Tag: Marseille

  • À la barre, les silences brisés de la bibliothèque de l’Alcazar

    À la barre, les silences brisés de la bibliothèque de l’Alcazar

    C’est une audience fleuve de 14 heures avec 17 parties civiles et six témoins cités par la défense, qui s’est tenue devant la 6e chambre du tribunal correctionnel. Patrick Casse, cadre retraité des bibliothèques de Marseille, délégué du syndicat Force ouvrière, y était jugé pour harcèlement moral présumé à l’encontre de Pierre Chagny, directeur des bibliothèques de 2019 à 2023.

    Une situation dénoncée par ce dernier début 2022 dans une alerte éthique et un article 40. Tout au long de l’audience, Me Callen, l’avocat de Patrick Casse a plaidé la nullité d’une « procédure déloyale », considérant que « 80% des faits » étaient en dehors de la période de prévention du 1er février 2019 au 1er janvier 2023.

    Malgré tout, les émouvants témoignages qui se sont succédés ont donné corps à une ambiance. Celle des années Gaudin. Avec pour décor, l’Alcazar, le vaisseau amiral d’un service public de la lecture en plein naufrage, entre manque d’agents, embauche de fils d’élus et de haut fonctionnaires estimés à un tiers des effectifs, absentéisme, temps de travail illégal, et cogestion avec FO.

    Au cœur de cette machine infernale, Patrick Casse, élevé au grade suprême de conservateur au fil des promotions, était sous sa double casquette cadre – syndiqué, le rouage essentiel d’un système qu’il s’astreignait à entretenir. Ce système qui broyait l’humain à tous les étages (9 directeurs en 20 ans) dans une inorganisation inopérante, a été documenté dans un rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (Igesr) en 2022. « Brisé », Pierre Chagny s’en dit une victime.

    Patrick Casse, lui, s’estime « totalement innocent » et se retranche derrière vingt ans de tensions et de rivalités syndicales. Les insultes, « truie », « bécasse », « clown » ? « C’est faux » ! « Un ressenti peut-être », glisse-t-il en se dépeignant comme « le mouton noir » des conservateurs. Au mieux admet-il « un ton sec » et une forme « de parler marseillais », avant de reconnaître, en larmes, de « la souffrance ».

    Dix mois de prison requis

    « Une dilatation de ressenti potentiel », ironise la procureure pour qui « le parler marseillais n’excuse pas tout ». Elle demande dix mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende alors que Me Callen, « consterné », renvoie à une enquête interne. Arguant l’absence de preuves, il réclame « la relaxe au bénéfice du doute ».

    « M. Chagny a permis d’ouvrir la parole », explique Chantal Boler, responsable CGT-ICT de la Ville, évoquant la problématique des avancements de carrières, à l’arrêt complet malgré vingt ans de service pour des agents à la barre, la souffrance morale, la pression. Emmanuelle Pinguet a travaillé huit ans sous sa responsabilité et n’a « jamais osé se plaindre par peur des représailles ». Elle n’ose plus mettre un pied à l’Alcazar.

    « M. Casse a toujours été très bien noté mais par des gens de FO », observe Elsa Morandy, quand Nora Mekmouche, à la tête du pôle accueil de 2014 à 2016 évoque « intimidations », « propos disqualifiants et désobligeants ». Elle a quitté le réseau en 2019 après avoir saisi la cellule harcèlement. En 2019, Lydia Belmekki, 27 ans, est nommé responsable de la division jeunesse. Son 1er poste. « La jeune beurette qui cherche à faire ses preuves » se verra discréditée dans cette guerre de pouvoir par une rumeur « attribuée » au clan Casse, lui prêtant une relation avec Pierre Chagny : « Je ne savais plus à qui faire confiance. »

    Les témoins de la défense, quand leur mémoire ne flanche pas à cause « d’une plaque en fer reçue sur la tête », n’ont rien vu ni entendu. Délibéré le 16 décembre.

  • Hommages aux Poilus à Marseille

    Hommages aux Poilus à Marseille

    « Garantir la sécurité, la liberté et la dignité de chacun, ce projet porte un nom : la République » a réaffirmé ce mardi 11 novembre Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants par la voix d’Isabelle Epaillard, préfète des Bouches-du-Rhône par intérim, qui a lu son message lors de la cérémonie d’hommage aux combattants de la Première guerre mondiale. Députés, sénateurs, le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), la présidente de la Métropole, Martine Vassale (DVD) et les autorités militaires se sont réunis devant la porte d’Aix en fin de matinée. Cadets de Marseille et élèves de 3e du collège Mallarmé étaient également présents, assurant la lecture des poèmes « Mon enfant »,, « 1914 », « Les tranchées » de Fabienne Berthomier ou de « La dernière lettre écrite à ses élèves par l’Adjudant Henri Boulle. »

    Dans l’après-midi, c’est au carré militaire du cimetière Saint-Pierre que se sont retrouvés des élus de la majorité départementale, sous l’égide de la présidente Martine Vassal qu’une cérémonie a eu lieu avec un hommage à Gaston Castel, architecte de la Ville de Marseille et des Bouches-du-Rhône, qui a réalisé plus de 270 bâtiments dont la crypte du cimetière, l’opéra de Marseille ou encore les Baumettes… Mais dont on sait moins qu’il fut mobilisé dès septembre 1914, combattit à quelques encablures de Verdun avant d’y laisser un oeil. Une gueule cassée qui plus tard n’hésitera pas à s’engager dans la Résistance…

    La crypte est d’ailleurs ouverte au public gratuitement tous les jours jusqu’au dimanche 16 novembre, avec une exposition, organisée par les Amis du Vieux Saint-Marcel, le comité de Marseille du Souvenir français et l’association républicaine des anciens combattants de Saint-Marcel.

  • Les enfants de la Verdière, déportés parce que juifs

    Les enfants de la Verdière, déportés parce que juifs

    « Il y a des lieux où le temps ne passe pas, où la terre elle-même garde la trace d’un cri. En 1943, cette maison fut pour quelques mères et leurs enfants une halte fragile dans un monde en ruines. Ils vivaient comme on respire sous l’eau, avec l’illusion d’un moment de répit avant la noyade », retrace, de façon imagée et sensible, Bruno Benjamin, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Marseille Provence. La cérémonie, à l’initiative du Comité des Enfants de la Verdière animé par Jean-Jacques Zenou, se tient sur l’emplacement même où s’élevait le château de la Verdière, rasé en 1994, au 40 avenue de la Rose, dans le 13e arrondissement. « Ce 20 octobre 1943, poursuit Bruno Benjamin, la vague les a engloutis. Ils ont été déportés de Marseille à Auschwitz, de la lumière du Sud à la nuit de l’Europe. »

    « Nous léguons notre mémoire meurtrie »

    Quelques minutes auparavant, l’historienne Suzette Hazzan, qui a contribué par ses recherches à tirer de décennies d’oubli ce tragique épisode, a rappelé les faits. Trente-deux enfants, dont les prénoms et noms ont été dits durant la commémoration, et 14 adultes furent déportés. D’abord dirigés vers le camp de Drancy, puis d’Auschwitz. Un seul survécut, Claude Lehmann. Déportée elle-même, Denise Toros-Marter, 97 ans, présidente de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz, a prononcé un discours empreint d’une grande justesse, humanité et émotion. « Nous, les derniers survivants de la Shoah, ultimes défenseurs, ultimes témoins de la barbarie nazie, qui avons touché les tréfonds de l’horreur, nous léguons notre mémoire meurtrie à nos jeunes héritiers de la marche des vivants et des voyages de la mémoire, ainsi qu’à leurs disciples », a-t-elle lancé. Ce devoir de mémoire, il est animé, depuis plus de vingt ans, par Jean-Jacques Zenou. Il a souligné combien, depuis le 7 octobre 2023, « notre pays, la France et ici même à Marseille, connaît une résurgence inquiétante d’actes et de paroles antisémites. Des hommes hésitent à porter la kippa dans la rue. Des familles changent leur nom sur leur boîte aux lettres, par peur. Cela nous rappelle tragiquement que rien n’est jamais acquis. Que la haine, lorsqu’on la laisse s’installer, recommence toujours son chemin ». Le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, nous a confié pour sa part : « Redire que la question de l’antisémitisme et du racisme est une question d’actualité », dénonce-t-il. Charlotte, Mathieu, Martin Lehmann, Clara et Pauline Rozenberg, descendants de Claude Lehmann ont témoigné : « Ce climat d’antisémitisme, on le ressent dans notre vie. Beaucoup font le raccourci entre juifs, Israéliens, génocidaires et antipalestiniens. »

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 1/4] Un rallye citoyen qui fait étape à la mairie

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 1/4] Un rallye citoyen qui fait étape à la mairie

    Ils sont très exactement 18, âgés de 12 à 17 ans, venus du centre social la Martine, à Marseille (15e) à débouler ce matin-là à la mairie des 15e et 16e arrondissements, rue de Lyon. Sous la houlette de Kader Allem, coordinateur jeunesse, Jhani, Yacine, Kalil, Léo, Élise ou Sami sont venus en savoir plus sur l’institution dans le cadre d’un « rallye citoyen », démarré en mars dernier. Le but : les rendre véritablement acteurs de leur cité.

    « On est toujours en train de leur dire qu’il faut être citoyen mais la citoyenneté ne se décrète pas, elle se vit », explique Kader. Un travail de longue haleine dans des quartiers où être jeune relève parfois de la gageure.

    Franche et directe, madame la maire, Nadia Boulainseur (DVG), joue volontiers le jeu, bombardée de questions. « Comment vous gérez les quartiers ? », « Comment vous comptez améliorer notre cadre de vie ? » « C’est vous qui entretenez les city stades ? » « C’est quoi votre quotidien ? » Patiemment, l’élue rappelle les compétences d’une mairie de secteur : état civil, animations des centres aérés, « entretien des équipements transférés »… Mais au-delà, il y a aussi « la bonne volonté de l’équipe en place » pour agir détaille Nadia Boulainseur. Et de défendre ses choix, comme celui d’une politique culturelle « ambitieuse ».

    Pas de diplôme de maire

    Elle donne l’exemple de la maison de musique, ouverte à Saint-Henri (16e). « Avec des cours de piano, de violon. On m’a dit que cela ne fonctionnerait pas », se souvient l’élue. « Mais moi j’ai habité à la Granière, au K62, je sais ce que les habitants de ces quartiers veulent et surtout ne veulent pas », poursuit-elle. L’équipe municipale a détecté le frein, « il était financier » témoigne Nadia Boulainseur. « Alors on a fait un tarif symbolique à 5 euros et dégressif dans les fratries. Et aujourd’hui, on travaille à tripler les cours », développe-t-elle fièrement.

    Au fur et à mesure des échanges, elle revient sur la nécessité de faire avancer la question du logement, des transports… « C’est pas normal que les jeunes disent quand ils vont dans le centre-ville, qu’ils descendent à Marseille, qu’ils ne se sentent pas Marseillais », s’indigne-t-elle devant une assistance qui approuve.

    « Et le maire de Marseille, il vous gère à vous aussi ? À quoi il sert finalement ? », balance sans ambages Chemsy. « À valider les permis de construire, assurer l’entretien des parcs quand ils font plus d’un hectare, à gérer la police municipale même si les maires sont aussi OPJ, officier de police judiciaire », répond la maire qui se marre.

    Puis, stupeur quand la troupe apprend qu’il suffit d’avoir 18 ans et de se présenter pour être maire. Tout le monde étant persuadé qu’il faut un diplôme. « Mais alors moi si je veux, je peux me présenter ? Et être élu ? » insiste un ado. Nadia Boulainseur s’embarque alors dans une explication simplifiée de la loi PLM, pour aborder la question de la majorité et on devine qu’une partie de l’assistance décroche un peu… Elle tient à faire passer le message : « Cette mairie est la vôtre, moi je ne fais que passer… »

    Être acteur de sa vie

    Mais vient le fond de toute l’affaire : « Pourquoi c’est important d’être citoyen ? », lâche timidement Yasmine. « Parce qu’il ne faut pas laisser les autres choisir pour toi ! Et puis après quand on ne s’intéresse pas, il ne faut pas se plaindre même si je comprends qu’on puisse être dégoûté par la politique. Mais il faut être acteur de sa vie », estime l’élue revenant sur son propre parcours. « À l’époque j’habitais la Granière et le bailleur a fait faillite, il a vendu les logements. Mes parents n’avaient pas les moyens d’acheter, on a dû partir dans le 11e. Je me suis retrouvée dans un bidonville avec 15 familles d’Arabes, 15 familles de gitans, l’idée étant de nous laisser loin de tout », raconte-t-elle. Elle martèle : « Si j’avais dû me dire c’est mort, je ne serais pas en face de vous aujourd’hui. Il ne faut jamais baisser les bras. Même si c’est plus difficile pour vous, on ne va pas se mentir, et aussi pour les filles en particulier. » Mais elle en est persuadée : « Vous pouvez déjouer tous les plans. » Après plus d’une heure de questions-réponses, les ados repartiront ravis. Prochaine étape, un voyage à Paris à l’Assemblée nationale en décembre prochain. Une visite « trop stylée » imaginent-ils déjà.

  • Voile : la Réserve au soutien de la course au large

    Voile : la Réserve au soutien de la course au large

    S’il est la plus petite structure d’accueil des bateaux à Marseille, le port de l’Anse de la Réserve n’est pas en retard en matière d’ambitions.

    « Depuis 2018, nous avons mis en route une politique de développement autour de trois axes, à savoir les services et l’accueil, la certification “port propre” et l’animation sportive », indique Olivier Cèbe. C’est dans ce contexte que le représentant de la CCI Aix-Marseille Provence a signé une convention de partenariat avec l’Union nautique de Marseille.

    « Ce partenariat avec le port de l’Anse de la Réserve est une étape majeure pour notre pôle course. Il nous permet de structurer nos activités de voile sportive, d’accueillir les équipages dans de meilleures conditions et de préparer sereinement les grands rendez-vous de 2026. C’est aussi une reconnaissance du travail accompli par nos bénévoles et nos sportifs, qui portent haut les couleurs de Marseille », détaille Frédéric Forestier.

    Le club qu’il préside, le deuxième plus ancien de France et la plus ancienne association sportive marseillaise (fondée en 1882), a été choisi pour accueillir deux championnats du Monde. « C’est un des aspects de nos activités qui va être mis en lumière », poursuit le dirigeant.

    Rendez-vous mondiaux

    L’UNM propose en effet de découvrir la voile, dans un cadre de loisir. Mais elle offre aussi la possibilité de se lancer dans la compétition, que ce soit des régates côtières ou des courses au large. Et les deux événements à venir balaient ces deux aspects.

    Il y aura le championnat du Monde de la série J-70, du 23 au 30 mai, co-organisée avec le club de La Pelle, sur le site de la marina Florence-Arthaud, qui sera une épreuve côtière. Puis le mondial de Sun Fast, à bord de Class30, du 23 septembre au 2 octobre, qui est une étape dans l’apprentissage des grandes courses au large.

    « Le Class30, c’est un très bon bateau pour ceux qui veulent se lancer dans une course transatlantique. Il est une étape intéressante et permet de se faire la main, tout en étant plus abordable financièrement », explique le skipper marseillais Alexandre Ortega.

    Le mondial qu’organisera l’UNM sera la troisième édition, après celles de Lorient et l’île de Wight.

    Le port de l’Anse de la Réserve va donc être la base sur laquelle l’UNM va pouvoir travailler sereinement dans le cadre de son pôle course. Accueillir au mieux les bateaux de passage. Mais aussi développer son école de voile, la Massilia sailing académie qui sera l’occasion « de partager la passion de la voile avec le grand public et qui aura une mission de compagnonnage dont le but est de découvrir, chaque année, un duo mixte et l’accompagner dans son apprentissage de la course au large », détaille Frédéric Forestier.

    Marseille possède le potentiel humain pour devenir une place forte de la course au large. De nombreux « Bretons » viennent d’ailleurs en Méditerranée pour y peaufiner leur expérience, en se frottant à une mer qui est le concentré de toutes les conditions qu’ils peuvent rencontrer sur un océan. Le tout sur une superficie réduite.

    Avec la signature de la convention lui permettant de poursuivre ses activités dans l’Anse de la Réserve, l’UNM va pouvoir se concentrer sur la finalisation des deux manifestations. Fort d’une expérience reconnue en la matière, ils savent déjà que le succès sportif sera au rendez-vous. Avec des skippers venus du monde entier.

    En effet, sitôt ouvertes, les inscriptions pour les mondiaux de J-70 et de Sun Fast avaient fait le plein.

  • Mohamed Adi : 50% Français, 50% Algérien, 100% Marseillais

    Mohamed Adi : 50% Français, 50% Algérien, 100% Marseillais

    Après 40 ans à user les planches de théâtre comme comédien, conteur et marionnettiste, et transmettre son art à tous types de publics à Marseille, qu’est-ce qui a donc poussé Mohamed Adi à se raconter sur scène ? « Lors d’un stage de théâtre en 2017, j’ai présenté une saynète où je parlais en français avec quelques mots en arabe. Le professeur m’a demandé si je parlais l’arabe. Je lui ai répondu non. Il m’a dit : pourquoi ? C’est là-dessus qu’il faut que tu travailles », se remémore Mohamed Adi, aujourd’hui 70 printemps au compteur. « Ça a déclenché chez moi une hémorragie de mots que je n’arrivais pas à contrôler. Quelque chose de contenu en moi comme une bombe », explique-t-il, chamboulé mais sûr de lui, à une table de café des allées Léon-Gambetta, pour souligner la genèse d’Un Français comme les autres. Un solo qu’il incarne du 14 au 16 novembre au Théâtre du Hangart, quartier des Chartreux, ainsi qu’à l’Harmonie de l’Estaque, le 4 décembre. « Je parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », relate-t-il façon Aznavour pour retracer le fil de ses multiples identités, jaillies depuis son enfance passée dans le quartier de la Calade. Comme une machine à remonter le temps, « à travers la voix d’un enfant ».

    « Algérien pour toujours, Français tous les jours »

    « Minots, on était fascinés par les marchands ambulants : de pognes, de glaces, d’escargots », rappelle Mohamed Adi, avant de fredonner la ritournelle dédiée à la vente de ces mollusques : « a l’aigo sau lei limaçons, y’en a des gros et des pitchons ». Symboles des identités ayant traversé sa vie, le provençal, l’arabe et le français imprègnent son spectacle dont le seul artifice est une malle à souvenirs, chaque objet convoquant une partie de son histoire. Mais avec la grande, en toile de fond. Si Mohamed Adi est né Français en 1955, ses parents font le choix de devenir Algériens, à l’indépendance en 1962. « Je deviens alors Algérien. Mais en 2000, je demande ma réintégration à ma première nationalité. Mais comme l’Algérie n’abandonne jamais ses enfants, je reste aussi Algérien. Comme le dit Rachid Taha : Algérien pour toujours, Français tous les jours », affirme celui qui estime qu’« on appartient tous à la terre sur laquelle on vit, et non pas à un drapeau ou une Nation. J’ai fait ce choix en 2000 car je ne pouvais pas me raconter d’histoires. Qu’est-ce que j’allais faire à Ouargla [ville ancestrale du Sahara algérien d’où est originaire sa famille, Ndlr] où il n’y avait même pas un baby-foot ou un flipper dans les bars ? ».

    Selon Mohamed Adi, l’identité n’est pas un vain, ni un gros mot. « Ou alors, un gros mot, dans le sens où il faut qu’on le voie », s’amuse cet homme « imbibé de poésie » dont le calme olympien cache des fêlures et qui se considère avant tout comme Marseillais.

    Réservations au 04.91.91.01.29

  • Un festival pour « régénérer » la musique persécutée

    Un festival pour « régénérer » la musique persécutée

    Le Festival des musiques interdites Marseille tient sa 20e édition du 14 au 23 novembre. Depuis 20 ans, ce rendez-vous s’attache à la résurrection de compositeurs oubliés, persécutés, bannis par les régimes totalitaires. Un travail salutaire dans l’époque actuelle aux relents nauséabonds. Cette mouture débutera à l’Abbaye Saint-Victor, avec des solistes de l’Orchestre philharmonique de Marseille, par un programme de quatuor mettant à l’honneur le compositeur Viktor Ullmann, assassiné à Auschwitz, et le Hongrois Bela Bartok qui demanda par solidarité de faire partie des compositeurs bannis car qualifiés de « dégénérés ».

    Réhabilitation

    Dimanche 16 novembre, à l’Opéra de Marseille, la mezzo-soprano Aude Extrémo, la soprano Irina Stopina, la récitante Carole Meyer et le pianiste Vladik Polionov redonneront, eux, vie à Franz Schreker, héritier du post-romantisme allemand dont l’œuvre fut interdite par les nazis. Enfin, et c’est sans doute l’événement du festival, dimanche 23 novembre, à l’Opéra, sera donnée la monumentale deuxième symphonie, dite Résurrection de Gustav Mahler, par l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Marseille, sous la direction de Michele Spotti. Aude Extrémo et Irina Stopina en seront les solistes. 20 ans après sa création, ce festival unique en Europe poursuit, selon les vœux de ses initiateurs, sa mission fondamentale : réhabiliter des compositeurs persécutés dont les œuvres ont été taxées de « dégénérées » ou bannies pour des raisons idéologiques ou raciales.

  • Les Soudanais exilés appellent à l’arrêt des massacres

    Les Soudanais exilés appellent à l’arrêt des massacres

    « La communauté internationale, elle est où ? » Rassemblés aux Réformés, à l’appel de l’Association des Soudanais des Bouches-du-Rhône, du Var, ou encore de l’association de la Cantine soudanaise en France, ils sont venus rendre visible « le massacre. »

    « On essaie de faire en sorte que le monde tourne ses yeux vers le Soudan pour trouver une solution de paix car les victimes sont des femmes, des enfants, ce n’est pas une guerre mais un génocide », alerte Tamzain, un des manifestants. Pas plus tard que vendredi, l’ONU a mis en garde contre des « préparatifs en vue d’une intensification » des hostilités dans un Soudan déchiré par une guerre entre l’armée et les paramilitaires, malgré l’annonce par ces derniers de leur accord à une proposition de trêve humanitaire.

    Le troisième plus grand pays d’Afrique est ensanglanté depuis avril 2023 par une lutte pour le pouvoir opposant l’armée du général Abdel Fattah Al-Burhane aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) de son ancien adjoint, Mohamed Hamdane Daglo, tous deux accusés d’exactions.

    Des milliers de morts

    « En juin 2023, 15 000 membres de la population masalit d’El Geneina, dans l’Ouest du Darfour, ont été tués et des milliers d’autres ont été contraints de fuir vers le Tchad voisin », indiquent les manifestants marseillais, rapportant le récit d’une humanitaire sur place, en date du 6 novembre. Depuis le 26 octobre, la FSR a pris le contrôle de la ville d’El Fasher après un siège complet de 18 mois empêchant l’entrée de toute nourriture, ajoutent-ils évoquant des viols, tueries de civils, de journalistes, d’activistes. Des « horreurs » constatées dans des vidéos postées par les combattants de la FSR eux-mêmes. Sur leurs pancartes, les Soudanais exilés ont d’ailleurs apposé des images terribles d’enfants pendus, de corps ensanglantés. Des atrocités auraient été aussi commises dans la ville de Bara, dans la région du Nord-Kordofan.

    Le conflit a déjà fait des milliers de morts, forcé le déplacement de 12 millions de personnes et plongé le pays dans la plus grande crise humanitaire au monde selon l’ONU.

    Pour les manifestants marseillais, le soutien des Émirats arabes unis à la FSR lui permet de disposer d’« armes en nombre et récentes » en échange d’accès aux richesses du sol, « de l’or dans l’Ouest ». Pour Tamzain, les Émirats visent une scission du pays pour s’emparer définitivement de cette manne économique. Des mobilisations ont été organisées aussi à Paris ou Mulhouse, toujours « pour faire parler du conflit. » D’autres rassemblements ne sont pas exclus, « il faut que ça s’arrête, qu’on envoie des vivres et des médicaments », intime-t-il.

  • L’OM s’est rassuré et reste dans le sillage du PSG

    L’OM s’est rassuré et reste dans le sillage du PSG

    Lorsque vous lirez ces lignes, Roberto De Zerbi en aura terminé de sa courte parenthèse.

    Interrogé sur ce qu’il allait faire pour célébrer la victoire de l’OM, samedi, face à Brest, l’entraîneur devait passer en mode Jack Kerouak. « Je vais aller à la Commanderie, fumer quelques cigarettes. Ensuite, c’est voiture, bonne musique et cap sur l’Italie ! » Tout en avouant « que j’aurai déjà en tête la réflexion pour Nice ».

    S’il a profité de la trêve pour aller se ressourcer « alla sua casa », il avait déjà en tête le programme qu’il imposera à ses joueurs. « Du jeu, du jeu, du jeu. » Car, malgré la démonstration face aux Bretons, sur le score de 3-0, il a toujours en travers de la gorge les prestations précédentes.

    « Cela m’a fait mal de voir l’équipe jouer mal. J’assume la responsabilité de ne pas avoir réussi à lui donner de la sérénité, peut-être de ne pas lui donner le goût, le plaisir de jouer, peut-être de ne pas avoir donné aux joueurs des consignes claires à suivre, et donc cela me pèse beaucoup, encore plus que la défaite [contre l’Atalanta, Ndlr]. » Alors, il va revoir certains détails, avec un groupe plus étoffé que d’habitude.

    Certains internationaux vont en effet rester à la Commanderie. À l’image de Timothy Weah, Leo Balerdi ou encore Facundo Medina. Les blessés de l’automne quittent petit à petit l’infirmerie. Et les deux semaines sans matches vont leur permettre de terminer leur convalescence et retrouver le rythme.

    Roberto De Zerbi aura aussi à se projeter sur la dernière ligne droite avant le changement d’année, qui verra son équipe disputer le Trophée des Champions face au PSG, dans un endroit improbable. « Je ne comprends pas pourquoi le Koweït », souffle-t-il. En n’oubliant pas non plus que le succès de samedi n’efface pas les affres traversées ces derniers jours.

    « Il me faut déjà me préparer à la prochaine tempête, car elle arrivera. Je ne sais pas quand, mais elle arrivera. Alors, si vous vous préparez, vous savez déjà que c’est comme ça, et c’est ce qui est beau à Marseille », confesse-t-il. Cette particularité locale est un des ingrédients qui l’a attiré. Et « j’ai dit aux joueurs de ne pas manquer cette opportunité unique, de rester ici, parce que, si c’est plus facile ailleurs, mais, ailleurs, ce n’est pas aussi beau. J’espère qu’ils me suivront, car je ne suis pas un héros, je ne suis pas plus fort, c’est difficile pour moi aussi, mais je suis peut-être plus âgé et j’essaie donc d’apprécier ce que Marseille nous offre de beau ».

    Attaque prolifique

    Après trois mois de compétition, Roberto De Zerbi estime que, « nous faisons de bonnes choses, pas parfaites. Et je pense que nous mériterions d’avoir plus de points, aussi bien en championnat, qu’en Ligue des Champions ». L’OM en totalise 25 qui lui ont permis d’occuper deux fois provisoirement la tête de la Ligue 1 et d’être à deux longueurs du PSG.

    De quoi susciter des espoirs. Mais l’entraîneur prévient. « Le championnat est long. Ce sera difficile, mais pas impossible. Même s’il est trop tôt pour affirmer quoi que ce soit. »

    L’OM s’inquiète au sujet de Nayef Aguerd

    Depuis plusieurs jours, Nayef Aguerd tire sur la corde. Le défenseur central olympien avait renoncé à Auxerre, mais a débuté face à l’Atalanta et Brest. Néanmoins, il a dû se résoudre à quitter le terrain avant la fin, samedi. « Il a senti que ça s’était aggravé, il va faire des examens. C’est nécessaire qu’il s’arrête un peu, sinon ça va empirer. Il pourrait rater la CAN » a indiqué Roberto De Zerbi, qui redoute que « ce soit une pubalgie ».

    L’OM va demander au Maroc de ne pas le convoquer durant la trêve internationale. Le joueur doit passer des examens pour déterminer son mal. Et sera mis au repos à la Commanderie.

  • Au pied du mur

    Au pied du mur

    « Nous avons échoué » à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, objectif le plus ambitieux de l’Accord
    de Paris, a lancé jeudi
    le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avant le début de cette COP30. Un constat implacable et factuel,
    qui ne l’empêche pas
    de faire preuve de détermination, considérant que « nous n’avons jamais été mieux équipés pour contre-attaquer », au regard des énergies alternatives et des politiques pouvant être menées d’un bout
    à l’autre de la planète. Pour autant, l’augmentation en nombre et en intensité des catastrophes naturelles directement liées au dérèglement climatique est une réalité. Au-delà de l’aspect dramatique et du nombre de morts qui ne cesse d’augmenter.

    Une décennie d’atermoiements

    C’est une réalité d’ores et déjà chiffrée aussi par les assurances. Des vagues de chaleur qui ont quadruplé en quarante ans, des épisodes de sécheresse qui endommagent récoltes et bâti, tempêtes à répétition, inondations… Premier impact visible, la hausse des tarifs et des surprimes pour faire face aux dépenses… Avec un risque majeur à plus ou moins long terme, très redouté par l’État et les collectivités, celui de se retrouver avec des « déserts assurantiels », des territoires où les risques sont tellement importants et récurrents qu’ils ne seront plus couverts. Après
    une décennie d’atermoiements, de renoncement et de dénis, il reste à espérer, comme le fait le secrétaire général de l’ONU que les pays réunis au Brésil s’emparent de ce défi qui impactera chacun d’entre nous.