Tag: grève

  • Les petites mains du conservatoire de Marseille relèvent la tête

    Les petites mains du conservatoire de Marseille relèvent la tête

    « On est les boucliers du conservatoire : on gère tout mais on ne pense jamais à nous. » Dans les salles du Palais Carli, dans le 1er arrondissement de Marseille, les agents d’accueil et de surveillance du conservatoire Pierre Barbizet sont remontés et entendent bien taper du poing sur la table. Les petites mains de cet établissement de l’Institut national supérieur d’enseignement artistique Marseille Méditerranée (Inseamm) sont en mouvement social depuis ce lundi, avec l’appui de la CGT, à coups de deux heures de grève le matin et en fin d’après-midi.

    De quoi impacter l’accueil des usagers mais surtout mettre en lumière leurs conditions de travail qu’ils jugent « plus que dégradées ». Sous couvert d’anonymat, les agents dénoncent une multitude de problématiques, allant d’une nouvelle salle de repos à des recrutements en passant par une revalorisation salariale. Nicolas* dénonce : « On fait face seuls à plein d’aléas, il y a des procédures qui ne sont pas forcément suivies, c’est en mode freestyle ». Marie*, son homologue, prend un exemple concret : « Le soir, on est les derniers présents sur le site. Parfois, on réalise le travail du service scolarité, c’est-à-dire qu’on doit gérer les enfants quand les parents sont en retard mais on n’a même pas accès au logiciel pour avoir leurs numéros de téléphone ! » Autre anecdote qui en dit long : « Quand il y a des inondations, c’est nous qui nettoyons, alors que ce n’est pas dans nos fiches de poste. » In fine, ils demandent une reconnaissance accrue au regard « du premier maillon de la chaîne » qu’ils représentent.

    Un travail sur « des propositions concrètes »

    Tous pointent l’état de leur salle de repos, en réalité un local technique dans un état peu reluisant où se mêlent casiers personnels, colonne informatique et fenêtre cassée. Une première discussion avec la direction a eu lieu, ce lundi. Les agents relatent un « échange constructif » et une direction globalement à l’écoute. Ce que confirme le directeur général de l’institut Raphaël Imbert : « On a eu un échange sur l’expression d’un mal-être au travail qu’on a entendu et sur les débuts de réponses que l’on peut apporter. » Dans une situation budgétaire contraignante (lire notre article du 06/01), il assure travailler à « des propositions concrètes » comme sur le passage en filière technique, le réaménagement de la salle de repos, un audit, une revalorisation… « Ils manifestent un besoin d’écoute et de reconnaissance, on a convenu de faire un effort », conclut le directeur général.

    *Les prénoms ont été changés

  • Que font-ils de leur serment ?

    Que font-ils de leur serment ?

    La grève des médecins libéraux, corporatiste, est aussi le symptôme de la crise de notre système de santé grignoté par le libéralisme. Le budget 2026 de la Sécurité sociale n’embrasse pas les questions urgentes de l’accès aux soins et des droits de chacun a être soigné où qu’il vive et quels que soient ses revenus. Le plus choquant dans cette fronde des médecins libéraux est qu’elle se tient alors que 13,5 millions de Français vivent dans des déserts médicaux et que 6,7 millions de personnes n’ont pas de médecin traitant.

    Un Français sur quatre renonce à des soins

    Ce qui est choquant c’est qu’une personne sur 4 en France renonce à des soins pour des raisons financières et que 68% des Français ont renoncé à des soins en raison du temps d’attente au cours des cinq dernières années.

    La santé et l’accès aux soins sont donc une priorité majeure pour nombre de nos concitoyens et, à moins de trois mois des municipales, le sujet irrigue les programmes dans de très nombreuses communes.

    L’ordre des médecins avance des propositions et promet un livre blanc pour 2027. Mais où sont les collectifs de citoyens, les élus locaux et les collectivités locales dans cette réflexion ? Pour l’heure, il n’y en a pas trace. Or, ce n’est qu’en imaginant un système de soins associant toutes les composantes de la société que l’on renouvellera la promesse de la Sécurité sociale. Les centres de santé sont une piste à développer dans les territoires. Une solution qui permettrait aux médecins libéraux d’accomplir leur serment de soigner de façon inconditionnelle, sans dépassement d’honoraires et dessous de table pour certains.

  • Les médecins dépassent-ils les bornes ?

    Les médecins dépassent-ils les bornes ?

    Les médecins ont entamé ce lundi une grève de dix jours qui doit les conduire jusqu’à une manifestation nationale le 10 janvier à Paris. D’après le syndicat CSMF, le « mouvement est excessivement suivi », 85% des adhérents ayant annoncé leur intention de faire grève. Médecins de ville en tête, ils se mobilisent contre la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, dans laquelle ils voient « une nouvelle étape dans une trajectoire devenue intenable pour l’ensemble du système de santé », résume l’association Médecins pour demain. Leur colère devra être entendue. Mais dans la bataille qui se mène, le code de déontologie de la profession n’est-il pas en train de s’estomper derrière un bras de fer comptable ? Confrontés à la ruine d’un système de santé, de plus en plus à deux vitesses, la confiance dans le corps médical est mise à rude épreuve.

    « Plus de 100 000 lits ont été fermés en 20 ans ! On n’a pas cessé d’alerter contre la dégradation de l’accès aux soins, mais on a en face de nous des comptables, des gens qui ne connaissent que des ordinateurs », déplore le Dr Said Ouichou, qui exerce dans le 15e arrondissement de Marseille. Il dénonce les nouvelles mesures de la loi de financement de la Sécurité sociale qui « continuent le travail de sape » et la colère est grande.

    Faire plus avec moins d’argent. Toujours sous couvert de maîtrise budgétaire, le texte impose « plus de contraintes, plus de contrôles, de la suspicion » à l’égard des généralistes, dénoncent les grévistes. Sans réparer le système de santé. « On nous a traité de nantis… mais là, on cherche à nous sanctionner, à faire de nous des exécutants aux ordres de l’assurance maladie, dénonce le praticien. On nous fixe des indicateurs de prescription sur des médicaments, sur des arrêts de travail, de transport, à ne pas dépasser. » Comment décider qu’un arrêt maladie devra se limiter à un mois ?

    La question des dépassements d’honoraires est aussi pointée. Et elle divise. Sur trois secteurs de tarification, le premier est pris en charge par la Sécurité sociale, le deuxième donne la possibilité d’un dépassement, « qui correspond à un rattrapage pour les spécialités », justifie Saïd Ouichou. Pour le troisième, libre, la consultation n’est pas remboursée et désormais la prescription ne le sera plus. « C’est la loi de finance qui permet une médecine à deux vitesses, une médecine pour riches », estime Jean-Marc Bensoussan, médecin à Gignac-La-Nerthe, évoquant le risque que les médecins libéraux se déconventionnent pour pouvoir faire des dépassements d’honoraires. Un point « inacceptable » pour Anthony Gonçalves. S’il concède à ce mouvement « d’essence libérale, des revendications, notamment l’opposition à la restriction sur les dépenses de l’assurance maladie », le professeur de médecine et oncologue, désigné chef de file pour mener la campagne des communistes au sein du Printemps Marseillais, considère au contraire que ce sont « au final les patients qui vont sortir l’argent de leur poche. Ceux qui le pourront. Pour réguler, il faut un seul tarif, celui de l’assurance maladie ». Ce sont surtout les salaires en radiologie et en biologie médicale qui font grincer des dents, comme ceux des directeurs d’assurances complémentaires.

    Noyés sous l’administratif

    « Ce n’est pas notre niveau de vie qu’on défend », recadre le Dr Jean-Marc Bensoussan. « On est entre 5 000 et 5 500 euros par mois une fois tout déduit. C’est bien, mais ce n’est pas volé. Les heures on en fait. Malheureusement de plus en plus en administratif. » Pour les internes en milieu hospitalier, « c’est entre 60 et 70 heures par semaine alors que la loi fixe un maximum à 48h », précise Saïd Ouichou. Là encore la loi ne résout rien, relève Jean-Marc Bensoussan : « Si on ne remplit pas le dossier médical partagé, on est pénalisé. Jusqu’à 10 000 euros par an. En clinique, c’est dix fois plus. »

    Face aux déserts médicaux qui gagnent du terrain c’est encore avec de l’argent qu’on entend attirer les jeunes médecins. Soit avec 200 euros par jour garantis d’office, ou comme à Sorgues, dans le Vaucluse, le département le moins doté de la région Paca, où 900 euros étaient promis aux étudiants en contrepartie d’une installation de plusieurs années dans la commune. « Aucune mesure efficace n’est prise, on n’a pas retenu la leçon de Covid », déplorent les médecins. Plutôt que de taper sur les soignants, ils préféreraient que le gouvernement, finance la santé en « cessant d’exonérer les multinationales de leurs cotisations sociales ».

    Convaincu que des « réformes sont nécessaires », mais soucieux de la liberté du médecin, Le conseil national de l’ordre propose l’élaboration d’un « livre blanc pour 2027, écrit par les médecins, les étudiants en médecine et les internes pour une médecine au service des patients-citoyens et notre République ».

    Repères

    Déserts médicaux

    En France, les déserts médicaux touchent de nombreux territoires, en zone rurale, mais également en ville. Des accès aux soins limités qui laissaient 6 millions de Français sans médecin traitant en 2024, d’après les données de la sécurité sociale. Le ministère chargé de la Santé et de l’accès aux soins a d’ailleurs identifié deux zones dans le Vaucluse et une dans le Var comme étant prioritaires dans la lutte contre les déserts médicaux. Les Bouches-du-Rhône sont elles, relativement épargnées au niveau départemental, bien qu’au niveau local certaines zones sont peu dotées d’offre de soins, comme certains quartiers Nord de Marseille.

    Numérus Clausus

    Mis en place par une loi en 1971, le numerus clausus limite le nombre d’étudiants en médecine. Une loi qui vient d’une négociation entre médecins libéraux eux-mêmes et l’État et qui est souvent décrié comme l’un des facteurs de la pénurie de médecins que la France connaît actuellement.

    2030

    C’est la date à laquelle la fin du numérus clausus décidée en 2019, commencera à se faire sentir, car les effectifs dans les universités restent contraints à leur capacité d’accueil. Selon un rapport du sénat, le nombre de médecins devrait encore diminuer cette année, avant de commencer à réaugmenter.

    + 5 %

    C’est l’augmentation des dépassements d’honoraires entre 2019 et 2024 par les médecins libéraux en ville, en cliniques privées ou encore dans le cadre de l’exercice d’une activité libérale à l’hôpital public, d’après le rapport du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie.

  • Le piquet de grève se poursuit à l’ex-Holiday Inn à Marseille

    Le piquet de grève se poursuit à l’ex-Holiday Inn à Marseille

    « Le piquet de grève tient bon. » Ce lundi, Toufiq Ghodbane, représentant syndical de la CNT-SO 13 sur l’hôtel Marseille Saint-Charles fait part de la détermination des grévistes de l’ex-Holiday Inn, en mouvement social depuis une semaine. Pour rappel, ils contestent plusieurs « licenciements économiques » au sein de l’établissement. « On n’a toujours rien de concret et on attend des réponses de la direction, pas de documents officiels qui prouveraient des difficultés économiques », développe le syndicaliste. Gaelle Barbero, défenseure syndicale pour la même organisation syndicale précise qu’il y a bien des discussions avec la direction du groupe Alboran, propriétaire de l’hôtel. Mais ces dernières « ne donnent rien ». « Ils ne reviennent pas sur les licenciements. Nous essayons de négocier un protocole d’accord avec des garanties de réembauches, des indemnités pour les licenciements, des possibilités de ruptures conventionnelles, etc. », précise-t-elle. Avant de tempêter : « La direction a dit qu’elle allait étudier nos propositions mais nous n’avons pas encore de retour. »

    En bref, des négociations tendues mais pas complètement fermée non plus. Le tout, alors que les premières convocations pour des entretiens préalables à licenciement débutent ce mardi. Karima Malagouen, coordinatrice de petit-déjeuner de l’hôtel, est concernée par ces entretiens puisqu’elle fait partie des salariés visés par les procédures de licenciement. « Cela fait 15 ans qu’on est sur l’établissement, c’est un hôtel qui cartonne, je ne crois pas à l’argument des difficultés économiques », conclut-elle.

  • Les médecins libéraux en arrêt dans la région

    Les médecins libéraux en arrêt dans la région

    Du 5 au 15 janvier, les cabinets médicaux tournent au ralenti. À Marseille comme ailleurs, les consultations non urgentes sont reportées et les patients invités à anticiper leurs ordonnances. Au cœur du conflit, un article du PLFSS qui autoriserait l’Assurance-maladie à réviser unilatéralement les tarifs des actes « trop rentables », remettant en cause la négociation conventionnelle vieille de cinquante ans. Un autre prévoit, une surcotisation sur les honoraires des praticiens en secteur 2 et 3. Pour les syndicats, c’est une « attaque frontale contre la médecine libérale ».

    Dans le viseur, la loi antifraude. « On nous impose des quotas de prescriptions et des objectifs de contrôle des arrêts maladie, bons de transport ou ordonnances, basés sur des statistiques globales et non sur la réalité des patientèles. On nous retire notre indépendance de prescription. C’est la chasse aux sorcières », dénonce Élodie Le Buzullier, secrétaire générale de Médecins pour demain. Elle pointe des pénalités pour non-remplissage du Dossier médical partagé, jusqu’à 10 000 euros d’amende, même si la mesure a été retoquée par le Conseil constitutionnel.

    Sept organisations représentatives, dont MG France, la CSMF et le SML, appellent à ne pas signer les contrats France Santé et à multiplier les actions. « On est sur 70 à 80% de mobilisation, certains se mettent en grève que quelques d’autres deux semaines », assure Élodie Le Buzullier. Une manifestation nationale est prévue le 10 janvier à Paris. D’ici là, les patients devront composer avec des annulations massives et se tourner vers les urgences.

  • Les médecins libéraux en grève dès le 5 janvier dans l’Hérault et le Gard

    Les médecins libéraux en grève dès le 5 janvier dans l’Hérault et le Gard

    Que l’on habite dans les Cévennes gardoises ou dans la plaine héraultaise, on sait combien il est long d’obtenir un rendez-vous chez un spécialiste. Dans les hauts cantons et de plus en plus en ville, il est parfois impossible d’obtenir un rendez-vous en moins d’une semaine chez son médecin généraliste.

    Du 5 au 15 janvier, cela risque d’être encore plus compliqué. Les six syndicats de médecins libéraux et internes appellent généralistes et spécialistes à reporter leurs rendez-vous et à fermer leurs cabinets. Un mouvement radical que certains prédisent « historique » destiné à protester contre la politique gouvernementale qui selon les syndicats met à mal la profession.

    Au-delà du grand rassemblement prévu le 10 janvier à Paris, des manifestations pourraient voir le jour dans le Gard et l’Hérault. Pour l’heure, on connaît la liste des griefs relatifs au budget de la Sécurité sociale adopté définitivement le 16 décembre 2025. Le dossier médical partagé (DMP) explique une partie du courroux des médecins libéraux. Ils s’insurgent contre la possibilité d’être sanctionnés par des amendes (en théorie jusqu’à 25 000 euros par médecin ou 100 000 euros par établissement) en cas de non alimentation ou de non consultation des fichiers jugés « trop complexes à utiliser et inefficaces ».

    Les syndicats dénoncent aussi la possibilité pour l’Assurance maladie de baisser de « manière unilatérale et autoritaire » les tarifs des consultations et actes en cas de rentabilité jugée « excessive ». Un point qui va à l’encontre de la négociation conventionnelle instaurée depuis 1971. Par ailleurs seraient supprimés les remboursements de l’Assurance maladie pour les ordonnances rédigées par les médecins non conventionnés pour les soins prescrits par ces médecins à titre gracieux pour eux ou leurs proches.

    Autre motif de colère, la possible mise sous objectifs de médecins qui prescrivent plus d’arrêts de travail que leurs confrères. Le but étant de les inciter à réduire leurs arrêts maladie ou dans le cas contraire à les pénaliser financièrement.

    Enfin, les six organisations syndicales réitèrent leur opposition frontale aux propositions des lois Garot et Mouillé. Toujours examinées aux Parlement, elles visent à lutter contre les déserts médicaux à réduisant le principe de totale liberté d’installation des médecins. En avril 2025, cette mesure qui semble de bon sens compte tenu de la pénurie de médecins, avait déjà suscité une levée de boucliers.

  • Le Front populaire, quand la grève fait la force

    Le Front populaire, quand la grève fait la force

    Congés payés, réduction du temps de travail, augmentation des salaires, droit syndicaux… Il y a 90 ans, la coalition de gauche du Front populaire remportait, le 3 mai 1936, les élections législatives françaises. Son gouvernement, par la pression de la rue et d’un mouvement de grève massif, a voté des avancées sociales considérables. Cet élan progressiste n’a pas duré, mais a marqué l’imaginaire des mouvements sociaux et façonné le système social français instauré après la Seconde Guerre mondiale.

    Une alliance pas si évidente, puisque le mouvement ouvrier est divisé, avec la scission en 1920 entre communistes et socialistes et en 1921 de la CGT, avec la création de la CGTU. Mais la crise économique de 1929, qui fait exploser le chômage, et la crainte de la montée du fascisme pousse vers une union des gauches. Le 6 février 1934, une manifestation de ligues d’extrême droite, à Paris déclenche un sursaut dans les forces antifascistes et une alliance commence à se dessiner.

    Des forces locales unies

    à l’appel de la CGT puis de la CGTU, une grève contre le fascisme est organisée le 12 février dans toute la France. Alors qu’à Paris, deux cortèges s’organisent, à Marseille les syndicalistes et militants décident de n’en former qu’un seul. « C’est un défilé important, le deuxième après Paris, avec 100 000 personnes si l’on en croit Rouge midi [quotidien communiste, Ndlr], moitié moins si l’on s’en tient aux rapports de police », rapporte l’historien Jean Domenichino, dans son ouvrage Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front populaire (éditions Des Fédérés).

    à l’échelle locale, de nombreux rapprochements se font avant le niveau national. Ainsi, la section communiste et la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) des Bouches-du-Rhône et du Var signent un pacte dès juin 1934, un mois avant les partis nationaux. De même, dans le Var, le rapprochement entre la CGT et la CGTU est entamé dès septembre 1934, alors qu’il n’est acté au niveau national qu’en 1936. Ce qui fait dire à Jean Domenichino, dans son livre, que « la région marseillaise semble jouer un rôle moteur dans le processus, voire précurseur en raison de la vitalité des luttes sociales ».

    Au niveau national, la coalition des partis de gauche se complète en juin 1935, après le ralliement du Parti radical au Front populaire. Les trois grands partis s’associent autour d’un programme assez vague. Le 3 mai, c’est la victoire pour le Front populaire, qui remporte les élections législatives. Les partis de cette coalition totalisent environ 386 sièges à l’Assemblée nationale, une large majorité.

    Mais, après cette victoire, les salariés « sont partagés entre l’espoir et la crainte : voir s’améliorer leurs conditions de travail et de vie, mais crainte que les changements promus par la gauche au pouvoir ne se heurtent au “mur d’argent” », précise l’historien. Un immense mouvement de grève se déclenche donc dans toute la France. Il débute le 11 mai, dans l’usine Bréguet au Havre et est suivi dans les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse. Une période de grève marquée par une ambiance festive : on danse, on joue aux boules ou on se baigne tout en prenant soin de l’usine, pendant qu’elle est occupée.

    Victoire syndicale

    Ce sont souvent des exigences très locales qui enclenchent ces mobilisations, mais elles s’accompagnent de revendications plus larges. Sur tout le territoire français, ce sont plus de 2 millions de grévistes qui obligent les patrons et le gouvernement de Léon Blum, formé le 4 juin, à signer avec la CGT les accords de Matignon, la nuit du 7 au 8 juin. Cet accord historique garanti l’augmentation des salaires, protège le droit à se syndiquer et créé les délégués du personnel pour les entreprises de plus de 10 salariés. Quelques jours plus tard, ce sont les lois des deux semaines de congés payés et de la semaine de 40h qui sont votées, alors que la majorité des mesures ne figuraient pas au programme du Front populaire.

    Malgré ces avancées importantes, c’est la désillusion en 1938, face à des patrons qui ne respectent pas les conquis sociaux et des grèves qui se soldent par des échecs. Mais la philosophie et l’espoir que le Front populaire ont fait naître ne disparaîtront pas et influenceront le programme du Conseil national de la résistance qui a façonné le système social français, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

    Des grèves dans la région

    Les métallurgistes marseillais ouvrent le bal

    À Marseille, ce sont les ouvriers de l’usine de tramway Coder qui entament la vague de grève départementale, le 29 mai. Ils se mobilisent d’abord contre le licenciement de sept employés ayant chômé le 1er mai et étant très impliqués dans la vie syndicale de l’usine.

    Une grande partie des salariés suit le mouvement de grève.

    Les fileuses italiennes de la Capelette sur le front

    Le mouvement national de grève a été suivi sur tout le territoire, et même par les travailleurs et travailleuses étrangères.

    C’est le cas des ouvrières italiennes de l’usine de filature La Marseillaise, située à la Capelette. Elles occuperont leur usine 20 jours. La reprise du travail créa des tensions, et en août, malgré les accords de Matignon, certaines ouvrières sont licenciées.

    Les dockers contre l’extrême droite

    Le 6 juin, ce sont 66 dockers permanents de la compagnie Fraissinet qui entrent en grève, dans les Bouches-du-Rhône. Ils réclament le licenciement de 6 dockers membres de l’association nationaliste Croix de feu. Jusqu’au 27 juin, les dockers occuperont les hangars de la compagnie.

    Les chantiers navals varois embrayent le mouvement

    Dans le Var, ce sont les forges et chantiers de la Méditerranée qui seront les premiers à débrayer au début du mois de juin. Plus de 2000 ouvriers occuperont les chantiers navals et de nombreuses grèves suivront dans l’ensemble du département.

    Vaucluse : une grève utilisée pour nourrir les divisions

    Le 10 juillet, le Syndicat des ouvriers du bâtiment lance une grève générale à Avignon. Le mouvement provoque des incidents avec des maraîchers dont les marchandises sont bloquées.

    Trois jours après, une rencontre a lieu, où les paysans auraient approuvé les revendications ouvrières.

    Mais elle est récupérée par la droite pour affirmer l’opposition paysans-ouvriers.

  • 90 ans du Front populaire : des conquis sociaux considérables

    90 ans du Front populaire : des conquis sociaux considérables

    Renforcement des libertés syndicales

    Les accords de Matignon réaffirment, dans son article 3, le droit à tous travailleurs d’adhérer à un syndicat. Cet article pose les débuts de l’interdiction de discrimination liée à l’engagement syndical des salariés. Une grande victoire pour les grévistes de mai et juin 1936, qui pour la plupart réclamait la réintégration de collègues licenciés en raison de leur engagement syndical.

    Augmentation des salaires

    L’accord prévoit une augmentation des salaires ouvriers, jusqu’à +15% pour les rémunérations les plus faibles, et jusqu’à +7% les plus élevées. De quoi répondre à l’une des principales revendications des ouvriers face à la crise économique.

    Création du délégué du personnel

    L’article 5 issu des accords de Matignon met en place les délégués du personnel pour toutes entreprises de plus de 10 salariés. « Ces délégués ont qualité pour présenter à la direction les réclamations individuelles qui n’auraient pas été directement satisfaites », précise l’article. Une mesure permettant de développer un meilleur dialogue social.

    Réduction du temps de travail

    Dans des lois votées quelques jours après les accords de Matignon, les députés du Front populaire ont acté la réduction du temps de travail, passant de 48h par semaine à 40h. Une réduction qui oblige les patrons à payer en heures supplémentaires les dépassements de ce temps légal.

    Congés payés

    C’est l’un des conquis sociaux les plus emblématiques de cette période. Bien que non présent dans le programme du Front populaire, les mouvements de grève ont poussé la loi des deux semaines de congés payés. Une réforme qui a permis le développement du tourisme pour les classes des travailleurs, autrefois réservé aux classes aisées.

  • L’esprit de 36

    L’esprit de 36

    90 ans après, le Front populaire reste un moment singulier de notre histoire, à la confluence d’une victoire électorale des forces de progrès et d’un mouvement social d’une ampleur sans précédent.

    À la source du Front populaire, rappelons-le, il y a un sursaut démocratique et antifasciste. Deux ans plus tôt, le 6 février 1934, un coup de force fasciste visant l’Assemblée nationale, orchestré par des ligues d’extrême droite, a fait vaciller la République tandis qu’en Allemagne, Hitler a pris le pouvoir l’année précédente, 10 ans après Mussolini en Italie.

    L’événement fait l’effet d’une déflagration chez les démocrates, les républicains et dans le mouvement ouvrier. C’est la base qui pousse à la réunification de la CGT et à l’union du PCF, de la SFIO et des radicaux. Bien au-delà, le Front populaire fut aussi un grand moment d’engagement des forces associatives, culturelles, citoyennes…

    En actes

    Ce sont les grandes grèves, les occupations d’usine qui ont permis d’arracher au patronat, en plus des augmentations de salaires, des conquêtes sociales inimaginables avant cela : les congés payés, la semaine de 40h, les libertés syndicales…

    Si l’on n’oublie pas le refus des socialistes et radicaux de porter secours à la République espagnole, l’expérience historique du Front populaire demeure une source d’inspiration à gauche. Ainsi, après la dissolution, lorsque le risque de voir le RN entrer à Matignon était maximal, les gauches se sont entendues dans un Nouveau front populaire. Barrant la route à l’extrême droite, il n’aurait pas tenu longtemps face aux ambitions présidentielles qui empoisonnent la Ve République.

    Il y a besoin, dans la France d’aujourd’hui, non pas d’une référence verbale, mais d’un Front populaire en actes, poussé par un monde du travail conscient de ses intérêts. C’est le meilleur remède
    à l’extrême droite.

    Puisse l’esprit de 1936 souffler sur l’année 2026.

  • À l’ex-Holiday Inn, à Marseille, des licenciements après Noël

    À l’ex-Holiday Inn, à Marseille, des licenciements après Noël

    C’est la sono entraînante qui accueille les touristes de passage à l’ex-hôtel Holiday Inn Express qui jouxte la gare Saint-Charles de Marseille, ce lundi matin. Après avoir appris vendredi, au lendemain de Noël, qu’ils allaient être licenciés, une partie des équipes de l’établissement se sont mis en grève. Contestant le motif économique avancé par leur direction.

    « Nous avons été reçus pour une réunion d’information vendredi dernier, raconte le délégué syndical CNT-SO, Toufik Ghodbane. Par visioconférence, ils m’ont annoncé que je serai licencié, avec six autres salariés, et qu’il s’agit d’un licenciement économique ! » Au total, ils sont sept à être concernés, dont cinq femmes de chambre et leur équipier. Soit la moitié des équipes de nettoyage de l’hôtel. Si les courriers de convocation ne sont pas encore tombés, les entretiens préalables sont bien prévus pour le 7 janvier, indique le délégué syndical.

    Virée après 15 ans

    « Nous sommes tombées de haut », soupire parmi elles Danila, assise sur le muret de l’établissement. Cela fait plus de 4 ans qu’elle travaille là, cinq heures par jour, d’abord en sous-traitance puis depuis neuf mois intégrée avec ses collègues directement dans les équipes de l’hôtel. « Nous sommes tristes, nous pensons à nos familles, poursuit-elle. Comment on va payer les loyers ? Comment on va vivre ? Il y a quelques jours on fêtait Noël tous ensemble, et du jour au lendemain, ils nous annoncent ça ! » à côté d’elle, Cesaliny soupire, une pancarte entre ses doigts : « On n’est pas des chiffres, on est des être humains. » « J’étais choquée aussi, partage-t-elle. Nous sommes venues de loin pour travailler… »

    Plus loin, Karima, responsable des petits déjeuners de l’hôtel, plonge la main dans son sac pour en sortir un diplôme d’honneur, qui salue ses 15 ans d’ancienneté. Elle est arrivée deux mois après l’ouverture de l’établissement, a vu les conditions de travail se durcir au fil des années. « Cet hôtel, c’est notre bébé », assure-t-elle. « Félicitations et merci pour votre engagement et implication », est-il écrit sur la feuille plastifiée qu’on lui a remis lors de la fête de Noël organisée pour les salariés, le 17 décembre dernier. « Et dix jours après, on m’appelle, on me dit vous êtes licenciée. On vous félicite, et on vous renvoie. »

    La colère est d’autant plus forte que le motif économique avancé ne convainc pas les salariés. « Une fois par semaine, j’assiste aux réunions, explique la responsable des petits déjeuners. On sait que ça cartonne ! Presque tous les jours, nous sommes complets ! » Racheté par le groupe hôtelier Alboran début 2023, en cours de transformation pour passer sous le pavillon Novotel comme l’indique un panneau près du hall d’entrée, l’établissement a en plus engagé des travaux « pour être quatre étoiles, glisse Danila. Ils vont changer de gamme. » « Ce sont des licenciements abusifs, sans cause réelle ni sérieuse, appuie Toufik Ghodbane. Ils ont mis 5 millions d’euros pour faire des travaux de rénovation, ils prévoient en 2026 d’acheter des hôtels en France ! »

    La grève se poursuit

    Alors qu’à ce stade, ni reclassement, ni formation n’ont encore été proposés selon le délégué syndical, il défend : « Pour moi, c’est de la répression syndicale, parce que nous sommes tous syndiqués. Ce sont des personnes qui travaillent bien, des anciens, des piliers de l’entreprise. » Tous s’alarment de l’avenir de l’hôtel, alors que le rythme imposé de trois chambres par heure est déjà difficile à atteindre avec ces effectifs. Quoi qu’il en soit, les grévistes ne comptent pas lâcher : le piquet de grève sera reconduit ce mardi matin et une caisse de solidarité est déjà lancée.

    Sollicitée, la direction de l’établissement n’a pas donné suite.

    Caisse de grève : we-solidaire.com (solidarité grévistes hôtel Marseille centre gare Saint-Charles)