Tag: Hérault

  • Mobilisation contre « la répression » dans le social

    Mobilisation contre « la répression » dans le social

    Ils étaient une quarantaine à s’être regroupés devant le siège de l’Association d’accueil des personnes handicapées de l’Hérault (APSH 34) basé à Malbosc. Ils reprochent à la direction un management « toxique » qui se traduit par la convocation de deux salariés pour une éventuelle sanction. « La direction reproche à ces deux salariés, lors d’un week-end, de ne pas avoir alerté leur cadre d’astreinte car les toilettes d’un logement étaient bouchées et d’avoir laissé le résident dans des conditions indignes. Sauf que les salariés ont trouvé une solution pour le week-end et le problème était résolu le lundi. Les raisons de ces convocations deviennent de plus en plus lunaires », explique José Théron, secrétaire général de la CGT Action sociale dans l’est de l’Hérault.

    Conséquence des coupes dans les budgets ?

    Si la CGT a tiré la sonnette d’alarme c’est que la situation à l’APSH34 n’est pas rare. « On constate une multiplication des mesures disciplinaires, des entretiens préalables à sanction et des licenciements pour inaptitude. Le management se durcit alors que nous sommes dans un secteur qui manque de personnel », confirme le syndicaliste. Pour illustrer son propos, José Théron s’appuie sur la situation d’une infirmière convoquée la semaine précédente par son employeur, le Pôle d’urgence sociale de l’Avitarelle, en vue d’un possible licenciement : « Elle a déjà eu 25 jours de mise à pied sans salaire. On ne connaît pas encore la sanction mais on se dirige vers un licenciement. Elle est accusée de harcèlement, de non-respect de la hiérarchie et du lien de subordination. C’est délirant ! D’autant qu’elle est soutenue par l’équipe avec laquelle elle travaille. »

    Depuis plusieurs mois, les syndicats de l’action sociale de l’Hérault multiplient les manifestations pour dénoncer les coupes budgétaires dans ce secteur et montrer leurs conséquences sur les usagers mais aussi sur les structures et les employés. « Il y a des baisses de budget au niveau de l’ARS ou du Département. Ce sont donc des économies faites sur le dos de personnes accueillies. Comme la masse salariale représente 80 à 85% des dépenses des structures, on comprend pourquoi elles essaient de se séparer d’une partie de leur personnel », précise José Théron.

  • Un arsenal renforcé pour encadrer les meublés touristiques à Montpellier

    Un arsenal renforcé pour encadrer les meublés touristiques à Montpellier

    Dès 2021, la Métropole a mis en place un dispositif de régulation des meublés de tourisme sur Montpellier, imposant l’obtention préalable d’une autorisation délivrée par la Mairie. Un dispositif étendu l’année suivante à la commune de Lattes. Face à l’ampleur du phénomène, la collectivité s’est ensuite saisie, dès qu’elle l’a pu, de la loi « Le Meur » de 2024 offrant de nouveaux outils pour encadrer ces locations de type Airbnb. Refusant de voir Montpellier devenir « une ville cadenas », le maire et président PS de la Métropole Michaël Delafosse a fait le choix d’aller « au maximum de ce que nous permet la loi », soutenu par un vote à l’unanimité sur cette question en conseil de Métropole du 14 octobre.

    Reflet de ce développement exponentiel des meublés de tourisme dans le centre de la capitale héraultaise, de nombreuses boîtes à clés, accrochées sur les bancs, les barrières de sécurité le long des lignes de tramway, les barrières à vélos, etc, envahissent l’espace public, au point que la Ville a décidé, en vertu d’un arrêté municipal en date 7 mai, de les interdire. Avisés par un autocollant disposé sur la boîte à clés, les propriétaires ont 15 jours pour retirer leur matériel, faute de quoi la Ville procède elle-même à l’enlèvement.

    Début 2025, la commune de Montpellier comptabilisait
    5 728 meublés de tourisme déclarés, dont 3 032 en résidence secondaire. « Ces locations de courte durée prennent de plus en plus la place de logements à l’année pour les gens qui vivent et travaillent sur le territoire. Montpellier est déjà très tendu en termes d’accès au logement, avec des loyers très chers. Ce phénomène pénalise encore davantage les familles qui cherchent à se loger  », dénonce Claudine Vassas-Mejri, maire PS de Castries et vice-présidente à la Métropole déléguée à l’habitat.

    + 33% de contrôles en 2024

    Plusieurs nouvelles mesures ont été adoptées dans le cadre de ce règlement plus contraignant : interdiction d’un usage de meublé touristique pour les logements ayant bénéficié d’aides publiques directes ou indirectes ou d’un dispositif d’accession à la propriété ; obligation de performance énergétique pour proposer un logement à la location meublée de courte durée (DPE entre A et E, puis A à D à partir de 2034) ; production d’une déclaration sur l’honneur attestant de la conformité du projet au règlement de copropriété, la loi Le Meur donnant la possibilité aux copropriétés d’interdire la location meublée de tourisme à la majorité des copropriétaires représentant au moins les deux tiers des voix en AG ; limitation de la durée de validité des autorisations temporaires sans compensation à 4 ans non reconductibles ; création d’une « zone à quota » au sein de laquelle un nombre maximal d’autorisations peut être délivré. « Ce périmètre géographique, qui correspond au centre historique, représente 7,3 % du territoire communal et concentre 52 % des meublés de tourisme. Et ces logements représentent 3,7 % du parc résidentiel, voire parfois plus de 7 % dans certains secteurs, contre 1,67 % de moyenne dans le reste de la ville », illustre Claudine Vassas-Mejri. « Une zone à quota a donc été créée, le nombre maximal étant fixé à 770 logements, incluant les autorisations en cours et les anciennes. On est déjà au-delà. Ça veut dire que pour l’instant, aucune nouvelle autorisation ne peut être délivrée », indique l’élue. À noter également le vote, lors du conseil municipal de Montpellier du 16 octobre, d’une délibération portant de 120 à 90 jours par an la durée maximale de location des résidences principales.

    S’agissant des sanctions, la loi prévoit désormais une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros par logement transformé sans autorisation (contre 50 000 auparavant). De leur côté les contrôles, en augmentation (+33% en 2024), ont permis de régulariser la situation de 278 logements, soit par régularisation soit par cessation de l’activité. En 2024, 90 logements ont cessé d’être loués en meublés de tourisme et ont été rendus à leur usage d’habitation. La Ville a par ailleurs engagé plusieurs contentieux devant le tribunal judiciaire, qui doivent être examinés en décembre prochain.

  • Autopartage : Modulauto étoffe son offre à Montpellier

    Autopartage : Modulauto étoffe son offre à Montpellier

    Lentement mais sûrement, la société Modulauto, spécialiste montpelliérain de l’autopartage, étoffe son offre. Centrée sur la capitale héraultaise, qui concentre l’essentiel de sa flotte, l’entreprise peaufine son maillage régional de véhicules mis à disposition des particuliers et des professionnels avec l’ouverture de 35 nouvelles stations dont 26, d’ici décembre, dans la métropole de Montpellier. « Il s’agit aussi bien de mailler le centre de Montpellier que d’investir des quartiers  », précise le patron de l’entreprise, Olivier de Broissia. « On va par exemple accompagner l’ouverture de la ligne 5 de tramway en allant vers l’ouest et le nord de Montpellier, car on pense que si les gens peuvent utiliser le tramway ou le vélo pour des déplacements quotidiens, ils n’ont plus forcément besoin d’un véhicule individuel  ». Dans la même logique, une station Modulauto a été créée gare Sud de France à l’occasion de l’extension de la ligne 1 de tramway, effective depuis le 18 octobre. En parallèle, le parc Modulauto au sein du hub des mobilités du parking de la Comédie passe de 5 à 12 véhicules et devrait atteindre 20 véhicules à la fin de l’année.

    Présent dans l’Hérault essentiellement (Montpellier, Castelnau-le-Lez, Saint-Jean-de-Védas, Lattes, Baillargues, Saint-Gély-du–Fesc, Béziers, Sète, Gignac, Lunel) mais aussi dans le Gard (Nîmes, Vauvert), les Pyrénées-Orientales (Perpignan) ou, dans une moindre mesure, l’Aude (Carcassonne, Narbonne), Modulauto gérera 140 à 150 stations d’autopartage en fin d’année. « À cette date, nous disposerons de 200 véhicules en Occitanie, dont 170 à Montpellier  », annonce Olivier de Broissia. « D’ici 2028, nous ambitionnons d’atteindre une flotte de 300 véhicules dans la métropole de Montpellier, pour rendre notre service accessible au plus grand nombre, à 300 mètres maximum de chez soi.  »

    Petit à petit, la pratique de l’autopartage « en boucle », qui consiste en l’utilisation régulière ou occasionnelle de voitures en libre-service 24h sur 24 restituées à leur point de départ, « se démocratise », selon Olivier de Broissia. « Au départ nos utilisateurs étaient des militants, vivant en centre urbain. Aujourd’hui, on a tout type de clientèles », assure-t-il. L’observatoire annuel de l’Association des acteurs de l’autopartage estime à un million le nombre de Français pratiquant l’autopartage sous toutes ses formes en janvier 2025, soit une augmentation de +11,5% en un an. Concernant Modulauto, « on est passés de 3000 à 4500 utilisateurs Montpellier entre 2023 et 2025. Ils sont 5 000 en Occitanie », indique le PDG. « Nous construisons une alternative crédible à la voiture individuelle », estime Olivier de Broissia, qui confie vouloir se développer encore à Nîmes, Perpignan, Béziers, Sète, en lien avec les hubs de mobilité.

    À noter que les acteurs majeurs français du secteur, dont Modulauto, se réuniront à Montpellier le 4 décembre à l’occasion de la journée nationale de l’autopartage.

  • Lunel dévoile les trésors de son patrimoine écrit

    Lunel dévoile les trésors de son patrimoine écrit

    Remonter le temps à la découverte du Lunel du Moyen-Âge, en dévoilant les « trésors cachés  » du patrimoine écrit de la commune. C’est ce que propose, jusqu’au 7 mars, la nouvelle exposition du musée Médard, lieu dédié au livre et au bibliophile Louis Médard.

    « On a voulu montrer à la fois les trésors cachés des archives et du fonds Médard  », explique Valérie Dumoulin, directrice des archives et du musée. « Cette démarche est à mettre en lien avec la réfection du centre ancien de Lunel, qui met en valeur le patrimoine bâti. Nous, nous sommes concentrés sur le patrimoine écrit », poursuit-elle. « Cette exposition qui porte sur la période médiévale va permettre aux habitants d’explorer, de comprendre l’histoire locale », complète l’adjointe à la culture Corinne Poleri. « C’est aussi une façon de les sensibiliser à l’importance de cette mémoire collective et à la nécessité de préserver les documents historiques. »

    La première partie de l’exposition, au rez-de-chaussée, est organisée autour d’un document rare issu des archives de la commune : le Livre blanc, cartulaire exceptionnel retraçant la vie de Lunel du XIIIe au XVIe siècle. « Dedans, figurent les criées publiques avec tous les règlements de la ville au XIVe siècle, on apprend ce qu’on avait le droit ou pas de faire à Lunel à cette époque, on apprend également plein de choses sur les métiers, les mœurs dans la ville…», décrit la directrice du musée. « C’est une mine d’informations sur la vie quotidienne, même si le document en lui-même, sur parchemin, avec une écriture pas facile à déchiffrer, est difficile d’accès pour le grand public. Pour autant j’avais vraiment envie de le faire connaître aux Lunellois. Nous nous sommes donc attachés à en montrer la richesse et à la rendre accessible », poursuit Valérie Dumoulin.

    Le Livre blanc, l’Enfer, les Oiseaux de Buffon…

    La première salle pourrait ainsi s’intituler « le Livre blanc illustré  », à travers une vitrine dédiée aux foires et marchés, une autre aux péages, une autre encore aux poids et mesures. Une tablette tactile permet également de « faire vivre » le livre blanc.

    Ce document ayant été initié en 1273 par le dernier seigneur de Lunel, de la dynastie des Gaucelm, la deuxième salle propose de découvrir qui sont ces Gaucelm, à travers notamment deux documents sur parchemin avec une bulle de plomb (un sceau) aux armes de ces seigneurs de Lunel. Une plongée dans le Lunel du XIIIe siècle au cours de laquelle les visiteurs, petits et grands, pourront se costumer dans un décor d’époque et se prendre en photo.

    Si cette première partie de l’exposition est conçue à partir des seules archives de Lunel, le premier étage s’attache, lui, à mettre en lumière des ouvrages rares issus des collections du musée. 13 des 15 manuscrits médiévaux de Louis Médard sont ainsi présentés : livres liturgiques, missels, livres d’heures, lectures savantes et morales… Une vitrine est également consacrée à la matérialité du manuscrit (cuir, nerf de buffle, pigments naturels…) et à la façon dont on personnalise un manuscrit.

    Autre clou de l’exposition, qui lève le voile sur un pan plus intime de Louis Médard : l’Enfer, ce meuble aveugle situé dans la bibliothèque du collectionneur, où étaient conservés, à l’abri des regards, des ouvrages jugés « dangereux » ou licencieux à son époque. « Beaucoup critiquent l’Église catholique ainsi que ceux qui ont révoqué l’édit de Nantes (Médard était protestant). Mais on trouve aussi un ouvrage sur les tétons, un autre sur le culte du phallus, avec des gravures grivoises, des contes en vers de La Fontaine, écrits bien avant ses fables très morales puis reniés par l’auteur, interdits mais réédités sous le manteau  ».

    Enfin, les visiteurs pourront découvrir « une édition très rare des Oiseaux de Buffon, en grand format, aquarellée à la main, finitions de luxe, sur un superbe papier, qui aurait appartenu, d’après Louis Médard, à Mirabeau. » Une riche mémoire de papier à la croisée de l’histoire et de la littérature.

  • [Entretien] Gaëlle Lévêque : « L’image renvoyée par les politiques nationaux met à mal celle de l’élu local »

    [Entretien] Gaëlle Lévêque : « L’image renvoyée par les politiques nationaux met à mal celle de l’élu local »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir pris cette décision ?

    Gaëlle Lévêque : C’est le fruit d’une réflexion qui a été assez longue. C’est aussi le constat qu’être élue, c’est un engagement citoyen, un engagement qui est sur un temps donné. On n’est pas sur un métier mais sur une fonction liée à un territoire. J’arrive à la fin de mon troisième mandat d’élue à la ville de Lodève – j’étais adjointe sur les deux précédents [de 2008 à 2020, Ndlr.] – et c’est déjà un temps relativement conséquent. La fonction de maire est une fonction totale et absolue en termes d’investissement. On est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est bien quand c’est un temps de sa vie et pas toute sa vie.

    En 18 ans de mandat, avez-vous vu la fonction du maire évoluer ?

    G.L. : Ce qui est certain, c’est que ce mandat 2020-2026 a été marqué par une complexité plus grande. Déjà, il a démarré en plein Covid : plein de choses qu’on avait prévues n’ont pas été réalisées du fait des confinements, et puis de toutes les contraintes liées à la pandémie. Ce mandat a aussi été marqué par la crise énergétique, ce qui fait que dès 2022 on a été obligé de réorienter plein d’investissements qu’on voulait réaliser sur la ville pour se focaliser sur la baisse de la consommation énergétique. Nous avons effectué de gros travaux sur plusieurs bâtiments publics à isoler et des changements de chaudières, tout ça pour arriver à diminuer notre consommation d’électricité vu l’augmentation qu’il y avait eue au niveau des prix. Dernièrement, il y a enfin le contexte politique national, l’incertitude budgétaire depuis la fin d’année dernière et les annonces des gouvernements successifs sur la nécessité de réduire la dette publique, qui passerait par une réduction des dotations aux collectivités. Tout cela donne un mandat vraiment très difficile. On a du mal à se projeter.

    Au-delà de ces facteurs externes, l’image de l’élu a-t-elle changé ?

    G.L. : Elle se complexifie. L’image que renvoient les politiques nationaux sur le rôle d’élu, on le ressent au niveau local. Pourtant, je pense que ce sont des fonctions qui sont très différentes, vu que nous sommes au contact permanent de la population sur des projets qui touchent directement les habitants. Il y a quand même, je pense, une dégradation du sentiment de l’opinion publique vis-à-vis des élus en général, à cause des élus nationaux qui, à mon sens, donnent des très mauvais signaux. Les conséquences qu’on peut avoir sur le terrain, c’est qu’on a l’impression que les gens ont beaucoup moins de respect pour la fonction de l’élu et donc du maire, des adjoints, et des conseillers municipaux.

    Certains dénoncent des pressions, qui mènent parfois même à des violences de la part des administrés. Vous le constatez aussi ?

    G.L. : Oui, alors je n’ai jamais subi de violence. Mais en fait, on sent une telle angoisse chez les gens, une angoisse d’avenir, on est dans une situation qui est très tendue socialement, politiquement, économiquement, etc. Tout ça génère de l’angoisse. Et quand il y a de l’angoisse, il y a de l’agressivité. Et on nous met sur les épaules, nous élus locaux, des choses qui ne sont pas de notre ressort. Ce qui n’est pas très grave, mais on sent vraiment qu’il y a une tension. Il y a aussi le phénomène des réseaux sociaux, qui sont un sacré déversoir d’angoisse encore une fois, et on voit des mots qui sont un peu affolants quand même.

    Pour les élections municipales de 2026, beaucoup d’édiles ont annoncé ne pas se représenter et jeter l’éponge. Peut-on parler de crise de la vocation ?

    G.L. : Oui, je les comprends, et j’échange énormément avec des élus qui sont dépassés par rapport à tout ce que je viens de vous dire. On peut aussi ajouter le fait qu’on est dans une société qui a empilé les réglementations les unes sur les autres. Nous, sur le terrain, on doit à la fois les appliquer et les faire appliquer. Souvent, on a des injonctions contradictoires entre ce que la réglementation nous impose, et ce qui est attendu de nous. Et ça, tous les élus locaux le vivent.

    Comment voyez-vous la suite ?

    G.L. : Il y a une équipe en cours de construction, avec un programme en cours d’élaboration. Je les soutiendrai du mieux que je pourrai parce que c’est la continuité du travail qu’on a fait ensemble depuis 18 ans, donc je suis très attachée à cette manière de faire et d’envisager un mandat municipal. Et puis après, je suis conseillère départementale du canton de Lodève avec un mandat jusqu’en 2028, donc je resterai sur le terrain et auprès de Lodève et des Lodévois.

  • En Occitanie, le livre a pignon sur rue

    En Occitanie, le livre a pignon sur rue

    C’est une tendance qui semble se confirmer d’année en année. De plus en plus de Français boudent la lecture. La dernière étude publiée par la Commission nationale du livre (CNL), en avril 2025, confirme cette inexorable déliquescence. « 63% des Français ont lu au moins 5 livres au cours des 12 derniers mois, hors lectures professionnelles et livres lus aux enfant », note la CNL. Soit une baisse de 6 points en deux ans. La part de la lecture quotidienne est au plus bas depuis dix ans : 45 % des Français liraient chaque jour.

    Un état des lieux peu reluisant, reflétant le contexte national. « On observe une baisse de fréquentation dans les librairies, donc une baisse des achats, il y a une désaffection par rapport à la lecture. Ce à quoi s’ajoutent la problématique des charges sans cesse croissantes au niveau des maisons d’édition et des charges fixes également dans les librairies, de la situation de précarité des auteurs », détaille Yanik Vacher, chargée de mission Édition à l’agence régionale Occitanie livre et lecture [devenue l’Agence Occitanie culture depuis le 1er octobre, Ndlr]. Toute la chaîne du livre se retrouve ainsi impactée. Afin de prendre le pouls de la filière régionale, l’agence réalise chaque deux ans un baromètre de suivi du livre. À l’aune de la publication des chiffres clés de 2025, Occitanie livre a réuni plusieurs acteurs de la filière le temps d’une journée d’échange sur les mutations observées du livre.

    La force du maillage

    Car il semble que l’Occitanie est moins touchée par cette désaffection pour la lecture qu’au niveau national. En effet, fin 2024, on comptait 1294 autrices et auteures occitans (écrivains, illustrateurs, scénaristes BD, traducteurs littéraires) avec un tirage initial de plus de 500 exemplaires. Soit une hausse de 5 points en deux ans. Cette bonne santé se confirme également dans le nombre de libraires – 278 avec des plusieurs ouvertures au cours des deux dernières années – et dans le nombre de bibliothèques avec 1947 points de lecture, faisant de l’Occitanie la seconde région de France la plus garnie.

    « La force d’un territoire pour maintenir sa vitalité, c’est le maillage. Si vous avez de la création, des éditeurs, des libraires, une agence dynamique qui va du coup faire du lien entre les différents cloisonnements, les points de vente, les médiathèques, de forts événements. Tout ceci vient casser cette dynamique nationale », détaille David Demartis, éditeurs aux Éditions du Murmure et invité lors de la journée interprofessionnelle. À cela s’ajoute le bouche-à-oreille entre libraires, médiathécaires et auteurs. Un bon réseau régional qui permet une meilleure information de la chaîne du livre. « Les auteurs sont assez peu au courant des problématiques d’éditeurs, des problématiques des imprimeurs, des distributeurs, des diffuseurs, des libraires, des médiathèques. Il y a vraiment ce travail d’identification d’une profession. On était il y a encore quelques années incapables de faire une liste des auteurs et autrices qui avaient référencé dans telle ou telle région », souligne Stéphanie Le Cam, maître de conférences en droit privé à l’Université Rennes 2 et directrice de la ligue des auteurs professionnels. La précarisation des acteurs lors de la crise sanitaire a fait bouger les lignes. « C’est souvent suivi de mise en place de dispositifs d’accompagnement, de soutien, pas forcément par le biais d’aide à la publication, parfois de permanence juridique », poursuit Stéphanie Le Cam.

    Tout cela étant permis grâce à la politique volontariste de la Région Occitanie. « Par rapport à l’édition, on est sur un système d’aide qui est particulièrement remarquable puisque nous sommes la seule Région justement où les aides à la fabrication et à la création de collection font partie de la ligne investissement », insiste Yanik Vacher. Une aubaine en cette période de sape des budgets culturels, premières victimes de l’austérité.

  • Combattre l’extrême droite et l’uniformisation

    Combattre l’extrême droite et l’uniformisation

    Alors que ces dernières années l’extrême droite a mis le grappin sur plusieurs médias – Cnews, Europe 1, Paris Match, etc. -, un phénomène bien documenté, on connaît moins sa bataille contre le monde de l’édition. À l’instar de Vincent Bolloré, milliardaire ayant racheté Hachette après avoir vendu Editis à Daniel Kretinsky. Au risque de mettre à mal le pluralisme. « Une profession, quand elle n’est pas organisée, pas structurée, pas consciente des enjeux de transformation des métiers, ne peut pas lutter contre toute politique de contamination qui arrive », précise Stéphanie Le Cam, maître de conférences en droit privé à l’Université Rennes 2 et directrice de la ligue des auteurs professionnels. Une contamination brune qui a déjà fait des victimes. Notamment la collection Fayard, qui vient de publier la biographie de… Jordan Bardella. « Un monument qui s’est écroulé », soupire David Demartis, éditeur aux Éditions du Murmure.

    Parallèlement à ces attaques de l’extrême droite, l’édition est également aux prises, depuis quelques années, avec un phénomène d’uniformisation, les grands distributeurs privilégiant ce qui fait vendre. « Le phénomène de best-sellerisation n’a jamais été aussi présent chez les gros éditeurs, qui veulent systématiquement faire des coups. Au début des années 90, nous étions à 3 500 nouveautés à l’année. Aujourd’hui, nous sommes passés à 60 000. Il y a donc une massification de la production, on sature l’espace. On ne sait pas vers quoi le public va se diriger mais si ça marche, les techniques d’impression permettront de faire un stock rapide », souligne David Demartis. Attirés par l’appât du gain, les distributeurs mettent à mal la diversité. « Il y a la volonté de prendre le moins de risques possibles, donc sur une publication très originale, singulière au point que le risque économique est beaucoup plus grand, on a tendance peut-être effectivement à chercher à atténuer tout ça », confirme Stéphanie Le Cam.

    « Prise de conscience »

    Deux phénomènes qui mettent à mal les petites structures. Au risque de définitivement les condamner ? « Il y a une prise de conscience. Aujourd’hui des structures sont de plus en plus capées et ont compris ces enjeux de transformation, de concentration, de politique et donc sont en mesure de répondre mais avec des moyens qui sont, soyons clairs, insuffisants financièrement », reprend Stéphanie Le Cam. Une résistance à l’œuvre qui passe notamment par les médiathèques et libraires, « nos alliés et en première ligne, puisque c’est eux qui vont recevoir par exemple ces bouquins à la vente ou à la prescription », fait valoir David Demartis. Le combat ne fait que commencer.

  • Les Lebrun, maîtres à leur propre table

    Les Lebrun, maîtres à leur propre table

    Ils connaissent tous ça. Quand ils se hissent sur le toit du monde, ou de l’Olympe, les joueurs de tout bord, de tout sport vivent une décompression. L’excitation, la peur et le goût du dépassement retombés, ils se perdent un peu à travers l’ordinaire.

    Quinze mois après les JO de Paris et leur consécration, les frères Alexis (22 ans) et Félix Lebrun (19 ans) s’épargnent tout contrecoup. L’un et l’autre s’avancent vers le tournoi WTT de Montpellier (équivalent d’un Master 1000 au tennis) dans un enthousiasme contagieux et offrent un remède anti-déprime à un monde anxiogène.

    Du 28 octobre au 2 novembre à la Sud de France Arena, les deux frangins de Montpellier seront plus que jamais au cœur des regards. Au crépuscule d’une saison pourtant entachée de contrariétés, ils vivront ce tournoi à la maison où l’attente sera décuplée. Notamment pour Félix, prophète en son pays il y a tout juste un an.

    Félix et Alexis sortent d’une semaine fantastique lors du championnat d’Europe à Zadar (Croatie). Écho lointain des JO, ils ont drainé dans leur sillage le tennis de table français. Sur l’antenne de l’Équipe, et la finale suivie par un million de téléspectateurs, ils l’ont portée vers un titre de champion d’Europe par équipe vingt-sept ans après le sacre de la génération Gatien. Au côté du Toulousain Simon Gauzy, mais aussi de la nouvelle pépite Flavien Coton ou de Thibault Poret, ils ont porté le ping français au sommet de l’Europe. Comme une preuve supplémentaire de leur domination, de leur constance et des nouveaux territoires à conquérir.

    Félix traverse un automne au zénith. Le plus jeune des frères Lebrun n’a pas connu la moindre défaite au cours des sept tours du championnat d’Europe. Il joue dans une confiance rare, peut-être porté par sa réussite inédite lors du Grand smash de Pékin. En effet, début octobre, il a été le premier joueur français à atteindre une finale « d’un tournoi du grand chelem ». Seul, le numéro 1 mondial chinois Wang Chuqin l’a stoppé net en finale.

    À l’heure actuelle, il subjugue l’Alésien Jean-Philippe Gatien, médaille d’argent aux JO de Barcelone à l’œil expert. « Face à l’Allemagne, en demi-finale, j’ai été encore impressionné. Il a été un leader colossal. Il enlève une pression monumentale à ses partenaires, c’est un compétiteur hors pair  », souligne l’ancien numéro 1 français.

    Félix a visiblement digéré ses soucis de croissance pour retrouver toute la plénitude de son jeu. Et fonce vers le tournoi de Montpellier avec le défi immense d’être à la hauteur devant son public à défaut de croiser son bourreau à Pékin.

    « On dit qu’il a l’un des meilleurs services et revers au monde. Il a surtout la lucidité pour déclencher le coup au moment. C’est réservé à certains champions. Il a cette âme de champion et s’épanouit dans la dimension collective. Il joue avec et pour les autres. Et il a une capacité mentale impressionnante », relève Gatien.

    Alexis est peut-être moins dominateur dans une saison perturbée par une blessure à une main. Une fracture du 5e métacarpe de la main droite. Un avant et un après dans sa saison. Lors de la finale fratricide du championnat de France, le champion en titre, frustré par la défaite en finale face à son frère, s’est blessé et a suspendu son élan.

    Jusque-là, l’aîné des Lebrun avait atteint la demi-finale du grand smash de Singapour et décroché le Top 16 européen. Ce titre par équipes à Zadar le replace dans les radars avec le tournoi de Montpellier. « C’était une vraie victoire de ping-pong, on a tous réussi à proposer un super niveau de jeu, notamment sur la finale où je pense qu’on est tous arrivés au meilleur de notre forme  », a-t-il mis en avant au journal de 20h de France 2, aussi à l’aise face à Léa Salamé qu’en match.

    La grande affaire des frères Lebrun, et de cette équipe de France, est d’être à la table des Chinois. Et de conquérir le monde. En 2028 pour les JO de Los Angeles et dans les divers travaux d’approche.

    Ils seront probablement frustrés de ne pas se mesurer aux meilleurs Chinois de la planète autour de leur propre table. En effet, la semaine prochaine à Montpellier, les frères Lebrun en retrouveront plusieurs autour de la table. Mais Wang Chuqin (n°1), maître à Pékin, Lui Shidong (n°2), ou Liang Jingkun (n°6) ne seront pas du voyage à la Sud de France Arena.

  • « De plus en plus de violences sans arrestation »

    « De plus en plus de violences sans arrestation »

    « À quelques jours de la prochaine mobilisation intersyndicale, je suis extrêmement inquiet de la présence possible de groupes d’extrême droite violents à proximité de la manifestation. Comment un groupe facilement repérable, masqué, peut-il se déplacer et agir à son aise alors qu’un dispositif policier aussi important est présent ? », interroge Serge Ragazzacci dans un courrier adressé au préfet de l’Hérault au lendemain de la manifestation du 18 septembre. « Les images et les témoignages, l’agression extrêmement brutale aux Beaux-Arts nous interrogent », poursuit le secrétaire général de l’union départementale CGT de l’Hérault qui souligne, quelques lignes plus loin, que « ce n’est pas la première fois qu’à Montpellier ces groupes violents agissent. Les exactions ont même tendance à se multiplier et surtout à devenir de plus en plus violentes.  »

    Une inquiétude que vient confirmer la publication, le 16 octobre, du rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM) sur les violences perpétrées par un groupe de militants d’extrême droite lors de la manifestation du 18 septembre. Le document interroge, vidéos à l’appui, l’attitude des forces de l’ordre à l’égard des fauteurs de troubles, qui n’ont pas été inquiétés.

    « Où en est l’enquête ? »

    « La manifestation ayant été déclarée par l’intersyndicale, il faut que l’ensemble des organisations prennent connaissance des faits et qu’on en débatte ensemble », estime Serge Ragazzacci. L’intersyndicale doit donc se réunir à cet effet le 7 novembre.

    Julien Frayssinhes, co-secrétaire de Solidaires 34, syndicat membre du collectif Montpellier contre l’extrême droite, s’est déjà plongé dans le rapport documenté de l’OLM. Il se dit frappé par « l’inaction de la police ce jour-là. On a un groupe d’une vingtaine de membres de l’extrême droite qui commence, dès le matin, à intimider des lycéens en train de bloquer le lycée Joffre. Le proviseur, qui avait pourtant signalé cette présence au rectorat et aux autorités policières, a dû ouvrir le lycée pour mettre en sécurité les lycéens, faute d’intervention. Ensuite à la fin de la manif, sur la place de la Comédie, les CRS s’interposent et exfiltrent ces mêmes membres de l’extrême droite. 45 minutes après, l’un de ces hommes masqués prend violemment à partie, sur l’esplanade, des représentants de l’Observatoire des libertés de Montpellier. Encore une fois, la Bac, qui est à proximité, ne fait rien. Et tout ça finit par une agression violente aux Beaux-Arts. C’est d’une impunité totale. Qu’on laisse naviguer ces gens-là toute la journée dans la ville est très inquiétant  », estime Julien Frayssinhes. « On se demande à quoi sert le dispositif de sécurité démesuré mis en place ce jour-là, si ce n’est à dissuader les gens d’aller en manifestation. Parce que là on voit bien qu’il y a des troubles à l’ordre public qui ne sont pas contrôlés », poursuit le responsable de Solidaires 34. Qui s’interroge  : « Où en est l’enquête ? On est plus d’un mois après les faits. Dans une communication du 26 septembre, la préfecture affirme que des contrôles d’identité ont été réalisés au moment de l’exfiltration de la Comédie. Ça veut dire qu’il y a des noms. Par ailleurs sur les vidéos, on voit qu’il y a des individus en commun sur la Comédie et aux Beaux-Arts  », insiste Julien Frayssinhes. « Ce qu’on souhaite, avec l’appui du rapport de l’Observatoire des libertés, c’est que des principes soient réaffirmés.  »

    Car de façon plus générale, Serge Raggazacci et lui font le même constat  : « il y a de plus en plus d’actes de violences qui proviennent de groupes d’extrême droite sans qu’il y ait d’arrestation », observe le secrétaire départemental de la CGT 34. « Il ne faut pas tomber dans la caricature du “tous les flics sont des fachos, tout le monde déteste la police”, ce n’est pas mon credo. Mais on s’interroge légitimement sur le climat, sachant qu’il y a déjà eu plusieurs actes de violences qui pour l’instant ne font pas l’objet de suites. »

    A.G.

  • Montpellier réduit la pub dans l’espace public

    Montpellier réduit la pub dans l’espace public

    Montpellier fait sa mue publicitaire. La Ville vient d’adopter un nouveau contrat encadrant l’affichage dans l’espace public, marquant un tournant écologique et esthétique. Le mot d’ordre : réduire la pression visuelle et énergétique. « Moins 33% de panneaux, moins 50% de leur taille et moins 100% de numérique », résume l’élu Bruno Paternot, vice-président de la Métropole en charge du Règlement local de publicité intercommunal (RLPi).

    Jusqu’à présent, la gestion de la publicité urbaine reposait sur trois types de contrats. Désormais, un seul cahier des charges s’applique, simplifiant le dispositif tout en renforçant les exigences environnementales. Les publicités seront désormais interdites dans un rayon de 150 mètres autour des écoles contre 50m auparavant : une première en France. Le nombre total de supports diminue d’un tiers, leur format est réduit de moitié et leurs emplacements réévalués pour ne pas gêner les poussettes ni les fauteuils roulants. Les publicités sexistes, promouvant la malbouffe ou les alcools forts, seront également bannies.

    Remplacer la pub par des arbres

    Mais la mesure la plus emblématique reste la suppression totale des panneaux numériques. Ces écrans, particulièrement énergivores, consomment environ 7 000 kWh par an, soit l’équivalent d’un foyer de trois personnes. « Ce n’était pas la collectivité qui payait, mais la planète qui en faisait les frais. Désormais, nous évitons cette dépense », souligne Bruno Paternot. Dès l’entrée en vigueur du contrat, un plan de démontage est prévu pour ces dispositifs lumineux. Le nouveau marché, attribué à la société JC Decaux pour une durée de 17 ans, prendra effet le 27 novembre 2025. Il porte sur l’exploitation de 382 mobiliers urbains, dont la moitié servira prioritairement à l’information municipale plutôt qu’à la publicité commerciale.

    Pour la majorité municipale écologiste, c’est un symbole fort : « Pas d’écologie sans écologistes. Quand nous sommes aux manettes, ce sont des modifications concrètes : moins de pub, plus d’arbres », se félicite Bruno Paternot. Les élus d’opposition regrettent toutefois que la Ville n’aille pas plus loin, certains plaidant pour une régie publique ou une suppression totale de la publicité. Reste que Montpellier s’impose désormais comme pionnière d’une politique urbaine plus sobre : un choix assumé, entre esthétique, santé publique et responsabilité écologique.