Tag: Front populaire

  • [L’esprit de 1936] Marseille, comme un laboratoire

    [L’esprit de 1936] Marseille, comme un laboratoire

    Marseille est un laboratoire dans le sens où le processus de réunification syndicale se nourrit des nombreux conflits qui éclatent à partir de février 1934 et anticipe la réunification nationale. Deux conflits jouent un rôle particulièrement important à cet égard :

    « La marche de la faim » des gueules noires du bassin minier de Gardanne (1935). Un millier de mineurs se rend en train à Aubagne, lieu de départ réel de la marche, aux cris de « du travail et du pain ». Selon les rapports de police, elle rassemble près de 3 000 personnes. Cette marche a été suivie par un nombre non négligeable de militants CGT et par de nombreux élus socialistes et communistes du bassin : Deleuil, Ami, Moustier, Julien, Négrel, Laget, Vidal, David etc. Une fois arrivés à Marseille, salle Ferrer, les ouvriers mineurs votent une motion demandant « à l’Union départementale confédérée, à la Fédération régionale et à la Fédération nationale confédérée du sous-sol, de s’unir sans retard avec les organisations unitaires pour la défense des ouvriers mineurs ». Dès le 27 octobre 1935, la CGT et la CGTU de Biver-Gardanne fusionnent ; le 5 novembre, un processus identique se produit à Meyreuil ; le 1er décembre, les mineurs de Gréasque réunissent à leur tour leurs syndicats. La grève des mineurs est la matrice de la réunification de la CGT.

    Le conflit du personnel de la manutention portuaire. Le 9 décembre 1935, 2 100 dockers se mettent en grève pour protester contre la diminution des revenus, justifiée, selon le patronat, par la réduction du coût de la vie. Très vite, les dockers de la CGTU, sous la direction de Victor Gagnaire, deviennent les éléments les plus actifs du conflit et écartent les deux anciens responsables sabianistes Nazzi et Ciavaldini. Ils mettent en place des piquets de grève pour éviter l’emploi de « jaunes », obtiennent l’appui des dockers de Port-de-Bouc et de Port-Saint-Louis-du-Rhône qui débraient à leur tour et paralysent ainsi l’ensemble du trafic portuaire. La situation est tellement tendue que le préfet décide d’intervenir. Le 16 décembre, à sa demande, il réunit la Commission chargée de mesurer l’évolution du coût de la vie et ses conclusions aboutissent à rejeter les baisses de salaires initialement prévues. L’issue favorable de ce conflit restructure le paysage syndical du port. Le 2 janvier 1936, le Syndicat unique des dockers est créé et c’est l’ex-unitaire Victor Gagnaire qui devient son premier secrétaire général. Le mouvement social portuaire se trouve ainsi radicalisé, et pour longtemps. Il devient, pour l’ensemble des salariés de la région, une référence essentielle, sans que pour autant tous les problèmes soient réglés.

    Malgré les tensions qui subsistent entre les instances départementales des deux CGT, la vigueur du mouvement social favorise la fusion syndicale qui paraît, désormais, inéluctable. Elle se produit officiellement les 4 et 5 janvier 1936, deux mois avant le congrès de réunification nationale qui se tient à Toulouse du 2 au 5 mars 1936. C’est en ce sens que l’on peut parler de la région marseillaise comme d’un laboratoire qui anticipe l’accord national.

  • Les congés payés en débat 90 ans après le Front populaire

    Les congés payés en débat 90 ans après le Front populaire

    « Il faut continuer le combat. » Dans le quartier de Menpenti à Marseille, le 14-Juillet est, comme chaque année, l’occasion d’une grande fête sur la place Pierre-Roux. Historiquement organisée par le Parti communiste français, elle est désormais portée par une vingtaine d’associations avec le soutien de la mairie des 4e et 5e arrondissements. Fidèle à ses racines, le PCF reste néanmoins la seule formation politique présente. Au programme : un débat public consacré aux congés payés, 90 ans après l’arrivée du Front populaire en France.

    Durant une heure, Annick Riani (docteure en histoire) et Gérard Leidet (président de Promémo, Provence Mémoire et Monde ouvrier) ont animé les discussions. S’ils ont apporté un éclairage local sur les luttes de cette époque, ils ont également insisté sur l’importance que ces questions revêtent aujourd’hui. Le temps de travail est d’ailleurs « une question essentielle à l’approche de la présidentielle », affirme Annick Riani à la fin du débat.

    La chercheuse remarque « les tentatives de bousiller les jours fériés » par le gouvernement, « comme ce fut le cas pour le 1er-Mai », s’indigne-t-elle. Autre source de colère pour elle : une proposition du député Les Républicains Rémi Pilato visant à « renoncer à une semaine de congés afin d’être rémunéré sur celle-ci », une preuve de plus, selon elle, de « la volonté du gouvernement de vouloir faire travailler toujours plus ». Pour l’avenir, elle dit avoir un message : « Il faut se mobiliser, faire grève et être offensif. »

    Les festivités se sont ensuite poursuivies jusqu’au soir, avec un marché paysan, un repas chaleureux autour d’un aïoli, un karaoké et un bal populaire.

  • À Marseille, une tournée pour célébrer les congés payés

    À Marseille, une tournée pour célébrer les congés payés

    Depuis le 22 juin et jusqu’en novembre, une camionnette festive sillonne la France pour aller à la rencontre des territoires, des structures et des publics qui font vivre cet héritage au quotidien. Les Marseillais ont bénéficié de deux dates au Panier(2e) et au centre social de Campagne l’Évêque (15e). À chaque étape, l’Eskale se déplie comme une guinguette itinérante : tables, guirlandes, exposition, témoignages, échanges autour des acquis sociaux du Front Populaire, banquets citoyens, bals, …

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    [Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

    Souvent financées par l’Italie et revancharde contre une République, affaiblie et instable avec six gouvernements se succédant de juin 1932 à février 1934, qu’ils n’avaient jamais admise, les Ligues d’extrême droite vont mobiliser leurs partisans et tenter de prendre d’assaut l’Assemblée nationale le 6 février 1934. La police tire pour disperser les manifestants, il y aura 15 morts et 1 440 blessés, dont 57 par balles.

    « Regroupés sous le terme générique de « ligues », ces groupes se nourrissent pêle-mêle de corporatisme, d’antiparlementarisme, de nationalisme, d’anticommunisme, de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme, le tout inspiré de Boulangisme et de Bonapartisme, mais surtout de l’expérience politique de l’Italie mussolinienne et, dans une moindre mesure, de celle de l’Allemagne hitlérienne », rappelle l’historien Jean Domenichino, auteur avec Xavier Daumalin de 1936, le Front populaire, Marseille et sa région (Editions Jeanne Laffitte). « C’est cet événement, bien plus que les violences elles-mêmes, qui enracine l’idée qu’il existe un véritable danger fasciste en France, avec des mouvements capables de prendre le pouvoir en dehors de tout processus électoral légal. Et c’est de cette crainte que surgit véritablement le Front populaire. »

    Le choc est énorme, les fascistes ont failli renverser la République et la riposte va être à la hauteur partout en France. Dès le 9 février, le parti communiste organise une première manifestation, suivie le 12 par un appel des syndicats CGT et CGTU, rejoints par les partis politiques de gauche.

    « A Marseille, la journée du 6 février 1934 n’avait été marquée que par le défilé sur la Canebière de quelques centaines de membres de l’Action françaises, de jeunesses patriotes et autres groupes factieux qui s’étaient heurtés sans grand dégâts aux militants communistes », racontait Jacqueline Cristofol, dont le mari Jean Cristofol sera ensuite révoqué de la douane pour fait de grève, dans Batailles pour Marseille (Flammarion). « Dans la matinée du 12 février 1934, cinquante mille manifestants, derrière des centaines de drapeaux rouges, occupaient la rue, socialistes et communistes côte à côte, défilant et se dispersant dans le calme, alors que dans l’après-midi, en réponse à la manifestation du matin, les factieux appelaient à l’émeute. »

    Ainsi, sur La Canebière des coups de feu sont tirés depuis une voiture peinte en rouge sur des responsables de la Sûreté devant le Palais de la Bourse. Les pistolets mitrailleurs et les pistolets automatiques font plusieurs blessés et tuent un passant. La voiture sème la terreur rue Pavillon, quai de la Fraternité et rue de la République. On arrête des truands de la bande de Carbone. L’un d’entre eux, Liotardo, le propriétaire du véhicule, se suicide fort opportunément dans sa geôle de l’Evêché. Les trois autres en profitent pour le charger et sont acquittés par la cour d’assises le 28 mars 1936. Car à Marseille, les militants ouvriers ont face à eux le fasciste et futur collaborateur Simon Sabiani, bientôt vice-président du PPF de Jacques Doriot, soutenu par les voyous Carbone et Spirito.

  • Le droit aux vacances reste à conquérir

    Le droit aux vacances reste à conquérir

    C’est un anniversaire qui revêt une importance particulière. Le Front populaire fête ses 90 ans, dans un contexte où les attaques contre les droits des travailleurs et des travailleuses se multiplient. Le 10 avril dernier, un projet de loi visant à remettre en cause le caractère chômé du 1er mai était discuté à l’Assemblée nationale. En juin, Éric Pauget, député LR des Alpes-Maritimes, déposait une nouvelle version de sa proposition de loi, véritable « remise en cause de la 5e semaine de congés payés », souligne Virginie Akliouat, secrétaire départementale de la FSU 13, venue participer au débat organisé par La Marseillaise en marge du Mondial des CSE Idélia, sur le thème « 1936-2026 : des congés payés au droit aux vacances pour tous ».

    Si 90 ans séparent ces deux dates, certaines similitudes sont frappantes. À commencer par « le bruit des bottes qui monte », note la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. À l’époque, le fascisme s’est emparé de l’Italie et de l’Allemagne. En France, le Parti franciste, les Jeunesses patriotes, l’Action française ou encore les Croix-de-Feu sévissent déjà.

    En 1934, le monde ouvrier se lève contre la menace. En 1936, la mobilisation aboutit à la victoire du projet de société porté par le Front populaire. « Ça a été possible par l’unité des travailleurs et des travailleuses, développe Sophie Binet. À l’époque, la CGT se réunifie. Il y a une démarche unitaire des forces de gauche, politiques et syndicales, pour lutter contre l’extrême droite. Le 2e ingrédient, c’est la mobilisation. Le seul vote des travailleurs et travailleuses et la seule victoire électorale du Front populaire n’auraient pas suffi. De grandes grèves ont permis d’aller beaucoup plus loin que ce qui avait été écrit dans le programme. »

    Les congés payés font partie de ces conquis qui ne figuraient pas dans les revendications des salariés, rappelle Anthony Juan, président de la CCAS (énergie). « À l’époque, les milieux populaires n’osaient même pas toucher cette question du doigt. Ils considéraient de fait que c’était réservé à la bourgeoisie. » Non programmée, la loi est tout de même adoptée à la Chambre des députés par 563 voix contre une le 11 juin 1936, puis promulguée neuf jours plus tard. À ce moment-là, « l’idée paraît révolutionnaire, mais la France avait du retard, précise-t-il. La dernière loi qui avait été votée à ce sujet-là date de 1909 et concernait le dimanche chômé non payé pour pouvoir aller à l’église. »

    Des mesures d’accompagnement

    Pour Anthony Juan, si cette loi donne l’accès au temps libre, « elle ne donne pas forcément l’accès aux congés payés ». « Une loi sans mesure d’accompagnement, ça ne suffit pas, affirme-t-il. À l’époque, Léo Lagrange le prend en compte et c’est à ce moment-là qu’on a le billet SNCF à – 40% pour les salariés, la création des auberges de jeunesse, le soutien aux associations d’éducation populaire… Je pense qu’on est encore dans cet état de fait : le droit au temps libre existe, le droit aux congés payés reste à conquérir. »

    Aujourd’hui, certains comités d’entreprise garantissent l’accès aux vacances pour les travailleurs, les travailleuses et leurs familles. Chez les cheminots, le CCGPF assure la gestion des activités sociales des actifs, mais aussi des retraités et de leurs ayants-droits. Son secrétaire adjoint, Arnaud Hennebert, explique : « C’est en 1986 qu’on arrache au patronat les œuvres sociales, qui deviennent des activités sociales, culturelles et sportives gérées par les élus du personnel, avec du patrimoine mis à disposition. » Aujourd’hui, le CCGPF « résiste » face aux remises en cause du patronat, bien qu’étant très plébiscité. « Nous faisons partir 14 000 enfants dans des colos tous les ans, se félicite Arnaud Hennebert. 55 000 cheminots et leur famille vont encore partir en vacances cet été dans nos villages vacances, chez les partenaires du tourisme social. »

    Imestia fait partie de ces gestionnaires de centres de vacances qui ont une conception héritée de 1936. Doric Curto, son directeur général, définit le tourisme social comme étant un « tourisme relié au territoire, à toutes ces questions de l’économie sociale, solidaire et écologique », qui défend « un droit aux vacances pour tous ». « Un vrai choix est fait, celui de se dire que ces lieux doivent ressembler à la société, et à la société qu’on veut. (…) Ça consiste aussi à apporter des activités pour contenir la vague brune. On a un vrai rôle social pour permettre la démocratie et le vivre-ensemble aussi pendant les vacances. »

    Encore faut-il que tous les citoyens puissent se le permettre. « Aujourd’hui, 40% des Français ne partent pas en vacances », pointe Sophie Binet. Virginie Akliouat ajoute : « En tant que prof, il y a un enjeu très fort à ce que nos élèves puissent bénéficier des temps de repos pour partir. Pour les précaires qui ne peuvent pas bénéficier des comités d’entreprise ou des structures de tourisme social, les associations d’éducation populaire et les centres sociaux jouent un rôle primordial. Aujourd’hui, leurs budgets, qui sont liés aux collectivités territoriales, fondent comme neige au soleil. (…) Il y a des droits à défendre et à continuer à conquérir, mais il y a aussi un souci fondamental de justice sociale à avoir, pour que ces droits puissent bénéficier à l’ensemble de la population. »

    C’est ce droit à l’émancipation que défend le monde ouvrier, en 1936 avec le Front populaire, au sortir de la Seconde Guerre mondiale avec le Conseil national de la résistance, et encore aujourd’hui avec « la bataille des Comités sociaux et économiques » qu’appelle Sophie Binet. « La stratégie du capital est de transformer les travailleurs en simples consommateurs. (…) Les vacances et les loisirs sont un secteur économique qui intéresse les loups, qui essayent de le financiariser. On a besoin d’orienter l’argent de nos CSE sur des choses qu’on gère et qui nous intéressent, (…) c’est-à-dire de l’économie sociale et solidaire. »

  • S’émanciper ne prend pas de congés

    S’émanciper ne prend pas de congés

    Il y a 90 ans, les congés payés ouvraient une brèche dans l’ordre social établi. Pour la première fois, le temps libéré du travail n’était plus un privilège, mais un droit. Derrière les deux semaines accordées en 1936, il y avait une idée profondément politique : permettre à chacun de se reposer, de découvrir, d’apprendre, de s’émanciper.

    Aujourd’hui, ce droit demeure fragile. Certes, les congés payés existent. Mais que vaut le droit au repos lorsque 40% des Français ne partent pas en vacances ? Que vaut-il lorsque l’inflation, la précarité ou la disparition progressive des dispositifs de solidarité empêchent des millions de personnes de profiter réellement de leur temps libre ?

    Défendre les conquêtes

    L’héritage du Front populaire ne se résume pas à une photographie de familles sur le quai d’une gare. Il vit encore dans les CSE, le tourisme social, les colonies de vacances, les centres de loisirs et l’éducation populaire. à l’image du travail réalisé, encore aujourd’hui, par le Secours populaire par exemple.

    Toutes ces structures prolongent une ambition simple, celle faire des vacances un droit effectif et non théorique.

    À l’heure où certains conquis sociaux sont contestés, la meilleure manière de célébrer 1936 n’est pas la nostalgie. C’est de poursuivre le combat pour l’égalité d’accès aux vacances, à la culture et aux loisirs. Car une société qui réduit les citoyens à de simples consommateurs renonce à l’émancipation. Une démocratie qui réserve l’évasion à quelques-uns oublie sa promesse fondamentale : permettre à tous de vivre pleinement.

  • [La guerre d’Espagne 1/3] Du « Frente Popular » à « No Pasaran ! »

    [La guerre d’Espagne 1/3] Du « Frente Popular » à « No Pasaran ! »

    16 février 1936, il y a 90 ans, le Front populaire triomphe en Espagne, six mois plus tard, le 18 juillet, le général Franco aidé par Hitler et Mussolini tentent de renverser la République. Le fascisme dans une sorte de répétition générale fera de cette guerre le sanglant prologue de la seconde guerre mondiale. La République chutera le 31 mars 1939 après trois années d’une résistance héroïque du peuple.

    Le 12 avril 1931, les élections municipales qui font suite à la démission du président du conseil le général Primo de Rivera, donnent la victoire aux listes républicaines, Alfonse XIII, qui comptait sur la victoire des monarchistes, s’enfuira et ira se réfugier en France. La République est proclamée le 14 avril. Après deux années ponctuées de nombreuses avancées sociales de 1931 à 1933, l’arrivée au gouvernement de forces réactionnaires avec Alejandro Lerroux qui réprimera violemment les grèves des mineurs des Asturies, va faire monter la volonté d’union des forces de gauche et des syndicats. Le Frente Popular va triompher le 16 février 1936, aux élections législatives, grâce à la coalition des forces politiques de gauche (PCE – PSOE et partis républicains).

    Le Frente Popular, pendant les cinq mois qui vont précéder le coup d’État, prendra plusieurs mesures parmi lesquelles : la libération de milliers de prisonniers politiques suite à la Révolution des Asturies qui fut réprimée violemment par la droite en 1934 ; le Parlement va destituer le président Niceto Alcala-Zamora le 7 avril 1936. Manuel Azaña deviendra alors Président de la République ; la Generalitat de Catalogne, suspendue après les événements de 1934, sera rétablie avec retour de son autonomie ; relance des processus d’autonomie pour le Pays Basque et la Galice ; sur le plan social et économique, réactivation des politiques sociales du premier gouvernement républicain (1931 -1933). Les grèves et occupations des terres vont s’étendre avec accélération de mise en place de coopérative et processus de collectivisation dans les campagnes et dans les usines. Enfin, le gouvernement va réaffirmer le programme de 1931 avec la défense des libertés publiques et une politique clairement antifasciste.

    Minutieusement préparé plusieurs semaines en amont par les militaires factieux en liaison avec l’Allemagne nazie, le coup d’État du 18 juillet 1936 va mettre un coup d’arrêt à la mise en œuvre des réformes sociales et économiques.

    Franco pensait prendre le pouvoir en quelques jours, assuré de l’aide massive des fascistes italiens et des nazis en hommes et en armement, mais la guerre dura près de trois ans grâce à la résistance héroïque du peuple espagnol, aidé par les volontaires internationaux venus de 53 pays.

    Dès les premiers jours de la rébellion des généraux, des massacres sont perpétrés en Andalousie. Le 18 juillet le général Gonzalo Queipo de Llano va s’emparer de Séville et malgré la résistance des quartiers populaires, les franquistes appuyés par la Guardia civil et la Phalange procèdent à des fusillades massives contre les militants ouvriers et la population.

    Le 19 juillet, face à la tentative de coup d’État, la député communiste Dolorès Ibarruri « La Pasionaria » prononcera à Madrid un discours radiodiffusé historique : « Travailleurs, antifascistes, peuple laborieux ! Tous debout ! Soyez prêts à défendre la République, la liberté et les conquêtes démocratiques du peuple ! (…) Le fascisme ne passera pas (No Pasaran !), les communistes, les socialistes, les anarchistes et les républicains, les soldats et toutes les forces restées fidèles à la volonté du peuple écraseront les rebelles félons (…) Le pays tout entier est bouleversé par les actes de ces scélérats. Ils veulent, par le fer et par le feu, transformer l’Espagne démocratique et populaire en un enfer de terreur et de tortures. Mais ils ne passeront pas ! …. » Ils sont finalement passés, et quelques mois plus tard la France payait au prix fort sa politique de non-intervention et fausse neutralité de ses gouvernements depuis 1936, la seconde guerre mondiale débutait.

  • Les combats et acquis de 1936 au cœur de la fête populaire du PCF

    Les combats et acquis de 1936 au cœur de la fête populaire du PCF

    C’est sous un doux soleil de juin, dans l’accueillant parc du Grand Pavois, que s’est déroulée, dimanche, la fête populaire de la section du Parti communiste de Septèmes-les-Vallons. Au cœur des débats cette année : la commémoration des 90 ans du Front populaire, de ses origines et de ses acquis.

    « Si c’est un panthéon de l’histoire des gauches et de l’histoire en général, il s’agit d’un événement en trois dimensions, à commencer par une originale union des gauches, qui était loin d’être gagnée en 1934, et un puissant mouvement social sans précédent », a rappelé Gérard Leidet, coprésident de l’association Provence mémoire et monde ouvrier, en ouverture d’une conférence organisée entre 10h et 12h. Jean Domenichino, historien, ancien maître de conférences à l’université Aix-Marseille et auteur de plusieurs ouvrages sur 1936, a ajouté : « Le Front populaire est une réponse à deux crises : la crise économique de 1929 et une crise politique due à la multiplication de forces qui se réclament du fascisme. » Car dans les années 1930, alors que le congrès de Tours a acté, en 1920, la naissance de la SFIC (futur Parti communiste français), issue de la scission de la SFIO (ancêtre du Parti socialiste), l’heure n’est, au départ, pas vraiment à l’union. Les mêmes oppositions se retrouvent chez les syndicalistes, entre CGT et CGTU. C’est finalement en réaction à la manifestation d’extrême droite du 6 février 1934, qui tourne à l’émeute, que naîtront les prémisses d’une volonté d’unité à gauche, laquelle aboutira in fine, la création de la coalition du Front populaire.

    Porté par une vague de grèves et d’occupations d’usines, le Front populaire a permis des avancées sociales majeures, dont la reconnaissance des libertés syndicales, l’instauration de deux semaines de congés payés et de la semaine de 40 heures. « L’histoire nous rappelle que nous devons porter, dans nos combats d’aujourd’hui, cette conscience de classe du monde ouvrier », a souligné en clôture Nadia Putzolu, secrétaire de la section PCF de Septèmes.

  • La Fête populaire au Grand Pavois, c’est dimanche

    La Fête populaire au Grand Pavois, c’est dimanche

    À l’occasion des 90 ans du Front populaire la section organise une grande fête populaire le dimanche 7 juin, de 9h30 à 18h, au Parc du Grand Pavois à Septèmes. La journée débutera par un débat de 10h à 12h sur le thème : « Les 90 ans du Front populaire : quelles perspectives au regard de la situation actuelle ? » animé par Gérard Leidet, président de l’association Provence, mémoire, mouvement ouvrier (Promemo), en présence de l’historien Jean Domenichino.

    Animations et débats

    Tout au long de la fête, le public pourra découvrir des stands associatifs avec la participation notamment de l’association locale de soutien à notre journal Ensemble pour la Marseillaise, du Secours populaire, de France Cuba, du Mouvement national de lutte pour l’environnement (MNLE), de l’association corse Kallisté, du collectif La Palestine, du Mouvement de la Paix et de Fralib 1336.

    Des producteurs et apiculteurs locaux seront également présents, avec notamment le chevrier de Septèmes, une vente de brousses et d’ail.

    Il y aura aussi de quoi se réjouir les papilles sur place avec des pizzas, des grillades, des sandwiches, des crêpes, des glaces, une buvette… Plusieurs animations gratuites seront proposées aux familles : château gonflable, tours de poneys, démonstrations et initiations de breakdance avec l’association AC2N à partir de 14h.

    L’initiative se conclura par un bal populaire à partir de 16h30 avec le duo de variété composé de Marc Sintes et Zézé Briaval.

    Parc du Grand Pavois, avenue du Docteur Edouard Sauze. Entrée gratuite.

  • À Martigues, une histoire populaire qui redonne des repères

    À Martigues, une histoire populaire qui redonne des repères

    « L’histoire est à nous », dans le sens populaire du terme. C’est en tout cas ce que l’adjoint Pierre Dharréville (PCF) défend à l’heure d’annoncer la troisième édition du festival d’histoire populaire de Martigues, baptisé Pop’Histoire, lors d’une conférence de presse, lundi, au cinéma La Cascade.

    Un festival qui « manifeste une volonté d’appropriation collective de l’histoire, cette science qui permet de comprendre les mouvements du monde et de la société », poursuit l’élu, en la mettant à disposition sur l’espace public. C’est sur cet aspect public qu’insiste l’adjoint (PCF) Florian Salazar-Martin : « On a la chance, à Martigues, que les espaces soient ouverts, lorsqu’ailleurs, beaucoup d’espaces libres se rétrécissent. » « Pop’Histoire est imaginé comme un printemps populaire de l’histoire, un moment de fête pour réfléchir et s’amuser », complète Jean-François Szymanski, de la librairie l’Alinéa, également co-organisateur de la manifestation.

    Cette troisième édition passe un cap partenarial, notamment avec Aix-Marseille université (AMU), dont le président, Éric Berton, signe l’édito du programme avec le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux et dont plusieurs chercheurs participent à l’initiative. Mais aussi avec l’Éducation nationale, à travers plusieurs rendez-vous dédiés aux collégiens et lycéens martégaux.

    De 1936 à 2026,

    une histoire de luttes

    « Le va-et-vient entre le présent et l’histoire est essentiel quand les repères se perdent avec le déroulement permanent de l’actualité », présente Florian Salazar-Martin. C’est ce qui caractérise cette troisième édition qui, d’un côté, consacre l’essentiel de sa programmation à l’étude du Front populaire et des conquêtes sociales de 1936, avec parfois un angle féministe et, de l’autre côté, répond – indirectement – à l’actualité brûlante du contrôle des médias et de la culture par des personnalités d’extrême droite.

    Particulièrement à l’heure de la censure annoncée par Canal+, piloté par Vincent Bolloré, à l’encontre des artistes signataires d’une tribune dénonçant l’influence du milliardaire dans le cinéma. « On ne peut pas accepter de mainmise sur les artistes et les idées pour faire triompher un agenda antiféministe, raciste », tranche Florian Salazar-Martin. Pierre Dharréville souligne à cet effet le rôle de Jean Renoir, « figure du Front populaire à sa manière ». « Ce qui se passe avec le cinéma s’est passé récemment avec le livre, avec Bolloré et les éditions Grasset », rappelle Jean-François Szymanski, renvoyant à l’historien « Yohann Chapoutot, qui a pointé cette volonté des oligarques de disposer des outils qui façonnent l’opinion publique ».

    Pop’Histoire promet une riposte à sa manière. « Une réponse en actes, une résistance avec ses contradictions, une alerte importante », conclut le libraire. « Le Front populaire s’est construit dans l’adversité face au fascisme depuis les émeutes de 1934 jusqu’aux grandes conquêtes sociales », développe Pierre Dharréville, qui n’oublie pas de souligner la place des femmes dans cette histoire, également au cœur du programme. Comme pour rappeler la nécessaire convergence de ces luttes.

    La conférence d’ouverture de Pop’Histoire, dédiée à la lutte des femmes pour leur liberté, aura lieu jeudi 28 mai à 18h, au cinéma La Cascade.