Tag: Franck Allisio

  • À Marseille, la bataille idéologique contre l’extrême droite est lancée

    À Marseille, la bataille idéologique contre l’extrême droite est lancée

    Si la vague brune n’a pas submergé la mairie centrale, Marseille s’est réveillée le 22 mars avec deux secteurs passés sous contrôle du Rassemblement national. Plus de 250 000 habitants des 9e, 10e, 11e et 12e arrondissements vivent désormais sous l’autorité d’un maire de secteur d’extrême droite. Leur installation en conseil d’arrondissement est prévue le 5 avril.

    Un basculement qui rappelle 2014 et l’arrivée de Stéphane Ravier (RN) à la tête de la mairie de Saint-Joseph dans les 13e et 14e arrondissements. Le « dictateur nord phocéen » avait profité de la désunion de la gauche et s’était servi de cette élection comme marchepied vers le Sénat. Bilan : six années de mandat marquées par les crises et la conflictualité.

    « Le plus choquant, là où on a senti leur idéologie d’extrême droite, c’est dans l’attaque contre la programmation de l’espace culturel Busserine. Ils ont interdit aux professionnels de faire leur travail. C’est un domaine dans lequel l’ancienne municipalité ne s’était jamais immiscée », observe Stéphane Mari, alors conseiller d’arrondissement d’opposition dans les 13-14, et premier adjoint au maire (PS) Garo Hovsepian sous les mandats précédents.

    « Servir l’intérêt général »

    Douze ans plus tard, les chefs de file du Printemps marseillais battus le 22 mars misent sur une opposition présente, structurée, vigilante et offensive pour contrecarrer les plans de l’extrême droite. Dans les 11-12, où il a recueilli 36,9% des voix, Yannick Ohanessian (PS) promet une large mobilisation collective face à la majorité d’Olivier Rioult : « On est huit élus en mairie mais la résistance va au-delà. Des centaines de militants et sympathisants veulent s’inscrire dans la démarche et être présents sur le secteur, dans les noyaux villageois comme les quartiers populaires, afin de travailler avec ceux qui souhaitent que le changement initié par le Printemps marseillais se poursuive. Je serai la vigie des 17 500 femmes et hommes qui nous ont fait confiance.»

    Dans le secteur voisin, Pierre Huguet entend, lui aussi, mener la bataille « sur le terrain, en direction des habitants ». Avec 40,95% des voix, sa liste d’union de la gauche, des écologistes et des citoyens réalise l’un des meilleurs scores de gauche depuis des décennies. Même si cela n’a pas suffi pour barrer la route de la Maison Blanche à Éléonore Bez (RN), il insiste sur la nécessité d’une opposition « déterminée » pour protéger les habitants « des politiques d’extrême droite qui pourraient y être développées ». Dans son viseur, « les politiques discriminatoires qui consistent à trier les habitants ». Le « pass anti-racailles » pour les plages marseillaises par Franck Allisio (RN) résonne encore dans les têtes.

    Les équipements publics constituent l’un des lieux possibles de dérives : « S’ils voulaient le faire pour les plages, ils peuvent le faire pour des équipements de la mairie de secteur, on peut au moins le supposer. Donc on va être extrêmement vigilants. Les gymnases rattachés aux écoles, les maisons de quartier doivent servir l’intérêt général et être utiles aux habitants », prévient ce dernier.

    Les 13-14 ont, là aussi, servi de cas d’école, se rappelle Stéphane Mari, qui évoque une « casse du service public » organisée. « Une mairie de secteur gère peu d’équipements mais confronté à du vandalisme, l’ancien maire de secteur n’a jamais cédé : la théorie du carreau cassé ! On le remplace et on rouvre dès le lendemain », raconte-t-il. « Le RN a profité d’actes de vandalisme, certes réels mais comme il y en a dans toutes les villes, pour les fermer. Ici une piscine, là le centre d’animation des Oliviers… Ce n’était pas innocent : ils n’ont pas fermé dans les noyaux villageois mais dans les quartiers populaires. »

    « Ministère de la parole »

    Une stratégie que redoute évidemment Pierre Huguet, qui rappelle l’état de délabrement des équipements publics laissé par l’équipe RN en 2020 lorsque le Printemps marseillais a récupéré la mairie centrale : « On a trouvé des équipements de mairie de secteur dans un état catastrophique. Ils n’étaient plus entretenus et, à la fin, ils voulaient juste les fermer. »

    Pour lui comme pour Yannick Ohanessian, l’enjeu dépasse l’arène institutionnelle : il s’agit de maintenir une présence sur le terrain, auprès des associations, dans les écoles, les comités de quartier. « C’est important d’être le porte-parole des revendications des populations du secteur, pas seulement des quartiers populaires. Il faut suivre tous les dossiers, parce qu’il peut y avoir des choses à défendre partout », observe Samy Johsua.

    Une bataille de terrain autant que d’idées. Un combat qui, pour ce conseiller d’arrondissement Front de gauche des 13-14 de 2014 à 2020, n’a qu’une règle : ne pas céder un bout de terrain. « L’idée était de ne rien laisser passer sur les questions idéologiques, les services publics, le racisme ou les sujets de sécurité. Il faut batailler et le faire savoir, ça a son effet », explique-t-il. « Il faut mener la bataille idéologique partout, surtout si ceux qui arrivent se présentent davantage comme des gestionnaires. Il ne faut rien laisser passer parce que ça imprime. »

    « Leurs valeurs sont l’antithèse de celles que l’on défend », reprend Yannick Ohanessian. « Olivier Rioult assume d’être au Rassemblement national, il assume son histoire, son héritage, et en cela il est aux antipodes de ce que l’on porte. » « Je n’admets pas que l’on dise que l’extrême droite est policée. L’extrême droite reste l’extrême droite », insiste Pierre Huguet.

    « En 2014, le RN distribuait des tracts pour mettre en scène ses votes. Avec une mairie centrale de gauche, les tensions risquent d’être plus fortes, il faudra expliquer clairement les positions défendues », reprend Samy Joshua. « Ils ont fait campagne sur la sécurité, un domaine où ils n’ont pas de prise en mairie de secteur. Mais ils vont avoir, comme l’ont toujours les maires de secteur, le ministère de la parole : des communiqués, des grandes déclarations pour expliquer que la mairie centrale n’a pas donné suite, que l’État n’a pas envoyé assez de policiers nationaux pour répondre aux enjeux du secteur. Mais cela a ses limites », conclut Stéphane Mari.

  • L’optimisme de Renaud Muselier face aux résultats régionaux

    L’optimisme de Renaud Muselier face aux résultats régionaux

    Dans un très long communiqué, le président (Ren.) de la Région Sud, Renaud Muselier, a livré ce lundi son analyse du scrutin municipal. Tout d’abord et largement pour se féliciter de ce qu’il analyse comme « l’échec » de la performance de l’extrême droite dans la région. Elle « ne remporte pas la victoire éclatante que les pronostiqueurs lui prédisaient ».

    Celui qui avait soutenu Martine Vassal, dont les piètres résultats à Marseille sont notamment expliqués par son manque de clarté vis-à-vis de l’extrême droite, se démarque clairement, cite « l’échec cuisant » du RN à Marseille et Toulon et se réjouit : « Ils détiennent aujourd’hui seulement 15 communes de plus de 9 000 habitants. Sur les 946 communes de la région, ils détiennent moins de 2,5% des communes, toutes tailles confondues. »

    « Victoire probante

    du bloc central »

    Et de détailler la situation par département pour se réjouir « qu’aucune mairie » ne soit gagnée dans les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, que dans les Bouches-du-Rhône, « seulement deux communes ont basculé à l’extrême droite soit 1,6% du département » ou que, « en Vaucluse, sur 151 communes, le RN a échoué dans sa conquête, sauf dans quatre villes ». Même dans les Alpes-Maritimes, il trouve une lecture optimiste à l’« élection violente et fratricide » entre Éric Ciotti et Christian Estrosi : la ville « est conquise par l’extrême droite (UDR), mais pas par le Rassemblement national ».

    Renvoyant facilement dos à dos LFI et le RN, Renaud Muselier savoure que, « à gauche, la fusion des listes du Parti socialiste et de la France insoumise a été rejetée par les électeurs. Elle perd ses derniers fiefs de Vaucluse et de l’ouest des Bouches-du-Rhône », même si il « regrette la chute d’Aubagne » qu’il met sur le même plan que celle de Fos-sur-Mer – alors que la première a basculé à gauche et la seconde dans les bras de Philippe Maurizot, candidat soutenu par le label d’extrême droite de Franck Allisio – expliquant ces deux résultats par « le fruit de la division ».

    Et d’en profiter pour en tirer une conclusion toute à son avantage : « C’est donc une victoire probante du bloc central qui conserve trois des quatre grandes métropoles, 90 communes sur les 101 de plus de 9 000 habitants de la région, et 98% des 946 communes de la région. »

    Après avoir félicité « l’ensemble des maires élus et leurs équipes », Renaud Muselier envoie un message qui semble spécialement destiné à Martine Vassal : « Pour les élus d’opposition, je souhaite qu’ils engagent avec les majorités des débats apaisés dans leurs assemblées au profit de leurs concitoyens. »

  • [Infographie] Une majorité confortable pour Benoît Payan

    [Infographie] Une majorité confortable pour Benoît Payan

    Forte de 54,34% des suffrages, la nouvelle majorité du Printemps marseillais s’assure une avance confortable avec 73 élus sur les désormais 111 sièges du conseil municipal, version réforme de la loi PLM, soit 10 de plus qu’en 2020. Pour mémoire il y a 6 ans, en pleine crise sanitaire, il avait fallu ferrailler dur pour que l’écologiste Michèle Rubirola prenne la tête de la Ville, avec le soutien de Samia Ghali (DVG) qui briguait elle aussi le poste dans un premier temps.

    Devenue finalement maire adjointe, cette dernière a désormais intégré le Printemps marseillais et fait partie des piliers sur lesquels s’appuie le Printemps nouvelle mouture. Tout comme Pierre Huguet (G.s), ex-adjoint à l’Éducation, Éric Méry, ex-adjoint à l’Urbanisme, le député PS Laurent Lhardit, les socialistes Joël Canicave, ex-adjoint aux Finances, Anthony Krehmeier, maire des 2-3 réélu, ou encore Yannick Ohanessian ex-adjoint en charge de la Tranquillité publique. Jusqu’alors en charge du Logement, Patrick Amico (GRS), bien que 71e sur la liste, est aussi de retour.

    On retrouve également les communistes, Audrey Garino, Jean-Marc Coppola, Nathalie Tessier, respectivement en charge de la Solidarité, la Culture et le Droit des femmes dans la mandature écoulée. Rangs du PCF qui se trouvent renforcés avec Anthony Gonçalves, oncologue et chef de file du parti pour ces municipales, Mohamed Itrisso, militant des quartiers nord et cofondateur du collectif SOS Comores et Ibrahim Mze, responsable du collectif fédéral du logement du PCF 13.

    Troisième de la liste, le militant écologiste, Amine Kessaci, devenu symbole national de la lutte contre le narcotrafic après l’assassinat de deux de ses frères, va également peser dans l’hémicycle.

    Une opposition RN

    Il y a aussi les petits « nouveaux » qui ne le sont pas vraiment, ayant déjà fait leurs preuves dans les secteurs ou à la métropole, comme Emilia Sinsoilliez, ex-première adjointe au maire des 2-3, Enda Amraoui, présidente du collectif pour une société plus inclusive, « Plus jamais sans nous » et ex-adjointe à la mairie des 4-5, Juliette Masson, ex-déléguée aux Écoles dans les 6-8 ou Jean-Marc Signes, ex-conseiller métropolitain écologiste, élu dans les 11-12. Côté société civile, Karim Touche, directeur général de la Ligue de l’enseignement 13 ou Yahya Güngörmez, représentant du Conseil démocratique kurde à Marseille font leur entrée.

    En face l’extrême droite. Franck Allisio, ayant totalisé 40,29% des voix, se pose en leader d’une opposition passée de 9 à 34 élus. Cumul des mandats oblige, il devra sans nul doute démissionner de la Région. Il s’appuiera sur des historiques comme Jean-Marc Graffeo, responsable départemental de Reconquête !, la députée RN Gisèle Lelouis ou Eléonore Bez, conseillère régionale. Il pourra compter sur une ribambelle d’ex-élus de secteur, Sophie Arrighi, Thibaut Charpentier, Jessy Nakache, ou Gérard Audibert. Figure aussi Jean-Baptiste Rivoallan, ancien président du groupe de la droite marseillaise à la métropole.

    Droite marseillaise atomisée avec 4 élus seulement dont Martine Vassal (DVD), présidente du Département, son bras droit Romain Simmarano (Ren.), Fabienne Bendayan, ex-présidente du Crif Marseille et Stéphane Pichon, président du Conseil régional de l’ordre des pharmaciens.

  • Martine Vassal et la droite marseillaise finissent par s’effondrer

    Martine Vassal et la droite marseillaise finissent par s’effondrer

    Une certitude ce dimanche soir, Martine Vassal (DVD) jouait les outsiders. Arrivée en troisième position au 1er tour avec 12,41% des voix, la candidate de la droite et du centre avait eu du mal à digérer ce revers mais avait fait le choix de se maintenir.

    La chute sera plus dure encore au second tour, cette dernière rassemblant selon les estimations au mieux moitié moins de suffrages, avec 6,3% des voix. C’est très émue que Martine Vassal a pris la parole. Respectant « le choix des Marseillaises et des Marseillais », elle estime qu’il s’agit là d’« un moment de vérité », dénonçant une campagne « difficile » et les effets de la loi PLM qui a entraîné de la « confusion ». Ce chiffre résulte pour elle d’une « fatigue démocratique ».

    Finie la métropole

    Un score qui lui permettrait de remporter 5 sièges au maximum au conseil municipal. En dessous des 5%, son parti en serait exclu. Martine Vassal a annoncé dans la foulée qu’elle ne se présenterait pas à la tête de la collectivité, « un choix de cohérence et de responsabilité ». « Je n’ai jamais trahi les maires le savent » a-t-elle commenté des sanglots dans la voix. Et de promettre de concentrer « toute [son] énergie au Conseil départemental ».

  • Franck Allisio et le RN largement défaits

    Franck Allisio et le RN largement défaits

    La vague brune n’a pas submergé les remparts républicains de la cité phocéenne.

    Franck Allisio, qui conduisait la liste du Rassemblement National pour la mairie de Marseille, arrive deuxième autour de 40% des suffrages exprimés, selon les estimations disponibles à l’heure où nous écrivons ces lignes. « La réalité s’impose, Benoît Payan sera maire et je serai le leader de l’opposition », annonce-t-il en milieu de soirée, avec le sourire de façade de circonstance. Le retard de l’extrême droite dans le scrutin est tel qu’il n’attend pas le dépouillement total des bureaux. Et a déjà une excuse toute trouvée pour justifier sa défaite : « S’il y a un naufrage, c’est celui de Vassal et Muselier, par leur maintien, ils ont brisé la dynamique de changement pour notre ville ». Autour de lui, pas d’effusion de joie ni de mines déconfites, les militants restent de marbre et tentent de voir le verre à moitié plein. « Nous remportons deux à trois mairies de secteurs à l’heure où je vous parle, soit l’équivalent de 400 000 Marseillais », vante le leader de l’extrême droite marseillaise.

    Le RN devient l’opposition principale

    Il évoque là le passage de deux secteurs dans les mains du RN : « Victoire dans les mairies des 9e et 10e arrondissements avec Eléonore Bez, victoire dans les mairies du 11e et 12e arrondissements ». D’autant que les militants attendent encore les résultats pour les 13e et 14e arrondissements. Secteur où Sandrine d’Angio, ancienne maire de 2016 à 2020 avait réalisé 39,8% au premier tour. De quoi illustrer l’arrivée en force du RN au conseil municipal de la Ville comme première force d’opposition au Printemps Marseillais, et dans les conseils d’arrondissements. « C’est un résultat sans précédent, jamais depuis 1983 un candidat de la droite ou du camp national n’avait réuni autant de suffrages à Marseille », développe Franck Allisio. Avant de se rassurer comme il peut : « Rien ne sera plus jamais comme avant. […] Il y aura d’autres échéances. Bientôt nous serons victorieux ».

  • Marseille fait front derrière le Printemps

    Marseille fait front derrière le Printemps

    Après la pluie vient toujours le beau temps avait lancé Benoît Payan, le 26 janvier, lors de la pluvieuse inauguration de son QG de campagne sur la Canebière. Deux mois plus tard, la pluie était encore de la partie à Marseille, mais qu’importe. Le Printemps s’annonce. Un printemps pluvieux, mais un printemps heureux.

    Le risque de voir la deuxième ville de France tomber dans l’escarcelle du Rassemblement national a été écarté. Alors que de nombreux bureaux restaient à dépouiller, les premières estimations sorties des urnes ont levé tout suspense en donnant Benoît Payan largement en tête. Entre 54 et 56% selon les instituts. Il devance le candidat de l’extrême droite, Franck Allisio, crédité pour sa part de 39 à 41% des suffrages.

    « Une victoire claire »

    Un score qui devrait permettre à la majorité sortante du Printemps marseillais de renforcer sa présence au conseil municipal avec aux alentours de 75 élus dans l’hémicycle de Bargemon. Le RN en aurait, lui, une trentaine. Crédité de 5 à 6%, Martine Vassal (DVD), la présidente de la Métropole et du Département, aurait elle autour de 5 sièges. Sous la barre des 5%, elle n’en aura aucun… Le conseil municipal d’installation aura lieu samedi prochain.

    Au cours de la soirée, à l’annonce des premiers résultats consolidés, les visages se sont décrispés au local de campagne du maire (DVG) sortant. Ils s’étaient déjà détendus dans la journée en voyant que le mauvais temps n’avait pas empêché les électeurs de se rendre aux urnes.

    Cette participation, annoncée en légère hausse au fil de la journée, promettait une soirée joyeuse. La tendance s’est confirmée. À midi, la participation était de 22,7%, trois points de plus que la semaine précédente (19,15%). À 18h, elle était de 50,4%, toujours trois points plus haute. Finalement, elle a atteint les 56% à la clôture. Quatre points de plus que le 15 mars.

    En fin de matinée, Benoît Payan s’était rendu dans son bureau de vote, à l’école Saccoman de Pont de Vivaux (10e) pour glisser dans l’urne, face aux caméras, son bulletin et celui de Pierre Huguet, candidat (G.s) du Printemps marseillais dans les 9-10. Après un petit tour des bureaux de vote, il a filé dans son local rejoindre sa direction de campagne pour suivre la participation et les résultats jusqu’au soir. Il est apparu une première fois devant les journalistes aux alentours de 22h dans le sous-sol du local surchauffé par une nuée de journalistes. Il est revenu quelques minutes plus tard pour une première prise de parole.

    « Je veux remercier sincèrement et du fond du cœur les Marseillaises et les Marseillais, qui se sont rendus nombreux aux urnes. Ils viennent de nous donner une victoire nette, claire. Ils viennent d’adresser un message de paix, de concorde et de rassemblement, a réagi Benoît Payan. Ce soir, c’est l’unité et le rassemblement qui l’ont emporté face à celles et ceux qui voulaient nous diviser ».

    Dimanche dernier, au premier tour, sur 283 074 suffrages exprimés, Benoît Payan était arrivé en tête avec 36,69% (103 883 voix), talonné de très près par Franck Allisio, crédité de 35,02% (99 137 voix). La progression de ce dernier entre les deux tours est faible. Plus loin, Martine Vassal (DVD) devançait d’une courte tête avec 12,41% (35 131 voix) le député (LFI) des quartiers Nord de Marseille, Sébastien Delogu, à 11,94 % (33 808 voix). L’analyse détaillée des chiffres bureau par bureau permettra de voir si le retrait de Sébastien Delogu a bénéficié au Printemps marseillais et si les voix de certains électeurs du centre se sont reportées sur le Printemps marseillais. Mais tout laisse à penser que oui.

    Malgré les demandes insistantes des insoumis, allant jusqu’à organiser, lundi dernier, une manifestation devant le QG de campagne du Printemps marseillais pour demander une fusion des listes sur fond de front antifasciste, le maire de Marseille n’a pas cédé. Fidèle à la ligne édictée depuis son entrée en campagne, il a refusé la main tendue qui l’a cogné fort durant plusieurs mois. Un pari gagnant sans doute. Sur ce scrutin en tout cas.

    Sans effrayer l’électorat centriste rebuté par la campagne outrageusement droitière de la droite républicaine marseillaise, le retrait de Sébastien Delogu dans l’entre-deux tours lui a offert une réserve de voix non négligeable sur sa gauche. Martine Vassal, elle, a continué son interminable chute. Une position qui au passage, quel que soit le score final, signait la fin de sa présidence à la Métropole. Elle a d’ailleurs annoncé en milieu de soirée qu’elle ne s’y représenterait pas.

    « L’union et la concorde »

    Dans le sillage de cette campagne ratée, le grand remplacement de la droite par son extrême s’est poursuivi. Car si la menace du RN a été écartée sur la mairie centrale, Benoît Payan et son équipe ont désormais sept ans pour poursuivre leur transformation de Marseille et faire reculer l’extrême droite. La digue a tenu, cette fois encore, mais le mal est profond. « Je mesure l’ampleur de la tâche et l’honneur qui m’est fait ce soir, je mesure la responsabilité qui, dans la situation actuelle du pays, est la mienne ici et la nôtre à Marseille », ne cachait d’ailleurs pas Benoît Payan, face aux caméras. « Notre devoir est de nous rassembler, nous les femmes et les hommes de progrès, nous les humanistes, et de refuser sans cesse les voix qui portent et poussent à la division ».

    En fin de soirée, à l’heure où nous bouclions, deux des trois mairies de secteurs que la droite avait conservées en 2020 étaient données au RN : celles des 9-10 et celle des 11-12. Dans la troisième, la mairie du 7e secteur (13e et 14e arrondissements), le Printemps marseillais restait à la lutte. « Je veux dire aux Marseillaises et aux Marseillais que je suis fier d’eux, que ce soir ils nous honorent, ils m’honorent et que je donnerai tout ce que j’ai, que je me montrerais digne de leur confiance, et que les sept ans qui viennent seront pour moi ce chemin qu’ils nous ont indiqué ce soir, le chemin du rassemblement et de l’union, de la concorde. Nous nous sommes adressés aux avec un programme d’une clarté absolue : rassembler, protéger et préparer l’avenir. Et les Marseillais y ont adhéré dans des proportions, importantes, ce soir ce n’est pas une petite victoire ! », conclut Benoît Payan.

    Réactions

    Renaud Muselier, président de la Région Sud

    « Pas de raz-de-marée des extrêmes » se félicite dans un communiqué Renaud Muselier (Ren.). À Marseille, « Benoît Payan reste maire, et la métropole restera vraisemblablement dans notre sensibilité politique. Il n’y a pas de bouleversement majeur et le RN n’a pas pris la ville » analyse-t-il, remerciant au passage « Martine Vassal pour son combat courageux, contre toutes les tempêtes dans ce scrutin difficile. » À Toulon, « l’union autour de Josée Massi a permis de l’emporter au second tour » se félicitant que « la vague RN annoncée depuis des mois n’a pas eu lieu. » En Avignon, « la victoire d’Olivier Galzi est une bonne nouvelle » se réjouit le président de la Région.

    Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise

    « La France insoumise permet des victoires populaires et fait avancer la gauche quand les diviseurs du PS et de Place Publique la font reculer » a commenté le député de Marseille et coordinateur de LFI. Et de se projeter sur la présidentielle : « J’appelle le peuple de France à nous rejoindre pour mener cette bataille. L’année prochaine, la nouvelle France peut balayer les politiques de malheur de la macronie. »

    Sébastien Barles, collectif Vaï

    Le fondateur du collectif écologiste Vaï Marseille et tête de liste insoumise dans les 1-7, Sébastien Barles, s’est réjouit que le RN échoue à prendre Marseille. « Face à la haine et à la peur, nous opposerons toujours la justice sociale et la solidarité » promet-il.

    Pascaline Lécorché, cheffe de file Place publique Marseille

    « On ne peut que se réjouir, face au RN, les Marseillais ont tranché. Je salue le geste de Sébastien Delogu. J’avais appelé à ce désistement républicain. »

  • Marseille à la croisée des chemins

    Marseille à la croisée des chemins

    Devant la préfecture de région ce lundi midi, au moment de déposer sa liste pour le second tour (notre édition du 17/03), le maire sortant (DVG) Benoît Payan l’affirmait d’emblée : « Nous entrons cette semaine dans le plus grand combat que cette ville n’ait jamais connu face au Rassemblement national. » Malgré le maintien de la candidate de la droite Martine Vassal, qui n’a obtenu que 12,4% des suffrages exprimés, la triangulaire du second tour ressemble furieusement au duel entre la majorité sortante du Printemps marseillais et l’extrême droite, avec seulement 4 746 voix d’écart entre le candidat du Printemps marseillais (36,67% des voix exprimées) et le député RN Franck Allisio (35,02%).

    Annoncé dès le début de la campagne par Benoît Payan, dénoncé à la fois par la droite et les insoumis qui jugeaient que le maire ne désignait l’extrême droite comme principal ennemi que pour éclipser les autres concurrents, ce quasi-duel s’est renforcé après le désistement de Sébastien Delogu, jusqu’à être symbolisé par l’éviction de la candidate de la droite du débat télévisé d’entre-deux tours. Celle-ci a saisi l’Arcom (Autorité de régulation des télécommunications), dénonçant la pression du candidat RN.

    Garder un ancrage

    Lui qui dénonçait un « système clientélaire corrompu », Sébastien Delogu a finalement reconnu mardi midi que le RN était « les premiers corrompus », se désistant pour faire barrage face au refus net d’une fusion du Printemps marseillais. « Marseille ne doit jamais tomber dans les mains de ces gens-là », insistait-il face à la menace d’une victoire de l’extrême droite au terme d’une quadrangulaire hasardeuse. Loin des succès engrangés dans d’autres villes, l’enjeu pour les insoumis sera de trouver un premier ancrage dans les conseils d’arrondissements où ils se maintiennent.

    « Triste et déçue du résultat », Martine Vassal avait elle dès le départ annoncé se maintenir même « satellisée sur la Lune ». « J’ai plus de 35 000 personnes qui se sont déplacées pour voter pour nous, il était logique de les représenter au deuxième tour », défendait-elle encore ce jeudi soir sur France 2. Après la dégringolade du premier tour, reste à savoir à quel point ce dernier socle électoral se maintiendra, et sur combien d’élus la droite pourra compter pour espérer se reconstruire. Si certains dans son camp appelaient à son retrait, ce maintien permet de ne pas laisser le monopole de l’opposition municipale au RN, cela d’autant plus que beaucoup craignaient que ses voix ne profitent davantage à Franck Allisio qu’au maire sortant dans l’hypothèse d’un vrai duel. De quoi comprendre les cris d’orfraie du candidat d’extrême droite qui parlait d’« accord de la honte » après le retrait de LFI. Malgré cela, le maire sortant conteste être favorisé par cette triangulaire, face à la crainte d’une démobilisation de son électorat. « Le danger du RN n’est absolument pas écarté », assurait-il dans nos colonnes ce vendredi.

    Poids de l’abstention

    « Chaque voix va compter, ça va se compter à quelques centaines de voix », assure lui aussi le député RN de Marignane. C’est que les inconnues persistent, malgré les rapports de force issus du premier tour. Échaudé par le refus d’une fusion à gauche, une partie de l’électorat insoumis risque de s’abstenir, tandis que l’extrême droite est portée par le plus haut score qu’elle réalise dans un scrutin municipal à Marseille. Franck Allisio, qui voulait attribuer les logements sociaux en fonction de la nationalité et veut chasser les jeunes de certaines plages pendant un an avec un « pass anti-racailles » promet désormais qu’il a « avec ces Marseillais de droite sincère les mêmes valeurs », afin d’aspirer l’électorat restant à droite.

    Particulièrement faible au premier tour, la participation reste aussi un paramètre clé, avec une réserve de voix surtout dans les quartiers populaires. D’autant plus que le vote à Marseille pourrait envoyer un message pour la prochaine présidentielle. « Si l’esprit de libération des Marseillais dimanche peut inspirer l’ensemble des Français dans un an, tant mieux », assumait jeudi soir le candidat RN, quand Benoît Payan dénonçait cette volonté « d’exhiber un trophée » si Marseille tombe.

    Avec des attaques directes sur les politiques de solidarité, de santé, de culture, de vie associative, sur le service public, si l’extrême droite met la main sur la municipalité, comme elle l’a fait dans les villes qu’elle dirige dans le Sud Est, les politiques qui seront menées par les communes auront des répercussions directes dans le quotidien de leurs habitants.

    « Marseille ne peut pas se compter comme un trophée mais doit rester une ville fraternelle. »

  • Le RN menace encore de s’emparer de Marseille

    Le RN menace encore de s’emparer de Marseille

    Ce dimanche soir à la Palmeraie Borély, une demi-heure après la publication des premiers résultats du premier tour des municipales à Marseille, le candidat du RN Franck Allisio se gargarisait déjà : « Dimanche prochain, je serai votre maire. »

    Improbable encore à l’automne, cette possibilité s’est renforcée au fil de la campagne. Tandis que le RN affichait un visage policé, la droite marseillaise se perdait entre gages à l’électorat d’extrême droite et coups de barre au centre. Jusqu’au croisement des courbes sondagières dès le début du mois de novembre, puis le décrochage final.

    Pas en pole position

    À l’issue du premier tour, le candidat RN a ainsi quelque 99 137 voix, soit 35,02% des suffrages exprimés, seulement 4 746 bulletins de moins que le maire (DVG) Benoît Payan (36,67%). « Nous avons aujourd’hui fait un choix historique », se vantait donc dimanche soir Franck Allisio, qui a réalisé le meilleur résultat de l’extrême droite dans un scrutin municipal à Marseille. Il réalise notamment une percée dans les quartiers Sud et Est de Marseille, en particulier dans les quartiers les plus aisés (jusqu’à 43,8 points de plus qu’en 2020 pour le bureau de vote de l’école des plages du Prado). De quoi remplacer la droite dans ses bastions traditionnels. Il n’y a guère que dans les quartiers populaires du 14e arrondissement que l’ex-maire FN du secteur, Sandrine D’Angio, fait moins bien que son oncle Stéphane Ravier en 2020.

    S’il n’arrive pas à se placer en pole position pour le second tour, la marche pour que le RN prenne le dessus dans une ville où il a fait couler le sang apparaît dangereusement fine. D’autant plus face à la menace de deux gauches « irréconciliables » et la perspective d’une quadrangulaire plus que hasardeuse.

    Quelle abstention ?

    Le retrait annoncé mardi matin du candidat LFI Sébastien Delogu, « responsable pour un million » comme il le présentait, desserre un peu l’étau. Avec ce désistement, le parlementaire qui avait rassemblé 11,94% des suffrages libère une réserve de 33 000 voix à gauche, sous la pression imposée par le camp de Benoît Payan. Qui a beaucoup moins poussé la candidate de la droite au désistement républicain. Car le second tour est loin d’être une simple question d’additions, et les états-majors ont bien en tête les notices des sondages. L’enquête d’opinion réalisée par Elabe entre les 9 et 16 février estimait ainsi qu’environ 20% des électeurs de Sébastien Delogu pourraient s’abstenir s’il n’était pas présent au second tour, d’autant plus face au rejet partagé dans la manifestation lundi soir qui réclamait la fusion des deux listes de gauche à Marseille. Mais surtout, en cas de duel au second tour, 42% des électeurs de Martine Vassal se tourneraient vers l’extrême droite, et 25% vers le maire sortant, le reste s’abstenant.

    De quoi comprendre la vive réaction du candidat du RN face à une triangulaire qui apparaissait comme le scénario le plus sûr pour éviter sa victoire. Ce mardi, Franck Allisio s’est empressé de dénoncer « les accords de la honte », avant d’appeler lors d’une conférence de presse mercredi, devant des médias sélectionnés, à une « union sacrée » avec la « droite humaniste qui ne nous a pas encore rejoints ».

    Reste à savoir ce que peuvent valoir les prédictions d’un sondeur un mois plus tard, avec l’inconnue de la participation au second tour, de la solidité du socle électoral restant à droite, de l’élan pris surtout par le RN en une semaine, après avoir réalisé un score historique. Et de la solidité d’un front républicain sans cesse convoqué. « Le danger du RN n’est absolument pas écarté », insiste encore ce vendredi dans nos colonnes le maire (DVG) sortant Benoît Payan. Et le résultat risque de n’être certain qu’une fois les derniers bulletins dépouillés, et les potentiels recours épuisés.

    Ces secteurs où le RN est en tête

    Dans les 9e-10e

    Après avoir remporté lors des législatives de 2024 la circonscription, l’extrême droite est arrivée largement en tête du premier tour, avec l’élue régionale (RN) Éléonore Bez (44,9% des voix) qui possède une avance de plus de 7 200 voix sur le candidat du Printemps marseillais, Pierre Huguet (28,77%). La marche peut paraître haute face à celle qui a déjà été candidate plusieurs fois sur le secteur. À droite, la présidente des LR 13 Laure-Agnès Caradec (16,5% au premier tour) s’est maintenue. À gauche, il n’y a qu’une réserve de 3 600 voix avec les 8,1% réalisés par la candidate LFI Myriam Meghraoui. Reste que le soutien de l’ex-maire (Ren.) de secteur Lionel Royer-Perreaut, fortement implanté, peut jouer. De même que la participation.

    Dans les 11e-12e

    À l’Est, le premier secrétaire du Parti socialiste dans les Bouches-du-Rhône Yannick Ohanessian (26,7% des voix au premier tour) a un retard de 8 000 voix à rattraper sur le nouveau délégué du RN pour la ville de Marseille, Olivier Rioult (43,8%). Un retard considérable à rattraper dans le fief de la très droitière sénatrice LR Valérie Boyer, à cheval sur deux circonscriptions législatives remportées par l’extrême droite en 2024. Arrivée en tête en 2020 avant de remporter la mairie de secteur, la droite menée par Sylvain Souvestre ne finit qu’en troisième position, avec 23,5% des voix, et se maintient pour le second tour quand les insoumis y ont réalisé leur plus faible score. Les nombreux élus ralliés au RN avaient senti le vent tourner.

    Dans les 13e-14e

    Le secteur est le seul de Marseille à avoir été dirigé par le FN, de 2014 à 2020, avec à la clé la fermeture de services publics et affaires en justice. Dans le fief de son oncle Stéphane Ravier (ex-RN), l’ex-maire Sandrine D’Angio reste en tête, avec 39,8% des voix, quelque 5 300 voix derrière la candidate (DVG) du Printemps marseillais Tina Biard-Sansonetti (26,42%) qui a labouré le terrain ces dernières années. Des voix que peut apporter le retrait du militant insoumis Mohammed Bensaada (13,1%) comme le score de Nora Preziosi (5,6%). La maire sortant (DVD) Marion Bareille, arrivée en 4e position (12,1%) ne l’avait emporté en 2020 que grâce au retrait du candidat PCF Jérémy Bacchi. Elle n’a pas rendu la pareille.

    Royer-Perreaut soutient Huguet dans les 9-10

    L’ancien maire et député (Ren.) des 9-10 Lionel Royer-Perreaut a annoncé, ce jeudi qu’il voterait « à titre personnel » pour le candidat du Printemps marseillais dans le secteur, Pierre Huguet (G.s) pour le second tour des municipales. Alors que la candidate du RN, Éléonore Bez, a obtenu au premier tour 44,9% des voix, loin devant l’union de la gauche (28,8%) et la droite (16,5%), « je ne voterai ni pour les extrêmes, ni pour les battues d’avance », détaille-t-il, face à « un choix important que je sais crucial pour le secteur ». « Point de soutien à un parti, mais à un homme compétent, travailleur, affable, dont j’estime qu’il a les qualités requises pour défendre les dossiers très techniques de mobilité, de développement urbain », précise l’ancien député.

  • Sébastien Delogu se désiste, mais LFI maintient ses listes dans 4 secteurs

    Sébastien Delogu se désiste, mais LFI maintient ses listes dans 4 secteurs

    Des larmes et des accolades à l’Afriki Djigui Theatri, ce mardi, où devant caméras et micros, le candidat insoumis, Sébastien Delogu, a annoncé son retrait. « Nous sommes face au RN le plus solide rempart. Partout dans notre pays où les Insoumis sont arrivés en tête et ont fait la démonstration de leur capacité à rassembler largement et à écouter les aspirations du peuple tout entier, pose-t-il. Mais ici, à Marseille, les socialistes sont arrivés en tête et ils ont fait la démonstration de leur irresponsabilité et de leur sectarisme. »

    Comme il n’a jamais cessé de le faire tout au long de la campagne, il dénonce l’attitude du maire sortant et candidat à sa succession avec le Printemps marseillais, Benoît Payan (DVG). « En refusant tout front antifasciste au second tour, [il] fait la démonstration éclatante que le combat contre l’extrême droite valait moins à ses yeux que la soif de pouvoir », balance Sébastien Delogu, estimant que « l’orgueil et l’égo d’un homme ne doivent pas précipiter notre ville dans l’abîme ».

    En revanche, dans les secteurs où il n’y a pas de risque RN, ce sera le maintien, le candidat appelant ses soutiens à s’engager là « où il y a quelque chose à faire ».

    L’extrême droite, « les premiers corrompus »

    En clair, dans les 1-7, avec le dissident écologiste Sébastien Barles, dans les 2-3 avec Alladine Abdallah Salim (LFI), dans les
    4-5 avec Léa Bijaoui et dans les
    15-16 avec Rabyata Boinaheri, pour « faire entrer notre programme de rupture dans les mairies d’arrondissement » espère Sébastien Delogu. De fait, mis à part dans les 13-14 avec 13,10% des suffrages, les Insoumis n’ont pas réalisé de score suffisant pour espérer peser sur le scrutin.

    Sinon, pas de consigne de vote, mais une certitude : le RN ne doit pas l’emporter. « Je veux dire aux Marseillaises et aux Marseillais que les premiers corrompus, ce sont l’extrême droite », martèle Sébastien Delogu, rappelant que « leur présidente, Marine Le Pen, est condamnée pour détournement de fonds publics. Leur candidat, Franck Allisio, est mis en cause pour détournement de biens publics. Et enfin, la candidate des 13e et 14e arrondissements de Marseille, Sandrine D’Angio, condamnée pour favoritisme durant son mandat précédent ». Une évidence : « Marseille ne doit jamais tomber dans les mains de ces gens-là. »

    Alors que Sébastien Delogu repart, refusant de répondre à la presse, Sébastien Barles en rajoute une louche. « C’est un retrait de combat », insiste-t-il. Et d’espérer avec les mairies de secteur, « créer une forme de “Parlement de Marseille fier et populaire” pour que les idées qu’on souhaitait porter comme nouvelles politiques publiques, soient portées à l’avenir à Marseille ». Sur l’extrême droite, « nos électeurs voteront en conscience, une conscience qui leur appartient », assure Léa Bijaoui, considérant avoir toutes ses chances dans son secteur, forte de 5 813 voix au premier tour, soit 16,64% des suffrages. « On a déjoué les pronostics », analyse-t-elle. Elle se félicite aussi au passage du score de Mathilde Lanté (Révolution permanente), « avec qui nous partageons pas mal d’idées ».

  • Le Printemps marseillais en rempart au RN

    Le Printemps marseillais en rempart au RN

    Le décor final est planté. À quelques heures de la date limite de dépôt des candidatures, l’insoumis Sébastien Delogu, qui avait promis de dégager Benoît Payan, le maire (DVG) sortant de l’hôtel de ville, a acté son échec. Arrivé en quatrième position du 1er tour des municipales dimanche, le député des quartiers nord a annoncé, mardi matin, son retrait de la course à la mairie centrale face « au risque » de victoire du Rassemblement national. Une annonce reçue avec froideur par Benoît Payan alors que la veille, une foule de partisans insoumis et de militants antifascistes était venue réclamer, avec force et dégradation, une fusion des listes aux fenêtres de son QG. La porte est restée close.

    Pari manqué

    La conclusion d’une campagne houleuse et arrogante dans laquelle l’insoumis, qui s’était promis de faire revenir aux urnes les habitants des quartiers populaires, n’a pas réussi son pari. Non seulement le taux de participation dans ces secteurs trop longtemps méprisés n’a pas connu l’engouement espéré, mais il n’a surtout pas réussi à rassembler. Dans une ville qui a placé Jean-Luc Mélenchon en tête du 1er tour de la présidentielle 2022 avec 31,12% des suffrages (108 423 voix), lui a plafonné à moins de 12%, réunissant péniblement 33 808 électeurs.

    Le 2nd tour se jouera donc dans une triangulaire avec un seul candidat désormais à gauche, Benoît Payan, crédité de 36,69% des suffrages dimanche, mais talonné de près (35,02%) par le candidat de l’extrême droite, Franck Allisio (RN). Jamais l’extrême droite n’a été aussi haute à Marseille. Une progression en partie liée à la dégringolade de sa concurrente Martine Vassal, présidente de la Métropole et du Département, représentante d’une droite républicaine locale quasi disqualifiée et qui jouera gros, dimanche prochain, à Marseille. Le retrait insoumis, qui libère un couloir au Printemps marseillais, a immédiatement fait réagir le président du RN, Jordan Bardella, qui a exhorté son homologue des Républicains, Bruno Retailleau, à « prendre (ses) responsabilités en obtenant le retrait » de Martine Vassal, ignorant que celle-ci n’a plus sa carte aux Républicains.

    Un retrait dans les 13-14

    Reste à savoir comment réagiront les électeurs de la France insoumise. Sébastien Delogu n’a pas été des plus clair, appelant « toutes celles et ceux qui ont accordé leur voix à ne pas abandonner la lutte antifasciste et notre programme politique ». Dans son esprit d’abord le soutien aux candidats insoumis restés en lice dans quatre des cinq secteurs où ils avaient franchi la barre des 10%. Des secteurs, les 1-7, les 2-3, les 4-5 et les 15-16, où la gauche apparaît majoritaire.

    Dans ce dernier (8e secteur), une voix s’est élevée, celle du collectif Ibrahim Ali, pour tirer la sonnette d’alarme (lire encadré) et éviter un scénario qui, en 2014, dans les 13e et 14e arrondissements voisins, avait vu l’extrême droite arriver au pouvoir. Une mémoire à vif qui a en partie conduit au retrait de Mohamed Bensaada (LFI) , quatrième (13,1%) dimanche, dans ce 7e secteur justement.

    Une triangulaire y opposera donc Sandrine D’Angio (RN), Tina Biard-Sansonetti, candidate du Printemps marseillais, et Marion Bareille, la maire (DVD) sortante, élue en 2020 après le retrait de la gauche. Arrivée derrière Mohamed Bensaada, elle se maintient malgré le risque de l’extrême droite. La valeur du déshonneur… Mais devant la défaite annoncée, à droite, toute place semble bonne à gratter pour s’accrocher à la Métropole. Dans le reste des secteurs, les seconds tours restent inchangés.

    Sébastien Delogu balaie la demande de retrait des 15-16 du collectif Ibrahim Ali

    Face au risque de voir l’extrême droite arriver au pouvoir, le collectif Ibrahim Ali a appelé, mardi, au retrait de la liste de la France insoumise dans les 15e et 16e arrondissements de Marseille. La candidate LFI, Rabyata Boinaheri, est arrivée en 3e position (23,28%) dimanche, derrière le candidat du RN (29,22%) et Samia Ghali, la cheffe de file (DVG) du Printemps marseillais (36,96%). « Ibrahim est mort ici dans ce secteur sous les balles des colleurs d’affiches du FN. Nous avons une obligation morale de toujours lutter pour sa mémoire et pour les générations futures. Ici, seul le Printemps marseillais est en capacité de l’emporter, il doit avoir toute notre force », justifient les proches du jeune marseillais assassiné en 1995 sur l’avenue des Aygalades. Une proposition rapidement balayée d’un revers de la main par Sébastien Delogu, soucieux de faire « accéder au pouvoir dans les quartiers Nord de Marseille la première femme noire » et « faire dégager Samia Ghali ». Un vrai programme…

    Réactions

    Martine Vassal, candidate de la droite et du centre

    « Benoît Payan choisit LFI. Marseille en danger. Accord secret, arrangements entre amis… Le masque tombe. Pour sauver sa place, Benoît Payan s’aligne sur les plus radicaux. Nous ne nous soumettons pas. Nous tenons. Pour Marseille, désormais, nous sommes la seule voie face aux extrêmes ! »

    Franck Allisio, candidat RN

    « [C’est une] alliance tacite entre Benoît Payan et Sébastien Delogu. Il n’y a que les plus naïfs qui y ont cru, comme ceux qui ont cru que Madame Rubirola allait être maire de Marseille. Eh bien ! Ils refont le coup ! Le vrai maire de Marseille, ce ne sera pas Monsieur Payan, mais Monsieur Mélenchon »

    Valérie Boyer, sénatrice LR

    « Ne vous leurrez pas, voter Benoît Payan et Yannick Ohanessian, c’est voter pour LFI. Une autre voix existe, celle de Martine Vassal et Sylvain Souvestre »

    Pierre Huguet, adjoint au maire et candidat Printemps marseillais dans les 9-10

    « Face au danger du RN, Sébastien Delogu a pris ses responsabilités en se retirant. Dans les 9e et 10e, où le RN est arrivé en tête, Laure-Agnès Caradec (LR) doit en faire autant. Se maintenir, c’est prendre le risque assumé de faire gagner l’extrême droite. »