Tag: logement social

  • La tension sur le logement social au plus haut niveau

    La tension sur le logement social au plus haut niveau

    Jamais les demandes de logements sociaux n’auront été aussi élevées en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Selon le bilan des attributions publié le 12 mars dernier par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), quelque 256 893 familles y sont désormais en attente d’une attribution à la date du 31 décembre 2025, dont près des trois quarts qui résident encore dans le parc privé. Soit l’équivalant, au total, de près du double du nombre de ménages recensés dans la seule ville d’Aix-en-Provence.

    De quoi donner l’ampleur du phénomène. Leur nombre a explosé au fil de la décennie, avec aujourd’hui quelque 116 000 demandes de plus qu’en 2016 (+ 81%), seule l’année de la pandémie de Covid ayant enregistré une baisse au milieu de cette hausse continue. En première ligne, les Bouches-du-Rhône
    – et pour l’essentiel la métropole Aix-Marseille – représentent à elles seules près de la moitié de ces demandes, 117 000 au total, loin devant les Alpes-Maritimes (60 000), le Var (48 000) ou le Vaucluse (22 000). C’est que dans la région, environ 70% de la population est éligible au logement social, et même plus des trois quarts des habitants de Marseille. Pour la plupart, ils pointent comme premier motif pour accéder au parc social un logement inadapté (44%), des raisons familiales (17%) ou professionnelles (9%). Mais surtout, ils sont plus de 18 000 à faire leur demande parce qu’ils ont perdu leur logement, et plus de 13 000 qui pointent les mauvaises conditions de leur logis actuel.

    Deux ans d’attente

    À chaque fois, il y a l’attente. En moyenne dans la région, ceux qui ont signé le bail de leur logement social en 2025 patientaient déjà depuis plus de deux ans. Un délai qui en une seule année a augmenté d’un mois et deux semaines environ. Dans les Bouches-du-Rhône, cette attente dure presque trois mois de plus.

    L’objectif de production de logements sociaux a pourtant été atteint l’an passé dans la région, avec quelque 8 500 agréments accordés en 2025 dont près d’un tiers pour la seule métropole Aix-Marseille. En comptabilisant la reconstitution de l’offre, pour compenser les destructions des grandes opérations de renouvellement urbain, pour la première fois depuis 2019 la barre des 10 000 nouveaux logements sociaux sur une année est franchie.

    Mais cela ne suffit pas, et face à l’afflux des demandes dans un contexte de crise du logement qui continue de s’aggraver, le système est complètement embolisé. Les mutations, soit un quart de l’ensemble des demandes restent coincées dans les tuyaux, bloquant des familles dans des logements inadaptés, parfois trop grands – la moitié des demandes concernent des personnes seules – souvent trop petits aussi pour les familles. Il faut ainsi attendre plus de 28 mois avant d’obtenir un T5 ou un T6. Et sans cette mobilité interne, les attributions restent trop souvent bloquées : depuis 2021, le nombre de signatures de baux diminue.

    En attendant la carence

    La tension sur le parc social atteint ainsi des niveaux records : on compte désormais au 31 décembre 2025 quelque 11,67 demandes pour une seule attribution dans la région, soit une demande de plus qu’en 2024. Derrière les Alpes-Maritimes (16,45 demandes par attribution), ce sont les Bouches-du-Rhône qui sont les plus touchées (13,29), suivies du Var (9,88). Et derrière ces chiffres, la réalité de l’habitat indigne de toutes ces personnes qui, faute de solution, se tournent vers le logement social « de fait », alors que la production de logements sociaux se heurte aux réticences de maires.

    La prochaine réunion du comité régional de l’habitat et de l’hébergement (CRHH) est donc attendue par les acteurs du logement, avec en ligne de mire de nouveaux avis de carence pour les communes n’atteignant pas les 25% de logements sociaux imposés par la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain). Et de nouvelles amendes à la clé.

  • Chez 13 Habitat, de l’argent pour être enfin relogé

    Chez 13 Habitat, de l’argent pour être enfin relogé

    Alors qu’il est sous astreinte de 65 euros par jour de retard à se conformer à un arrêté préfectoral d’insalubrité de juin dernier, l’office public 13 Habitat n’a toujours pas relogé une mère dont l’appartement est couvert de moisissures et saturé d’humidité cité Louis-Loucheur, 17 bd Baudelaire (4e). 290 jours plus tard, le bailleur social dans la tourmente reste sourd aux injonctions du préfet étant souligné que l’arrêté pointait déjà son « absence de réponse ».

    Après qu’Assiata Abdou a « appelé au secours » La Marseillaise en novembre, le bailleur public du Département a fini par reconnaître que la situation « nécessite de gros travaux de remise en état, de plomberie et d’isolation qui ne peuvent pas être réalisés en milieu habité ». Côté face, il s’excuse par voie de presse. Côté pile, il lambine, pratique l’intimidation en envoyant par huissier un commandement de payer des loyers pourtant suspendus. Si un logement vacant a fini par être attribué à Mme Abdou le 26 février dans une cité à la Blancarde, 13 Habitat l’a encore invitée à patienter « quelques jours » le temps d’une « remise en état ». Le bailleur social qui a déjà explosé les 3 mois impartis par l’ARS, a ensuite inventé un « préavis d’un mois » avant qu’elle aménage.

    Sollicitation douteuse

    Dernier événement, Mme Abdou s’est vue subitement réclamer jeudi par téléphone 3 000 euros d’une agent de la direction du contentieux si elle voulait intégrer le nouveau logement. Aucun écrit. « On m’a appelée ce jeudi matin à 9h30 pour me dire que si je ne réglais pas les 3 000 euros d’impayés de loyer, je ne pourrais pas accéder au nouveau logement », raconte Assiata. « Mais il n’y a pas d’impayés. J’ai toujours réglé mon loyer depuis octobre 2022 jusqu’à l’arrêté d’insalubrité. Je ne comprends pas. J’ai reçu en juillet un courrier de la CAF et un autre du préfet me disant de ne plus verser de loyer. Pour m’en assurer, j’ai appelé l’ARS et la CAF qui me l’ont confirmé. » C’est l’application basique, stricte de l’article L521-2 (CCH) : en cas d’arrêté d’insalubrité ou de péril, « le loyer en principal ou toute autre somme versée en contrepartie de l’occupation cessent d’être dus ». Pour rappel, la perception de loyer sur un local en péril ou insalubre est un délit pénal puni de trois ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende. Le même article L521-4 (CCH) vise aussi le « refus de procéder à l’hébergement ou au relogement de l’occupant bien qu’étant en mesure de le faire ».

    Interrogé par La Marseillaise sur cette contrepartie demandée au parfum pénal, 13 Habitat répond par communiqué : « Notre service contentieux lui a proposé cette semaine un plan d’apurement de dette, sans avoir connaissance de cette suspension de loyer. » Comment un service contentieux qui gère un parc déjà frappé de dix arrêtés d’insalubrité depuis 2020 dans les Bouches-du-Rhône et de cinq arrêtés de péril à Marseille sur son patrimoine à l’abandon peut dire qu’il ignore non seulement la réglementation, sauf à être d’une incompétence abyssale ou bien à vouloir faire renoncer la victime à ses droits ? Reconnaissant une sollicitation douteuse, 13 Habitat prend la précaution d’indiquer : « L’attribution d’un logement social est gratuite et ne saurait en aucun cas être contrepartie d’un paiement. Si tel était le cas, il faut impérativement nous en informer pour engager des poursuites contre les auteurs. »

    Pour rappel, la seule créance dont est redevable 13 Habitat, c’est vis-à-vis du préfet et des locataires méprisés, pris au piège de la cité Louis-Loucheur. « Si vous saviez le nombre de personnes complètement démunies dans cette cité qui ont fini par partir car leurs enfants font de l’asthme, des allergies importantes au point d’avoir un protocole à l’école pour la cantine. D’autres personnes les remplacent sans travaux » rappelle Assiata, accompagnante d’élève en situation de handicap qui s’interroge sur la valeur d’un arrêté du préfet.

    Le bailleur social pointé de nouveau par Marsactu il y a dix jours pour « l’attribution turbo » d’un logement au fils de la secrétaire au CD13 du nouveau président de 13 Habitat, Jean-Marc Perrin, conclut : « Les travaux de remise en état de cet appartement se poursuivent : la locataire pourra s’y installer dans quelques jours. » Et on est prié d’y croire.

  • A Marseille, l’entretien laissé en plan à la cité Val Plan

    A Marseille, l’entretien laissé en plan à la cité Val Plan

    C’est le premier grand plan stratégique du patrimoine que je lance », s’était félicitée en mars 2025 Nora Preziosi, alors présidente de l’office HLM du département. 13 Habitat annonçait investir 52 millions d’euros dans une rénovation d’envergure de la cité de Val Plan et ses 745 logements construits en 1966 à la Rose dans le 13e arrondissement.

    La révision énergétique, les balcons suspendus et les espaces arborés, ici, « on n’y croit plus », assurent les locataires. Réunis par l’association CLCV au pied des deux tours, ils déplorent « une dégradation générale qui s’accélère » de leurs logements. Mais depuis trois semaines, la colère est montée, suite à l’abandon de l’entretien dans les communs comme sur les espaces extérieurs. « C’est devenu un vrai dépotoir », décrit Christelle, présidente de l’association.

    Les déchets débordent des conteneurs poubelles où les rats et les gabians se régalent et sont balayés par le vent dans toute la cité. « Ils jonchent les trottoirs et les allées jusqu’aux portes du centre social », confirme une travailleuse sociale. « On nous répond que le contrat est arrivé à terme avec la régie, mais nous, on vit avec ça sous nos fenêtres. Et rien n’a été fait pour améliorer la situation avant ce matin », explique Christelle qui a annoncé la veille le rendez-vous pris avec notre journal ce vendredi 13 mars sur des affichettes placardées dans les halls. À 8h, des agents sont venus déblayer le gros des déchets, ont pu constater les locataires. Mais il est difficile de redresser l’ensemble des dysfonctionnements en une matinée.

    La crainte du squat

    Dans les halls, les poubelles n’arrivent plus à contenir les déchets qui jonchent le sol, les traces d’urine et de vomi parsèment les escaliers. Sur les boîtes aux lettres de logements inoccupés, des indications « libre, vide » ont été gravées, qui font craindre aux locataires « un risque de squat ». Les habitants énumèrent leurs difficultés à vivre dans des « murs couverts de champignons », « des infections par les nuisibles, rats et cafards », photos édifiantes sur leurs portables à l’appui, ils évoquent également « l’eau qui coule des toits », ou encore « des morceaux de béton qui tombent de la façade ». Une locataire de la tour 12 a fait venir un expert de son assurance habitation : « Il a constaté 50% d’humidité avec son appareil dans les chambres des enfants. » Un autre au 14e étage de la tour 12, sans chauffage depuis plus d’un an, s’est équipé de convecteurs électriques « qui consomment une fortune, alors qu’on paye déjà plus de 200 euros de charges ».

    Autant de dysfonctionnements signalés depuis des mois au bailleur social et restés « sans réponse » qui ont conduit l’association à se rendre au siège du bailleur avec une pétition il y a plusieurs semaines… « sans plus d’effets », regrette la présidente associative. Que le plan de rénovation soit toujours engagé ou stoppé, les locataires ont droit à un habitat digne. Contactée, la nouvelle direction de 13 Habitat n’a pas donné suite.

  • Des propositions pour faire face au manque de logement social en Occitanie

    Des propositions pour faire face au manque de logement social en Occitanie

    À l’aune des élections municipales, rares sont les candidats faisant du logement social une priorité de leurs programmes. Pourtant, force est de constater que la crise perdure. C’est en tout cas le constat posé par la Fondation pour le logement d’Occitanie, qui vient de publier son éclairage annuel. Réalisé avec le master Urbanisme et aménagement de l’Université Paul-Valéry, celui-ci dresse un sombre tableau. « La situation du logement social est dramatique. En Occitanie, 217 915 demandes ont été enregistrées en 2025, un chiffre en hausse de 6% », soupire Sylvie Chamvoux, directrice de la Fondation pour le logement d’Occitanie. Le Gard et l’Hérault ne sont pas épargnés. Alors que 65 469 Héraultais en ont fait la demande en 2025, seuls 6 212 logements ont été attribués. Côté gardois, on dénombre 25 282 demandes pour 3 769 attributions.

    Pire, il semblerait que ces attributions soient déconnectées des réels besoins des demandeurs. « Sur les 6 212 attributions héraultaises, plus de 4 000 personnes vivent avec des ressources sous le plafond du PLAI [logement très social, Ndlr]. Or, le nombre de logements PLAI attribués est de 550. Ces ménages sont donc relogés dans des logements plus chers, moins accessibles, ce qui les met en difficulté », poursuit Sylvie Chamvoux. Une situation due en grande partie au non-respect de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain) par les édiles qui imposent un quota de logements sociaux. « Nous avons essayé de comprendre pourquoi ces élus ne respectaient pas la loi. Certains ne veulent pas, d’autres mettent en avant le respect de la loi ZAN [Zéro artificialisation nette, Ndlr]. Mais cet argument n’est pas entendable », observe la directrice régionale.

    Des mécanismes existent

    La Fondation -épaulée par les étudiants- a donc engagé une réflexion avec trois communes héraultaises (Saint-André-de-Sangonis, Poussan et Castries) afin de montrer qu’il est possible de produire du logement social tout en restant sobre foncièrement. « Dans l’Hérault, il y a beaucoup de patrimoine à l’abandon, comme les caves coopératives. Leur réhabilitation permettrait de produire du logement social, tout comme celle des centres anciens. On pourrait également réquisitionner les logements vacants ou encore construire dans les dents creuses », énumère Sylvie Chamvoux. Des mécanismes possibles, donc, mais qui nécessitent une forte volonté politique de la part d’édiles.

    Sauf que le gouvernement ne semble pas l’entendre de cette oreille. En effet, un décret publié fin janvier revoit à la baisse le taux obligatoire de logements sociaux dans la loi SRU pour la période 2026-2028. Ainsi, pour 87 agglomérations et 144 intercommunalités, le quota de logements sociaux sera de 20%. Un détricotage qui offre la possibilité à nombre de communes de rentrer dans les clous de la loi SRU, tout en produisant moins de logements sociaux, à l’instar de Toulouse (22,59% du parc social).

    Pourtant, les bénéfices sont réels. Au-delà de faire preuve de solidarité avec les plus démunis -mais ce qui n’est pas porteur électoralement parlant pour une majorité de maires- la Fondation met en avant une « relation gagnant-gagnant ». « En réhabilitant avec du logement social et libre, on réinstalle des gens qui vivent bien, on remet de la mixité sociale. »

    L’Hérault, mauvais élève de la loi SRU

    Si le nombre de communes respectant la loi SRU pour la période 2023-2025 ne sera connu qu’à la fin de l’année, l’Hérault faisait office de mauvais élève parmi les premiers chiffres récupérés par la Fondation. Ainsi, sur les 47 communes concernées par la loi SRU dans l’Hérault, seule Montpellier arrivait à 25% en janvier 2024. Pire, d’autres régressent comme Saint-Georges-d’Orques, qui passe de 12,5% en 2023 à 10,7% en 2024.

  • Laurence Jouanaud veut rendre Châteauneuf à la gauche

    Laurence Jouanaud veut rendre Châteauneuf à la gauche

    Si elle est élue, la liste d’union de la gauche de Châteauneuf-les-Martigues aura un principe : « Faire des budgets de besoins et pas de moyens. » C’est ce qu’a assuré Jacques Messeguer (PCF), colistier de Laurence Jouanaud (PCF) et adjoint à l’éducation sous Vincent Burroni (PS), lors du meeting de premier tour.

    Et des besoins, dans cette commune de l’étang de Berre, il y en a. D’abord en termes de pouvoir d’achat. La liste Un élan pour l’avenir veut instaurer le repas de cantine à un euro, diminuer au maximum le reste à charge des familles pour permettre aux enfants de participer aux classes de découverte ou aux colonies de vacances ou encore proposer une aide financière aux jeunes pour l’obtention du permis de conduire et du Bafa.

    Laurence Jouanaud et son équipe veulent aussi pallier les problématiques de logement. « Lors de nos rencontres, les habitants nous ont remonté le mal-logement dans le parc privé, l’impossibilité d’accéder au logement social, les loyers qui augmentent plus vite que les revenus, les charges qui explosent, les bailleurs qui laissent se dégrader le bâti… », développe la tête de liste, qui promet qu’elle fera tout son possible pour faire appliquer la loi et assurer le droit pour tous à un habitat digne.

    Pour les autres projets structurants qu’elle imagine, comme la réunification des écoles maternelle et primaire à La Mède, la liste certifie qu’« aucune dépense ne sera engagée sans concertation ». « Nous avons l’espoir de rendre notre commune à la gauche, après cette trop longue parenthèse d’immobilisme engluée dans la droite », affirme avec émotion Laurence Jouanaud.

  • Géographie de la crise des périls, contrastes et contrariétés à Marseille

    Géographie de la crise des périls, contrastes et contrariétés à Marseille

    L’universitaire émérite Élisabeth Dorier, géographe au laboratoire Population Environnement Développement (LPED) d’Aix-Marseille Université, investigue depuis le drame de la rue d’Aubagne l’ingénierie complexe de la mise en sécurité des immeubles marseillais qui, depuis 2020, s’est considérablement renforcée et structurée.

    1 638 adresses en péril

    Selon les bilans de la Ville dont « plus de transparence est souhaitée » selon la géographe, 2 343 arrêtés de péril ont été pris entre novembre 2018 et septembre 2025. Le rythme annuel reste soutenu avec 250 nouvelles adresses depuis 2021 et 287 sur l’année 2025. La cartographie des 1 638 adresses en péril retenues (hors explosion de Tivoli, incendies, murs de soutènement, etc.) met en exergue les zones avoisinant le drame de la rue d’Aubagne, mais aussi l’héritage de périls anciens depuis 2014, traités alors par le mépris. Mais aussi ceux issus du regain d’attention et de l’action volontariste portés sur les 4 îlots prioritaires de la SPLA-IN (Société publique locale d’aménagement d’intérêt national) et les opérations en Orcod-IN (Opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national) sur déjà 4 des 17 copropriétés privées dégradées qui vont d’ailleurs générer de « nouveaux chassé-croisé de délogés ».

    « La municipalité n’a pas toutes les clés en main, analyse Élisabeth Dorier. Benoît Payan reste tributaire de politiques partenariales largement pilotées et financées par l’État et la Métropole. On l’a mesuré avec l’hostilité de Martine Vassal à l’encadrement des loyers, les freins mis à l’extension du permis de louer qui se réduit, sur la carte, à de petites tâches à la Belle de Mai et Hoche-Versailles. » La cartographie des arrêtés de mise en sécurité en procédure urgente correspond aussi « aux périmètres d’actions planifiés et notamment d’Euromed et à ses marges », observe la chercheuse, critique pour affirmer que « l’urgence est souvent mise au service de grands projets et là, je considère qu’il y a un dévoiement de l’urgence car beaucoup de ces immeubles dégradés étaient identifiés de longue date ».

    Évacuations en baisse

    Globalement, le nombre d’arrêtés de mise en sécurité pris en procédure urgente baisse et parmi eux, seuls les cas graves (70%) entraînent des évacuations. « D’un côté, il y a la volonté d’éviter la violence sociale d’évacuations traumatisantes en un quart d’heure en oubliant les lunettes et le chat. De l’autre, il y a l’argument du coût des évacuations car 80% des ménages sont relogés par la Ville. Les propriétaires privés collaborent peu au relogement de leurs locataires », observe-t-elle. Ce qui oblige ensuite la Ville à se lancer dans le recouvrement des frais d’hébergement avancés.

    Les mainlevées

    Les arrêtés de mainlevée progressent, ce qui est la traduction d’un traitement pérenne des situations. Les sorties de péril ont concerné 251 immeubles en 2025 et 220 en 2024, contre seulement 79 en 2021. Mais le stock d’adresses à suivre a augmenté avec plus de nouvelles procédures lancées que de procédures clôturées. La purge de l’immobilier indigne se poursuit.

    Relogements définitifs

    C’est un point de tension certain. Entre 2018 et 2025, 3 498 ménages, soit 7 776 personnes, ont été évacués. On estime à 25% le nombre de personnes ayant échappé à ce décompte officiel lors de la période folle 2018-2019. En tout, 454 ménages ont bénéficié d’un relogement définitif ailleurs qu’à l’adresse évacuée, à 92% en logement social, soit environ 12% des évacués. Dans cette part déjà congrue de relogés définitifs sont intégrés les 75 ménages du périmètre du haut de la rue d’Aubagne, relogés sous l’ancienne municipalité dans du social diffus et ceux dès 2019 des immeubles neutralisés par déclarations d’utilité publique.

    « Ce faible taux interroge la production de logements sociaux et exige un changement de braquet de la Métropole », alerte Élisabeth Dorier, qui est aussi membre du Comité de suivi de la Charte du Relogement. « Les relogements définitifs concernent surtout des évacués d’immeubles tellement délabrés ou de propriétaires tellement peu coopérants (travaux pas démarrés ou qui s’éternisent) qu’ils ont été placés sous maîtrise publique pour être rénovés », observe l’universitaire.

    « Les relogements définitifs butent sur les carences en logements sociaux dans les arrondissements centraux – où il y a pourtant de nombreux logements vacants ou utilisés en location saisonnière – et sur le fait que la quasi-totalité des logements sociaux marseillais sont concentrés dans les mêmes quartiers. » Autre frein, « le manque de solidarité métropolitaine et interarrondissements. Les pires carences en logements sociaux ne concernent pas la Ville de Marseille qui n’a pas la main. La Ville s’est engagée à fond dans le suivi des signalements, les missions de diagnostic et de placement sous arrêté de péril et elle se retrouve à devoir gérer l’hébergement provisoire de ménages que les propriétaires n’assurent pas, alors qu’ils ont été à la hauteur pour percevoir les loyers. La marge de manœuvre de la Ville en relogement est très faible car la Métropole n’est pas à la hauteur de ses prétentions. L’insuffisance de la production métropolitaine en logement social et les très forts déséquilibres sur son territoire sont criants », démontre Élisabeth Dorier.

    De guerre lasse, des évacués sortent d’eux-mêmes du dispositif pour se reloger par leurs propres moyens. En 2025, on compte une vingtaine de départs volontaires, mais aussi, selon la Ville, 61 ménages qui refuse de réintégrer le logement d’origine après mainlevée du péril. « Ce qu’on voit aussi tendanciellement, c’est l’éloignement au fil du temps du lieu de relogement. »

    Travaux d’office

    La municipalité a ouvert une autorisation de programme de 48 millions d’euros de travaux d’office, en novembre 2020. Sous Gaudin, le budget s’était perdu en études et conseils avec seulement 168 000 euros consacrés en 2018… En 2024, 40 chantiers ont été achevés, qui avaient mobilisé 3,9 millions d’euros aux frais avancés des propriétaires défaillants, contre 4,2 millions en 2023. Huit chantiers ont été achevés en 2025, cinq nouveaux ouverts au dernier trimestre dernier. 23 immeubles sont encore pris en charge.

  • [Entretien] Frédéric Dutoit : « Il faut rompre avec cette politique néfaste pour les habitants d’Allauch »

    [Entretien] Frédéric Dutoit : « Il faut rompre avec cette politique néfaste pour les habitants d’Allauch »

    La Marseillaise : Quels sont la position et le regard de la liste « Allauch à Gauche » sur la question du logement social ?

    Frédéric Dutoit : Sans surprise nous sommes opposés à la politique du maire actuel qui refuse tout nouveau logement social et a même arrêté les projets qui étaient déjà en cours. Cette situation nous fait payer, nous Allaudiens, des indemnités à l’État de 1,3 million d’impôts supplémentaires. Et au-delà, ça sclérose l’offre de logements pour la population puisque par ses propres dires à lui, il reçoit tous les jours des demandes de logement social d’Allaudiens. Ça concerne particulièrement les plus jeunes qui ont besoin de commencer leur parcours résidentiel dans leur ville et n’ont pas les capacités financières d’acheter, et ça réduit farouchement les possibilités pour les familles les plus en difficulté bien sûr.

    Que proposez-vous ?

    F. D. : On exigera de la Métropole, une redéfinition du Plan local d’urbanisme intercommunal qui nous permettra d’avoir des terrains accessibles à la construction et de développer l’offre. C’est fondamentalement différent de ce qu’il propose, lui et les autres listes de droite d’ailleurs. D’autant que sur Allauch même, on pourrait, non pas en développant des barres et des tours dans la ville et encore bien moins sur les collines, en produire dans le mitage de l’urbain actuel avec un travail sur les logements vacants, en mixant avec de l’accès à la propriété, comme ça se fait partout.

    D’autant que 70% des Français sont éligibles au logement social…

    F.D. : On n’est pas dans une ville particulière. Lionel de Cala veut faire d’Allauch un village gaulois mais ce village accentue les difficultés des Allaudiens eux-mêmes. C’est simplement une mauvaise politique qui est mise en œuvre et nous voulons rompre complètement avec. Et, je l’ai dit, les trois autres listes qui sont contre nous sont sur la même position de refus du logement social. Il faut rompre avec cette politique néfaste pour les habitants d’Allauch.

    Vous dites vouloir revoir le PLUi, vous pouvez aussi agir sur le taux de logements sociaux dans les programmes ? Quel est l’objectif ?

    F.D. : On est aujourd’hui à 7% de logements sociaux sur la ville d’Allauch… La loi Gayssot exige des communes qu’elles s’orientent vers 25% de logements sociaux pour répondre aux besoins de la population. La particularité d’Allauch, c’est que le maire se refuse farouchement à faire même des petits pas. C’est la raison pour laquelle nous payons, 1,3 million d’indemnités pour ne pas respecter la loi. C’est inacceptable. D’autant que même sans être des fanatiques, on ne veut pas de tours et barres et on ne vise pas d’un coup les 1 800 logements sociaux qu’il faudrait pour atteindre les 25% sur la ville, en le faisant progressivement dans le mitage urbain, etc… l’État arrêterait de nous faire payer cette amende.

    Toutes les communes du département et ailleurs, qui étaient comme nous à 7% ne payent pas cette indemnité parce qu’elles progressent tous les ans. Elles passent de 7% à 8%, à 9%, à 10%… Il y a une volonté politique de toutes les communes d’aller vers plus de logements sociaux, ce que ne veut pas le maire Lionel de Cala et donc c’est encore plus inacceptable, pour cette deuxième raison. Non seulement on ne respecte pas la loi et on paie des impôts que l’on pourrait éviter de payer mais en plus on ne répond pas non plus aux besoins et aux aspirations de la population d’Allauch et notamment des jeunes.

  • L’insalubrité du parc social dans le débat à Marseille

    L’insalubrité du parc social dans le débat à Marseille

    Ce vendredi, dans le local de campagne du Printemps marseillais dans les 13e et 14e arrondissements, les langues se délient rapidement. « J’ai préféré quitter mon logement, il y avait des moisissures, des cafards », souffle une mère du Clos la Rose (13e), sous gestion de 13 Habitat. Alors que de premières victoires commencent à être remportées face à la lutte contre l’habitat indigne du parc privé, c’est l’état des logements sociaux qui focalise les critiques dans cette campagne.

    Dès le mois de novembre, le maire (DVG) pas encore candidat Benoît Payan avait haussé le ton contre le bailleur social du conseil départemental. C’est qu’à sa gauche, les Insoumis jouent de la confusion en mettant au même niveau les offices gérés par la droite, 13 Habitat et Provence Métropole Logement (ex-HMP) et celui de la gauche, Marseille Habitat. « Le problème est systémique chez les bailleurs, le propre d’une politique de rupture c’est de considérer qu’il y a une logique globale qui n’est pas respectée », répondait le directeur de campagne de LFI Hedi Bounouar. Le Printemps marseillais à l’inverse, qui a achevé le mandat en recapitalisant largement son bailleur social, veut démontrer la différence de gestion. « Marseille Habitat a enclenché une rénovation de 15 millions d’euros à la Paternelle, d’autres majorités ont fait le choix de mettre leur argent ailleurs », illustre Tina Biard-Sansonetti, candidate dans les 13-14, rappelant la volonté de créer un gendarme municipal du logement et d’une phase 3 de la rénovation urbaine, là où LFI s’oppose aux démolitions aujourd’hui lancées. Au risque de perdre des crédits de l’Agence nationale pour le renouvellement urbain parmi les 650 millions d’euros fléchés vers Marseille.

  • Construire l’avenir

    Construire l’avenir

    Quel que soit le territoire, la crise du logement se fait sentir durement. A fortiori dans une région comme la nôtre, où 174 communes sont déficitaires en logements sociaux par rapport au seuil fixé par la loi, dont 95 ont été déclarées carencées, c’est-à-dire qu’en plus d’être en dessous de ce seuil, elles n’ont manifestement rempli aucun des objectifs triennaux qui leur étaient fixés.

    C’est un sujet de préoccupation majeure pour des habitants qui peinent à se loger dans des conditions décentes et avec un loyer abordable.

    Pour résorber cette crise du logement et casser les logiques de marché, il faut construire. Et notamment du logement social. Loin des clichés véhiculés par la droite et l’extrême droite, le logement social d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui des années 1970.

    70% des Français éligibles au logement social

    Il n’est pas question de grands ensembles, pas plus qu’il n’est prévu de transfigurer des communes. Il s’agit simplement de faire prévaloir l’intérêt général en partant d’un constat éloquent : 70% des Français sont éligibles au logement social. Et aujourd’hui, un grand nombre d’entre eux, se retrouvent entre les mains de propriétaires privés, certains pouvant être qualifiés de marchands de sommeil, alors que l’accès au logement est un droit fondamental.

    Les municipalités ne peuvent pas tout mais elles doivent agir avec les bailleurs sociaux pour rénover le parc existant, construire de nouveaux logements, notamment en contraignant les promoteurs à inclure dans leurs constructions une dose de logements sociaux.

    Pour cela, il faut de la volonté politique et des maires qui ne font pas campagne en expliquant qu’ils violeront la loi et paieront les amendes avec l’argent du contribuable.

    C’est un des grands enjeux de ces élections pour… construire l’avenir.

  • Logement social, bataille oubliée du scrutin

    Logement social, bataille oubliée du scrutin

    Après la déflagration des effondrements de la rue d’Aubagne, la bataille pour un logement digne avait été au cœur de la bataille des municipales en 2020 à Marseille, jusqu’à la défaite inattendue de la droite en gestion. Six ans plus tard, la thématique peine à s’imposer dans le débat.

    « Le sujet a plus ou moins disparu des discussions », s’alarme ainsi le directeur régional de la Fondation pour le logement des défavorisés, Francis Vernede. La crise pourtant n’a jamais été aussi aiguë. « On parle d’une année noire sur le logement, pointe-t-il. On n’a jamais eu autant d’expulsions locatives : à l’échelle des Bouches-du-Rhône, ce sont plus de 1 000 ménages ! » Dans le même temps, l’attribution de logements sociaux a atteint son plus bas niveau, avec seulement 21 100 demandes satisfaites en région Provence-Alpes-Côte d’Azur pour 2024 sur 337 800 demandes (notre édition du 12/05/2025). De quoi nourrir l’envolée des prix et la prédation des marchands de sommeil, alors même que les besoins vont s’envoler entre l’attractivité de la région et la réindustrialisation annoncée.

    « Les candidats n’ont pas souhaité aller sur ce sujet parce que ce n’est pas ce qui sera payant », déplore Francis Vernede. Quand ils ne font tout simplement pas campagne contre la construction de logements, en particulier social. « Pour préserver le cadre de vie des Allaudiens, il faut résister à la pression foncière des promoteurs et de l’État qui nous impose 25% de logements sociaux », défendait auprès de La Provence le maire sortant (LR) d’Allauch Lionel de Cala, se vantant même qu’« aucune construction n’est sortie ». Et pourtant plus de 1 100 familles étaient en attente d’un logement social dans sa commune. À Marseille, ce sont les trois quarts des habitants qui sont éligibles pour en obtenir. « Le premier poste de dépense des ménages, c’est le logement, on ne peut pas l’oublier », insiste Francis Vernede. Et la publication en tout début de mandat d’arrêtés préfectoraux de carences en logement sociaux, pour les communes qui n’atteignent pas l’objectif de 25%, devrait le rappeler aux maires qui, dans les Bouches-du-Rhône, ont déjà dû payer 15,8 millions d’euros de pénalités en 2025.

    À Marseille, seuls les Insoumis y ont consacré une séquence de campagne, promettant de produire au moins 30 000 logements sur le mandat (notre édition du 06/03). « On sort des gros chiffres à la sulfateuse sans parler de l’assise financière nécessaire », déplore le directeur régional de la Fondation pour le logement des défavorisés. Au moment de présenter son programme le 17 février, le maire (DVG) sortant était de son côté revenu sur le travail réalisé au fil du mandat. « C’est extrêmement important de travailler encore et encore sur cette question », assurait Benoît Payan. Six pages de son programme y sont consacrées, promettant d’atteindre 25% de logements sociaux à Marseille et de mener une action foncière d’envergure. S’ajoutent l’augmentation des aides à la production de logements sociaux, des baux réels solidaires pour faciliter l’accès à la propriété et l’encadrement des loyers.

    « Vide sidéral » à droite

    Quant à la droite, le programme publié ce lundi n’a même pas de séquence dédiée. Si elle promet de « réhabiliter massivement le logement dégradé en reconstruisant la ville sur la ville » dans la continuité du travail conjoint entre la Ville et la Métropole, la candidate Martine Vassal mettait bien plus l’accent sur l’accès à la propriété, par un bail réel solidaire ou un prêt à taux zéro. « C’est le vide sidéral », souffle Francis Vernede, alors que l’accession à la propriété « concerne une part infime de la population ». Reste l’extrême droite, qui n’en dit pas un mot dans ses discours mais annonce dans son programme économique « pro-business » qu’il veut déréguler davantage le secteur. « Nous assouplirons la délivrance de permis de construire », s’engage le RN, en promettant de défendre les investisseurs et les propriétaires. Loin de l’urgence sociale.

    Et aussi

    16 communes carencées dans le Vaucluse

    Seize des 151 communes du Vaucluse restaient carencées au titre de la loi SRU en 2025. Pertuis arrive en tête des villes les plus sanctionnées, avec une amende qui dépasse les 660 000 euros, la plus élevée du département. C’est à Pernes-les-Fontaines que la pénalité a le plus progressé : la commune enregistre une hausse de +375%, passant de 95 000 à 454 000 euros. Une envolée qui illustre le retard important de la ville, qui n’a réalisé que 60 logements sur les 455 attendus sur la période précédente. Malgré l’inauguration de 27 villas sociales et plusieurs opérations engagées avec le bailleur Grand Delta Habitat, Pernes reste loin des objectifs de la loi SRU. Les deux communes incarnent les difficultés persistantes du département à rattraper la production de logements sociaux exigée par l’État.

    Dans le Var, le rythme reste insuffisant

    Le Var reste confronté à un déficit massif de logements sociaux. Le département compte 55 504 logements sociaux, alors qu’il en faudrait près de 47 000 de plus pour que toutes les communes respectent la loi SRU. Toulon, Roquebrune-sur-Argens, Six-Fours-les-Plages ou Saint-Cyr-sur-Mer, cumulent les pénalités les plus importantes au titre de la loi SRU.

    Sans surprise, la demande explose, avec 48 132 dossiers en attente. Face à cette pression, la préfecture tente d’accélérer la cadence : 1 261 logements ont été livrés en 2023, 1 458 en 2024 et 1 433 entre janvier et octobre 2025. Surtout, l’État a relevé les financements : 1 672 logements sociaux agréés en 2024, contre 2 500 prévus en 2025, portés par des bonus de subvention pour les opérations d’amélioration ou de reconstruction. Malgré cette dynamique, le rythme demeure insuffisant pour combler le retard, dans un département où la population continue de croître…

    Les efforts de Rosans dans les Hautes-Alpes

    Rosans, petit village de 500 âmes dans les Hautes-Alpes, compte 389 logements, dont 214 résidences principales. La commune se caractérise par un habitat majoritairement individuel (81,5% de maisons) et un petit parc social : 21 logements HLM (9,8% des résidences) initié par la commune. « On est les premiers à faire du logement locatif. Il y a un volet social important », indiquait dans nos colonnes le maire, Lionel Tardy.