Tag: France

  • La réinsertion des femmes par la cuisine à l’honneur

    La réinsertion des femmes par la cuisine à l’honneur

    C’est le troisième grand festin que l’on organise, mais le premier de cette ampleur » s’enthousiasme Florence Armitano, responsable nationale du réseau Des étoiles et des femmes. Après le Pays basque et Arles, c’est à Marseille qu’aura lieu, ce vendredi, le grand banquet pour l’anniversaire du programme de réinsertion féminine par la cuisine, Des étoiles et des femmes. Sur la place Bargemon, des chefs des 14 villes où le programme est développé prépareront le repas avec des femmes qui ont bénéficié de l’initiative.

    Un programme lancé par l’association Festin à Marseille et qui fête ses 10 ans. « L’idée est d’accompagner des femmes qui sont éloignées de l’emploi pour qu’elles passent des diplômes en cuisine et qu’elles retrouvent un emploi », explique la responsable du réseau. Le suivi de ces femmes passe par une aide pour trouver des solutions de garde d’enfants, une aide au logement ou un accompagnement contre la précarité alimentaire si elles en ont besoin. « On leur propose aussi des stages dans des restaurants étoilés ou bistronomiques pour briser le plafond de verre », ajoute Florence Armitano. Depuis sa création, plus de mille femmes ont suivi le programme et trois quarts auraient retrouvé un travail d’après la responsable.

    Ce vendredi, certaines seront présentes sur la place Bargemon, avec des chefs de toute la France, pour préparer des repas aux participants du banquet. Des personnalités locales, comme des danseurs de (La)Horde ou l’autrice de Marseille Trop Puissante Margaux Mazellier, prêteront main-forte et pourront échanger avec les participants. Une exposition photos et un dj set sont également prévus.

    35 euros, réservation sur helloasso.com

  • Champ libre

    Champ libre

    C’est sans doute la première fois de la Ve République qu’un Premier ministre est aussi fragile. Dépourvu de majorité, de gouvernement et de soutien de l’opinion, Sébastien Lecornu semble avoir accepté, par loyauté au chef de l’État, une mission impossible.

    Après avoir promis une « rupture », le voilà engoncé dans le bilan peu flatteur du macronisme et décidé à prolonger la trajectoire. Abandonner la réforme des retraites ? C’est non. Revoir la politique de l’offre ? C’est non. Introduire un peu de justice fiscale ? C’est non. Augmenter les salaires et les pensions ? C’est non. Mener une politique industrielle volontariste ? C’est encore non. Investir dans les services publics ? C’est toujours non.

    Dans ces conditions, l’intersyndicale qui lui avait pourtant donné un ultimatum de quelques jours, a décidé d’engager à nouveau le rapport de force ce jeudi.

    Soyons réalistes…

    Elle a raison. Pour une fois, c’est elle qui est en mesure de donner
    le tempo et de faire valoir les exigences du monde du travail plutôt que de réagir à des réformes tombées d’en haut.

    Le mouvement social a, d’une certaine manière, le champ libre. C’est le moment de mobiliser le plus largement pour obtenir des avancées significatives. Le grand patronat ne s’y trompe pas. Il veut nous faire croire qu’il craint la taxe Zucman, qui n’est en réalité qu’une piqûre de moustique sur
    les immenses fortunes qui se sont constituées.
    Il crie avant d’avoir mal car il sent que la situation pourrait conduire à questionner plus largement ses privilèges. Il a lui aussi raison.

    Soyons réalistes, exigeons l’impossible !

  • La rue maintient la pression sur Lecornu

    La rue maintient la pression sur Lecornu

    « Pour la rupture, on reviendra ! », a résumé la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, ce 28 septembre, dans La Tribune Dimanche, réagissant aux premières orientations exposées par Sébastien Lecornu, nouveau Premier ministre, vendredi, dans Le Parisien.

    Après deux grosses journées de mobilisation les 10 et 18 septembre qui ont rassemblé jusqu’à 1,1 million de personnes dans le pays et vu le retour d’une intersyndicale CGT-CFDT- FO-CFTC-CFE-CGC-UNSA-FSU et Solidaires, la nouvelle mobilisation, organisée ce jeudi 2 octobre, entend maintenir la pression pour plus de justice sociale. Sur le pavé, salariés du privé et du public, jeunes ou retraités, ils ont rappelé massivement leur volonté de pouvoir vivre dignement de leur travail, de leur pension, d’entrevoir un avenir, d’enrayer la casse du service public…

    Mais, après avoir été reçus à Matignon le 24 septembre, les syndicats ont été plus que déçus devant l’incapacité de Sébastien Lecornu à revoir sa copie. « Sans rupture réelle de sa part, il rejoindra à son tour le cimetière des Premiers ministres d’Emmanuel Macron », a mis en garde Sophie Binet.

    Car les pistes esquissées par le nouveau Premier ministre ne laissent guère d’illusion sur les orientations de sa future politique. Pas question de remettre l’impôt sur la fortune, ni de suspendre la réforme des retraites. Une réforme de l’assurance chômage est également dans les tuyaux, avec, dans le viseur, les ruptures conventionnelles.

    Quant au projet de budget pour 2026, que le gouvernement doit présenter d’ici mi-octobre pour respecter les délais constitutionnels, pas « d’austérité et de régression sociale », a assuré Lecornu. Tout en souhaitant réduire le déficit, fidèle aux fondamentaux de la doctrine macroniste et soucieux de le ramener sous la barre des 3% du PIB en 2029,

    Peser sur le parlement

    Sébastien Lecornu aura essayé de gagner du temps, en jouant dans un premier temps la carte du mutisme, ajoutant aux blocages, mais le calendrier politique s’accélère. Rencontre ce lundi avec les chefs de parti et de groupe du « socle commun », en clair la droite et le centre, nouvelles consultations politiques, RN compris, rencontre « de la dernière chance » avec les socialistes, vendredi… La session ordinaire de l’Assemblée s’ouvre également mercredi, alors que le nouveau locataire de Matignon devrait faire connaître son gouvernement. Et les oppositions attendent de pied ferme sa déclaration de politique générale, peut-être le 6 ou le 7, même si un proche envisageait qu’il puisse s’en passer. De quoi conduire tout droit à une motion de censure quand l’entretien accordé au Parisien a déjà crispé les oppositions…

    Côté syndicats, on espère maintenir la pression jusqu’à la fin des débats parlementaires en décembre, a déjà annoncé Sophie Binet.

  • « La situation instable est un atout »

    « La situation instable est un atout »

    La Marseillaise : L’intersyndicale appelle à manifester ce jeudi, avant même qu’un gouvernement soit nommé. Quel rôle peut-elle espérer jouer ?

    Laurent Frajerman : Elle peut espérer jouer un rôle d’interlocuteur. Elle a été reçue plusieurs fois par le Premier ministre, qui est obligé de montrer que, contrairement à ce qui s’est passé avec Macron jusque-là, les corps intermédiaires allaient être plus écoutés. La situation instable est un atout. Si on voit émerger, dans des milieux divers, l’idée de redonner un rôle aux syndicats, c’est quand même pour canaliser le mouvement social. Il ne s’agit pas de proposer une autre politique, mais de redonner un peu de marge à un système complètement asséché. Il y a cette peur, dans une partie du patronat, des milieux dirigeants, que le refus de toute négociation soit contre-productif. D’un autre côté, il n’y a pas d’interlocuteurs clairs. Et comme le gros des mobilisés sont des agents du service public, c’est aussi un handicap.

    On entend souvent la critique des mobilisations « saute-mouton », et pourtant, on y revient…

    L. F. : On a une intersyndicale à huit, il faut convaincre la CFTC ou certains secteurs de FO de faire une grève un peu dure. Mais cela montre que tout se décide exclusivement en intersyndicale. Si les salariés ne pèsent pas sur ces choix-là, on arrivera toujours à un minimum commun. Le deuxième aspect, c’est que le rapport de force n’est pas si bon. On fait quand même une grève, mais on sait qu’on aurait du mal à faire plus. Cela pose la question, pour des syndicats comme la CGT ou la FSU, de trouver des voies nouvelles.

    Justement, nous sommes partis d’un mouvement vaporeux, « Bloquons tout », pour arriver à un mouvement classique, vous l’expliquez comment ?

    L. F. : « Bloquons tout » a été surévalué. Ce n’est pas évident de passer d’une protestation numérique à quelque chose de concret. Il a eu l’intérêt de montrer un mécontentement très large, il a permis un retournement de l’opinion publique sur des points importants. Tout le problème, c’est que les modalités d’action qui étaient proposées étaient irréalistes. On est donc revenu dans les rails de quelque chose de plus classique, avec toute une frange de la population qui ne s’associe pas, soit parce qu’elle fait grève par procuration, soit par hostilité. Une moitié des Français ne soutenait pas la mobilisation du 18 septembre. On revient dans un clivage traditionnel, avec les fonctionnaires, les gens de gauche qui soutiennent la grève. Mais d’autres catégories qui pourraient s’y greffer ne le font pas.

    Comment, alors, réinventer les modes d’action ?

    L. F. : Il ne faut pas multiplier les actions dont on sait qu’elles ne servent à rien. Mais, il y a malgré tout un espace très large entre les journées « saute-mouton » et la grève générale reconductible. Il faudrait explorer cet entre-deux, deux journées de grève consécutives, des grèves par secteur, par territoire… Il y a un manque d’innovation, les propositions de l’intersyndicale sont tellement prévisibles, à l’inverse des Gilets jaunes, que ça ne peut pas donner de grandes victoires. La grande question, c’est l’implication des salariés. Il y a des possibilités techniques pour les associer, favoriser les initiatives locales… Aux directions d’être plus inventives, comme les cheminots l’avaient essayé, et aux salariés de s’impliquer plus. C’est seulement par le collectif que ça peut fonctionner.

    Les revendications sur les retraites reviennent, on vit un match retour de la dernière mobilisation ?

    L. F. : C’est frappant. On aurait pu imaginer que « Bloquons tout » ne donne pas cet aspect-là, mais à partir du moment où le côté gazeux s’est évaporé, il n’en est resté, le 10 septembre, que la partie la plus mobilisée du mouvement de 2023 qui estimait qu’il fallait bloquer, et pour le 18 septembre, le profil de ceux qui s’étaient mobilisés pour les retraites. Ce qui rend la situation complexe pour les organisations, c’est qu’elles n’ont pas gagné la bataille de l’opinion. Elle est très partagée, notamment sur la question de la dette. Vous pouvez avoir des gens qui se mobilisent contre des choses insupportables, comme la fin de deux jours fériés, mais qui sont prêts à accepter des « sacrifices nécessaires ».

  • L’ambassadeur d’Israël en France face à la presse de la région

    L’ambassadeur d’Israël en France face à la presse de la région

    Laura Sahin : Comment abordez-vous l’esquisse d’un accord de paix apportée par le président Trump ?

    Il y a une occasion assez importante de peut-être terminer la guerre. Le Premier ministre donnera sa réponse, la meilleure pour l’État d’Israël. Nous sommes avec une organisation qui prend la population palestinienne en otage à Gaza pour empêcher d’avoir un accord. Cette décision sera très difficile, mais importantissime. Nous sommes dans un carrefour majeur, mais la direction n’est pas encore très claire.

    Olivier Biscaye : Vous condamnez l’action du président français ?

    Bien sûr. Il a rendu les choses plus compliquées.

    Léo Purguette : Y a-t-il une autre solution de paix que celle à deux États ?

    Quatre fois Israël a proposé la création d’un État aux Palestiniens. Arafat a refusé trois fois. Il recevait entre 97 % et 98 % territoire, la division de Jérusalem, le contrôle de ses frontières et une armée. Puis Mahmoud Abbas a refusé encore. La question est de savoir si les Palestiniens veulent cette solution.

    Léo Purguette : L’annexion de la Cisjordanie dans le but de rendre impossible un État palestinien ne semble pas aller vers une idée de paix…

    Ce n’est pas obligatoirement le cas. C’est notre façon d’évoquer le contrôle des frontières. Pour nous, il est clair qu’on ne permettra pas à un État palestinien d’avoir des frontières avec un pays arabe. Car l’entité palestinienne aurait la possibilité de s’armer comme le Hamas l’a fait avant le 7 octobre.

    Philippe Boccara : Pourquoi ne pas laisser rentrer les journalistes indépendants à Gaza ?

    Certains journalistes rentrent. Un groupe de Français a pu rentrer et filmer il y a quelques semaines. Ils sont indépendants. La décision a été prise de crainte que des journalistes meurent par accident sous les balles, ce qui nous aurait forcés à arrêter les opérations militaires. Il y a une discussion à ce sujet en Israël. De temps à autre, nous réussissons à en faire entrer.

    Léo Purguette : Vous parlez d’inhumanité des terroristes, c’est un fait. La situation à Gaza pose aussi question. Les institutions internationales parlent de génocide. Pourquoi empêcher l’aide humanitaire d’entrer ?

    C’est totalement faux. Israël, au contraire, amène l’aide humanitaire. Ce sont différentes organisations onusiennes qui ne veulent pas la distribuer, alors qu’elle est entreposée et pourrit. Ils attendent que le Hamas veille à leur sécurité. Mais le Hamas, en 2024, s’est enrichi en revendant l’aide humanitaire au lieu de la distribuer. On a décidé d’arrêter, mais on a ouvert huit points pour la distribuer directement et nous collaborons avec les ONG, afin qu’elles ne passent pas par le Hamas.

    François Tonneau : Votre pays est-il toujours dans l’unité face au conflit ?

    Israël est une des démocraties les plus vivantes du monde. Tout est permis. Mais il n’y a jamais d’unité, nous ne sommes pratiquement jamais d’accord, nous discutons de tout. Il y aura toujours des manifestations. Le sujet est sensible. Personne ne veut cette guerre. Elle nous a été imposée et même si la population est résiliente, elle est fatiguée. Tout le monde veut terminer. Mais le Hamas veut un nouveau 7 octobre. Allons-nous arriver à une atmosphère de paix et une solution stable, c’est la question.

    Laura Sahin : Un rabbin a été agressé dans l’Essonne, ce week-end. Comment observez-vous l’explosion de l’antisémitisme ?

    Cette explosion date du 7 octobre 2023. Je regardais, il y a peu, des manifestations ce jour-là à Paris et Londres. J’ai été surpris par ces groupes fêtant la mort des juifs. On pansait nos plaies, on ne connaissait même pas le nombre de morts, le nombre de personnes kidnappées. L’antisémitisme était là. L’attaque du 7 octobre a donné une justification pour vouloir la mort des juifs.

    Philippe Boccara : Que dites-vous aux juifs de France qui ont peur de porter une kippa et envisagent de partir ?

    Je suis né en France et j’ai fait mon alya à l’âge de 12 ans et suis israélien. Chaque juif a sa place en Israël. Mais les juifs doivent être fiers et se promener la tête haute. C’est dangereux, je le sais. Mais ne pas le faire, ce serait revenir aux années trente. Je ne demande pas à mes petits-enfants de ne pas parler hébreu dans les rues en France. C’est une période difficile. Mais le peuple juif a contribué à l’humanité et doit continuer. Nous sommes victimes, ce n’est pas à nous de nous cacher. C’est à ceux qui veulent notre mort de se cacher.

    Léo Purguette : Une part de la communauté juive se tourne vers l’extrême droite, dont l’histoire se rapporte à la collaboration. Cela vous interpelle-t-il ?

    Je ne parle que de la France insoumise, qui a une position très ouvertement contre Israël. Mais je ne parle pas des autres partis.

    François Tonneau : La confusion entre antisémitisme et antisionisme est-elle devenue définitive ?

    L’antisionisme est une négation du droit d’Israël d’exister. Cette négation est une nouvelle forme d’antisémitisme. Tous les peuples auraient le droit d’avoir un état, à part les juifs. C’est là où le lien se crée. La critique d’Israël n’est pas un antisémitisme. La plus grande critique à l’égard de l’État israélien se trouve en Israël. Et on ne peut pas dire que les Israéliens soient antisémites.

    Philippe Boccara : Que pensez-vous du jumelage de la Ville de Marseille avec celle de Bethléem en Palestine ?

    Je n’ai aucun problème conceptuel avec cela, beaucoup de villes le font dans le monde. Mais faire cela le jour de Roch Hachana, le nouvel an juif, alors que nous sommes en guerre, ce n’est pas une très bonne idée. Bethléem était à majorité chrétienne avant de rentrer sous le joug de l’autorité palestinienne. Aujourd’hui, il y a en son sein 15 % de chrétiens.

    Julien Desvages : Marseille accueille une communauté juive importante, la deuxième de France. La tradition de cohabitation avec les autres communautés est-elle en danger ?

    Nous avons parlé de ces sujets avec les présidents du Département et de la Région. J’ai compris que Marseille était une ville exemplaire en ce sens et j’espère que cela continuera.

    Philippe Boccara : Profitez-vous de votre séjour marseillais pour rencontrer le maire, Benoit Payan ?

    J’ai demandé une audience au maire de Marseille, mais je n’ai pas eu de réponse.

    Olivier Biscaye : Que pensez-vous de la flottille ?

    C’est un exercice de com de politiciens qui n’ont rien d’autre à faire que bronzer 15 jours en Méditerranée.

    Laura Sahin : Il y a de nombreuses manifestations pro-palestiniennes, avec parfois des débordements antisémites. Qu’en pensez-vous ?

    C’est le parfois qui est important. Énormément d’Israéliens sont pro-palestiniens. Cela ne signifie pas être antisémite ou antisioniste. Beaucoup d’Israéliens pensent simplement que les Israélo-Palestiniens ont des droits. Si la manifestation appelle à la paix, pas de problème. Elle le devient si elle appelle à l’intifada ou glorifie le Hamas.

    Léo Purguette : Il reste la question des otages. La guerre que vous menez à Gaza ne les met-elle pas en danger ?

    La guerre se terminerait demain si les otages étaient libérés. Israël ne pourra jamais abandonner ses otages. Israël perdrait sa raison d’être. Nous ferons tout ce qu’il faut pour les libérer. Il ne faut jamais perdre espoir, ni pour les otages, ni pour la paix. À nous de faire en sorte que le futur soit meilleur que le présent. Nous devons tous y œuvrer.

  • « Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement »

    « Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement »

    La Marseillaise : La taxe Zucman suscite de vifs débats autour du budget. Quelle est votre analyse sur cette mesure très populaire dans l’opinion ?

    Frédéric Boccara : Il y a un vrai problème de justice fiscale. Mais le problème du budget c’est d’abord que son financement est dans les mains des marchés financiers : ils prélèvent 66 milliards d’intérêts, soit l’équivalent de la dépense pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est ensuite un problème de dépenses malsaines, qui minent l’économie, la société et son développement, donc la capacité « d’avaler la dette » par une croissance saine… Enfin, il y a les impôts. La taxe Zucman doit être regardée relativement à deux enjeux. La justice fiscale, une contribution juste des personnes et des entreprises, et une inégalité extraordinaire s’est creusée en faveur des ultra-riches que des grandes entreprises. Et l’enjeu d’efficacité. Si on prélève et que le pays s’appauvrit, ça ne va pas. Développer la France, c’est développer l’efficacité pour vivre mieux. Et la taxe Zucman ne s’inscrit pas forcément dans cette logique.

    Quels leviers envisagez-vous alors ?

    F. B. : Les économistes du PCF, avons d’autres propositions. Nous parlons d’une sorte de taxe Zucman améliorée, un impôt sur la fortune amélioré. Ce problème de l’efficacité, les uns prétendent le résoudre en disant, on va taxer les biens professionnels, les autres, on va les exclure. La question est : quelle est la contribution des biens professionnels au développement sain et efficace du pays ? C’est l’enjeu d’une partie de la richesse. Nous proposons donc une taxation minimale de toutes les fortunes, à partir d’un certain seuil, y compris biens professionnels, modulée à la hausse s’ils ne développent pas l’emploi, la valeur ajoutée, l’écologie. Il faut ainsi taxer « l’outil de non-travail ». De même pour les bénéfices. Côté ménages, il faut baisser fortement la TVA, si douloureuse pour les plus modestes, et rétablir plus de progressivité de l’impôt sur le revenu.

    Le patronat s’agite avec ce meeting du Medef le 13 octobre. Comment interprétez-vous cette réaction ?

    F. B. : Ça veut dire deux choses : le patronat est inquiet de la mobilisation sociale, et il veut serrer les boulons parce qu’il redoute aussi des défections dans son camp. Car nous voulons et pouvons emmener l’ensemble des forces de la création et du développement avec nous pour aller de la justice fiscale vers une nouvelle efficacité fiscale du prélèvement et de la dépense. Un certain nombre de couches moyennes et supérieures sont intéressées par cette vision. L’U2P, les vraies petites entreprises, a réagi très durement face au Medef, en disant : « Nous payons plus, nous voulons contribuer mais il ne faut pas nous écraser ». C’est précisément cet élément que nous reprenons. Il y a quelque chose de juste dans leur argument. Les grandes entreprises ont vu leur taux effectif d’impôt baisser de cinq points entre 2016 et 2022, quand celui des très petites a augmenté de 0,4 (étude Insee). Les grandes entreprises paient 14% de leur bénéfice, contre 21% pour les PME. Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement. Nous devons prendre au sérieux l’argument de l’efficacité. Dénonçons le double égoïsme du grand capital sur les entreprises. Il fait tout, jusqu’à tricher, pour payer le moins possible d’impôts. Mais son pire égoïsme, ce sont les délocalisations. Que fait-il avec les richesses ? L’argent qu’on lui laisse (dont les aides), il l’utilise à démolir l’activité et l’économie. Entrons dans une autre relation avec les entreprises pour aller vers une efficacité qui recèle des ressorts nouveaux : l’enjeu écologique, l’enjeu des capacités et des dépenses humaines.

    La dette, souvent brandie comme un frein à l’investissement social ou écologique. C’est une contrainte réelle ou construite politiquement ?

    F. B. : Elle est à la fois réelle et utilisée politiquement, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut dire que c’est bidon. Elle est réelle car elle est dans les mains des marchés financiers, avec deux conséquences : cette dîme de 66 milliards et cette exigence que les dépenses soient faites pour le capital, les bas salaires, moins pour les services publics… c’est leur vision de la compétitivité. Mais une dette n’est pas forcément mauvaise. Je préfère parler d’avances, c’est moins moral. Or des avances pour se développer, c’est nécessaire. Nous proposons un fonds d’avances pour le développer des services publics et de l’économie, appuyé par le pôle public bancaire et financé à 0%. Et une bataille convergente sur la Banque centrale européenne. 

  • Lecornu, le Premier ministre qui fait pschitt

    Lecornu, le Premier ministre qui fait pschitt

    Le Premier ministre sans gouvernement, sans majorité, sans idées nouvelles et encore moins de ruptures avec la politique macroniste crépusculaire, prendrait-il, en prime, les Français pour des imbéciles ? Alors que la proposition de taxer enfin les plus riches est archi populaire dans l’opinion, Sébastien Lecornu a fermé la porte à tout changement dans la politique fiscale actuelle y compris à la marge pour réduire les inégalités criantes et indécentes. Hors de question pour l’homme lige d’Emmanuel Macron de déplaire à ses comparses du « socle commun » de la droite classique et du centre droit et aussi au patronat, vent debout contre toute inflexion de la politique pro-business de l’exécutif. À écouter le président du Medef Patrick Martin, la taxe Zucman, pourtant peu renversante et de nature sociale-démocrate, serait « une forme de spoliation ». Rappelons qu’il s’agirait de taxer les 1 800 foyers les plus riches de 2% seulement !

    Droit vers la censure

    Depuis samedi, le Medef est soulagé : dans un entretien au journal Le Parisien, le locataire de Matignon a fait tomber le masque. Des ruptures étaient annoncées ? Ce n’était que des éléments de langage. Il n’y aura pas plus de taxe sur les plus riches que de suspension de la réforme inique des retraites. Le Premier ministre, impuissant à rallier une majorité, se déporte sur le Parlement pour le budget 2026. Une hypocrisie de plus. Pour ramener tout ce beau linge à la raison, le mouvement social s’engage dans un véritable bras de fer et la journée du 2 octobre est décisive. Politiquement acculé, Lecornu ne restera certainement pas très longtemps à Matignon et va droit vers la censure.

  • Medef et monde du travail : le bras de fer

    Medef et monde du travail : le bras de fer

    Parmi les lignes rouges du grand patron Patrick Martin, président du Medef, figure notamment une taxe sur les très hauts patrimoines dite « Zucman » (du nom de l’économiste Gabriel Zucman), réclamée par la gauche. « Ce serait un frein terrible à l’investissement et à la prise de risque pour les entreprises. La taxe Zucman intègre l’outil de travail dans le calcul du patrimoine, alors même que l’ISF ne le faisait pas ! Pour certaines entreprises – dans la tech notamment – qui valent cher mais ne font pas encore de résultats ou ne distribuent pas de dividendes, instaurer cette taxe serait même une forme de spoliation et les condamnerait à la vente », s’est-il insurgé.

    Plus généralement, Patrick Martin a estimé que les propositions budgétaires du PS auraient « un effet récessif » dans une conjoncture économique déjà difficile. Le Medef a décidé d’organiser le 13 octobre un grand meeting. Signe de sa fébrilité mais aussi de son intention de défendre ses privilèges.

    Lecornu ne suspendra pas la réforme des retraites

    Le patron du Medef a dû pousser un « ouf » de soulagement après la lecture de l’entretien du Premier ministre, samedi dans les colonnes du journal Le Parisien, – dont la rédaction se bat contre son rachat par Bolloré -. Sébastien Lecornu est, sans surprise, fidèle aux fondamentaux du « socle commun » réunissant LR et les macronistes, fermant la porte aux revendications phares des socialistes, qu’il s’agisse de la taxe Zucman sur les hauts patrimoines ou de la suspension de la réforme des retraites.

    Une position qui n’étonne pas la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. « Pour la rupture, on reviendra ! », a-t-elle réagi dans la Tribune Dimanche au sujet des premières orientations exposées par le nouveau Premier ministre vendredi dans le Parisien. « Il ferme la porte sur les retraites et sur la taxe Zucman, ne s’engage toujours pas clairement sur les autres lignes rouges », a-t-elle commenté. « Cela confirme la nécessité de la mobilisation du 2 octobre. C’est uniquement après cette journée, et sur la base du rapport de force du 10 et du 18 septembre, que nous irons le rencontrer de nouveau pour exiger des réponses concrètes », a déclaré Sophie Binet. Les dirigeants syndicaux ont été reçus mercredi par M.Lecornu, à Matignon, mais ont jugé les échanges infructueux et ont décrété une nouvelle journée de mobilisation le 2 octobre, après une première journée de grève le 18 septembre.

    Sébastien Lecornu a, lui, fait part de son intention de recevoir à nouveau l’intersyndicale dans les prochains jours, lui demandant des contributions sur plusieurs thématiques liées au travail et à la protection sociale. « Nous maintiendrons la pression jusqu’à la fin des débats parlementaires, en décembre, pour que le budget soit sous la surveillance du monde du travail », a assuré Sophie Binet. « Sans rupture réelle de sa part, il rejoindra à son tour le cimetière des Premiers ministres d’Emmanuel Macron », a-t-elle mis en garde. Interrogée dimanche lors de l’émission Questions politiques sur France inter, franceinfo et Le Monde, la responsable syndicale a toutefois affirmé ne pas souhaiter le départ de Sébastien Lecornu. « Nous ne souhaitons pas la chute de ce gouvernement. C’est d’ailleurs pour ça qu’on fait tout ça maintenant, pour le forcer à revoir sa copie » et ce « afin qu’il réponde aux exigences sociales des travailleurs et des travailleuses ».

    Cinq gouvernements

    en deux ans

    Elle a rappelé que cinq gouvernements étaient tombés depuis deux ans « à cause de cette politique de passage en force d’Emmanuel Macron, notamment sur la réforme des retraites ». Elle développe : « À chaque fois, c’est tout changer pour ne rien changer. On en a ras le bol de cette nuit sans fin du macronisme avec ce disque rayé », a-t-elle encore dit.

    « Notre objectif n’est pas de faire tomber Macron. Nous n’avons rien contre lui », a-t-elle affirmé. « On a d’ailleurs besoin d’un président qui préside au niveau international au vu de la crise géopolitique », a-t-elle ajouté saluant comme « très importante » la reconnaissance de la Palestine par la France.

    « Sans rupture réelle de sa part, il rejoindra à son tour le cimetière des Premiers ministres d’Emmanuel Macron »

    66

    milliards d’intérêts : c’est le montant du financement du budget de la France entre les mains des marchés financiers, soit l’équivalent du financement de l’enseignement primaire
    et secondaire.

  • « Nous proposons une taxation minimale de toutes les fortunes »

    « Nous proposons une taxation minimale de toutes les fortunes »

    La Marseillaise : La taxe Zucman suscite de vifs débats autour du budget. Quelle est votre analyse sur cette mesure très populaire dans l’opinion ?

    Frédéric Boccara : Il y a un vrai problème de justice fiscale. Mais le problème du budget c’est d’abord que son financement est dans les mains des marchés financiers : ils prélèvent 66 milliards d’intérêts, soit l’équivalent de la dépense pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est ensuite un problème de dépenses malsaines, qui minent l’économie, la société et son développement, donc la capacité « d’avaler la dette » par une croissance saine… Enfin, il y a les impôts. La taxe Zucman doit être regardée relativement à deux enjeux. La justice fiscale, une contribution juste des personnes et des entreprises, et une inégalité extraordinaire s’est creusée en faveur des ultra-riches que des grandes entreprises. Et l’enjeu d’efficacité. Si on prélève et que le pays s’appauvrit, ça ne va pas. Développer la France, c’est développer l’efficacité pour vivre mieux. Et la taxe Zucman ne s’inscrit pas forcément dans cette logique.

    Quels leviers envisagez-vous alors ?

    F. B. : Les économistes du PCF, avons d’autres propositions. Nous parlons d’une sorte de taxe Zucman améliorée, un impôt sur la fortune amélioré. Ce problème de l’efficacité, les uns prétendent le résoudre en disant, on va taxer les biens professionnels, les autres, on va les exclure. La question est : quelle est la contribution des biens professionnels au développement sain et efficace du pays ? C’est l’enjeu d’une partie de la richesse. Nous proposons donc une taxation minimale de toutes les fortunes, à partir d’un certain seuil, y compris biens professionnels, modulée à la hausse s’ils ne développent pas l’emploi, la valeur ajoutée, l’écologie. Il faut ainsi taxer « l’outil de non-travail ». De même pour les bénéfices. Côté ménages, il faut baisser fortement la TVA, si douloureuse pour les plus modestes, et rétablir plus de progressivité de l’impôt sur le revenu.

    Le patronat s’agite avec ce meeting du Medef le 13 octobre. Comment interprétez-vous cette réaction ?

    F. B. : Ça veut dire deux choses : le patronat est inquiet de la mobilisation sociale, et il veut serrer les boulons parce qu’il redoute aussi des défections dans son camp. Car nous voulons et pouvons emmener l’ensemble des forces de la création et du développement avec nous pour aller de la justice fiscale vers une nouvelle efficacité fiscale du prélèvement et de la dépense. Un certain nombre de couches moyennes et supérieures sont intéressées par cette vision. L’U2P, les vraies petites entreprises, a réagi très durement face au Medef, en disant : « Nous payons plus, nous voulons contribuer mais il ne faut pas nous écraser ». C’est précisément cet élément que nous reprenons. Il y a quelque chose de juste dans leur argument. Les grandes entreprises ont vu leur taux effectif d’impôt baisser de cinq points entre 2016 et 2022, quand celui des très petites a augmenté de 0,4 (étude Insee). Les grandes entreprises paient 14% de leur bénéfice, contre 21% pour les PME. Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement. Nous devons prendre au sérieux l’argument de l’efficacité. Dénonçons le double égoïsme du grand capital sur les entreprises. Il fait tout, jusqu’à tricher, pour payer le moins possible d’impôts. Mais son pire égoïsme, ce sont les délocalisations. Que fait-il avec les richesses ? L’argent qu’on lui laisse (dont les aides), il l’utilise à démolir l’activité et l’économie. Entrons dans une autre relation avec les entreprises pour aller vers une efficacité qui recèle des ressorts nouveaux : l’enjeu écologique, l’enjeu des capacités et des dépenses humaines.

    La dette, souvent brandie comme un frein à l’investissement social ou écologique. C’est une contrainte réelle ou construite politiquement ?

    F. B. : Elle est à la fois réelle et utilisée politiquement, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut dire que c’est bidon. Elle est réelle car elle est dans les mains des marchés financiers, avec deux conséquences : cette dîme de 66 milliards et cette exigence que les dépenses soient faites pour le capital, les bas salaires, moins pour les services publics… c’est leur vision de la compétitivité. Mais une dette n’est pas forcément mauvaise. Je préfère parler d’avances, c’est moins moral. Or des avances pour se développer, c’est nécessaire. Nous proposons un fonds d’avances pour le développer des services publics et de l’économie, appuyé par le pôle public bancaire et financé à 0%. Et une bataille convergente sur la Banque centrale européenne. 

  • Affaire Sarkozy : Macron réagit aux menaces envers la justice

    Affaire Sarkozy : Macron réagit aux menaces envers la justice

    « L’État de droit est le socle de notre démocratie. L’indépendance de l’autorité judiciaire, son impartialité comme la protection des magistrats qui la rendent, en sont les piliers essentiels », a écrit sur X Emmanuel Macron. Avant de poursuivre : « Les attaques et menaces de mort, anciennes ou récentes, contre plusieurs magistrats sont inadmissibles, c’est pourquoi j’ai demandé au ministre de la justice et au ministre de l’intérieur, dès leur survenance, que leurs auteurs soient identifiés pour être très rapidement poursuivis. » Deux enquêtes ont été ouvertes vendredi 26 septembre par le parquet de Paris à la suite de « messages menaçants » visant la magistrate parisienne ayant énoncé jeudi la condamnation de l’ancien président à cinq ans de prison, avec incarcération prochaine.

    Un peu plus tôt, le Syndicat de la magistrature avait dénoncé le silence « assourdissant » du président Emmanuel Macron concernant les menaces dont est la cible la présidente du tribunal. « Si le garde des Sceaux démissionnaire, Gérald Darmanin, a cette fois apporté son soutien à l’institution judiciaire, le silence du président de la République, Emmanuel Macron, premier garant de l’indépendance de la justice, est quant à lui assourdissant », a estimé dans un communiqué le syndicat.

    Menaces et intimidations contre les magistrats

    Le monde judiciaire, garde des Sceaux en tête, s’est en effet élevé samedi contre les menaces visant les magistrats qui ont condamné cette semaine l’ex-président Nicolas Sarkozy dans le dossier dit du financement libyen. Après la condamnation de l’ancien chef de l’État à cinq ans de prison, la présidente de la chambre correctionnelle du tribunal de Paris, qui a ordonné l’incarcération prochaine de Nicolas Sarkozy, a été la cible de menaces de mort. « Les intimidations et les menaces de mort qui touchent les magistrats sont absolument insupportables en démocratie. Je les condamne sans aucune réserve », a écrit samedi sur le réseau social X le ministre de la Justice démissionnaire Gérald Darmanin.

    Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a exprimé « sa vive préoccupation quant à la généralisation de telles attaques ». « Les invectives contre les magistrats et leurs décisions ne peuvent être admises lorsqu’elles visent à remettre en cause l’indépendance et la légitimité de la justice et à compromettre les conditions sereines de son exercice », écrit cet organe constitutionnel dans un communiqué.

    Le Journal du Dimanche, propriété du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, a dédié sa Une à Nicolas Sarkozy. À propos de sa prochaine incarcération, l’ancien président estime que « toutes les limites de l’État de droit ont été violées. C’est tellement invraisemblable. Même dans ses réquisitions pourtant violentes, le PNF [parquet national financier, Ndlr.] ne l’avait pas demandé ! » De quoi alimenter les attaques contre la justice.