Tag: Justice

  • Crash aérien de Barcelonnette : le pilote condamné à de la prison

    Crash aérien de Barcelonnette : le pilote condamné à de la prison

    Les réquisitions du procureur ont été suivies : le pilote de l’avion qui s’était écrasé et embrasé à son atterrissage à Barcelonnette en décembre 2022 a été condamné à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, jeudi matin, pour homicide involontaire et blessures involontaires ayant entraîné une incapacité permanente. Il a été déclaré « entièrement responsable » du préjudice subi par les parties civiles, un couple grièvement blessé et brûlé et sa compagne, décédée. L’homme a ainsi également été condamné à régler 4 900 euros à chacun des survivants, Xavier et Barbara, et 4 000 euros à la famille de la femme décédée. Une audience sur les intérêts civils aura lieu en juin.

    Le couple « très soulagé

    de cette condamnation »

    « Justice a été faite, ce monsieur était coupable à 100% », a réagi par téléphone Me Mérouane Brahimi, qui représentait sa sœur décédée dans l’accident. Ni le prévenu, ni les parties civiles, ni leurs avocats, niçois, n’étaient présents pour le délibéré. « Il est probable que le pilote fasse appel, c’est ce qu’il avait annoncé s’il était condamné, il a dix jours pour le faire », a de son côté avancé Me Nicolas Gemsa, l’avocat du couple, qui subit encore aujourd’hui les conséquences « désastreuses » et « catastrophiques » de l’accident. En arrêt de travail depuis le crash aérien il y a quatre ans, « ils ont encore toute la rééducation à finir », a indiqué leur avocat. Xavier et Barbara sont « très soulagés de cette condamnation », a-t-il rapporté.

    Pendant le procès, fin septembre, le couple avait accusé le pilote de les avoir abandonnés dans l’avion en feu. Après l’accident, ils avaient passé plus d’un mois dans le coma et cinq mois en réanimation. Contacté, l’avocat du prévenu n’a pu être joint.

  • Triple narchomicide : l’enquête passée au crible

    Triple narchomicide : l’enquête passée au crible

    « C’est d’une précision chirurgicale », souffle l’une des avocates de la partie civile. Depuis mercredi, la directrice de l’enquête dans le dossier du triple narchomicide fait face à la cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône, qui examine les circonstances de l’assassinat de trois jeunes hommes dont les corps ont été retrouvés en deux temps, fin 2020 et début 2021. Les dépouilles avaient été découvertes dans des véhicules incendiés. Parmi les victimes figure le demi-frère d’Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic et adjoint au maire de Marseille.

    Des heures durant, cet officier de police judiciaire, en tailleur noir impeccable et aux cheveux tirés, détaille les mois d’enquête qui ont permis d’identifier cinq accusés dans cette affaire d’assassinats brutaux sur fond de règlement de comptes. Tous nient les faits depuis leur box ultra-sécurisé.

    Témoignages, analyses téléphoniques, parcours détaillé de l’Audi des victimes ayant circulé en convoi avec une Mercedes affiliée aux auteurs présumés, permettant d’établir un lien entre les deux parties et identifiée sur les lieux d’un guet-apens à Châteauneuf-les-Martigues… Les éléments sont passés au crible. Racontée par l’enquêtrice à la barre, l’enquête retrace heure par heure les mouvements présumés des véhicules, des accusés et des victimes la veille et le jour des faits. Elle revient également sur les éléments retrouvés sur différents lieux liés au crime et sur les rôles supposés de chacun.

    Est notamment soulignée une « riposte armée des victimes », qui auraient tenté de se défendre lors du guet-apens de Châteauneuf-les-Martigues. « La situation a dégénéré » estime la directrice d’enquête. Si autant d’éléments viennent renforcer son exposé, c’est parce que les auteurs présumés « ne savaient pas » que les victimes étaient toutes trois dans le viseur des enquêteurs en raison de leurs liens avec le trafic de stupéfiants, explique-t-elle. La directrice d’enquête souligne également une rare « coopération qui s’est faite avec la police et les familles de victimes ».

    « Notre maximum »

    Dès mercredi soir, l’enquêtrice a fait face aux questions de la défense. Pas moins de sept avocats se sont succédé pour l’interroger. Le ton était monté lorsque ce même jour, Me Inès Medioune, l’un des conseils d’Amine Oualane, ironisait sur les risques « inconsidérés » qu’aurait pris son client, qui aurait loué la Mercedes sous un faux nom alors que nombre d’éléments permettraient de l’identifier. Le président avait alors annoncé une suspension d’audience. Au lendemain de cet échange tendu, ce jeudi, il a appelé, dès l’ouverture des débats, à « faire en sorte que les témoignages se passent dans de bonnes conditions ».

    À chaque question, interrogation ou contradiction soulevée par la défense, l’enquêtrice répond, quitte à se répéter. « Nous avons fait notre maximum en tant qu’enquêteurs », assure l’officier à la barre. Intervenant pour l’un des accusés, Me Chehid Selmi s’agace toutefois : « Vous avez des éléments et des additions d’éléments ne sont pas des preuves. Nos clients encourent la perpétuité ! » L’enquêtrice a poursuivi son audition jusque tard dans la soirée.

  • Aveu de faiblesse

    Aveu de faiblesse

    Interdiction de manifester dans les Bouches-du-Rhône, à Toulon et Avignon, couvre-feux étendus aux majeurs ce week-end, interruption des transports en commun… Dans quelle société vit-on ? La question mérite d’être posée tant le glissement en cours est grave depuis le 17 octobre.

    Le procureur Nicolas Bessone estimait, hier, qu’entre « 1 800 et 3 000 personnes » ont saccagé Marseille ce jour-là. La République est-elle prête à capituler devant cela ? Il serait donc impossible de garantir la sécurité et la sérénité des cortèges de lycéens mobilisés et de manifestants contre la vie chère ?

    En plus de les nier dans leurs revendications, le gouvernement entend donc les priver de leur capacité d’exprimer leur colère.

    Ce déni de démocratie est particulièrement inquiétant. Il témoigne d’un exécutif à la dérive, minoritaire à l’Assemblée nationale, refusant toute inflexion de sa politique.

    Une interdiction contestée en justice par un référé liberté

    En prenant ces mesures, le gouvernement croit faire une démonstration de force.

    Il fait en réalité un terrible aveu de faiblesse. Faiblesse face aux casseurs, aux pillards. Incapacité à garantir la liberté de manifester. Incapacité à assurer la sécurité et la tranquillité républicaines.

    Plusieurs organisations syndicales ou politiques ont annoncé leur intention de contester cette interdiction de manifester par un référé liberté.

    Puisse la justice, elle, ne pas être faible.

  • Crash aérien de Barcelonnette : la décision du tribunal attendue ce jeudi

    Crash aérien de Barcelonnette : la décision du tribunal attendue ce jeudi

    Xavier et Barbara attendent ce jour depuis longtemps : en décembre 2022, leur vol touristique avait viré au cauchemar, leur avion s’écrasant et s’embrasant au moment de son atterrissage à Barcelonnette. Le couple niçois avait été gravement blessé et brûlé dans l’accident, avait passé plus d’un mois dans le coma et cinq mois en réanimation, alors que la compagne du pilote, également à bord, était décédée sur le coup. Ils accusent aujourd’hui le pilote de les avoir abandonnés dans l’avion en feu.

    « Le pilote a commis

    des fautes énormes »

    Jugé fin septembre, le pilote est poursuivi pour homicide involontaire et blessures involontaires ayant entraîné une incapacité permanente. Le procureur avait requis cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, à son encontre.

    Me Mérouane Brahimi, qui représente sa sœur décédée dans l’accident, espère une condamnation du prévenu. « Ce qu’on souhaite, c’est que le pilote, qui a commis des fautes énormes, manifestes, soit condamné, parce qu’au-delà de ma sœur, qui est morte dans des conditions épouvantables, il y a aussi ces deux jeunes personnes qui sont mutilées à vie. Leur vie est gâchée », déplore-t-il. Selon lui, « le pilote n’a pris aucune précaution », « a pris une pente extrême », et est arrivé « à une vitesse 70 ou 80 km/h au-dessus de la vitesse normale ». « L’avion rebondit cinq fois, mais, au lieu de freiner, il remet les gaz pour ne pas endommager l’avion », affirme l’avocat, qui regrette que le prévenu n’ait pas reconnu ses fautes et sa responsabilité lors du procès fin septembre.

  • Rénovée, la dalle contre la pauvreté a été inaugurée à Marseille

    Rénovée, la dalle contre la pauvreté a été inaugurée à Marseille

    Située sur le parvis du parc du 26e centenaire – Jean-Claude-Gaudin (10e), elle symbolise l’engagement de Marseille à lutter pour résorber la pauvreté. Karim Touche a renouvelé « le soutien de la Ville à ATD Quart-Monde et à son combat pour la dignité humaine et à l’accès aux droits. La lutte contre la misère exige un engagement durable des pouvoirs publics et de toute la société. Il est important de rappeler le lien indissociable entre dignité, juste et paix, en affirmant que la misère n’est pas une fatalité et que la dignité n’est pas négociable. »

  • À Avignon, une élève convoquée pour une pancarte

    À Avignon, une élève convoquée pour une pancarte

    Une quarantaine de personnes se sont rassemblées à l’appel de la CGT ce mercredi 21 octobre devant le tribunal d’Avignon afin de soutenir Sam*, une lycéenne de 15 ans qui y était convoquée. Elle avait été interpellée en marge d’une mobilisation lycéenne et étudiante le 13 octobre pour « outrage envers l’institution policière », en raison d’une pancarte verte et rose portant l’inscription « Acab » (All Cops Are Bastards, soit « Tous les flics sont des bâtards »).

    Il lui a été proposé de signer un avertissement pénal probatoire et d’effectuer un stage de citoyenneté, ce que sa défense a refusé. « Nous avons refusé de principe cette procédure, cet avertissement pénal probatoire. Cela ne constitue pas un outrage. Elle a le droit de s’exprimer. Ma cliente n’a proféré aucune insulte directement, ni été violente », assure son avocate, Me Véronique Marcel.

    Cette dernière insiste en assurant que le message « Acab » « n’est absolument pas une insulte dirigée envers les policiers, mais une expression contre les forces répressives ». Tout en soulignant que sa cliente a pleinement coopéré. Il revient désormais au procureur de décider si la lycéenne sera convoquée devant un juge des enfants.

    Lors de sa garde à vue, Sam assure également avoir « été intimidée et violentée avec deux claques au visage » et annonce qu’elle porte plainte. « Pour moi, c’est un coup de pression pour ne pas que je retourne dans les rues et manifester », estime Sam, à la sortie du tribunal.

    « Fougue »

    « Si, globalement, je prends un peu de recul, j’ai l’impression qu’on est effectivement là-dedans. Il n’y a vraiment aucune base juridique et factuelle à cette poursuite. Puisqu’on est dans l’exercice de nos droits fondamentaux, à savoir la liberté de manifester et la liberté de critiquer les mesures gouvernementales qui ne nous plaisent pas », lui embraye Me Marcel.

    Devant le palais de justice, une cinquantaine de personnes étaient rassemblées en soutien à la jeune fille. Sous les drapeaux de la CGT, Laurence de Villèle, secrétaire générale de la CGT Vaucluse, a réaffirmé son soutien à la lycéenne. Plusieurs de ses camarades de classe avaient également fait le déplacement.

    « On ne fait pas d’elle un exemple. Mais j’ai moi-même apporté mon témoignage. Cette attitude intolérable nous concerne tous », confie Laurence de Villèle Elle rappelle que « les lycéens portent des revendications avec fougue, ce qu’il ne faut absolument pas leur reprocher, car ils font beaucoup de bien aux mouvements sociaux ».

    *Le prénom a été modifié.

  • Gérald Darmanin en service après fiasco

    Gérald Darmanin en service après fiasco

    Suite à la bérézina de samedi dernier, les ministres défilent dans la cité phocéenne, dont une bonne partie du centre-ville a été mise à sac en marge de la manifestation. Après Laurent Nunez pour l’Intérieur, descendu de Paris lundi soir et bien vite reparti, c’était au tour du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, de relayer l’intransigeance gouvernementale, ce mercredi 21 octobre, devant le tribunal judiciaire de Marseille.

    Il a tenu à rendre hommage aux agents de son ministère qui, « tout ce week-end, depuis 48 heures », se sont démenés pour faire « fonctionner de façon excellente le service public de la Justice », ose-t-il, quand sous l’ère Macron 1 puis 2, les fonctionnaires n’ont eu de cesse d’être attaqués, « dégraissés » et méprisés. Avec 2 500 gardes à vue au niveau national, il a fallu « qu’on double, voire qu’on triple le nombre de comparutions immédiates », poursuit le ministre, fier d’annoncer que 917 personnes ont été « déferrées avec poursuite », au point qu’à Marseille, Lille, Bordeaux ou Toulouse, « tous les dépôts sont pleins ». Et ce sans impacter les affaires courantes, assure Gérald Darmanin.

    Sur le profil de ces personnes interpellées, elles n’ont, en majorité, « jamais connu de casier judiciaire », précise-t-il, et font l’objet de peines sévères « prononcées et suivies par les magistrats du siège ». Et de donner l’exemple de cet homme de 34 ans, inconnu des services de police ou de justice, qui a volé des chaussures dans un magasin, à Marseille, et a écopé de trois mois ferme. « Ils ne voient pas le problème. Parfois, ils ont volé en famille. Il y a des gens qui sont désocialisés, mais aussi beaucoup qui ont un travail », s’étonne-t-il.

    La faute aux autres

    Selon lui, le phénomène reste lié à « des gens de moins en moins citoyens », à une série de « dysfonctionnements » de l’immigration, de l’intégration, de l’éducation, des parents voire de l’économie, avec, en bout de chaîne, « des policiers, puis des magistrats, puis des agents pénitentiaires qui se chargent des personnes qui ont de graves difficultés ».

    Sur l’absence mortifère de dialogue social, s’il reconnaît « qu’il est important d’écouter les manifestants », ce n’est pas son « travail » de ministre de la Justice, estime-t-il. Il laisse « à d’autres le soin d’avoir un avis sur la société », renvoyant le débat à la « campagne présidentielle qui arrive », où il « espère que ce sera l’occasion d’en parler ».

    Pour les victimes des pillages, il promet « d’aider les commerçants, employeurs, entrepreneurs, employés à pouvoir survivre à ces moments extrêmement difficiles ». Avec le patronat, la Confédération des buralistes, la Fédération de commerce, il entend « ouvrir la porte des tribunaux des affaires économiques pour les accompagner » et « compléter avec ce que fait le ministère de l’Économie et des Finances ».

    En marge de cette visite, le maire, Benoît Payan (DVG), qui a fait le déplacement au tribunal et a bénéficié d’une accolade marquée de Gérald Darmanin, a lui tenté de répondre aux angoisses d’une commerçante de la rue Montgrand (6e), Marjorie, encore émue des exactions de samedi dernier. « Je suis restée surveiller et protéger ma boutique, moi-même, jusqu’à 2h du matin, parce qu’on n’avait pas le choix », témoigne-t-elle tout en affichant son soutien aux manifestants. « J’entends la colère des lycéens, des Gilets jaunes, mais que va-t-on faire ce samedi ? », demande-t-elle à l’élu.

    « Je ne veux pas que les Marseillaises et les Marseillais courent le moindre risque, répond Benoît Payan. Je ne peux pas dire aux gens : “Allez, ouvrez votre commerce, faites comme si tout allait bien, la vie continue.” Je ne sais pas ce qui va se passer. Vous vous rendez compte ? Je suis maire de Marseille, je suis à l’aveugle. »

    Dans l’attente d’une décision concertée avec le préfet, l’édile se rend à Matignon, ce jeudi, où il sera reçu aux côtés de ses homologues parisien et lyonnais. Il ne s’agira pas là de causer sécurité, mais d’obtenir des garanties fortes pour les victimes et surtout d’évoquer le fond politique. « Quand on reste sourd et aveugle à ce qui se passe dans son pays et quand on s’amuse à monter les uns contre les autres, à la fin, on en paie le prix. Il faut une sortie de crise, c’est-à-dire écouter les demandes légitimes de celles et ceux qui manifestent », assène-t-il.

  • [Assassinat du demi-frère d’Amine Kessaci] Aux assises, les profils des accusés passés au crible

    [Assassinat du demi-frère d’Amine Kessaci] Aux assises, les profils des accusés passés au crible

    Deuxième jour d’audience et même ballet incessant de membres des forces de l’ordre cagoulés et de véhicules blindés. Le procès du triple narchomicide n’en est encore qu’à ses prémices. Durant trois semaines de débats, les magistrats devront examiner les circonstances de l’assassinat brutal de trois jeunes hommes.

    Parmi les victimes, le demi-frère d’Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic qui, après une première journée « éprouvante », a de nouveau pris place dans la salle d’audience, sous étroite protection. Face aux cinq accusés, il a assisté, ce mardi, à l’examen de leurs personnalités au fil des interventions d’experts, pour la plupart en visioconférence. Les rapports de personnalité et expertises psychologiques, voire psychiatriques, présentés à la cour ont parfois été réalisés dans le cadre de cette affaire de triple assassinat, parfois dans le cadre d’autres procédures. Pour rappel, les cinq accusés avaient nié en bloc, la veille, leur implication dans le triple assassinat.

    Déjà connus de la justice

    Leur lecture dessine, au fil des interventions, des trajectoires marquées par la délinquance, le trafic de stupéfiants et, dans ce dossier, une possible bascule vers des faits d’assassinat, dont ils restent présumés innocents. Mais aussi de « mettre un peu d’humanité dans un dossier qui, parfois, en manque », estime l’un des médecins. Les cinq accusés présentaient déjà de nombreuses mentions à leur casier judiciaire. Leurs parcours sont souvent marqués par la précarité, des « carences affectives » – une expression revenue à plusieurs reprises -, ainsi que par des scolarités difficiles…

    La journée a notamment permis de lever le voile sur la personnalité d’Amine Oualane, présenté comme un supposé cadre de la DZ Mafia. « à 9 ans, je volais des sandwichs, c’était pour manger », déclare-t-il au président alors que son parcours était examiné. Dans ce dossier, il est soupçonné d’être l’un des tueurs présumés et un relais de Karim Harrat, considéré comme la figure centrale du dossier, sur le terrain. Une première enquête de personnalité, évoquée la veille, décrivait une enfance dans les quartiers nord de Marseille, marquée par des violences intrafamiliales, l’absentéisme scolaire et une première incarcération à 18 ans. Une psychologue, qui l’avait examiné dans le cadre d’une autre procédure, n’avait relevé ni « maladie psychiatrique » ni « déficience intellectuelle ».

    Une psychiatre a ensuite rapporté des évocations régulières de « la crainte des représailles et du danger », décrivant un personnage « méfiant » avec une « faible tolérance à la frustration » et des « traits de personnalité antisociale ». Amine Oualane a profité de l’audience pour revenir sur son parcours, rappelant qu’il n’avait jamais été mis en examen dans un dossier lié au trafic de stupéfiants. Il a également affirmé vouloir désormais « voir [ses] enfants grandir ». L’accusé s’est toutefois montré agacé lorsque l’avocate générale l’a interrogé sur une autre affaire. « Je vous le dis, vous êtes déjà dans le conflit », a-t-il lancé.

    Autre personnalité longuement examinée : celle de Malik Kariba, accusé d’avoir dissimulé, voire démembré, l’une des victimes. Lors d’un entretien avec un psychologue en 2022, l’accusé avait affirmé « agir sur ordre ». « Sa vie était en jeu, il a agi par obligation », déroule l’expert. Des « capacités intellectuelles limitées » et un « retard mental moyen » sont aussi soulignées par ce même médecin. Une psychologue clinicienne, cette fois présente à la barre, a décrit un homme qui « n’a pas la capacité d’anticipation d’un grand manipulateur ». Malik Kariba racontera à cette experte ce qu’il a découvert, à 15 ans : « Ma mère a accouché de moi et m’a donné le nom d’une autre personne. » Une dernière intervention autour du profil de Malik Kariba doit avoir lieu ce mercredi. Les directeurs d’enquête pourront ensuite entamer leur passage à la barre.

  • La décharge oubliée du Gard depuis 12 ans

    La décharge oubliée du Gard depuis 12 ans

    À l’image des déchets désormais recouverts, certains n’ont pas vraiment intérêt à ce que le sujet de la décharge de Saint-Martin-de-Valgalgues ressorte de terre. En 2014, ce dossier avait pourtant connu un tournant qui semblait décisif. De l’amiante avait été découvert sur les parcelles jouxtant cette décharge et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) avait alors ouvert une enquête. Mais depuis, la justice n’a donné aucune information sur la moindre avancée dans ce dossier.

    France nature environnement, qui a organisé du 7 septembre au 7 octobre une grande campagne nationale pour recenser les décharges sauvages oubliées sur tout le territoire national, a mis celle de Saint-Martin, au nord d’Alès, en lumière. « Avec 500 000 m3, elle est hors norme », prévient Rémy Coulet de la FNE-Ocmed. « En plus, elle n’a jamais été reconnue en tant que décharge, puisqu’elle a été réalisée au motif fallacieux de constituer le merlon. On a accumulé là tous les déchets de façon irrégulière, en contradiction avec toutes les règles concernant le stockage des déchets. »

    Sujet explosif pour Alès agglomération

    En réalité, ce sujet inquiète depuis les années 2000. Devant les nuisances sonores du pôle mécanique ouvert en 1999, un merlon, présenté comme un mur anti-bruit, est proposé. En 2002, les premiers dépôts commencent et vont s’accélérer à partir de 2005. Les déchets provenant de l’ancien hôpital, de la maison de retraite d’Alès ou des tribunes de l’ancien stade Pibarot sont par exemple déposés ici. « Toutes les ruines des travaux qui étaient faits aux alentours d’Alès étaient déposées dans ce mur anti-bruit », rappelle Alain Martin, ancien employé municipal de Saint-Martin et membre de l’association Clarté et Démocratie, qui avait alerté dès 2007, avec plusieurs riverains, sur la nature des matériaux déposés.

    L’Oclaesp diligente alors une enquête : sur « les 13 prélèvements, 10 fois ils sont tombés sur de l’amiante à 50cm de profondeur ». Une phase d’enfouissement est alors déclenchée pour recouvrir tous les matériaux laissés pendant plusieurs années à l’air libre. En 2013, malgré l’avis défavorable du commissaire enquêteur, le maire UMP de l’époque Alain Marrot, a tout de même fait voter une modification du plan local d’urbanisme permettant de valider a posteriori la création de ce mur anti-bruit. Sauf que l’année d’après, le tribunal administratif de Nîmes a invalidé cette délibération et condamné la municipalité à verser 1 200 euros aux plaignants. Pour le nouveau maire Claude Cerpédès (PCF) et les riverains, cette décision confirme le caractère illégal de la décharge. Sauf qu’après cette décision, la justice n’a plus jamais communiqué sur les suites du dossier.

    « Ce dossier est en train de s’enliser », regrette Rémy Coulet. « Lucie Pialat, une riveraine qui a été par la suite première adjointe, a déposé plainte. La mairie s’était aussi constituée partie civile. S’il n’y a pas de procès et pas de condamnation, c’est révoltant et c’est la place à l’impunité parce que les protagonistes sont parfaitement identifiés. Suite à notre campagne, Lucie Pialat a demandé au tribunal d’Alès la communication du dossier d’enquête et a aussi relancé la procureure générale de la cour d’appel de Nîmes. »

    Et Alain Martin d’abonder : « C’est un scandale écologique et financier. Tout ça était organisé par l’Agglomération. L’enquête devra identifier tous les responsables mais on connaît aussi les transporteurs qui sont venus déverser ici. »

  • Un ancien cadre de l’AP-HM jugé pour le recrutement de sa compagne

    Un ancien cadre de l’AP-HM jugé pour le recrutement de sa compagne

    « Je suis meurtri par ce que j’ai entendu. Je suis un enfant de l’hôpital public que j’ai toujours servi avec un degré de probité exceptionnel. À aucun moment je n’ai dérapé », a nié jusqu’au bout du procès Pierre Pinzelli, 63 ans, ancien secrétaire général des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), jugé lundi pour prise illégale d’intérêts avec sa compagne, la psychologue clinicienne Corinne Cuvello, accusée de recel. Elle a été recrutée en 2019 comme chargée de mission sur l’absentéisme puis sur la responsabilité sociétale, une fonction où elle ne brilla guère par sa présence.

    « Un emploi que j’estimais fictif »

    Pierre Pinzelli dirige désormais l’hôpital d’Avignon, où Le Canard enchaîné a révélé, en mars 2025, qu’il était encore visé par une procédure identique dépaysée au parquet de Montpellier pour la nouvelle embauche de sa compagne. À Marseille, les rumeurs avaient enflé et c’est une syndicaliste de la CGT de l’AP-HM qui adressait un signalement au parquet de Marseille, lasse de ne jamais voir cette psychologue recrutée en décembre 2019 en CDI pour 3 500 euros par mois pour une mission sur l’absentéisme – un sujet majeur à l’APHM où plus de 10% des agents étaient en arrêt maladie. Même avant la crise du Covid, personne ne la voyait dans son bureau. « J’étais très agacée de ne jamais pouvoir la rencontrer entre 2019 et 2021. Ça m’énervait de payer des impôts pour un emploi que j’estimais fictif. J’ai décidé de faire un tract et de menacer la DRH », a témoigné Colette Biscaldi, constituée partie civile, estimant avoir été victime de représailles. En février 2021, le tract intitulé « Baise, baise, baise à l’AP-HM ! » avait piqué bien des yeux.

    « Je n’ai pas décidé seul dans un coin, ça a été validé par le directeur général. Cette mission avait du sens. C’est un jury de 4 personnes qui a décidé » se défend M. Pinzelli pas dérangé d’avoir siégé dans ce jury. « On était assez proche, mais on ne couchait pas ensemble. Nous avons commencé à faire vie commune bien après que j’ai quitté l’AP-HM » assure-t-il.

    Des photos de 2020 le démentent, extraites du rapport d’enquête d’un détective privé payé par l’ancien mari de Corinne Cuvello qui la soupçonne alors d’adultère. Elle est vue au domicile de fonction de M. Pinzelli sur la Corniche Kennedy. « Cela m’est arrivé de passer la nuit chez lui. Il m’a tendu la main quand j’étais en difficulté » admet Mme Cuvello. La relation extraconjugale avait en réalité débuté en 2007, puis s’était interrompue. Devant les dénégations persistantes, la présidente lit un mail de 2016 de Mme Cuvello à M. Pinzelli : « Si tu savais la chaleur qui entoure l’image que j’ai de toi ».

    L’enquête a dénombré plus de 3 200 contacts téléphoniques avec Pierre Pinzelli entre décembre 2021 et juin 2022. « Vous l’appelez tout le temps » dit la présidente qui pointe ensuite son « activité professionnelle faible ». « Vos ordinateurs sont si peu utilisés qu’on n’a pas l’impression que vous travaillez alors que vous êtes à temps plein. Sans être désobligeante, il est quand même très vide votre rapport d’activité. » Mme Cuvello rame à la barre : « J’étais à fond dans ma mission. L’absentéisme est un dossier crucial. Pour changer de paradigme, j’ai amené une vision différente. » Et si elle boude ses ordinateurs, c’est qu’« il y avait beaucoup de lecture et de réflexion ».

    « Qu’on en finisse

    avec cette mascarade »

    La procureure Patricia Ferreira Morais lit un échange énervé de la DRH de l’époque qui dénonce la perte de lucidité du secrétaire général : « Je voudrais que le DG tape une fois pour toutes sur la table et qu’on en finisse avec cette mascarade qui nuit à tout le monde ». Le parquet a requis la condamnation du couple. Lui en tant que chargé de mission d’un service public qui « a compromis son indépendance, son impartialité en intervenant sans cesse et en outrepassant ses fonctions. Sans ce lien personnel et intime, elle n’aurait jamais pu être recrutée car madame ne correspondait pas au profil ». De réclamer 12 mois avec sursis, 30 000 euros d’amende, deux ans d’inéligibilité et un an d’interdiction d’exercer dans la fonction publique. Contre Corinne Cuvello, 10 mois avec sursis sont requis, 15 000 euros d’amende, 2 ans d’inéligibilité et un an d’interdiction de la fonction publique mais aussi d’expertise, car la psychologue est aussi experte judiciaire près la cour d’appel de Nîmes.

    Délibéré le 10 novembre.