Tag: histoire

  • Connaître son histoire pour mener la lutte aujourd’hui dans le Var

    Connaître son histoire pour mener la lutte aujourd’hui dans le Var

    « Depuis presque 14 ans que notre Institut d’histoire sociale de la CGT a été créé dans le Var, le moins que nous puissions dire c’est que les conditions d’existence des travailleurs, en France comme dans le monde, ne se sont pas améliorées », commence Jean-Pierre Kaspéreck. Le président de l’IHS relève même que ces deux dernières années ont été « des grands crus » en matière de coups bas et de chaos politique. Avec la mise en place de « politiques liberticides et réactionnaires imposant une économie de guerre ». Pour l’institut, l’ennemi le plus flagrant reste le capitalisme. Et pour l’affronter, c’est-à-dire mener la bataille des idées et établir un rapport de force par la mobilisation sociale, « ce dont nous avons le plus besoin c’est de sortir du scepticisme et du fatalisme ».

    Face à « la radicalisation du capital en crise et l’union des droites qui se profile », puisque c’est tout à fait ce à quoi on semble assister, mieux vaut en tout cas connaître les leçons de l’histoire. « Sans l’identification des responsabilités, nous prenons le risque de reproduire les mêmes erreurs », insiste Jean-Pierre Kaspéreck.

    Faire connaître et innover

    C’est pour ça que l’Institut d’histoires sociales du Var revendique participer pleinement à l’éducation des travailleurs. « Nous le faisons humblement, à notre mesure, avec nos livres, nos conférences et les implications de ce que nous avons dans les formations dispensées par l’Union locale de la CGT », rappelle-t-il, en expliquant que ce n’était pas le moment de baisser les bras, bien au contraire. Et de poursuivre, donc : « Faisons vivre notre institut, ouvrons celui-ci le plus largement possible afin de propager nos idées, renforçons numériquement notre institut, prenons notre place dans la lutte qui s’ouvre. C’est à ce prix que les victoires se gagnent. »

    Après avoir activement travaillé en 2025 à mettre en avant les 130 ans de la CGT et les 80 ans de la sécu, porter la réflexion sur les luttes émancipatrices et l’appropriation par les salariés de leur outil de production par la coopérative, et éditer dans sa collection deux nouveaux ouvrages (« introduction à la théorie Marxiste » et « l’Arabe, nouveau bouc émissaire du capital »), l’IHS annonce pour cette année encore de nombreuses initiatives afin de continuer le combat.

    Avec entre autres, une conférence sur l’histoire du syndicalisme varois afin de mettre en avant les luttes et résistances dont la CGT peut fièrement se prévaloir. Ainsi qu’un colloque portant sur l’intelligence artificielle et la reconfiguration que cela va engendrer mais aussi les innovantes formes de lutte qu’il va falloir inventer pour continuer à défendre les salariés et conquérir de nouveaux droits.

  • [Étoile de Bessèges] Costiou, nouvelle Étoile

    [Étoile de Bessèges] Costiou, nouvelle Étoile

    On craignait de la voir disparaître, après une édition 2025 marquée par la fronde de huit équipes (parmi elles, seules Unibet Rose – Rockets et Décathlon – CMA CGM étaient présentes cette année), effarouchées par des incidents de sécurité bien indépendants de la responsabilité de l’organisation. Bien malgré elle, l’Étoile de Bessèges s’était retrouvée sous le feu d’un opprobre qu’elle ne méritait pas. Mais elle ne s’est pas éteinte, portée par une équipe dévouée, dirigée avec résilience par Claudine Fangille-Allègre, animée par son devoir de mémoire envers son père, Roland, géniteur de la course. Une histoire de famille qui se perpétue aussi à travers Tiffany et Romain Le Roux, fille et gendre de la présidente, amenés à reprendre le flambeau à l’avenir.

    Si la sécurité avait été grandement renforcée, au détriment du nombre d’équipes (16, contre 21 l’an dernier, 111 coureurs contre 146), pour garder l’équilibre budgétaire, certaines choses, elles, n’ont pas changé. Les conditions climatiques, dantesques en 2025, l’ont aussi été sur les deux premières étapes, courues sous une pluie battante. Et après une accalmie de deux jours, elle a repris de plus belle sur le contre-la-montre final, pour apporter un peu plus de dramaturgie au dénouement.

    Car l’indécision s’érige, elle aussi, en constante. Comme on s’y attendait, les écarts sont restés minimes jusqu’au bout. Malgré les nombreuses tentatives et le panache de coureurs déterminés à se montrer, aucune échappée ou attaque n’a pu être menée à bien. Les quatre premières journées se sont jouées au sprint, si bien qu’à l’orée de la cinquième et dernière, les 35 premiers du général se tenaient en 1 minute, et les 19 en 30 secondes.

    L’Ermitage, faiseur de roi

    Tout s’est donc joué dimanche, au sommet de l’Ermitage. Chacun y allait de son favori, avec une seule et même question : le champion de Slovaquie Lukas Kubis (Unibet – Rose Rockets), leader du général depuis le troisième jour, et 2e de chacune de quatre premières étapes, allait-il garder son maillot corail, à la faveur de ses quelques secondes d’avance sur ses poursuivants ?

    Rien n’était moins sûr, car de sérieux prétendants rêvaient de détrôner celui qui, en dépit de son titre de champion national du contre-la-montre en 2024, n’apparaissait pas comme favori face à cette arrivée en pente, propice à déchoir ou à couronner. Et à l’arrivée, le dénouement fut cruel pour le coureur le plus régulier de l’épreuve, 15e de l’étape, et 4e à l’arrivée. La place du con. Le nouveau roi s’appelle Ewen Costiou (Groupama – FDJ United), 11e au départ, et vainqueur pour 2’’ devant son coéquipier Maxime Decomble, et avec 5’’ d’avance sur Paul Lapeira (Décathlon – CMA CGM). L’Ermitage a encore parlé. Et on a déjà hâte d’entendre ce qu’il aura à nous raconter en 2027.

  • Un documentaire retrace l’exploitation minière en Provence

    Un documentaire retrace l’exploitation minière en Provence

    « On ignore souvent que les mines de charbon des Bouches-du-Rhône ont fortement contribué à l’essor économique de la Provence, depuis la Révolution industrielle jusqu’au XXe siècle. Pendant plus de deux cents ans, elles ont rythmé la vie quotidienne de nombreux Provençaux. Qui étaient-ils ? Comment vivaient-ils ? Et que reste-t-il de ces deux siècles d’exploitation ? », peut-on lire dans la présentation du documentaire Les mineurs de Provence, l’histoire oubliée.

    Réalisé par Lorenzo Consolazione, le film, diffusé ce soir, à 21h à la salle de l’Ensoleïado, avenue du Gaillardet (entrée libre et gratuite) revient sur cette période méconnue à partir d’archives sonores inédites, mises en scène avec des animations 2D en noir et blanc, des photos d’archives et des prises de vues actuelles dans les lieux de mémoire à Gréasque, Saint-Savournin, Gardanne, La Bouilladisse, Peypin, Mimet, Trets, Fuveau… D’anciens mineurs de Gréasque, commune où existe d’ailleurs un musée de la mine, viendront témoigner de leur vie dans les mines.

    En 1948, renseigne un article intitulé Les mines en Provence-Alpes-Côte d’Azur : rencontres avec les mineurs de Gréasque, les « gueules noires » du Bassin minier de Provence sont 6 505, la production de charbon atteint 970 000 tonnes et se place au 3e rang de la production nationale. Le 31 janvier 2003, un point final est mis à cette histoire minière, avec la fermeture du puits Yvon-Morandat, à Gardanne.

  • Violences faites aux femmes : un fléau aux origines préhistoriques

    Violences faites aux femmes : un fléau aux origines préhistoriques

    D’année en année, c’est toujours le même constat. Celui d’un fléau qui ne reflue pas. Selon le rapport publié fin novembre par l’Observatoire national des violences faites aux femmes, « toutes les 23 secondes une femme est victime de harcèlement, d’exhibition sexuelle ou d’envoi d’images à caractère sexuel. Toutes les deux minutes, une femme subit un viol ou une tentative de viol ». Le nombre de féminicides, quant à lui, « reste dramatique  ». Autant de vies brisées.

    Face à ce terrible constat, « je me suis interrogé : personne ne parle des causes. On traite les symptômes. Or en médecine, tant que nous ne soignons que les symptômes, nous n’avons pas progressé », explique le Dr Pierre Costa, ancien chef du service urologie-andrologie du CHU de Nîmes. « J’ai fait des recherches. Le document le plus complet que j’ai trouvé est celui de l’OMS, qui ne parle pas des causes spécifiques mais des causes du passage à l’acte, comme l’alcool ou le fait d’avoir été un enfant battu. En somme les facteurs favorisants », poursuit-il.

    Un enjeu de reproduction et de contrôle

    Aussi décide-t-il, il y a quelques années, d’entreprendre une étude inédite consacrée aux causes anciennes de ces violences, avec l’aide financière de la Région Occitanie et du Département du Gard. Il crée alors l’Association gardoise sur les causes des violences masculines liées au sexe, co-présidée par lui-même et le paléoanthropologue Pascal Picq, avec lequel il se lance dans cet ambitieux travail. « Il faut dépasser les explications simplistes et mobiliser toutes les connaissances disponibles pour identifier non pas une cause unique, mais l’ensemble des facteurs historiques, sociaux et culturels qui alimentent les violences faites aux femmes », précise Pascal Picq.

    Après plusieurs années de recherche, la première phase de cette étude, rendue publique le 25 novembre dernier à l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, livre les premiers enseignements sur les origines des coercitions et des violences envers les femmes.

    « Ça a commencé il y a à peu près 15 000 ans et ça s’est beaucoup renforcé il y a environ 10 000 ans, avec le passage aux sociétés agricoles. Tant qu’il y a eu la transhumance, les femmes étaient les égales des hommes. Cela a pris fin quand nos ancêtres se sont rendu compte qu’ils avaient intérêt à prendre possession d’un territoire et à le défendre », explique Pierre Costa. « Pour cela, il fallait être plus nombreux, donc avoir plus de femmes pour se reproduire. On a découvert des charniers avec des ossements exclusivement masculins, prouvant que les femmes du groupe avaient été kidnappées », poursuit-il. S’il y a eu d’abord coercition pour être plus nombreux, l’homme a ensuite « voulu être sûr d’être le père des enfants ». Il a donc voulu maîtriser la sexualité des femmes. « À partir de là, on les surveille. On les enferme. Elles deviennent des esclaves domestiques. L’homme s’accapare tous les biens, tous les postes de prestige : chasseur, guerrier, soldat… Sans parler du bénéfice sexuel, les femmes n’ayant pas leur mot à dire. C’est sur ces bases que les sociétés patriarcales se sont développées », détaille Pierre Costa.

    « Ce qu’il est important de noter, c’est que c’est un choix. Ce n’est pas la nature. Ce n’est pas une fatalité. On n’est pas obligés de taper sur nos femmes. La violence chez l’homme est une décision », insiste le scientifique, qui s’apprête à lancer la seconde phase de cet éclairage sur l’histoire longue du patriarcat et des mécanismes qui perpétuent ces violences. Elle se focalisera, cette fois, sur la période allant de l’invention de l’écriture à nos jours. « Je vais proposer à des experts dans différentes disciplines (économie, sociologie, lois et constitution, religions) de rejoindre le groupe de travail », indique le Dr Costa. Avec le souhait, à terme, « de mettre ce rapport à disposition des associations qui travaillent sur le terrain et de faire, avec elles, des recommandations d’actions qui prendront en compte les causes, afin d’agir plus efficacement ».

  • Rescapée des camps de la mort, Louise Renée Marcos fête ses 100 ans

    Rescapée des camps de la mort, Louise Renée Marcos fête ses 100 ans

    Entourée de ses proches et tout apprêtée dans son chemisier fleuri aux tons rosés, Louise Renée Marcos souffle ses 100 bougies chez elle ce dimanche 18 janvier. Qui aurait pu imaginer pareille célébration en avril 1944, lors de la déportation de cette Marseillaise issue de parents juifs de Salonique, alors âgée de 17 ans, à Auschwitz, puis Theresienstadt ? Certainement pas elle qui, lorsque ce camp de concentration et d’extermination, puis ce ghetto, furent respectivement libérés par les armées rouge et américaine l’année suivante, ne pesait que 35 kilos. Une « solution finale » des nazis à laquelle elle a échappé, mais pas à n’importe quel prix, rappelle, 83 ans plus tard, son matricule A-5503 tatoué sur l’avant-bras gauche.

    Pas une seule miette

    « Transmettre cette histoire lui a toujours tenu à cœur. Elle l’a fait dans les collèges et lycées entre 1967 et 2019. à nous, elle ne nous a jamais rien caché. Il n’y avait pas de tabous », font part ses deux enfants, Estelle et Joseph, tandis que Louise Renée Marcos est assise au calme sur un fauteuil de son domicile de la Valbarelle. Non loin de deux de ses sœurs qu’elle a, à l’époque, sauvées. à environ 10km de là, au printemps 1944, la Gestapo la cueille chez elle, quartier Saint-Just, et l’embarque dans son siège marseillais de la rue Paradis. Dénoncée par des voisins, « elle s’est dit fille unique » pour sauver toute la fratrie. Après huit jours aux Baumettes, puis un passage à Drancy, direction les wagons de la mort et Auschwitz, où « sa tante et sa cousine sont gazées dès leur arrivée », relatent Estelle et Joseph, alors que l’interphone sonne sans cesse, les convives garnissant très vite le petit appartement du 11e arrondissement. En janvier 1945, elle survit aux « marches de la mort », du nom de ces évacuations par le IIIe Reich de déportés harassés par la maladie et le travail forcé, à mesure que les Alliés se rapprochent des camps. Louise Renée Marcos est transférée dans le ghetto de Theresienstadt. À sa libération, un typhus et un poids rachitique comme stigmates immédiats, mais des « cauchemars » pour toute la vie. « Elle n’a peur de rien mais n’a jamais supporté à son retour les pleurs d’enfants », témoignent son fils et sa fille. « Un matin, les Allemands ont fait entrer dans le camp beaucoup d’enfants habillés en blanc, avant d’allumer tous les projecteurs sur eux. Ma mère nous disait qu’on aurait dit des anges qui criaient. Parfois, elle regarde encore dans le vide et dit : “qu’est-ce que tu fais là, petit ? Ne reste pas ici” », rapportent-ils. Habitée pendant toute sa vie par ces fantômes, cette couturière de métier n’a jamais non plus « laissé une seule miette de pain sur la table à la maison », habitude héritée de ses privations en camp.

    Alors qu’il n’y a jamais eu autant de conflits dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un souvenir qui demeure nécessaire pour faire à nouveau réémerger la lutte contre toutes les formes de racisme.

  • Grotte Cosquer, une seconde entrée révélée

    Grotte Cosquer, une seconde entrée révélée

    La Marseillaise : C’est en 1985 qu’Henri Cosquer dit découvrir la grotte dont il déclare officiellement l’existence en 1991. Une seule entrée semble exister. Quand et comment pressentez-vous la possibilité d’un autre accès ?

    Thierry Betton : Quand j’ai écho de la découverte de cette grotte, je ne sais pas qu’il y a des dessins à l’intérieur, mais ça pique mon intérêt de spéléologue. Je connais très bien l’anse de la triperie. Je pratique l’escalade depuis mon adolescence et j’y ai ouvert une voie d’escalade en 1976. Dès ma première plongée en solo, j’ai tout de suite l’intuition qu’il existe un deuxième réseau, dans le haut. Je cherche d’abord une ouverture terrestre. Je ne la trouve pas. Je plonge. Après une dizaine de tentatives, je découvre en mars 1992 ce deuxième accès, immergé dans seulement 3 mètres au lieu des 36 mètres. Une courte plongée me donne accès à une cavité dans laquelle je sens un courant d’air. En remontant, je découvre une chatière de 60 cm de diamètre sur 1,5 mètre de long, que j’arrive à franchir. Je débouche sur une galerie concrétionnée, féerique. Je la suis et ça me mène au sommet de la cathédrale qui donne accès au puits noyé. Ce qui confirme mon intuition : la présence de cette deuxième ouverture permet à la grotte de se maintenir en surpression.

    Que permet cette nouvelle porte d’accès ?

    T.B. : Elle a été utilisée par les équipes de recherche, mais aussi pour mettre en place toute la logistique qui a permis la construction de la via ferrata finalisée à l’automne 1998. La cheminée à l’extrémité de la galerie qui plonge sur le puits de la dernière salle est une partie dangereuse. Elle implique une progression spéléo technique. Mais, l’avantage de ce passage, c’est que la partie en immersion est bien plus courte. Cet aménagement inédit de via ferrata en milieu sous-marin a permis à des scientifiques non aguerris à la plongée, comme le préhistorien Jean Clottes, d’accéder au site. Une première mission d’expertise avait été menée, en 1991, par le ministère de la Culture. En 1994, avec Luc Vanrell, qui a découvert l’épave du P-36 de Saint-Exupéry, nous participons en tant que plongeurs à l’indication de Jean Courtin du CNRS à la mission scientifique pour effectuer les relevés topographiques. à ce moment, l’entrée haute n’est pas utilisée, car Cosquer avait dit que l’accès était quasi impraticable. Quand on fait les plongées et que je vois le matériel qui est amené et la logistique que ça demande, parce qu’il faut imaginer que là, il a fallu tirer l’électricité, un câble sur 150 mètres de long, à 36 mètres de profondeur, ce qui veut dire que tout le matériel qu’on passe est conditionné dans des caissons qui peuvent supporter la pression… Du coup, nous, on parle donc de l’accès haut, on dit qu’il est utilisable. à l’époque, je suis pompier volontaire à Cassis, membre du Groupe de recherche et d’intervention en milieu périlleux (Grimp) et je mesure le risque. En juin 1995, Courtin me recontacte pour sortir la centrale météo de la grotte. Elle avait cessé d’émettre. à cette époque, les crédits de l’état avaient été engloutis dans les recherches menées en parallèle sur la grotte Chauvet. On a le feu vert en proposant de réaliser l’opération de sauvetage moyennant quelques sandwichs et le plein d’essence. On peut sortir la centrale, la réparer et la remettre en place et on fait la démonstration qu’on peut accéder à la grotte par cette entrée.

    Pourquoi a-t-elle été mise au secret si longtemps ?

    T.B. : Quand je trouve l’entrée, passée l’émotion, il y a cette question : à qui en parler ? La découverte avait déjà fait l’objet d’une polémique et les doutes sur une galéjade marseillaise avaient été écartés. Mais ce sont surtout la sécurité et le souci de préservation du site qui ont fait foi sur ce choix du silence. Car il y avait eu la noyade des trois plongeurs grenoblois en 1991. Et révéler cet accès risquait aussi d’attiser les curiosités. Or, le site, dangereux, venait d’être interdit, mais ça, on l’a appris plus tard. Aujourd’hui, il y a des grilles, le site est inviolable. Dans un tout premier temps, je parle de l’accès haut à Bernard Dinacera, le fondateur de l’Atelier de la Mer, à la Pointe-Rouge. On y retourne ensemble et on prend le temps d’explorer. C’est là qu’on voit le panneau des mains, les bisons… Puis j’avais besoin de communiquer et j’en parle aussi à mon frère Régis et à Luc Vanrell, qui prendra la suite de Jean Courtin, en 2001, à la direction des recherches scientifiques.

    Pourquoi la révéler aujourd’hui ?

    T.B. : J’avais déjà posé des jalons dès 2022. Il y a eu des articles sur « les oubliés », puis « les effacés » de cette histoire… Mais si j’y reviens, c’est parce que j’ai acheté pour mon petit-fils la BD qui vient de sortir sur « la rencontre de Barbu dans la grotte ». Elle est très belle, bien scénographiée et didactique. Mais il y a une page en particulier qui m’a interpellé, avec un encadré où il est dit qu’une autre entrée est découverte par Henri Cosquer. Or, cette publication ne peut ignorer les conditions de découverte du second accès. Ce que je souhaite surtout, c’est rétablir des faits, rendre leur place à tous les acteurs de cette aventure qui sont près de 80 en réalité à avoir œuvrer durant 30 ans pour que la réplique de la grotte puisse être réalisée. Ceux sans qui rien n’aurait été possible. S’ils sortent enfin de l’ombre, ce n’est pas pour polémiquer ni par intérêt financier, c’est juste pour dire que c’est une aventure collective, pas le fait d’un héros solitaire. Non seulement elle est collective, mais elle n’est que collective. Mieux, elle est paritaire dès les premières heures. Ils étaient quatre plongeurs, dont deux femmes, Cendrine Cosquer, la nièce d’Henri, et Pascale Oriol. Puis, il y a eu Sylvie Gouirand, Anne Delhomme, Orsane Vanrell, toutes les plongeuses, les chercheuses qui ont joué un rôle très important. Or, le rendu muséal met un seul homme sur un piédestal, tel un super héros. C’est dommage, car parler de tout ce travail d’équipe permettrait aussi à une petite fille de s’identifier, de rêver d’un destin de plongeuse, d’archéologue.

    L’histoire de ces « oubliés » et de ces « effacés » de la découverte a-t-elle vocation à intégrer la version officielle ?

    T.B. : C’est mon souhait de rendre visible la partie immergée de l’aventure pour qu’on saisisse toute la complexité de l’immense opération… Mais cette décision ne m’appartient pas. Je ne demande rien, pas plus que les quatre plongeurs à l’origine de la découverte, ni que les 80 personnes qui ont travaillé à la mise à jour des vestiges. C’est compliqué, car la grotte porte le nom de quelqu’un. Il y a des droits sur les entrées… Simplement, dans la narration, il serait bien d’ajouter quelques noms, des photos d’autres visages.

  • Le Front populaire, quand la grève fait la force

    Le Front populaire, quand la grève fait la force

    Congés payés, réduction du temps de travail, augmentation des salaires, droit syndicaux… Il y a 90 ans, la coalition de gauche du Front populaire remportait, le 3 mai 1936, les élections législatives françaises. Son gouvernement, par la pression de la rue et d’un mouvement de grève massif, a voté des avancées sociales considérables. Cet élan progressiste n’a pas duré, mais a marqué l’imaginaire des mouvements sociaux et façonné le système social français instauré après la Seconde Guerre mondiale.

    Une alliance pas si évidente, puisque le mouvement ouvrier est divisé, avec la scission en 1920 entre communistes et socialistes et en 1921 de la CGT, avec la création de la CGTU. Mais la crise économique de 1929, qui fait exploser le chômage, et la crainte de la montée du fascisme pousse vers une union des gauches. Le 6 février 1934, une manifestation de ligues d’extrême droite, à Paris déclenche un sursaut dans les forces antifascistes et une alliance commence à se dessiner.

    Des forces locales unies

    à l’appel de la CGT puis de la CGTU, une grève contre le fascisme est organisée le 12 février dans toute la France. Alors qu’à Paris, deux cortèges s’organisent, à Marseille les syndicalistes et militants décident de n’en former qu’un seul. « C’est un défilé important, le deuxième après Paris, avec 100 000 personnes si l’on en croit Rouge midi [quotidien communiste, Ndlr], moitié moins si l’on s’en tient aux rapports de police », rapporte l’historien Jean Domenichino, dans son ouvrage Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front populaire (éditions Des Fédérés).

    à l’échelle locale, de nombreux rapprochements se font avant le niveau national. Ainsi, la section communiste et la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) des Bouches-du-Rhône et du Var signent un pacte dès juin 1934, un mois avant les partis nationaux. De même, dans le Var, le rapprochement entre la CGT et la CGTU est entamé dès septembre 1934, alors qu’il n’est acté au niveau national qu’en 1936. Ce qui fait dire à Jean Domenichino, dans son livre, que « la région marseillaise semble jouer un rôle moteur dans le processus, voire précurseur en raison de la vitalité des luttes sociales ».

    Au niveau national, la coalition des partis de gauche se complète en juin 1935, après le ralliement du Parti radical au Front populaire. Les trois grands partis s’associent autour d’un programme assez vague. Le 3 mai, c’est la victoire pour le Front populaire, qui remporte les élections législatives. Les partis de cette coalition totalisent environ 386 sièges à l’Assemblée nationale, une large majorité.

    Mais, après cette victoire, les salariés « sont partagés entre l’espoir et la crainte : voir s’améliorer leurs conditions de travail et de vie, mais crainte que les changements promus par la gauche au pouvoir ne se heurtent au “mur d’argent” », précise l’historien. Un immense mouvement de grève se déclenche donc dans toute la France. Il débute le 11 mai, dans l’usine Bréguet au Havre et est suivi dans les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse. Une période de grève marquée par une ambiance festive : on danse, on joue aux boules ou on se baigne tout en prenant soin de l’usine, pendant qu’elle est occupée.

    Victoire syndicale

    Ce sont souvent des exigences très locales qui enclenchent ces mobilisations, mais elles s’accompagnent de revendications plus larges. Sur tout le territoire français, ce sont plus de 2 millions de grévistes qui obligent les patrons et le gouvernement de Léon Blum, formé le 4 juin, à signer avec la CGT les accords de Matignon, la nuit du 7 au 8 juin. Cet accord historique garanti l’augmentation des salaires, protège le droit à se syndiquer et créé les délégués du personnel pour les entreprises de plus de 10 salariés. Quelques jours plus tard, ce sont les lois des deux semaines de congés payés et de la semaine de 40h qui sont votées, alors que la majorité des mesures ne figuraient pas au programme du Front populaire.

    Malgré ces avancées importantes, c’est la désillusion en 1938, face à des patrons qui ne respectent pas les conquis sociaux et des grèves qui se soldent par des échecs. Mais la philosophie et l’espoir que le Front populaire ont fait naître ne disparaîtront pas et influenceront le programme du Conseil national de la résistance qui a façonné le système social français, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

    Des grèves dans la région

    Les métallurgistes marseillais ouvrent le bal

    À Marseille, ce sont les ouvriers de l’usine de tramway Coder qui entament la vague de grève départementale, le 29 mai. Ils se mobilisent d’abord contre le licenciement de sept employés ayant chômé le 1er mai et étant très impliqués dans la vie syndicale de l’usine.

    Une grande partie des salariés suit le mouvement de grève.

    Les fileuses italiennes de la Capelette sur le front

    Le mouvement national de grève a été suivi sur tout le territoire, et même par les travailleurs et travailleuses étrangères.

    C’est le cas des ouvrières italiennes de l’usine de filature La Marseillaise, située à la Capelette. Elles occuperont leur usine 20 jours. La reprise du travail créa des tensions, et en août, malgré les accords de Matignon, certaines ouvrières sont licenciées.

    Les dockers contre l’extrême droite

    Le 6 juin, ce sont 66 dockers permanents de la compagnie Fraissinet qui entrent en grève, dans les Bouches-du-Rhône. Ils réclament le licenciement de 6 dockers membres de l’association nationaliste Croix de feu. Jusqu’au 27 juin, les dockers occuperont les hangars de la compagnie.

    Les chantiers navals varois embrayent le mouvement

    Dans le Var, ce sont les forges et chantiers de la Méditerranée qui seront les premiers à débrayer au début du mois de juin. Plus de 2000 ouvriers occuperont les chantiers navals et de nombreuses grèves suivront dans l’ensemble du département.

    Vaucluse : une grève utilisée pour nourrir les divisions

    Le 10 juillet, le Syndicat des ouvriers du bâtiment lance une grève générale à Avignon. Le mouvement provoque des incidents avec des maraîchers dont les marchandises sont bloquées.

    Trois jours après, une rencontre a lieu, où les paysans auraient approuvé les revendications ouvrières.

    Mais elle est récupérée par la droite pour affirmer l’opposition paysans-ouvriers.

  • 90 ans du Front populaire : des conquis sociaux considérables

    90 ans du Front populaire : des conquis sociaux considérables

    Renforcement des libertés syndicales

    Les accords de Matignon réaffirment, dans son article 3, le droit à tous travailleurs d’adhérer à un syndicat. Cet article pose les débuts de l’interdiction de discrimination liée à l’engagement syndical des salariés. Une grande victoire pour les grévistes de mai et juin 1936, qui pour la plupart réclamait la réintégration de collègues licenciés en raison de leur engagement syndical.

    Augmentation des salaires

    L’accord prévoit une augmentation des salaires ouvriers, jusqu’à +15% pour les rémunérations les plus faibles, et jusqu’à +7% les plus élevées. De quoi répondre à l’une des principales revendications des ouvriers face à la crise économique.

    Création du délégué du personnel

    L’article 5 issu des accords de Matignon met en place les délégués du personnel pour toutes entreprises de plus de 10 salariés. « Ces délégués ont qualité pour présenter à la direction les réclamations individuelles qui n’auraient pas été directement satisfaites », précise l’article. Une mesure permettant de développer un meilleur dialogue social.

    Réduction du temps de travail

    Dans des lois votées quelques jours après les accords de Matignon, les députés du Front populaire ont acté la réduction du temps de travail, passant de 48h par semaine à 40h. Une réduction qui oblige les patrons à payer en heures supplémentaires les dépassements de ce temps légal.

    Congés payés

    C’est l’un des conquis sociaux les plus emblématiques de cette période. Bien que non présent dans le programme du Front populaire, les mouvements de grève ont poussé la loi des deux semaines de congés payés. Une réforme qui a permis le développement du tourisme pour les classes des travailleurs, autrefois réservé aux classes aisées.

  • L’esprit de 36

    L’esprit de 36

    90 ans après, le Front populaire reste un moment singulier de notre histoire, à la confluence d’une victoire électorale des forces de progrès et d’un mouvement social d’une ampleur sans précédent.

    À la source du Front populaire, rappelons-le, il y a un sursaut démocratique et antifasciste. Deux ans plus tôt, le 6 février 1934, un coup de force fasciste visant l’Assemblée nationale, orchestré par des ligues d’extrême droite, a fait vaciller la République tandis qu’en Allemagne, Hitler a pris le pouvoir l’année précédente, 10 ans après Mussolini en Italie.

    L’événement fait l’effet d’une déflagration chez les démocrates, les républicains et dans le mouvement ouvrier. C’est la base qui pousse à la réunification de la CGT et à l’union du PCF, de la SFIO et des radicaux. Bien au-delà, le Front populaire fut aussi un grand moment d’engagement des forces associatives, culturelles, citoyennes…

    En actes

    Ce sont les grandes grèves, les occupations d’usine qui ont permis d’arracher au patronat, en plus des augmentations de salaires, des conquêtes sociales inimaginables avant cela : les congés payés, la semaine de 40h, les libertés syndicales…

    Si l’on n’oublie pas le refus des socialistes et radicaux de porter secours à la République espagnole, l’expérience historique du Front populaire demeure une source d’inspiration à gauche. Ainsi, après la dissolution, lorsque le risque de voir le RN entrer à Matignon était maximal, les gauches se sont entendues dans un Nouveau front populaire. Barrant la route à l’extrême droite, il n’aurait pas tenu longtemps face aux ambitions présidentielles qui empoisonnent la Ve République.

    Il y a besoin, dans la France d’aujourd’hui, non pas d’une référence verbale, mais d’un Front populaire en actes, poussé par un monde du travail conscient de ses intérêts. C’est le meilleur remède
    à l’extrême droite.

    Puisse l’esprit de 1936 souffler sur l’année 2026.

  • [Un brin d’histoire de Noël] Une fête de l’ère industrielle

    [Un brin d’histoire de Noël] Une fête de l’ère industrielle

    « Jésus donne dit-on aux enfants qui sont sages la nuit de la Noël des bonbons à gogo » énonce une réclame pour le « Noël de bébé » dans Le Petit Marseillais du 25 décembre 1890 qui annonce un « grand bal de famille » orchestré par l’Estudiantina provençale et surtout le « grand souper » du 31 décembre.

    Au XIXe siècle, Noël est encore d’une grande sobriété commerciale. Ce n’est pas encore la débauche mercantile de l’ère consumériste des Trente glorieuses. Mais se met en place le rituel du cadeau de Noël pour les enfants sages et surtout les étrennes qui renvoient à l’antiquité quand les Romains célébraient Strena la déesse de la santé romaine en offrant de la verveine. « Étrenne » un mot qui surgira au XIIe siècle pour signifier le cadeau du nouvel an. Il faut attendre l’essor des grands magasins et surtout leur catalogue de cadeaux pour affirmer la poupée comme le cadeau genrée destinées aux filles. Pour les garçonnets, le petit soldat de plomb forgera leur patriotisme. L’industrialisation va produire le jouet mécanique (locomotive, cheval en fer-blanc) et les animaux en peluche. Recevoir une orange ou une banane est un luxe envié. En revanche, une pomme de terre ou un morceau de charbon vexeront les indisciplinés.

    Les magasins de nouveautés se transforment. Le Printemps, les Nouvelles galeries vont commercialiser le rituel et créer la féérie des vitrines. On passe des bougies aux guirlandes électrifiées. A Paris, le Bon Marché inaugure en 1909 la première vitrine animée de Noël qui cette année là est consacrée à la découverte du pôle Nord. La magie de Noël se répand en province et avec elle l’enchantement des objets manufacturés tombés du ciel lors de la belle nuit de Noël.

    Le sapin de Noël nous vient d’Allemagne mais surtout de la perte existentielle en 1871 de l’Alsace-Lorraine. Le sapin des Vosges décoré devient aussi « un vieux patriote, un fier protestataire » (Le Petit Marseillais du 13 décembre 1894) qui représente pour les Alsaciens Lorrains « le pays d’où ils ont dû émigrer ».