Tag: Marseille

  • Le défi des nouvelles présidences

    Le défi des nouvelles présidences

    À Aix-Marseille, Toulon ou Avignon, une même musique semble résonner : l’heure est à la recherche de consensus et au retour
    à des intercommunalités plus lisibles, plus proches et moins fracturées. Après des créations menées tambour battant, parfois contre les élus eux-mêmes, les maires entendent reprendre la main.

    Nicolas Isnard à Aix-Marseille, Josée Massi à Toulon TPM, Olivier Galzi au Grand Avignon : trois visages différents, mais
    un défi commun, renforcer le lien entre territoires et institutions, dans un contexte où les élus RN se font plus nombreux.

    Depuis plusieurs années, les intercommunalités
    ont pris une place considérable dans la vie locale. Elles concentrent désormais des compétences structurantes, mobilités, habitat ou encore développement économique, qui conditionnent le quotidien des habitants. Leur montée en puissance
    en fait des acteurs incontournables,
    mais aussi des espaces politiques plus sensibles, où la gouvernance doit être à la hauteur des responsabilités.

    Les urgences sont là

    Partout, la promesse est identique : remettre les métropoles au service des communes, après des périodes de tensions et de défiance envers des structures souvent jugées trop technocratiques.

    Les urgences sont là, pressantes : logement, mobilités, transition écologique, réindustrialisation.

    Si ces nouvelles présidences veulent incarner un « nouveau départ », elles devront démontrer que l’intercommunalité peut redevenir un outil efficace, et non un échelon supplémentaire. L’apaisement est un début. L’action, elle,
    ne peut plus attendre.

  • Les femmes du Rojava à l’honneur du Nouvel an Kurde

    Les femmes du Rojava à l’honneur du Nouvel an Kurde

    Pour cette troisième séquence du festival Newroz, co-organisé par Solidarité et liberté Provence et le Collectif solidarité Kurdistan 13, c’est le Rojava, kurdistan syrien, qui était mis à l’honneur. Trois des coautrices de Nous vous écrivons depuis la révolution, paru en 2021 aux éditions Syllepse, sont venus raconter leur expérience au cœur de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie.

    Textes de réflexions, poèmes, contes, extraits de journaux intimes… L’ouvrage qu’elles présentent se compose d’écrits de « femmes internationalistes, mères, journalistes, militantes qui ont passé de quelques jours à plusieurs années [dans les rangs] de la révolution du Rojava ».

    Leur objectif : inviter lecteurs et lectrices à découvrir « le projet et la réalité des femmes de la Syrie du nord et de l’est qui, depuis 2012 [à l’époque, peu de temps après la guerre civile en Syrie, la majorité du Kurdistan syrien passe sous le contrôle des milices kurdes, Ndlr], travaillent minutieusement à la création de leurs structures autonomes ». Car le combat Kurde est aussi connu pour sa dimension profondément féministe, incarnée, notamment, par les Unités de défense de la femme (YPJ), organisation militaire exclusivement composée de femmes.

    « Vivre dans un système plus juste »

    « Ma première réelle prise de conscience sur les femmes au Kurdistan était en 2004, à l’occasion d’un reportage dans un camp d’entraînement, raconte Mireille Court, professeure d’anglais, journaliste pour Le Monde Diplomatique et co-autrice. J’ai remarqué une égalité totale entre les filles et les garçons. Il pouvait y avoir les filles qui fendaient le bois et les garçons qui faisaient le pain. Il n’y avait aucune différence, c’était vraiment l’égalité et ça m’avait énormément frappée. »

    Fille d’ouvriers syndicalistes et également co-autrice, Sarah Macha voit, elle, dans le mouvement kurde une grande source d’inspiration. « Quand j’ai compris quel était le projet politique et social du Kurdistan, porté par ces femmes, (…) ça a résonné énormément avec les recherches de ma génération à l’époque, retrace-t-elle. Cette volonté de vivre dans un système beaucoup plus juste, plus démocratique, dans lequel tous les peuples, les femmes, les jeunes (…) pourraient s’unir. Je pense que le Rojava a représenté ça aussi. »

    Marie, militante pour un Kurdistan libre et dernière co-autrice présente lors cette rencontre, a proposé une recontextualisation du conflit, toujours vif aujourd’hui.

  • Les syndicalistes de la flottille ont l’internationalisme au cœur

    Les syndicalistes de la flottille ont l’internationalisme au cœur

    Il y a du monde qui s’active le long du quai de la friche portuaire abandonnée du Rio, à l’ouest du quartier de l’Estaque. Une vingtaine de navires de plaisance arborant le drapeau palestinien l’ont quitté après escale samedi, cap vers la Sicile. Ils font partie de la flottille Thousand Madleen, dont le but est de briser le blocus organisé par l’armée israélienne à Gaza. « Mille Madleen », la traduction, est un hommage au navire éponyme qui participait à la flottille de la liberté, en 2025, intercepté en eaux internationales dont l’équipage avait été arrêté et détenu avant d’être expulsé d’Israël.

    « Engagés contre l’impérialisme »

    Les équipages sont composés de syndicalistes, militants d’associations et membres de partis politiques. À l’image d’Anouk Brunet, assistante d’éducation au collège Edgard-Quinet de Marseille et syndicaliste CGT Éduc’action : « C’est important de participer à cette initiative en tant que syndicat. » Elle souhaite « apporter un soutien à la communauté éducative sur place ».

    Idée similaire pour Denis Vemclefs, représentant l’Union départementale CGT de Seine-Saint-Denis : « Nous sommes engagés contre l’impérialisme et on soutient Gaza, dans le cadre de la solidarité internationale de la CGT. » L’UD CGT 93 a d’ailleurs financé le navire Nour, prenant part à la flottille, « en même temps que des panneaux solaires à Cuba », précise Denis Vemclefs. Pour ce dernier, « l’internationalisme n’a pas de frontières », et se dit aussi solidaire « du peuple libanais, congolais ou soudanais ».

    Lors de la conférence de presse de Thousand Madleen, la coordinatrice du mouvement Esther Le Cordier a affirmé que cette flottille était un « outil politique », comme celle de 2008. « Nous ne lâcherons rien jusqu’à l’autodétermination de la Palestine », promet-elle. Tout en appelant à des actions à terre contre « le génocide et les guerres impérialistes et coloniales ». L’étudiante à l’Ehess a remercié les habitants de l’Estaque pour « leur accueil et leur solidarité » indispensables. Marseille a répondu présent.

  • La CGT milite pour rouvrir le site d’Orange à Saint-Mauront

    La CGT milite pour rouvrir le site d’Orange à Saint-Mauront

    Les idées de l’extrême droite ne sont jamais du côté des travailleurs », indique une banderole de la Fédération des activités postales et de télécommunications (Fapt) CGT, placardée sur un portillon du site de l’entreprise Orange, dans le quartier de Saint-Mauront, à Marseille. « Nos derniers échanges avec la direction datent de vendredi. Ils restent sur leur position avec la fermeture définitive du site et envisagent trois nouveaux lieux, à la Joliette et à la Tour La Marseillaise », indique Olivier Neri, secrétaire général de la CGT Télécoms des Bouches-du-Rhône, à l’initiative d’un rassemblement, samedi 4 avril, pour la réouverture du site.

    Sur les 1 200 salariés qui y officiaient avant l’annonce de sa fermeture, début 2026, seule une trentaine de techniciens continuent de travailler sur place. Depuis cette date, « ils font venir les salariés du tertiaire, qui sont en télétravail, sur des sites de repli une fois par semaine, pour soi-disant maintenir la cohésion de groupe. Mais en réalité, tout le monde se plaint car ces sites ne sont pas adaptés », déplore le syndicaliste.

    La fermeture a été actée par l’entreprise de télécommunications, poussée par la médiatisation et l’instrumentalisation de faits de violence survenus à proximité du site fin 2025 : notamment de tirs à l’arme de poing sur la façade, fruit d’une lutte entre dealers. Un épisode qui ne visait pas du tout Orange ni ses salariés, comme la justice l’a tranché il y a une quinzaine de jours. Sans compter le fait qu’un sondage a révélé que « 60% des salariés veulent rester sur le site de Saint-Mauront », fait remarquer Guillaume Lamourette, secrétaire départemental CGT de la Fapt.

    Quartier encore délaissé

    « Si à chaque fois qu’il y a de l’insécurité, une entreprise ferme, il n’y en aura plus beaucoup d’ouvertes », estime Olivier Neri, qui ne peut que constater que cet événement « est tombé en plein pendant la campagne des élections municipales, où beaucoup de politiques sont venus se filmer ici ». Selon lui, la droite et surtout l’extrême droite se sont engouffrées dans ce jeu malsain pour « stigmatiser les quartiers populaires ». Aussi bien au mépris des salariés que des habitants, sans cesse relégués en marge de l’emploi et du lien social. Or, « Orange a une grande responsabilité dans le quartier ». Pas de quoi émouvoir la direction de l’entreprise, qui se refuse à tout commentaire sur ce point et répète que sa « priorité est la sécurité des salariés ». Pas de quoi, non plus, lever le doute selon lequel Orange aurait surfé sur la médiatisation des faits survenus sur le site de Saint-Mauront pour y réduire l’activité humaine à peau de chagrin. Afin d’y implanter des data-centers ? « On ne peut pas vous le confirmer », explique la direction à propos de ce site qu’elle juge « pérenne ».

  • [Série 1/3] Le cancer chez les plus de 75 ans, un problème de santé publique

    [Série 1/3] Le cancer chez les plus de 75 ans, un problème de santé publique

    Un appel à projets a été lancé en 2011 par l’Institut national contre le cancer (Inca) sur le déploiement national d’unités de coordinations en oncogériatrie. Et le groupement de coopération sanitaire réunissant l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille et l’Institut Paoli-Calmettes, a été retenu comme unité de coordination en oncogériatrie (Ucog) pour l’ouest de la région Paca dont les coordinatrices sont le docteur Frédérique Rousseau, oncologue à l’IPC et le professeur Anne-Laure Couderc, gériatre à l’AP-HM.Une entité régionale dont les travaux et recherches favorisent l’accès aux soins des patients âgés atteints de cancer dont le nombre est en augmentation constante.

    « Vu l’évolution démographique de la population française, il est évident que la prise en charge des personnes âgées atteintes d’un cancer est un problème de santé publique », souligne le docteur Rousseau. « Tous les gens nés au moment du baby-boom c’est-à-dire après la guerre, arrivent actuellement vers la septième ou la huitième décade avec, de fait, une augmentation mathématique du nombre d’octogénaires à l’horizon 2030, 2040 » Le tout avec un deuxième élément non négligeable à prendre en compte selon la professionnelle qui est l’amélioration de l’état de santé global et de l’autonomie des personnes de plus de 70 ans grâce notamment à un meilleur contrôle des pathologies cardiovasculaires et métaboliques

    Surveillance de tous les instants

    « Au sein de l’Institut, nous prenons en compte le caractère âgé des patients et non pas leur âge chronologique car une personne de 85 ans peut être en meilleure forme que quelqu’un de 65 ans par exemple, tout dépend de ses comorbidités sous jacentes », poursuit-elle. « Les patients de plus de 75 ans sont des patients comme les autres, ils sont cependant un peu plus complexes à prendre en charge puisqu’il faut à la fois prendre en charge le traitement de leur cancer mais aussi prendre en compte les pathologies associées au vieillissement sans les aggraver par nos traitements. L’oncogériatrie n’est pas une spécialité et ne le sera jamais. Selon moi, c’est avant tout un savoir-faire, une prise en compte. Il est donc nécessaire de connaître l’oncologie d’une part et de mettre en balance les traitements à mettre en œuvre et, les pathologies carcinologiques. L’objectif étant d’éviter que ces patients entrent dans une spirale de complications où ils seront toujours perdants. » L’adaptation est donc une notion primordiale pour trouver le meilleur équilibre possible entre l’efficacité d’un traitement contre la maladie cancéreuse et la préservation de la qualité de vie et de l’autonomie. « Une personne guérie de son cancer mais qui a perdu en qualité de vie et en autonomie ce n’est pas une bonne prise en charge. L’évaluation gériatrique nous permet de savoir quelle personne nous avons en face de nous en particulier est-elle fragile ? Cette évaluation nous permet aussi d’anticiper les effets secondaires de nos thérapeutiques et en fonction, d’adapter le suivi post-traitement qui doit être beaucoup plus soutenu chez le patient âgé que chez l’adulte de moins de 70 ans », précise Frédérique Rousseau.

  • [On passe à table] Fatteh croustillant, ratatouille syrienne et sa sauce blanche

    [On passe à table] Fatteh croustillant, ratatouille syrienne et sa sauce blanche

    C’est une cuisine généreuse et savoureuse. Une cuisine qui raconte une histoire, que l’on aime partager et que l’on a du mal à oublier. Rencontre avec Nahed et Samar qui réalisent pour vous la ratatouille syrienne accompagnée de fatteh croustillant.

    Plusieurs préparations

    Pour commencer, coupez tous vos légumes en petits cubes. L’aubergine, elle se pèle à moitié pour ne pas s’écraser à la cuisson et se coupe en tronçons. Déposez-la sur un plat, arrosez d’huile et mettez au four à 200° pendant 30 à 40 minutes. Les cheffes vous conseillent de les saler et de les laisser dégorger toute une matinée pour faire sortir l’eau et ainsi éviter qu’elles s’imprègnent d’huile.

    Pendant le temps de cuisson, mettez une casserole sur le feu avec un fond d’huile d’olive et déposez-y directement les oignons. Le tout à feu moyen. Ajoutez ensuite la moitié de l’ail haché. Laissez cuire tranquillement et préparez votre sauce blanche en attendant.

    Pour la sauce blanche, mélangez dans un saladier le yaourt grec, le tahina ou crème de sésame, une pincée de sel et le reste d’ail haché. Mélangez au fouet et terminez en pressant la moitié d’un citron sur le dessus, mélangez à nouveau. Si la sauce est trop épaisse, n’hésitez pas à ajouter un peu d’eau pour la délayer.

    Une assiette généreuse

    Dans votre casserole, rajoutez la coriandre en poudre, les poivrons puis les concentrés de tomates et de poivrons. Viennent ensuite les tomates et un petit fond d’eau pour permettre à l’aubergine de cuire dans le tout et d’avoir une texture fluide et non sèche. Une fois les aubergines sorties du four, mettez-les avec les autres légumes puis le paprika et laissez mijoter. Attelez-vous ensuite au fatteh, pain libanais coupé en morceaux que vous allez frire dans de l’huile. Quand il est doré, sortez le pain et égouttez-le dans une passoire avec du sopalin.

    Pour le dressage, déposez en fond d’assiette le fatteh, recouvrez avec la ratatouille, la sauce et de nouveau du fatteh. Décorez avec la grenade, les pistaches et le persil haché. Bon appétit !

    Pour 2 personnes,
    il vous faudra
     :

    – 3 aubergines, 2 tomates, 1 oignon, 1 poivron vert et un rouge, 30g d’ail haché

    – 1 càs de concentré de tomate et une de concentré de poivron

    – De la coriandre sèche en poudre
    et du paprika fumé

    – Du sel, de l’huile de tournesol et de l’huile d’olive

    – 150g de yaourt Grec, 70g de tahina, du jus de citron

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Regards de Provence, le grand silence d’Albert Dubout

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Regards de Provence, le grand silence d’Albert Dubout

    Le tome quatre de son catalogue raisonné dénombre seulement 77 huiles sur toile ou sur bois. Entre autres, un David et Goliath de 1931 jovialement monstrueux et dissymétrique ainsi qu’un Autoportrait de 1938, ironique et songeur, deux toiles qu’on aperçoit au premier étage du Musée Regards de Provence.

    Dans ce très complet catalogue, des portraits d’amis, quelques natures mortes, des vues de village, des chats et des silhouettes burlesques – Don Quichotte, des petits-bourgeois vaniteux, une « Sous-maîtresse » pas du tout désirable et des vieilles matrones coiffées avec des chapeaux à fleurs – sont plaisants mais n’ont rien de miraculeux.

    Tableau bariolé et pointilliste

    En revanche, deux grands tiers de ces peintures sont consacrés à des silhouettes de matadors, aux courses de vachettes et aux corridas. Plusieurs des titres de ces toiles – « Le Moment des clarines », « l’Attente », « Monumental » ainsi que le rappel d’un très justement célèbre vers de Garcia Lorca – pointent la passion et le respect que Dubout pouvait éprouver en face des instants les plus tragiques de la corrida.

    Cet intraduisible de Lorca – « A las cinco de la tarde » n’est évidemment pas l’équivalent de « Cinq heures de l’après-midi – Albert Dubout en donne une vision à la fois ensoleillée et intranquille. Les bruissements de couleurs, les taches blanches, oranges ou bien rouges qui évoquent la foule sont interchangeables. Les hommes, les femmes et les enfants sont identiques. Les rumeurs et les ovations sont énormes, le souci du détail disparaît.

    Ce tableau bariolé et pointilliste laisse entendre que dans cette immense chorale, les rires et les sifflets peuvent soudainement s’interrompre. Dans ce gentil tournoiement de couleurs, au cœur de cette simplicité bon enfant, les lames et les découpes de la lumière sont d’ores et déjà omniprésentes. Les ombres pourraient brusquement grandir : la totale indécision de cet instant peut basculer du côté de l’insouciance de la fête, ou bien vers l’irrémédiable.

  • [Grand entretien] Miossec : « Même si ça tangue, on reste dans le bateau »

    [Grand entretien] Miossec : « Même si ça tangue, on reste dans le bateau »

    La Marseillaise : Vous le Brestois et Finistérien qui avez chanté par le passé des titres aux océans tumultueux comme « Une fortune de mer » ou « La mer, quand elle mord, c’est méchant », que vous inspire la Méditerranée ?

    Miossec : Ah ben, quand on est Brestois comme moi, on s’ennuie avec la Méditerranée [il se met à rire, Ndlr]. C’est un autre monde, une autre civilisation même.

    Une « civilisation » que vous avez eu l’occasion de côtoyer au cours de votre existence ?

    Miossec : Oui, j’habitais dans le Sud à un moment de ma vie. Dans les années 1990, j’avais même cherché une petite maison à Marseille, aux Goudes. Dans ce quartier et petit port de pêche, il y avait quelque chose de populaire que je retrouvais par chez moi. Après, j’y suis retourné récemment et c’est vrai que la population n’est plus trop la même. Vous savez, il y a eu un sondage récemment qui disait que les Brestois se considéraient d’abord Brestois, ensuite Bretons et enfin Français. Ça fait un point commun avec Marseille.

    La Méditerranée est peut-être plus calme que l’océan Atlantique, mais hélas aussi l’un des plus grands cimetières marins au monde…

    Miossec : Les chiffres sont encore plus terrifiants que l’année dernière. Ça devient un amoncellement de chiffres, sans visages.

    Des visages d’exilés que des associations comme SOS Méditerranée essayent de sauver en mer. Que pensez-vous de la criminalisation de leur action par une partie de la classe politique ?

    Miossec : Quand on voit l’ancien directeur de Frontex [l’agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes, dirigée entre 2015 et 22 par Fabrice Leggeri, Ndlr] qui est dans les rangs du Rassemblement national, on ne s’étonne pas. Et puis au niveau personnel, mon grand-père est décédé en Méditerranée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est mort au large de l’Égypte et toute ma famille a été marquée par cet événement. Il avait 27 ans et trois enfants. Il était canonnier.

    C’est ce qui explique aussi votre attachement à l’Arsenal de Brest ?

    Miossec : Ah oui car toute ma famille vient de là en fait. De l’Arsenal et de la marine nationale. On a l’impression que Brest, c’est vraiment au bout du monde. On n’a pas les yeux rivés sur Paris. On est des bourlingueurs.

    Pour revenir à la musique, les thèmes de la solitude et de la disparition sont récurrents dans votre répertoire,
    y compris sur certains de vos titres récents comme «
     Qui, quoi, où, comment et pourquoi ? ». Est-ce que
    ce sont des sentiments dont vous vous êtes accommodés ou bien vous hantent-ils toujours
     ?

    Miossec : C’est drôle car avec l’âge, la solitude est de moins en moins effrayante. Ça devient presque un luxe. Je fais un métier collectif quand même : partir en tournée, monter un groupe… C’est un plaisir de passer de l’un à l’autre.

    Sur votre dernier album en date, « Simplifier », vous revenez à un son très épuré, des paroles directes. Au-delà de cela, peut-on aussi voir cet opus comme un appel à plus de simplicité,
    à retourner à des fondamentaux humanistes en ces mondes où
    les repères basculent
     ?

    Miossec : Pour ce disque, tout a été fait à la maison, sans qu’on se retrouve dans les grands studios. À l’époque, il fallait beaucoup d’argent pour en faire. Ça s’est démocratisé.

    Un rare point positif de la mondialisation selon vous ?

    Miossec : Sur ce côté, c’est fabuleux car ça démocratise vraiment la pratique musicale. Après, le souci, c’est que la musique est devenue torrentielle. Les plateformes, telles qu’elles existent aujourd’hui et rémunèrent les artistes, sont pires que les imprésarios des années 1950.

    Ce sont vos concerts qui vous
    font vivre
     ?

    Miossec : Oh, j’ai aussi eu la chance d’écrire des paroles pour pas mal d’artistes [Birkin, Greco, Hallyday…, Ndlr] Après, moi, je suis pour la retraite à 60 ans. S’il n’y avait pas la notion de plaisir, je resterais à la maison.

    Avez-vous pris part au mouvement contre la dernière réforme des retraites ?

    Miossec : Oui. Après politiquement, c’est dramatique à Brest car la mairie vient de basculer à droite. Au niveau local, on peut vraiment voir la différence entre la gauche et la droite. Maintenant, on serre les fesses car il va y avoir des coupes sombres dans les programmes d’aides sociales notamment.

    Ce basculement de la gauche à la droite, pour ne pas dire à l’extrême droite, est généralisable à beaucoup d’endroits dans le pays. Vous dont le grand-père
    a été tué en 1939-45, voir que 80 ans après cette tragédie, les guerres et le fascisme frappent à nos portes, ça vous fait quoi
     ?

    Miossec : Ce qui est drôle, c’est qu’internet devait nous apporter des lumières. Or ça nous apporte de la noirceur. La bêtise est surmultipliée avec les algorithmes. Tout le monde pense avoir raison car chacun est conforté par ses algorithmes.

    « Est-ce que c’est la terre qui chancelle ou c’est de nous que vient le tremblement », chantez-vous sur
    «
     Une histoire de soleil »…

    Miossec : On ne va pas vers des lendemains qui chantent. Je ne pensais pas vivre un moment avec un horizon aussi sombre. Ça tremble de partout. Après, je ne suis pas désabusé non plus. Je m’implique. Dernièrement, j’étais à l’ultime meeting de gauche du maire sortant. Même si ça tangue, on reste dans le bateau jusqu’au bout.

    Entretien réalisé par Philippe amsellem

  • Deux ans après son décès, la lutte contre l’amiante continue

    Deux ans après son décès, la lutte contre l’amiante continue

    Il y a deux ans, Marie Josée de la Cruz, professeur d’école à Marseille, nous quittait après cinq années d’une lutte acharnée contre un cancer de l’amiante. Le lien avec l’école de la Savine, où elle a exercé pendant 14 ans, ne faisait aucun doute : le Dossier Technique Amiante (DTA) et le délabrement des locaux témoignaient de la dangerosité des lieux lorsqu’elle y travaillait.

    Dès l’annonce de sa maladie, sa priorité fut les autres : ses collègues, les personnels et, par-dessus tout, les enfants. C’est avec cette volonté qu’elle a co-fondé l’association AVALÉ 13 (Association des Victimes de l’Amiante dans les Locaux de l’Éducation du 13). Elle s’est battue contre la maladie, mais aussi contre l’inconséquence des pouvoirs publics qui laissent, aujourd’hui encore, des vies exposées au danger. Après de très longues et fastidieuses démarches, elle a gagné sa bataille pour sa reconnaissance en tant que victime du travail, mais elle est partie sans un mot de condoléances de l’éducation nationale (qui doit protéger ses agents) ni de la Ville (pourtant propriétaire donc responsable des locaux).

    Aujourd’hui nous n’oublions pas. Nous réclamons toujours l’accès aux Dossiers Techniques Amiante qui permettent de savoir où, et dans quel état, se trouvent les matériaux amiantés qui envahissent encore tant d’établissements scolaires.

    Nous attendons toujours la sécurisation réelle des bâtiments avec le retrait des matériaux amiantés, partout où ils se trouvent, alors que ce matériau est interdit depuis bientôt 30 ans.

    Nous attendons toujours qu’une véritable politique de prévention soit faite auprès de tous les agents afin qu’à l’avenir plus aucun ne risque sa vie au travail. Nous attendons toujours une révision des seuils de tolérance d’empoussièrement : 5 fibres d’amiante tolérées par litre d’air est un seuil inacceptable quand une seule fibre peut tuer. Il est inacceptable que ce « seuil de tolérance » serve d’excuse à l’inaction.

    Pour Marie Josée de la Cruz, pour les personnels et pour les enfants : nous ne lâcherons rien. Plus que jamais, son combat reste vivant.

  • [Entretien] Edmond Baudoin : « J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner »

    [Entretien] Edmond Baudoin : « J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir voulu monter à bord de cette flottille ?

    Edmond Baudoin : Comme beaucoup d’êtres humains, je suis concerné par ce qu’il se passe en ce moment. Je suis né à Nice, en 1942, il y a bien longtemps, et c’est aussi pour ça que la mer Méditerranée m’importe tant. C’est un lieu de passage, où l’on meurt énormément, et depuis longtemps maintenant. L’horreur dans laquelle nous sommes arrivés, nous ne pouvons plus la continuer. Je vais bientôt mourir et je sais que je voudrais que l’humanité continue, c’est ce que j’espère. Le chemin que nous avons pris nous emmène vers un point limite. Il faut que ça bascule. Donc j’ai dit oui à ce voyage, avec cette flottille, pour participer à ce militantisme sur la Méditerranée, parce que je suis encore vivant, parce que j’ai encore la possibilité de faire et d’écrire.

    Quel message portez-vous ?

    E.B. : Le message sera la Méditerranée et la culture. Bien sûr, ce qui se passe tue, mais c’est aussi un assassinat de la culture. On voit comment tout est détruit : en Palestine, à Gaza, qui est un espace d’une grande culture, mais aussi partout au Liban, puis en Iran… On piétine les êtres humains, c’est ça, bien sûr, le plus grave. Mais derrière les êtres humains, il y a tout ce qu’ils étaient. Dire qu’on va ramener l’Iran à l’âge de pierre, qu’est-ce que ça veut dire ? [Donald Trump a déclaré mercredi depuis la Maison-Blanche vouloir « ramener l’Iran à l’âge de pierre », Ndlr] Pourquoi ne sommes-nous pas en train de manifester dans la rue ? Juste ces mots… comment est-ce possible ?

    Comment occuperez-vous
    vos journées à bord
     ?

    E.B. : Bien sûr, je vais aider à faire avancer le bateau, car nous sommes huit à bord, ce qui signifie que nous devons tous participer à son fonctionnement. Mais dès que j’aurai une minute, je dessinerai ce que je pense, ce que je vois. Je vais remplir du papier, faire ce que je suis censé faire dans le monde. J’aimerais que la Méditerranée s’arrête enfin de saigner. Pour ça, je n’ai pas beaucoup d’autres moyens que le dessin et l’écriture.

    Quelles affaires avez-vous emportées ?

    E.B. : Je suis déjà allé en bateau sur la Méditerranée. Je sais donc que, n’importe où, même en plein été, il fait froid, ou qu’en tout cas tout est très humide. Donc je me suis habillé comme pour partir à la montagne. Sinon, j’ai pris de l’aquarelle, de l’encre de Chine… C’est à peu près tout. Ah oui, j’ai aussi pris des médicaments pour le mal de mer !

    Avez-vous peur ?

    E.B. : Non. C’est quelque chose que je connais mal, le stress. Je ne sais pas, je me dis que ce n’est pas maintenant que je vais mourir. Et puis, quelle importance ? Mourir ne me pose aucun problème. Simplement, je n’existerai plus. Voilà. Mais pendant des millions, des milliards d’années, je n’ai pas existé, donc je n’existerai pas. Et puis j’ai 84 ans, disons que ça me pend au nez.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud