Tag: manifestations

  • Sébastien Lecornu consulte à défaut de pouvoir gouverner

    Sébastien Lecornu consulte à défaut de pouvoir gouverner

    Un premier ministre défait devant l’Assemblée nationale, François Bayrou, a donc passé les clés de Matignon à un de ses ministres démissionnaires, Sébastien Lecornu, mercredi. L’ex-ministre des Armées, macroniste de la première heure, avait été nommé la veille par Emmanuel Macron, retranché à l’Élysée.

    « L’instabilité politique commande à l’humilité et à la sobriété », a déclaré, faussement modeste, le nouveau Premier ministre, lors de la passation entre ces deux soutiens historiques du locataire de l’Élysée, au cours d’une prise de parole de trois minutes. Un signe de fébrilité ? Au même moment, des manifestations se déroulaient sur tout le territoire dans le cadre du mouvement « Bloquons-tout » contre la politique antisociale d’Emmanuel Macron.

    « On va y arriver, il n’y a pas de chemin impossible », a ajouté Sébastien Lecornu, conscient de ne pas disposer, comme son prédécesseur, de majorité à l’Assemblée nationale.

    « Des ruptures sur le fond »

    Sans développer sa pensée, il a annoncé « des ruptures sur le fond » et des changements « dans la manière de travailler avec nos oppositions ». Il a aussi dit vouloir s’attaquer « au décalage entre la vie politique du pays et la vie réelle » qui devient « préoccupant ». Mais il n’a pas eu un mot pour le mouvement social en cours ni évoqué le prochain budget, dont les grandes lignes ont été dévoilées le 15 juillet par François Bayrou, avec 44 milliards de coupes budgétaires. C’est sur la base de cette cure d’austérité que le président du Modem a chuté, le 8 septembre, en engageant sa responsabilité devant les députés.

    Le premier geste politique du 5e Premier ministre de ce second quinquennat a été de débuter par des tractations avec ses soutiens, issus d’un « socle commun » de plus en plus fragilisé. Il a ainsi reçu, mercredi après-midi, Gabriel Attal, secrétaire général du parti Renaissance et président du groupe des députés Ensemble pour la République. En dépit de ses rancœurs envers le chef de l’État, qui l’avait débarqué sans ménagement de Matignon en décidant de dissoudre l’Assemblée nationale, le 9 juin 2024, Attal a assuré le Premier ministre, dès sa nomination, de son entier soutien : « Il est essentiel que les forces politiques se mettent autour de la table pour donner un budget à la France, assurer une stabilité pour les 18 prochains mois et garantir le respect de l’ordre dans notre pays. »

    Ont suivi dans le bureau de Matignon, Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, ministre de l’Intérieur démissionnaire, et Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l’Assemblée nationale. Deux hommes qui représentent un parti dont la moitié des députés a refusé la confiance à Bayrou. Retailleau, qui tient à rester place Bauveau, sort affaibli de cette fronde des députés de droite.

    Dans la foulée, le nouveau Premier ministre a aussi déroulé le tapis rouge à un ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, Édouard Philippe, aujourd’hui président du parti Horizons et dont les ambitions présidentielles sont limpides. « Sébastien Lecornu me paraît avoir les qualités pour essayer d’amener autour de la table des gens qui ne feront pas exactement ce qu’ils souhaitent, mais qui pourront s’entendre pour éviter que la France aille plus mal. » a-t-il déclaré, le 9 septembre, sur TF1. Sur le fond, la politique pro-riches n’est remise en cause par aucune des formations du socle commun.

    Les gauches prêtes

    à censurer

    Pour ne pas immédiatement sauter, Sébastien Lecornu va devoir composer avec les gauches et notamment le PS. Il recevra les représentants des partis et des groupes de gauche (pour l’heure la FI ne serait pas invitée) dans les prochains jours. Si c’est pour nous dire que “tout change pour que rien ne change”, nous censurerons », prévient le premier secrétaire du PS, Olivier Faure. Pour arracher la passivité des socialistes, Lecornu fera-t-il des concessions ? Le choix d’Emmanuel Macron de le nommer à Matignon ne semble pas le suggérer. Quant à l’extrême droite, Jordan Bardella dit attendre « une rupture » et n’agite pas de censure a priori, mais avance l’obsession de son parti en demandant le durcissement de la politique migratoire.

    Les syndicats seront aussi reçus. Ils comptent s’appuyer sur le mouvement social, amorcé ce mercredi et qui se poursuivra le 18 septembre, pour exiger la justice sociale pour tous et la fin de l’austérité.

  • Bayrou-Lecornu : une passation en pleine tempête sociale

    Bayrou-Lecornu : une passation en pleine tempête sociale

    Renversé par l’Assemblée nationale lundi 8 septembre, François Bayrou a quitté Matignon ce mercredi 10 septembre en fin de matinée en laissant les clés au nouveau locataire, Sébastien Lecornu. L’ancien ministre des Armées, macroniste de la première heure, avait été nommé mardi par Emmanuel Macron. « L’instabilité politique commande à l’humilité, à la sobriété », a déclaré le nouveau premier ministre lors d’une allocution éclair alors que des manifestations se déroulent dans tout le territoire dans le cadre du mouvement « bloquons tout » contre la politique d’Emmanuel Macron.

    « On va y arriver, il n’y a pas de chemin impossible », a ajouté Sébastien Lecornu, conscient de ne pas disposer, comme son prédécesseur, de majorité à l’Assemblée nationale. Sans entrer dans les détails, Sébastien Lecornu a annoncé « des ruptures sur le fond » et des changements « dans la manière de travailler avec nos oppositions ».

    Sébastien Lecornu devait recevoir mercredi après-midi les responsables des partis du « socle commun » : à 14h30, Gabriel Attal, secrétaire général du parti Renaissance et président du groupe des députés Ensemble pour la République ; à 15h30, Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, ministre de l’Intérieur démissionnaire et Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l’Assemblée nationale. Dans la foulée, le premier ministre recevra également Edouard Philippe, président du parti Horizons. Les représentants des partis et des groupes de gauche au parlement devraient aussi être reçus dans les prochains jours ainsi que les représentants des syndicats et du patronat. C’est à l’issue de ces consultations que le locataire de Matignon, le 7e depuis 2017, le 5e depuis le second quinquennat, proposera son gouvernement à Emmanuel Macron.

  • « Le blocage, c’est notre seule arme »

    « Le blocage, c’est notre seule arme »

    Ils étaient une vingtaine début août, ils sont désormais plus de 300. Étudiants, chômeurs, salariés… Syndicalistes, gilets jaunes, apolitiques, ou rien de tout ça. Chaque mardi, ils sont de plus en plus nombreux à se regrouper sur les marches du Corum, à Montpellier, pour organiser la riposte contre la casse sociale et l’austérité programmée par le Premier ministre François Bayrou, et « tout bloquer ».

    « Il faut s’engager sur une action pour tracter et créer des affiches. Il faut communiquer, la masse montpelliéraine n’est pas encore au courant. Si on ne leur dit pas on va se retrouver tout seuls ! », prévient Daniel en début d’AG. Pour lui, hors de question de laisser « le carnaval de Bayrou » et son vote de confiance freiner l’expression de ce « ras le bol populaire ». Dans la foulée, un autre abonde : « Je suis content de voir que tout le monde est “déter”! Derrière Bayrou et le gouvernement, il y a le patronat qui s’enrichit sur notre dos. Il faut arriver à créer des collectifs de lutte dans un max d’entreprises », argue-t-il.

    Sur les marches du Corum le 26 août, un volontaire prend les tours de parole ; un autre s’occupe du compte rendu ; une autre encore organise le groupe Signal qui permettra de drainer toutes les infos du mouvement local. On évoque aussi l’éventualité de monter une caisse de participation pour l’impression des tracts, ainsi qu’un appel aux dons pour alimenter la cantine populaire qui devrait nourrir les manifestants et les préposés aux barrages filtrants, tels qu’ils et elles les imaginent déjà pour le jour J. Sur les marches également, un militant a mis en libre-service des manuels pour guider les manifestants en cas de garde à vue.

    « Je voulais évoquer deux idées, avance encore un militant au micro. Si on veut bloquer l’économie, il faut viser la production et les transports ! Deuxième chose : il faut qu’on arrive à se compter, pour se donner de la force et de la catharsis… Il va donc falloir prévoir une AG le 10, et organiser la suite  : le 11, le 12 etc. »

    Tout au long de ce début de soirée, la question de l’indépendance de ce mouvement social est revenue à plusieurs reprises, comme un leitmotiv. « Jusqu’à présent, si on a décidé de s’organiser sans chef, c’est pour ne pas ressembler aux partis ou aux syndicats  », lâche un ex-gilet jaune au micro. « Il faut sortir des manifestations à pancartes. Ce qui nous manque, c’est une petite étincelle, un brin de folie, un petit truc en plus qui fait que cette fois c’est différent. Un truc qui fait que ça va marcher », espère un étudiant.

    Depuis les prémices de l’appel à tout bloquer, qui remonte approximativement au printemps dernier, le mouvement a pris de l’ampleur. Horizontal, populaire, multiforme et libre de toute appartenance politique, il a clairement déplacé son curseur vers la gauche depuis les premiers appels issus des sphères conspirationnistes et souverainistes. Désormais, sur Telegram, les militants des groupes d’Occitanie y causent aussi écologie, antiracisme et féminisme… Rassurés par la vague populaire et les valeurs véhiculées lors des premières AG, au fil de l’été, de nombreux mouvements de gauche ont donc soutenu l’appel, comme LFI, le PCF, les socialistes, les écologistes, mais aussi les syndicats CGT, FSU, et Solidaires, seule organisation à appeler à la grève ce jour-là…

    « L’extrême droite n’a rien
    à faire
    dans nos mouvements »

    Présents dans l’AG, nombre de ses militants ont tenu à apporter leur soutien au groupe sans badge ni drapeaux, et à se mettre à disposition de la mobilisation. « Le syndicat n’est pas un métier, c’est un outil », a rappelé une militante de Sud Collectivités territoriales. « On ne pourra pas faire l’économie de se réunir tous ensemble à un moment donné. La manifestation est nécessaire, ne serait-ce que pour se compter », a ajouté un représentant de Sud éducation, avant d’appeler à la vigilance vis-à-vis de l’extrême droite. « Ils n’ont rien à faire dans nos mouvements. Eux, ils sont avec les bourgeois et les racistes ! »

    En marge de l’AG, Barnabé* soupire : « Ce qui nous réunit aujourd’hui, c’est le blocage. C’est la seule arme des travailleurs et des sans-emploi. » Membre actif des Gilets jaunes du rond-point de Prés d’Arène, Daniel abonde : « Il faut qu’on arrive à montrer au gouvernement notre colère et notre mal-être… » Pourtant, à la question de savoir s’il a espoir de voir le mouvement arriver à ses fins, il reste sceptique. « Je suis quelqu’un qui agit sans espoir, mais je n’ai pas d’autre solution. »

    * Prénom d’emprunt.

    À Montpellier, l’appel du 10 septembre prévoit des blocages autoroutiers, une manifestation à 11h place de la Comédie, et une AG qui devrait se dérouler dans le courant de l’après-midi pour organiser l’avenir du mouvement.

    À Nîmes, un rassemblement
    est prévu le 10
     septembre, à 7h au stade des Costières, pour organiser les différentes actions. La manifestation devrait ensuite démarrer à 14h devant le taureau de l’avenue Jean-Jaurès.

  • Enterrer le « musée des horreurs » de Bayrou

    Enterrer le « musée des horreurs » de Bayrou

    Suppression de deux jours fériés. Monétisation de la 5e semaine de congés payés. Déremboursements et franchises. Détricotage des droits à l’Assurance chômage. Restriction du champ de l’Aide médicale d’État (AME)… Balancée le 15 juillet sans aucune concertation, la grenade dégoupillée par François Bayrou semble sur le point de lui exploser en pleine figure.

    Depuis le dévoilement de son projet de budget d’austérité sous couvert de réduction d’une dette que les macronistes ont eux-mêmes contribué à creuser, la colère sociale n’a cessé de monter. À la journée d’initiative citoyenne « Bloquons tout » du mercredi 10 septembre s’est ajoutée une journée de grèves et de mobilisations intersyndicales jeudi 18 septembre. Pour couper l’herbe sous le pied des citoyens et des travailleurs, le Premier ministre tente un coup de poker désespéré. Le 8 septembre, son gouvernement demandera un vote de confiance de l’Assemblée nationale.

    Autant dire que les jours à Matignon du président du Modem sont comptés. À gauche, ni le PCF, ni Les Écologistes ni même le PS – qui avait pourtant refusé de voter la censure en laissant une chance au conclave d’aboutir sur la réforme des retraites (en vain) – n’accorderont pas davantage de crédit à François Bayrou (lire p.8). Il en va de même de La France Insoumise (LFI) qui, à la différence des autres formations de gauche, appelle Emmanuel Macron (qu’elle rêve de voir destitué) à dissoudre une seconde fois l’Assemblée nationale. Pas davantage de confiance à attendre du Rassemblement national. Loin de s’opposer à l’austérité ou de vouloir mener une politique sociale plus juste, l’extrême droite a fait ses petits calculs et espère sortir vainqueur du chaos démocratique.

    Un socialiste à Matignon ?

    Après avoir prétexté n’avoir pu recevoir les chefs de partis politiques cet été en raison des vacances, François Bayrou, en plus de sa tournée désespérée des plateaux TV, vient de lancer avec eux une série de rencontres de la dernière chance. Un probable chant du cygne. Car si les Républicains restent divisés sur le sujet, l’issue du vote du 8 septembre ne fait guère de doute. Le président de la République, qui pourrait être refroidi à l’idée d’une nouvelle dissolution, cherche déjà son prochain Premier ministre. Sera-t-il enfin issu de ce qu’il reste du Nouveau Front populaire (NFP), bloc de gauche qui, bien que sans majorité absolue, était arrivé en tête des élections législatives 2024 ? Le PS d’Olivier Faure croit son tour arrivé. Ces derniers jours, le « contre-budget » des socialistes a été mis en avant. Plutôt que 44 milliards d’euros d’économies sur le dos des seules classes populaires et moyennes, le PS vise 29,9 milliards de recettes en mettant à contribution les ultra-riches (taxe Zucman, Gafam…). Pour redonner de l’air et du pouvoir d’achat, le PS souhaite en injecter 19 dans les services publics à l’os. Une feuille de route budgétaire qu’il faudrait dans tous les cas négocier point par point à l’Assemblée…

    De toute évidence, le scénario reste incertain et la balle sera bientôt dans le camp d’Emmanuel Macron. Mais quoi qu’il advienne, le mouvement social a son mot à dire et tout intérêt à maintenir la pression pour n’encourager personne à conserver « le musée des horreurs » de François Bayrou, comme le qualifie l’intersyndicale. Avec l’espoir d’insuffler enfin un changement de ligne politique pour plus de justice sociale. Le mécontentement est perceptible. Il a pris une première forme en août avec l’initiative citoyenne d’une journée de blocage le 10 septembre. Parti des réseaux sociaux sous l’influence de réseaux souverainistes, l’appel semble avoir évolué pour mettre en avant des revendications progressistes. En témoignent les débats des assemblées générales qui se sont tenues à Montpellier notamment (p.6).

    La CGT prépare déjà le 18

    À l’instar de la CGT, plusieurs syndicats appellent eux aussi leurs salariés à mener des actions dans les entreprises mercredi 10 septembre. Deux rassemblements sont déjà prévus à Montpellier (11h, place de la Comédie) et Béziers (11h, Bourse du travail). Mais dans l’Hérault, Serge Ragazzacci reconnaît travailler davantage en intersyndicale à la grande journée de grèves et mobilisations du jeudi 18. « On a déjà beaucoup de préavis dans le public. On veut des appels dans le privé et gagner la grève. 100% de mécontents, ça ne fait pas 100% de grévistes. Il y a parfois de la résignation… », rappelle le secrétaire héraultais de la CGT. Pour lui, Bayrou ou un autre, c’est le moment de se faire entendre pour changer d’axe politique. « En 30 ans, la fortune des plus riches a été multipliée par trois, le PIB par deux. Pas le Smic. Ce n’est pas un problème de dette mais de répartition des richesses. Il est temps de redonner du pouvoir aux contre-pouvoirs. »