Tag: Front populaire

  • Terres de Résistance, fer de lance de la reconquête politique

    Terres de Résistance, fer de lance de la reconquête politique

    « Nous pouvons encore, ensemble, mener la lutte pour la justice sociale, l’égalité et la dignité humaine » a exhorté Jeanine Incorvaïa, qui succède à Christian Scognamiglio à la présidence de Terres de Résistance. Après la perte de la circonscription les communistes sont prêts à relever le défi de la reconquête avec un festival « stratégique, outil de lutte, de solidarité », qui offre « un souffle contre l’individualisme, l’exploitation, les obscurantismes ».

    Terre de liens, Secours populaire français, Mouvement de la paix, Collectif solidarité Palestine, 1336, JOC, Association sénégalaise de Martigues, France-Chypre, France-Arménie, France-Cuba, Association des Comoriens, France-Vietnam, Les cocos de Lozère, les Amis de La Marseillaise… Autant de structures présentes qui tissent un partenariat fort et sans frontière. Elles ont animé, en plus des concerts et tables rondes, ce week-end de retrouvailles placé sous le signe d’une offensive politique à mener dans tous les rendez-vous de 2027.

    Secrétaire de la section PCF de Martigues, Laetitia Sabatier a rendu hommage aux camarades disparus : Didier Brissot, trésorier de la section ; Jean-Claude Cheinet, militant infatigable de l’écologie populaire ; et Hocine Aouar, figure emblématique du FC Martigues, saluant leur engagement combatif. Le maire (PCF) Gaby Charroux a estimé que « le plus bel hommage qu’on puisse leur faire est de continuer à résister en proposant ». Car la bataille s’annonce ardue. « La dernière campagne municipale a été difficile car en face, nous avions en plus de la droite et de l’extrême droite, une liste citoyenne qui a divisé », a rappelé Laetitia Sabatier.

    L’exigence de paix

    Mais « pour continuer à rénover nos écoles, se prémunir contre les incendies, préserver l’équilibre entre nature et industrie, sauver notre hôpital public », a listé la secrétaire de section, « nous avons la chance d’avoir notre municipalité ». Elle a aussi appelé à soutenir, lors des sénatoriales, « notre candidat d’union de la gauche, Jérémy Bacchi ». Pour la présidentielle, elle a plaidé « le vote pour une candidature communiste car nous sommes le parti le plus démocratique ». Et à propos des législatives : « C’est notre territoire, nous irons le reconquérir. »

    Gaby Charroux a clos le meeting en rappelant que le PCF restait fidèle à ses valeurs : « La Sécu, c’est nous qui l’avons créée, nous continuerons à la défendre de toutes nos forces. » Et persistant en citant le travail des parlementaires : « Commission d’enquête pour ArcelorMittal », « refus de la guerre », « défense des services publics, bouclier et facteur d’émancipation », « opposition aux délocalisations », « Décarbonation pour préserver emplois, nature et santé »… Au regard de l’histoire du Front populaire, « rien n’est impossible », a réaffirmé l’édile.

  • La CGT alésienne célèbre le Front populaire

    La CGT alésienne célèbre le Front populaire

    Une rentrée sociale à l’offensive où l’on célèbre les victoires. Voilà comment la CGT d’Alès souhaite marquer ce mois de septembre avant une année tournée vers l’élection présidentielle. Pour cela, l’UL a décidé d’organiser une journée de célébration des avancées sociales conquises en 1936 après l’arrivée du Front populaire au pouvoir et les manifestations sociales qui ont suivi.

    « L’objectif c’est de rappeler tous les conquis sociaux, les congés payés mais aussi les comités d’entreprise, la réduction du temps de travail hebdomadaire, la hausse des salaires et la reconnaissance de la liberté syndicale. Nous voulons aussi montrer que ces acquis ne sont pas arrivés comme ça mais qu’ils ont été arrachés après de longues luttes qui ont commencé bien avant 1936 », explique Martine Sagit, la secrétaire générale de l’UL CGT d’Alès.

    Pour rappeler l’histoire de cette période incontournable des avancées sociales en France, la commission culturelle de l’UL d’Alès organise donc une journée le 5 septembre. Celle-ci s’ouvrira dès 9h à la Bourse du travail avec une exposition sur cette année 1936 mais aussi sur la lutte permettant à ces idées d’arriver au pouvoir. À 11h30 suivront le vernissage de l’exposition et le repas à 12h30. De 15h30 à 16h30 est organisé une projection-débat sur les congés payés où chacun pourra venir témoigner ou débattre des conquis sociaux de 1936. La journée se clôturera en musique avec le concert des Gambettes, un duo féminin habitué à reprendre des chants historiques et révolutionnaires.

    « Cette journée, c’est aussi pour marquer la rentrée et pour annoncer qu’il y aura une journée d’action dans la santé le 15 septembre pour la défense de l’hôpital et des conditions de travail des salariés. Il y aura aussi une journée de mobilisation le 29 septembre pour les pompiers et le service public en général », présente Martine Sagit.

    Passer à l’offensif

    À la CGT d’Alès qui a subi des décennies de désindustrialisation sur son territoire, organisé et accompagné des manifestations importantes dans une ville de 40 000 habitants contre les réformes des retraites notamment, la volonté est désormais de passer à l’offensive pour aller conquérir de nouveaux droits et non de systématiquement défendre ceux déjà acquis. « Je rappelle souvent qu’à l’époque de 1936, il n’y avait qu’un syndicat, la CGT, ce qui permettait aux salariés d’être unis. Si nous étions tous unis, nous arriverions à remporter de nouveaux conquis sociaux au lieu de toujours empêcher des reculs. Unis, nous sommes plus forts. Quand les salariés se divisent, nous reculons. Avant 2027, ce serait bien aussi d’arrêter la division politique à gauche mais ça, ça ne dépend pas de nous », rappelle Martine Sagit. Cette journée ne sera pas isolée à Alès. Avec la CGT, la Région prévoit d’organiser quinze jours pour célébrer « les avancées sociales et le Front populaire », du 5 au 16 octobre, avec au programme exposition à la Bourse du travail, débat et temps festif.

  • Le festival Terres de résistance lancé pour quatre jours de fête

    Le festival Terres de résistance lancé pour quatre jours de fête

    C’est le début de quatre jours de fête, avec l’ouverture ce vendredi à 18h du festival sur son lieu de villégiature, au jardin du Prieuré. Le village des associations, l’exposition Front populaire et la création de l’artiste peintre Thierry Chauvelot seront à découvrir en même temps que débuteront les concerts d’Axetone, Tribute de Bob Marley & The Wailers, suivi de Massilia reggae club, avec before et after de Tatou et DJ Kayalik. L’accès est libre.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : Une issue victorieuse

    [Week-end] L’esprit de 1936 : Une issue victorieuse

    Si la victoire électorale a lieu le 3 mai, le gouvernement Blum n’entrera en fonction qu’un mois plus tard. Ce temps de latence va être marqué par de grandes grèves qui vont déboucher sur les avancées mémorables des accords de Matignon dans la nuit du 7 au 8 juin.

    Rappelons tout d’abord que le Front populaire gagne les élections législatives le 3 mai 1936 et que le gouvernement Blum ne se mettra en place que le 4 juin. Il y a donc un mois entre les deux moments. C’est dans cet entre-deux que commence la grande vague de grèves. On cite souvent la grève du 11 mai chez Breguet au Havre comme point de départ. Le 13 mai, c’est Latécoère à Toulouse, puis l’usine Bloch à Courbevoie. Après le 25 mai, c’est toute la métallurgie de la région parisienne qui entre dans la grève. Début juin, d’autres corporations se joignent au mouvement (industrie, commerce, banques…). Au total, on comptera près de deux millions de grévistes, du privé essentiellement, les services publics étant restés à l’écart du mouvement. Dans une grande majorité des cas, les grévistes vont occuper leur entreprise, ce qui va peser lourdement dans le rapport de force avec le patronat. » Directeur de l’Institut CGT d’histoire sociale, David Chaurand résume l’importance de l’immense et historique mouvement de grève qui va toucher l’ensemble du pays en ce printemps 1936 et va déboucher sur des conquêtes sociales dont nous bénéficions tous encore aujourd’hui. Car ces grèves, souvent spontanées mais encadrées par la CGT réunifiée, vont jouer dans les négociations qui vont déboucher sur les fameux « Accords de Matignon » dans la nuit du 7 au 8 juin.

    « Au moment où les grèves battent leur plein, le gouvernement Blum décide de réunir à l’hôtel Matignon, le 7 juin, la Confédération générale de la production française (le patronat !) et la CGT. Au niveau national, une telle réunion est une première. Après plusieurs heures de négociation, un accord en sept points est signé qui comprend notamment l’augmentation des salaires, la généralisation des conventions collectives et l’élection de délégués ouvriers dans les établissements de plus de dix salariés », poursuit David Chaurand. « Plusieurs lois sociales interviennent dans la foulée de l’accord Matignon : deux semaines de congés payés (20 juin), semaine de quarante heures (21 juin) et conventions collectives (24 juin). »

    Dans nos régions, la mobilisation est elle aussi massive. « Dans les Bouches-du-Rhône, ce sont les ouvriers métallurgistes de l’usine Coder qui ouvrent le banc. Le 29 mai, ils se mettent en grève pour protester contre le licenciement de sept ouvriers ayant chômé le 1er mai, tous des militants chevronnés formant l’ossature du syndicat CGT de l’usine. Ils demandent, en outre, une augmentation de 2 francs par jour et l’application du contrat collectif. Non seulement la grève est suivie par la quasi-totalité des 950 ouvriers du site, mais il s’agit d’une grève sur le tas, la “grève des bras croisés” pour reprendre la formulation du Petit Provençal », rapporte l’historien Jean Domenichino. Comme dans la région parisienne, l’issue du conflit est rapide, la direction ayant accédé à toutes les revendications. Pour beaucoup, tout semble rentrer dans l’ordre. La suite des événements ne tarde pas à démontrer le contraire. À partir de juin, la chronologie des conflits méridionaux n’a plus d’autonomie. Comme partout ailleurs, la noria des grèves
    recommence : le 3 juin, aux Forges et Chantiers de la Méditerranée ; le lendemain, les chantiers de construction navale sont occupés par près de 2 000 ouvriers. Pour la première fois, les grèves sortent de Marseille. Le mouvement gagne aussi d’autres branches comme l’huilerie et la savonnerie avec les établissements Fournier-Ferrier, et le bâtiment avec la Société des bitumes d’asphaltes.

    Remerciements

    Ce magazine a reçu l’aide et le soutien sans faille et bienveillant de l’association Promémo et de son président Gérard Leidet. Ouverte à toutes les sensibilités associatives, syndicales et politiques liées au monde du travail, comptant dans ses rangs aussi bien des universitaires que des militants des mouvements sociaux et associatifs, l’association Provence, Mémoire et Monde ouvrier (Promémo), créée en 1999 a pour objet de contribuer à l’élaboration, la rédaction et la diffusion du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, l’œuvre immense commencée en 1955 par Jean Maitron ; d’encourager et de développer les recherches scientifiques autour de l’histoire du monde et du mouvement ouvriers en Provence et de favoriser la conservation des documents et archives les concernant. Remerciements également à Yann Bertolone des archives de la fédération du PCF des Bouches-du-Rhône, à Frédéric Rosmini de la fédération Léo Lagrange et de Parcours, à l’Institut d’Histoire Sociale (IHS) au niveau national et dans tous les départements et à la Fondation Gabriel Peri.

    Lire la suite ainsi que de nombreuses interviews d’historiens prestigieux dans notre hors-série.

  • [Week-end] Le Secours populaire fête 90 ans de congés payés

    [Week-end] Le Secours populaire fête 90 ans de congés payés

    Pour célébrer les 90 ans des congés payés, mais aussi tous les autres acquis sociaux obtenus de haute-lutte par le Front Populaire et ses mobilisations sociales en 1936, les comités du Secours Populaire des Écrins proposent une série de réjouissances ce samedi. À partir de 14h au parc de la Schappe de Briançon, sont prévues des animations pour les enfants. Rien de moins qu’une maquilleuse, un magicien, des contes, un jongleur, et un jeu de bulles géantes viendront divertir les petits (et aussi les grands qui le souhaitent).

    La fanfare invisible et Jean-Christophe Keck, accordéoniste, saupoudreront le tout d’un style guinguette qui donnera le rythme aux réjouissances, tandis que La chorale des tournesols, entonnera les airs en vogue parmi les grévistes de 1936, comme Tout va bien Madame la marquise ou Le temps des cerises. Le but est d’évoquer l’imagerie de 1936. Pour cela, un espace « déco 1936 » sera aménagé avec des objets d’époque, vélos ou parasols, tirés des brocantes locales et qui rappellent cette époque des premières vacances de la classe ouvrière.

    Un évènement « revendicatif »

    « On axe bien sûr sur les 90 ans des congés payés mais le Front Populaire, c’est aussi les conventions collectives dans les entreprises, la semaine de 40 heures et tout plein de droits obtenus, affirme Josiane Pinault, trésorière du comité du pays des Écrins. Même si le Secours Populaire prône son indépendance totale des partis politiques, dans un contexte actuel où on essaye bien souvent de nous grignoter nos droits, on ne cache pas que cet évènement est franchement revendicatif. Le Secours Populaire a quand même été créé en 1945 par des communistes qui faisaient partie de la Résistance. » Sur place, sont invités les historiens et professeurs d’histoire de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT, pour apporter du contexte et historique et aider les familles qui se verront distribuer des petits quiz et questionnaires sur l’histoire du Front Populaire.

    La semaine suivante, à l’Argentière-la-Bessée, ouvre une exposition qui documente les grèves de 1936 dans la ville, qui a longtemps vécu au rythme de l’usine d’aluminium de Pechiney, aujourd’hui en friche. Le 7 novembre sera aussi diffusé au cinéma local l’Eau vive de l’Argentière le film La rage au cœur, de Pierre Verquin, qui revient sur les grèves de 1936.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : dans le Vaucluse, des grèves tous azimuts

    [Week-end] L’esprit de 1936 : dans le Vaucluse, des grèves tous azimuts

    Dans le département, la gauche l’emporte largement aux législatives et des mouvements de grève touchent autant l’industrie que les travailleurs agricoles.

    Le Vaucluse va lui aussi connaître la victoire du Front populaire et le mouvement de grève qui va suivre. « Pour la circonscription d’Avignon, le PCF a présenté Fernand Arnal, ouvrier électricien qui obtient 3 842 voix sur les 23 634 inscrits. Le Radical-socialiste Gonnet et lui appellent à voter, au deuxième tour, pour Vaillandet, SFIO, arrivé en tête au premier tour. Pour celle d’Orange, Étienne Charpier a été désigné pour affronter Daladier. Il recueille 4 885 suffrages mais Daladier est élu au premier tour avec 7 983 voix sur 18 580 inscrits. Dans la circonscription d’Apt, Ayme est devancé par Lussy de la SFIO par 9 506 voix contre 1 715 sur 11 702 inscrits. Dans celle de Carpentras, le maire de Velleron, Clerc, ne se présente finalement pas et Girard qui le remplace obtient 19 059 voix au premier tour. Il se désiste, tout comme Allègre de la SFIO, pour le Radical-socialiste Guichard au deuxième tour », racontent Roselyne Bouriche, Nadia Boyer, André Castelli, Frédéric Meyer, Thierry Maillet et Vivian Point dans leur livre Communistes en Vaucluse, regards sur un siècle d’histoire. « Au total, le PCF obtient environ 9 000 voix de plus qu’aux législatives de 1932 mais aucun élu. »

    Du côté syndical, le mouvement de grève a été soudain et a pris au dépourvu les cadres syndicaux car « la plupart de ces mouvements se sont déclenchés dans des industries et des usines où la CGT n’avait aucune espèce d’organisation et qu’il a donc fallu que les camarades à la tête des syndicats existants canalisent le mouvement impétueux », racontait alors Gaston Dijon, secrétaire adjoint de l’UD CGT et membre du PCF qui avait lui-même dirigé la grève chez Vouland et Sud électrique.

    Alors que les grévistes « ne commettent aucun dégât, aucune dégradation », des acquis sont obtenus par la grève, mais aussi comme à l’usine à soie ou à l’usine à gaz d’Avignon, par des négociations avec des patrons « moins intransigeants ». Une grève dans le bâtiment aboutit à un accord sur les congés payés et une convention collective après des échauffourées sur la rue de la République d’Avignon avec des non-grévistes, mais aussi avec une partie du monde agricole car les grévistes ont voulu s’opposer à l’expédition des denrées agricoles, provoquant l’indignation des commerçants et des maraîchers.

    Alors que depuis un décret d’appellation du 15 mai Châteauneuf-du-Pape est devenue la 1re AOC viticole de France, « en revanche, la grève des ouvriers viticoles de Châteauneuf-du-Pape, est un échec », notent les auteurs de Communistes en Vaucluse, regards sur un siècle d’histoire. « Dans le Vaucluse où les productions maraîchères sont étroitement dépendantes des conditions d’acheminement, les mouvements grévistes atteignent directement les intérêts des cultivateurs », soulignait l’historien Édouard Lynch dans son livre Les socialistes français et la société paysanne durant l’entre-deux-guerres.

    À la fin de l’année 1936, la CGT du Vaucluse va compter 20 000 adhérents et cinq unions locales à Avignon, Cavaillon, Orange, Pertuis et Carpentras.

    Remerciements

    Ce magazine a reçu l’aide et le soutien sans faille et bienveillant de l’association Promémo et de son président Gérard Leidet. Ouverte à toutes les sensibilités associatives, syndicales et politiques liées au monde du travail, comptant dans ses rangs aussi bien des universitaires que des militants des mouvements sociaux et associatifs, l’association Provence, Mémoire et Monde ouvrier (Promémo), créée en 1999 a pour objet de contribuer à l’élaboration, la rédaction et la diffusion du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, l’œuvre immense commencée en 1955 par Jean Maitron ; d’encourager et de développer les recherches scientifiques autour de l’histoire du monde et du mouvement ouvriers en Provence et de favoriser la conservation des documents et archives les concernant. Remerciements également à Yann Bertolone des archives de la fédération du PCF des Bouches-du-Rhône, à Frédéric Rosmini de la fédération Léo Lagrange et de Parcours, à l’Institut d’Histoire Sociale (IHS) au niveau national et dans tous les départements et à la Fondation Gabriel Peri.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : Dans le Var, la singulière dynamique du Front populaire

    [Week-end] L’esprit de 1936 : Dans le Var, la singulière dynamique du Front populaire

    Jacques Girault, ancien professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 13, a publié des « Réflexions sur la victoire du Front populaire dans le Var » dans le numéro 5 de la revue de l’association Promémo. Il pointe « plusieurs particularités dans le Var ».

    « Première particularité, la situation économique n’explique pas mécaniquement la réaction politique. Alors que la France connaît une crise économique qui frappe avant tout la production industrielle, dans le Var, la crise est surtout agricole. Le revenu des agriculteurs se dégrade fortement. Par exemple, les marchés extérieurs se ferment et les cultures fruitières et horticoles en souffrent. La crise viticole se traduit par une brusque dégradation des cours du vin. L’industrie, le plus souvent dépendante de l’État, souffre moins mais les dépenses diminuant, la politique de défense nationale en subit les conséquences. Le chômage menace et Le Petit Var, dès le 2 juin 1934, lance un cri d’alarme, « les chantiers de La Seyne faute de commandes sont sur le point de licencier ». Pour le moment, les étrangers, comme d’habitude, seront sans doute sacrifiés ! À partir du milieu de l’année 1934, en région toulonnaise, la protestation s’organise, d’autant que la diminution des dépenses, des salaires, des pensions civiles et militaires frappe directement les milieux populaires et les couches moyennes », explique-t-il.

    Selon lui, la deuxième particularité, dans le monde ouvrier, est la mémoire de l’échec et de la répression consécutive aux grandes grèves de 1919 (Forges et chantiers de la Méditerranée à La Seyne) et de 1920 (Arsenal maritime et chemins de fer) qui explique le retard de l’entrée en grève des ouvriers varois. « À la différence du reste du pays où les grèves générales avec occupation des lieux de travail imposent les négociations de Matignon, il faut attendre la signature des accords Matignon, dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, pour que les ouvriers des chantiers de La Seyne entrent en grève », note Jacques Girault.

    Troisième particularité, la menace du fascisme se présente dans le département de façon indirecte. En France, les ligues d’extrême droite s’activent. Dans le Var, elles jouent un rôle plus effacé. Mais la présence de l’armée, les nombreuses manifestations lors des réunions assurées par les dirigeants activistes (Henriot ou Ybarnegaray) inquiètent d’autant plus que depuis longtemps, notamment par l’intermédiaire des immigrés italiens, le fascisme et l’antifascisme entrent dans le quotidien populaire. Le Var apparaît comme un laboratoire.

    Quatrième particularité pour l’historien : « Le pays, en 1932 donne une majorité de gauche à la Chambre des députés, mais la rue, après le 6 février 1934, impose le retour de la droite. Le Var a élu cinq députés de gauche en 1932, dont quatre membres du Parti socialiste SFIO. Or depuis 1933, ces quatre dirigeants dont Pierre Renaudel, exclus du Parti, s’engagent dans un nouveau Parti socialiste de France qu’il faut construire. La même nécessité s’impose pour ceux qui restent au Parti socialiste SFIO dont ils entreprennent la renaissance. Or ces militants actifs, autour du secrétaire fédéral Jacques Toesca, se réclament de la tendance de gauche du parti. Dans le même temps, les communistes s’efforcent de sortir d’une longue période de repli sectaire et utilisent les ressources de leurs militants souvent en rapport avec les syndicats, dont l’ouvrier de l’Arsenal maritime de Toulon, Jean Bartolini. »

  • Le PCF sétois célèbre les 90 ans du Front populaire

    Le PCF sétois célèbre les 90 ans du Front populaire

    « Un anniversaire qui résonne avec les combats sociaux et démocratiques d’hier comme d’aujourd’hui », soulignent les organisateurs de cette fête annuelle de la section sétoise du PCF.

    Le débat politique ouvrira la soirée autour de l’héritage du Front populaire et de son actualité. Parmi les invités figurent Vincent Bouget, maire PCF de Nîmes, et Raphaëlle Primet, coprésidente du groupe communiste au Conseil de Paris, qui témoignera notamment de sa participation à la Flottille pour Gaza.

    Pour Vincent Bouget, cet anniversaire intervient dans un contexte qui appelle à regarder l’Histoire sans céder aux raccourcis. « Il faut faire attention avec les comparaisons entre les moments de l’Histoire, parce que forcément tout change. On n’est jamais sur les mêmes choses. Pour autant, effectivement, on peut se dire que les années 30, par un certain nombre d’aspects, notamment les crises qui peuvent exister, les impérialismes à l’échelle de la planète et la montée de courants d’extrême droite qui prônent la recherche d’une identité renfermée sur elle-même, les divisions, une forme d’autoritarisme, qui tournent le dos à l’esprit des Lumières, tout ça fait écho à la situation qu’on a actuellement. Et sans doute que l’anniversaire du Front populaire, les 90 ans, vient rappeler le danger, mais aussi les opportunités, et ce que le Front populaire a marqué dans la mémoire collective. »

    Au-delà de son contexte historique, Vincent Bouget souligne l’héritage social laissé par le gouvernement de 1936, des avancées qui, près d’un siècle plus tard, demeurent des références dans les combats sociaux. « Le fait même de poser la reconnaissance des droits syndicaux, la réduction du temps de travail, je pense aussi à la possibilité pour tous d’avoir un temps hors du travail pour vivre, ça, ce sont évidemment des acquis fondamentaux qui marquent une rupture avec ce qui se faisait avant. » Des conquêtes qui, selon lui, continuent de structurer notre modèle social.

    Une fête fidèle

    à l’esprit populaire

    La soirée entend aussi renouer avec l’esprit des fêtes populaires qui jalonnent l’histoire du mouvement communiste. « Je pense que c’est peut-être l’esprit du Parti communiste, où il y a à la fois des repas partagés, du débat politique et de la culture. Oui, c’est généralement ce qu’on aime bien mélanger. C’est le modèle de la Fête de l’Humanité d’ailleurs, évidemment toutes proportions gardées. »

    Une dimension historique qui, selon Vincent Bouget, dépasse les seules mesures sociales adoptées en 1936. « C’est aussi la considération qui a été donnée à tous, et notamment aux ouvriers, à ceux qui ne l’avaient pas et qui étaient considérés comme des gens avec moins de droits, moins de considération », estime-t-il. Une mémoire qui reste, selon lui, particulièrement actuelle alors que les débats sur le travail, les droits sociaux et la place de chacun dans la société demeurent au cœur des préoccupations.

    À Sète, cette célébration prendra donc la forme d’un rendez-vous à la fois politique et festif, dans la continuité d’une tradition qui dure depuis 57 ans. Des rassemblements qui permettent de faire vivre une certaine conception de la politique, où la réflexion collective côtoie la convivialité et la culture. Une manière également de rappeler, à travers l’histoire du Front populaire, que les conquêtes sociales sont le fruit de mobilisations collectives.

    Après le débat, les participants pourront partager un apéro-tapas, une sardinade et une brasucade avant de se retrouver autour d’un bal populaire. La section sétoise du PCF invite les habitants à venir partager « une soirée festive, populaire et engagée, fidèle à l’esprit de fraternité qui anime cette fête depuis cinquante-sept ans ».

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    L’union jusqu’alors inédite de la SFIO, du PCF en 1934, rejoints par le Parti radical en 1935 va permettre grâce à la discipline républicaine du retrait pour le candidat le mieux placé au premier tour de donner une majorité conséquente au Front populaire.

    Pain, Paix, Liberté. » Ces trois mots résument le programme des trois partis qui ont signé l’accord de désistement réciproque qui donnera la victoire au Front Populaire lors des législatives du printemps 1936. La SFIO, le Parti radical et le PCF vont ainsi constituer une coalition de gauche qui va marquer durablement l’histoire du pays. Chacun des trois partis va présenter ses propres candidats dans les circonscriptions, mais tous s’engagent à se retirer au second tour en faveur du candidat le mieux placé.

    El là encore, les régions du sud de la France vont donner le la et serviront de modèle au reste du pays. Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône c’est en juin 1934 qu’est signé le pacte départemental d’unité d’action entre la SFIO et le PCF, une signature qui intervient un mois avant la signature d’un même accord à l’échelon national le 27 juillet 1934, pacte qui sera ensuite rejoint par les radicaux en juin 1935.

    « La mutation opérée par le PCF n’aurait toutefois pas eu l’effet escompté si, au même moment, au sein de la SFIO, une minorité très active n’avait pas poussé à des actions communes avec la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, autre nom du PCF). La conjonction de ces efforts aboutit en juin 1934, un mois avant la ratification d’un accord similaire au niveau national, à la signature d’un pacte départemental d’unité d’action entre la SFIC, représentée par le tandem François Billoux-Jean Cristofol, et la SFIO emmenée par son secrétaire Rémi Roux et par Jean Calvelli », note l’historien Jean Domenichino, auteur de Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front populaire (Editions Les Fédérés), qui ajoute que « ce rapprochement ne tarde pas à porter ses fruits ». « Cette unité retrouvée permet un succès des partis de gauches aux élections municipales de 1935, en particulier à Marseille avec l’élection du socialiste Henri Tasso qui bat la liste Pierre-Ribot-Sabiani. En fait, les élections de 1935 préfigurent le succès électoral des partis du Front populaire de mai-juin 1936. »

    À Marseille, lors du VIIIe congrès national des Jeunesses communistes au cinéma de l’Alcazar du 19 au 22 mars 1936 en présence de Jacques Duclos, Raymond Guyot secrétaire de l’Internationale communiste des jeunes et de Victor Michaut secrétaire des Jeunesses communistes, le mouvement décide de tout mettre en œuvre pour l’unité de la jeunesse ouvrière en une seule fédération et de rassembler toutes les forces de la jeunesse antifasciste.

    À Marseille toujours, François Billoux comprend que la progression de l’influence communiste passe par un combat acharné contre Sabiani et son équipe. Aussi, tout en développant la politique générale du parti, il lance celui-ci dans une vaste campagne dénonçant la corruption et le gangstérisme qui rongent la cité phocéenne.

    Cette campagne ardente pour un « Marseille Propre » est au centre de toute l’action communiste lors des élections législatives. Le 20 avril à la place Marceau, François Billoux décide d’affronter Sabiani dans son propre fief. La reculade de ce dernier lors de la réunion contradictoire montre que le rapport de force s’est modifié. Billoux est élu député de la 3e circonscription, au second tour avec 7 285 suffrages contre 6 323 voix à Sabiani, en ayant bénéficié du désistement du candidat SFIO, Ferri-Pisani.

  • [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    Du 18 juillet 1936 jusqu’aux premières années de la « transition démocratique » après la mort de Franco le 20 novembre 1975, nombre de républicains espagnols exilés en France n’ont jamais cessé de mener la lutte antifasciste, ceux qui sont restés en Espagne, après la fin de la guerre ont subi la répression féroce, les emprisonnements, la torture, des dizaines de milliers ont été fusillés. Cette mémoire historique est racontée et transmise essentiellement par les familles et les descendants des républicains espagnols, par les associations mémorielles, et des historiens. Cependant, elle reste complètement occultée dans les livres d’histoire que ce soit en France ou en Espagne.

    À 90 années de distance, la guerre pour abattre la République espagnole, déclenchée le 18 juillet 1936 par le fascisme international et des généraux félons dont Franco, reste l’événement historique du XXe siècle à propos duquel sont produits aujourd’hui le plus d’études, de livres, de documentaires, qui soulèvent de nombreuses polémiques et aussi qui fait l’objet de diverses réécritures de l’histoire.

    Les historiens sont divisés entre ceux qui considèrent qu’il s’agissait d’une guerre civile, désignant les franquistes comme « nationalistes » mettant dos à dos victimes et bourreaux, et ceux, qui pensent plutôt qu’il s’agissait bien du prologue de la seconde guerre mondiale. Cette guerre d’Espagne, guerre d’indépendance contre le fascisme disaient les communistes espagnols, portait en elle tout ce que peut produire l’Humanité en bien ou en mal. La solidarité internationale avec les brigades internationales, la défense des valeurs de la République, mais aussi les trahisons, les luttes intestines qui opposaient ceux qui donnaient la priorité à l’union pour combattre le fascisme, et ceux qui pensaient que l’heure de la révolution était arrivée. Les uns, les communistes, étaient à l’origine de la constitution d’une armée populaire, et fervents défenseurs du « Frente Popular » et de la lutte antifasciste, les autres, notamment anarchistes et POUM voulaient faire de cette guerre, une guerre révolutionnaire.

    Mais, c’est bien l’intervention des forces fascistes et nazies, italiennes et allemandes en Espagne, accompagnée par la politique criminelle de non-intervention de la France et l’Angleterre, qui sont la principale cause de la chute de la République espagnole.

    En février 1939, les troupes franquistes appuyées par l’aviation italienne bombardent les populations civiles qui se dirigent vers la frontière française. De janvier à février un demi-million de républicains espagnols va traverser les Pyrénées. Plus de 200 000 vont être enfermés dans des camps de concentration sur les plages du Roussillon et en Afrique du Nord après le 31 mars. La France de la troisième République, va nommer Pétain comme ambassadeur auprès de Franco alors que la République continue de résister à Madrid et dans le centre. Le 31 mars 1939, après trois années de résistance héroïque le peuple espagnol va basculer dans une terrible dictature qui fera davantage de morts pendant les années d’après-guerre que pendant. On estime à plus de 100 000 les victimes du franquisme qui gisent dans des fosses et dont les familles sont toujours à la recherche.

    La nomination de Pétain à Burgos a été une ultime trahison de la France républicaine qui s’apprête à livrer le pays à Hitler. Un visage de la France loin de l’image qu’avaient les républicains espagnols du pays des droits de l’Homme. Comme il était prévisible, les nazis vont occuper la France, les républicains espagnols seront parmi les premiers à prendre les armes pour libérer le pays, aux côtés des résistants français poursuivant ainsi leur lutte contre le fascisme. Quelques décennies plus tard leur Mémoire nous appelle à la vigilance.