet et août par rapport à l’an dernier, avec +6 % pour le 14 juillet et +7 % pour le 15 août. Chaque été, le département accueille en moyenne 1,9 million de touristes. Les Français restent les plus nombreux, représentant 69 % des visiteurs. La clientèle étrangère est portée par les touristes allemands, américains, britanniques et italiens.

    À l’échelle régionale, l’optimisme est aussi de mise. « À date, on va faire a minima une aussi bonne saison que l’année dernière », assure François de Canson, président du Comité régional de tourisme Paca. Selon lui, « 80 % des professionnels se déclarent confiants pour leur activité cet été ».

    Pourtant, les vacanciers sont de plus en plus obligés de faire des choix. Une enquête de l’Ifop sortie en avril révélait qu’un Français sur deux prévoyait de réduire ses dépenses en vacances. « On voit des décisions plus tardives, des séjours plus courts et plus échelonnés dans le temps », confirme Isabelle Brémond.

    Partir, mais consommer différemment

    Même constat pour François de Canson : « Les Français ne renoncent pas à partir, mais ils consomment différemment. Une fois le logement payé, il faut arbitrer car le budget n’est pas extensible ». Isabelle Brémond abonde : « Le secteur de la restauration souffre, car là où on allait au restaurant trois fois par séjour, aujourd’hui, on va se faire la cuisine ou pique-niquer ».

    Dans les rues de Marseille, les vacanciers témoignent de ces nouveaux arbitrages. Venue de Lyon pour une semaine, Sandra reconnaît que, sans l’hébergement chez son amie Nassira, « [elle] ne serai[t] peut-être pas venue ». Plus loin dans les rues du Panier, Sacha, étudiante parisienne de 18 ans, a limité son séjour à cinq jours. « Au-delà, ça aurait été beaucoup trop cher, souffle la jeune femme qui s’est fixé un budget de 350 euros pour ses vacances. Déjà 180 euros de train, ça fait mal au porte-monnaie ».

    Au Vieux-Port, Thibault et Laetitia ont, de leur côté, traqué les bons plans : échange d’appartement, premier train Ouigo à 6h du matin et seulement un restaurant pendant leur séjour. « On ne voulait pas aller à l’étranger, parce que c’est trop cher et aussi par conviction », explique le couple. Marseille s’est naturellement imposée à eux : « On a vraiment choisi la ville. Il y a tout ce qu’on recherchait : les mobilités douces, les musées et le coût de la vie bien sûr. »

    Le témoignage du couple illustre le constat dressé par Julien Harounyan, adjoint au maire de Marseille en charge du tourisme : « Ce n’est pas une destination par défaut, c’est une destination qu’on choisit précisément pour son budget ». La ville profite d’une dynamique bien installée. En juin, la fréquentation a progressé de 4 % par rapport à 2025, les hôtels dépassent les 95 % de taux d’occupation et les locations meublées affichent 44 % de fréquentation supplémentaire. Marseille s’est même hissée en tête des destinations françaises sur le site spécialisé Booking en juillet, une première. Les récents concerts de Jul et de Bad Bunny, les demi-finales du Top 14 ou les ponts du mois de mai ont contribué à ces pics de fréquentation.

    Pour rester attractive, la mairie mise aussi sur l’Été marseillais, programme reconduit pour une 7e édition avec concerts, cinéma en plein air, activités sportives et visites. Le tout gratuitement. « L’objectif, c’est l’accessibilité pour les touristes, mais aussi pour les Marseillais qui sont là toute l’année et qui ne partent peut-être pas », insiste Julien Harounyan.

  • [C’est l’été] Récital de piano à Marseille

    [C’est l’été] Récital de piano à Marseille

    Les deux artistes se retrouveront ensuite pour un programme à quatre mains avec les Danses hongroises n°1 et n°5 de Brahms, ainsi que la Danse du Renard-Rókatánc du compositeur hongrois Leo Weiner.

    À partir de 20h30. Entre 20 et 25 euros la place.

  • « Si tu peux parler, c’est que tu respires »

    « Si tu peux parler, c’est que tu respires »

    Par Clara Ben Soussan, avocate au barreau de Marseille

    Ce ne sont pas des mots rassurants, dits à un enfant inquiet qui crierait alors qu’il a avalé un bon de travers et qui aurait peur de s’étouffer.

    Ce ne sont pas des mots qui rassurent, ce sont des mots qui torturent. « Si tu peux parler c’est que tu respires », c’est la phrase rapportée par de nombreux détenus du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe (Orne) et écrite au feutre sur le tableau du bureau des officiers, ponctuée d’un smiley sourire.

    C’est Madame Simonnot, Contrôleuse des Lieux de Privation de Liberté (CGLP), qui nous permet d’avoir accès à ce qu’il se passe dans ce quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO). Celle-ci nous apprend aussi que cette phrase accompagne souvent un « pliage », c’est-à-dire une technique utilisée par des surveillants pour projeter au sol et immobiliser au sol des détenus. Ces mots y sont utilisés comme une arme d’autorité accompagnant des violences physiques illégitimes et graves.

    C’est Gérald Darmanin, ministre de la Justice, qui est à l’initiative de ces QLCO ; son objectif était d’isoler totalement les détenus considérés comme particulièrement dangereux dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. à ce sujet, et dans une lettre du 15.10.2025, il expliquait avoir « engagé une transformation profonde de notre système pénitentiaire pour rétablir l’autorité de l’État dans les prisons, et rendre la détention plus efficace et plus sûre pour mieux protéger les Français ».

    Ce qui est décrit par la CGLP à l’intérieur de cette prison ne relève pas de l’autorité de l’État. Des propos ignobles, tenus par des surveillants sont rapportés : « Espèce de merde », « Ta gueule », « Sale bougnoule », « Ici on va te briser » ou des chants tels que : « Ici, c’est chez nous, ici c’est le IIIe Reich, les nazis c’est nous ».

    Ces établissements sont devenus des lieux de non-droit dans lesquels certains surveillants s’offrent le droit de contrevenir à leurs propres règles déontologiques et à la loi. En effet, les injures raciales constituent une contravention et les violences aggravées (par personne dépositaire de l’autorité publique, avec arme, en raison de l’origine, etc.) sont un délit.

    L’an dernier, le ministre de la justice s’est montré particulièrement insistant sur la nécessité de ces prisons dites de haute sécurité ; tellement insistant qu’il n’a eu que faire des préconisations et alertes préventives des professionnel.les du droit et des travailleur.euses pénitentiaires qui l’ont alerté sur les conditions indignes de détention.

    Il est désormais temps qu’il entende les plaintes fondées, actuelles et graves qui sont formulées. La dignité et le respect des détenus ne peuvent être mis à mal par la violence institutionnelle qui règne dans ces établissements.

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