Tag: grève

  • Un accord sur l’organisation du travail entre FO et la direction du Centre hospitalier de Toulon – La Seyne

    Un accord sur l’organisation du travail entre FO et la direction du Centre hospitalier de Toulon – La Seyne

    « C’est comme ça qu’il faut faire ! Il faut parler à la direction quand on n’est pas d’accord ! » Jessica Michel, secrétaire générale FO CHITS, lève le poing, devant une foule d’environ 200 salariés massés devant l’hôpital Sainte-Musse, jeudi midi, après l’appel à la grève lancé par le syndicat. Raisons de la colère, « la démolition de l’hôpital public et le mépris des personnels », et « un dialogue social devenu une illusion », malgré des « lits fermés par manque d’effectifs, des services d’urgences saturés, le sous-effectif quotidien, l’épuisement généralisé des équipes et la perte de sens au travail ».

    Une mobilisation qui a porté ses fruits et provoqué un immense soulagement chez les soignants, dont les nombreuses embrassades à l’intention de leurs représentants syndicaux étaient à la hauteur de leur reconnaissance. « Je leur ai dit que c’était eux qu’il fallait remercier, car sans eux, la direction n’aurait pas répondu comme ça », salue Jessica Michel, qui loue aussi l’implication de Josée Massi, maire (SE) de Toulon et présidente du conseil de surveillance de l’hôpital : « Elle nous a entendus et écoutés. Elle connaissait le dossier, la vie des agents lui tient à cœur. »

    Un cycle de négociations va débuter

    Trois des revendications émises par les travailleurs ont été entendues. Tout d’abord, la prise en compte de la pause méridienne dans le temps de travail. Deuxièmement, le passage de 35 à 37h30 de travail hebdomadaires, alors que de nombreuses heures supplémentaires n’étaient ni récupérées, ni payées. « Le passage aux 35 heures au sein de l’hôpital en 2002 s’est fait sans moyen », évoque Gilles Manchon, secrétaire régional Paca-Corse FO Santé. « Les agents hospitaliers ont absorbé la surcharge de travail depuis maintenant 24 ans. Ils doivent avoir leur repos compensateur par rapport à la surcharge de travail qu’ils ont. »

    Un point sur lequel FO CHITS restera particulièrement vigilant, certains agents cumulant « plus de 300 heures non payées, ni récupérées », ajoute Gilles Manchon. Cela, grâce à la troisième avancée obtenue, à savoir l’implication des salariés dans la construction des cycles de travail (gestion des horaires, des temps de repos).

    Mais le secrétaire régional FO Santé tempère : « On a gagné un match contre la direction, mais le championnat est long et d’autres matches s’annoncent. » Car, désormais, place à un cycle de négociations entre les deux parties, qui concernera les cycles de travail, donc, et les moyens matériels et humains accordés aux services.

    Yann le Bras, directeur du CHITS, se place lui aussi dans une logique d’ouverture : « Il faut une méthode pour porter un dialogue social constructif, qui prenne en compte le vécu des agents, mais aussi les réalités de l’établissement. » Dans cette perspective, la question du temps de travail fera l’objet d’une attention particulière : « Il y a parfois des sujets à modifier, notamment quand le rapport à la loi est en jeu, et c’est un des sujets qui est sur la table », promet-il aux 4 000 agents hospitaliers de l’établissement.

  • Pas de grève sur le métro marseillais

    Pas de grève sur le métro marseillais

    Force Ouvrière a décidé de lever son préavis de grève», annonce le syndicat ce jeudi après-midi après une réunion de négociation avec la direction de la RTM. « À l’issue des dernières négociations, Force Ouvrière prend acte des engagements écrits obtenus sur les principaux points à l’origine du conflit. […] Les réponses apportées permettent aujourd’hui de répondre à plusieurs revendications portées par Force Ouvrière », développe l’organisation syndicale.

    Pour rappel, FO avait déposé un préavis de grève qui devait débuter ce vendredi pour le métro marseillais. FO demandait « la formalisation de garanties claires concernant l’organisation du Centre Métro et les conditions de travail des agents ».

  • [Entretien] Christian Bosq : « Les traminots se sont battus avec détermination »

    [Entretien] Christian Bosq : « Les traminots se sont battus avec détermination »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

    Christian Bosq : C’était un moment important de ma vie personnelle puisque 46 jours de grève, on n’en sort pas indemne. Je voulais surtout remercier tous les gens qui se sont mobilisés. Il faut quand même rappeler que les traminots se sont battus pendant 46 jours avec force et détermination et que ce conflit social a pris une dimension nationale. Tout le peuple français s’est reconnu dans la défense du service public. Enfin, c’était aussi un moyen de remémorer les problèmes de transport à Marseille. Pour moi, on a toujours 50 ans de retard.

    Quelle leçon avez-vous tirée de ce conflit ?

    C.B. : La leçon que j’en tire, c’est que rien n’est impossible quand le combat est juste et que les salariés ont décidé de se battre. La grève est arrivée après un an de discussion. On a eu tout le monde contre nous, mais la détermination des travailleurs a eu raison du privé, car ce tramway tout neuf devait être donné à une filiale de Veolia.

    Cet épisode de votre vie a-t-il nourri votre mandat municipal (2020-2026) ?

    C.B. : Quelque part, oui. Même si, quand j’ai rejoint le Printemps marseillais, être délégué aux transports n’a pas été possible pour moi. J’ai eu une autre délégation, mais je regardais et je regarde toujours attentivement ce qu’il se passe à ce niveau-là. Aujourd’hui, j’aimerais justement que mon livre soit déclencheur de quelque chose.

    « Marseille – Le Tramway de la discorde », Christian Bosq, Éditions Maïa, 21 euros.

  • Au Centre pénitentiaire de la Farlède, une grève pour plus de sécurité après la prise d’otage d’une infirmière

    Au Centre pénitentiaire de la Farlède, une grève pour plus de sécurité après la prise d’otage d’une infirmière

    À l’entrée du Centre pénitentiaire de la Farlède, ce jeudi matin, trône une banderole sur laquelle on peut lire : « Prenez soin de nous comme on prend soin de vous. » Un message qui fait écho à la prise d’otage subie par une infirmière dimanche dernier, ressentie comme « une prise d’otage générale, qui a eu beaucoup de répercussions au niveau des salariés », décrit Ludivine, l’une des infirmières de l’établissement. Celles-ci se sont toutes réunies en blouses blanches, dès 7h, devant le centre pénitentiaire, répondant à l’appel à la grève des syndicats FO du Centre hospitalier Toulon-La Seyne (CHITS) et de l’établissement psychiatrique du Var.

    Un mouvement soutenu par les syndiqués FO Pénitentiaire avant leur prise de poste, la grève ne leur étant pas permise. Et qui pourra être reconduit « pour faire comprendre qu’on a besoin de réponse », affirme Jessica Michel, secrétaire générale FO CHITS, reçue ce vendredi par l’Agence régionale de santé (ARS), en compagnie de membres du personnel. « On va exiger de mettre la pression sur la direction du centre pénitentiaire pour mettre en œuvre les choses qu’on a demandées », promet-elle.

    Car selon la syndicaliste, cette situation aurait pu être évitée si les infirmières avaient été écoutées. Or, « on a toujours eu des réponses négatives de la part de la direction du centre, qui rétorque qu’on ne peut pas tout faire en milieu pénitentiaire. On peut l’entendre, sauf que la sécurité des agents est notre priorité, et que ce qu’on réclame est a priori faisable ».

    La surpopulation, facteur d’insécurité pour tous

    Les mesures demandées, dès lors : la création d’un troisième poste d’infirmière le week-end – elles n’étaient que deux au moment de l’incident -, et le renforcement du dispositif de sécurité. Cela, au moyen de portiques de sécurité positionnés devant l’infirmerie, d’un système d’alarme silencieuse déclenchable à tout moment contrairement aux alarmes sonores pouvant faire davantage dégénérer les situations. Mais aussi par un réaménagement des bureaux, avec l’installation d’alarmes, et un positionnement dos à la porte pour que les soignants puissent s’enfuir plus rapidement, chose qui a déjà commencé à être mise en place cette semaine.

    Derrière ces demandes, une réalité : celle d’un système carcéral à bout de souffle, où la surpopulation (130% à la Farlède, 850 détenus pour 660 places) « met en jeu la sécurité de tous, des détenus comme des personnels pénitentiaires et génère des pertes de qualité, bien évidemment », déplore Marion, l’une des infirmières. Pour autant, elle et ses collègues n’ont jamais pensé à exercer ailleurs, elles qui évoluent dans ce milieu par vocation et humanisme au nom de « l’accessibilité aux soins pour tous, à ces personnes-là qui sont au ban de la société ». Des détenus sur lesquels elles refusent de jeter l’opprobre : « Ils sont à nos côtés et sont généralement les premiers à nous protéger », appuie Ludivine.

    Au-delà de ces revendications, le manque de reconnaissance financière est également déploré par les soignants, à qui l’on octroie seulement une famélique prime de risque de 90 euros bruts mensuels : « Une revalorisation nationale du salaire infirmier est attendue depuis des années. Est-ce que la vie d’un soignant en détention vaut 90 euros, pour soigner des gens qui, comme on a pu le voir, peuvent nous prendre en otage ? », demande Ludivine.

    Des questions adressées aux pouvoirs publics à travers une lettre ouverte, alors que les syndicats ont sollicité une entrevue avec le préfet (jusqu’ici restée sans réponse), et que des échanges auront lieu entre les directions des établissements de santé et du centre pénitentiaire, les 24 et 25 juin.

  • Pour les cheminots de Miramas, la privatisation et la concurrence, c’est « non »

    Pour les cheminots de Miramas, la privatisation et la concurrence, c’est « non »

    Le contexte est particulièrement tendu, en attestent les visages graves des cheminots rassemblés en ce mercredi matin devant l’entrée de la gare de Miramas.

    Car au-delà de l’existence même du triage de Miramas possiblement remise en cause par la privatisation de Fret SNCF, comme l’expliquait le secrétaire général des cheminots CGT de Miramas Christophe Morard dans notre édition de mercredi, c’est « la remise en cause du cadre social » de « la famille SNCF » que craint particulièrement son camarade Christophe Degand, cheminot CGT d’Hexafret (ex Fret-SNCF). « La CGT demande des augmentations des salaires pérennes au vu de l’inflation, le pouvoir d’achat des cheminots étant très faible », poursuit le syndicaliste d’Hexafret, dénonçant au passage des primes « soumises à objectif et sans cotisations sociales ». Mais plus que de salaires, Christophe Degand insiste sur « la sécurité et les risques psychosociaux, alors qu’on a beaucoup d’accidents du travail mortel, de licenciements, et que 13 agents SNCF ont mis fin à leurs jours depuis début janvier ».

    En cause, selon le syndicaliste, des « réorganisations incessantes » et la « pression insupportable à la productivité ». Avec comme exemple « des agents qui changent trois fois de poste en cinq ans, qui signifie souvent changer de lieu de travail ».

    Dans le viseur de Christophe Degand, une cible principale : « C’est l’ouverture à la concurrence qui cause les risques » pour les travailleurs. « Le rouleau compresseur de la privatisation est une réalité », abonde Natacha Malet, du comité régional CGT Paca et également cheminote. Travailleurs et usagers sont tous deux perdants, selon eux. D’un côté, « les droits des salariés ne seront pas les mêmes dans les entreprises » s’emparant du rail. De l’autre, « l’usager doit être attentif au fait que le service public sera de meilleure qualité à un endroit, mais pas partout ». En exemple, « les énormes investissements sur les Alpes pour les JO », qui préparent l’ouverture à la concurrence selon la syndicaliste. Ou de l’argent public mobilisé pour le privé, « qui n’assume pas les coûts d’entretien » conclut Natacha Malet. Les dés de la concurrence seraient-ils pipés ? En attendant les luttes des cheminots et des usagers convergent sur la même voie.

  • La clinique Jeanne d’Arc d’Arles en plein malaise social

    La clinique Jeanne d’Arc d’Arles en plein malaise social

    « Humilier n’est pas diriger ». Ces mots peints sur un drap étendu à l’entrée de la clinique Jeanne d’Arc d’Arles, mercredi, donnent le ton du conflit social en cours.

    « La seule demande que nous avons est le départ de notre directeur », indique Violette Vigne, secrétaire CFDT du CSE. À l’appui, une vingtaine de salariés en grève, plus une trentaine en soutien devant les portes de l’établissement en début d’après-midi. La rencontre avec la hiérarchie territoriale a débouché sur la suspension du mouvement, « le temps de voir si leurs directives sont appliquées » au local, selon la déléguée syndicale CFDT Aurore Desgrippes.

    « Nous sommes en conflit permanent depuis un an », relève l’élue au CSE. À tel point que deux mains courantes ont été déposées par deux salariés, dont une pour agression physique, et qu’un troisième a pris les services d’un avocat.

    « Les membres du CSE, vous êtes pas allés à l’école, la syntaxe s’apprend au lycée ». « Elle, elle comprend pas le français, c’est normal ». Telles sont les citations rapportées par les personnels rencontrés.

    « L’absentéisme a triplé »

    En outre, « plusieurs salariés ont été rétrogradés ou mis au placard car notre directeur n’a simplement pas envie de travailler avec », rapporte Violette Vigne. « On parle du bras droit de la direction interdite de sortir de son bureau et exclue de toutes les prises de décision », précise Aurore Desgrippes, indiquant un « absentéisme qui a triplé en un an ».

    Contacté, le groupe Elsan propriétaire n’a pas répondu à nos sollicitations. « Au moindre débordement, on reprend la grève » prévient la déléguée syndicale.

  • À Avignon, les agents de sécurité rejoignent la lutte des cheminots

    À Avignon, les agents de sécurité rejoignent la lutte des cheminots

    Aux côtés des cheminots d’Avignon en grève, qui notent localement « un recul du service », avec notamment l’arrêt des trains tardifs pendant le Festival, devant la gare TGV ce mercredi 10 juin, une douzaine d’agents de sécurité, gilet rouge de la CGT sur le dos, manifestaient aussi pour leurs droits.

    Employés par un sous-traitant, Challancin, ils reprochent à l’un de leurs supérieurs un « management toxique » ainsi que des sanctions jugées disproportionnées. « On subit une forme d’acharnement. Plusieurs collègues ont été licenciés pour des raisons abusives. Ou encore une collègue en situation de handicap qui a reçu trois avertissements sans raison. On va aller aux Prud’hommes pour certains », témoigne Bachir Nour, secrétaire CGT de l’entreprise dans le Sud-Est. « On n’est pas bien équipés et, quand on réclame des habits, on nous le reproche. Cela ne peut plus durer », abonde un des employés. Les 17 agents de sécurité de la gare TGV étaient en grève ce mercredi. L’entreprise s’occupe aussi de la sécurité de l’hôpital d’Avignon ainsi que d’autres gares de la région.

    « L’idée est aussi que la SNCF mette le nez dans le processus », confie Florence Humbert, trésorière des Cheminots CGT de Vaucluse. « Cette journée n’est qu’un commencement. La compagnie fait 10 millions de chiffre d’affaires et on n’obtient rien de tout ça », pointe Chan Seng, délégué CGT national Challancin. Contactée par La Marseillaise, la direction du groupe Challancin n’a pas répondu à nos sollicitations.

  • Les écoles de Peyruis en grève face à des violences répétées

    Les écoles de Peyruis en grève face à des violences répétées

    Lapidation, gifle, mutilation… Parents d’élèves et enseignants ont dénoncé mardi une escalade des violences au sein de l’école primaire de Peyruis. « Cela fait deux ans qu’on est confrontés à des violences entre élèves et envers le corps enseignant », explique Cécile Pinatel, parent d’élève. Elle décrit « des violences verbales, des insultes aux équipes pédagogiques, des jets de pierre, des étranglements ». La semaine dernière, un nouvel incident, une enseignante giflée par un élève, a fait « déborder le vase ». « L’école ne peut rien faire en termes de sanction, à part priver l’élève de sortie ou l’exclure quelques jours », regrette Cécile Pinatel. « Nos enfants sont spectateurs de toute cette violence, de ces mots qui sont banalisés. »

    « L’école est en souffrance depuis plusieurs années », explique Sylvie Noailles, conseillère municipale de Peyruis déléguée aux affaires scolaires, présente au rassemblement devant la DSDEN. « Cela s’est considérablement dégradé depuis deux ans », constate-t-elle, évoquant des enseignants « usés, qui pleurent, découragés, qui veulent faire autre chose ». « On doit prendre en compte le mal-être de nos enfants. Les enfants violents sont aussi des enfants qui sont en souffrance », avance-t-elle, regrettant le manque d’accès aux soins, notamment en matière de santé mentale, dans ce département rural en pénurie de médecins.

    « Une intensification

    des violences »

    « Des moyens, pas des poings », « Peyruis en colère, stop à la violence à l’école », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants. Les deux écoles de Peyruis ainsi que le périscolaire étaient en grève mardi. Dans un communiqué diffusé lundi, les parents d’élèves décrivent « une situation devenue ingérable » et une « intensification des violences ». Conséquence : certains enfants « font des cauchemars, ont peur d’aller à l’école, se plaignent de maux de ventre ou de terreurs nocturnes ». Les parents d’élèves demandent à l’Éducation nationale « des mesures concrètes, rapides et adaptées : accompagnement renforcé, postes supplémentaires, soutien aux enseignants, sanctions à la hauteur des préjudices, protection des élèves et des personnels ».

    Une délégation composée de la maire DVG de Peyruis Lila Desjardins, de parents d’élèves et d’enseignants a été reçue par la Dasen (directrice académique des services de l’Éducation nationale) mardi après-midi. « On a eu les paroles, maintenant il nous faut des actes concrets », ont expliqué les parents d’élèves, réclamant un soutien psychologique pour les élèves qui ont vu l’enseignante se faire gifler. « L’enseignante agressée exprime une vive colère et estime que les sanctions sont inefficaces face à la multiplication des profils difficiles », a rapporté Lila Desjardins. Un rendez-vous a été pris par la Dasen et la mairie pour évoquer la situation.

  • [Entretien] François Tejedor, CGT Cheminots Paca : « Des conséquences graves »

    [Entretien] François Tejedor, CGT Cheminots Paca : « Des conséquences graves »

    La Marseillaise : L’intersyndicale évoque une « urgence sanitaire et sociale », pourquoi mettre l’accent ?

    François Tejedor : On sonne une alarme sociale : il y a eu 13 suicides au sein de la SNCF, et des accidents de travail. En 6 mois, on a atteint le même taux de suicide qu’à France Télécom en deux ans. C’est, pour nous, la conséquence du démantèlement du service public et c’est corrélé à une accélération de la transformation de l’entreprise. On commence à subir les effets concrets de la réforme ferroviaire de 2018 : fin de l’embauche au statut, début de l’ouverture à la concurrence à tous les niveaux ou encore la liquidation de Fret SNCF. Tout cela a créé un mal-être chez les cheminots, et c’est pour cela qu’on demande un moratoire sur ces réorganisations.

    En Paca, vous avez été les premiers concernés par l’ouverture à la concurrence, quelle conséquence dans la tête d’un cheminot ?

    F.T. : Avec le Casi Paca, nous avons fait un film Tous Cheminots qui revient là-dessus avec un ensemble de témoignages. Parmi eux, un a préféré quitter la SNCF plutôt que de se foutre en l’air. Mais si nous n’avons pas eu de conséquences directes, comme les drames évoqués précédemment, c’est parce que nous avons mené les combats : on a réussi à maintenir un ensemble de droits pour les cheminots, pas de transfert à la concurrence d’office, maintien des conditions de travail… On a maintenu un collectif et ça nous a préservés en quelque sorte.

    C’est aussi une pressurisation croissante des cheminots que vous dénoncez ?

    F.T. : Oui. On a vu récemment qu’ils voulaient enlever 5 jours de RTT. Il y a des attaques claires sur les droits, sur les conditions de travail. L’entreprise a des velléités pour une productivité plus accrue alors qu’on est à 1,8 milliard d’euros de bénéfices. Mais cela provoque de graves conséquences.

  • Les cheminots en grève contre la politique de la SNCF

    Les cheminots en grève contre la politique de la SNCF

    Vingt-sept avril 2026 à Saint-Brès (Hérault). Un agent de la SNCF décide de mettre fin à ses jours en se jetant sous un TER. Un drame venant s’ajouter aux onze autres suicides recensés depuis le début de l’année chez les salariés de l’entreprise ferroviaire. La goutte de trop pour une profession déjà au bout du rouleau, malmenée par la politique de recherche de rentabilité mise en place par la direction.

    Réunie début mai, une intersyndicale -composée de la CGT, SUD Rail, la CFDT et l’Unsa- appelle à une journée de grève le 10 juin. « On exige l’arrêt immédiat des réorganisations en série et l’ouverture d’un moratoire sur le niveau social dans l’entreprise avec ces suicides. Casser l’entreprise publique unifiée telle qu’elle existe par la filialisation et la compartimentation des différents services entraîne une perte de sens au travail et des casses dans les collectifs de travail », souligne Marc Brahier, secrétaire général CGT des cheminots de Montpellier.

    Des milliards de bénéfices

    Selon les cheminots, l’ouverture à la concurrence pousse la direction à épouser une logique de rentabilité qui accélère le découpage de l’entreprise au détriment des salariés. « Aujourd’hui, on est victime d’une politique du groupe SNCF où finalement, s’il faut favoriser certaines filiales hors groupe public, elle n’hésite pas à le faire au détriment des filiales qui sont encore considérées comme publiques et fatalement, ça pose des difficultés », reprend Marc Brahier. À l’instar de Géodis, premier transporteur européen routier et filiale de la SNCF, alors que Fret SNCF a été liquidé l’an dernier.

    Tout semble fait pour pousser les salariés à bout. « Il n’y a plus de recrutements. Donc quand il y a une charge de travail à couvrir mais qu’il y a moins d’emplois, on tire sur les salariés présents pour faire en sorte de tenir la production. On tire sur la corde en allongeant le temps des journées de service, en retirant des jours de repos, etc. », note le syndicaliste. D’autant que les salaires n’augmentent pas assez pour contrer l’inflation. « Nous avons été augmentés de 0,25% en octobre puis à nouveau de 0,25% en janvier. Mais quand on voit que sur certains produits l’inflation dépasse les 2%, ça devient extrêmement tendu », soupire Marc Brahier.

    L’augmentation des salaires sera également sur la table des négociations. Car la pilule a du mal à passer, le groupe réalisant « deux milliards de bénéfices sur l’année 2025 ». Une précarité des agents pouvant mener au drame d’avril dernier. « Quand on est cheminot, on s’engage pour le service public, pour rendre service à la population. Si notre travail est en plus totalement décorrélé de cet aspect-là, ça fait beaucoup », fait valoir Marc Brahier, qui n’exclut pas de donner des suites au mouvement si les négociations avec la direction échouent.