Tag: Marseille

  • Robin Renucci : « Il faut révéler la part de bonté dans l’humanité »

    Robin Renucci : « Il faut révéler la part de bonté dans l’humanité »

    La Marseillaise : Avec cette pièce, Ionesco alerte sur la façon dont, sous leurs dehors bienfaiteurs, certains nous conduisent vers le pire. Est-ce que ce sont surtout ses forts échos avec notre époque qui vous ont poussé à vous en emparer ?

    Robin Renucci : Bien sûr. Ce qui m’intéresse, c’est la violence larvée dans les formes d’autorité qui sont en fait des pouvoirs sur les gens. C’est la dérive autoritariste dans laquelle on est. Et aussi tout ce qu’il se passe dans l’intime. Comme le dit Hannah Arendt, c’est parce que dans l’intime, il y a cette relation des êtres les uns sur les autres – que cela soit les hommes sur les femmes, les adultes sur les enfants, ou dans le cadre scolaire à propos de la confusion entre transmettre et dominer – que naissent les totalitarismes et qu’on les accepte au bout d’un moment. D’où l’intérêt de prendre les trois personnages de cette pièce : un professeur totalement dissymétrique et une élève. Un homme vieux et une jeune fille. Et un troisième personnage, la bonne Marie, qui regarde et voit tout. C’est la majorité des gens qui ne savent pas comment réagir. Ils sont sidérés et laissent faire.

    Entre la période des années 1950 et aujourd’hui, est aussi apparue la mise en lumière des violences faîtes aux femmes…

    R.R. : Les artistes de beaucoup d’époques différentes parlent des mêmes sujets. Même Molière, dans L’école des femmes, parle de la violence masculiniste d’un vieil homme sur une jeune fille. Lors des 40 dernières années, l’évolution de la femme a créé une émancipation progressive. Et des auteurs comme Ionesco décrivent d’une manière limpide ce que d’autres aujourd’hui nomment comme étant le continuum des violences. Ça commence par une forme de paternalisme, d’affection, puis devient progressivement de la décrédibilisation de la parole de l’autre : comment on fait perdre le sens commun de quelque chose et cela, Ionesco l’a écrit dans les années 1950. Il fait ce continuum des violences depuis l’arrivée d’un gentil professeur qui se met à beaucoup trop expliquer, décrédibiliser, humilier, puis nier le corps de l’autre.

    Sa jeune élève passe, elle, de l’assurance à l’anéantissement…

    R.R. : Elle est au début très dynamique et, perd cette assurance de scène en scène. J’ai voulu sortir cette pièce du cadre de l’intime et du petit bureau de professeur dans laquelle elle est habituellement jouée. Je l’ai voulue en grand plateau, pour qu’on voie toute sa dimension politique. Pour reprendre cette question des totalitarismes. Ce continuum des violences est ce que nous subissons, avec des gars qui disent oui et non du jour au lendemain, comme c’est le cas actuellement aux États-Unis avec ce fou.

    La bonne Marie représente quant à elle l’humanité dans sa passivité…

    R.R. : C’est ceux qui laissent faire. Prenez le cas de l’abée Pierre par exemple. Comment a-t-on pu le laisser faire pendant 50 ans ? Il y avait quand même autour de lui une cour de gens qui l’adulaient. Ça parle de tous ceux qui savent, mais savent sans savoir. Ça peut se produire dans le monde de l’éducation, de la foi, de la sexualité comme cela a été le cas lors de l’affaire des viols de Mazan. Quelle générosité de cette dame, Gisèle Pelicot, qui a voulu ouvrir le procès à tout le monde. Ça a permis de nous éclairer. Que dire encore de ce qu’il se passe actuellement avec la montée des fascismes en Europe. On ne peut pas dire qu’on n’est pas au courant, on connaît le processus : ça commence toujours par un bouc émissaire, puis ça bascule dans le populisme et les mots n’ont plus la même valeur. On voit sous nos yeux la banalité du mal se construire. Et pourtant, on avance sur ce chemin.

    Ne trouvez-vous pas qu’il y a aussi beaucoup de donneurs de leçon dans cette campagne pour les élections municipales à Marseille ?

    R.R. : Une campagne électorale, c’est souvent l’utilisation des mots. Au fond, la façon dont on arrive à séduire. Si on revient à son étymologie, éduquer signifie conduire hors, donc émanciper. Et séduire, c’est conduire à soi. Moi, je distingue beaucoup ceux qui amènent à eux à des fins électorales, et non d’émancipation. Or un théâtre, c’est un lieu d’émancipation. Une maison du peuple où les gens se parlent, malgré leurs oppositions. Et surtout, sans souci de rentabilité et de profit.

    Tout porte à croire que le candidat de l’extrême droite à Marseille peut prétendre à la victoire. Un courant politique qui s’attaque souvent à la culture avec des logiques comptables. Comment l’appréhendez-vous ?

    R.R. : À l’opposition violence, il faut préférer l’insistance des valeurs. Le chemin a été montré par le Conseil national de la Résistance à la suite de l’horreur de la deuxième guerre mondiale. Il faut garder un espoir et faire en sorte de révéler la part de bonté dans l’humanité dans les pires moments, là où la domination et la destruction interviennent.

    Si pareille catastrophe se produisait à Marseille, c’est dans ces situations qu’on attend le plus un directeur de théâtre national comme vous…

    R.R. : Et bien, on me trouvera [il affiche un sourire à la fois serein, taquin et carnassier, Ndlr]. La Criée, c’est une maison généreuse en humanité. Un théâtre, ça crée de l’aiguisement de la singularité, alors que les totalitarismes l’écrêtent au profit d’une uniformisation de masse.

  • L’ambitieux projet de Decathlon- CMA CGM

    L’ambitieux projet de Decathlon- CMA CGM

    Entre Marseille et Lille, pour briller au niveau planétaire. L’équipe Decathlon-CMA CGM est prête à changer de dimension à l’aube d’une année charnière pour cette formation ambitieuse. L’arrivée de la compagnie maritime comme sponsor principal rebat les cartes. Les moyens sont plus élevés, les attentes aussi. « Il y a de l’attente vis-à-vis du partenaire mais aussi vis-à-vis de nos dirigeants, qui ont recruté des coureurs talentueux. À partir de là, nous à la direction sportive, il faut bien travailler avec les collègues pour que la mayonnaise prenne bien et qu’on soit déjà opérationnel rapidement pour prendre des bons automatismes et avoir une bonne dynamique », explique Nicolas Guillé, le directeur sportif qui accompagnera les coureurs sur le Grand Prix de Marseille-La Marseillaise.

    L’équipe World Tour se rapproche désormais des meilleurs collectifs du monde. Le staff s’est étoffé, le recrutement gonfle les ambitions et Decathlon- CMA CGM est attendu en haut des classements sur chaque course. Chaque détail compte pour entourer au mieux les cyclistes, comme le raconte Nicolas Guillé : « On essaie de se mettre au niveau de grosses équipes comme Visma ou UAE. Je pense que maintenant on a des personnes compétentes dans chaque secteur, des personnes brillantes pour le haut niveau. Chaque secteur, la nutrition, l’entraînement, la mécanique, tous ces secteurs sont très très pointus maintenant et on a besoin des meilleurs. »

    Preuve de ce nouveau statut, deux directeurs sportifs d’excellence ont rejoint la formation française durant l’intersaison. Mark Renshaw est celui qui a mené le légendaire Mark Cavendish à tant de victoires. L’ex-sprinteur Heinrich Haussler, 2e de Milan-San Remo 2009, a aussi signé un contrat avec l’équipe dirigée par Sébastien Joly.

    Paul Lapeira, leader désigné à Marseille

    Le Grand Prix de Marseille- La Marseillaise et les autres courses prévues dans le sud de la France revêtent d’une importance particulière pour Decathlon-CMA CGM. Avec ce partenaire phocéen, l’objectif est de gagner le 1er février. « C’est vrai que notre équipe a un petit peu ce devoir de gagner ces courses-là, rappelle Nicolas Guillé. Maintenant ce n’est pas les plus faciles mais en tout cas on va avec l’ambition de gagner. » Le champion de France 2024 Paul Lapeira sera le leader mais « sur ces courses on essaie aussi de faire profiter les plus jeunes, alors que dans les courses World Tour, ils ont vraiment un rôle spécifique ».

    Avec 28 coureurs sous contrat en 2026, Decathlon-CMA CGM a la possibilité de gagner sur n’importe quel jour de course. Benoot, Kooij, Paret-Peintre, Scotson, Bissegger, Gall, Prodhomme et bien sûr Paul Seixas, tant de noms pouvant lever les bras à travers une année. Les Tricolores ont même déjà ouvert leur compteur avec la récente victoire de Tobias Lund Andresen lors du Tour Down Under, en Australie. Et l’idée est de réaliser la même chose, le 1er février, lors du Grand Prix cycliste.

    « Notre équipe a un petit peu ce devoir
    de gagner
    ces courses-là »

  • Le Printemps marseillais inaugure son QG de campagne

    Le Printemps marseillais inaugure son QG de campagne

    À sept semaines du 1er tour des élections municipales (15 et 22 mars), le Printemps marseillais inaugure son QG de campagne. Installé à l’angle du cours Belsunce et de la Canebière (1er). Le lieu fourmille déjà depuis quelques semaines. Les 800m2 de cette ancienne banque installée au cœur de Marseille ont été apprivoisés au fil des semaines. Vendredi, la façade jusqu’ici parée d’un soleil, symbole du Printemps marseillais, noir sur fond blanc, s’est colorée. Du fuchsia, du rouge, du vert, du bleu et quatre chiffres énormes, 2026, blancs et bleus, planté au milieu de la rade de Marseille, laissant figurer en fond la Bonne Mère. Côté Belsunce, le nom de tous les quartiers de Marseille.

    Plusieurs rendez-vous y ont été organisés. Benoît Payan, le maire (DVG) sortant y a officiellement annoncé sa candidature le 10 janvier. Audrey Garino, son adjointe (PCF) en charge des solidarités y a dévoilé les vingt premières mesures programmatiques du Printemps marseillais pour la future mandature, la semaine passée. Mercredi, c’est Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Écologistes qui est venue apporter son soutien, le tout premier venu d’une personnalité politique nationale.

    L’inauguration va battre le rappel des troupes et donner le véritable coup d’envoi de la campagne du Printemps marseillais version 2026 même si les militants sont engagés sur le terrain depuis plusieurs semaines déjà. Porte-à-porte, affichage, tractage de rue se multiplient. Plusieurs centaines d’entre eux sont attendues ce samedi, au côté des représentants de toutes les forces politiques et citoyennes engagées derrière Benoît Payan.

    « Le but est de montrer toute l’ampleur de ce rassemblement », glisse l’entourage du maire ou l’appui sur l’enthousiasme qui anime les troupes. L’ambiance soutenue par les derniers sondages et les retours des Marseillais est bonne. Comprenez ici, joyeuse.

  • La préfecture a débloqué la situation des trois salariés

    La préfecture a débloqué la situation des trois salariés

    Vous nous avez sauvés ! Je vais recevoir ma carte de séjour qui sera valable jusqu’en 2035 et je reprends le travail lundi. Merci, merci ! J’étais désespérée. Je me demandais comment j’allais faire. Merci à La Marseillaise, vous êtes notre sauveur ! », exulte Mariama, 43 ans, mère de quatre enfants âgés de 9 à 16 ans, dont le titre de séjour avait expiré malgré ses démarches pour son renouvellement. Elle nous confirme la reprise lundi de son contrat de travail d’agent de production chez Kalhyge. La blanchisserie industrielle du chemin de Saint-Jean-du Désert (5e) avait dû la suspendre, dans l’attente du renouvellement de sa carte décennale de séjour.

    Une carte de séjour provisoire de trois mois lui a été délivrée jeudi avec une convocation pour se voir remettre sa nouvelle et troisième carte de séjour de dix ans. Elle avait perçu son dernier salaire de 1 700 euros et s’accrochait à la promesse faite par son employeur de la reprendre dès qu’elle obtiendrait la carte. L’entreprise n’avait pas d’alternative, le Code du travail l’oblige dans cette situation à suspendre la relation contractuelle. Mariama consultait régulièrement son dossier en ligne qui lui indiquait que sa nouvelle carte était « en construction ».

    « Tous les salariés étaient contents »

    Le délégué syndical CGT de l’entreprise, Kamel Bouanani, s’était immédiatement mobilisé pour venir en aide à cette mère et à deux autres salariés de l’entreprise placés dans la même situation : le dossier de renouvellement était quelque part en stand-by dans les méandres informatiques de la plateforme Anef (Administration numérique pour les étrangers en France) qui depuis juillet 2024 dématérialise complètement les démarches. Pour le syndicaliste, cela génère des situations extrêmement injustes et pénalisantes. « Les salariés comme les employeurs se retrouvent sans recours immédiat, la décision relevant exclusivement de la préfecture. Cette situation crée une impasse sociale et humaine inacceptable. »

    Faute de titre de séjour valide, le Code du travail ne laisse en réalité pas de choix à l’employeur, sauf à s’exposer à des poursuites pénales. « Nul ne peut, directement ou par personne interposée, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l’autorisant à exercer une activité salariée en France » dispose l’article L. 8256-2 du Code du travail modifié en janvier 2024 qui punit sa violation de cinq ans de prison et d’une amende de 30 000 euros. L’amende est en outre appliquée « autant de fois qu’il y a d’étrangers concernés ». La loi Immigration de janvier 2024 a même ajouté une amende administrative à l’employeur allant jusqu’à 5 000 fois le minimum garanti soit plus de 20 000 euros par salarié en infraction.

    L’article de La Marseillaise relatant cette terrible injustice aux lourdes conséquences humaines et sociales, a fait immédiatement réagir la Préfecture des Bouches-du-Rhône dont les agents se sont investis pour débloquer la situation. « C’est bon pour nos collègues. Un reprend le travail cet après-midi et les deux autres lundi », soupire de soulagement Kamel Bouanani. « Tous les salariés étaient contents d’apprendre que leurs collègues reprennent et au nom de tous les salariés nous remercions beaucoup La Marseillaise d’avoir relayé notre alerte. » La CGT a revendiqué de manière constante la délivrance d’un titre de séjour de plein droit pour tout travailleur.

    Des dysfonctionnements de la plateforme Anef remontent régulièrement et sont dénoncés comme des atteintes à l’exercice effectif des droits au séjour. Il faut saluer l’intervention rapide de la préfecture des Bouches-du-Rhône désireuse de trouver une solution pour ces trois travailleurs.

  • [On passe à table] Les petits et gros choux au praliné de Mr. Chou

    [On passe à table] Les petits et gros choux au praliné de Mr. Chou

    Douceur et générosité sont les maîtres-mots de la recette que vous propose de réaliser à la maison Loïc, le pâtissier et fondateur de Mr. Chou.

    Pour commencer, réaliser votre pâte à choux en versant dans une casserole l’eau et le beurre coupé en petits morceaux. Faites bouillir et ajouter la farine pour faire ce que l’on appelle une panade. Baissez ensuite le feu et remuez à la spatule pour ôter l’humidité. Une fois que c’est fait, enlevez du feu et écrasez bien à la spatule pour refroidir un peu la pâte et éviter que les œufs ne coagulent. Ajoutez ensuite les œufs les uns après les autres pour éviter de mettre trop de liquide. D’ailleurs, ce sont les œufs qui permettent à la pâte de gonfler.

    Une crème onctueuse

    Quand celle-ci est homogène et crémeuse pochez-la en petits choux sur une plaque beurrée ou recouverte de papier cuisson. Déposez la pâte en quinconce sur la plaque pour que la chaleur puisse circuler uniformément. Préchauffez le four et faites cuire 30 à 35 minutes à 180° chaleur tournante. Laissez ensuite refroidir. Pendant ce temps réaliser la crème pâtissière en portant à ébullition le lait et 100g de sucre, à part dans un saladier mélangez la maïzena et le sucre. Une fois que le lait est à ébullition versez-en une petite quantité dans la maïzena, mélangez et reversez le tout dans le liquide. Chauffez jusqu’à épaississement, ôtez du feu et laissez refroidir.

    Pour le praliné faites chauffer dans une casserole le sucre à sec une fois qu’il est blond, versez les amandes et les noisettes. Mélangez bien, versez sur une plaque pour refroidir le tout et mixez. Une première quantité de façon un peu grossière et l’autre plus longtemps pour que le praliné soit lisse. Dans un batteur versez la crème fraîche et montez en chantilly. Enfin, versez le praliné lisse dans la crème pâtissière, ajoutez petit à petit la crème fouettée mélangez bien et placez dans une poche à douille votre crème diplomate.

    Coupez les choux en deux, garnissez avec de la crème à hauteur. Un cœur au praliné et recouvrez à nouveau de crème. Enfin, le chapeau du chou. Saupoudrez le tout de sucre glace ! Bonne dégustation.

    – Pour la pâte à choux : 1/2 L d’eau, 200g de beurre, 5g de sucre, 10g de sel, 400g de farine, 10 œufs

    – Pour la crème pâtissière : 1L de lait, 200g de sucre, 70g de maïzena, 3 œufs

    – Pour le praliné : 100g d’amandes, de noisettes et de sucre

    – Du sucre glace et de la crème fraîche végétale ou classique à 30% de mat. grasse

  • « Moi Marseille »

    « Moi Marseille »

    Laissez passer les cartes postales. Celle de la ville de coups de vents, des coups du sort que les magazines habillent de lumière, de ferveur et de passions, de caricatures. Et revenons à ce que je suis.

    Hier, j’ai célébré mes 2600 ans. Grecque, ouverte sur la Méditerranée, j’ai souvent résisté avec courage, parfois folie, moins souvent j’ai cédé à la sagesse. Des excès, nombreux, me direz-vous. Sans doute, mais je suis ainsi faite. De cycles, de dépressions, de rebonds et c’est dans ce flot incessant que j’ai déployé ma légende.

    Trompant les projets des urbanistes, jouant de l’espace entre ma centaine de villages, j’ai fait ville sans jamais trahir l’âme de ceux qui m’ont façonnée durant ces siècles. J’ai tissé ma force, à l’abri du massif de la Nerthe et de la chaîne de l’Etoile, me dressant contre la Provence, négligeant le tourisme, préférant les orients lointains.

    Alors, d’aucuns ont parlé de moi comme un carrefour alors que je ne suis rien d’autre qu’un havre où les hommes se croisent, travaillent et galèjent. Oui, ici le verbe est haut, moqueur mais je suis ville de labeur et d’efforts, contrairement aux clichés exhibés par ceux de la capitale.

    Aujourd’hui, je le sais. Je suis à la croisée des chemins et je sens que le bruit et la fureur, transformés en étendards par certains, me menacent. Ils excluent, rejettent et se sont persuadés que mes excès traduisent une lâche tentation vers les extrêmes, que mes emportements justifient leurs aveuglements et leurs ressentiments.

    Ils font table rase de ce qui m’a nourri. Leurs propos et programmes, à l’emporte-pièce, sont la négation de mon passé, qui s’est pétri dans l’accueil et le mélange. N’allez pas croire que mon essence populaire signifie l’amour de la révolution. Je manifeste, je crie, je conteste parce que j’aime la justice et refuse les exclusions. Mes colères, elles sont là.

    Si j’ai chanté La Marseillaise, c’est pour sauver la République, pas pour faire preuve d’insoumission. Cette République, elle est égalité, fraternité et liberté. Elle est peut-être menacée, comme ce qui fait ma chair, mes espérances.

    Ceux qui affirment sans sourciller que la police tue, ceux qui refusent le compromis, rejettent tout ce qui ne s’accorde pas avec leur credo. Ils ont les mêmes défauts que ceux qui font porter les péchés capitaux à l’autre, celui qui ne leur ressemble pas. Leurs combats ne sont pas les miens. Ils instrumentalisent mes emportements. Oubliant ce que je veux.

    Je veux continuer à grandir sans perdre mon authenticité, je veux que chacun de mes habitants ait sa juste place, que tous mes quartiers soient apaisés. Le temps n’est plus où je cherchais ma force dans le refus de tendre la main à mon arrière-pays. Le développement auquel j’aspire est fait de coopérations, de dialogues et d’échanges avec mes voisins, proches ou lointains.

    À leur laisser les rênes, ces ingrédients du vivre ensemble disparaîtraient refermant le chapitre d’une ville où les projets, enfin, peuvent bénéficier d’investissements de l’État.

    Je veux être Marseille, une ville de projets pour une jeunesse libérée du déficit d’investissement, de formation, d’emplois qualifiés… Je veux être une ville de logements décents pour tous, d’espaces publics accueillants, de nature préservée. Je veux une économie dynamique qui reflète le potentiel de cette terre de recherche, de savoirs, d’innovation. Je veux des politiques qui rapprochent et non qui opposent, des choix qui protègent et non qui affaiblissent.

    Ce sillon, je l’ai creusé durant des années, avec des maires de conviction, courageux, auxquels mille et un reproches peuvent être lancés. Mais ils n’étaient pas enkystés par cette fatigue démocratique qui menace.

    Il faut être démocrate, républicain, courageux. Le pire n’est jamais sûr mais il nous appartient, désormais ensemble, de tourner le dos aux passions tristes des extrêmes.

  • Des portuaires qui défendent leur force de travail

    Des portuaires qui défendent leur force de travail

    Lors de ses vœux, ce jeudi 22 janvier, Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du Grand Port maritime de Marseille, a tenu à rappeler que son activité relevait avant tout du « fruit du travail des travailleuses et travailleurs du port ».

    S’il convient que « le port dispose d’un modèle économique robuste », il s’interroge sur l’avenir de cet outil de développement crucial du territoire, notamment « sur la finalité de certains projets sur les segments à la fois liés à la décarbonation et soumis à une concurrence exacerbée ». Pour le responsable syndical, « les prochaines élections municipales sont un laboratoire politique ». Et de souligner que « depuis plusieurs semaines, nous voyons fleurir des discours d’équilibrisme électoral, le fameux “en même temps” ». 

    Décarbonation sans ligne THT ?

    À savoir : « Un emploi industriel mais en même temps sans industrie, pour la souveraineté énergétique mais avec une baisse de la production, pour la décarbonation mais contre la ligne à très haute tension, pour la transition écologique mais contre le transport ferroviaire, pour la qualité de l’air mais contre le branchement des navires à quai. » Et au final, des positionnements « toujours contre les industries des activités portuaires, qu’il s’agisse des passagers, de la réparation navale ou du transport des marchandises », résume-t-il. Autant d’éléments qui poussent le syndicat à la plus grande prudence.

  • [Lecture] L’évasion du tirailleur

    [Lecture] L’évasion du tirailleur

    Mille neuf cent seize. La Teste de Buch. Camp du Courneau. Des milliers de tirailleurs sénégalais sont entassés dans des baraquements avant de rejoindre le front. Dans la nuit, une silhouette se faufile, passe par-dessus les barbelés et par-dessous les wagons, sous la lune froide. Les images lui reviennent des siens et de son pays. Sa fuite est peuplée d’animaux qui se font témoins de son histoire. Il se souvient du paquebot, et des façades imposantes de Bordeaux, à l’arrivée. D’où provient tant de richesse ? Les récits sur la guerre qu’il a entendus terrifient ses cauchemars. Il faut fuir, dormir dans les bois, voler un morceau de pain dans une maison isolée et se faire prendre : « Ça commence par du pain et après ? » Être pris en chasse. Thibault Rougès livre ici un récit grave, haletant et poétique, servi par des encres profondes. On est saisi par les paysages, par les visages, par les corps, par les plumages et les pelages. Thibaut Rougès s’est attelé à « entrer dans la tête de cet homme », pour le comprendre, « créant un lien fraternel presque inexplicable ». Une force se dégage de cette bande dessinée inspirée de « l’histoire vraie de Beckadou, tirailleur sénégalais, seul et unique évadé du camp du Courneau ». Elle est le résultat de cinq années de travail, un travail soigné, et de décantation qui font un récit épuré. Pas de bavardage. Quelques dialogues pour illustrer et des images pour raconter : le récit est dans le dessin. Sa magie est de nous placer immédiatement en proximité avec le héros et de nous entraîner dans sa fuite, avec lui, de susciter ce lien fraternel en nous, sans avoir besoin d’en dire davantage. Ah oui : en 1917, les deux assassins de Beckadou ont été acquittés.

    Déraciné

    Un tirailleur en fuite

    par Thibault Rougès

    Familar éditions, 21 €.

  • Nicolas Guillé : « Des objectifs très élevés sur les Grands Tours »

    Nicolas Guillé : « Des objectifs très élevés sur les Grands Tours »

    La Marseillaise : Quels sont vos grands objectifs en 2026 ?

    Nicolas Guillé : Déjà de gagner des courses. Après, il y a des passages obligés, des courses comme Paris-Nice, comme les classiques flamandes, Paris-Roubaix aussi, car nous avons notre partenaire mécanique basé dans la région. C’est un gros objectif de la saison. Ensuite, on va vite arriver sur le Tour de France. On va dire que nous avons des objectifs très élevés sur les Grands Tours. Il faut qu’on essaie de passer un cran, de pouvoir vraiment rivaliser, de s’approcher du podium sur ces courses-là.

    En regardant en détail votre effectif, on dirait que vous pouvez gagner sur tous les terrains. Qu’en pensez-vous ?

    N.G. : Oui, c’est vrai qu’on a des coureurs qui vont assez vite, qui passent bien les bosses. On a un collectif assez fort. Avec le recrutement de sprinteurs, nous allons devoir avoir une approche différente de la course. Ce sont des choses assez nouvelles pour nous, on n’a jamais eu trop de sprinteurs dans l’équipe. Et c’est vrai qu’avec le recrutement de Mark Renshaw, de coureurs aguerris autour d’Olav Kooij, on est plutôt confiant avant d’attaquer cette nouvelle année.

    2026 sera une année importante pour le grand espoir Paul Seixas. Est-il prêt à affronter le gros programme qui l’attend ?

    N.G. : Oui, bien sûr, mais c’est vrai que l’on souhaite le couver au maximum, avec que des experts autour de lui. On essaie qu’il ait la meilleure approche possible de sa saison, sachant qu’il est jeune et qu’il faut faire attention à tout avec lui. Il n’y a pas de pression particulière. On le laisse venir sur les courses. On sait que c’est un coureur qui est déjà mûr, il sait ce qu’il veut. Après, l’expérience va venir au fil des mois, des années. L’idée, c’est vraiment de ne pas lui mettre la pression. Il faut placer de bons coureurs à ses côtés pour l’amener à faire de bons résultats. Il faut juste lui laisser le temps et les performances viendront par elles-mêmes.

  • [Chroniques méditerranéennes ] Le cliquetis des menottes : Voilà la « solution »

    [Chroniques méditerranéennes ] Le cliquetis des menottes : Voilà la « solution »

    Si le dissensus est le sel de la démocratie, la répression en est le poison. Depuis longtemps, l’Italie est anesthésiée par des slogans et des clichés qui alimentent une haine toujours plus grande. Le gouvernement recourt à un vieux sport national : la démonstration de force. La répression s’effectue par un recours au droit pénal qui bafoue les libertés constitutionnelles.

    Le décret sur la sécurité, entré en vigueur le 11 avril 2025, a transformé les actes de dissidence en infractions pénales. C’est ce qui est arrivé à Marco Rovelli, écrivain et musicien, et à 36 autres personnes, fichées comme suspects. Ils avaient participé à la grande manifestation de solidarité pour Gaza et la Flottille de la Liberté à Rome en octobre dernier.

    « Ces noms, m’explique Marco Rovelli, ne sont pas choisis au hasard, mais triés sur le volet. On leur reproche d’avoir bloqué les voies en gare, malgré des négociations entre le syndicat CGIL et la police. »

    Mais le clou du spectacle, c’est le « paquet sécurité », actuellement examiné par le Parlement, qui vise les pouvoirs répressifs de l’État. Il prévoit des « zones rouges », des quartiers urbains interdits d’accès aux personnes jugées dangereuses, même non condamnées, ayant commis des « délits » lors de manifestations.

    Les « indésirables » sont de nouveau sous les feux des projecteurs : exil administratif pour tout étranger jugé dangereux, même sans avoir commis de délit. Un ensemble de mesures qui permettra de bloquer les navires de migrants si le ministre de la Ligue du nord, Matteo Salvini, actuellement ministre des Transports, le juge nécessaire. Ce dernier avait été acquitté alors qu’il était poursuivi pour séquestration et manquement à ses obligations professionnelles lorsqu’en août 2019 il avait empêché le débarquement de 147 migrants secourus par le navire de l’ONG espagnole Open Arms, avec de nombreux mineurs non accompagnés à bord.

    Mais la persécution des mineurs ne se limite pas aux arrivées par bateau. La liste des délits pour lesquels des jeunes peuvent être arrêtés en flagrant délit et les amendes infligées aux familles, allant de 200 à 1 000 €, pour défaut de surveillance, s’allonge.

    Le gouvernement Meloni ne se contente pas de lois ; il va plus loin : il instrumentalise les médias.

    Il y a quelques jours, dans un lycée de La Spezia, un élève marocain, Zouhair Atif, a poignardé son camarade d’origine égyptienne, Abanoud Youssef, par « jalousie ». Une photo d’Abanoud avec son ex-petite amie, publiée sur les réseaux sociaux, serait à l’origine du meurtre. Ultime mesure répressive : l’installation de portiques de sécurité dans les établissements scolaires. Des mesures qui, au vu des faits, se sont révélées inefficaces. Ceux qui se définissent comme immigrés de deuxième génération, nés en Italie de parents non italiens ou arrivés enfants, représentent un quart des jeunes de 15 à 35 ans. Les premiers à être confrontés et à subir la discrimination. Des familles vivant dans la crainte de l’immigration clandestine, avec des emplois précaires et des logements insalubres. Des jeunes contraints d’ignorer leur culture au nom d’un semblant de lien social, ou prêts à la reconquérir par la force. C’est dans ce contexte que se cache la tragique histoire de Zouhair Atif et Abanoud Youssef.

    Mais poser des questions n’est pas de mise. La « solution » ? Le rapatriement, des mesures de sécurité renforcées, des détecteurs de métaux dans les écoles, des arrestations. Oubliant que Zouhair et Abanoud sont les enfants de cette Italie-là. Les contrôles dans les écoles ou le bruit des menottes témoignent de la fragilité d’une société décomposée. Comme le disait Piero Calamandrei : « Là où il n’y a pas de liberté, il ne peut y avoir de légalité. »

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome.