Tag: Marseille

  • Commerce, signe de Paix

    Commerce, signe de Paix

    C’est une très vénérable institution qui célèbre son centenaire. La foire internationale de Marseille charrie avec elle les souvenirs des décennies passées, les promesses d’un ailleurs à portée de main durant quelques jours, et des merveilles technologiques et industrielles à découvrir les yeux écarquillés. Édition après édition,
    elle a été le fer de lance régional de la démocratisation des produits de consommation, des célèbres « frigidaires », dont le nom est passé dans le langage commun, à l’ameublement moderne. Sans oublier la gouaille des bateleurs, ces vendeurs à la voix forte et claire, qui emballe aussi vite le badaud que le produit.

    Des défis
    à relever

    La manifestation doit aujourd’hui relever le défi de la mondialisation des échanges et de la vente en ligne pour être le grand étal du « made in Marseille », en mettant en avant les producteurs et industriels de la région et les aider à rencontrer le public. être une véritable vitrine du savoir-faire local, une orientation pleinement assumée en cette année hautement symbolique. Mais la foire, c’est aussi une fenêtre grande ouverte sur le monde et en particulier le bassin méditerranéen. Marseille, « porte du Sud » tient pour tradition ancestrale, de ses 2 600 ans d’histoire, d’être un port ouvert aux échanges, à l’accueil et à la fraternité que les liens commerciaux ont toujours concrétisés. Signe qu’une paix stable et durable s’est progressivement installée. Et l’événement nous rappelle immanquablement l’impérieuse nécessité d’en appeler à la paix au Proche-orient.

  • Martine Vassal chez elle à la rentrée des LR

    Martine Vassal chez elle à la rentrée des LR

    Face aux affiches qui célèbrent « la France des honnêtes gens », ils étaient plus de 400 ce vendredi soir à acclamer leur « candidate naturelle » Martine Vassal. Renforcée après l’élection de Bruno Retailleau, la fédération des Républicains des Bouches-du-Rhône a vu sa rentrée se transformer rapidement en meeting pour la présidente (DVD) de la Métropole.

    Les esprits certes sont échauffés après la condamnation de Nicolas Sarkozy. « Ceux qui ont lu Soljenitsyne, on y est presque », souffle la présidente de la fédération Laure-Agnès Caradec. Mais ce sont les municipales qui occupent les esprits. « Le Printemps marseillais voulait faire le plus grand port d’accueil des migrants, arrêter les permis de construire, ne voulait plus de vidéoprotection, ils ont tenu leurs promesses, ils nous amènent vers l’abîme », lance Martine Vassal. Elle pose trois axes de campagne, la sécurité, les incivilités, l’attractivité. « Il faut un choc fiscal », annonce-t-elle, promettant de baisser les impôts locaux. Certes, il lui faut se justifier après les perquisitions dont elle a fait l’objet, tout comme le « maître chanteur », son ancien directeur des relations internationales, qui l’accuse. « On ne va pas valider un deuxième féminicide politique dans notre ville. Une Rubirola, c’est bon, deux, c’est trop », ose-t-elle. Avant de renvoyer dos à dos « l’immobilisme du Printemps marseillais » et « l’amateurisme du Rassemblement national ». Au risque de banaliser toujours plus l’extrême droite. Peu importe, elle fait semblant d’y croire, pourvu que l’alliance de la droite et du centre tienne : « Ensemble, nous allons gagner ! »

  • Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    On a souvent consulté le livre de Régis Bertrand à propos des Santibelli et puis aussi Crèches et Santons de Provence, l’édition de la thèse qu’il avait soutenue en décembre 1989 sous la direction de Michel Vovelle. On a assisté à des conférences de ce chercheur-transmetteur qui enseigna pendant 25 ans l’histoire de la Provence à la Faculté des Lettres d’Aix. Pour autant on ne pouvait pas concevoir la finesse, la diversité et l’étendue de la collection qu’il divulgue cet été dans les vitrines d’un musée pour l’heure faiblement visible : en dépit des foules qui affluent, ils sont rares les visiteurs qui fréquentent le rez-de-chaussée de la Basilique de Notre-Dame.

    Quand on aura apprécié tel ou tel détail étonnant ou bien savoureux parmi les pièces que cet homme de grande discrétion a choisies pour son exposition – par exemple, les créations de Jean-Louis Lagnel, son Dresseur de marmottes, des Adorants, une Porteuse de légumes, un Valet à la lanterne, un Joueur de cor – on appréhendera mieux l’inlassable curiosité, le désir de comprendre et l’empathie qui sont les moteurs de la collection qu’il a composée en pleine entente avec son épouse Geneviève. Avant les publications de Régis Bertrand, les approximations d’auteurs pionniers comme Elzeard Rougier, Marcel Provence et Pierre Ripert, ou bien la propagande touristique des livres consacrés à la Provence empêchaient de mesurer les évolutions engendrées par deux siècles de création.

    Une fois de plus on éprouvera qu’un bon historien, par ailleurs capable d’assumer avec talent le rôle d’un commissaire d’exposition, affûte notre regard : il met de l’ordre parmi les souvenirs et les observations sur le terrain. Les objets et les cartels de son exposition situent impeccablement les grandes articulations de sa thèse. Preuves à l’appui, on voit qu’au fil des ans, les incarnations, les émotions et les récits de la religion se transforment, peuvent trouver leurs extensions dans des registres de l’imaginaire délibérément profanes. En provençal un « santoun » est un petit saint. Au milieu du XVIIIe siècle, une propagation s’effectue, on imite dans les églises du Midi des figurines en provenance de la Bohème, de Naples et de l’Italie. Les premières crèches, ce sont trois ou quatre personnages en bois qui accompagnent sur les autels les offices de l’Évangile de Noël. À côté de Joseph et Marie, les bergers et les mages vont se multiplier.

    Un village qui oublie Bethléem

    Assez vite, aux figures de la piété religieuse, s’ajoutent des personnages de la vie quotidienne. Le précurseur Jean-Louis Lagnel moule et invente des figurines qui imitent les silhouettes des personnes qu’il croise au Panier. Son meunier et son Ravi, le vannier ou la fileuse qui peuplent ses crèches ne viennent certes pas de la Palestine. Au fourmillement de cette population locale, correspond un détournement du territoire de la création. L’étable de la naissance de Jésus n’est plus le centre de la représentation, elle est reléguée sur la droite de la scène. À la place de Bethléem, on se retrouve parmi d’autres ritournelles, dans la Crau, à Moustiers ou dans les Alpilles : voici des moulins, des cyprès, un puits, des ponts et des montagnettes. Des boulangers, des fermières et des tambourinaires, une micro-société traditionnelle vêtue avec des gilets, des bonnets, des cotillons et des jupes d’indienne, des stéréotypes s’imposent. La niche d’une économie souterraine survivra, une civilisation s’efface doucement, un fragment de la société « contemple son reflet miniaturisé ».

    Pour paraître on ne sait pas encore quand, 2027 ? Régis Bertrand achèvera prochainement un vaste chantier, la rédaction d’un Dictionnaire des Santons et des Santonniers. Un autre mérite de son exposition est d’identifier clairement des écarts, des styles et des inventions : à côté de l’aubagnaise Thérèse Neveu et de l’aixois Paul Fouque, on découvrira les mini-biographies de plusieurs artistes-artisans que l’historien sort de l’anonymat. Entre autres, des Marseillais comme les Carbonnel, la famille de Pierre Pagano qui fut d’abord libraire-papetier, un autodidacte varois l’électricien André Filippi qui affectionnait le primitivisme de Dellepiane ainsi que des femmes-santonnières, Simone Jouglas, Émilie Pucilleni-Meinier et Marie Rouvier.

    Exposition « Pour une histoire des santons ». Jusqu’au 30 octobre, Musée Notre-Dame de la Garde, rez-de-chaussée de la Basilique, sauf lundi de 9h à 17h, entrée 3 euros.

  • Naomie Bamenga, promesse du milieu marseillais

    Naomie Bamenga, promesse du milieu marseillais

    Jeunesse et qualité de jeu, Naomie Bamenga est entrée avec vigueur dans le onze de départ phocéen. Arrivée cet été aux Marseillaises, en provenance de Lille, la Nordiste a proposé de premières prestations intéressantes sous le maillot ciel et blanc. La milieu de terrain offensif est une promesse. Titulaire lors des deux dernières rencontres contre Montpellier et Le Havre, elle le sera sans doute pour la réception de Fleury, ce samedi (17h), à Martigues.

    Bamenga, un talent verrouillé

    Auparavant, elle a dû passer par la case infirmerie. Une rupture partielle de la cheville lui a fait manquer une bonne partie de la préparation. « Ce n’est jamais facile de vivre une blessure durant la préparation, car on a envie d’être sur le terrain avec les copines. J’ai été patiente et positive. Maintenant, je suis tournée vers la suite et j’ai encore plus faim », lâche-t-elle.

    Son recrutement a été réalisé dans le cadre de la structuration de ce nouvel effectif, qui se veut taillé pour la Première Ligue. Dalin Anrifani, coach de l’équipe depuis quelques semaines et historique du club, explique ce choix d’enrôler la native de Lille. « Naomie fait partie des joueuses sur lesquelles le club a investi. Elle reste jeune mais elle a un très fort potentiel, elle a déjà pu le démontrer ici. Je suis satisfait de ce qu’elle fait et je reste curieux et attentif de ce qu’elle peut faire. » Naomie Bamenga a fait ses classes au Losc, dans sa ville d’origine. Entrée au centre de formation à l’âge de 13 ans, elle signe pro à 17 et a directement connu l’équipe première. La joueuse de 22 ans garde toujours les Dogues dans son cœur. « Le Losc représente beaucoup parce que c’est mon club formateur, c’est là que j’ai évolué depuis petite. J’ai connu les hauts et les bas, la D1, la D2, les U19 Nationaux. Je ne retiens que du positif. »

    Samedi, Fleury débarque dans l’antre des Marseillaises, à Martigues. Une confrontation face à un club habitué à l’élite, qui a terminé 5e la saison dernière. Ce sera une bataille pour espérer l’emporter. « Fleury fait partie de la D1 depuis un moment, avec une régularité au classement. On ne les prend pas du tout à la légère, mais on y va avec de l’ambition pour prendre nos premiers points en championnat » détaille le coach Dalin Anrifani. Après la déception de ne pas avoir concrétisé ses occasions face au Havre, l’OM a l’envie de voir les efforts fournis être récompensés.

    3e journée de Première Ligue

    À 17h au stade Francis-Turcan, à Martigues

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À Cantini, Pinocchio suspendu au bout d’une cordelette

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À Cantini, Pinocchio suspendu au bout d’une cordelette

    Parfaitement absurdes, voilà que surgissent d’un néant plus ou moins burlesque, ce transpercement, cet effilement et cette excroissance, la pointe difficilement terminable de son nez. L’extravagance de ce plâtre rejoint les terreurs irrationnelles qu’éprouvent les enfants et les adultes. Un croc et les nœuds d’une cordelette empêchent les déséquilibres qu’il devrait provoquer.

    Ce serait une agonie sans recours possible. Une œuvre de rebrousse-poil qu’on peut trouver brutale, démesurée, carnavalesque et sarcastique. Quelques-uns, c’est assez facile, estiment carrément phallique le développement de son nez. Plus ou moins dérisoires, sa suspension et son épuisement ressemblent à un début d’exorcisme. Ce malheureux est ambivalent, Pinocchio est un frère qui engendre de la compassion.

    C’est une œuvre de l’après-guerre que Giacometti remanie, au lendemain d’une exposition de 1948 dans la galerie Pierre Matisse de New York. Il s’acharne à réaliser à Paris en 1949 cette seconde version présentée à Cantini. Dans sa monographie Yves Bonnefoy explique qu’à l’époque de la création de cette pièce, Alberto Giacometti sortait d’un grand désarroi. Il était traumatisé par le décès vers trois heures du matin, de son voisin Tonio, le gardien des ateliers de la rue Hippolyte-Maindron. Pour se délivrer de ce qui le hante, il aurait convoqué ses souvenirs d’un crâne-trophée aperçu au musée de Bâle. Dans un essai édité chez Gallimard, Jean Clair évoque à propos de cette face de Carême, Nicolas Gogol et Stanley Kubrick. Il souligne qu’en cette occurrence, Giacometti s’éloigne franchement d’André Breton et des utopies Surréalistes. Sans futur envisageable, il se rapproche de Pablo Picasso et de la revue Documents de Georges Bataille où furent publiées des reproductions de masques et de crânes océaniens.

    À revenir voir sans plus attendre. Depuis jeudi et jusqu’au moment de la clôture définitive, demain soir 18h, ce dimanche 29 septembre, la Ville de Marseille offre des entrées libres et gratuites rue Grignan, chez Jules Cantini, exposition « Alberto Giacometti, Sculpter le vide ».

    Plâtre et métal peint, format 82 x 37 x 71 cm

  • Chefs-d’œuvre des musées de Marseille

    Chefs-d’œuvre des musées de Marseille

    plâtre et métal peint, format 82 x 37 x 71 cm,

    On découvre ses couleurs et son cri. Une cage rectangulaire, un socle et des barreaux de métal enchâssent son entrée en scène. On remarque un crâne émacié, des traits criblés par plusieurs stigmates, une bouche stupidement hurlante, des moignons de mâchoires apparentes, une incroyable encolure de cheval. Parfaitement absurdes, voilà que surgissent d’un néant plus ou moins burlesque, ce transpercement, cet effilement et cette excroissance, la pointe difficilement terminable de son nez. L’extravagance de ce plâtre rejoint les terreurs irrationnelles qu’éprouvent les enfants et les adultes. Un croc et les nœuds d’une cordelette empêchent les déséquilibres qu’il devrait provoquer.

    Ce serait une agonie sans recours possible. Une œuvre de rebrousse-poil qu’on peut trouver brutale, démesurée, carnavalesque et sarcastique. Quelques-uns, c’est assez facile, estiment carrément phallique le développement de son nez. Plus ou moins dérisoires, sa suspension et son épuisement ressemblent à un début d’exorcisme. Ce malheureux est ambivalent, Pinocchio est un frère qui engendre de la compassion.

    C’est une œuvre de l’après-guerre que Giacometti remanie, au lendemain d’une exposition de 1948 dans la galerie Pierre Matisse de New York. Il s’acharne à réaliser à Paris en 1949 cette seconde version présentée à Cantini. Dans sa monographie Yves Bonnefoy explique qu’à l’époque de la création de cette pièce, Alberto Giacometti sortait d’un grand désarroi. Il était traumatisé par le décès vers trois heures du matin, de son voisin Tonio, le gardien des ateliers de la rue Hippolyte-Maindron. Pour se délivrer de ce qui le hante, il aurait convoqué ses souvenirs d’un crâne-trophée aperçu au musée de Bâle. Dans un essai édité chez Gallimard, Jean Clair évoque à propos de cette face de Carême, Nicolas Gogol et Stanley Kubrick. Il souligne qu’en cette occurrence, Giacometti s’éloigne franchement d’André Breton et des utopies Surréalistes. Sans futur envisageable, il se rapproche de Pablo Picasso et de la revue Documents de Georges Bataille où furent publiées des reproductions de masques et de crânes océaniens.

    À revenir voir sans plus attendre. Depuis jeudi et jusqu’au moment de la clôture définitive, demain soir 18h, ce dimanche 29 septembre, la Ville de Marseille offre des entrées libres et gratuites rue Grignan, chez Jules Cantini, exposition « Alberto Giacometti, Sculpter le vide ».

  • Les nouvelles pages de la maison d’édition phocéenne

    Les nouvelles pages de la maison d’édition phocéenne

    Cela ne fait que 4 ans et demi que la maison d’édition le Bruit du monde existe. Pourtant, une cinquantaine de livres porte déjà le nom de la maison d’édition. Et le 2 octobre, ce sont trois nouveaux livres qui vont rejoindre son catalogue, dont deux non-fictions écrites et pensées à Marseille.

    C’est en mars 2021 que Marie-Pierre Gracedieu et Adrien Servières, tout deux salariés chez des grands éditeurs à Paris, montent leur propre édition dans la cité phocéenne. « Nous voulions publier peu mais mieux », explique la fondatrice. L’ambition, comme l’indique son nom, est de faire voir aux lecteurs « des mondes qui leur sont inconnus », d’après les mots de l’éditrice. Tout en mettant l’accent sur la narration.

    Si c’est à Marseille qu’ils ouvrent leur boutique, ce n’est pas un hasard. « On a choisi la ville pour son histoire, qui remonte à l’antiquité et ses migrations, explique Marie-Pierre Gracedieu. C’est aussi pour sa dimension internationale que l’on est venu. Ici, on entend parler de nombreuses langues. C’est ce que l’on espérait, et ça s’est concrétisé en allant au-delà de nos espérances », affirme-t-elle.

    La publication le 2 octobre du récit d’Amine Kessaci Marseille essuie tes larmes est un aboutissement pour la petite maison d’édition. « On suit depuis le tout début de notre maison d’édition l’écriture de ce livre. On a rencontré Amine Kessaci grâce à Philippe Pujol il y a quatre ans, se souvient Marie-Pierre Gracedieu. Pour nous, il traduit ce que l’on voulait faire avec notre édition : faire voir des univers inconnus et casser les préjugés. » Ce récit à la première personne prend la forme de lettres adressées à son frère mort d’un narcomicide. L’auteur y raconte les conséquences de ce trafic sur sa vie et celle des habitants de son quartier.

    Le deuxième ouvrage, Mazan, anthropologie d’un procès pour viol, d’un collectif de 14 chercheurs et chercheuses sort également le 2 octobre. Un livre né entre les murs de la veille charité, où travaille le collectif. Il donne à voir « un sujet que l’on pense connaître d’une autre façon », explique l’éditrice. « Le but était de s’intéresser aux interstices, d’aller voir là où personne ne va voir : au café en face du tribunal, dans le procès d’à côté… Pour raconter les conséquences de ce procès pour les gens », explique Riwanon Gouez, l’une des autrices.

  • « L’enfance a fait renaître Marcel Pagnol »

    « L’enfance a fait renaître Marcel Pagnol »

    La Marseillaise : La particularité narrative de votre film s’inscrit dans la rencontre entre Marcel Pagnol et son double enfantin. Comment cette clef de lecture s’est imposée à vous ?

    Sylvain Chomet : Il y a 8 ans, j’ai rencontré Nicolas Pagnol [petit-fils de Marcel Pagnol, Ndlr], qui m’a proposé de faire un documentaire avec l’utilisation d’archives, mais aussi des bouts d’animation. Je lui ai donc fabriqué une petite scène et, de fil en aiguille, les investisseurs et personnes auxquels on l’a présenté ont fait part de leur envie de revivre cette époque à travers un dessin animé. Moi, j’avais écrit un documentaire, plus traditionnel. J’avais donc besoin de trouver un déclic et Nicolas Pagnol m’a invité à visiter l’hôtel particulier de Marcel Pagnol, qu’on voit beaucoup dans le film. Quand je suis arrivé dans son bureau, chichement décoré, je me suis dit que ça serait formidable qu’il y soit attablé, en train d’essayer de se remémorer ses souvenirs. C’est là qu’intervient le petit Marcel. Une conversation s’engage entre eux et il va revivre sa vie avec son petit alter ego sur l’épaule.

    Plus qu’à Pagnol, votre film est une déclaration d’amour au cinéma. Quelque chose qui traverse le public, comme un sentiment. En ce qui vous concerne, celui qui vous habite le plus est-il la nostalgie de l’enfance ?

    S.C. : Je ne voulais pas que le film soit nostalgique. L’idée était de dépeindre une époque, très différente de la nôtre, où il y avait énormément plus de liberté. Marcel Pagnol disait d’ailleurs que c’était une époque bénie, pendant laquelle on pouvait se lancer dans des projets fous. C’est pour cela que j’ai voulu faire un film très coloré. Je ne voulais pas d’un film sépia pour rendre hommage à cette époque qui, selon moi, allait dix fois plus vite qu’aujourd’hui. Marcel Pagnol a vécu l’époque de l’apparition des voitures, des avions, du téléphone. Et il est surtout né au moment de l’invention du cinéma. Son année de naissance correspond à celle de la sortie de L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat [réalisé par Louis Lumière en 1895]. Ces inventions ont changé le quotidien des gens. De nos jours, il ne s’invente pas vraiment grand-chose et quand c’est le cas, cela va plus dans le sens de leur malheur. On le voit avec l’intelligence artificielle. Ce n’est pas rassurant, alors qu’à l’époque, il y avait quelque chose d’enthousiasmant.

    Qu’est-ce qui permet de retrouver cet enthousiasme ? L’enfance, qui est un guide chez Pagnol ?

    S.C. : L’enfance est un guide pour lui et c’est surtout ce qui l’a fait renaître. Quand il avait 62 ans et qu’il n’en avait plus l’envie, il a commencé à écrire La gloire de mon père. C’est grâce à cet enfant qu’il s’est remis à avoir du plaisir à écrire. Une facette que la plupart des gens connaissent beaucoup plus que le Marcel Pagnol dramaturge ou cinéaste.

    Quelle était votre relation à l’œuvre de Pagnol avant de faire ce film ?

    S.C. : Quand j’avais 10 ans, on avait encore la chance d’avoir Pagnol au programme scolaire et j’ai découvert le plaisir de la lecture grâce à La gloire de mon père. ça parlait d’un petit garçon de mon âge, né à une époque différente, mais surtout dans un endroit mythique à mes yeux : la Provence. Pour moi, le petit banlieusard, c’était complètement exotique. C’est donc par La gloire de mon père que le soleil de Provence est entré chez moi. « Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban… ». Ça commence par ça et le film finit aussi de la sorte.

    Finalement, le cinéma d’animation était le meilleur moyen de faire revivre Pagnol…

    S.C. : C’est une renaissance, a dit Nicolas Pagnol. On parle quand même de la vie de quelqu’un qui est devenu ce qu’il est, simplement parce qu’il écrivait des poèmes, des pièces pour le théâtre ou pour le cinéma. Si tout cela pouvait redonner aux enfants l’envie d’écrire… Marcel Pagnol parle de lui, mais est tellement universel qu’on a presque tous le sentiment d’être nés sous le Garlaban. Je pense aussi à la belle lettre d’amour signée par le rappeur SCH [lui aussi né à Aubagne] pour la fin du film, où il reprend cette phrase. L’œuvre de Pagnol, ce n’est pas forcément des histoires gaies. Mais il y a toujours cette chaleur humaine dans le texte, à laquelle j’ai voulu rendre hommage.

    Comment avez-vous apprivoisé le passage du muet, qui caractérise vos deux films majeurs, « Les triplettes de Belleville » et « L’illusionniste », à la faconde pagnolesque ?

    S.C. : Cela a nécessité un gros travail. Si j’avais fait un film sur Pagnol en muet, j’aurais fini en asile. J’ai beaucoup utilisé de dialogues originaux de Marcel Pagnol et je me suis aussi fait des plaisirs de dialoguiste en écrivant des dialogues pour Raimu et Fernandel. Les faire revivre en écrivant des scènes avec des parties de pétanque, c’est extraordinaire. Pagnol est un monument de la langue française, mais il ne fallait pas que je me sente inhibé face à lui.

    Le public vous connaît aussi pour avoir réalisé la séquence animée d’ouverture de « Joker : Folie à deux » (2024). Marcel Pagnol a, lui, vu naître son amour pour le cinéma parlant après la vision de la comédie musicale « Broadway Melody » (1929). La musique des instruments et du verbe vous réunit-elle ?

    S.C. : J’ai toujours pensé que l’animation, c’était de la musique en images. Et il se trouve que Pagnol jouait aussi du piano et de la guitare. On a peut-être ce sens du tempo en commun : savoir où exactement faire démarrer une scène, à quel moment changer de plan… C’est aussi pour cela qu’il y a beaucoup de musique dans le film, surtout du piano, un instrument romantique qui fonctionne très bien pour cette occasion.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • Une nouvelle résidence sociale pour étudiants rue Saint-Pierre

    Une nouvelle résidence sociale pour étudiants rue Saint-Pierre

    Derrière la grue qui a pris place depuis quelques semaines rue Saint-pierre, élus de la ville de Marseille et promoteurs se sont réunis ce vendredi pour poser la première pierre symbolique de la résidence Op’timone. Dans 15 mois, c’est au croisement de cette rue et de la rue Crillon que devrait s’élever cette nouvelle résidence sociale pour étudiants.

    « Ce projet répond à un vrai besoin de logements étudiant. On sait qu’en France certains étudiants changent d’orientation ou abandonnent leurs études à cause de difficultés à se loger », insiste Jean-Philippe Trede, directeur général de Fac Habitat. Ce sont donc 87 logements qui devraient sortir de terre dans ce quartier où la demande est forte avec notamment la faculté de médecine à quelques centaines de mètres. La résidence proposera des studios ou des T2 avec ou sans balcons et sera pourvue d’un jardin, une laverie, une chaufferie et d’espaces communs. Le rez-de-chaussée devrait être occupé par des commerces.

    Un terrain qui n’a pas été choisi au hasard. « La rue Saint-Pierre est importante dans la vie étudiante, puisqu’elle relie la plaine à la Timone, affirme Didier Jau, maire (EELV) du secteur 4/5. C’est dans cette vie étudiante foisonnante que va s’inscrire cette résidence. » Un projet qui accompagne la transformation de la rue Saint-Pierre promise pour 2027 par la Métropole. « Ces projets vont permettre un renouvellement du quartier », affirme le maire de secteur.

    « Ce projet est la preuve que des partenariats publics, privés peuvent se faire pour l’intérêt commun », insiste Raphaël Emin, directeur général de Demathieu Bard Immobilier. Après la construction du gros œuvre par ce promoteur, la gestion sera donnée à Axentia et Fac Habitat, une association de gestion de résidences étudiantes. Dans tout ce processus, la Ville de Marseille a été un partenaire important.

    La résidence sera ouverte pour tous les étudiants sous conditions de ressources. Les loyers n’ont pas encore été définis, « mais ils devraient être autour de 540 euros toutes charges comprises : électricité, eau et wifi. Et les logements seront évidemment éligibles aux APL », explique Jean-Philippe Trede.

    L’immeuble devrait sortir de terre à la rentrée 2027, et les dossiers pourront être déposés 6 mois avant son ouverture.

  • Un site de déchets verts fermé à Château-Gombert

    Un site de déchets verts fermé à Château-Gombert

    « Comme ma cousine fait de la politique, ça vient de là »

    La gestion des déchets verts reste problématique pour le Groupe Chailan, une entreprise de travaux forestiers qui a pignon sur rue et traite régulièrement avec les collectivités. Le préfet a pris le 18 septembre un arrêté de mise en demeure à son encontre, la sommant de régulariser un site de transit et de regroupement de déchets verts à Château-Gombert.

    À la suite d’une plainte, une inspection de la Dreal a constaté le 8 avril 2025 la présence au 24, rue Etienne Miège (13e) d’un tas de 950m3 de déchets végétaux, d’une benne de 30m3 de troncs d’arbres coupés et d’un tas de 380m3 de déchets broyés. Pas d’amiante, pas de gravats du BTP certes, mais plus de 1 000m3 de déchets végétaux, ce qui impose un enregistrement comme installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE).

    « C’est fini, mais avant, beaucoup de camions venaient jeter. Des fois ça sentait le brûlé et il y avait de la fumée », nous dit une riveraine qui continue de promener ses chiens sur ce terrain jonché de copeaux de bois. La Soleam est le propriétaire de cette parcelle nue qui devait bénéficier au Département au titre d’un emplacement réservé pour la réalisation de la LINEA, projet annulé par la justice.

    Interrogé l’aménageur de la Métropole confirme avoir passé une « convention d’occupation précaire jusqu’au 30 septembre 2028 » avec le Groupe Chailan qui réglait un loyer pour un « usage légal, temporaire et précaire » d’une partie de la parcelle, en l’espèce du « stockage de bois (abattage) et des volumes de “déchets verts” issus des coupes et tailles ». Mais, ajoute la SOLEAM, « le Groupe Chailan a souhaité résilier la convention avant la date butoir. L’occupation du site prendra donc fin le 10 octobre 2025 ».

    « J’ai tout bien fait dans les règles mais on a toujours une association sur le dos. Je ne faisais que du transit de déchets verts, de la biomasse », assure le gérant, Philippe Chailan, joint par téléphone. « J’ai tout arrêté. Je ne sais toujours pas pourquoi ils m’en veulent. Je suis réputé, j’ai pas de souci. Je pense que comme ma cousine fait de la politique, ça vient de là. C’est le vrai fond du problème. »

    Ce n’est pourtant pas le premier manquement de cette entreprise condamnée en octobre 2023 à une amende pour 6 000m3 de déchets verts sur un terrain, avenue des Pâquerettes (13e) gracieusement prêté par le Département. Un simple « accord verbal » avec un obscur chef de service, ce qui avait fortement indisposé le tribunal, au point de débouter le Département pour « comportement fautif ».

    C’est un fait que le Groupe Chailan a longtemps été dirigé par la conseillère municipale d’Allauch, Monique Chailan-Robineau (ex-LR) qui nous dit avoir laissé les rênes « en 2007 » de l’entreprise de son « arrière arrière grand-père » à son cousin germain. « Tant mieux qu’il y ait des associations de défense de l’environnement qui surveillent, mais c’est que des broyats de branches », soupire-t-elle, trouvant qu’« on fait beaucoup de tracas aux sociétés en s’arrêtant à des choses minimes quand même ».

    Quand on lui parle de l’affaire Renaud Chervet, cet ex-directeur des marchés publics du Département condamné en décembre 2022 à 5 ans ferme pour corruption, procès au cours duquel fut évoqué le dépôt par le Groupe Chaillan d’une offre hors délai, fait révélé en 2016 par Marsactu et Le Ravi, pour un marché d’entretien des espaces naturels départementaux et des sentiers, l’élue s’inscrit en faux : « C’était l’occasion de me mettre dans la boue. Encore une histoire politique pour essayer de me mettre dans l’affaire. Si cela avait été vrai, le parquet aurait poursuivi. »