Tag: Marseille

  • Le terminal des croisières de luxe prend encore l’eau

    Le terminal des croisières de luxe prend encore l’eau

    La croisière ne s’amuse plus. Sept mois après la publication par le Grand port maritime de Marseille d’un avis de concession pour aménager l’esplanade du J4, qui jouxte le Mucem, afin d’y installer un terminal dédié aux croisières de luxe, aucun candidat ne s’est présenté avant la date butoir, le 15 septembre dernier. Malgré la promesse d’accueillir 90 escales cette année, puis 126 en 2026, soit quelque 90 000 croisiéristes en deux ans, l’avis de résultats publié mercredi dernier n’a pu que constater : « Aucun lauréat n’a été choisi et la mise en concurrence est close. »

    Comme un goût de déjà-vu. En décembre dernier, en effet, le Grand port maritime avait été contraint de revoir sa copie. Un consortium pourtant s’était formé suite à un premier appel d’offres publié en décembre 2021, pour y aménager cette gare maritime haut de gamme au pied de la Major, sur un terre-plein de 20 000 m². Celui-ci avait même déjà obtenu l’avis de l’architecte des bâtiments de France. Mais l’Américain Royal Caribbean, engagé à travers sa filiale Silversea, a finalement jeté l’éponge, pour des raisons économiques. De quoi décourager ses partenaires Ponant et Viking Cruises, qui à leur tour avaient abandonné le projet, ne pouvant assumer la centaine d’escales réclamées et les 15 millions d’euros nécessaires d’investissements. Sans rebuter les autorités du port, qui promettaient déjà un nouveau projet dans la même veine, garantissant de « rendre le projet plus attractif aux yeux des investisseurs ».

    Coûte que coûte

    Ainsi, au-delà de la seule gare maritime haut de gamme projetée sur l’esplanade, le bâtiment de 1 000  m² prévoyait « des activités liées à l’hospitalité, à la culture et à l’événementiel » qui « assureront la viabilité et la rentabilité du projet présenté ». Le tout « en cohérence avec la clientèle des navires de croisière haut de gamme accostés au J4 ». Si l’investissement de 8 millions d’euros minimum devait être porté par le délégataire, celui-ci pouvait occuper le site pour une durée allant de dix-sept à vingt-cinq ans, reversant cependant 3 % de son chiffre d’affaires au Port. Des conditions qui n’ont pas suffi à convaincre.

    Le Grand port maritime, malgré tout, souhaite maintenir ce projet. « Nous voulons qu’il y ait une activité économique liée à la croisière sur cet espace », fait-on savoir auprès du site. Un autre appel d’offres, donc, devrait être lancé dans le même sens. « Nous verrons sous quelles modalités dans la prochaine semaine », nous précise-t-on.

  • Victoire juridique pour les ex-intérimaires de la Sad

    Victoire juridique pour les ex-intérimaires de la Sad

    Marseille

    C’est le terme d’un combat de longue haleine pour les droits des travailleurs précaires. La cour d’appel d’Aix-en-Provence a rendu justice, le 26 septembre dernier, à 18 intérimaires qui travaillaient à la Sad, filiale régionale de Presstalis, la messagerie de presse française, après plus de cinq années de procédure.

    Rappelons que la filiale avait été liquidée judiciairement, en 2020, privant la région de distribution de la presse pendant de longues semaines et mettant sur le carreau plus de 130 salariés, dont une partie d’intérimaires. « On était sur des CDI déguisés, il y avait une vraie exploitation de la précarité. On l’avait combattu à l’époque, avec un travail syndical pour l’embauche de 35 intérimaires en plusieurs vagues. Mais on n’avait pas pu finir ce qu’on avait commencé à cause de la liquidation, d’où la poursuite du combat via la justice », campe Nicolas Guglielmacci, ancien délégué syndical de la Sad, aujourd’hui secrétaire général de l’Union Locale CGT Vitrolles et figure de la CPMM, Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne. Cette dernière a repris l’activité de la Sad suite au combat des ex-salariés de la filiale pour le maintien de l’emploi après la liquidation.

    Les intérimaires « étaient indispensables, certains étaient à temps complet, sur des postes fixes ». Pire, « ils étaient en intérim depuis des années, le plus ancien depuis décembre 2013, le moins ancien depuis 2017 », selon Me Léa Talrich, avocate en charge du dossier, qui pointe des recours « abusifs ». D’où la victoire jugée « plus que symbolique » par la CGT et les ex-salariés de la Sad grâce à la décision de la cour d’appel d’Aix. « Elle reconnaît le besoin permanent de main-d’œuvre et requalifie les contrats à l’encontre de PSI, entreprise d’intérim, et de la Sad. Ils obtiennent donc des rappels de salaires sur la base du CDI qu’ils auraient dû avoir », développe Léa Talrich.

    « Certains travaillent actuellement chez nous »

    En clair, « la décision vient reconnaître qu’ils auraient dû être en CDI et qu’ils ont fait l’objet d’un licenciement abusif au moment de la liquidation judiciaire ». Et ils bénéficient « d’une reconstitution de carrière sur les trois dernières années avec les rappels de salaires, les cotisations… ». Comme le résume Nicolas Guglielmacci : « Ils ont enfin été rétablis dans leurs droits après des années de bataille. » De quoi boucler la boucle avec la reprise de l’activité de la Sad par la CPMM : « On a oublié personne ! Symboliquement, c’est peut-être le dernier combat sur la partie Sad Marseille. On a récupéré l’ensemble des travailleurs qui voulaient venir avec nous, de même que l’ensemble des prestataires, certains intérimaires travaillent actuellement chez nous. » Reste que Léa Talrich dénonce « des délais excessifs » pour le jugement et prévoit « un recours en responsabilité de l’État » sur le sujet.

  • « On n’est pas venus en grands sauveurs d’emplois »

    « On n’est pas venus en grands sauveurs d’emplois »

    La Marseillaise : En 1999, vous cofondez l’entreprise Ipsogen de diagnostic in vitro, qui devient HalioDx, avant d’être rachetée en 2021 par Veracyte. Lorsqu’en 2025, cette entreprise américaine lâche le site, que se passe-t-il pour vous ?

    Stéphane Debono : Avec l’autre cofondateur d’Ipsogen, Vincent Fert, on voulait créer une société pour aider les innovateurs du diagnostic en santé humaine à concevoir, industrialiser, produire et expédier à leurs clients leurs innovations. On avait ce projet en tête quand on a vu que Veracyte cherchait un repreneur pour le site marseillais. Ça nous semblait une très bonne idée de reprendre une partie de l’activité de notre ancien site. On n’est pas revenus en grands sauveurs d’emplois, mais parce qu’on a un projet qui fait sens. Avoir pu récupérer une équipe avec 25 ans de réalisation nous permet de démarrer avec des fondations solides.

    Ce sont donc 38 postes, sur les 164 que comptait Veracyte, que votre offre a permis de préserver ?

    S.D. : Oui, c’est l’offre faite au tribunal : 38 immédiatement avec un engagement d’embaucher six personnes supplémentaires et créer deux postes de direction.

    Pourquoi ne pas avoir repris toute l’activité ?

    S.D. : Après le rachat en 2021 par Veracyte, les activités sur le site à Marseille ont évolué. Notamment avec une grosse activité de développement de produits pour des sociétés pharmaceutiques ou spécifiques à cette entreprise. Ce sont ces activités qu’on ne reprend pas parce qu’elles sont trop formatées pour Veracyte. Le projet d’Hélio Diagnostics, c’est de proposer notre savoir-faire de 25 ans d’expérience pour aider à développer des diagnostics en oncologie, mais aussi en maladies infectieuses, dans le domaine du vétérinaire ou l’agroalimentaire. Il n’y a pas de limite à ce projet.

    Pourquoi reprendre le site marseillais ?

    S.D. : D’abord, pour hériter d’une expérience de 25 ans. Puis, c’est bien de pouvoir renforcer l’image européenne de l’innovation et de l’industrie du diagnostic. On est impliqués dans l’écosystème marseillais depuis 25 ans et cet impact local est important. Et puis c’est beau ce qui a été construit à Marseille, cette dynamique du pôle santé régional. Si on peut contribuer à tout ça, on en est fiers.

  • Quand les seniors profitent de la foire gratuitement

    Quand les seniors profitent de la foire gratuitement

    « C’est sympa, on a la foire rien que pour nous », sourit Yves, 86 ans, à l’entrée du Parc Chanot (8e), qui accueille la 100e foire internationale de Marseille jusqu’au 6 octobre. En ce lundi 29 septembre, en effet, l’organisation de la foire a renouvelé son action « Journée Séniors », en invitant les plus de 60 ans à rendre visite aux exposants sans payer leur billet d’entrée, habituellement au tarif de 6 à 8 euros. Une initiative qui ne manque pas de ravir le public concerné.

    Des espaces dédiés à l’accueil des plus âgés

    Mettre à l’honneur les plus anciens, un engagement de longue date pour la foire de Marseille, qui organise des journées gratuites à destination des seniors depuis plus de six ans maintenant. Cette année, le repère des plus de 60 ans, l’Espace Séniors, comme indiqué sur le plan, se trouve dans le Hall 3, également dédié à l’habitat.

    L’espace, aménagé par l’association ES13, regroupe des stands institutionnels adaptés aux besoins de son public. « En plus de notre offre d’activités loisirs, nous accueillons ici des partenaires liés aux domaines de la santé ou des vacances, qui vont proposer des avantages pour nos adhérents tout au long de la foire », explique Luc, membre de l’équipe ES13, qui a suivi de près l’organisation de cet espace.

    À l’occasion des deux journées spéciales seniors, l’association de loisirs intervient également à l’extérieur, au niveau de la grande scène située sur le parvis du Hall 8. L’occasion de proposer des animations musicales et artistiques, et d’offrir quelques cadeaux, dont des entrées pour la grande nocturne du 3 octobre. Jean-Pierre et Catherine, deux Aveyronnais d’origine qui viennent pour la première fois à la foire de Marseille, font partie des heureux gagnants. « Nous avons déménagé en mars dernier, on ne connaissait pas du tout cet événement, c’est l’entrée gratuite qui nous a poussés à venir », expliquent-ils.

    Bien plus qu’un simple événement commercial, la foire de Marseille est, pour un grand nombre de seniors, une occasion de sortir, de voir du monde, de « se changer les idées », aussi, confie Adeline, souvent contrainte de limiter ses sorties en raison de son état de santé. À la sortie, Brigitte et Christian, venus spécialement de Vitrolles à l’occasion de cette journée, saluent également l’initiative. « La seule chose qui manque, d’autant plus pour les seniors, ce sont des espaces pour s’asseoir », regrette le couple.

  • La réouverture de la piscine du lycée Marseilleveyre fait plouf

    La réouverture de la piscine du lycée Marseilleveyre fait plouf

    Le tacle était appuyé. Le 5 septembre, lors de la rentrée scolaire, Renaud Muselier, le président (Ren) de la Région, accompagné de Martine Vassal, future candidate (DVD) à la mairie, inaugure la piscine de Marseilleveyre. Après des années de fermeture et 2,6 millions de travaux, le bassin, 25 m et 4 lignes, rouvre enfin.

    Le coup de ciseaux sur le ruban est symbolique et politique. « La dernière piscine ouverte à Marseille, c’était St-Charles en 2019. Puisque rien ne s’est fait depuis, je fais », tance Renaud Muselier, visant la municipalité de gauche. Dans ses pas, Sandra Blanchard (Une génération pour Marseille) lancée dans les municipales, s’enflamme sur le réseau X, et dénonce « la faillite totale de Benoît Payan sur les piscines ».

    « Défaillance de gestion »

    Mais le tacle était surtout glissant. Car depuis, le bassin est resté fermé. « Elle n’a jamais ouvert. Un souci technique dans la distribution de l’eau », avance un personnel de l’établissement. Un flou entoure le sujet. Même les associations de parents d’élèves peinent à être informées de la nature du problème et la durée de sa fermeture. Chaque lundi, un message Pronote informe juste les familles concernées que « la piscine n’est pas fonctionnelle ».

    « Un problème de communication interne », concède Robert Ciampi, à la tête de l’établissement depuis mars. « Quand vous inaugurez quelque chose, vous vous dites que c’est tout de suite fonctionnel mais c’est sous réserve. Il n’y a pas eu de cafouillage », assure-t-il, évoquant quatre créneaux reportés et un « décalage prévu » : « J’en ai pris la responsabilité, tant que les conditions optimales ne sont pas réunies, il n’est pas question que ça se fasse. »

    Sollicitée, la Région évoque « une défaillance de gestion des nouvelles installations techniques » ayant rendu l’eau du bassin trop froide. Elle a nécessité l’intervention d’une entreprise. « Lors de celle-ci, une vanne qui n’était pas correctement ouverte a généré une algue, et l’eau est devenue verte. Il a fallu la retraiter et remettre la piscine en eau », explique le proviseur, espérant que la température reste conforme pour les premiers cours, demain.

    « On a le feu vert mais, on ne sait pas dans quelles conditions », confirme une enseignante, posant en creux la question de la surveillance du bassin. Car depuis sa fermeture en 2019, la législation a changé : un enseignant doit être accompagné d’un titulaire du Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique. Un sujet qui n’est pas réglé.

    Des conventions partenariales avec cinq structures (Sardines triathlon, ASPTT, Staps, Smuc et Cercle des nageurs) prévoient notamment la mise à disposition de surveillants diplômés en échange de lignes d’eau. Mais elles sont en attente. Le conventionnement avec toutes les associations sera acté lors du conseil d’administration qui se tiendra à la rentrée des vacances de la Toussaint, indique la Région. « Jusqu’aux vacances, les cours se dérouleront en double surveillance avec un autre enseignant titulaire d’un brevet. S’il n’y en a pas, en attendant le CA, on le fera par une prestation à titre gracieux de nos partenaires », assure Robert Ciampi.

    « Les enseignants ont l’habitude de bricoler, mais ça ne peut pas durer », glisse une déléguée du Snes-Snep-FSU, regrettant ce « faux départ » après la fanfare politique de la rentrée. « C’est dommage que la Région qui l’a remis à neuf, ne mette pas de moyens pour surveiller la baignade et ne détache personne à l’entretien de la piscine ». Cette mission serait conventionnée avec le Cercle des nageurs.

    « La Région accompagnera le lycée pour trouver une solution pérenne en faveur des lycéens et autres utilisateurs afin que cet équipement fonctionne dès la semaine prochaine pour les élèves, dès novembre pour les associations », conclut la collectivité.

  • Au procès du Sictiam, tous les prévenus sont relaxés

    Au procès du Sictiam, tous les prévenus sont relaxés

    Relaxe générale, nette et précise au procès du président du conseil départemental des Alpes-Maritimes, Charles-Ange Ginésy (LR), 69 ans, proche d’Éric Ciotti auquel il a succédé en 2017, et de cinq coprévenus dont deux sociétés, jugés dans une affaire de favoritisme et de prise illégale d’intérêts sur des marchés du Sictiam, le syndicat mixte d’ingénierie pour les collectivités et territoires innovants des Alpes et de la Méditerranée chargé de la transition numérique des communes.

    Les prévenus avaient comparu en juillet, à Marseille, sur la base des suspicions d’un rapport de l’inspection générale des services de la Région Sud signalé au parquet de Nice, en 2018, par son président Renaud Muselier, qui suspectait des irrégularités dans l’usage de plus de 5 millions d’euros de subventions versées entre 2014 et 2017, et en particulier lors des travaux d’aménagement du nouveau siège du Sictiam, dans un immeuble loué à Valbonne (06).

    Le parquet de Marseille avait requis 18 mois de prison avec sursis, 35 000 euros d’amende dont 5 000 avec sursis et 3 ans d’inéligibilité sans exécution provisoire contre Charles-Ange Ginésy, estimant que la moitié des 508 000 euros de travaux réalisés sur devis au siège du Sictiam, par un promoteur azuréen, aurait dû faire l’objet d’une mise en concurrence.

    « Contrairement aux suppositions formulées »

    La 6e chambre correctionnelle de Marseille a balayé, lundi, toutes les accusations, retenant que le contrat signé en mai 2017 avec l’entreprise prestataire était « un contrat mixte comprenant à la fois un bail et des travaux d’aménagement intérieur [qui sont] communs à toute société du secteur tertiaire ». Ce contrat mixte « constitue principalement un contrat de bail qui ne relève donc pas des règles de la commande publique de travaux », a tranché le tribunal.

    S’agissant du favoritisme reproché à Francis Kuhn, un ancien directeur général du Sictiam et actuel premier adjoint de Digne-les-Bains (04) sur des marchés publics à des entreprises de conseil, le tribunal le blanchit. « Contrairement à ce qu’ont avancé les inspecteurs de la Région », l’omission d’un montant maximum n’est qu’une « simple erreur matérielle » dans la mesure où, à aucun moment, le Sictiam n’envisageait de dépasser le plafond légal de 207 000 euros fixé par le Code des marchés publics. Le formulaire certifié mentionnait un montant maximum de 90 000 euros qui n’a pas été dépassé. « L’adoption d’un marché à procédure adaptée s’avère donc être bien fondée », ajoute le tribunal, qui conclut que « Francis Kuhn n’avait aucune volonté de violer les règles de la commande publique ».

    De même pour un autre prestataire accusé de favoritisme : « contrairement aux suppositions formulées par les inspecteurs de la Région et des enquêteurs » dit le tribunal, les devis transmis dans le cadre d’une demande de subventions européennes ne correspondent aucunement au marché attribué à cette entreprise, aucun marché n’ayant d’ailleurs été passé, le projet ayant été abandonné. L’office européen anti-fraude n’avait d’ailleurs rien trouvé à redire dans l’emploi des fonds Feder par le Sictiam.

    S’agissant de Sophie Houzet, ancienne directrice du Sictiam qui s’est dit « victime d’une affaire politique au plus haut niveau régional », le tribunal souligne qu’elle n’a « pas pu prendre, recevoir ou conserver directement ou indirectement un intérêt relativement à la convention litigieuse ». Ni elle, ni Francis Kuhn « n’ont eu la volonté de compromettre leur indépendance, leur objectivité et leur impartialité ».

  • L’ambassadeur d’Israël en France face à la presse de la région

    L’ambassadeur d’Israël en France face à la presse de la région

    Laura Sahin : Comment abordez-vous l’esquisse d’un accord de paix apportée par le président Trump ?

    Il y a une occasion assez importante de peut-être terminer la guerre. Le Premier ministre donnera sa réponse, la meilleure pour l’État d’Israël. Nous sommes avec une organisation qui prend la population palestinienne en otage à Gaza pour empêcher d’avoir un accord. Cette décision sera très difficile, mais importantissime. Nous sommes dans un carrefour majeur, mais la direction n’est pas encore très claire.

    Olivier Biscaye : Vous condamnez l’action du président français ?

    Bien sûr. Il a rendu les choses plus compliquées.

    Léo Purguette : Y a-t-il une autre solution de paix que celle à deux États ?

    Quatre fois Israël a proposé la création d’un État aux Palestiniens. Arafat a refusé trois fois. Il recevait entre 97 % et 98 % territoire, la division de Jérusalem, le contrôle de ses frontières et une armée. Puis Mahmoud Abbas a refusé encore. La question est de savoir si les Palestiniens veulent cette solution.

    Léo Purguette : L’annexion de la Cisjordanie dans le but de rendre impossible un État palestinien ne semble pas aller vers une idée de paix…

    Ce n’est pas obligatoirement le cas. C’est notre façon d’évoquer le contrôle des frontières. Pour nous, il est clair qu’on ne permettra pas à un État palestinien d’avoir des frontières avec un pays arabe. Car l’entité palestinienne aurait la possibilité de s’armer comme le Hamas l’a fait avant le 7 octobre.

    Philippe Boccara : Pourquoi ne pas laisser rentrer les journalistes indépendants à Gaza ?

    Certains journalistes rentrent. Un groupe de Français a pu rentrer et filmer il y a quelques semaines. Ils sont indépendants. La décision a été prise de crainte que des journalistes meurent par accident sous les balles, ce qui nous aurait forcés à arrêter les opérations militaires. Il y a une discussion à ce sujet en Israël. De temps à autre, nous réussissons à en faire entrer.

    Léo Purguette : Vous parlez d’inhumanité des terroristes, c’est un fait. La situation à Gaza pose aussi question. Les institutions internationales parlent de génocide. Pourquoi empêcher l’aide humanitaire d’entrer ?

    C’est totalement faux. Israël, au contraire, amène l’aide humanitaire. Ce sont différentes organisations onusiennes qui ne veulent pas la distribuer, alors qu’elle est entreposée et pourrit. Ils attendent que le Hamas veille à leur sécurité. Mais le Hamas, en 2024, s’est enrichi en revendant l’aide humanitaire au lieu de la distribuer. On a décidé d’arrêter, mais on a ouvert huit points pour la distribuer directement et nous collaborons avec les ONG, afin qu’elles ne passent pas par le Hamas.

    François Tonneau : Votre pays est-il toujours dans l’unité face au conflit ?

    Israël est une des démocraties les plus vivantes du monde. Tout est permis. Mais il n’y a jamais d’unité, nous ne sommes pratiquement jamais d’accord, nous discutons de tout. Il y aura toujours des manifestations. Le sujet est sensible. Personne ne veut cette guerre. Elle nous a été imposée et même si la population est résiliente, elle est fatiguée. Tout le monde veut terminer. Mais le Hamas veut un nouveau 7 octobre. Allons-nous arriver à une atmosphère de paix et une solution stable, c’est la question.

    Laura Sahin : Un rabbin a été agressé dans l’Essonne, ce week-end. Comment observez-vous l’explosion de l’antisémitisme ?

    Cette explosion date du 7 octobre 2023. Je regardais, il y a peu, des manifestations ce jour-là à Paris et Londres. J’ai été surpris par ces groupes fêtant la mort des juifs. On pansait nos plaies, on ne connaissait même pas le nombre de morts, le nombre de personnes kidnappées. L’antisémitisme était là. L’attaque du 7 octobre a donné une justification pour vouloir la mort des juifs.

    Philippe Boccara : Que dites-vous aux juifs de France qui ont peur de porter une kippa et envisagent de partir ?

    Je suis né en France et j’ai fait mon alya à l’âge de 12 ans et suis israélien. Chaque juif a sa place en Israël. Mais les juifs doivent être fiers et se promener la tête haute. C’est dangereux, je le sais. Mais ne pas le faire, ce serait revenir aux années trente. Je ne demande pas à mes petits-enfants de ne pas parler hébreu dans les rues en France. C’est une période difficile. Mais le peuple juif a contribué à l’humanité et doit continuer. Nous sommes victimes, ce n’est pas à nous de nous cacher. C’est à ceux qui veulent notre mort de se cacher.

    Léo Purguette : Une part de la communauté juive se tourne vers l’extrême droite, dont l’histoire se rapporte à la collaboration. Cela vous interpelle-t-il ?

    Je ne parle que de la France insoumise, qui a une position très ouvertement contre Israël. Mais je ne parle pas des autres partis.

    François Tonneau : La confusion entre antisémitisme et antisionisme est-elle devenue définitive ?

    L’antisionisme est une négation du droit d’Israël d’exister. Cette négation est une nouvelle forme d’antisémitisme. Tous les peuples auraient le droit d’avoir un état, à part les juifs. C’est là où le lien se crée. La critique d’Israël n’est pas un antisémitisme. La plus grande critique à l’égard de l’État israélien se trouve en Israël. Et on ne peut pas dire que les Israéliens soient antisémites.

    Philippe Boccara : Que pensez-vous du jumelage de la Ville de Marseille avec celle de Bethléem en Palestine ?

    Je n’ai aucun problème conceptuel avec cela, beaucoup de villes le font dans le monde. Mais faire cela le jour de Roch Hachana, le nouvel an juif, alors que nous sommes en guerre, ce n’est pas une très bonne idée. Bethléem était à majorité chrétienne avant de rentrer sous le joug de l’autorité palestinienne. Aujourd’hui, il y a en son sein 15 % de chrétiens.

    Julien Desvages : Marseille accueille une communauté juive importante, la deuxième de France. La tradition de cohabitation avec les autres communautés est-elle en danger ?

    Nous avons parlé de ces sujets avec les présidents du Département et de la Région. J’ai compris que Marseille était une ville exemplaire en ce sens et j’espère que cela continuera.

    Philippe Boccara : Profitez-vous de votre séjour marseillais pour rencontrer le maire, Benoit Payan ?

    J’ai demandé une audience au maire de Marseille, mais je n’ai pas eu de réponse.

    Olivier Biscaye : Que pensez-vous de la flottille ?

    C’est un exercice de com de politiciens qui n’ont rien d’autre à faire que bronzer 15 jours en Méditerranée.

    Laura Sahin : Il y a de nombreuses manifestations pro-palestiniennes, avec parfois des débordements antisémites. Qu’en pensez-vous ?

    C’est le parfois qui est important. Énormément d’Israéliens sont pro-palestiniens. Cela ne signifie pas être antisémite ou antisioniste. Beaucoup d’Israéliens pensent simplement que les Israélo-Palestiniens ont des droits. Si la manifestation appelle à la paix, pas de problème. Elle le devient si elle appelle à l’intifada ou glorifie le Hamas.

    Léo Purguette : Il reste la question des otages. La guerre que vous menez à Gaza ne les met-elle pas en danger ?

    La guerre se terminerait demain si les otages étaient libérés. Israël ne pourra jamais abandonner ses otages. Israël perdrait sa raison d’être. Nous ferons tout ce qu’il faut pour les libérer. Il ne faut jamais perdre espoir, ni pour les otages, ni pour la paix. À nous de faire en sorte que le futur soit meilleur que le présent. Nous devons tous y œuvrer.

  • Redwane Rajel, un « miraculé » passé de l’ombre à la lumière

    Redwane Rajel, un « miraculé » passé de l’ombre à la lumière

    C’est au détour d’ateliers avec le metteur en scène Olivier Py, au centre pénitentiaire d’Avignon-Le Pontet, que Redwane Rajel a découvert le théâtre en 2018. Abonné depuis aux rôles de tyrans – Xerxès, Créon ou Macbeth – s’amuse-t-il, voilà désormais ce gaillard au grand cœur prêt à endosser celui de sa vie : dans À l’ombre du réverbère, seul en scène qui fait jaillir la lumière du théâtre depuis la nuit noire dans laquelle il était plongé, à partir du mardi 30 septembre sur les planches des Bernardines. « Il y est forcément question des ténèbres de la prison, des lumières du théâtre. Baudelaire a lui aussi parlé du réverbère, de la solitude, de l’isolement. Comme une fine silhouette et des ombres qui passent », situe avec poésie Redwane Rajel pour évoquer cette pièce qui retrace sa trajectoire tempétueuse et aujourd’hui apaisée. Il l’a mise noir sur blanc, et en scène, avec son premier professeur de théâtre, Enzo Verdet, ainsi que l’ancien directeur de prison, Bertrand Kaczmarek.

    « À 38 ans, je n’étais pas programmé pour aller en prison », rappelle celui qui était auparavant vendeur de voitures chez Renault. « On dépeint surtout la violence carcérale. La majorité des détenus sont des personnes très fragiles, qui viennent du bas de l’échelle, avec un énorme taux de récidive. C’est la pauvreté qu’il faut combattre et ne pas se tromper d’ennemi », prévient Redwane Rajel, qui dédie sa pièce « aux victimes mais aussi aux comédiens avec qui j’ai joué pour la première fois, la plupart aujourd’hui en prison ou morts ».

    « Pas misérabiliste »

    « Je suis un miraculé, une exception. La prison est tellement mal faîte que si on y entre violent, on en ressort encore plus violent. Si entre drogué, on ressort encore plus drogué », déplore celui qui est devenu comédien professionnel grâce à la compagnie Louis Brouillard de Joël Pommerat, avant de remercier le directeur de théâtres marseillais et aixois, Dominique Bluzet, qui lui « a ouvert toutes les portes pour cette création ».

    « Le grand dramaturge Peter Brook disait qu’on pouvait faire voyager les gens juste avec un tapis », cite Redwane Rajel qui l’a presque pris au mot. Au milieu d’un banc, d’une servante et d’un miroir, l’Avignonnais de naissance et Marseillais d’adoption déroule le fil de ses mille vies : rameur dans l’équipe de Provence d’aviron, boxeur de bon niveau à la Savine, major de corps d’élite dans l’armée… autant d’expériences dont il se sert dans À l’ombre du réverbère. « Même si je suis beaucoup dans la résilience, le piège était de tomber dans quelque chose de misérabiliste. »

    Joindre le geste à la parole

    Loin de lui, donc, la tentation du pathos pour exposer son parcours qui pourrait légitimement y recourir. Son jugement ? Pas question d’en parler dans la pièce. « J’ai trop de respect pour les victimes qui ont déjà vécu le procès », affirme ce quadragénaire, parmi les premiers à avoir suivi des ateliers de justice restaurative en France. « J’ai tout de suite fait le pont entre ça et le théâtre, deux endroits de réconciliation par la parole », exprime Redwane Rajel pour qui, l’art oratoire a été une bouée de sauvetage. Une thérapie pour celui qui s’est retrouvé, à l’âge de 12 ans, avec « une mère en psychiatrie. C’était une militante CGT, un exemple pour moi. Elle s’est battue, seule avec ses enfants, écrasée par le capitalisme. Elle a fait partie des premières suicidées chez France Télécom », livre-t-il, l’œil humide mais le poing serré, lui qui a hérité de son sens de la lutte. « Ce spectacle, c’est une façon de m’émanciper. Je joue au théâtre depuis 2018 et ce qui revient souvent, c’est “l’ancien détenu devenu comédien”. J’aimerais bien en sortir », concède-t-il, presque gêné. « Je suis là pour me raconter et après, on pourra passer à autre chose. »

  • L’OM est prêt à se sublimer face à l’Ajax

    L’OM est prêt à se sublimer face à l’Ajax

    Trois ans que le Vélodrome attendait que l’hymne de la Ligue des Champions y résonne à nouveau.

    Ce sera chose faite lorsque, sur le coup des 20h55, les acteurs de la deuxième journée entreront dans l’arène. Si pour certains joueurs, ce sera un retour aux sources, d’autres vont goûter à une ambiance qui s’annonce d’ores et déjà exceptionnelle. Une ambiance dont ils ont pu avoir un avant-goût à l’occasion du succès historique face au PSG.

    « Nous sommes dans une bonne dynamique, après avoir obtenu des résultats importants », note Roberto De Zerbi. En championnat, l’OM vient d’aligner un trois à la suite concernant les victoires. Mais, surtout, il y a eu le succès face au PSG, qui doit servir de marqueur sur les capacités du groupe à regarder toujours plus haut.

    « Nous nous devons de bien faire les choses en Ligue des Champions, surtout au Vélodrome », enchaîne-t-il. Notamment après avoir poussé le Real dans ses derniers retranchements à Santiago Bernabéu, lors de la première journée. Il attend de ses hoplites qu’ils montrent les mêmes qualités qui leur ont permis de faire chuter le PSG et de renverser le cours du match à Strasbourg.

    Il insiste sur la nécessité « de bien entrer dans le match. Comme nous l’avons fait face à Paris, en montrant notre force de caractère qui nous a fait entrer dans le match et a attiré le public avec nous ». Pour Roberto De Zerbi, « nos entames doivent toujours être fortes pour créer de la magie ».

    Cette osmose joueurs-supporters qui séduit tant, il compte bien l’alimenter en offrant une victoire face à l’Ajax, pour le retour de la Ligue des Champions à Marseille. Néanmoins, si son équipe semble lancée sur la bonne trajectoire, en bon italien, il n’oublie pas que le Capitole, où les généraux romains étaient portés en triomphe, est voisin de la roche Tarpéïenne, d’où les bannis étaient précipités dans le vide. « À Marseille, nous marchons toujours sur des œufs ! », rappelle-t-il.

    Toutefois, l’OM a les moyens de venir à bout d’un Ajax qui se cherche encore. Un succès européen validerait les belles choses montrées en championnat face à Lorient, le PSG et Strasbourg.

    « À Marseille, nous marchons toujours sur des œufs ! »

  • Les moins de 19 ans veulent un premier succès face aux Hollandais

    Les moins de 19 ans veulent un premier succès face aux Hollandais

    La Coupe d’Europe est aussi présente au stade Francis-Turcan, à Martigues. L’OM accueille l’Ajax (14h30) pour cette 2e journée de Youth League, la Ligue des champions des moins de 19 ans. Ils sortent, eux aussi, d’une défaite rageante sur la pelouse du Real Madrid. Après avoir mené deux fois au score, ils se sont inclinés sur un penalty dans les derniers instants. Sous la houlette de Tadjidine Mmadi, auteur d’un doublé contre les Madrilènes, les jeunes Olympiens vont vouloir obtenir leur première victoire face à un centre de formation reconnu. Un joueur de l’effectif pro pourrait venir gonfler le groupe de Lasaad Hasni, il s’agit de Darryl Bakola. Le Marseillais de 17 ans devrait bien être présent pour ce match entre moins de 19 ans. Quant à l’Ajax, la volonté sera d’afficher un visage similaire par rapport au match inaugural contre l’Inter (1-1). Emre Unüvar, petit frère de Naci, ex-prodige ajacide, était le seul buteur des Néerlandais lors de cette rencontre. Le compte X @Foot_NL met aussi en avant Aaron Bouwman : « Défenseur central, grand (1,88m), rapide et solide dans la relance, un profil à la néerlandaise rappelant Matthijs De Ligt. » À 17 ans, il a déjà joué en Eredivisie (équivalent de la Ligue 1). Sean Steur et Abdellah Ouazane seront aussi des jeunes à surveiller pour cet OM qui rêve de prendre les trois points, à Martigues. Il ne leur restera plus que quatre matches pour intégrer le top 22, qualificatif en phase finale.

    2e journée de la Youth League

    À 14h30 au stade Francis-Turcan, à Martigues

    OM : Badaoui – Calisto, Camara, N’Zinga, Bezahaf – Corbon, Bakola, Issanga – Ali, M’Madi, Valero

    Ajax : El-Hani – Frankel, Bouwman, Jetten, Tilborg – Romers, Steur, Ouazane, Ayyildiz – Unuvar, Nash