Tag: Hautes-Alpes

  • Changer de regard sur le vivant au Musée-Muséum de Gap

    Changer de regard sur le vivant au Musée-Muséum de Gap

    Depuis début juin, une cinquantaine de dessins de l’artiste Philippe Comar sont gratuitement visibles au sein du Musée muséum Départemental, à Gap. Cet artiste, né en 1955, est principalement connu en tant que dessinateur, spécialisé dans la représentation de l’anatomie humaine et animale, alliant à la précision et la rigueur scientifique, une virtuosité des formes et une véritable fascination pour le vivant.

    À travers ses dessins, on découvre les animaux de la Grande Galerie de l’Évolution à Paris, on adopte le point de vue d’un poisson dans un aquarium qui voit les visiteurs le regarder, ébahis, de l’autre côté de la vitre, on découvre aussi la reproduction des pièces d’anatomie humaine utilisées dans les études de médecine et conservés dans les musées médicaux.

    « L’idée, c’est d’avoir l’ambiance d’un cabinet de curiosité dans la scénographie pour inciter à être plus curieux, à avoir envie de découvrir des comportements animaux ou des enjeux environnementaux que l’on va traiter par la suite dans l’exposition “Sauvage“, qui ouvre le 5 novembre au musée », annonce Agathe Frochot. Le Musée accueille en effet en novembre l’exposition « Sauvage », en collaboration avec le Muséum d’Histoire naturelle de Neuchâtel en Suisse, qui permettra de redécouvrir les collections scientifiques remaniées de Gap.

    Depuis l’été 2025, le Musée a par ailleurs créé un nouvel espace permanent où sont exposés à la fois des animaux empaillés et des peintures de paysage d’artistes alpins, où l’on voit l’apparition puis l’évolution de la représentation de la Nature dans l’art. Quant aux collections de taxidermie des sous-sols du Musée, elles seront également présentées dans un nouvel espace permanent intitulé « Cohabiter, petite histoire de nos relations au vivant », incluant une nouvelle muséographie pédagogique.

    Susciter la curiosité

    pour le vivant

    « Depuis quelques années on essaye de revaloriser les fonds scientifiques du Muséum, dont la majorité sont reliés à l’histoire naturelle. Jusqu’à présent, ils étaient assez peu représentés dans le Musée. Ça nous paraissait justifié de les ressortir, d’autant qu’on a des spécimens uniques mais aussi des spécimens qui représentent vraiment nos écosystèmes de nos montagnes », poursuit Agathe Frochot. La volonté est d’attiser la curiosité pour le vivant, si proche, surtout dans les Hautes-Alpes, mais qui a toujours de quoi surprendre. Le Musée travaille par exemple avec un malacologue (spécialiste des mollusques), du Parc National des Écrins à la valorisation de sa collection d’escargots de montagne.

    « L’idée c’est de créer plus de liens aussi avec l’environnement qui nous entoure, avoir plus d’envie d’y aller, de le comprendre et de le respecter. De comprendre toutes les interdépendances qui nous relient au monde naturel, développe Agathe Frochot. C’est un sujet sur lesquels les Muséum d’Histoire Naturelle ont toujours travaillé mais on ne peut pas s’empêcher de penser qu’avec les crises actuelles auxquelles on est confrontés, ce besoin de compréhension est très contemporain. »

  • [C’est l’été] La ligne des Alpes à l’aube du renouveau

    [C’est l’été] La ligne des Alpes à l’aube du renouveau

    À 8h30, lorsque le train quitte la gare de Briançon, à 1 300 m d’altitude et s’élance à travers la vallée de la Durance dans la fraîcheur du matin, nul besoin de roman ou de série, le spectacle se déroule derrière les larges vitres du TER. Aux cimes qui culminent à plus de 3 000m du massif des Écrins, succèdent les écluses et méandres de la Durance. Dans les allées, on voit de nombreux randonneurs aux sacs à dos chargés, la tête enfouie dans leurs bras croisés, rattraper une nuit de montagne pas tout à fait complète. Beaucoup sont des touristes intrarégionaux, comme Sam, venu de Marseille pour arpenter la montagne : « Je suis arrivé il y a quatre jours à Briançon. De là, j’ai randonné en Italie et je suis revenu par le Queyras, en prenant le train à Guillestre. Là, je fais un saut à Décathlon à Gap pour acheter des chaussures puis je prends le bus pour Barcelonette. C’est super chouette ! Moi, je fais sans voiture, je n’en veux absolument pas ! »

    La ligne est presque une activité en soi, tant elle chemine entre les sites spectaculaires à explorer dans le département. « Par exemple, en train, on a plusieurs tunnels successifs, un coup on découvre la Durance, un coup on découvre autre chose, alors qu’en voiture sur les rampes de l’Argentière, on va passer complètement au-dessus, témoigne Vincent Guazzi, directeur de la ligne pour la SNCF. Quand on part de Marseille, du littoral et qu’on arrive à Briançon, la ville la plus haute de l’Union européenne, ça fait quand même de sacrés changements. » Côté négatif, un chemin de fer de haute montagne est plus complexe à exploiter. « Il n’y a qu’une seule ligne, donc si un train a du retard pour arriver à son point de croisement où l’autre train l’attend, ça fait qu’en cascade, les retards peuvent vite augmenter », explique-t-il.

    À Embrun, un petit garçon, accompagné de sa mère, a même le droit de visiter brièvement la cabine du conducteur. « Vous voyez, on ne voit pas ça partout. Les agents qui travaillent sur cette ligne y sont très attachés », commente Vincent Guazzi. Passé Embrun, le lac de Serre-Ponçon offre à la vue ses eaux bleu turquoise dominées par le pic Morgon baignant dans la lumière encore timide du soleil matinal. À bord, Malika, Embrunaise, emmène ses deux garçons chez le coiffeur à Gap. « C’est plus agréable que la voiture et c’est surtout moins cher, rappelle celle-ci. C’est pratique, mais par contre quand il faut aller à Marseille, c’est long, c’est plus de 4 heures… »

    Avant les JO, un an et demi de chantier

    Pour rallier Marseille et la mer Méditerranée, il faut en effet compter en moyenne 4h53, une durée que l’État, la Région et la SNCF ont promis de raccourcir à 3h40 d’ici 2030. Car la ligne des Alpes vit peut-être son dernier été sous sa forme actuelle. En 2027, des travaux à hauteur de 327 millions doivent débuter pour l’adapter à l’arrivée des JOP d’hiver 2030. Avec, à la clef, la promesse d’une ligne rénovée à hauteur des besoins du territoire.

    Un défi sur lequel les élus se savent attendus. « Les travaux pour les JO 2030 permettront d’avoir des conditions considérablement améliorées, des trains plus souvent et plus rapides. Ceci doit être complété par des parkings à proximité des gares, on travaille aussi avec la SNCF pour avoir plus d’abris vélo, il y a une demande forte à ce niveau, constate Chantal Eymeoud, maire d’Embrun et 2e vice-présidente de la région Paca. La population des Hautes-Alpes attend aussi qu’on désengorge les flux routiers, surchargés pendant l’été et l’hiver. Sur l’axe Briançon-Tallard, on a des kilomètres de bouchon durant les week-ends de neige. » Pour voir advenir cette nouvelle ligne, il faudra passer par une période délicate. De 2028 à 2030, pendant un an et demi, plus aucun train ne circulera sur la ligne des Alpes. « On travaille avec le conseil régional pour mettre en place une desserte de substitution avec des bus. En sachant qu’il y aura aussi d’importants chantiers sur les routes, ça va être un an et demi-compliqué, concède Vincent Guazzi. Mais c’est un mal pour un bien. »

  • Italien et Français fêtent ensemble leur patrimoine médiéval à Embrun

    Italien et Français fêtent ensemble leur patrimoine médiéval à Embrun

    Avec le temps incertain, les gens se sont concentrés vers le centre-ville plutôt qu’en montagne, peut-être pour notre plus grand bonheur », suppose Chantal Eymeoud, maire d’Embrun. Alors que des nuages gris s’accolent aux montagnes, le public est au rendez-vous en cœur de ville pour la fête médiévale, ces jeudi et vendredi 20 et 21 août. Et cette année, les festivités prennent un accent italien. La ville d’Embrun, en coopération avec la Fondation Amleto Bertoni de Saluces (Saluzzo), commune du Piémont italien, a convié trois compagnies d’artistes de l’autre côté des Alpes pour animer la fête médiévale. Un projet baptisé « Pont » qui fait partie du programme plus large de coopération européenne « Alcotra », entre les Alpes françaises et italiennes, et qui se déroule à l’occasion des fêtes médiévales puis du festival du livre médiéval et antique en octobre à Saluces.

    Le projet Pont s’appuie sur deux rendez-vous culturels organisés de part et d’autre de la frontière : les fêtes médiévales d’Embrun et le festival du livre médiéval et antique en octobre à Saluces. Ainsi, parmi les artistes italiens invités pour les festivités embrunaises, le public découvre l’un des plus anciennes traditions festives italiennes : les « sbandieratori », (lanceurs de drapeaux), qui perpétuent un art hérité du Moyen-Âge, celui des porte-étendards des villes italiennes, qui, avec le temps, ont fait du port de drapeau une véritable chorégraphie virtuose. En parallèle, la compagnie « El Giullari Del Diavolo » propose un spectacle comique mêlant jonglage, acrobatie et performances avec le feu. Enfin, l’artiste Rose Zambezzi propose un numéro de haute volée de danse avec des sphères de cristal.

    Trois compagnies italiennes invitées

    « L’objectif est bien sûr de favoriser la rencontre entre la population et les artistes des deux côtés des Alpes, de valoriser notre histoire médiévale commune et de promouvoir une culture accessible à tous », résume Chantal Eymeoud. En plus de l’accueil de plusieurs compagnies italiennes lors de la fête médiévale, le projet comprend aussi la création d’expositions et de conférences historiques bilingues consacrées au Moyen-Âge, des visites guidées en italien et des ateliers interactifs.

  • La canicule a provoqué 48 décès en juillet

    La canicule a provoqué 48 décès en juillet

    Deux canicules pour le prix d’une et des données qui font froid dans le dos. Santé Publique France, l’agence nationale de santé publique, a dévoilé, ce mercredi et ce jeudi, une série d’études sur les canicules estivales et leurs conséquences sanitaires.

    La première est « relative à l’excès de mortalité observé durant l’épisode de canicule du 3 au 22 juillet 2026 ». Un épisode qui était « exceptionnel de par sa durée et son étendue géographique », rappelle l’organisme, citant notamment les 78 départements concernés pour 78,5% de la population française. D’autant que cette canicule a duré la majeure partie du mois, lequel est donc devenu « le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900 », selon Météo France cette fois. Reste que la mortalité lors de cette canicule a été en « augmentation de 9,2% » par rapport à ce qui était prévu. « 1 243 décès en excès ont été estimés : 14 713 décès observés contre 13 470 décès attendus », développe Santé Publique France, qui s’appuie sur les données de l’Insee.

    Précisons tout de même que son étude s’attarde sur la mortalité « toutes causes », et donc pas directement reliée à la canicule. Concrètement, on décompte plus de 1 200 morts de plus que ce que les analyses prévoyaient pour un mois de juillet classique. D’où le terme « excès de mortalité » utilisé par l’organisme.

    Concernant le profil des décédés, le point de Santé Publique France précise que ce sont « les personnes âgées de 75 ans et plus constituent les trois quarts des décès de ce bilan provisoire avec au moins 917 décès en excès ».

    1 397 décès observés

    Et côté géographique, « toutes les régions ont été concernées par un excès de mortalité toutes causes à l’exception de la Corse ». En Région Paca, le nombre de décès attendus était de 1 339 mais il y a eu 1 397 décès observés. D’où 48 décès en excès décomptés, plaçant la région parmi les moins touchées sur ce plan. Elle est bien loin des 236 morts excédentaires du Pays de la Loire.

    Les départements de la Région Sud s’en sortent bien : Les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence ont une « surmortalité relative » qui oscille entre 0 et 10%, le niveau le plus faible. Le département des Hautes-Alpes n’a pas été considéré comme en canicule sur toute la période et celui des Alpes-Maritimes comme n’ayant pas de surmortalité.

    Enfin, l’organisme public a sorti une autre étude, sur la canicule qui a officiellement pris fin en début de semaine, dédiée à la région Paca et notamment aux recours aux soins sur la période. « L’analyse au niveau régional des recours aux soins d’urgence indique une stabilité des passages aux urgences, des hospitalisations et des actes SOS Médecins », explique Santé Publique France. Avec tout de même « une activité en hausse » pour SOS Médecins sur le week-end du 15 août. Là encore pour des motifs « toutes causes » donc pas forcément en lien direct avec la chaleur.

  • Pendant deux jours, Embrun vit à l’heure médiévale

    Pendant deux jours, Embrun vit à l’heure médiévale

    Du matin au soir, ce jeudi et vendredi, les rues d’Embrun prennent des airs de cité médiévale. De 10 à 22h, c’est presque chaque demi-heure qu’a lieu une nouvelle animation. Bien sûr, il y a toujours les habituels temps forts de la fête, avec le marché médiéval, qui réunit plus de 40 exposants sur la place Dosse et la rue Clovis Hugues, de 10h à 19h les deux jours, et en nocturne jusqu’à 22h le jeudi. Sur la place Barthelon et la place aux Herbes, l’Ost des temps jadis, en armure rutilante, propose des démonstrations d’escrime et des initiations au tissage, travail du cuir et tir à l’arc.

    À l’occasion du projet européen Alcotra entre les régions italiennes et françaises, une quinzaine de lanceurs de drapeaux et musiciens italiens animeront les rues. La compagnie El Giullari Del Diavolo propose, elle, des spectacles fixes et déambulatoires de comédie, jonglage, magie, acrobaties, performances de feu, musique et danse. De son côté, la compagnie Les Joyeux Tourdions invite durant les deux jours à des initiations aux danses médiévales.

    Le soir, défilé costumé

    et jongleries

    La nuit tombée, à l’émulation s’ajoute la féerie. Le jeudi à 20h30 s’élancera le défilé costumé avec musiciens et jongleurs depuis la place Saint-Marcellin, tandis qu’à 21h15 l’Ost des temps jadis délivre un conte médiéval, animé de jonglerie, épées et bâtons de feu sur la place Barthelon. Le vendredi soir, après le banquet médiéval au jardin du roc, de 20h30 à 22h, les compagnies El Giullari del Diavolo, Vidofnir et Kazan proposeront successivement des spectacles de danse, jonglerie et musique. Les festivités, nombreuses, ont de quoi faire tourner la tête.

    Le programme complet
    est à retrouver sur le site
    de la ville d’embrun

  • Face au feu, les agents de l’ONF aux aguets dans les Hautes-Alpes

    Face au feu, les agents de l’ONF aux aguets dans les Hautes-Alpes

    Il est 11h30 à la base de Baratier, David Raimbault et Hervé Tabouret préparent leur patrouille quotidienne qui s’achève à 19h30. À bord de leur Pick-up jaune, ils embarquent une radio reliée aux pompiers, une tablette numérique pour transmettre les données collectées au centre de commandement de l’ONF, mais aussi une cuve de 700 litres et une motopompe pour intervenir sur un feu naissant. « L’avantage pour les pompiers, c’est qu’on est leurs yeux sur place, explique Hervé Tabouret. On va pouvoir leur dire si les accès sont possibles, si les pistes sont débroussaillées, s’il y a beaucoup de vent, des habitations… En arrivant en premier sur le site du sinistre, on va leur expliquer les conditions en temps réel, ce qui leur donne de l’avance. »

    Le binôme fait partie des deux patrouilles PSI (Prévention, surveillance, intervention), qui opèrent chaque jour durant l’été sur trois secteurs : l’Embrunais, la Haute-Durance et le Queyras. Depuis le 24 juillet, le département est en vigilance rouge, ce qui signifie que tout feu extérieur du type feu d’artifice, barbecue, feu de camp, brûlage de végétaux, cigarettes, ou travaux émettant des étincelles, est interdit à moins de 200m des forêts et espaces naturels. Après une visite au Centre d’incendie et de secours (CIS) d’Embrun, pour se concerter avec les sapeurs-pompiers, ils partent sur le terrain.

    Un public plus averti qu’auparavant

    En cette fin de matinée, ils arpentent la plage de Chanterenne à Crots, où ils s’attendent à trouver des restes de places à feux improvisées. Et ça ne loupe pas, à peine quelques minutes de marche, ils en trouvent deux, à 100m l’une de l’autre. « Une contravention pour un feu sauvage en période rouge, c’est 135 euros d’amende, rappelle Hervé Tabouret. On en constate une dizaine par jour, surtout sur les bords de plages très fréquentés en été et dans les fonds de vallée, en altitude, là où les gens se sentent un peu cachés. » Les deux agents enlèvent les pierres et mélangent les cendres à la terre. Autour du lac, la végétation est dense, et particulièrement sèche en cet été de canicule sévère. « Une place à feu reste dangereuse, même éteinte. Il y a des braises qui restent incandescentes. Le vent, la température, le taux d’humidité bas… Toutes les conditions sont réunies pour qu’une braise s’envole et déclenche un feu », explique Hervé Tabouret.

    Si, depuis le passage en période rouge, des affiches sont placardées sur les sites, tous les publics ne sont pas forcément au fait des interdictions, la PSI a un rôle primordial de prévention. « On voit que la patrouille a un impact dans la prévention, on trouve moins de place à feux sauvages que les années précédentes, constate Hervé. Le fait que cette année il y ait énormément d’incendies, que les médias en parlent beaucoup, fait que quand on échange avec les gens, on voit qu’ils sont beaucoup plus sensibilisés qu’avant. Il suffit qu’on nous voit démonter une place à feu pour qu’on vienne nous poser des questions. Et là, on joue notre rôle, c’est-à-dire expliquer, sensibiliser. »

  • Dans les Hautes-Alpes, une cellule de veille pour aider le secteur associatif

    Dans les Hautes-Alpes, une cellule de veille pour aider le secteur associatif

    C’est une avancée que l’Union départementale de l’économie sociale et solidaire (Udess), attendait depuis longtemps. Alors qu’à l’échelle nationale, le monde associatif subit fermetures, licenciements, ou passage contraints au temps partiel, les données restent difficiles à comptabiliser de manière précise, tant de nombreuses associations disparaissent ou doivent licencier sans bruit, dans un secteur « habitué » à faire avec presque rien. C’était tout l’enjeu de la rencontre du 8 juin, entre les représentants de l’Udess et la sous-préfète Hélène Dargon. Dans un communiqué paru la semaine dernière, l’Udess affirme que la préfecture a acté la mise en place d’une cellule de veille départementale sur l’emploi ESS, comme proposé durant l’entrevue.

    « Les structures de l’économie sociale et solidaire (associations, coopératives, mutuelles) dans notre pays et plus particulièrement dans les Hautes-Alpes, (…) rencontrent d’importantes difficultés en raison de la diminution ou du décalage dans le paiement des financements que les pouvoirs publics lui accordent », pose le communiqué. Face à cela, le secteur associatif des Hautes-Alpes a déjà mis en place des dispositifs solidaires innovants, comme un fonds de mutualisation alimenté par les structures ESS. « Mais ce n’est pas suffisant pour aider les entreprises en difficulté structurelle », alerte l’Udess. Si « de nombreux dispositifs nationaux et régionaux de soutien existent en fonction du degré de difficulté », l’Udess rappelle que « la plupart des entreprises de l’ESS ne les connaissent pas ». La cellule de veille aura donc pour but, « après repérage des situations de structures en difficultés », de leur proposer « des solutions visant à les aider à traverser la situation de tension qu’elles traversent ».

    Enrayer l’abandon

    du monde associatif

    La dernière note d’étude du CRESS de la région Paca le rappelle : « L’ESS des Hautes-Alpes ne s’effondre pas. Mais ses bases tremblent. » Si l’ESS dans les Hautes-Alpes a vu le nombre d’emploi augmenter en 2025 (+0,8%), le nombre d’établissements employeurs recule
    (-2,8%), tandis que l’augmentation des salaires (+0,1%) a été inférieure à l’inflation. Dans ce contexte, la cellule de veille départementale sera mise en place « dans les semaines à venir », affirme l’Udess. La mission de son organisation et de son fonctionnement a été confiée à Dalila Raïs, inspectrice à la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP). La prochaine se tiendra le 7 octobre, et d’ici la mise en place formelle de la structure, les entreprises et associations de l’ESS sont invitées à faire connaître leurs difficultés à l’adresse suivante : udess05@udess05.org.

  • [Entretien] Farida Benaouda : « Partir en vacances ne doit pas être un privilège »

    [Entretien] Farida Benaouda : « Partir en vacances ne doit pas être un privilège »

    La Marseillaise : Quel est le sens de cette visite ?

    Farida Benaouda : Je suis venue ici pour mettre des mots, mettre des visages, voir des sourires, voir le regard que ces petits marseillais ont pendant ces « Vacances pour tous ». C’était important de venir à la rencontre des animateurs, des organisateurs, ces grands frères et grandes sœurs, qui travaillent toute l’année sans relâche pour essayer de donner aux enfants une première baignade dans un lac, des premières veillées, une première fois à la montagne… Et leur dire que la Ville de Marseille a été là pour porter ce projet. Car le maire, Benoît Payan, a maintenu le cap, malgré un contexte de restrictions budgétaires. Quand on regarde sur ce volet : en 2021 on était sur une enveloppe de 150 000 euros pour ce dispositif. Aujourd’hui, en 2026, on est sur 750 000 euros. D’autant que cette année, ça a été très difficile, parce que l’État s’est totalement désengagé de plusieurs dispositifs. Mais nous avons fait le choix de maintenir le budget, car on maintient surtout le départ de plus de 1 600 gamins. Ce ne sont pas des chiffres : ce sont des enfants qui vont pouvoir partir en vacances grâce aux « Vacances pour tous », qui vont se créer des souvenirs.

    En quoi ce dispositif permet un coût minime pour les familles ?

    F.B. : Il y a une participation d’un euro à 10 euros par enfant et par jour, en fonction du quotient familial. On essaie toujours de tabler sur le minimum pour les familles. Et ce, pour essayer de faciliter les départs. Il faut se dire que partir en vacances, ce ne doit pas être un privilège. On ne veut pas que les petits marseillais découvrent des vacances à travers des livres, ou à la télé, ou derrière un smartphone, il faut vraiment qu’ils arrivent à vivre ces vacances-là, à vivre cette expérience. Quand on retrouve des enfants qui reviennent de ces colonies et qui savent faire leur lit, alors qu’avant, c’était la maman ou le papa, qui s’en occupait, on a gagné quelque chose. « Les Vacances pour tous », ce n’est vraiment pas un dispositif banal.

    90 ans après le Front Populaire et les premiers congés payés, il faut sanctuariser ce droit aux vacances pour les enfants ?

    F.B. : Évidemment. On se bat pour maintenir ce dispositif, pour le développer. On est d’ailleurs en pleine discussion avec la CAF pour un engagement plus important et ainsi faire partir encore plus d’enfants. Ils partent d’ailleurs de différents quartiers de Marseille, ils ont tous une histoire et viennent de paysages différents, il y a une mixité, à l’image de la ville… Ces enfants et ces jeunes vivent des choses qu’ils ne pourraient pas forcément vivre à Marseille. J’ai discuté avec une petite de 8 ans, c’était sa première randonnée, sa première baignade dans un lac, sa première découverte de la montagne. Elle a découvert une autre vie. Quelque part, ils écrivent un chapitre de leur vie. L’avenir est à travers eux, si on veut rééquilibrer la ville et décloisonner les frontières qui ont été érigées pendant trop longtemps, ça sera grâce à eux. L’équité dans la vie part aussi de là : des vacances. C’est pour cela qu’on aimerait développer encore plus ce dispositif et que l’on va tout faire pour. On souhaiterait ouvrir le catalogue de manière plus large, et peut-être doubler le nombre d’enfants qui partent…

    Quelle importance ont ces colonies dans la vie des enfants ?

    F.B. : Là on n’est plus sur des lignes budgétaires, on est sur la vie en immersion, de comment c’est vécu, et aussi comment ils vivent ça, qu’est-ce qu’ils en ont gardé, quel a été le souvenir le plus marquant, comment ils ont préparé ces vacances…. Parce qu’il y a l’avant, le pendant et le après, et quand on discute avec ces jeunes, ils n’ont pas envie de rentrer chez eux, ils ont envie de prolonger leurs vacances, et nous, on est aussi là pour essayer de récupérer une petite partie de leur histoire, de leurs vacances. Car ce sont ces vacances-là qui vont se retrouver marquées dans leur mémoire à tout jamais. Une colo ce n’est pas juste partir et avoir une semaine de vacances, une colonie c’est vivre en collectivité, c’est l’apprentissage, c’est justement les règles qu’on doit aussi respecter, et c’est grandir, c’est changer, c’est être autonome, c’est tout ça. Ils partent avec une valise qui est pleine de souvenirs, et aussi un petit déclic qui se fait pour chacun d’entre eux.

    Quelle analyse de ce désengagement de l’État ?

    F.B. : C’est un signal très négatif. On s’y attendait un petit peu mais pas à ce point. Ce désengagement a mis un coup à beaucoup de structures. Il faut faire comprendre que les colonies, ce n’est pas juste des chiffres mais bien des moments de vie. Pour certaines familles, les enfants ne pourraient pas partir sans ces dispositifs.

  • Des colos dans les Alpes pour les minots marseillais

    Des colos dans les Alpes pour les minots marseillais

    Quand Farida Benaouda, conseillère municipale déléguée aux Vacances pour tous à la Ville de Marseille, passe la porte du chalet de l’association Contact Club, situé à Réallon au cœur des Hautes-Alpes, elle découvre une quinzaine de minots qui ont des étoiles plein les yeux et des sourires jusqu’aux oreilles. « Moi c’est la première fois que je fais une colo. Je n’étais jamais venu dans les montagnes ! On a fait une randonnée on est partis dans une rivière très froide… Ça a fait du bien », lance un minot de 12 ans.

    À peine les présentations faites, les questions fusent entre l’élue et la petite équipe : Évènement marquant de la semaine, activités incontournables, découverte de la montagne… Il faut dire que leurs journées ont été bien chargées au cœur du magnifique Parc national des Écrins : visite et jeu de piste au fort de Briançon, randonnées, jeux aquatiques au plan d’eau du coin, soirée feu d’artifice et visionnage de film le soir… C’est d’ailleurs le débrief du film Billy Elliot qui les occupe ce matin. L’occasion pour les animateurs, Lyes et Tom, d’aborder des sujets pas forcément simples à appréhender pour des jeunes de cet âge… Mais l’équipe du Contact Club sait manier le fond et la forme avec finesse. Et pour cause : 80% des animateurs sont passés par la structure.

    Une première pour les minots comme pour l’élue

    On comprend mieux pourquoi la colonie fait partie intégrante du village : les voisins saluent avec plaisir les minots, rendent service à la structure et inversement. Une fois la discussion à bâton rompu finie, place à la préparation du repas. Diakité, qui rentre au lycée en septembre et habitué des colos avec la structure, enfile sa charlotte avec plaisir et passe aux fourneaux pour préparer le plat du jour.

    Car l’organisation des tâches ménagères est aussi « une forme d’éducation populaire » avec des groupes qui tournent selon les jours : plonge, cuisine, rangement… Farida Benaouda tient à leur passer ce message : « Le Maire de Marseille, Benoît Payan, est fier d’appuyer le dispositif. Comptez sur nous pour faire mieux et plus pour aider la jeunesse marseillaise à se faire des souvenirs ! ». C’est une première qu’une élue de la Ville aille directement sur les lieux de vacances des minots marseillais qui partent dans le cadre des « Vacances pour tous ». Les jeunes la remercient chaudement et elle repart sous leurs coucous enthousiastes, en direction d’une autre colonie…

    À Pont-du-Fossé, elle rencontre cette fois l’équipe de l’Agamfa qui s’occupe d’une quinzaine de minots âgés de 7 à 11 ans, la plupart venant du centre aéré des Flamants mais aussi d’autres quartiers de Marseille comme La Busserine ou la copropriété du Mail. Hasard du calendrier, ou pas, ils profitent du festival L’écho des mots à Saint-Jean-Saint-Nicolas qui propose justement une myriade d’activités pour petits et grands. Là encore, la montagne et les produits locaux ont fait leurs effets sur les petiots. Quand l’élue demande s’ils sont satisfaits du séjour, les réponses sont unanimes : « Je ne veux pas rentrer demain ! », « On veut revenir l’année prochaine et avec les mêmes animateurs ! ». Najib, le directeur de la colo, court à droite et à gauche pour s’occuper des petits mais confirme : « Ils se régalent ! ». Farida Benaouda insiste : « Vous vous faites des souvenirs pour la vie ! ».

    L’élue achève sa visite marathon avec le centre de vacances Les Jonquilles à Saint-Julien-en-Champsaur. Avec là encore des sourires par dizaines et des minots plus que ravis du cadre et des animations proposées par la structure Aroéven.

    Les petits sortent de la douche et se préparent avec impatience pour la boum de fin de séjour… De quoi revenir à Marseille avec des histoires à raconter et des souvenirs plein la tête.

  • Le sésame de la reconnaissance par l’Unesco

    Le sésame de la reconnaissance par l’Unesco

    Jusqu’en 1692, il n’y avait rien ici. C’était un plateau aride qu’on appelait plateau des Mille vents », explique Isabelle Fouilloy-Julien, administratrice du Fort de Mont-Dauphin depuis 2017. La forteresse, qui abrite également un village, a été érigée en 1693, comme fortification défensive à une époque où « Louis XIV était alors en guerre contre à peu près toute l’Europe », résume Isabelle Fouilloy-Julien. Le roi affronte notamment le Duc de Savoie qui, durant l’été 1692, remonte depuis la vallée de l’Ubaye, pille Guillestre, Embrun et Gap, avant de reculer avec l’arrivée de l’hiver. Le site trône sur un promontoire rocheux, à 1 050 m d’altitude, au croisement des vallées du Guil et de la Durance. Il offre une vue spectaculaire à 360° sur le cirque montagneux formé par les sommets des Écrins et du Queyras.

    Venu la même année pour inspecter et renforcer les défenses du secteur afin d’éviter de nouvelles incursions, Vauban découvre l’emplacement. « Et il se dit : c’est la meilleure place du monde », raconte Isabelle Fouilloy-Julien. Le projet d’établir un fort convainc le roi et le premier coup de pioche est donné dès mars 1693. Vauban, ingénieur et architecte militaire, ne se contente pas d’ériger une citadelle : il décide également d’y intégrer un village, qui compte aujourd’hui 154 habitants. « Il veut concevoir une place forte mêlant civils et militaires, en se disant “On est loin de tout, dans une région rude, les militaires vont s’ennuyer et déserter”. Il conçoit donc un îlot de village au centre. »

    Les militaires y installent leurs familles ou épousent des jeunes femmes du pays. Malgré tout, il reste difficile de convaincre des habitants de venir s’y établir. « Les premiers à s’installer sont des marchands et des artisans qui souhaitent faire commerce avec l’armée. On leur donne un terrain et on les exempte un temps d’impôts », retrace Isabelle Fouilloy-Julien, elle-même descendante d’une de ces familles venues s’installer.

    Le fort perd son intérêt militaire avec le temps et rejoint le réseau des monuments nationaux en 1966, avant d’être transféré au ministère de la Culture en 1980. Plusieurs villes possédant des fortifications de Vauban se regroupent alors au sein du « Réseau des sites majeurs de Vauban », créé en 2005 pour porter une candidature commune à l’Unesco. « On voulait que le dossier soit déposé en 2007 parce que c’était l’année anniversaire de la mort de Vauban, décédé en 1707, se rappelle Isabelle. On nous a dit “Vous êtes fous, un dossier, ça prend dix ans !” On l’a fait et en 2008, on a été inscrits. »

    Une étape, mais pas une fin

    Aujourd’hui, les fortifications de Vauban constituent un bien inscrit en série au patrimoine mondial. Mont-Dauphin et Briançon, dans les Hautes-Alpes, figurent aux côtés de dix autres sites majeurs comme des citadelles d’Arras et de Neuf-Brisach, en Alsace.

    Selon Isabelle Fouilloy-Julien, cette inscription a renforcé la visibilité de Mont-Dauphin. Le site accueille en moyenne 120 000 visiteurs par an. Elle a aussi favorisé le travail en réseau entre les différents sites Vauban, permettant la création d’expositions communes ou itinérantes.

    Pour autant, alors que les forteresses royales du Languedoc viennent à leur tour d’être inscrites au patrimoine mondial, l’administratrice souligne que cette reconnaissance ne garantit pas automatiquement des retombées positives : « Je ne sais pas comment ça se passera pour le Languedoc, mais ici, on a la chance d’avoir un patrimoine unique, deux sites Unesco et on ne s’en empare pas ! La preuve, les premiers panneaux “Unesco“, sont au pied du fort, pas 50 km à la ronde ! On ne voit pas le patrimoine comme un levier économique à l’année. » Malgré cette consécration internationale, Isabelle Fouilloy-Julien estime que le patrimoine reste insuffisamment valorisé : « Des études socio-économiques démontrent qu’un euro dépensé dans le patrimoine, c’est 19 euros de retombées. On est ouvert toute l’année, le ski, c’est quatre mois par an ! J’aimerais qu’on comprenne qu’on est complémentaires et pas concurrents ».