Tag: Marseille

  • Cinq expositions dédiées aux arts visuels à Marseille

    Cinq expositions dédiées aux arts visuels à Marseille

    Le tiers-lieu de la Friche la Belle de Mai accueille cinq expositions qui font partie intégrante de la Saison Méditerranée. Les installations mêlent de multiples médiums des arts visuels, de la peinture à la photographie en passant par la sculpture. Le public découvre une multitude d’artistes, dont les œuvres d’art dialoguent entre elles. Ensemble, elles forment un panorama de visuels, à l’image de ces territoires et de ceux qui les habitent, leurs cultures et leurs récits, ainsi que les non-dits.

    Parmi les propositions, la Friche accueille l’exposition collective « Autoroute Tanger-Marseille », projet de recherche-création porté par Think Tanger. « Sur la frontière du temps, une relève méditerranéenne » réunit seize jeunes artistes du bassin méditerranéen à travers une pluralité de disciplines. Autre jeune artiste, Mona Benyamin présente sa première exposition personnelle, « Jouer la montre ». Le dispositif Fraeme présente l’exposition monographique « Sur les ruines, les pierres fleurissent », de Abdessamad El Montassir, lauréat de la résidence Méditerranée à la Friche il y a dix ans.

    Une œuvre époustouflante

    Directeur de la Friche, Alban Corbier-Labasse a ajouté : « Le clou du spectacle, c’est une proposition qui émane d’un souhait de la commissaire générale de la Saison Méditerranée, Julie Kretzschmar. Elle avait à cœur de présenter pour la première fois en France l’exposition de l’artiste franco-algérienne Zineb Sedira. » Dans le film Les rêves n’ont pas de titre, d’une vingtaine de minutes, l’artiste relie les moments clés de sa vie à des événements géopolitiques plus larges.

    À la Friche, jusqu’au 21 mai. Tarifs : de 0 à 8 euros.

  • Un éveil musical pour les maternelles à l’Opéra

    Un éveil musical pour les maternelles à l’Opéra

    Les élèves de maternelles paraissent encore plus petits dans le grand Foyer de l’Opéra de Marseille. Une petite quarantaine d’écoliers des maternelles Révolution et Saint-Louis, à Marseille, ont bénéficié d’une session d’éveil musical. Un moyen de démocratiser la musique classique et le chant lyrique. Pour la plupart, c’est une découverte : « Je ressens du calme et de la joie », exprime Lilia, élève de maternelle.

    Cette séance a été animée par Pascale Bonnet-Dupeyron, soprano, et Jean-Michel Muscat, baryton. En début d’atelier, ils ont chanté un duo d’opérette aux enfants « surpris par la puissance de la voix des chanteurs et le fait qu’ils chantent sans micro », raconte l’enseignante de la classe de Lilia. Les enfants se sont ensuite échauffé la voix, pour chanter en chœur « Pétrouchka », une chanson préparée en avance, sous les conseils des professionnels.

    Faire découvrir un univers

    L’opéra reste fréquenté par une population assez aisée. Pour le baryton, « c’est important de faire découvrir, dès le plus jeune âge, ce genre de musique qu’ils n’ont pas forcément l’occasion d’écouter ». Certains enfants n’auraient peut-être jamais eu l’occasion de se rendre à l’Opéra sans ce dispositif mis en place par la Ville de Marseille, en collaboration avec l’Opéra et l’Académie d’Aix-Marseille. Surplombés par une peinture au plafond d’Augustin Carrera, les enfants forment finalement une ronde, tout en chantant au rythme de la mélodie de Caroline Dauzincourt au piano. « C’était mon moment préféré », assure la petite Narjess.

    Pour la deuxième année, cet atelier aura peut-être inspiré quelques enfants. « J’ai bien aimé répéter à la maison », raconte Nour. « T’aimerais bien continuer ? », demande la maîtresse. « Oui ! »

    Marie Moreau

  • L’ex-footballeur Mamadou Niang remet un prix contre le harcèlement scolaire

    L’ex-footballeur Mamadou Niang remet un prix contre le harcèlement scolaire

    Qui de mieux que la jeunesse pour sensibiliser à la lutte contre le harcèlement scolaire ? Pour la cinquième année consécutive s’est tenu le prix régional « Pour en finir avec le harcèlement scolaire », à l’initiative de la Région Sud. À l’issue de cet après-midi, le Prix régional a distingué sept lauréats : trois pour le prix Vidéo (lycée Chiris à Grasse, lycée Jean-Moulin à Draguignan et lycée Lurçat à Martigues), trois pour le prix Affiche (lycée Dauphin à Cavaillon, lycée Impérial à Nice et lycée Janetti à Saint-Maximin) et un pour le Prix Autre Support (lycée Les Côteaux à Cannes). Pour la première fois, un coup de cœur du jury a été décerné (lycée Le Rocher à Salon-de-Provence). « Le harcèlement scolaire est un fléau qui touche un bon nombre de jeunes et pour nous, c’est inacceptable qu’ils aillent en cours avec la boule au ventre. On est mobilisés avec Mamadou Niang aussi, pour mettre un terme à ce fléau », déclare Ludovic Perney, 15e vice-président de la Région en charge de la Jeunesse, des Sports et de la vie étudiante.

    Investissement de la Region

    Un million d’euros sont investis chaque année par la Région Sud pour combattre le harcèlement scolaire. Ce qui permet de former des parents d’élèves et des agents afin d’être en capacité de reconnaître toutes formes de harcèlement. « On sait qu’aujourd’hui, nous savons que les formes ont changé, notamment avec le cyberharcèlement », annonce Ludovic Perney. « C’est une cause qui me tient à cœur, surtout en tant que père de famille. Sur le terrain, quand un joueur galère, on s’entraide, alors faites pareil au lycée », complète Mamadou Niang.

  • Le Rat Luciano en concert gratuit sur le Vieux-Port

    Le Rat Luciano en concert gratuit sur le Vieux-Port

    « On l’dira même en interview, on est fascinés par la classe ouvrière, la vie des voleurs et celle des voyous », rappait Le Rat Luciano en 2000 sur le titre Nous contre eux, dans son premier album mythique Mode de vie béton style. 26 ans plus tard, une furia qui l’anime toujours, comme pourra encore le prouver son concert gratuit prévu le 31 juillet sur la scène flottante du Vieux-Port, dans le cadre de l’été marseillais. « Il fera vibrer les Marseillaises et Marseillais lors d’un spectacle inoubliable pour une carte blanche exceptionnelle. Lors de cette soirée, l’artiste sera accompagné de plusieurs invités », aguiche dans un communiqué de presse la Ville de Marseille, organisatrice de l’événement.

    Volcanique

    La semaine passée, la municipalité avait déjà annoncé la liste des chanteurs, musiciens et groupes qui se produiront du 3 juillet au 1er août sur la scène flottante, située au niveau de l’Hôtel de Ville, la Bonne mère en toile de fond, tels que Julien Clerc, Sébastien Tellier, Cassius ou encore Nu Genea. Avec le dévoilement du nom du Rat Luciano, les concerts de l’été marseillais franchiront, à n’en pas douter, un cap supplémentaire dans l’indice d’explosivité volcanique. Et pour cause, dans son dernier album sorti fin avril, Magma, le rappeur fait encore étalage de toute sa verve incandescente. De Phares éteints à Baiser froid, un choc thermique où ce boxeur d’instrus hors pair montre qu’il n’a rien perdu de son talent.

    www.etemarseillais.fr

  • Au Mucem, le styliste Mossi Traoré prend le pli du monde

    Au Mucem, le styliste Mossi Traoré prend le pli du monde

    Une robe pli « Simone Pheuplin » dont les drapés immaculés en popeline de coton enveloppent le corps, doux comme du linge propre, une robe asymétrique en laine plissée noir et blanc, un t-shirt aux mêmes contrastes qui affiche « En mode Mossi », comme un mantra. « C’est un état d’esprit, le fait d’oser, croire », commente le jeune, mais foisonnant styliste Mossi Traoré, dont la production fait l’objet d’une exposition au Mucem jusqu’au 16 novembre. « Ce récit répond à l’objectif de démocratisation de la mode et de la culture », résume ce créateur français ayant passé sa jeunesse dans le Val-de-Marne, passé des podiums de son quartier jusqu’aux cimaises du Mucem.

    « Petit, je rêvais d’être footballeur », rappelle Mossi Traoré, devant une vitrine présentant des objets issus des collections du Mucem, tels qu’un maillot de l’OM orné des résilles du musée ou encore un ballon commémoratif de la victoire du plus illustre club français en Ligue des champions, un soir de 26 mai 1993. Quelques reliques encadrées par le tirage d’un shooting photo de la journaliste Vanessa Le Moigne, habillée des créations de ce supporter de l’OM, dans l’antre du Vélodrome.

    Cocktail Molotov

    « Des rêves de couture et d’enfance », indique la commissaire du parcours, Julia Ferloni-Grandval, qui basculent ensuite vers une réalité matinée de ses influences mondiales, illustre dans la foulée une section dédiée à ses travaux irrigués par la culture de l’Inde. De ses défilés parisiens où il habilla notamment la fameuse actrice de Bollywood, Aishwarya Rai, jusqu’à son shooting de la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot au Taj Mahal. Avant de s’engouffrer dans les pas de la plus grande inspiration de Mossi Traoré, en la personne de la couturière Madame Grès, dont « la signature est le pli à l’antique ». Une technique phare que le créateur francilien s’approprie avec brio. Un passage entre tradition et modernité, symbolisé par une scénographie constituée de matériel de couture et vêtements populaires issus des réserves du musée, véritables « marqueurs sociaux, culturels, historiques et politiques », plante Marie-Charlotte Calafat, directrice scientifique et des collections du Mucem. Autant d’allers-retours dans le temps et une histoire personnelle que Mossi Traoré ne cesse de remettre au goût du jour, vient notamment attester sa collection « Les ripeurs », qui « rend hommage aux éboueurs », métier exercé par son père. « Pour rendre visible les invisibles », affirme-t-il. Pour ce styliste, « la couture comme un espace de rencontres », montre la dernière partie de l’exposition : du rap de Sefyu Molotov à la peinture de Lee Bae, en passant par la calligraphie d’Hassan Massoudy et la danse hip-hop d’Abdoulaye Barry.

  • Une symphonie aux rythmes de la Méditerranée

    Une symphonie aux rythmes de la Méditerranée

    En ouverture, l’esplanade J1 vibrera aux sons de 200 musiciens pour une grande Symphonie portuaire en ode à la Méditerranée. L’ensemble est composé de musiciens professionnels de la Philharmonie de Paris, les jeunes du Conservatoire Pierre Barbizet et d’amateurs, accompagnés par les sirènes de Mécanique Vivante, la compagnie de Franz Clochard.

    À l’image de la Saison Méditerranée, cette Symphonie Portuaire est une « possibilité de faire vibrer le port au service de la Méditerranée », explique Raphaël Imbert, directeur de Campus Art Méditerranée et chef d’orchestre de cette grande fanfare. Le public aura l’occasion de se déplacer à travers cet espace qui est « un lieu de départ, un lieu symbolique et un lieu de mémoire », atteste Raphaël Imbert.

    « Réunir les contraires »

    Au programme, quatre actes qui mettent à l’honneur la fanfare, la découverte des sirènes, le travail « percussif de mécanique vivante » avant l’acte finale qui reste une surprise. La création fait dialoguer les mélodies des rives de la Méditerranée, puisant dans de multiples répertoires, entre autres Egypt Strut signée Salah Ragab. Pour Raphaël Imbert, cette partition jazz est un « hymne à la Méditerranée ». Il poursuit : « Le jazz, c’est ce qui permet de réunir les contraires, de permettre les rencontres avec des musiciens qui n’ont pas les mêmes bagages. »

    La Symphonie d’ouverture se déroule le 23 mai au J1. Accès libre.

  • À Marseille, une journée entre femmes pour reprendre de l’élan

    À Marseille, une journée entre femmes pour reprendre de l’élan

    Burnout, divorce, sexisme… Les raisons qui poussent une femme à tout reconstruire sont multiples, mais le chemin, lui, est souvent solitaire. C’est pour briser cet isolement que deux associations marseillaises, ForceFemmes et L’Éveil des mots, ont décidé de collaborer le temps d’une journée, baptisée « Reprendre son élan ». Au programme, des ateliers pour retrouver de la confiance, gérer son stress et trouver l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle. L’entrée était entièrement gratuite.

    Autour des tables, les parcours se ressemblent sans se confondre. Aïcha, 51 ans, était professeure de technologie. Elle suit aujourd’hui un CAP boulangerie. Marine, 40 ans, a traversé un burn-out, changé de travail et de conjoint. « Je suis les ateliers Motivées pour créer, depuis mars, et c’est vrai qu’ils m’aident au niveau de la concrétisation de mes projets et de mon épanouissement personnelle », explique-t-elle. « Je n’étais plus alignée dans mes valeurs, donc j’acceptais tout », confie-t-elle. Cathy, 56 ans, cherche un poste dans la communication et suit trois ateliers par semaine qui la « boostent » afin de ne jamais laisser tomber son objectif. « On s’enrichit de nos expériences et de cette force féminine pour se remettre plus rapidement en course », assure-t-elle.

    Trois associations, un but commun

    Créée en 2005, ForceFemmes accompagne les femmes de plus de 45 ans dans leur retour à l’emploi ou leur projet de création d’activité. « Ce sont des femmes de plus de 45 ans, donc elles subissent une double discrimination à l’embauche », explique Caroline Galland, responsable du développement en région Paca. L’association suit entre 150 et 180 femmes par an sur toute la région, avec un accompagnement mensuel personnalisé par un bénévole, avec des travaux de création de CV, de préparation aux entretiens… « Notre plus grand succès, c’est quand elles sont à nouveau autonomes et qu’elles ont retrouvé leur dynamisme », affirme-t-elle. La moitié des femmes accompagnées s’en sortent positivement.

    De son côté, L’Éveil des mots est né en 2022 d’une expérience personnelle. Laetitia Oudinot, sa co-fondatrice, a traversé un burn-out doublé d’une hyperthyroïdie dans un environnement professionnel qu’elle décrit comme toxique. « J’ai voulu transmettre les outils qui m’ont aidée à me reconstruire », raconte-t-elle. Son approche encourage les femmes à « Oser être, oser faire et oser dire ». L’association accompagne aujourd’hui 90 femmes, de 18 à 86 ans. Parfois même des demandeuses d’asile ou des mères célibataires. « On essaye de les sécuriser, administrativement aussi », précise Laetitia Oudinot qui profite de l’occasion pour lancer un appel au bénévolat.

  • Sébastien Delogu dénonce des ingérences étrangères

    Sébastien Delogu dénonce des ingérences étrangères

    « Des personnes sont même allées faire des affiches, dans la deuxième ville de France, avec des QR codes renvoyant à des sites où il était écrit que j’étais accusé de viol ! » Ce mercredi matin, dans une conférence de presse, Sébastien Delogu, député LFI de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, aux côtés de François Piquemal, son homologue de Haute-Garonne, a sonné la riposte face à ce qu’ils qualifient de « campagne de dénigrement et diffamation ». Laquelle a eu lieu pendant les élections municipales, où les deux étaient candidats dans leurs villes respectives. Le tout, orchestré, a priori, par une entreprise israélienne spécialisée dans l’influence sur internet.

    Sébastien Delogu énumère la « création de sites internet, création de faux comptes et de faux journalistes » à son encontre. Quand François Piquemal, ex-candidat à Toulouse, liste la « création de pages diffamantes colportant des rumeurs ou la divulgation de mon adresse personnelle sur internet ». Ce dernier évoque un exemple parlant : « La veille du 2d tour avec diffusion de fausses publicités sur plusieurs sites, dont celui de “La Dépêche du Midi”. » Des publicités haineuses reprenant la charte graphique des insoumis où l’on voyait, par exemple, un homme torse nu avec un tatouage « LFI », frappant un autre homme à terre.

    L’affaire est notamment documentée par Viginum, dispositif créé par Emmanuel Macron qui contrôle les opérations électorales sur internet, comme le relatent nos confrères du Canard Enchaîné. Selon eux, Viginum a largement documenté les fausses informations, publications haineuses et autres tromperies à l’égard des deux candidats et est remonté jusqu’à ladite entreprise israélienne. Problème : Le Canard Enchaîné révèle, ce mercredi, que le rapport s’appuyant sur le travail de Viginum, « consacré aux opérations de déstabilisation constatées », n’a toujours pas été rendu public. De quoi faire monter au créneau François Piquemal avec une question à l’Assemblée nationale. En réponse, Laurent Nuñez a annoncé, mercredi 20 mai à l’Assemblée, qu’une « action judiciaire [était] engagée ». Et d’assurer que le rapport serait bien rendu public. Le candidat toulousain saisit le tribunal administratif pour faire annuler l’élection.

  • [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Le premier de tous les universels, c’est l’humanité »

    [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Le premier de tous les universels, c’est l’humanité »

    « De langue à langue. L’hospitalité de la traduction, Universaliser et Les universels du Louvre sont les trois derniers ouvrages que Souleymane Bachir Diagne a consacrés à l’universalisme.

    La Marseillaise : Quelle est votre définition de l’universalisme ? A-t-on la même définition en France et aux États-Unis ?

    Souleymane Bachir Diagne : La France a un rapport très particulier à l’universalisme. Beaucoup d’intellectuels français considèrent que le véritable universalisme, c’est l’universalisme à la française. C’est une grande simplification. Disons que ma position est la suivante : nous assistons aujourd’hui à la fin d’un universalisme qui est considéré comme un universalisme impérial, colonial. Celui qui défend qu’une région du monde, l’Europe, est tout naturellement porteuse de l’universel, qu’elle a pour mission d’apporter au reste du monde. C’est ça, la définition d’un universalisme classique, qui a pu, par exemple, justifier la colonisation.

    Votre définition est-elle différente ?

    S.B.D. : La question est : est-ce que la fin de cet universalisme-là doit signifier qu’on abandonne toute idée d’universel, considérant que l’universel en lui-même est tout naturellement colonial, impérial ? Ce n’est pas ma position. La thèse qui est au cœur de mon travail, que j’ai défendu dans mes trois derniers livres, c’est que la fin d’un certain universalisme impérial doit signifier, pour nous, la mise en chantier d’un vrai universel, d’un universel qui soit un universel inclusif ou un universel décolonisé, si on veut utiliser ces termes-là. Ce ne sera plus un universel de surplomb, une culture qui s’estime en surplomb de toutes les autres, apportant cet universel au reste du monde. J’utilise un concept auquel je suis identifié maintenant, le concept d’universel latéral, que j’emprunte au philosophe français Maurice Merleau-Ponty. Il dit que s’il y a juste un plan horizontal, où toutes les cultures sont égales, il n’y en a pas une qui est au-dessus de l’autre. La seule dimension d’échange entre les cultures, c’est la dimension horizontale, latérale. Donc, de manière latérale, si vous voulez, les cultures humaines, les langues humaines, dans leurs différences, mais aussi dans leurs équivalences et leur égalité, forgent ensemble un horizon d’universalité.

    Pourquoi, s’il s’agit d’une autre approche, conserver le terme d’universalisme ?

    S.B.D. : Ma position, c’est qu’on en a besoin. On a besoin d’une notion d’universalité. Je comprends tous les gens qui veulent trouver à la notion d’universel des concurrents. On parle beaucoup de diversalité ou de pluriversalité, des mots nouveaux, des néologismes pour insister sur le pluriel du monde. Mais, dire que le monde est pluriel ne veut pas dire qu’on ne peut pas se donner un horizon d’universalité. Nous devons considérer que le premier de tous les universels, c’est l’humanité elle-même, l’idée d’une seule et même humanité. Les défis qui sont les nôtres, aujourd’hui, nous apprennent la nécessité d’avoir une politique qui soit celle de l’humanité dans son ensemble, de l’humanité comme un universel.

    À quels défis pensez-vous ?

    S.B.D. : Le changement climatique, par exemple, suppose un agent unique qui soit l’humanité dans son ensemble. Ce que je fais à ma forêt en Afrique centrale a des incidences sur la planète Terre de manière générale. Donc, penser l’avenir de la planète et penser ce que signifie habiter sur cette planète, ça doit être quelque chose qui considère que l’agent politique, celui qui agit, c’est l’humanité dans sa totalité. Je pense aussi aux questions de migrations. Voilà un phénomène global auquel nous devons réfléchir ensemble, comme une seule et même humanité, en insistant sur l’universalité des droits humains, face à la montée des discours ethnonationalistes et d’extrême droite, créateurs de fractures.

    L’universalisme doit-il être un outil de lutte contre la montée des discours ethnonationalistes ?

    S.B.D. : C’est l’outil. Je crois qu’il faut refuser quelque chose qui s’installe et qui est ce que je considère être un nouvel apartheid généralisé, avec l’idée que la pire chose serait que les cultures se mélangent. Revenir à une forme d’humanisme, justement, c’est le combat que je mène.

  • Faire vivre un territoire en alliant nature et culture

    Faire vivre un territoire en alliant nature et culture

    Observer, comprendre, s’adapter plutôt que de façonner. Telle est la philosophie du paysagiste et écrivain de renommée internationale, Gilles Clément. Allié au chorégraphe Christian Ubl, il a mis en œuvre une balade chorégraphiée dans le domaine de Montgolfier, un espace préservé de 12 hectares en plein cœur du 14e. Cet événement alliant culture et nature s’inscrit dans le festival « Nature et Biens communs », organisé par le théâtre du Zef.

    Ce lieu relais-nature, l’un des quatre que compte Marseille, a accueilli, ce mercredi, une quarantaine de personnes. Les étudiants du lycée Diderot et des femmes du centre social senior des Flamants se retrouvent pour se mouvoir et découvrir la faune et la flore du domaine, du cyprès chauve de Louisiane aux tulipiers de Virginie, pour arriver jusqu’au parc urbain des papillons (PUP), un site expérimental dédié à la biodiversité urbaine. La plupart, habitants compris, ne s’étaient jamais rendus en ces lieux. Francesca Poloniato, directrice du Zef, plaide pour un « regard artistique sur le vivant ». « C’est important de ressentir les choses plutôt que de performer », surenchérit Christian Ubl, convaincu que cela permet de « sensibiliser au vivant autrement, dans un autre espace et de façon plus lente ».

    Faire découvrir les « lieux fantastiques de Marseille »

    « Avec cette balade, il y a la volonté de montrer les lieux fantastiques de Marseille. Il est important de faire la promotion de ces espaces en alliant tous les acteurs territoriaux et de montrer que tout est accessible », souligne Chahidati Soilihi, adjointe à l’Agriculture urbaine, présente ce mercredi.

    La balade commence avec quelques mouvements proposés par Christian Ubl, avant d’entamer les explications de Gilles Clément, à l’ombre des arbres. « Ce lieu pourrait devenir une source vivrière », clame le paysagiste, qui défend un modèle économique et politique en vue de « rendre les habitants autonomes face aux crises ». Le lieu a pour vocation de développer une zone maraîchère sur 3 des 12 hectares du domaine, afin de cultiver des fruits et légumes à destination des habitants. Lors des arrêts, Christian Ubl lit des extraits de L’Éloge de la marche, écrit par le philosophe David Le Breton, celui qui érige la marche comme acte de résistance et comme un retour à soi. Le temps de la balade, les visiteurs oublient presque qu’ils se trouvent en ville.

    Les femmes du centre social senior des Flamants découvrent le lieu pour la première fois : « En 50 ans, je n’étais jamais venue. C’est bien pour les échanges et pour sortir de chez soi, sentir la brise », partage l’une d’entre elles.

    La 6e édition de « Nature et biens communs », pilotée par la Zef, se déroule jusqu’au 7 juin.
    Détails sur le site lezef.org.