Tag: Marseille

  • [On passe à table] Les petits et gros choux au praliné de Mr. Chou

    [On passe à table] Les petits et gros choux au praliné de Mr. Chou

    Douceur et générosité sont les maîtres-mots de la recette que vous propose de réaliser à la maison Loïc, le pâtissier et fondateur de Mr. Chou.

    Pour commencer, réaliser votre pâte à choux en versant dans une casserole l’eau et le beurre coupé en petits morceaux. Faites bouillir et ajouter la farine pour faire ce que l’on appelle une panade. Baissez ensuite le feu et remuez à la spatule pour ôter l’humidité. Une fois que c’est fait, enlevez du feu et écrasez bien à la spatule pour refroidir un peu la pâte et éviter que les œufs ne coagulent. Ajoutez ensuite les œufs les uns après les autres pour éviter de mettre trop de liquide. D’ailleurs, ce sont les œufs qui permettent à la pâte de gonfler.

    Une crème onctueuse

    Quand celle-ci est homogène et crémeuse pochez-la en petits choux sur une plaque beurrée ou recouverte de papier cuisson. Déposez la pâte en quinconce sur la plaque pour que la chaleur puisse circuler uniformément. Préchauffez le four et faites cuire 30 à 35 minutes à 180° chaleur tournante. Laissez ensuite refroidir. Pendant ce temps réaliser la crème pâtissière en portant à ébullition le lait et 100g de sucre, à part dans un saladier mélangez la maïzena et le sucre. Une fois que le lait est à ébullition versez-en une petite quantité dans la maïzena, mélangez et reversez le tout dans le liquide. Chauffez jusqu’à épaississement, ôtez du feu et laissez refroidir.

    Pour le praliné faites chauffer dans une casserole le sucre à sec une fois qu’il est blond, versez les amandes et les noisettes. Mélangez bien, versez sur une plaque pour refroidir le tout et mixez. Une première quantité de façon un peu grossière et l’autre plus longtemps pour que le praliné soit lisse. Dans un batteur versez la crème fraîche et montez en chantilly. Enfin, versez le praliné lisse dans la crème pâtissière, ajoutez petit à petit la crème fouettée mélangez bien et placez dans une poche à douille votre crème diplomate.

    Coupez les choux en deux, garnissez avec de la crème à hauteur. Un cœur au praliné et recouvrez à nouveau de crème. Enfin, le chapeau du chou. Saupoudrez le tout de sucre glace ! Bonne dégustation.

    – Pour la pâte à choux : 1/2 L d’eau, 200g de beurre, 5g de sucre, 10g de sel, 400g de farine, 10 œufs

    – Pour la crème pâtissière : 1L de lait, 200g de sucre, 70g de maïzena, 3 œufs

    – Pour le praliné : 100g d’amandes, de noisettes et de sucre

    – Du sucre glace et de la crème fraîche végétale ou classique à 30% de mat. grasse

  • « Moi Marseille »

    « Moi Marseille »

    Laissez passer les cartes postales. Celle de la ville de coups de vents, des coups du sort que les magazines habillent de lumière, de ferveur et de passions, de caricatures. Et revenons à ce que je suis.

    Hier, j’ai célébré mes 2600 ans. Grecque, ouverte sur la Méditerranée, j’ai souvent résisté avec courage, parfois folie, moins souvent j’ai cédé à la sagesse. Des excès, nombreux, me direz-vous. Sans doute, mais je suis ainsi faite. De cycles, de dépressions, de rebonds et c’est dans ce flot incessant que j’ai déployé ma légende.

    Trompant les projets des urbanistes, jouant de l’espace entre ma centaine de villages, j’ai fait ville sans jamais trahir l’âme de ceux qui m’ont façonnée durant ces siècles. J’ai tissé ma force, à l’abri du massif de la Nerthe et de la chaîne de l’Etoile, me dressant contre la Provence, négligeant le tourisme, préférant les orients lointains.

    Alors, d’aucuns ont parlé de moi comme un carrefour alors que je ne suis rien d’autre qu’un havre où les hommes se croisent, travaillent et galèjent. Oui, ici le verbe est haut, moqueur mais je suis ville de labeur et d’efforts, contrairement aux clichés exhibés par ceux de la capitale.

    Aujourd’hui, je le sais. Je suis à la croisée des chemins et je sens que le bruit et la fureur, transformés en étendards par certains, me menacent. Ils excluent, rejettent et se sont persuadés que mes excès traduisent une lâche tentation vers les extrêmes, que mes emportements justifient leurs aveuglements et leurs ressentiments.

    Ils font table rase de ce qui m’a nourri. Leurs propos et programmes, à l’emporte-pièce, sont la négation de mon passé, qui s’est pétri dans l’accueil et le mélange. N’allez pas croire que mon essence populaire signifie l’amour de la révolution. Je manifeste, je crie, je conteste parce que j’aime la justice et refuse les exclusions. Mes colères, elles sont là.

    Si j’ai chanté La Marseillaise, c’est pour sauver la République, pas pour faire preuve d’insoumission. Cette République, elle est égalité, fraternité et liberté. Elle est peut-être menacée, comme ce qui fait ma chair, mes espérances.

    Ceux qui affirment sans sourciller que la police tue, ceux qui refusent le compromis, rejettent tout ce qui ne s’accorde pas avec leur credo. Ils ont les mêmes défauts que ceux qui font porter les péchés capitaux à l’autre, celui qui ne leur ressemble pas. Leurs combats ne sont pas les miens. Ils instrumentalisent mes emportements. Oubliant ce que je veux.

    Je veux continuer à grandir sans perdre mon authenticité, je veux que chacun de mes habitants ait sa juste place, que tous mes quartiers soient apaisés. Le temps n’est plus où je cherchais ma force dans le refus de tendre la main à mon arrière-pays. Le développement auquel j’aspire est fait de coopérations, de dialogues et d’échanges avec mes voisins, proches ou lointains.

    À leur laisser les rênes, ces ingrédients du vivre ensemble disparaîtraient refermant le chapitre d’une ville où les projets, enfin, peuvent bénéficier d’investissements de l’État.

    Je veux être Marseille, une ville de projets pour une jeunesse libérée du déficit d’investissement, de formation, d’emplois qualifiés… Je veux être une ville de logements décents pour tous, d’espaces publics accueillants, de nature préservée. Je veux une économie dynamique qui reflète le potentiel de cette terre de recherche, de savoirs, d’innovation. Je veux des politiques qui rapprochent et non qui opposent, des choix qui protègent et non qui affaiblissent.

    Ce sillon, je l’ai creusé durant des années, avec des maires de conviction, courageux, auxquels mille et un reproches peuvent être lancés. Mais ils n’étaient pas enkystés par cette fatigue démocratique qui menace.

    Il faut être démocrate, républicain, courageux. Le pire n’est jamais sûr mais il nous appartient, désormais ensemble, de tourner le dos aux passions tristes des extrêmes.

  • Des portuaires qui défendent leur force de travail

    Des portuaires qui défendent leur force de travail

    Lors de ses vœux, ce jeudi 22 janvier, Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du Grand Port maritime de Marseille, a tenu à rappeler que son activité relevait avant tout du « fruit du travail des travailleuses et travailleurs du port ».

    S’il convient que « le port dispose d’un modèle économique robuste », il s’interroge sur l’avenir de cet outil de développement crucial du territoire, notamment « sur la finalité de certains projets sur les segments à la fois liés à la décarbonation et soumis à une concurrence exacerbée ». Pour le responsable syndical, « les prochaines élections municipales sont un laboratoire politique ». Et de souligner que « depuis plusieurs semaines, nous voyons fleurir des discours d’équilibrisme électoral, le fameux “en même temps” ». 

    Décarbonation sans ligne THT ?

    À savoir : « Un emploi industriel mais en même temps sans industrie, pour la souveraineté énergétique mais avec une baisse de la production, pour la décarbonation mais contre la ligne à très haute tension, pour la transition écologique mais contre le transport ferroviaire, pour la qualité de l’air mais contre le branchement des navires à quai. » Et au final, des positionnements « toujours contre les industries des activités portuaires, qu’il s’agisse des passagers, de la réparation navale ou du transport des marchandises », résume-t-il. Autant d’éléments qui poussent le syndicat à la plus grande prudence.

  • [Lecture] L’évasion du tirailleur

    [Lecture] L’évasion du tirailleur

    Mille neuf cent seize. La Teste de Buch. Camp du Courneau. Des milliers de tirailleurs sénégalais sont entassés dans des baraquements avant de rejoindre le front. Dans la nuit, une silhouette se faufile, passe par-dessus les barbelés et par-dessous les wagons, sous la lune froide. Les images lui reviennent des siens et de son pays. Sa fuite est peuplée d’animaux qui se font témoins de son histoire. Il se souvient du paquebot, et des façades imposantes de Bordeaux, à l’arrivée. D’où provient tant de richesse ? Les récits sur la guerre qu’il a entendus terrifient ses cauchemars. Il faut fuir, dormir dans les bois, voler un morceau de pain dans une maison isolée et se faire prendre : « Ça commence par du pain et après ? » Être pris en chasse. Thibault Rougès livre ici un récit grave, haletant et poétique, servi par des encres profondes. On est saisi par les paysages, par les visages, par les corps, par les plumages et les pelages. Thibaut Rougès s’est attelé à « entrer dans la tête de cet homme », pour le comprendre, « créant un lien fraternel presque inexplicable ». Une force se dégage de cette bande dessinée inspirée de « l’histoire vraie de Beckadou, tirailleur sénégalais, seul et unique évadé du camp du Courneau ». Elle est le résultat de cinq années de travail, un travail soigné, et de décantation qui font un récit épuré. Pas de bavardage. Quelques dialogues pour illustrer et des images pour raconter : le récit est dans le dessin. Sa magie est de nous placer immédiatement en proximité avec le héros et de nous entraîner dans sa fuite, avec lui, de susciter ce lien fraternel en nous, sans avoir besoin d’en dire davantage. Ah oui : en 1917, les deux assassins de Beckadou ont été acquittés.

    Déraciné

    Un tirailleur en fuite

    par Thibault Rougès

    Familar éditions, 21 €.

  • Nicolas Guillé : « Des objectifs très élevés sur les Grands Tours »

    Nicolas Guillé : « Des objectifs très élevés sur les Grands Tours »

    La Marseillaise : Quels sont vos grands objectifs en 2026 ?

    Nicolas Guillé : Déjà de gagner des courses. Après, il y a des passages obligés, des courses comme Paris-Nice, comme les classiques flamandes, Paris-Roubaix aussi, car nous avons notre partenaire mécanique basé dans la région. C’est un gros objectif de la saison. Ensuite, on va vite arriver sur le Tour de France. On va dire que nous avons des objectifs très élevés sur les Grands Tours. Il faut qu’on essaie de passer un cran, de pouvoir vraiment rivaliser, de s’approcher du podium sur ces courses-là.

    En regardant en détail votre effectif, on dirait que vous pouvez gagner sur tous les terrains. Qu’en pensez-vous ?

    N.G. : Oui, c’est vrai qu’on a des coureurs qui vont assez vite, qui passent bien les bosses. On a un collectif assez fort. Avec le recrutement de sprinteurs, nous allons devoir avoir une approche différente de la course. Ce sont des choses assez nouvelles pour nous, on n’a jamais eu trop de sprinteurs dans l’équipe. Et c’est vrai qu’avec le recrutement de Mark Renshaw, de coureurs aguerris autour d’Olav Kooij, on est plutôt confiant avant d’attaquer cette nouvelle année.

    2026 sera une année importante pour le grand espoir Paul Seixas. Est-il prêt à affronter le gros programme qui l’attend ?

    N.G. : Oui, bien sûr, mais c’est vrai que l’on souhaite le couver au maximum, avec que des experts autour de lui. On essaie qu’il ait la meilleure approche possible de sa saison, sachant qu’il est jeune et qu’il faut faire attention à tout avec lui. Il n’y a pas de pression particulière. On le laisse venir sur les courses. On sait que c’est un coureur qui est déjà mûr, il sait ce qu’il veut. Après, l’expérience va venir au fil des mois, des années. L’idée, c’est vraiment de ne pas lui mettre la pression. Il faut placer de bons coureurs à ses côtés pour l’amener à faire de bons résultats. Il faut juste lui laisser le temps et les performances viendront par elles-mêmes.

  • [Chroniques méditerranéennes ] Le cliquetis des menottes : Voilà la « solution »

    [Chroniques méditerranéennes ] Le cliquetis des menottes : Voilà la « solution »

    Si le dissensus est le sel de la démocratie, la répression en est le poison. Depuis longtemps, l’Italie est anesthésiée par des slogans et des clichés qui alimentent une haine toujours plus grande. Le gouvernement recourt à un vieux sport national : la démonstration de force. La répression s’effectue par un recours au droit pénal qui bafoue les libertés constitutionnelles.

    Le décret sur la sécurité, entré en vigueur le 11 avril 2025, a transformé les actes de dissidence en infractions pénales. C’est ce qui est arrivé à Marco Rovelli, écrivain et musicien, et à 36 autres personnes, fichées comme suspects. Ils avaient participé à la grande manifestation de solidarité pour Gaza et la Flottille de la Liberté à Rome en octobre dernier.

    « Ces noms, m’explique Marco Rovelli, ne sont pas choisis au hasard, mais triés sur le volet. On leur reproche d’avoir bloqué les voies en gare, malgré des négociations entre le syndicat CGIL et la police. »

    Mais le clou du spectacle, c’est le « paquet sécurité », actuellement examiné par le Parlement, qui vise les pouvoirs répressifs de l’État. Il prévoit des « zones rouges », des quartiers urbains interdits d’accès aux personnes jugées dangereuses, même non condamnées, ayant commis des « délits » lors de manifestations.

    Les « indésirables » sont de nouveau sous les feux des projecteurs : exil administratif pour tout étranger jugé dangereux, même sans avoir commis de délit. Un ensemble de mesures qui permettra de bloquer les navires de migrants si le ministre de la Ligue du nord, Matteo Salvini, actuellement ministre des Transports, le juge nécessaire. Ce dernier avait été acquitté alors qu’il était poursuivi pour séquestration et manquement à ses obligations professionnelles lorsqu’en août 2019 il avait empêché le débarquement de 147 migrants secourus par le navire de l’ONG espagnole Open Arms, avec de nombreux mineurs non accompagnés à bord.

    Mais la persécution des mineurs ne se limite pas aux arrivées par bateau. La liste des délits pour lesquels des jeunes peuvent être arrêtés en flagrant délit et les amendes infligées aux familles, allant de 200 à 1 000 €, pour défaut de surveillance, s’allonge.

    Le gouvernement Meloni ne se contente pas de lois ; il va plus loin : il instrumentalise les médias.

    Il y a quelques jours, dans un lycée de La Spezia, un élève marocain, Zouhair Atif, a poignardé son camarade d’origine égyptienne, Abanoud Youssef, par « jalousie ». Une photo d’Abanoud avec son ex-petite amie, publiée sur les réseaux sociaux, serait à l’origine du meurtre. Ultime mesure répressive : l’installation de portiques de sécurité dans les établissements scolaires. Des mesures qui, au vu des faits, se sont révélées inefficaces. Ceux qui se définissent comme immigrés de deuxième génération, nés en Italie de parents non italiens ou arrivés enfants, représentent un quart des jeunes de 15 à 35 ans. Les premiers à être confrontés et à subir la discrimination. Des familles vivant dans la crainte de l’immigration clandestine, avec des emplois précaires et des logements insalubres. Des jeunes contraints d’ignorer leur culture au nom d’un semblant de lien social, ou prêts à la reconquérir par la force. C’est dans ce contexte que se cache la tragique histoire de Zouhair Atif et Abanoud Youssef.

    Mais poser des questions n’est pas de mise. La « solution » ? Le rapatriement, des mesures de sécurité renforcées, des détecteurs de métaux dans les écoles, des arrestations. Oubliant que Zouhair et Abanoud sont les enfants de cette Italie-là. Les contrôles dans les écoles ou le bruit des menottes témoignent de la fragilité d’une société décomposée. Comme le disait Piero Calamandrei : « Là où il n’y a pas de liberté, il ne peut y avoir de légalité. »

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome.

  • [Lecture] On achève bien les chevaux

    [Lecture] On achève bien les chevaux

    Disons-le tout net : L’Ivresse de la violence est un roman terrible qui éprouve cœur et conscience et ferait douter de l’humanité. Un livre néanmoins indispensable dans une période de réécriture de l’Histoire. Qui s’inscrit à contre-courant du révisionnisme qui sévit en Lituanie, en Roumanie ou en Hongrie, où l’on réhabilite les anciens dirigeants fascistes et les collaborateurs du nazisme. Qui s’inscrit en faux contre le blanchiment idéologique du Régent Horthy, le Pétain hongrois, qui aurait, comme le maréchal français, sauvé des juifs, alors que les lois antisémites sont votées en 1938 et, qu’entre mai et juillet 1944, 437 000 juifs hongrois sont expédiés à Auschwitz.

    Mais le roman éclaire d’une lumière crue plus précisément les quatre mois, du 15 octobre 1944 au 13 février 1945, où, avec la complicité des nazis, le pouvoir tombe entre les mains des Croix-Fléchées de Ferenc Szálasi. Quatre mois d’une haine aveugle, totale, où l’on traque juifs, tziganes, communistes, socialistes, anglophiles, avec une violence débridée, dans un espace restreint, Budapest, devenu quasiment un huis clos. Dieu, naturellement, est aux côtés des Croix-Fléchées, en la personne du prêtre András Kun, à la tête d’un escadron de la mort, torturant, violant, exterminant tous les occupants de l’hôpital juif de Buda, 140 personnes, malades et soignants, dans une orgie barbare inimaginable avant d’organiser les noyades collectives quotidiennes.

    Briser le mur du silence

    Sidéré des découvertes qu’il a pu faire, l’auteur a choisi la forme romanesque pour traduire le choc qu’il a subi. Et, c’est par le truchement de Renner, petit patron marié à une juive, qui ne doit son salut qu’au camion dont les Croix-Fléchées ont besoin, que nous allons vivre ces mois d’horreur absolue.

    Navigant entre espoir et désespoir, témoin de violences inouïes, où « frères et sœurs » fascistes rivalisent dans la perversion et le sadisme, Renner n’a de cesse de retrouver sa femme et sa maîtresse, juives toutes deux. Obligé, à son corps défendant, de participer à d’ignobles besognes, il ne perdra jamais cependant une certaine humanité. Celle qui permet au lecteur de supporter l’atroce chemin de croix que suivent, pendant ces quatre mois, des salles de torture au bord du fleuve gelé, plus de 12 000 victimes.

    « L’Ivresse de la violence » de Gábor Zoltán Belfond 362p. 23€

  • Lucien Molino. Le seuil décisif du printemps 1946

    Lucien Molino. Le seuil décisif du printemps 1946

    À la conférence du Palais Royal, réunie du 4 au 22 juillet 1946, la CGT défendit sa nouvelle revendication officielle. Mais les obstacles s’accumulaient en rangs serrés et le PC était entravé par sa participation au gouvernement désormais dirigé par les MRP de Georges Bidault. Celui-ci, appuyé par la SFIO qui avait décidé de garder le silence et refuser tout poste « économique », n’osant pas allumer son veto à la demande syndicale, fit savoir qu’il n’irait pas au-delà de 15%. Ce piège fut évité car, avec une tactique hardie, l’alliance de la CGT avec la Confédération générale de l’agriculture permit aux salariés d’obtenir, fin juillet, une augmentation légèrement supérieure à 20%. Notre contre-offensive entraîna une réplique efficace des classes dirigeantes, caractéristique des réorganisations consécutives aux engagements économiques pris à Washington.

    Une tornade
    des prix industriels

    L’acquis ouvrier, complété par l’arrêté Croizat du 30 septembre supprimant les abattements sur les salaires féminins, fut littéralement balayé par une tornade des prix industriels, consciencieusement préparée dans les milieux patronaux et les services ministériels. La même tornade sur les prix agricoles fit craquer l’alliance ouvriers – paysans qui mettait en échec la vigoureuse campagne anti-paysanne des minoritaires et du Parti socialiste.

    La situation générale éclaire nos difficultés de riposte, symbolisées par la passivité des CE que nous tentions de mobiliser contre la hausse des prix. À tous égards, le printemps 1946 représente un seuil décisif. Tant que la classe ouvrière avait accepté sinon le sacrifice total du moins, il faut le reconnaître, certains sacrifices impliqués par la priorité donnée à la production, l’expectative pouvait être officiellement respectée. À partir du moment où la CGT rejeta la règle du jeu qu’instituaient les dirigeants économiques et politiques, la guerre fut déclarée.

    C’est ainsi que, dans notre département comme ailleurs, j’ai interprété les grandes manœuvres de juillet-août 1946. Après la grève des PTT, Gaston Defferre vanta, dans son journal, les vertus du retour à « l’autonomie » contre « la mainmise du Parti communiste français sur le mouvement syndical ». Nul ne peut penser que ce mouvement, dont les archives au ministère des PTT ont curieusement disparu, ait eu pour ressort exclusif le mécontentement social. Certes, la profondeur de celui-ci, dont les Postes n’ont pas le monopole, contribue à rendre compte de l’ampleur d’un conflit aboutissant à une scission qui entraîna 15 000 syndiqués dans les rangs d’une Fédération postale autonome.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Eric Pesty, imprimeur-éditeur

    Eric Pesty, imprimeur-éditeur

    Son destin s’est lentement tracé. Avant de devenir vers 30 ans un imprimeur « à l’ancienne », personnage auparavant incarné par des figures tutélaires comme l’instituteur Célestin Freinet ou bien l’éditeur Guy Lévis Mano, Eric Pesty est passé par une longue série d’apprentissages. Il esquive son Baccalauréat, choisit le métier de luthier, répare et fabrique à Mirecourt en Lorraine des violons et des archets. Son diplôme obtenu, il œuvre trois ans chez un aîné marseillais, Charles Leduc Hommel, avant de bifurquer vers des études littéraires, à la faveur d’un stage de magasinier-objecteur de conscience dans la bibliothèque de la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence. La linguiste Claire BlancheBenveniste, les commentaires de Montaigne par Jean Raymond Fanlo et André Tournon le passionnent. Il prend le risque de rédiger sa maîtrise et sa thèse à propos de l’œuvre de Claude Royet-Journoud ; ses livres lui sont révélés pendant les séminaires de Jean-Marie Gleize.

    L’amour de la musique ne le quitte pas, il abandonne la lutherie. L’exposition Poésure-Peintrie, les auteurs qui lisent et performent au CIPM de la Charité, l’établissement à Paris pour les éditions Ivrea d’un volume de Tacite ainsi qu’un voyage en Californie du côté de la « small-press » en compagnie d’Eric Giraud, l’emmènent ailleurs. Entre autres raisons parce qu’au Centre de Poésie de la Vieille Charité, Emmanuel Ponsart le recrute souvent à mi-temps, à la fois en tant que bibliothécaire et secrétaire de rédaction de la revue du CIPM, le Panier est son quartier. Sa machine, les plombs de ses lettres de casse et son stock d’ouvrages ont pour premier domicile la rue des Mauvestis. Une fois qu’on a gravi les rudes escaliers de la place Sadi Carnot, on croise à présent Eric sur la pente de la rue des Belles Ecuelles.

    Songer à la lime
    de Montesquieu

    Il se veut à la fois « lisible et invisible ». Ses amis de l’édition indépendante estiment qu’il est un ultime survivant, « presque une aberration ». Les tirages en offset ne lui sont pas inconnus : il les a pratiqués en 2005, lorsqu’il a débuté. Trois ans plus tard, au terme d’une mue effectuée à Corbières près de Manosque en compagnie du typographe Pierre Mréjen-Harpo, il est devenu un imprimeur comme il n’en n’existe presque plus: à la fois joyeux, silencieux, antique et moderne.

    Sa saisie, lettre après lettre, de l’espace d’une page est un hommage à Mallarmé ainsi qu’à la modernité franco-américaine des poètes des années 1970-1990 comme Daive et Hocquard. Avec une assiduité et une intensité peu communes, six jours par semaine, le matin dès 9 heures et le soir jusqu’à 19 heures, Eric Pesty réalise la plupart de ses livres de manière frontale, avec des pratiques et des encres qui induisent un tact singulier. Pour éditer, il faut savoir lire: une page de poème peut approcher la densité d’un arbre ou bien d’un caillou dans un paysage.

    Ce moine sans religion n’est pas un solitaire, les parfaites habitudes de son corps et de son esprit font de lui un athlète de l’artisanat. Parmi les amis qui l’accompagnent figurent en premier plan la philosophe Michèle Cohen-Halimi et Jean Daive qui lui a confié pendant 12 ans, un lieu de montage et d’affinement, les 27 cahiers d’une revue inframince qui porte un titre difficilement prononçable : « KOSHKONONG » est un lac du Wisconsin où vivait la poète Loraine Niedecker.

    Chacun de ses livres mériterait une précise description. À côté de la rigueur des anciens de la « poésie blanche », prennent relief et s’ancrent les avancées de plus jeunes écrivains, Luc Benazet, Nicolas Bouissy et Kaïl Vezza, des femmes comme Dorothée Volut et Pauline Von Aesch. Des relations très fortes avec la Scandinavie ont engendré des traductions ainsi qu’en 2025 un festival franco-suédois. Le plus beau et le plus conséquent des livres d’Eric Pesty serait sa très fidèle réédition de L’Arbre le temps de Roger Giroux. En face de la centaine de livres de ses éditions, on pourrait éprouver à quoi fait référence Jean Daive à propos de l’outil que préférait Montesquieu : « une lime sourde qui parvient lentement à sa fin ».

    Qui le suivra ? Sur son chemin de crête, la cohérence de ce résistant est rarement flexible. Les aides publiques sont devenues aléatoires, Rachida Dati ampute de 25% le budget

    Livre de son Ministère. À juste titre un groupe d’amis s’inquiète grandement, développe pour son entreprise un financement participatif mensuel plus que nécessaire. On aime l’humour et la ferveur de ses vœux de 2026 : « Fabriquer dans l’ombre, en silence, imperceptiblement d’autres règles, traquer les poncifs, les pompiers ou l’art à la mode, improviser ! »

  • En soutien au peuple kurde du Rojava

    En soutien au peuple kurde du Rojava

    Nous sommes tous Rojava ! » De la Canebière jusqu’au cours Lieutaud, les drapeaux du Kurdistan syrien flottent ce jeudi après-midi dans le centre-ville de Marseille. C’est dans ce territoire du nord-est de la Syrie, que les forces armées kurdes ont vaincu l’État islamique, à l’époque soutenues par la coalition internationale antijihadiste menée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, pour ne citer qu’eux. Dix ans plus tard, le nouveau pouvoir syrien, dirigé par Ahmed al-Charaa, ancien combattant d’Al Qaïda et de Daech, attaque ces mêmes Kurdes, tentant de reprendre la main sur ce territoire avec l’aide d’Ankara. Dans le silence assourdissant des puissances occidentales.

    « Nous n’avons pas seulement défendu la Syrie contre le terrorisme mais le monde entier, et là, le peuple syrien nous tourne le dos. Comme en 1923, le peuple turc l’a fait », tempête Rosrin, rappelant que des milliers de jihadistes sont toujours retenus en Syrie dans les prisons contrôlées par les Kurdes. « Si les jihadistes prennent le dessus, ils pourront revenir en France et en Europe commettre des attentats à nouveau », signale-t-elle. Autour de la jeune femme, quelque 2 500 personnes – selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône – sont venues apporter leur soutien au Rojava, tandis que des individus ont tenté d’entacher ce rassemblement (lire ci-contre).

    Une manifestation massive qui témoigne de la gravité de la situation. « Ça fait 15 ans que notre peuple combat Daech, on a perdu des milliers et des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, tous assassinés. On ne peut pas en plus perdre notre territoire après ça ! », fulmine Firat, kurde originaire de Turquie. « On est le peuple le plus nombreux du monde à être apatride encore aujourd’hui », tient-il à souligner.

    « Nous ne lâchons pas

    les Kurdes »

    L’appel lancé par le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) a trouvé un écho dans tout le pays. Des rassemblements sont ainsi prévus dans les prochains jours dans des dizaines de villes, comme Paris, Toulouse, Montpellier, Nantes, Strasbourg et Vichy. Face à cette colère qui se propage, à un sentiment d’abandon que la communauté kurde déplore, Paris est sommé de réagir.

    « Nous ne lâchons pas les Kurdes, nous savons ce que nous leur devons », a déclaré Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse ce jeudi, sans pourtant s’exprimer sur des actions concrètes. « Il faut continuer à dénoncer la lâcheté des puissances occidentales qui nous ont vendues une fois de plus, nous continuerons à nous battre », jure Salih Azad, responsable du Centre démocratique kurde de Marseille (CDK-M).

    Témoignages recueillis par Lisa Marchand, Thibaut Carceller et Laureen Piddiu

    Joël Dutto. Secrétaire de la section PCF Marseille 15e

    « Il est important d’être aux côtés du peuple kurde qui a perdu tant d’hommes, de femmes et d’enfants dans les combats contre Daech. Les Kurdes risquent d’être rayés de la carte du Moyen-Orient car le type de société qu’ils promeuvent est insupportable pour les monarchies pétrolières qui les entourent. »

    Barine. Kurde de Syrie

    « Notre message au monde entier, c’est que nous voulons la paix et nous souhaitons que notre voix soit entendue par l’Union européenne. J’ai de la famille en Syrie et j’ai pu parler avec des combattantes. Elles sont actuellement bloquées près de la prison de Hasakah, en Syrie. Cette situation est préoccupante et peut devenir dangereuse. »

    Akram. Kurde de Turquie

    « Il y a une résistance au Rojava [nord-est de la Syrie Ndlr]. Le peuple Kurde a gagné ses droits et, aujourd’hui, ils sont réprimés par les jihadistes et par al-Charaa. Ils sont en train de perdre tous les droits qu’ils ont gagnés. Si j’ai fait le déplacement ici, à Marseille, c’est pour apporter mon soutien au peuple kurde qui résiste. »

    Nathalie Tessier. Conseillère municipale PCF de Marseille

    « À chaque fois que je viens dans les manifestations pour le peuple kurde, je suis saisie par la présence des femmes. Au Rojava, les femmes ont le rôle qu’elles ont décidé d’avoir en étant les égales des hommes. Et ça, c’est un sacré signe pour l’Histoire. »

    Zrng. Kurde originaire d’Iran

    « Les Kurdes sont le plus grand peuple sans territoire qui s’est battu contre les plus grands terroristes du monde. Nous nous sentons trahis, ces mêmes terroristes sont aujourd’hui au pouvoir à cause de l’Europe, ce n’est pas normal. Nous sommes unis, dans la rue et nous n’avons pas peur. »

    Cathy Aubron. Collectif solidarité Kurdistan

    « Je suis venue défendre le projet démocratique porté par les Kurdes, qui accorde une place importante à la paix et au féminisme. Tant que le Parti des travailleurs kurdes sera considéré comme une organisation terroriste, les Kurdes ne pourront être défendus comme ils devraient. »

    Josiane Durrieu. Chargée des questions internationales au PCF 13

    « Si on ne fait rien, Ahmed Al-Charaa va installer un régime islamiste, ils ont déjà libéré des prisonniers jihadistes. Les islamistes ne supportent pas le régime kurde du Rojava parce qu’il est laïc, démocratique, et féministe, tout le contraire des jihadistes. »