Tag: Marseille

  • L’OM envoie un signal fort avant la réception de l’Ajax

    L’OM envoie un signal fort avant la réception de l’Ajax

    Real – PSG – Strasbourg. Ces trois matches étaient ceux de toutes les peurs pour l’OM.

    Une série qui aurait pu ancrer le doute dans les têtes, après un début de saison en deçà des attentes. Mais à l’issue de ces trois rendez-vous, c’est un véritable phénix qui s’est révélé. Car, même avec une défaite à Madrid (1 – 2) en Ligue des Champions, les Olympiens sont parvenus, sur trois matches, à remettre de l’ordre sur le terrain. Tandis que Roberto De Zerbi a trouvé semble-t-il les bons ingrédients.

    Néanmoins, l’entraîneur marseillais ne s’emballe pas. « Août n’est jamais loin, vous le savez mieux que moi », a-t-il évoqué en conférence de presse après la victoire à Strasbourg (2 – 1). « À Marseille, … on ne peut jamais relâcher notre attention. Il faut toujours être attentif, humble, les pieds sur terre ».

    S’il savourait la manière dont son équipe est allée chercher la victoire à la Meinau, il rappelle qu’il faut « toujours garder en tête les matches contre Rennes et Lyon, y compris celui contre le Paris FC, où nous avons eu du mal à nous exprimer malgré la victoire (5-2) ».

    En Alsace, comme face au PSG au Vélodrome, c’est le collectif qui permit à l’OM de renverser la table. Mais surtout, les joueurs appelés pour faire souffler Benjamin Pavard, Pierre-Emerick Aubameyang ou encore Mason Greenwood ont montré qu’ils avaient les capacités pour maintenir le niveau technique. Et préparé le terrain pour que les Phocéens terminent en boulets de canon. « Je pense que les entrées en jeu d’Aubameyang, Emerson, Greenwood, Vaz et Pavard ont changé le match », a-t-il commenté.

    Le banc relève le gant

    Roberto De Zerbi a souligné la nécessité pour lui de pouvoir compter sur un groupe élargi, alors que les rendez-vous s’enchaînent sur une cadence infernale. « Nous avons beaucoup joué cette semaine. Nous allons rejouer mardi. Strasbourg, c’était un match très important comme celui de mardi ».

    La Ligue des Champions revient au Vélodrome, avec la visite de l’Ajax qui se cherche encore dans cette épreuve, alors que dans son championnat, le club d’Amsterdam espère enfin bousculer le PSV et Feyenoord dans la course au titre.

    En s’imposant à Strasbourg en y mettant la forme, l’OM a pris ses premiers points et inscrit ses premiers buts en déplacement. « Cela commençait un peu à m’agacer. J’y pensais pendant le match, en tribune. Et j’admets qu’une nouvelle défaite m’aurait beaucoup énervé », a reconnu l’entraîneur olympien. Ce succès, en terrain difficile, est donc salutaire car, « je ne veux pas que nous soyons définis comme une équipe qui est performante seulement chez elle ».

    Cette performance au Vélodrome, l’OM va devoir l’alimenter face à l’Ajax pour le retour de la Ligue des Champions. Après les promesses de Madrid, le moment est venu de les tenir face à un adversaire qui est, sur le papier, plus à la portée des Olympiens.

  • La DZ Mafia blanchissait ses recettes en lingots d’or

    La DZ Mafia blanchissait ses recettes en lingots d’or

    On touche du doigt le caractère massif et les profits considérables du narcotrafic. Il n’y a qu’avec le démantèlement des réseaux de blanchiment que nous pourrons porter des coups durables et affaiblir les organisations criminelles », a déclaré samedi le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, tirant les leçons aux côtés du colonel Olivier Leblanc, commandant de la section de recherches Paca de la gendarmerie de l’opération de coopération franco-italienne, du démantèlement d’un vaste réseau international de conversion en lingots d’or des recettes du narcotrafic marseillais, ensuite exportés vers le Kosovo puis la Turquie.

    L’enquête commune avec la Guardia di Finanza de Milan s’est appuyée sur les dispositifs européens d’entraide
    – l’agence Eurojust et le service Europol – mais aussi le soutien technique de la toute nouvelle Unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la Gendarmerie. Une centaine de gendarmes ont été mobilisés sous l’égide de la section de recherches de Marseille avec les SR de Paris, de Strasbourg, de Chambéry ainsi que du GIGN. Ce succès a été rendu possible par l’excellence des relations déjà anciennes nouées entre les autorités policières et judiciaires franco-italiennes, « leur grande réactivité et leur confiance totale » a salué le chef du parquet de Marseille.

    Le démantèlement s’est opéré en deux phases à partir d’un renseignement de la Guardia di Finanza, fin décembre 2024, sur une importante organisation criminelle basée à Milan où elle était dotée d’une fonderie, spécialisée dans le blanchiment de numéraire, et notamment les flux financiers très importants de la DZ Mafia. La récupération du numéraire en France et son transport vers l’Italie était assurée par des équipes de Syriens et de Maghrébins qui utilisent des voitures embarquant des « caches particulièrement sophistiquées ».

    « Ces collectes de fonds représentaient d’octobre 2024 à août 2025 plus de 30 millions d’euros et c’étaient des collectes hebdomadaires principalement à Marseille, ses environs mais aussi à Lyon, Paris et à l’Italie. Chez un des collecteurs, il a été retrouvé 2,4 millions d’euros. C’était le produit d’une semaine de collecte à Saint-Etienne et Clermont-Ferrand » a ainsi détaillé le procureur pour qui 70% de la collecte était fournie par des trafiquants marseillais liés à la DZ Mafia. « Marseille, malheureusement une fois de plus, se taille la part du lion », a-t-il relevé.

    Le 7 septembre 2025, un convoi détecté entre l’Italie et l’Espagne déclenchait les interpellations. 55 lingots d’or 24 carats de 1 kilo cachés dans des voitures et plus de 2,4 millions d’euros en espèce étaient trouvés, ce qui représente une saisie de 8 millions d’euros. Sept individus (3 hommes et 4 femmes) de cette équipe de transporteurs ont été mis en examen et écroués pour blanchiment aggravé de stupéfiants et association de malfaiteurs.

    La deuxième vague d’interpellations est survenue ce 23 septembre lancée à Vitrolles, Marignane, Martigues, Marseille et Berre-l’Étang ainsi qu’en Italie. Sept personnes ont été mises en examen dont 4 en détention provisoire. Ont été saisis 300 000 euros, 6 véhicules, de la maroquinerie et de la joaillerie de luxe. Les Italiens ont arrêté 4 personnes et mis la main sur 238 kilos d’or, 400 kilos d’argent, 7 kilos de palladium, 5 kilos de platinium, une somme globale d’1,3 million d’euros et 24 biens immobiliers.

    « Marseille,
    une fois de plus, se taille
    la part du lion »

  • Depuis Marseille, un cri d’alarme pour les femmes afghanes

    Depuis Marseille, un cri d’alarme pour les femmes afghanes

    Les prises de paroles se sont multipliées samedi matin devant la grille du parc Chanot pour dénoncer le « gynocide » afghan. « Non à la banalisation » de l’intégrisme religieux, « Non à la reconnaissance internationale des Talibans »… Les slogans interpellent la foule effervescente qui se presse à la Foire de Marseille. Ici, femmes, hommes et enfants vaquent librement à leurs loisirs.

    « Ce n’est pas possible là-bas », rappelle Nathalie Tessier en tendant un tract à une femme qui s’arrête avec sa fille. La conseillère municipale (PCF) déléguée aux droits des femmes est au rendez-vous de ce rassemblement initié par l’association Negar, le collectif 13 Droits des femmes fédérant 14 associations féministes, Femmes solidaires 13 et la Marche mondiale des femmes Paca. « Cette performance est un soutien à nos sœurs afghanes, c’est un appel à voir et comprendre ce qui se passe à sept heures de vol d’ici », crie au micro, Annick Karsenty.

    « On apprend chaque jour encore une discrimination… Il fallait qu’on fasse quelque chose et qu’on parle d’elles. Elles nous disaient, vos voix sont les nôtres, elles comptent sur nous », glisse la présidente marseillaise de Femmes solidaires, un œil barré d’un scotch noir. Geneviève Couraud (Negar) décrit, elle, l’escalade de l’oppression.

    « Dans un des départements, un mollah a décidé que les femmes n’avaient pas besoin de deux yeux pour voir, elles ont donc été interdites de sortir avec les deux yeux visibles. Cette disposition a tellement plu qu’elle a été reprise au plan national », raconte la responsable du collectif de soutien aux afghanes. « Ces derniers jours, un autre mollah a décidé que les femmes n’avaient pas besoin de parler dans la rue et qu’elles s’exprimeraient désormais par signes. »

    Depuis vendredi, les femmes qui n’ont pas le droit non plus d’être soigné par un médecin, ne peuvent plus voir de dentiste. « On est horrifiés par ce qui se passe », reprend Geneviève Couraud, bouleversée par le séisme du 10 septembre à l’est de l’Afghanistan qui a provoqué la mort de milliers de personnes et beaucoup des femmes : « Comme les secouristes étaient des hommes, ils ont laissé les femmes dans les décombres et quand des secouristes femmes sont arrivées, elles ont été interdites d’approcher. »

    Face au silence assourdissant de la communauté internationale, ces militantes dénoncent la normalisation diplomatique des Talibans. « C’est un scandale de les recevoir dans des instances internationales alors qu’ils sont en train de massacrer des milliers de femmes », s’indigne Alexandra Brochus (Collectif 13 Droits des femmes). Elle, pointe la convergence idéologique entre l’extrême droite politique et l’intégrisme religieux : « Quand on veut mettre à la botte les peuples, les premières mesures sont de contrôler les femmes dans tous les sens, c’est le corps avec l’accès à l’IVG, l’accès au travail, leur place dans l’espace public. »

    Le rassemblement s’inscrivait dans la perspective du 11 octobre, journée internationale des droits des filles. Les femmes d’Afghanistan, du Congo, de Palestine, d’Iran seront à l’honneur. « Les droits des femmes régressent dans le monde entier. L’Afghanistan est vraiment le paroxysme de l’effacement des femmes et de leur négation. On se demande même à terme, ce qui va rester comme femmes là-bas ? Mais quel est l’avenir d’un pays sans femmes ? », conclut Alexandra Brochus.

  • Sophie Camard : « Martine Vassal, c’est la candidate du retour en arrière »

    Sophie Camard : « Martine Vassal, c’est la candidate du retour en arrière »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h30 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    La campagne des municipales

    Léo Purguette : Est-on déjà dans la campagne ?

    Pour nos adversaires oui. De notre côté, ce qui compte pour moi, c’est qu’on a fait le démarrage de campagne du Printemps marseillais avant les candidats. Samedi matin dernier, 1 500 personnes à la maison de l’Arménie, c’était un signal positif. On revient aux sources de ce qu’a fait le Printemps marseillais en 2020, dans un autre contexte. C’est-à-dire qu’on remobilise notre base militante et les habitants. On revient au message de base du Printemps marseillais : transformer la ville avec un mouvement citoyen et ce mélange un peu particuliers de partis politiques et de citoyens.

    Didier Gesualdi : 5 ans après votre opposition ne cesse de dire que Benoît Payan a volé l’élection de Michèle Rubirola.

    Pour moi, celle qui a volé l’élection, c’est Martine Vassal puisqu’elle oublie à chaque fois de dire que c’est elle qui a perdu. Elle a perdu la mairie des 6-8, elle a perdu le conseil municipal et elle s’est ensuite présentée à la Métropole par revanche politique. Je rappelle que Benoît Payan a gagné les 2-3, Michèle Rubirola les 4-5, Olivier Fortin les 6-8 et moi les 1-7. Ça me rappelle un peu Trump face à Biden. On est face à une droite tellement traumatisée de perdre le pouvoir en 2020, qu’elle a fait un arrêt sur image. Ils n’ont jamais accepté les résultats et là, ils font un redémarrage de campagne où on a l’impression qu’ils ont réappuyé sur la touche de 2020 et on les voit revenir avec les mêmes candidats que ceux qui ont perdu en 2020. Ils reviennent avec la même communication « Marseille à feu et à sang avec le Printemps marseillais » On est seulement au mois de septembre, on se demande ce que ça sera en mars. Et puis, un climat d’affaires judiciaires, et une annonce de campagne où je me suis demandé si c’était Martine Vassal ou Marine Le Pen qui se lançait.

    Léo Purguette : À ce point ? Oui, faire sa rentrée politique en disant « la cause de tous les problèmes, c’est l’immigration », c’était assez spectaculaire.

    Léo Purguette : Elle a fait ce lien sur un fait divers de votre secteur sur lequel vous avez fait le choix d’assez peu vous exprimer.Ah si ! J’ai fait des déclarations claires et nettes. Lorsque la situation était parfaitement maîtrisée et que tout s’est transformé en bad buzz sur les réseaux sociaux, j’ai vraiment réagi très formellement. On est en République. L’état de droit, c’est juger les individus sur les actes qu’ils commettent, pas sur leurs origines ou leur nationalité. J’ai rappelé que Belsunce était un quartier avec beaucoup de personnes d’origine étrangère qui sont aussi les premières victimes de ce qu’il s’y passe. On pourra en reparler.

    La candidature de Martine Vassal

    Didier Gesualdi : Que pensez-vous de ce démarrage de campagne ?

    Pour moi, Martine Vassal, c’est la candidate du retour en arrière. C’est-à-dire que ses soutiens veulent reprendre là où ils en étaient en 2020. Qui veut revenir en arrière ? Qui veut revenir à la situation de 2020, où il y avait une crise humanitaire due à l’évacuation des personnes délogées et où il n’y avait même pas de direction de lutte contre l’habitat indigne ? Qui veut revenir avant 2020 où on avait une adjointe aux écoles qui ne savaient même pas combien Marseille comptait d’écoles et qui disait que si les écoles étaient dégradées c’était la faute des enfants ? Aujourd’hui on a un plan écoles d’un milliard, on est passé de 20 ans de retard à 10 ans d’avance dans les nouvelles écoles. Qui veut revenir à avant 2020, où les musées, les bibliothèques, les cantines, les crèches étaient en permanence en souffrance et parfois fermés par manque de personnel ? Qui veut revenir avant 2020 où on nous prédisait la tutelle de l’État sur les finances de la Ville ? Ce n’est pas assez signalé mais nous avons non seulement recruté, renforcé les services publics mais aussi diminué la dette de Marseille. Martine Vassal dirige la Métropole – 5 milliards d’euros -, le Département – 3 milliards d’euros – avec des finances qui vont très très mal. On n’a pas de leçon à recevoir.

    Léo Purguette : Quand elle dit sur ce plateau que dans le magazine bilan de la majorité 80% des réalisations sont dues à la Métropole, vous n’êtes pas d’accord ?

    Quand ça va bien, c’est le bilan de Martine Vassal, le reste c’est Benoît Payan ? Il faut rester sérieux 5mn. Je peux confirmer que, quand l’État, la Métropole et la Ville font ensemble, oui ça permet d’avance. Mais dans ce cas-là, pourquoi dit-elle que Marseille va si mal ?

    Les liens avec la métropole

    Didier Gesualdi : Vous travaillez avec la Métropole…

    La Métropole a beaucoup d’argent et beaucoup de pouvoir. Martine Vassal termine son mandat sur ses grandes compétences avec un fiasco total dans les transports. Les déchets, la propreté, ça remonte de partout, ça ne va pas. Encore trop souvent, elle bloque un certain nombre de demandes que nous lui faisons. Elle a même refusé de mettre une maison des projets dans un immeuble de la Métropole pour expliquer aux Marseillais tout ce que nous faisons ensemble avec la rénovation urbaine sur le centre-ville. Comme si ça devait nous bénéficier à nous, alors que c’est juste l’intérêt commun. Il y a un récit qui ne fonctionne pas. Si elle a tant d’argent et de pouvoir, pourquoi elle critique la situation de Marseille ?

    Léo Purguette : Ça, ce sont vos rapports tendus, mais les Marseillais que vous rencontrez comme maire de proximité, vous disent-ils que tout va bien ?

    Ils me disent que Marseille change, qu’ils ne veulent pas revenir en arrière. Ils me disent qu’ils ont conscience qu’il a de grands sujets qui nous dépassent. Accuser Benoît Payan ou Sophie Camard de la drogue ou des coups de couteau, c’est quand même un peu ridicule. Nous avons libéré beaucoup de projets et d’énergie dans cette ville. Ce n’est pas anecdotique d’avoir remis beaucoup de culture dans l’espace public, d’avoir redressé les écoles, les crèches, la police municipale aussi. Les gens m’en parlent. Après, ils ont bien compris qu’il y a un débat politique qui leur échappe et dont ils ne veulent plus entendre parler, c’est cette opposition Métropole-Ville, Vassal-Payan. C’est pourquoi l’élan transformateur du Printemps marseillais devra, demain, s’étendre à tous les secteurs de la Ville et à la Métropole. Nous voulons l’alignement de la chaîne de commandement.

    Le Premier ministre

    Léo Purguette : La situation nationale est très bloquée. On a un Premier ministre sans gouvernement, un mouvement social qui se déploie. Quelle issue possible ?

    Ce qui m’intéresse dans la situation actuelle, c’est que pour une fois, comme on n’a plus de gouvernement, on a un mouvement social qui met des sujets sur l’agenda politique. Habituellement, on fait des manifestations contre ce que le gouvernement cherche à imposer. C’est un moment très particulier, le mouvement social qui fixe les grands sujets : la Palestine, l’injustice fiscale, les privilèges des milliardaires, l’idée d’aller chercher l’argent là où il est…

    Léo Purguette : Cela débouchera-t-il sur une dissolution ?

    Je m’en méfie car derrière, c’est l’extrême droite. Il faut maintenir la mobilisation. La situation doit se résoudre par des mesures fortes que le mouvement social exige.

    La sécurité

    Didier Gesualdi : Parmi les reproches faits à Marseille, il y a les incivilités et l’insécurité. La réponse est du côté de l’État mais pas seulement. N’avez-vous pas mis un peu trop de temps à vous préoccuper de la question ?

    Je rappelle que dès 2020 nous avions inscrit le doublement de la police municipale dans notre programme. C’est un engagement tenu. Quand nous sommes arrivés aux manettes, nous avons constaté qu’il y avait à peine une équipe de nuit de police municipale pour toute la ville, que pour les fameuses caméras dont on parle, il n’y avait pas les ressources humaines pour exploiter les images et le centre de supervision urbain était insuffisamment doté. C’est nous qui avons recruté, rajouté des brigades maritimes et équestres, qui avons ouvert le poste de police de proximité sur la Canebière, qui avons fait refluer les difficultés à Noailles de manière spectaculaire. Je ne trouve pas du tout qu’on a été aux abonnés absents sur le sujet, bien au contraire. Je pense même que cela a surpris et mis en difficultés nos adversaires qui ne s’y attendaient pas.

    Les forces en présence

    Didier Gesualdi : Vous tapez beaucoup sur Martine Vassal mais quid du RN dont on vous entend peu parler ?

    On en parle de manière indirecte parce que, oui, ça nous inquiète cette fusion de discours entre LR et l’extrême droite. Très clairement, il y a une question qui est posée sur des éventuelles fusions de liste au second, au troisième tour ? On n’en sait rien. Il y a un vrai problème de repérage des forces politiques en présence. Qu’est-ce que ça veut dire la droite à Marseille aujourd’hui par rapport à l’extrême droite ? Je me pose vraiment des questions sur le discours. L’extrême droite est très présente sur le terrain. On peut se retrouver avec un duel gauche-extrême droite.

    Didier Gesualdi : Pourquoi les Marseillais votent pour elle selon vous ?

    Je ne pense pas que Marseille soit isolée des grandes tendances mondiales, nationales, de tout ce climat de fachosphère qui règne dans le pays… Je mesure l’utilité des élus de proximité. On est sans cesse au corps à corps sur des fausses rumeurs, des propos qui n’ont pas lieu d’être… Il y a beaucoup d’angoisse qui s’exprime, beaucoup de peur dans la tête des gens.

    Léo Purguette : Parmi les forces en présence, il y a la FI. Vous étiez suppléante de Jean-Luc Mélenchon, en 2020 vous aviez fait partie de ceux qui ont voulu le Printemps marseillais. N’y a-t-il pas ici aussi une touche pause actionnée ? C’est définitif ?

    Du côté de la France insoumise, pour le moment, je ne vois pas trop de son pas trop d’image. Ce ne sont pas juste des déclarations sur les réseaux sociaux qui manifestent une entrée en campagne. Une campagne, c’est un programme, des candidats, des débats… Effectivement, ils ne veulent pas faire de liste avec nous. Nous sommes les élus sortants, le Printemps marseillais, on va mettre un bilan en débat pour aller plus loin. Qui va nous aider ? Nous renforcer ? Je fais un appel aux citoyens. Je me méfie des étiquettes politiques, surtout à Marseille, l’électorat de gauche peut évoluer d’une élection à l’autre. Je fais confiance aux électeurs de gauche pour faire les bons choix aux bons moments.

    Léo Purguette : On ne sait pas si certains vous rejoindront mais d’autres semblent vouloir vous quitter comme l’écologiste Sébastien Barles. C’est définitif ?

    Je rappelle qu’il avait fait une liste autonome en 2020.

    Léo Purguette : Vous n’aviez pas géré 5 ans ensemble…

    Didier Gesualdi : Il veut être calife à la place du calife ?

    Je ne sais pas, il faut lui demander. Il a été adjoint au maire tout le long, chargé de la transition écologique, il a eu un certain nombre de moyens à sa disposition. Il lui appartient de s’exprimer mais au départ, il était déjà sur une liste qui n’était pas celle du Printemps marseillais.

    Nicolas Sarkozy

    Didier Gesualdi : La condamnation de Nicolas Sarkozy n’est pas de nature à rapprocher les électeurs de la politique…

    Ça c’est sûr. En 2007-2008, c’est ce qui m’a fait reprendre un engagement politique. J’étais déjà à Marseille, c’était le grand début de la brutalisation de la vie politique. On dirait que tout le monde réalise maintenant la gravité des faits qui lui ont été reprochés. Il y a depuis des années, une certaine bienveillance à ne pas mesurer le caractère historique de ce qui se passe avec M. Sarkozy. Quand on dit « c’est la première fois qu’il y a une peine de prison ferme », ce n’est pas vrai. Il a été condamné dans l’affaire Bismuth, il a eu le bracelet électronique, puis l’affaire Bygmalion et là, c’est la troisième affaire avec le financement libyen. Il a en fallu du temps !

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de
    Karim Bendjaballah : Bonjour, qu’est-ce que vous faites pour améliorer Noailles ?

    Je suis très fière de ce qu’on a fait à Noailles. J’ai été élue sur les sujets de la rue d’Aubagne. On a eu la chance de pouvoir installer une Société publique d’intérêt national. Énormément de changements se voient à Noailles, il y a des travaux de voirie dans tout le quartier, tous les réseaux électriques ont été refaits. L’équipement de proximité qui sera un lieu ressource sur le lieu de l’effondrement va s’ouvrir au printemps. Le centre social, promis depuis 10 ans est en travaux. Il devrait pouvoir ouvrir en 2027 et en attendant, l’année prochaine on va pouvoir ouvrir un équipement associatif au 44, rue d’Aubagne. Il y a eu les opérations de police de proximité qui ont énormément soulagé et qui tiennent dans le temps. J’ai commencé le mandat en sentant mes adversaires politiques qui se frottaient les mains sur Noailles en se disant « ils ne vont pas y arriver ». Aujourd’hui l’ambiance a changé à Noailles. Karim, si vous habitez Noailles vous pouvez le voir tous les jours dans votre rue. On est en train de changer d’ère. À tel point que les prix remontent. C’est pour ça qu’on avait prévu, sur le foncier public qu’on va réhabiliter, des logements sociaux qui correspondent aux besoins des habitants. On va essayer de tout mettre en œuvre pour qu’il n’y ait pas d’emballement à la spéculation. On va maîtriser cela.

  • Commerce, signe de Paix

    Commerce, signe de Paix

    C’est une très vénérable institution qui célèbre son centenaire. La foire internationale de Marseille charrie avec elle les souvenirs des décennies passées, les promesses d’un ailleurs à portée de main durant quelques jours, et des merveilles technologiques et industrielles à découvrir les yeux écarquillés. Édition après édition,
    elle a été le fer de lance régional de la démocratisation des produits de consommation, des célèbres « frigidaires », dont le nom est passé dans le langage commun, à l’ameublement moderne. Sans oublier la gouaille des bateleurs, ces vendeurs à la voix forte et claire, qui emballe aussi vite le badaud que le produit.

    Des défis
    à relever

    La manifestation doit aujourd’hui relever le défi de la mondialisation des échanges et de la vente en ligne pour être le grand étal du « made in Marseille », en mettant en avant les producteurs et industriels de la région et les aider à rencontrer le public. être une véritable vitrine du savoir-faire local, une orientation pleinement assumée en cette année hautement symbolique. Mais la foire, c’est aussi une fenêtre grande ouverte sur le monde et en particulier le bassin méditerranéen. Marseille, « porte du Sud » tient pour tradition ancestrale, de ses 2 600 ans d’histoire, d’être un port ouvert aux échanges, à l’accueil et à la fraternité que les liens commerciaux ont toujours concrétisés. Signe qu’une paix stable et durable s’est progressivement installée. Et l’événement nous rappelle immanquablement l’impérieuse nécessité d’en appeler à la paix au Proche-orient.

  • Martine Vassal chez elle à la rentrée des LR

    Martine Vassal chez elle à la rentrée des LR

    Face aux affiches qui célèbrent « la France des honnêtes gens », ils étaient plus de 400 ce vendredi soir à acclamer leur « candidate naturelle » Martine Vassal. Renforcée après l’élection de Bruno Retailleau, la fédération des Républicains des Bouches-du-Rhône a vu sa rentrée se transformer rapidement en meeting pour la présidente (DVD) de la Métropole.

    Les esprits certes sont échauffés après la condamnation de Nicolas Sarkozy. « Ceux qui ont lu Soljenitsyne, on y est presque », souffle la présidente de la fédération Laure-Agnès Caradec. Mais ce sont les municipales qui occupent les esprits. « Le Printemps marseillais voulait faire le plus grand port d’accueil des migrants, arrêter les permis de construire, ne voulait plus de vidéoprotection, ils ont tenu leurs promesses, ils nous amènent vers l’abîme », lance Martine Vassal. Elle pose trois axes de campagne, la sécurité, les incivilités, l’attractivité. « Il faut un choc fiscal », annonce-t-elle, promettant de baisser les impôts locaux. Certes, il lui faut se justifier après les perquisitions dont elle a fait l’objet, tout comme le « maître chanteur », son ancien directeur des relations internationales, qui l’accuse. « On ne va pas valider un deuxième féminicide politique dans notre ville. Une Rubirola, c’est bon, deux, c’est trop », ose-t-elle. Avant de renvoyer dos à dos « l’immobilisme du Printemps marseillais » et « l’amateurisme du Rassemblement national ». Au risque de banaliser toujours plus l’extrême droite. Peu importe, elle fait semblant d’y croire, pourvu que l’alliance de la droite et du centre tienne : « Ensemble, nous allons gagner ! »

  • Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    On a souvent consulté le livre de Régis Bertrand à propos des Santibelli et puis aussi Crèches et Santons de Provence, l’édition de la thèse qu’il avait soutenue en décembre 1989 sous la direction de Michel Vovelle. On a assisté à des conférences de ce chercheur-transmetteur qui enseigna pendant 25 ans l’histoire de la Provence à la Faculté des Lettres d’Aix. Pour autant on ne pouvait pas concevoir la finesse, la diversité et l’étendue de la collection qu’il divulgue cet été dans les vitrines d’un musée pour l’heure faiblement visible : en dépit des foules qui affluent, ils sont rares les visiteurs qui fréquentent le rez-de-chaussée de la Basilique de Notre-Dame.

    Quand on aura apprécié tel ou tel détail étonnant ou bien savoureux parmi les pièces que cet homme de grande discrétion a choisies pour son exposition – par exemple, les créations de Jean-Louis Lagnel, son Dresseur de marmottes, des Adorants, une Porteuse de légumes, un Valet à la lanterne, un Joueur de cor – on appréhendera mieux l’inlassable curiosité, le désir de comprendre et l’empathie qui sont les moteurs de la collection qu’il a composée en pleine entente avec son épouse Geneviève. Avant les publications de Régis Bertrand, les approximations d’auteurs pionniers comme Elzeard Rougier, Marcel Provence et Pierre Ripert, ou bien la propagande touristique des livres consacrés à la Provence empêchaient de mesurer les évolutions engendrées par deux siècles de création.

    Une fois de plus on éprouvera qu’un bon historien, par ailleurs capable d’assumer avec talent le rôle d’un commissaire d’exposition, affûte notre regard : il met de l’ordre parmi les souvenirs et les observations sur le terrain. Les objets et les cartels de son exposition situent impeccablement les grandes articulations de sa thèse. Preuves à l’appui, on voit qu’au fil des ans, les incarnations, les émotions et les récits de la religion se transforment, peuvent trouver leurs extensions dans des registres de l’imaginaire délibérément profanes. En provençal un « santoun » est un petit saint. Au milieu du XVIIIe siècle, une propagation s’effectue, on imite dans les églises du Midi des figurines en provenance de la Bohème, de Naples et de l’Italie. Les premières crèches, ce sont trois ou quatre personnages en bois qui accompagnent sur les autels les offices de l’Évangile de Noël. À côté de Joseph et Marie, les bergers et les mages vont se multiplier.

    Un village qui oublie Bethléem

    Assez vite, aux figures de la piété religieuse, s’ajoutent des personnages de la vie quotidienne. Le précurseur Jean-Louis Lagnel moule et invente des figurines qui imitent les silhouettes des personnes qu’il croise au Panier. Son meunier et son Ravi, le vannier ou la fileuse qui peuplent ses crèches ne viennent certes pas de la Palestine. Au fourmillement de cette population locale, correspond un détournement du territoire de la création. L’étable de la naissance de Jésus n’est plus le centre de la représentation, elle est reléguée sur la droite de la scène. À la place de Bethléem, on se retrouve parmi d’autres ritournelles, dans la Crau, à Moustiers ou dans les Alpilles : voici des moulins, des cyprès, un puits, des ponts et des montagnettes. Des boulangers, des fermières et des tambourinaires, une micro-société traditionnelle vêtue avec des gilets, des bonnets, des cotillons et des jupes d’indienne, des stéréotypes s’imposent. La niche d’une économie souterraine survivra, une civilisation s’efface doucement, un fragment de la société « contemple son reflet miniaturisé ».

    Pour paraître on ne sait pas encore quand, 2027 ? Régis Bertrand achèvera prochainement un vaste chantier, la rédaction d’un Dictionnaire des Santons et des Santonniers. Un autre mérite de son exposition est d’identifier clairement des écarts, des styles et des inventions : à côté de l’aubagnaise Thérèse Neveu et de l’aixois Paul Fouque, on découvrira les mini-biographies de plusieurs artistes-artisans que l’historien sort de l’anonymat. Entre autres, des Marseillais comme les Carbonnel, la famille de Pierre Pagano qui fut d’abord libraire-papetier, un autodidacte varois l’électricien André Filippi qui affectionnait le primitivisme de Dellepiane ainsi que des femmes-santonnières, Simone Jouglas, Émilie Pucilleni-Meinier et Marie Rouvier.

    Exposition « Pour une histoire des santons ». Jusqu’au 30 octobre, Musée Notre-Dame de la Garde, rez-de-chaussée de la Basilique, sauf lundi de 9h à 17h, entrée 3 euros.

  • Naomie Bamenga, promesse du milieu marseillais

    Naomie Bamenga, promesse du milieu marseillais

    Jeunesse et qualité de jeu, Naomie Bamenga est entrée avec vigueur dans le onze de départ phocéen. Arrivée cet été aux Marseillaises, en provenance de Lille, la Nordiste a proposé de premières prestations intéressantes sous le maillot ciel et blanc. La milieu de terrain offensif est une promesse. Titulaire lors des deux dernières rencontres contre Montpellier et Le Havre, elle le sera sans doute pour la réception de Fleury, ce samedi (17h), à Martigues.

    Bamenga, un talent verrouillé

    Auparavant, elle a dû passer par la case infirmerie. Une rupture partielle de la cheville lui a fait manquer une bonne partie de la préparation. « Ce n’est jamais facile de vivre une blessure durant la préparation, car on a envie d’être sur le terrain avec les copines. J’ai été patiente et positive. Maintenant, je suis tournée vers la suite et j’ai encore plus faim », lâche-t-elle.

    Son recrutement a été réalisé dans le cadre de la structuration de ce nouvel effectif, qui se veut taillé pour la Première Ligue. Dalin Anrifani, coach de l’équipe depuis quelques semaines et historique du club, explique ce choix d’enrôler la native de Lille. « Naomie fait partie des joueuses sur lesquelles le club a investi. Elle reste jeune mais elle a un très fort potentiel, elle a déjà pu le démontrer ici. Je suis satisfait de ce qu’elle fait et je reste curieux et attentif de ce qu’elle peut faire. » Naomie Bamenga a fait ses classes au Losc, dans sa ville d’origine. Entrée au centre de formation à l’âge de 13 ans, elle signe pro à 17 et a directement connu l’équipe première. La joueuse de 22 ans garde toujours les Dogues dans son cœur. « Le Losc représente beaucoup parce que c’est mon club formateur, c’est là que j’ai évolué depuis petite. J’ai connu les hauts et les bas, la D1, la D2, les U19 Nationaux. Je ne retiens que du positif. »

    Samedi, Fleury débarque dans l’antre des Marseillaises, à Martigues. Une confrontation face à un club habitué à l’élite, qui a terminé 5e la saison dernière. Ce sera une bataille pour espérer l’emporter. « Fleury fait partie de la D1 depuis un moment, avec une régularité au classement. On ne les prend pas du tout à la légère, mais on y va avec de l’ambition pour prendre nos premiers points en championnat » détaille le coach Dalin Anrifani. Après la déception de ne pas avoir concrétisé ses occasions face au Havre, l’OM a l’envie de voir les efforts fournis être récompensés.

    3e journée de Première Ligue

    À 17h au stade Francis-Turcan, à Martigues

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À Cantini, Pinocchio suspendu au bout d’une cordelette

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À Cantini, Pinocchio suspendu au bout d’une cordelette

    Parfaitement absurdes, voilà que surgissent d’un néant plus ou moins burlesque, ce transpercement, cet effilement et cette excroissance, la pointe difficilement terminable de son nez. L’extravagance de ce plâtre rejoint les terreurs irrationnelles qu’éprouvent les enfants et les adultes. Un croc et les nœuds d’une cordelette empêchent les déséquilibres qu’il devrait provoquer.

    Ce serait une agonie sans recours possible. Une œuvre de rebrousse-poil qu’on peut trouver brutale, démesurée, carnavalesque et sarcastique. Quelques-uns, c’est assez facile, estiment carrément phallique le développement de son nez. Plus ou moins dérisoires, sa suspension et son épuisement ressemblent à un début d’exorcisme. Ce malheureux est ambivalent, Pinocchio est un frère qui engendre de la compassion.

    C’est une œuvre de l’après-guerre que Giacometti remanie, au lendemain d’une exposition de 1948 dans la galerie Pierre Matisse de New York. Il s’acharne à réaliser à Paris en 1949 cette seconde version présentée à Cantini. Dans sa monographie Yves Bonnefoy explique qu’à l’époque de la création de cette pièce, Alberto Giacometti sortait d’un grand désarroi. Il était traumatisé par le décès vers trois heures du matin, de son voisin Tonio, le gardien des ateliers de la rue Hippolyte-Maindron. Pour se délivrer de ce qui le hante, il aurait convoqué ses souvenirs d’un crâne-trophée aperçu au musée de Bâle. Dans un essai édité chez Gallimard, Jean Clair évoque à propos de cette face de Carême, Nicolas Gogol et Stanley Kubrick. Il souligne qu’en cette occurrence, Giacometti s’éloigne franchement d’André Breton et des utopies Surréalistes. Sans futur envisageable, il se rapproche de Pablo Picasso et de la revue Documents de Georges Bataille où furent publiées des reproductions de masques et de crânes océaniens.

    À revenir voir sans plus attendre. Depuis jeudi et jusqu’au moment de la clôture définitive, demain soir 18h, ce dimanche 29 septembre, la Ville de Marseille offre des entrées libres et gratuites rue Grignan, chez Jules Cantini, exposition « Alberto Giacometti, Sculpter le vide ».

    Plâtre et métal peint, format 82 x 37 x 71 cm

  • Chefs-d’œuvre des musées de Marseille

    Chefs-d’œuvre des musées de Marseille

    plâtre et métal peint, format 82 x 37 x 71 cm,

    On découvre ses couleurs et son cri. Une cage rectangulaire, un socle et des barreaux de métal enchâssent son entrée en scène. On remarque un crâne émacié, des traits criblés par plusieurs stigmates, une bouche stupidement hurlante, des moignons de mâchoires apparentes, une incroyable encolure de cheval. Parfaitement absurdes, voilà que surgissent d’un néant plus ou moins burlesque, ce transpercement, cet effilement et cette excroissance, la pointe difficilement terminable de son nez. L’extravagance de ce plâtre rejoint les terreurs irrationnelles qu’éprouvent les enfants et les adultes. Un croc et les nœuds d’une cordelette empêchent les déséquilibres qu’il devrait provoquer.

    Ce serait une agonie sans recours possible. Une œuvre de rebrousse-poil qu’on peut trouver brutale, démesurée, carnavalesque et sarcastique. Quelques-uns, c’est assez facile, estiment carrément phallique le développement de son nez. Plus ou moins dérisoires, sa suspension et son épuisement ressemblent à un début d’exorcisme. Ce malheureux est ambivalent, Pinocchio est un frère qui engendre de la compassion.

    C’est une œuvre de l’après-guerre que Giacometti remanie, au lendemain d’une exposition de 1948 dans la galerie Pierre Matisse de New York. Il s’acharne à réaliser à Paris en 1949 cette seconde version présentée à Cantini. Dans sa monographie Yves Bonnefoy explique qu’à l’époque de la création de cette pièce, Alberto Giacometti sortait d’un grand désarroi. Il était traumatisé par le décès vers trois heures du matin, de son voisin Tonio, le gardien des ateliers de la rue Hippolyte-Maindron. Pour se délivrer de ce qui le hante, il aurait convoqué ses souvenirs d’un crâne-trophée aperçu au musée de Bâle. Dans un essai édité chez Gallimard, Jean Clair évoque à propos de cette face de Carême, Nicolas Gogol et Stanley Kubrick. Il souligne qu’en cette occurrence, Giacometti s’éloigne franchement d’André Breton et des utopies Surréalistes. Sans futur envisageable, il se rapproche de Pablo Picasso et de la revue Documents de Georges Bataille où furent publiées des reproductions de masques et de crânes océaniens.

    À revenir voir sans plus attendre. Depuis jeudi et jusqu’au moment de la clôture définitive, demain soir 18h, ce dimanche 29 septembre, la Ville de Marseille offre des entrées libres et gratuites rue Grignan, chez Jules Cantini, exposition « Alberto Giacometti, Sculpter le vide ».