Tag: Hérault

  • Fernando Costa, le magicien du métal

    Fernando Costa, le magicien du métal

    Ancré dans son Périgord natal, où il est installé son atelier, Fernando Costa est un artiste autodidacte qui expose aujourd’hui dans le monde entier. Depuis bientôt 30 ans, il crée des œuvres à partir de supports en tôle émaillée (panneaux de signalisation, carrosseries de voitures, récupérations de pièces métalliques diverses) qu’il découpe, taille, réassemble et soude sur de grandes plaques de métal qui deviennent alors de véritables tableaux.

    Jusqu’au 20 septembre, le musée d’art urbain et contemporain de Montpellier Parcelle 473* invite à découvrir son univers en accueillant l’exposition « Le Champ du métal », Pour ce projet, l’artiste s’est servi d’éléments de vieux tracteurs agricoles. « Pliés, assemblés, mis sous tension, ces éléments mécaniques marqués par l’usage et le temps deviennent les composants d’œuvres puissantes où la force industrielle rencontre la mémoire rurale », commente Laurent Rigail, galeriste parisien fondateur et directeur du musée Parcelle 473. Certaines pièces prennent la forme de sculptures monumentales, d’autres s’apparentent à de véritables tableaux de métal.

    « Cette exposition résonne particulièrement avec l’histoire du musée, ancien site viticole », souligne Laurent Rigail. « Ces fragments de vieux tracteurs rappellent un passé agricole et ouvrier, fait de gestes répétés, d’efforts, de contraintes et de transformation de la matière. Fernando Costa ne cherche pas à effacer cette histoire  : il la plie, la contraint, la met sous tension pour en révéler une nouvelle forme. Son travail, nourri par l’héritage de la sculpture industrielle et notamment celui de César, interroge notre rapport à la force, à l’usage et à la mémoire des objets. »

    A.G.

    * 425 avenue des Frères Bühler

  • « Un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire »

    « Un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire »

    La Marseillaise : Les premiers actes du nouveau maire RN de Vauvert ont été de déprogrammer une exposition de photos à cause des opinions politiques prétendues de son auteur et de retirer ses subventions au festival Jazz à Vauvert, entraînant son annulation. Qu’en pensez-vous ?

    Michaël Delafosse : C’est extrêmement choquant et ça montre le visage de l’extrême droite. Jazz à Vauvert est un très beau festival porté par des bénévoles qui s’efforcent de faire découvrir cette musique mondialement connue. Et comme ça, sine die, on coupe la subvention, on envoie un signal hostile. L’annulation d’une exposition au motif des opinions politiques de son auteur est également inadmissible. Voltaire disait : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » À la Comédie du livre à Montpellier, on accueille des gens de toutes sensibilités. Le service public de la culture ne consiste pas à programmer ce qu’on aime ou ce avec quoi on est d’accord.

    En sanctuarisant les budgets dédiés à la culture malgré les finances fragilisées des collectivités, Montpellier fait un choix politique fort ?

    M.D. : Oui, c’est un choix politique au sens le plus noble du terme, qui fait consensus à la Ville comme à la Métropole. C’est rassurant, car les temps sont durs. Les coupes de l’État sont violentes pour les collectivités. Malgré ce, nous avons décidé de préserver le budget de la culture pour faire vivre ce service public. Le service public de la culture, ce sont 15 médiathèques réparties dans les communes de la métropole, des grands festivals [Comédie du livre, Printemps des Comédiens, Montpellier Danse puis Radio France, Ndlr.], une politique culturelle ambitieuse, tournée sur l’éducation artistique. Quand vous payez une place au théâtre ou à Montpellier Danse, elle est subventionnée, sinon plein de gens ne pourraient pas y aller. Quant à une médiathèque, ça coûte quasiment 1 million d’euros pour fonctionner. Mais nous sommes fiers d’en avoir un nombre très important pour garantir l’accès aux livres et l’éducation à la lecture.

    Ce qui nous paraît normal à Montpellier : un accès facilité à la culture, des budgets maintenus, ne l’est pas forcément ailleurs ?

    M.D. : Non ! Prenez la Comédie du livre, qui débute le 15 mai : il y a plein de festivals littéraires qui s’écroulent en France parce que les coûts sont renchéris avec l’inflation. Mais c’est un choix de tenir. Montpellier s’inscrit dans un espace de résistance face à la grande offensive réactionnaire sur la culture. Quand je fais le partenariat avec le festival de Radio France, c’est le service public de la radio qui est mis à l’honneur à Montpellier pour la musique. Quand, à la Comédie du livre, 38% des éditeurs invités sont des éditeurs indépendants, c’est une façon de résister à Bolloré et sa mainmise sur l’édition. C’est nos actes qui nous font résister. Et plus les gens nous soutiendrons dans cette démarche, plus nous donnerons de la force à ces modèles, car on voit bien que l’internationale réactionnaire mène une offensive méthodique, organisée. À nous de porter un modèle de résistance. Les collectivités territoriales ne peuvent pas tout faire, mais elles ont un rôle important à jouer. Il faut défendre le service public de la culture, car on est dans un moment politique grave sur ce sujet. Cela pourrait ouvrir la voie à quelque chose qui n’incarne plus l’idée de liberté, d’émancipation que porte la culture. Car c’est la liberté des artistes qui nous émeut, qui nous touche, c’est leur créativité. C’est le rôle du service public de la culture de permettre de montrer cette diversité de la création. La culture offre des controverses esthétiques et intellectuelles, c’est l’expression du génie humain. C’est essentiel ! Et derrière, il y a la toute la question du vivre ensemble : est-ce qu’on veut une société populiste, de la vulgarité ou est-ce qu’on croit au beau ?

    « Le service public de la culture
    ne consiste pas
    à programmer
    ce qu’on aime
    ou ce avec quoi
    on est d’accord.  »

  • À Montpellier, des Boutographies qui mêlent société et légèreté

    À Montpellier, des Boutographies qui mêlent société et légèreté

    Un air de retrouvailles pour cette 26e édition des Boutographies. Du 9 au 31 mai, la manifestation culturelle montpelliéraine retrouve le Pavillon populaire, rénové et paré à accueillir pléthore de photographes. Car, encore une fois, du monde s’est bousculé au portillon. « Nous avons reçu 500 dossiers pour la présélection, ce qui est stable par rapport aux autres années. Nous en avons retenu 80 à présenter au jury. Il y aura 7 photographes en accrochage et onze en projection, avec comme nouveauté, la scène de projection héritée de l’exposition Depardon, dans des conditions idéales pour les visionner », explique Peter Vass, président fondateur des Boutographies.

    France, Belgique, Brésil, Venezuela, une diversité de pays est représentée, tout comme les sujets. « Il y a à la fois des sujets graves, lourds et pour contrebalancer cet aspect, des choses décalées, humoristiques », souligne Christian Maccotta, directeur artistique des Boutographies.

    Des séries sociétales

    Des « sujets lourds », que l’on retrouve par exemple chez Hannes Jung, photographe installé à Berlin, venu présenter « Men don’t cry  ». « Il est parti en Bosnie et travaille sur des gens qui ont été internés et ont subi des violences sexuelles lors de la guerre de Bosnie. Ces hommes vont parler de ça, c’est important, il y a un besoin de reconnaissance, de justice », détaille Christian Maccotta. La série photo sera accompagnée de témoignages. « C’est une tendance de cette édition : une forte présence de l’écrit, comme si les photographes avaient besoin de légitimer leurs travaux dans cette période trouble », poursuit Christian Maccotta.

    L’Italien Alessandro Silverj travaille, lui, sur le rapport entre chasse aux sorcières et violences faites aux femmes. Tandis qu’Alexandre Bagdassarian présentera « Seize et demi », où le photographe a suivi le quotidien des jeunes mineurs incarcérés à Lyon. « Les images montrent ces jeunes de 15 ans pleins d’espoir. Il y a une diversité de parcours, montrant que les délinquants ne peuvent pas être tous mis dans le même sac  », soutient Christian Maccotta. Autant de thématiques sociétales déclinées par les artistes. « Il y a des signes de convergence entre le champ des sciences sociales et la photographie. De plus en plus de sociologues et d’historiens travaillent avec des photographes, pas seulement pour illustrer leurs travaux mais pour en faire un outil de compréhension sociétale », fait valoir Christian Maccotta.

    La manifestation veut également offrir aux spectateurs des bouffées d’air. En ce sens, la série de Marie Lukasiewicz explore le business des coraux, utilisés notamment par l’industrie pharmaceutique. De même, Pascal Sgro et son projet « Cherry Airlines », réalisé avec l’IA. « Il s’intéresse aux formes de pubs des années cinquante. Il pousse les limites de la communication en inventant une marque de compagnie aérienne, Cherry Airlines ». Une manière de mettre en lumière le paradoxe entre le luxe et le dérèglement climatique.

    Une programmation ambitieuse, complétée par des rencontres avec des artistes, des ateliers de lecture et d’écriture, qui rythmeront le temps du festival. Sans oublier les accrochages « hors les murs » dans les établissements partenaires de la manifestation.

    * Programme complet à retrouver sur : boutographies.com.

  • La « consommation responsable », nouvel axe d’action affirmé

    La « consommation responsable », nouvel axe d’action affirmé

    Alerte sur la pollution des plages (1975), boycott du veau aux hormones (1988), interdiction du phosphate dans les lessives (2007), scandale des lasagnes au cheval (2014), lancement du Nutriscore (2017), encadrement des loyers dans les grandes Agglos (2020)…

    Depuis sa création en France en 1951, l’UFC Que Choisir a été de tous les grands combats contre l’industrie de la malbouffe et dans le souci de protéger les consommateurs des dérives de la société de consommation. À l’occasion de ses 75 ans, la célèbre association loi 1901 qui regroupe 4 500 bénévoles, 120 000 adhérents (dont 1 600 dans l’Hérault), 325 000 abonnés et 1 million d’inscrits à sa newsletter, a décidé de changer de nom et de logo mais pas de combat. Désormais, ce sera Que Choisir ensemble. À l’antenne de Montpellier qui fête ses 50 ans, Gilbert Rieu justifie la démarche. « On a un public plus âgé (en moyenne 69 ans) que celui des consommateurs (42 ans). On a voulu une image plus engageante, plus moderne pour nous rapprocher des jeunes et de leurs modes de consommation », justifie le président.

    1 598 litiges traités

    en 2025 dans l’Hérault

    Il est formel. Face à l’explosion du e-commerce, « les consommateurs se sentent parfois impuissants face au système. Ils ont besoin de se protéger, d’être briefés ». Pour l’association, cette étape est aussi l’occasion de compléter ses statuts. Ainsi l’objectif de tendre vers une « consommation responsable » fait son apparition. De même que les impacts de nos achats sur l’environnement et la santé sont gravés noir sur blanc. Pour une meilleure proximité, des abonnés et des personnalités qualifiées seront intégrés au conseil d’administration national de l’association.

    L’an passé, les achats groupés d’énergie de l’association ont fait économiser à 160 000 consommateurs quelque 25 millions d’euros dont 509 000 euros à 3 111 Héraultais. Dans ce département, 1 598 litiges ont été traités en 2025 (90 000 en France). À l’avenir, les achats groupés d’énergie et les tests comparateurs de prix seront maintenus. De nouveaux services (application « Quel produit », nouvelle plateforme « Que Choisir réclamations ») sont déjà proposés. Parmi les futurs combats figurent l’encadrement strict du démarchage téléphonique, la traque des frais bancaires injustes, un meilleur accès aux soins, la lutte contre les clauses abusives ou encore la réduction des emballages plastiques.

    « Notre combat ne change pas mais nous souhaitons agir davantage sur le système », insiste le responsable communication, Claude Gaubert. Que Choisir ensemble qui se bat contre les projets de retenues d’eau du Département de l’Hérault, contre le projet de forage de la Castillonne à Montagnac ou encore les déserts médicaux et les pesticides, serait-elle anticapitaliste ? « Nous n’avons pas d’a priori anticapitaliste. Mais on considère qu’il existe des besoins et droits essentiels qui sont altérés par des déséquilibres », répond Gilbert Rieu. Et Claude Gaubert de conclure. « Savoir choisir, c’est savoir dire stop. »

  • Au Crous, le repas à 1 euro enfin généralisé

    Au Crous, le repas à 1 euro enfin généralisé

    Depuis lundi 4 mai, le repas à 1 euro n’est plus réservé aux seuls étudiants boursiers. Dans les restaurants universitaires du Crous, tous les étudiants peuvent désormais bénéficier de ce tarif unique, partout en France. À Montpellier, où la vie étudiante pèse lourd dans la ville (17% de la population), la mesure prend une résonance particulière. Les étudiants auront droit à un plat et deux accompagnements : entrée, fromage, dessert ou fruit.

    À Montpellier, 37 points de restauration du Crous sont concernés : 6 restaurants universitaires, 9 brasseries, 21 cafétérias et une pizzeria, auxquels s’ajoutent 14 restaurants conventionnés. Il suffit de présenter une carte étudiante ou d’être doctorant ou volontaire en service civique, avec un compte Izly actif. Pour beaucoup, l’économie paraît modeste vue de loin. Mais, dans un budget étudiant, les 2,30 euros gagnés à chaque repas comptent. « Entre le loyer, l’essence et les courses, je calcule tout. Là, je sais que je peux manger chaud, équilibré, sans exploser le budget. Ce n’est pas juste un repas moins
    cher, c’est un stress en moins
     », témoigne Lina, étudiante à Montpellier.

    Le défi de l’affluence

    Reste désormais à tenir la cadence. À Montpellier, plus de 2,7 millions de repas ont été servis en 2025 par le Crous, dont 1,7 million à des étudiants boursiers. Le Crous de Montpellier-Occitanie s’attend à une hausse de fréquentation, estimée nationalement autour de 12%. Pour y faire face, 20 équivalents temps plein doivent être recrutés, en renfort des quelque 250 agents déjà mobilisés. Une enveloppe de 82 500 euros est aussi prévue pour des investissements d’urgence, notamment à Vert-Bois, Boutonnet et Triolet.

    Sandrine Cloarec, directrice générale du Crous Montpellier-Occitanie, se veut rassurante : « Dans l’assiette, rien ne change. Il s’agit du même repas, des mêmes quantités, de la même qualité et de la même diversité que ce que nous proposions la semaine dernière. » Elle rappelle aussi que « la production d’un repas servi au Crous coûte entre 8 euros et 9 euros », désormais proposé à 1 euro à l’ensemble des étudiants.

  • [Quoi de neuf] Lise Simonetti : « L’histoire de l’esclavage est encore bien vivante »

    [Quoi de neuf] Lise Simonetti : « L’histoire de l’esclavage est encore bien vivante »

    Rémy Cougnenc : Quel est le sens de cette semaine de commémoration de l’abolition de l’esclavage (5 au 12 mai) à Montpellier ?

    Lise Simonetti : La semaine des libertés s’est construite assez récemment. Notre collectif du 10 mai pour la mémoire de l’esclavage existe depuis 2006 et tâche, chaque année, de transmettre l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière au public de Montpellier. On avait un programme autour des conséquences psychologiques. Notre envie c’était de dépoussiérer l’Histoire pour la replacer dans sa contemporanéité, pour faire réfléchir le public sur les conséquences aujourd’hui. Depuis les abolitions, l’histoire a été occultée en permanence. Elle est apprise à l’école de façon tronquée, les enseignants manquent de formation et elle est enseignée à un âge où on ne laisse pas aux enfants l’occasion de faire des liens avec des phénomènes plus récents comme la colonisation, le néo-colonialisme et l’économie actuelle, le libéralisme débridé… Or, l’histoire de l’esclavage est un bouleversement originel qui, par son idéologie, a conduit à l’économie telle qu’on la connaît. Elle a eu des conséquences graves : le racisme s’est construit durant ces périodes avec la « négrification » de l’esclavage, poursuivi par la pensée coloniale. La pensée de Patrice Lumumba [homme d’État congolais, figure des luttes pour l’indépendance et la dignité des peuples africains, Ndlr.], dont on fêtera le 100e anniversaire de la naissance, l’illustre bien. On souhaite faire prendre conscience aux gens que cette histoire est malheureusement encore bien vivante.

    Olivier Nottale : Ferdinand Fortes (Divergence), quelque chose à ajouter ?

    Ferdinand Fortès : Beaucoup de choses de notre histoire actuelle émanent des maux de l’esclavage. On gagnerait à l’enseigner à nos enfants pour arriver à dépasser cette vision qu’on peut avoir de l’Africain, du noir. En Afrique, on dit que l’esclavage ne s’est jamais vraiment arrêté, il a juste changé de visage, mis un autre masque. On a eu ensuite la colonisation puis le travail forcé, une sorte de retour de l’esclavage, les indépendances, puis à la sortie ce qu’on a appelé la « colonisation à la cuillère ». À la sortie de la colonisation, on a expliqué qu’elle leur avait beaucoup apporté et qu’ils devaient de l’argent ! Il fallait garder sous emprise ces peuples. On a eu la Françafrique…

    Rémy Cougnenc : Avez-vous le sentiment qu’il subsiste un tabou en France sur le sujet ?

    Ferdinand Fortès : Ce n’est pas un sentiment, il y a un tabou. On n’a qu’à voir ce qu’a voté la France aux Nations Unies. Quand il a fallu reconnaître l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité (résolution du Ghana à l’ONU le 25 mars dernier), la France, comme une bonne partie de l’Europe, s’est abstenue. Alors même que depuis 2001, la loi Taubira le reconnaît.

    Lise Simonetti : Heureusement 83 pays ont voté pour. Ce qui est important c’est que cela replace l’esclavage comme une bombe au niveau du commerce mondial. L’esclavage a transformé le commerce à l’international en mettant à jour les rapports de force entre les pays. L’esclavage, c’est 400 ans de déportation, avec la moitié des personnes raptées en Afrique qui meurent avant d’arriver de l’autre côté de l’océan. Des esclaves qui ont subi une maltraitance, une violence inouïe aux États-Unis et dans les colonies françaises (ou britanniques). À ce sujet, je vous conseille le film « Furcy, né libre », d’Abd Al Malik très bien documenté, pédagogique et visible par tous. La violence est suggérée. On voit que les esclaves étaient considérés comme des biens meubles : des tables et des chaises qui se transmettaient comme une armoire. C’est 400 ans de déshumanisation [près de 60 millions d’êtres humains, Ndlr.].

    Olivier Nottale : Ensuite il y a eu la transformation de l’esclavage…

    Lise Simonetti : Tout à fait. Il y a eu la transition entre l’esclavage et la colonisation. Avec le développement des industries, on avait besoin d’être indépendant énergétiquement. On est ainsi passé d’un besoin en force humaine à un besoin de ressources. C’est uniquement pour cela que l’esclavage a été aboli, ce n’est pas une entreprise philanthropique. On peut se demander s’il n’y avait pas eu la révolution industrielle si l’esclavage n’aurait pas perduré. C’est pourquoi le tronçonnement des événements historiques entre eux ne permet pas au public de s’en rendre compte. Il faut rétablir une continuité historique et l’enseigner aux enfants à un âge où ils sont capables de comprendre.

    Rémy Cougnenc : L’esclavage a été aboli en 1848 en France, en 1865 aux USA mais derrière a été suivi de lois ségrégationnistes, de violences de type Ku Klux Klan…

    Lise Simonetti : Oui c’est un ectoplasme qui se modifie, un kaléidoscope qui ne fait que tourner. On a les mêmes ingrédients agencés différemment mais toujours au détriment de l’Afrique avec des schémas de domination et d’exploitation. Quand on voit comment Areva au Niger extrait l’uranium, pollue l’air avec la poussière, utilise des milliers de litres d’eau issus de nappes et ne paye aucun impôt au Niger… Un rapport de l’Unesco de 2020 évoque les conséquences psychologiques et sociales de l’esclavage (…).

    * À Montpellier, une marche du souvenir est organisée le 10 mai à 15h au départ de la place Albert 1er.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Savanier, proche de la sortie

    Savanier, proche de la sortie

    Larmes fatales. Téji Savanier, au fort caractère, a fendu l’armure. Et fondu en larmes sous les yeux de la Butte-Paillade, le groupe d’Ultras qui fêtait son 34e anniversaire. Le meneur de jeu de Montpellier s’est effondré sous l’effet d’une déchirure avec son club formateur. D’une déchirure vécue dans la peau d’un remplaçant. Seul, sur le seuil de sa dernière sortie à La Mosson, rêves d’enfant et vie de jeu, samedi 2 mai devant Clermont.

    Les fins approchent pour Téji Savanier. À 34 ans, l’enfant de la cité Gély, enclave gitane en plein cœur du quartier Figuerolles, touche au terme de son contrat à Montpellier. Au bout de sept saisons à mêler gestes sublimes et insuffisances. Après quinze ans à voguer entre Ligue 2 et Ligue 1, ce joueur hors-norme glisse sur la mauvaise pente du temps. Et entrevoit l’issue d’une carrière sur les sentiers battus du Languedoc.

    « C’est une soirée qui fait mal, voir Téji comme ça, ce n’est pas ce qu’on aime. Ce n’est pas ce qu’on aurait voulu voir » a témoigné le capitaine de Montpellier Julien Laporte. « Je ne sais pas si Montpellier mesure la chance d’avoir eu un joueur comme Téji Savanier, le joueur que c’est, que c’était » a-t-il insisté.

    Savanier voit et fait des choses que peu de joueurs voient et font. « Il a un pied à la place de la main » saluait l’ancien entraîneur de Montpellier Jean-Louis Gasset, expert du jeu décédé en décembre. Milieu d’instinct, il se distingue par son sens du jeu dans un football moderne polarisé sur la dimension athlétique. Il se tortille dans les petits espaces pour s’extraire de la masse adverse et éclaire souvent le grand espace par de longues passes.

    209 matchs à Montpellier, 50 buts, 38 passes décisives : Savanier a diffusé un romantisme suranné dans ce monde de l’hyper efficacité, sans se perdre dans le superflu. Sans perdre de vue le but, celui de gagner. En sept saisons, il a reconquis le cœur de la Mosson, il a reconquis son club formateur après un passage à Arles-Avignon (2011-15) et Nîmes (2015-19), au côté de Bernard Blaquart, ancien entraîneur.

    Pour rapatrier Savanier, et l’associer à l’un de ses amis : l’ancien attaquant sétois Andy Delort, Montpellier a déboursé 10ME, plus gros transfert de son histoire. Comme on répare une erreur de jugement, une bévue intrigante.

    Comment Montpellier n’a-t-il pas retenu au bout de son cycle de formation ce talent inné, certes allergique à la diététique sportive ? Pourquoi Montpellier a-t-il préféré des joueurs dans le moule à ce « joueur atypique » vainqueur de la Gambardella en 2009 ? Troublante question.

    Savanier vit presque dans un monde parallèle. Hors du temps, hors des codes des footballeurs. Loin du confort matériel et proche des siens. De ses racines gitanes. Même s’il possède une maison en périphérie de Montpellier, il continue de vivre au cœur de la cité Gély. Camp retranché, défiguré par un amoncellement de carcasses de voitures et un trafic de stupéfiants à visage découvert. Sous son portrait peint à l’entrée de la cité Gély, les guetteurs sondent les passants d’un œil inquisiteur.

    Au milieu des immeubles décatis, construits à la fin de la guerre d’Algérie, la vie coule dans la simplicité et la tranquillité. Entre grandes tablées autour de grillades, parties de pétanque ou parties de cartes, ça grouille de monde, de va-et-vient, de discussions sans fin avec les cousins.

    « La cité Gély, c’est dur d’en partir. C’est l’endroit où je me sens le mieux », a-t-il souvent soufflé.

    Quand Téji Savanier rentre d’une rencontre, il ne se calfeutre pas dans son appartement. Il descend boire un verre « sans alcool », selon lui, au bar du coin.

    Quand l’été vient, quand l’intersaison ouvre ses espaces aériens vers Dubaï, les Maldives ou les Émirats, Téji Savanier file au camping à Palavas. Et passe du ballon aux boules, où il déploie son adresse naturelle.

    Un jour, on lui a proposé de jouer à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone au milieu des taulards. Il a refusé. La prison n’a rien d’une terre exotique pour lui. Très souvent, il fréquente le parloir pour rendre visite à l’une de ses connaissances. Sans jouer un rôle, sans en faire publicité.

    Juste comme un homme, par ailleurs footballeur professionnel.

  • Saperlipopette, un festival pour toute la famille

    Saperlipopette, un festival pour toute la famille

    Des spectacles de théâtre aux ateliers de cirque en passant par des initiations aux jeux de société, toute la programmation du festival Saperlipopette est pensée pour mettre l’enfance à l’honneur. Organisée comme chaque année par la Cité européenne du théâtre Domaine d’O, la manifestation propose aux familles des œuvres poétiques exigeantes pour éveiller les enfants de tous les âges au spectacle vivant.

    Pour cette 27e édition, le spectacle Dark Circus, imaginé par Pef et mis en scène par la Compagnie Stéréoptik, sera présenté quatre fois au cours du week-end, au théâtre Jean-Claude Carrière. En renversant les codes du cirque traditionnel, la pièce mêle dessin, musique et marionnettes pour représenter un cirque triste, en noir et blanc, avant qu’un jongleur laisse échapper une boule rouge et que la magie s’invite enfin sous le chapiteau (à partir de huit ans).

    Du côté de la danse, la chorégraphie Ce que le jour doit à la nuit, d’Hervé Koubi, transmise par Houssni Mijem avec la Cellule d’excellence Epsedanse, explore les racines algériennes du chorégraphe. Elle sera présentée le samedi et le dimanche à 11h30 à l’amphithéâtre d’O. Dans l’après-midi, à 18h30, le lieu accueillera la pièce de cirque contemporain tout public Petit Frère, de la Compagnie T’es rien sans la Terre, inspirée des récits authentiques des acrobates aux origines et parcours de vie divers. Pour les plus petits, l’installation sensorielle Flottante, montée à la Cabane d’O, a été spécialement imaginée pour les bébés dès 6 mois et les enfants jusqu’à 4 ans.

  • [Entretien] Renaud Calvat : « On a l’un des taux les plus bas de France »

    [Entretien] Renaud Calvat : « On a l’un des taux les plus bas de France »

    La Marseillaise : Cette hausse de la taxe foncière était-elle inévitable ?

    Renaud Calvat : Oui. Le débat qu’on peut avoir, c’est quel niveau de taxe foncière. La Métropole a été créée en 2015 en recevant des dépenses dynamiques des communes et des recettes statiques. Cela peut marcher un an, quatre ans… mais au bout d’un moment le différentiel est énorme. C’est une erreur originelle liée à la loi Mapam. Des compétences ont été transférées : l’urbanisme, la voirie… et un calcul a été fait à l’époque pour savoir ce que chaque commune dépensait. Sauf que cela n’a pas été harmonisé. Certaines mairies mettaient beaucoup d’argent pour désherber, d’autres préféraient les MJC, le soutien scolaire… Depuis, il y a eu de l’inflation mais aussi de nouvelles routes, des lotissements, des arbres plantés à entretenir… Tout cela se fait avec la même somme d’argent qu’en 2015. À cela s’ajoute l’argent que nous prend l’État : 12 millions d’euros au titre de la contribution aux retraites des fonctionnaires par exemple.

    Des maires de droite en ont conclu qu’alors, il ne fallait pas faire la gratuité des transports…

    R.C. : Je suis en total désaccord, cela ne changerait rien. Que les gens payent le service en achetant un ticket ou un impôt, c’est toujours le citoyen qui paye. Le seul moyen de ne pas avoir de dépense, c’est de la réduire. Tout le monde trouve normal de payer un ticket de tramway mais le coût de gestion de la route est aussi important et c’est l’impôt qui finance. Si vous voulez moins de recettes (pas de hausse fiscale), il faut moins de dépenses. Or, tous les maires nous demandent plus de services publics.

    Pourquoi n’avoir choisi que la taxe foncière (payée par les propriétaires) et pas les entreprises ?

    R.C. : Sur la Contribution foncière des entreprises (CFE), on est déjà sur un taux (36,58%) comparable aux autres Métropoles. Sur le versement mobilités, on est au maximum légal. En revanche, le taux de la taxe foncière était historiquement bas, en raison d’un choix politique voulu en 2001 par Georges Frêche lors de la création de l’Agglomération. La recette du foncier bâti c’était à peine 2 millions d’euros pour les ménages contre 300 millions pour les impôts des entreprises. Avec l’ancien taux de 0,167%, pour une taxe foncière de 1 200 euros, seuls 5 euros allaient à la Métropole [le reste à la commune, Ndlr.] ! Les propriétaires payaient entre 2 et 7 euros, avec le nouveau taux (5,8%), ce sera entre 70 et 250 euros par an en fonction du logement (fois 36 !). On a l’un des taux les plus bas de France. Ce sera la seule hausse du mandat et avec l’usine CSR, on vise à terme une baisse de la taxe sur les ordures ménagères (14,62%).

    C’était ça ou réduire les services publics ?

    R.C. : Oui. On a des dizaines de milliers d’habitants qui vont dans les médiathèques, à la piscine… Le coût réel c’est 7 euros de l’heure, pas un habitant ne paye cela. Ce sont des choix politiques. Un piéton pourrait râler en disant qu’il n’a pas besoin de route, ou un contribuable d’école s’il n’a pas d’enfant. Le principe même de l’impôt c’est de mutualiser les coûts pour un meilleur service à un meilleur prix. La vraie question c’est : l’impôt est-il excessif au vu du service en face ?

  • La fécondité au plus bas en Occitanie

    La fécondité au plus bas en Occitanie

    Le phénomène est français (même européen) mais plus fort encore en Occitanie, qui compte 6,2 millions d’habitants. La population de notre région a beau être de plus en plus nombreuse (+0,8%/an contre +0,3%/an en France depuis 10 ans), ce n’est que grâce à son solde migratoire positif. C’est-à-dire que l’Occitanie accueille beaucoup plus d’arrivées qu’elle ne concède de départs (vers d’autres régions ou des pays étrangers).

    Car pour le reste, son solde naturel est plus que jamais négatif. Depuis 2017, la courbe des décès est supérieure à celle des naissances dans notre région qui accuse un déficit naturel de -12 700 en 2024 au lieu de
    -11 000 l’année précédente. Seule la Haute-Garonne conserve encore davantage de naissances que de décès.

    La raison est simple, révèle une étude de l’Insee. Même en étant moins forte qu’en 2023
    (-8,4% après l’éphémère rebond du Covid et des confinements), la baisse des naissances se poursuit en 2024 avec 1 100 naissances de moins. Soit à peine 51 300 bébés nés en Occitanie en 2024 (-2,2% comme en France). Un recul entièrement dû à la chute du taux de fécondité puisque « le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants continue d’augmenter », renseigne l’Insee. Par ailleurs, cette baisse de la fécondité n’épargne aucune classe d’âge, y compris chez les femmes de 35 à 49 ans, où le taux était en hausse jusqu’en 2021. En raison de « l’allongement des études, des mises en couple plus tardives et du souhait des femmes d’être stabilisées dans la vie professionnelle », l’âge moyen du premier enfant est plus tardif en France (31,1 ans contre 26,8 ans en 1975).

    Le climat anxiogène en raison de la chute du pouvoir d’achat, de l’enjeu climatique ou de la crainte des guerres peut-il expliquer ce phénomène ? Toujours est-il que la fécondité est au plus bas en Occitanie, avec à peine 1,46 enfant par femme (1,62 en France), un record historiquement faible depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    En parallèle, le nombre de décès augmente. En 2024, 64 000 habitants ont disparu, soit 0,8% de plus qu’en 2023. Une tendance là aussi nationale (+1%) entièrement due au vieillissement de la population du fait de « l’arrivée aux âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom d’après guerre », les conditions sanitaires plus favorables en 2024 qu’en 2023 n’étant pas un facteur conjoncturel pertinent.

    La résultante de ces deux tendances qui s’amplifient est que la population de l’Occitanie vieillit. Près d’un Occitan sur quatre (24% au lieu de 22% dans le pays) est âgé de 65 ans ou plus. Il y a 20 ans, les seniors ne pesaient que 19% de la population d’Occitanie. Depuis 2022, ils sont devenus plus nombreux que les jeunes de moins de 20 ans (23% de la population régionale). À noter que sur cet indicateur, les disparités sont fortes. Si le Lot est le département français qui compte le plus de seniors (33%), la Haute-Garonne compte parmi les plus jeunes (18% de 65 ans ou plus). L’Hérault et le Gard sont dans une position intermédiaire (23 à 25% de seniors).

    Malgré tout, l’espérance de vie à la naissance se stabilise en Occitanie à son niveau d’avant pandémie comme dans le reste de l’Hexagone. Elle s’élève à 85,7 ans pour les femmes et à 80,3 ans pour les hommes.