Tag: guerre

  • [Entretien] Maxime Launay : « Comprendre le scénario dans lequel se place l’état-major »

    [Entretien] Maxime Launay : « Comprendre le scénario dans lequel se place l’état-major »

    La Marseillaise : Comment analyser ce passage du service national universel au service national volontaire ?

    Maxime Launay : Promis par Emmanuel Macron en 2017 en réponse au vide ressenti par certains depuis la suspension en 1997 du service national, le service national universel mis en place à partir de 2019 n’a pas convaincu. Le dispositif était coûteux et sa finalité comme son efficacité faisaient débat. Certains y voyaient un mélange des genres entre éducation armée et citoyenne, et son sens interrogeait par rapport à ce que proposait déjà l’Éducation nationale. Mais il y a surtout eu un changement de contexte en 2022 avec la dégradation de l’environnement stratégique de l’Europe. Cette reconfiguration a poussé à créer un dispositif purement militaire, pour reprendre le terme du président.

    S’inscrit-il dans la continuité des politiques de défense depuis 1997 ?

    M.L. : Je ne suis pas sûr qu’on soit totalement dans une continuité. Le service national qui a existé entre 1905 et 1997, était un service obligatoire pour les hommes. Là, on est sur un dispositif volontaire. Donc en termes de classe d’âge, on ne va pas toucher la même proportion de jeunes. Il en est prévu 3 000 en 2026 et 42 500 dans dix ans, là où une classe d’âge en concernait 400 000 dans les années 60-70. Le volontariat fait aussi qu’on n’est plus sur les mêmes logiques de crispations et de contestations de ceux qui ne voulaient pas faire leur service. L’autre différence, c’est que ce service militaire pourra désormais concerner les femmes. La société change et cela montre une féminisation des fonctions combattantes.

    Les contraintes techniques, matérielles et financières ont pesé dans ce choix ?

    M.L. : Les états-majors ne voulaient pas d’un service militaire universel. Absorber tous les ans le flux de toute une classe d’âge aurait été trop coûteux, matériellement, il aurait fallu créer de nouvelles casernes, même s’il le faudra quand même… On ne voyait pas non plus la finalité combattante d’une telle masse même si l’armée de terre en a besoin car elle a eu du mal à fidéliser ces dernières années. Et puis derrière, il y a encore une contrainte de ressource humaine. Pour encadrer ces jeunes, il va falloir dégager des cadres, des officiers et sous-officiers expérimentés à ce jour affectés sur de l’opérationnel car leur mission principale c’est d’abord de se préparer à la guerre, pour les mettre sur des missions de formation.

    Quel était le contexte politique
    lors de la suppression du service national en 1997 ? Les arguments des défenseurs et des opposants ?

    M.L. : Longtemps, il y a eu un consensus dans la classe politique sur l’idée qu’il fallait un service militaire. Les choses changent avec la fin de la guerre froide et ce sentiment que la menace à l’Est disparaît. La guerre du Golfe (1990) vient aussi saper la légitimité du service national car à ce moment-là, le président Mitterrand envoie combattre l’armée professionnelle mais pas les appelés du contingent, même volontaires. Là, on commence à se demander à quoi ça sert ? Une série de réflexions se développent, disant qu’on est quand même armé avec la dissuasion nucléaire et une armée de haute technologie. On se demande ce qu’apportent les appelés ? Ils ne vont pas piloter de Rafale ou être dans des sous-marins nucléaires… On réfléchit à une armée plus resserrée et expéditionnaire, capable d’intervenir partout sur le globe.

    Vous dites qu’il y avait une forme de consensus. Une partie de la gauche était contre sa suspension ?

    M.L. : C’est assez complexe. Au fondement de la pensée de gauche, il y a Jaurès qui estimait qu’il fallait une armée du peuple qui ne soit pas qu’une armée de professionnels recrutés dans les milieux armés de la bourgeoisie ou de l’aristocratie. Cette idée a perduré au XXe siècle. Les partis de gauche, le Parti socialiste, le Parti communiste y étaient attachés. Pour autant, la gauche de gouvernement a compris que la guerre ne se faisait plus comme au début du XXe et cette décision annoncée par Chirac en 1996, est avalisée par la gauche plurielle en 1997.C’est une majorité de gauche au Parlement qui vote la loi et c’est le gouvernement Jospin qui la met en œuvre.

    On retrouve ces positions aujourd’hui avec cette annonce ?

    M.L. : Il faut regarder ça au prisme de la situation actuelle. On a un président de la République qui avec ce service national volontaire est au cœur de son périmètre régalien, et en même temps, ce sont les parlementaires qui vont voter le budget de la défense et avaliser le dispositif. On aurait pu imaginer la gauche entériner facilement cette décision mais on a un président affaibli et rien n’est acquis. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui a toujours regretté la suspension du service national et proposait en 2022, une conscription citoyenne, est critique depuis l’annonce. Le PS a réagi avec un communiqué se disant « sceptique » et réclame un débat. Les écologistes sont pour le renforcement des réserves. Le PCF, lui, est depuis toujours très cohérent, hostile à l’Otan, méfiant vis-à-vis de ce réarmement, de l’aide à l’Ukraine… On est sur une forme de défiance.

    Le service national a encore un sens quand on parle de guerre hybride, d’armée professionnelle ?

    M.L. : C’est une question fondamentale et il faut comprendre dans quel scénario se place l’État-major qui a le rôle de préparer la guerre en espérant qu’elle ne vienne pas. Ils se préparent aujourd’hui, à l’idée que la Russie ne s’arrêterait pas à l’Ukraine mais souhaiterait attaquer un pays du flanc Est de l’Union européenne. Dans ce cas, l’armée professionnelle irait dans le cadre d’une coalition otanienne ou européenne, en soutien du pays agressé. Or si elle quitte massivement le territoire national, il faut continuer à le protéger, précisément parce que la Russie est accoutumée à ce qu’on appelle des actions agressives hybrides : tentatives d’assassinat, sabotage d’infrastructures civiles ou militaires, de nœuds ferroviaires, de centrales nucléaires, de ports… Tout ça suppose que ces endroits soient protégés, et c’est là qu’un service national, dans la logique militaire, serait utile, comme on utilise Sentinelle pour surveiller les rues dans une logique antiterroriste.

    Quel sens a un service national dans l’articulation d’une défense au sein
    de l’Europe construite depuis 1997
     ?

    M.L. : On n’a jamais réussi à construire une armée européenne. C’est un projet des années 50 mais il y a trop d’intérêts divergents et de peur aussi. Mon laboratoire à l’Irsem a sorti une étude sur le retour du service militaire dans 34 pays européens : il y a débat partout mais on ne fait jamais le lien avec l’Europe. Il n’y a pas non plus de discussions, à ma connaissance, entre états-majors et leaders politiques sur l’harmonisation d’un service à l’échelle européenne. C’est une forme d’impensé. Autant ça discute énormément sur les questions d’armement, industrielles, d’alliance, sur la paix en Ukraine, autant le service militaire reste quelque chose d’extrêmement national.

  • Jouer en attaque ou en défense

    Jouer en attaque ou en défense

    L’armée pensait en avoir enfin fini avec la bleusaille en 1997, lors de la suspension du service national obligatoire, et voilà qu’elle reviendrait par la petite porte.
    Mais attention, avec uniquement des jeunes gens éclairés et motivés, des « volontaires ».
    Là où, avec tous les reproches qu’on pouvait lui faire, le service militaire « à l’ancienne », tenait d’un grand melting-pot de la jeunesse de notre pays, celui promis par le président de la République va renforcer une fracture au sein de notre société. Les jeunes les plus éloignés de l’idée de nation, d’État et d’armée républicaine le resteront. Et quel rôle auront ces volontaires ? Garder des bases et des sites stratégiques pendant que les unités professionnelles seront sur le terrain ? C’est court.

    Rattraper son retard

    Cela témoigne d’une doctrine militaire non pas en réflexion et évolutive mais réactive et court-termiste. Avec pour scénario principal -voire unique- une agression de la Russie envers un des pays européens à sa frontière. Une « urgence » à entendre les bellicistes européens à laquelle il faudrait se préparer immédiatement… Le risque ne date pas d’hier, comme en témoigne l’annexion de la Crimée en 2014 dans un silence assourdissant des pays européens. Sauf que depuis lesdits pays ne peuvent plus se reposer sur la puissance militaire des USA et de l’Otan
    au regard de l’ambivalence de la politique étrangère de Trump. Emmanuel Macron n’explique pas s’il entend faire jouer la France en défense ou en attaque. Une ambiguïté inquiétante car la guerre n’est pas un jeu et les jeunes de France ne sont pas des petits soldats
    de plomb.

  • Forum économique Soft à Marseille : l’ambassadeur d’Ukraine veut la paix

    Forum économique Soft à Marseille : l’ambassadeur d’Ukraine veut la paix

    Invité spécial du Soft 2025, l’ambassadeur d’Ukraine en France Vadym Omelchenko a délivré un message ambivalent. Questionné sur les négociations autour du plan de paix pour son pays élaboré par les États-Unis, il a d’abord fait part de son avis favorable : « On croit dans ce plan de paix. On n’a pas beaucoup d’options et il y a un besoin fondamental de paix pour mon peuple. »

    Avant de faire part de plusieurs nuances : « On est prêt à avoir cette paix mais pas à n’importe quel prix. Notre délégation, pendant les négociations, a souligné nos lignes rouges sur notre souveraineté. » Et de développer : « Pourquoi l’armée ukrainienne quitterait les territoires ukrainiens de l’Est ? Pourquoi l’Ukraine renoncerait à l’adhésion à l’Otan ? Imaginez-vous que quelqu’un dise à la France qu’elle n’a pas le droit de rejoindre un organisme international. » Plus clairement, il assure que la diplomatie ukrainienne « ne peut pas accepter » que son pays ait « une souveraineté limitée » à l’issue des négociations. Et affirme aussi que « la société ukrainienne » ne l’acceptera pas non plus. Plus éloigné de son message en faveur de la paix, il appelle aussi au « réveil » des Européens face à « la menace russe » : « Je crois que les pays baltes et nordiques sont déjà menacés […] par une guerre hybride. »

  • À Béziers, une mobilisation en demi-teinte contre l’austérité

    À Béziers, une mobilisation en demi-teinte contre l’austérité

    Une mobilisation en demi-teinte. Voilà comment on pourrait résumer celle qui s’est déroulée à Béziers, le 2 décembre. Quelques têtes présentes néanmoins, à l’image des autres rassemblements ayant eu lieu dans le département de l’Hérault à l’instar de Montpellier et Nîmes. Pourtant, la colère gronde. « Nous dénonçons ce budget de 2026. Toutes les mesures qui avaient été arrachées pour taxer les grandes entreprises et les ultra-riches viennent d’être enlevées par la droite et l’extrême droite au Sénat. Et on continue la casse des services publics, de démanteler l’hôpital, etc. », déclare Sébastien Perret, de l’Union locale biterroise de la CGT.

    Mais force est de constater que le gouvernement n’envisage pas de bouger d’un iota sa politique de l’offre. « Le problème, c’est qu’il n’y a aucune volonté de faire payer les riches. Quand on voit tous les dividendes distribués, que Bernard Arnaud fasse des milliards de profits en une journée et qu’on vienne taxer les chômeurs et baisser les aides des plus précaires, c’est scandaleux, ça met en rage », soutient Françoise Le Bris, secrétaire de Solidaires Béziers. Et s’il ne semble pas avoir de l’argent pour réduire les inégalités et permettre ainsi une meilleure redistribution dans la société, l’argent devient magique dès qu’il s’agit de défense, en témoignent les dernières déclarations d’Emmanuel Macron, jouant les petits chefs de guerre. « La guerre fait taire les révoltes, participe à une vision selon laquelle la nation doit se ranger derrière un chef. Tout est fait dans ce sens, le retour du service militaire, etc. », poursuit Françoise Le Bris.

    « On continue… »

    Mais au vu du faible nombre de personnes regroupées devant la Bourse du travail, la mobilisation a du plomb dans l’aile – même si la pluie en explique une partie. « Aujourd’hui, les gens ont tellement la tête sous l’eau qu’il devient compliqué de les mobiliser », reprend Sébastien Perret. Le contexte des fêtes de fin d’année doit également peser sur le portefeuille. À cela s’ajoute la résignation à la vue des actions menées par Emmanuel Macron. « Les gens se disent que ça ne sert plus rien. On a l’impression que quoiqu’on fasse, ça ne marche pas, ils passeront en force. Il n’y a rien qu’à voir les résultats des législatives de 2024 », analyse Françoise Le Bris.

    Pour autant, les syndicats gardent espoir. « On continue à se battre. À la sortie de la guerre 39-45, tout ce que nous avons obtenu, c’est grâce au rapport de force. Alors qu’il n’y avait plus d’argent, que le pays était à reconstruire, on a réussi à créer la Sécurité sociale en deux ans », fait valoir Sébastien Perret. La lutte continue.

  • Rima raconte les frappes israéliennes à Bint Jbeil

    Rima raconte les frappes israéliennes à Bint Jbeil

    « Peu importe ce qu’il se passe, nous resterons ici », martèle Rima Charara. À 46 ans, cette employée d’un centre culturel francophone, chapeauté par le ministère de la Culture et l’agence de la francophonie du Sud-Liban, vit à Bint Jbeil. Cette ville de 30 000 habitants, à majorité chiite, est située dans le sud du Liban, à 5 km de la frontière avec la Palestine.

    En février dernier, l’armée israélienne cible une habitation voisine. Les dégâts de l’explosion détruisent une partie de l’arrière de son habitation, « Nous l’avons construite à nouveau, nous essayons d’aller de l’avant », souffle son époux, Nassim Bazzi. Avant de reprendre : « C’est la deuxième fois que notre maison est dégradée. En 2006, elle avait été complètement détruite. »

    Sous occupation israélienne de 1982 à 2000, Bint Jbeil a été, en 2006, le terrain d’une bataille sanglante entre l’État hébreu et le Hezbollah. Sa reconquête était l’un des objectifs de guerre de Tsahal, qui considère cette ville comme l’un des bastions de son ennemi au sud du pays. Cet échec israélien est présenté comme une lourde défaite par le mouvement islamiste pro iranien.

    « C’est une partie de notre vie quotidienne : les attaques, la guerre civile, les invasions. On s’y est habitué. On n’a pas d’autre option », souffle Nassim Bazzi, rappelant que depuis 1948, « l’armée n’a pas le pouvoir suffisant de protéger ses frontières ». Dès lors, « les petits pays comme le nôtre, partout dans le monde, n’ont pas vraiment l’indépendance », regrette-t-il.

    Israël frappe malgré le cessez-le-feu

    Le 27 novembre 2024, après deux mois d’une guerre ouverte meurtrière, un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah entre en vigueur. Celui-ci prévoit notamment un retrait de l’armée israélienne du sud du Liban au 18 février 2025, qui n’a toujours pas été respecté à ce jour. Non seulement les militaires israéliens maintiennent leurs positions dans cette zone, mais poursuivent leurs frappes, officiellement dirigées contre le Hezbollah. Selon le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, les attaques israéliennes ont causé la mort d’au moins 127 civils au Liban, depuis le cessez-le-feu.

    Un an après l’accord, Israël est encore accusé de violer cette trêve, mais se défend, disant agir « conformément aux termes du cessez-le-feu en contrant les tentatives du Hezbollah de se reconstruire et de se réarmer, et en intervenant avec fermeté pour éliminer toute menace pesant sur les civils israéliens ».

    « Seul un État palestinien peut apporter la paix »

    Les États-Unis, alliés indéfectibles d’Israël, pressent le gouvernement libanais. Pour le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, son pays se trouve dans « une guerre d’usure unilatérale qui s’intensifie » et critique le Hezbollah, qui refuse le désarmement imposé par Tel Aviv et Washington. « Ces armes n’ont protégé ni les dirigeants du Hezbollah, ni le peuple libanais et ses biens », assure-t-il. Nassim Bazzi s’inquiète : « Le Hezbollah peut se désarmer, mais Israël doit donner des garanties, regardez ce qu’il se passe en Syrie ! »

    Pour lui, une seule solution peut apporter la paix dans cette région meurtrie. « L’instauration d’un État palestinien résoudra le problème du Moyen-Orient facilement. Mais les Israéliens n’en veulent pas », tempête le père de famille.

    Sous la menace des bombardements israéliens, Rima et Nassim tentent de survivre, mais redoutent le pire. « J’ai peur pour mes enfants, pour leur avenir, pour leur éducation. Mais que pouvons-nous faire ? Nous n’avons pas d’autre solution », soupire-t-elle.

    La famille n’entend pas pour autant quitter le pays. « Nous sommes un peuple qui aime sa terre, on ne l’abandonnera pas. Vous ne pouvez pas diviser le Liban », insiste Rima Charara.

    En solidarité avec le peuple palestinien

    Le rendez-vous est donné ce samedi, à Paris, place de la République. C’est là que des citoyens, dont certains partis du quartier marseillais de la Busserine (14e) la semaine dernière, sont attendus pour participer à la grande manifestation nationale, organisée en cette journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, instaurée par les Nations unies, ce 29 novembre. Les membres de plus de 80 organisations, associations, syndicats et partis, venus de tout le pays, portant les couleurs du drapeau palestinien, se retrouveront dans la capitale à 14 heures. Ils réclament, entre autres « l’autodétermination » et « la fin de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid ».

  • [Rue de la République] Gaby Charroux : « Les services publics sont le cœur du pacte démocratique de notre pays »

    [Rue de la République] Gaby Charroux : « Les services publics sont le cœur du pacte démocratique de notre pays »

    L’entrée en campagne

    Didier Gesualdi : Vous êtes candidat à votre succession, vous avez mis du temps à vous décider. Ne craignez-vous pas le mandat de trop ?

    Vous savez, en 2019, j’avais annoncé que ce mandat pouvait être le dernier. On a décidé collectivement que ce ne serait pas le cas. J’en suis très content, heureux, même si je sais la charge qui pèse sur un maire d’une ville de 50 000 habitants. C’est une charge très lourde qui prend 7 jours sur 7, jour et nuit. Nous l’avons démontré, dans tous les moments y compris les moments de crise, nous sommes au rendez-vous.

    Didier Gesualdi : Certains évoquent votre âge, êtes-vous en forme ? Vous pourrez aller jusqu’au bout de votre mandat ?

    Je crois oui ! La forme est là, l’enthousiasme est là, l’engagement est là, l’humilité aussi et l’envie également ! L’envie de poursuivre une action qui, d’ailleurs, était menée avant moi-même.

    Didier Gesualdi : C’est dur une bataille municipale, vous en avez conscience ?

    Ce qui est le plus dur, ce n’est pas la bataille municipale, c’est la vie du maire s’il veut être à tous moments dans le travail avec et pour les citoyens. Je pense qu’une campagne électorale, c’est un formidable moment démocratique dans le pays. Je souhaite et j’invite chaque citoyen à venir dans la campagne, profiter pour dire ce qu’ils ont sur le cœur, ce dont ils ont envie pour leur ville. Ce n’est pas une contrainte ni une punition, c’est enthousiasmant !

    Léo Purguette : Ce sont aussi des moments durs, ça a commencé avant votre déclaration de candidature. À l’appui de l’affaire de la Semivim, un climat de suspicion s’est installé dans une partie de la ville. Comment allez-vous y répondre ? Le débat démocratique sera-t-il serein ?

    On a besoin d’un débat serein. Ce n’est pas le ton donné par un certain nombre d’opposants au conseil municipal qui ont même été dans un comportement indigne. D’ailleurs cela a fait l’objet de procédure et d’une suite. Les choses sont ainsi. Je ne veux pas parler de ces gens. Mais je vais parler du sujet en revanche. Nous nous appuyons sur des valeurs et des engagements qui ont été les nôtres depuis des années. Sur ce qu’ils essayaient d’instrumentaliser, les choses sont très simples : j’ai toujours dit que je n’avais rien à voir avec cette affaire. Croyez-vous que je serais dans le déshonneur d’aller me présenter à une élection si j’avais eu la moindre culpabilité dans une telle affaire ? C’est aussi simple et clair que cela. Nous sommes sereins avec mes camarades élus de la majorité municipale qui sont des gens formidables qui font un travail extraordinaire pour les habitants, chacun dans sa délégation, et qui continueront à le faire.

    Les adversaires

    Didier Gesualdi : La composition de l’échiquier politique vous a-t-elle incité à vous présenter avec une droite qui ne s’interdit rien et un député RN qui est candidat ?

    Ce que je remarque, c’est le travail que nous avons réalisé et pour qui. Mais aussi le non-travail des opposants qui sont présents. Je le disais, c’est la démocratie qui s’exprime, donc chacun peut aller participer. Chacun prend ses responsabilités. Nous, ce à quoi nous tenons, les citoyens peuvent le constater chaque jour, c’est leur intérêt. Toutes nos décisions sont prises pour leur bien-être, leur épanouissement, leur qualité de vie. Pour les jeunes, la perspective d’avoir un avenir désirable. Oui, on a envie que les jeunes, les familles, les anciens soient protégés. On ne part pas de rien, nous avons tout ce qui a été réalisé, porté par ces valeurs de fraternité, de solidarité et d’égalité. Chaque citoyen de Martigues compte pour moi. J’invite les citoyens qui peuvent avoir l’illusion qu’ailleurs l’herbe pourrait être plus verte dit-on, à s’interroger sur ce qui a été réalisé pour eux, ce qui existe déjà dans cette ville. Nous sommes les garants de la poursuite et du développement de cela.

    Léo Purguette : Quel est l’arc des forces qui vous soutiennent et qui souhaitez-vous rassembler ?

    Tous les citoyens de Martigues sont les bienvenus dans notre grand rassemblement. Nous avons besoin de chacun d’entre eux et nous comptons sur chacun d’entre eux. Nul n’ignore quel est mon engagement, pourquoi j’ai envie de continuer à porter cette lourde responsabilité. Parce qu’avec mes camarades de gauche, progressistes, démocrates, qui sont des républicains acharnés, dans le sens le plus beau et le plus large, nous voulons faire progresser la ville, ne jamais reculer sur les valeurs.

    Le RN

    Didier Gesualdi : Entendez-vous ceux qui disent « tous pourris », « on n’a pas essayé le Rassemblement national » et comment vous y répondez ?

    Oui j’entends ça. Ces propos sont d’une injustice terrible. Je vois beaucoup de maires, notamment des maires de notre sensibilité, la gauche, qui sont dévoués, désintéressés, qui donnent de leur temps, de leur force, de leur santé parfois. Je dis à ces citoyens-là, regardez ce qui a été fait ici. Dans les conseils de quartiers, je prends soin d’expliquer à quoi je passe mon temps. C’est du concret : les trous dans la chaussée, la propreté, la sécurité, l’accès aux droits, à la santé pour tous, l’école de qualité partout tout le temps, la prévention des risques, le développement économique… Pas parce que j’ai envie de faire enrichir de grands industriels mais parce que ce sont des emplois pour notre territoire…

    Léo Purguette : Les citoyens de la circonscription ont « essayé le RN » en élisant un député d’extrême droite. Quel regard portez-vous sur ses premiers mois ?

    D’abord j’analyse la campagne électorale. Elle n’était pas pour un député de la circonscription mais pour envoyer le chef du RN à Matignon en attendant mieux. Donc les candidats locaux étaient des candidats de l’ombre, non-connus, sans aucun programme capable d’être exprimé. On a vu la différence qu’il y a entre les députés qui sont engagés, qui portent les valeurs et qui sont capables d’être présents et actifs à l’Assemblée et puis les autres. J’invite chacun à regarder les votes de ceux-là. On trouve les progressistes d’un côté et les défenseurs du grand capital de l’autre. Ce sont ceux-là aussi, ils l’ont montré par leurs votes.

    La guerre

    Léo Purguette : Qu’avez-vous pensé des propos du chef d’état-major sur la France qui devait consentir au sacrifice de ses enfants en Ukraine ?

    C’est juste terrible. C’est une calamité. Pardon d’évoquer des choses personnelles mais j’ai touché du doigt ce qu’était la guerre avec la disparition de mes deux grands-pères et de mon père. Je sais ce qui manque ensuite dans la vie. Je l’ai subi et je ne le souhaite à personne. Je n’ai pas envie que les enfants de France aillent mourir pour des guerres qui ne sont pas les nôtres. Voilà, tout simplement. Cessons d’agiter les peurs. C’est vrai aussi pour la dette, qu’on arrête avec ça. Martigues donnera entre 7 et 8 millions d’euros pour le budget de l’État mais pour faire quoi ? Sa dette abyssale, jamais il ne la remboursera. Quand on dit qu’il n’y a plus d’argent, je n’y crois pas une seconde. Seulement, il faut avoir la volonté d’aller trouver cet argent où il est. Y a-t-il besoin de revenir sur l’enrichissement des plus riches de ce pays en quelques années ?

    L’attractivité de Martigues

    Didier Gesualdi : Si je vous dis que Martigues a perdu de son lustre, de son rayonnement, vous répondez quoi ?

    Que c’est une manipulation qui appartient à ceux qui la portent.

    Didier Gesualdi : Pourquoi le pensent-ils ?

    Il faut le leur demander. Moi, je pense l’inverse : notre ville n’a jamais été aussi attractive qu’aujourd’hui. Mais ce n’est pas qu’une opinion, il y a des faits. Premièrement, elle a su préserver et même développer les emplois de l’industrie. Il y a en plus des projets de décarbonation, le pôle chimique et pétrochimique de Lavéra. Et je vois avec grand plaisir qu’une grande entreprise de ce site vient d’annoncer un investissement de 250 millions d’euros. C’est énorme, très important pour l’emploi ici. Deuxièmement, Provence Studios, avec une réussite d’une personne formidable : Olivier Marchetti, avec son équipe. Ils ont pu faire rejoindre leur amour du cinéma avec ce qu’est Martigues, une terre de cinéma depuis plus d’un siècle. Troisièmement, les services publics implantés ici, qu’ils soient nationaux ou communaux. C’est une richesse incroyable, un atout pour le territoire. Voilà pourquoi je suis acharné à défendre l’hôpital public, l’école publique, la Poste et aussi les services publics communaux.

    Léo Purguette : N’êtes-vous pas entravé sur les services publics par le débat budgétaire qui est dominé par les partisans de l’austérité ?

    Oui. Absolument. J’entends toujours dans leur bouche qu’il faut diminuer la dépense publique. Mais la dépense publique à diminuer c’est quoi ? L’armée ? La police ? La justice ? L’Éducation nationale ? La santé ? La petite enfance ? L’accès aux sports, à la culture, aux solidarités ? Il n’y a pas un euro de dépense inutile à Martigues. J’ai bien l’intention de continuer dans cette voie et de développer les services publics. Pour nous, c’est le cœur du pacte démocratique de notre pays.

    Didier Gesauldi : Comment voyez-vous Martigues dans les prochaines années ?

    Nous travaillons depuis plusieurs années au Martigues de 2050. On a des opportunités pour le faire par exemple avec le plan d’urbanisme intercommunal qui permet de planifier l’équilibre entre les zones agricoles, les espaces naturels protégés, la construction de logements… Nous exigeons des bailleurs qu’ils rénovent tous les logements sociaux…

    Didier Gesualdi : À l’issue d’une bataille municipale qui promet de faire rage, sera-t-il possible d’être le maire de tous les Martégaux ?

    Je veux être le maire de chacun et chacune. J’appelle à venir dans les ateliers que nous organisons pour construire le projet de mandat. Bien sûr, on a des bases et des pistes, c’est clair. Tout ce qui se fera dans cette ville par l’équipe que je mène, sera dans l’intérêt des Martégales et des Martégaux. Quelqu’un m’a dit récemment, « vous partagez avec moi la défense de l’intérêt général mais vous, vous avez épousé Martigues ». Oui, c’est un joli mot. Quand on est dans un couple, on a envie du meilleur. J’ai envie du meilleur pour la ville de Martigues et pour tous ses habitants, sans distinction. Les maîtres-mots, ce sont : fraternité, solidarité, égalité pour tous les citoyens de Martigues.

    Les collectivités

    Léo Purguette : Quel est votre sentiment sur l’instabilité politique ?

    Les pôles de stabilité, on les trouve dans les communes, les départements, les régions.

    Léo Purguette : Le président du Sénat a plaidé à Aix pour un nouvel acte de décentralisation. Est-ce que ça vous inquiète ?

    Nous, ce dont on a besoin, c’est des moyens de fonctionner. Nous les avions. Ils ont été supprimés par un président de la République -chacun retrouvera ses petits- qui, en 2009, a supprimé la taxe professionnelle qui ne gênait en rien les grandes entreprises mais qui était une source de financements pour les actions municipales et pour les services publics locaux.

    Léo Purguette : L’État joue-t-il son rôle sur le narcotrafic ?

    Le narcotrafic est un problème national et international. Il est présent dans les très grandes villes et leurs quartiers, dans les villes moyennes comme nous et leurs quartiers, dans les campagnes, partout, dans le moindre recoin du territoire national. Il faut une action conjuguée, une volonté politique au niveau de l’État.

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Jean-Michel :

    Bonjour Monsieur le maire, on annonce 10 000 emplois supplémentaires avec les nouvelles usines. Où va-t-on les mettre ?

    Merci Jean-Michel pour cette question. D’abord où vont être installés les emplois et puis ensuite les hommes et les femmes qui vont les occuper. Les emplois iront sur le grand port maritime de Fos, mais peut-être aussi alentour, je pense à la zone de Lavéra aussi. J’ajoute que les emplois sont annoncés avec une ambition d’industrie décarbonée. Pourquoi sommes-nous intéressés par des nouveaux emplois ? D’abord parce que nous en voulons ici, chez nous, en France. Ensuite parce que nous avons besoin à l’Ouest de l’étang de Berre, d’emplois bien rémunérés, défendus par les salariés eux-mêmes et qui feront vivre beaucoup de monde. Aurons-nous 10 000 emplois ? Je n’en sais rien à ce stade. Il y a déjà des premières avancées, des entreprises qui ont annoncé leur implantation. C’est très bien. Où vont habiter les gens qui travailleront dans ces industries ? Une bonne partie viendra sans doute d’autres régions. Il faudra les loger. Ils vont s’installer un peu partout à Fos, à Saint-Martin-de-Crau, à Port-de-Bouc, à Istres, à Port-Saint-Louis et à Martigues aussi. Nous travaillons à créer les conditions d’un accueil. Pour maintenir le nombre de logements pour la population actuelle de Martigues, il faut construire à peu près 150 logements par an. Si on veut anticiper des nouveaux salariés de l’industrie mais aussi des services publics qui devront aller avec, car il y aura plus de classes dans les écoles, plus de besoins au centre hospitalier de Martigues, il faudra environ 100 logements de plus par an, donc au total 250 logements par an à construire, publics et privés. Les emplois les mieux rémunérés sont ceux de l’industrie, on a envie que les ouvriers qualifiés, les ingénieurs, les techniciens vivent à Martigues pour profiter de cette ville bien équipée dans laquelle on vit.

  • [Témoignages] Ces jeunes provençaux qui se refusent à la guerre

    [Témoignages] Ces jeunes provençaux qui se refusent à la guerre

    David Nadier, étudiant en dernière année de cuisine

    « Bien sûr, on en parle entre copains, comme on en parlait au début de la guerre en Ukraine. On n’est pas franchement inquiet, mais une chose est sûre, c’est qu’on n’a pas envie d’aller se battre. C’est vrai qu’il y a une montée des tensions, une radicalisation. Je pense que cela fait longtemps que l’on n’a pas connu la guerre et les gens oublient. En Espagne, on voit des jeunes adorer Franco, c’est incroyable. Les gens oublient les conséquences, oublient que la guerre, c’est de la violence, des morts qui deviennent déshumanisés quand les chiffres explosent, comme on l’a vu en Palestine. La guerre, c’est des familles séparées, des cicatrices qui ne se referment jamais vraiment. Ma grand-mère, qui a vécu la Seconde Guerre, y pense encore. » A.S.

    Théo César, réalisateur du film Ne perdons pas le Nord

    « Ça m’angoisse tout ça. Je constate qu’il est très simple pour l’UE, la France et d’autres de débloquer des sommes très importantes pour les armées, dont le budget augmente et c’est le seul en France. Je préférerais que ces milliards d’euros aillent dans l’environnement ou l’éducation. Le vivant est aussi victimes des guerres. Le sol, l’air, sont pollués, des métaux lourds infiltrent les sols et les nappes phréatiques et perdurent sur des dizaines ou centaines d’années. Ça modifie drastiquement les paysages, les arbres et l’écosystème détruits à grande échelle. Ce qui entraîne migrations d’espèces et sur le long terme, l’impossibilité pour le vivant et pour nous de nous réapproprier l’espace. » An.M.

    Julie Nersessian, étudiante en droit à Aix

    « La guerre fait peur, évidemment, mais le discours du chef d’état-major me met surtout en colère. S’exprimer de cette manière alors qu’un chef d’état -major est censé représenter le président de la République, quand même ! C’est choquant. Ce sont des paroles sérieuses. Je comprends qu’on se prépare au scénario de la Russie qui attaque un pays de l’Otan, au vu de la situation géopolitique. C’est aussi le niveau de préparation, l’intensité de la mobilisation qui me font peur. Les premiers impactés en cas de conflit seront les gens autour des bases militaires comme Istres. C’est aux premiers concernés de s’exprimer et c’est eux qu’on doit écouter en priorité, et pas Renaud Muselier, qui se félicite de remilitariser la zone. » An.M.

    Pablo Biancarelli, secrétaire de la Jeunesse communiste de Vaucluse

    « Je suis, à titre personnel, très inquiet de l’évolution du conflit, car le gouvernement Macron est très dur à lire. Pas un jeune ne doit mourir sur le front ukrainien. Je ne pense pas, ou en tout cas je n’ose pas imaginer, que des gens de notre âge partiront à la guerre. J’interprète le discours de l’État-major comme une réaction de panique, car le front ukrainien craque face à la pression russe. Je pense que le gouvernement passe par l’armée pour mieux faire passer la pilule. Le pouvoir macronien est très impopulaire et agite donc le chiffon rouge de la menace extérieure pour souder le pays et instaurer un climat de peur dans la population pour paralyser les mouvements sociaux. » M.S

    Romane Massip, secrétaire fédérale du Mouvement des jeunes communistes 13

    « Notre position générale, c’est que nous sommes contre la professionnalisation du secteur militaire. Mais nous dénonçons ce qui se passe actuellement. Lors du meeting de Fabien Roussel, dimanche, notre secrétaire national Assan Lakehoul a pris la parole pour dire que non, les jeunes ne sont pas prêts à mourir en Ukraine, qu’on ne prépare pas la paix en faisant la guerre. Pour nous, il y a une volonté d’imposer à la France cette préparation de la guerre, d’envoyer les Français se battre contre la Russie… Ce n’est pas comme ça que nous arriverons à la paix ! Emmanuel Macron parle d’un service volontaire, mais c’est un premier pas dans une volonté de remilitarisation, de sur-militarisation de la France. » Y.S.

    Laurent Badie-Barthès, syndicat de l’Union étudiante Sciences-Po

    « Si les budgets sont alloués pour faire la guerre, les jeunes seraient doublement impactés. D’une part, c’est de l’argent qui n’irait pas dans nos poches. D’une autre, s’il y a des guerres, on serait les premiers appelés. On est centraux dans les dernières déclarations. S’il y a un conflit, on en paiera toutes les conséquences. à 70 ans, on verra encore les blessures causées par ces guerres. En tant que jeune, c’est anxiogène. Sur le fond, je ne suis pas surpris par ces déclarations : vu les priorités du pouvoir, c’est cohérent. C’est plutôt sur la forme. Voir un chef d’état-major des Armées le dire et pas un chef du gouvernement. Est-ce que l’armée, censée être le bras qui répond aux aspirations démocratiques, n’est pas en train de s’émanciper, dicter le pas au politique ? » E.B.-G.

  • Inquiétude chez les anciens combattants

    Inquiétude chez les anciens combattants

    « Accepter de perdre nos enfants. » Président de l’Arac d’Aix-en-Provence, Serge Lejeune accueille avec « beaucoup d’inquiétude » les propos du Chef d’état-major des armées, Fabien Maudon, vaguement nuancés par Emmanuel Macron. « Ce qui déclenche les guerres est presque toujours de nature économique, rappelle l’ancien combattant. étant donné la situation européenne, les déclarations de Macron font forcément peur et je les prends très au sérieux. » Il précise : « C’est le propre du capitalisme de régler ses problèmes par la guerre, ne l’oublions pas. »

    Évoquant le profil des chefs d’État, russe comme américain, il estime « qu’en attaquant la Russie de front, nommément, Macron prend le risque d’exciter les velléités bellicistes. Or, si l’ours est piqué et répond, cela risque de nous amener très loin et nous ne sommes pas en capacité de répondre à l’attaque, car les Russes ont tout un arsenal nucléaire tactique. » Serge Lejeune ajoute à cette analyse « la montée des extrêmes droites et de l’ultra nationalisme en Europe, aux États-Unis et dans les pays de l’ex-URSS ».

    « Un service d’appelés »

    Le président de l’Arac se dit plus mitigé sur la question du rétablissement du service militaire en France. Emmanuel Macron a demandé au ministère des Armées de travailler sur « un projet de service militaire volontaire », a indiqué Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées. Ce « Service national volontaire », serait en « réflexion dans plusieurs pays européens en ce moment », a-t-elle précisé : « La semaine dernière, j’ai reçu mon homologue suédois, qui a un modèle en train en cours de développement dans pas mal de pays européens. Tout le monde y travaille, donc nous aussi, on y travaille. »

    Une annonce « à la fois inquiétante et qui mérite que l’on s’y penche ». Inquiétante dans ce tableau pessimiste du monde, « où on assiste à la faillite de la France dans sa défense de la notion de laïcité, où la planète est aussi dans un état d’urgence absolu et où les dirigeants entraînent leurs populations vers la guerre ». Mais qui interroge, dans le sens où « la suppression de l’armée d’appelés a été quelque chose de dangereux. Car quand le contingent est insuffisant pour rétablir la paix, les appelés sont une force. » Seulement, cette interrogation arrive à un moment peu propice à une réflexion désintéressée, « dans un contexte d’une spirale générale vers la guerre dans laquelle on cherche à nous entraîner ».

  • Les témoins de l’horreur nucléaire mobilisés pour la paix

    Les témoins de l’horreur nucléaire mobilisés pour la paix

    « Nous sommes venus vous montrer ce qui se passerait si on utilisait la bombe atomique aujourd’hui », lance Yuhi Shimada aux élèves du collège Éluard de Port-de-Bouc, à l’occasion d’une rencontre organisée par le Mouvement de la paix au cinéma le Méliès. Le Japonais de 26 ans est membre de Nihon Hidankyo, association des victimes des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki par les États-Unis en 1945, appelés Hibakushas. Avec eux, les membres de l’association ont apporté des clichés montrant les plaies et les corps calcinés par la bombe atomique.

    Leur déplacement s’effectue dans le cadre d’un tour de France de la paix, après avoir remporté le Prix Nobel de la paix en 2024 pour leur action contre les armes nucléaires. Un sujet bien loin du quotidien des élèves faisant face à la délégation japonaise. Emiko Honma, fille d’une irradiée par les bombes, leur rapporte les témoignages « des corps brûlés et des bâtiments effondrés jonchant les rues » de Hiroshima, peu après le bombardement du 6 août 1945. Mais aussi « les préjugés sur les personnes exposées aux radiations, la peur de mourir soudainement d’une maladie et la culpabilité d’avoir survécu ».

    « Faire reconnaître un crime de guerre des USA »

    Un collégien demande pourquoi ces bombes ont été utilisées. Saburo Sugasawa, du Mouvement de la paix japonais, pense que « les grandes puissances se battaient à l’époque pour dominer le monde, et le pays qui aurait l’arme nucléaire avant tout le monde gagnerait ce combat. Les États-Unis ont fait un essai à échelle humaine de la leur », affirme le militant, précisant que « le Japon n’avait plus les moyens de continuer la guerre » à ce moment.

    Une collégienne s’interroge : « Est-ce que des pays ont aidé le Japon après les bombes ? » Yuhi Shimada répond qu’« aucun pays n’est venu en aide au Japon après le bombardement. C’est une raison pour laquelle le nombre de morts à Hiroshima est passé de 70 000 au moment de l’attaque à 140 000 à la fin 1945, car énormément de victimes n’ont pas pu être aidées après la bombe. » Emiko Honma ajoute que « les États-Unis et le gouvernement japonais ont caché ces horreurs ». Saburo Sugasawa abonde : « Pendant près de dix ans après l’attaque, l’armée
    américaine empêchait les Hibakushas de parler de ce qu’ils avaient vécu, par la censure.
     »

    « Nous luttons pour faire reconnaître le largage de ces deux bombes comme un crime de guerre », complète Saburo Sugasawa, avant de développer : « Les pays comme la France, qui possèdent cette arme, doivent s’en débarrasser. » Il invite les élèves à « faire entendre les citoyens qui n’en veulent pas et à faire ratifier le traité d’interdiction des armes nucléaires par la France ».

    Un devoir de mémoire nécessaire pour Emiko Honma. « Il ne reste que 9 000 Hibakushas, dont l’âge moyen est de 85 ans. On arrive au moment où ils vont disparaître. Et il y a une chose plus horrible que Hiroshima et Nagasaki, c’est que le monde oublie ce qu’il s’est passé », conclut l’Hibakusha.

    À Martigues, ville engagée

    « La paix est un choix », pour le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux. L’édile a accueilli la délégation d’Hibakushas, mardi à l’hôtel de Ville, avant leur rencontre avec les collégiens à Port-de-Bouc. « Martigues est une ville profondément attachée à la paix. Nous avons rejoint l’appel des villes pour la ratification par la France du traité contre les armes nucléaires, qui sont une menace pour l’humanité », affirme Gaby Charroux.

    Élisabeth Grand, du Mouvement de la paix de Martigues, rappelle que « ces bombes continuent de blesser » et exige de même que « la France signe le traité, abandonne l’économie de guerre et se prépare face au danger plus imminent du changement climatique ».

  • [Entretien] Didier Quattropani : « Ils sont devenus complètement fous »

    [Entretien] Didier Quattropani : « Ils sont devenus complètement fous »

    La Marseillaise : « Accepter de perdre ses enfants pour protéger ce que l’on est. » Cette déclaration a choqué beaucoup de monde…

    Didier Quattropani : Plus que ça même. D’ailleurs, le jour même, on a fait une expression sur la base, en réaction à cette déclaration qui nous paraît complètement lunaire. Car tenir ce genre de propos dans une réunion devant les militaires, c’est une chose, mais devant des élus locaux, venir dire : « prévenez les familles que dans les 4 ans, il y aura une guerre et qu’ils vont perdre leurs enfants », c’est insensé.

    Quelle est votre analyse sur sa finalité ?

    D.Q. : On est dans une période où on essaie encore plus de faire peur à tout le monde, de manière à faire accepter tout ou n’importe quoi. Faire accepter le budget des Armées, pour commencer, qui va être supérieur à tous les budgets au détriment des autres postes régaliens, comme la sécurité, l’éducation, les hôpitaux… ça me paraît irréel.

    En même temps, cette rhétorique guerrière ne date pas d’hier…

    D.Q. : Elle a commencé à l’arrivée de Macron, quand il a changé le nom du ministère de la Défense en ministère des Armée. Depuis, on n’est plus dans la défense du territoire, mais dans la projection. Ce qui est plus choquant, c’est qu’au début de la guerre en Ukraine, Lecornu, alors ministre des Armées, a dit ouvertement que c’était une opportunité pour nos industriels de l’armement. Pitoyable. Malheureusement, ça continue avec les propos du chef d’état-major des Armées, ça veut dire qu’ils sont devenus fous. Quand j’étais embauché à Arsenal dans les années 80, on était là pour entretenir la Marine, défendre les intérêts français, le territoire, mais pas pour que ça devienne un salon de l’armement à ciel ouvert. Pour nous, ce n’était pas une gloire d’être passé deuxième vendeur d’armes, l’an passé. Quand tu vends des armes, tu entretiens la guerre. Malheureusement, c’est la politique de la France.