Tag: France

  • La protection des lanceurs d’alerte étendue

    La protection des lanceurs d’alerte étendue

    C’est une victoire pour le groupe écologiste et social. À 123 voix pour et aucune contre, l’Assemblée nationale a adopté, jeudi, une proposition de loi améliorant la protection des personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée qui ne sont pas impliquées dans des procédures judiciaires.

    Ce texte a été déposé à la suite de l’assassinat de Mehdi Kessaci à Marseille, assassiné par un commando armé à moto. Il était le petit frère du militant anti narcotrafic Amine Kessaci, qui s’est engagé dans cette lutte après l’assassinat de son grand frère Brahim en 2020. « Malgré la loi du silence et le règne de la peur dans les lieux où le trafic prospère, il y a des personnes qui s’y opposent », tient à souligner Sandra Regol, députée écologiste, rapporteure de la proposition de loi. « Le courage qu’il faut pour dire non (…) pour s’opposer à des gens qui tuent et qui torturent quand on est sans aucune protection, en dehors des radars des autorités, devrait forcer le respect de toute notre Assemblée », insiste-t-elle en rendant hommage aux associations Conscience et Crim’halt, dont les membres ont assisté à la séance dans l’hémicycle.

    Marseille, Avignon, Toulon mais aussi Clermont-Ferrand, Dijon et Grenoble : le narcotrafic gangrène le pays. Aucun territoire n’est épargné. « Le narcotrafic est un système capitaliste et là où l’État recule, les réseaux criminels s’installent, prospèrent. Alors, s’acharner sur les consommateurs ou les petites mains du trafic n’a jamais affaibli le crime organisé, cela ne fait que criminaliser la pauvreté et déplacer les problèmes », cingle la députée PCF Elsa Faucillon. « Cette proposition de loi part d’un constat juste notre droit protège les hautes personnalités, les témoins et les repentis mais laisse trop souvent sans réponse celles et ceux qui sans statut particulier s’engagent en proximité contre la criminalité organisée et en paient le prix », pousse-t-elle. Un constat partagé par les députés de Liot. « Face à des réseaux toujours plus riches, toujours plus violents, toujours plus organisés, nous devons aller plus loin, encore plus loin et toujours plus loin », martèle Laurent Mazaury.

    « Mehdi est parti, pourtant ils le savaient tous »

    Dès lors, le texte proposé par le groupe écologiste et social dans sa niche parlementaire prévoit, par exemple, l’inscription d’un numéro de téléphone sur une liste prioritaire à l’attribution d’une identité d’emprunt, pour ne citer qu’elle. Des mesures mises en place par les services locaux de police et de gendarmerie, ainsi que la saisine d’un « service national » lorsque « le caractère sérieux de la menace le justifie ». « Pour être pleinement efficace, une telle réforme doit probablement être portée par le gouvernement, avec une étude d’impact », estime le député macroniste Vincent Caure. Si l’adoption du texte a été rendue possible grâce aux voix de la gauche, aucun groupe n’a fait d’obstruction. Le gouvernement s’y est opposé, estimant que « l’État garantit déjà la protection à toute personne effectivement menacée, (…) qu’elle soit ou non partie prenante à une procédure judiciaire », assure le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez. « La protection actuellement accordée à la famille Kessaci en est la preuve », justifie le premier flic de France.

    « La première fois qu’il [Amine] a eu des menaces, c’était au mois d’août, ils [les services de police] ont protégé Amine, ils nous ont laissé nous. On n’a pas eu de protection. Mehdi est parti comme ça, pourtant, ils le savaient tous », a déploré les larmes aux yeux Ouassila Kessaci, lors d’une conférence de presse après le vote, relaté par l’AFP.

  • [Entretien] Léa Balage El Mariky : « Quand on fait avancer nos combats, la gauche est unie »

    [Entretien] Léa Balage El Mariky : « Quand on fait avancer nos combats, la gauche est unie »

    Les écologistes présentent jeudi neuf propositions de loi lors de leur niche parlementaire. La première vise à améliorer la protection des personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée, un texte directement lié à l’assassinat de Medhi Kessaci à Marseille. Puis, des textes pour protéger l’eau potable, empêcher les monopoles médiatiques, permettre aux maires de réquisitionner les logements vacants, instaurer une génération sans sucre, instaurer un référendum d’initiative citoyenne délibératif, protéger l’alimentation des contaminations au cadmium, reconnaître l’éducation au-dehors et accorder le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales aux étrangers.

    La Marseillaise : Le premier texte de votre niche parlementaire vise à améliorer la protection des personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée. Quel est ce mécanisme ?

    Léa Balage El Mariky : Dans la loi sur le narcotrafic on a installé le statut des collaborateurs de justice, inspiré des systèmes italiens notamment. Mais on a besoin d’avoir cette protection qui puisse être lancée dans les protections de la parole qui va être donnée et ses modalités avant que l’instruction judiciaire puisse être lancée. Et que cette personne puisse alerter sur une mise en danger potentielle de sa vie ou de ses proches au regard de ce qu’elle peut dénoncer comme fait relevant de la criminalité organisée.

    L’un de vos textes vise à permettre aux maires de réquisitionner les logements. C’est une demande des édiles ?

    L.B.EM. : C’est une volonté des maires qui sont au premier contact de la problématique d’accès aux logements et des solutions possibles. Car ils connaissent les logements qui pourraient être réquisitionnés et faire l’objet d’une transformation pour les remettre sur le marché locatif à travers notamment leurs bailleurs sociaux. Pour l’instant, cette réquisition peut être demandée par les maires, mais elle est toujours subordonnée au pouvoir de la préfecture qui la valide ou non. Cette réquisition concerne les logements qui sont vides dans des villes ultra-denses et pour lesquels il convient de simplement pouvoir remettre ces biens sur le marché. Quand on a cette possibilité, il y a souvent des obstacles liés à une politique non-volontaire de l’État. Cette proposition permet donc de redonner la puissance de réquisition aux maires afin qu’ils puissent bien faire leur travail : celui de protéger la population.

    La proposition de loi pour empêcher la constitution de monopoles médiatiques est issue des États généraux de l’information ?

    L.B.EM. : Exactement, et ça fait partie aussi de tout le travail qu’a mené ma collègue Sophie Taillé-Poillan, qui est une des briques sur la manière dont on doit préserver l’information et son indépendance. On est dans un moment où les médias sont détenus par quelques milliardaires qui ont des projets politiques précis, [Vincent] Bolloré en premier. On se retrouve avec une liberté et une pluralité de la presse qui sont entravées. La mise en place de mécanismes qui viennent empêcher cette ultra-concentration des médias fait partie des recommandations qui sont données par les syndicats de journalistes depuis longtemps. C’est une revendication assez connue et dont on trouve enfin une traduction dans une proposition de loi.

    Nos confrères du « Figaro » disent votre groupe fragilisé par deux menaces de défection liées à des désaccords concernant la place donnée aux textes. Que se passe-t-il ?

    L.B.EM. : Ce n’est pas une défection, il faut préciser qu’on est apparenté et ne pas dire que les gens quittent le groupe ou le collectif. Les niches, c’est toujours des moments où on est beaucoup à avoir travaillé avec énergie sur plein de textes et il y a des déceptions dans l’ordonnancement et dans le choix des textes, même les choix préalables. Certains textes qui avaient été proposés n’ont pas été retenus et c’est normal. Des explications seront faites et apaiseront les choses. Vous allez voir que demain [jeudi Ndlr], tout le monde sera là et ça se passera bien.

    LR et le RN ont déposé des centaines d’amendements, notamment sur votre texte qui vise à accorder le droit de vote des étrangers aux municipales. De quoi gâcher l’examen de vos textes ?

    L.B.EM. : Ce qu’on a vu, c’est une obstruction sur beaucoup de textes de notre niche. C’est le cas sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC) et le texte que j’ai porté. Il s’agit pour les deux de mécanismes qui permettent de redonner de la voix aux citoyens dans les espaces délibératifs qui existent, les élections municipales et le référendum. On se retrouve avec une droite qui refuse en réalité qu’on puisse en débattre sereinement. Non seulement on dénonce la pratique, mais c’est surtout symptomatique de s’attaquer en priorité à ces deux textes qui viennent renforcer la démocratie. Ils attisent les peurs pour masquer leurs propres désaveux et le fait qu’ils ne sont pas majoritaires dans notre pays. On ne s’arrêtera pas là. J’avais déjà la garantie de vote positif de plusieurs parlementaires et donc je souhaite pouvoir élargir la démarche pour imaginer un dépôt en semaine transpartisane d’un texte comme celui-ci.

    Vous comptez sur toutes les voix de la gauche à l’unisson ?

    L.B.EM. : Je sais que comme à chaque niche, tout le monde sera présent. C’est ça qui est important en fait : dans les moments où on fait avancer nos combats, la gauche elle est unie. C’est ce que je retiens à chaque fois.

  • À Marseille, la France remue le bassin méditerranéen

    À Marseille, la France remue le bassin méditerranéen

    De passage à Marseille en juin 2023, Emmanuel Macron appelait de ses vœux une « Saison Méditerranée 2026 ». Trois ans plus tard, voilà cette saison culturelle, destinée à célébrer « l’identité profondément méditerranéenne de la France », écrit le président de la République, qui pointe le bout de son nez avec son ouverture prévue dans la cité phocéenne entre le 15 et le 24 mai, avant de se déployer dans l’Hexagone jusqu’au 31 octobre. « C’est un pari fou que celui de rassembler à l’heure où tout semble fait pour nous diviser, politiquement et médiatiquement », déclare avec aplomb, mercredi 11 février au Mucem, Nadia Hai, déléguée interministérielle à la Méditerranée d’un gouvernement qui ne cesse pourtant de souffler sur des braises extrême droitières. Selon elle, « un temps fort de diplomatie culturelle » qui laisse d’autant plus pantois quand on observe par exemple la crise diplomatique franco-algérienne, la plus aiguë depuis 1962. Le programme trouvera par ailleurs des échos en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Égypte et au Liban. Un contingent plutôt maigre, alors que la Méditerranée est bordée par une vingtaine de pays et trois continents.

    « Arriver, partir, revenir »

    Mais qu’à cela ne tienne : la « Saison Méditerranée 2026 », qui entend « mettre en lumière les jeunesses méditerranéennes des diasporas de France », dixit Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français, se traduira par « une programmation polyphonique » pour « illustrer la pluralité de ses voix », estime Julie Kretzschmar, commissaire générale de l’événement. Intitulée « Arriver, partir, revenir », son ouverture marseillaise s’étendra « du Palais du Pharo au Fort Saint-Jean, puis au Mucem, au Panier, à la Joliette, à la Friche Belle de Mai, jusqu’au Grand port maritime de Marseille pour un final exceptionnel ». De nombreuses propositions artistiques seront lancées entre les 15 et 24 mai. Un parcours d’expositions investira la ville, parmi lesquelles « Résistances & Désobéissances » à la Citadelle, autour « du passé colonial de la France en Tunisie et l’emprisonnement d’Habib Bourguiba en ces mêmes lieux entre 1939 et 42 », indique Julie Kretzschmar, ou encore « Mon plus beau plan fixe », travail du cinéaste et plasticien franco-algérien Hassen Ferhani sur « les notions d’isolement et d’horizon ». La mémoire, l’histoire et la poésie en temps de guerre des Gazaouis trouveront, elles, une résonance au Centre photographique Marseille et aux ateliers Jeanne Barret. Au Musée d’art contemporain (MAC), Louisa Babari, « artiste franco-algérienne née à Moscou », campe Nicolas Misery, directeur des Musées de la Ville de Marseille, illustrera « sa réflexion sur les imaginaires de l’Algérie antique précoloniale ». Les musiques actuelles ne seront pas non plus en reste avec nombre de concerts et Dj’s sets à la Vieille Charité, la Friche Belle de Mai, ou encore au Grand port maritime. C’est sur ce site qu’une « immense fanfare » de musiciens amateurs et professionnels offrira un « condensé de Méditerranée : de la Sicile aux Balkans, de la Kabylie à l’Andalousie, de la Turquie à la Camargue, en passant par l’Atlas et les îles grecques ». Les créations théâtrales prévues pour l’ouverture ne seront pas non plus en reste, avec Mères Méditerranées de Mohamed El Khatib au Mucem, et Algérie, mon Amour qui prendra ses quartiers sur la Digue du large. Une performance conçue par Sébastien Kheroufi, d’après les récits de « quatre auteurs franco-algériens » portés par des habitants de Marseille, qui « racontent l’histoire de leurs parents. Une tentative pour comprendre ce qui se joue entre deux rives, ce temps suspendu du voyage, ces 24h de traversée en bateau entre Alger et Marseille ».

    Marseille, le point de départ d’une traversée culturelle qui fera escale dans 60 villes françaises pendant six mois, avec une cinquantaine d’événements labellisés « Saison Méditerranée 2026 » en Provence.

  • À ArcelorMittal, à Dunkerque, les annonces de Macron déçoivent

    À ArcelorMittal, à Dunkerque, les annonces de Macron déçoivent

    Casque vissé sur la tête, Emmanuel Macron est tout sourire. La direction d’ArcelorMittal vient de confirmer la construction, sur son site de Dunkerque, de son plus gros four électrique en Europe d’une capacité deux millions de tonnes d’acier par an, pour un investissement de 1,3 milliard d’euros, dont l’exploitation doit démarrer courant 2029. Ainsi, le groupe « confirme son engagement en France et en Europe », assure devant des salariés Reiner Blaschek, PDG du groupe en Europe. Derrière lui sont accrochés côte à côte un drapeau français et un drapeau européen. Cet investissement sera financé à hauteur de 50% via le mécanisme de certificats d’économie d’énergie (CEE), encadré par l’État.

    « Ce qui donne envie d’investir, c’est parce que vous êtes bons. Ce savoir-faire, ces compétences, c’est un trésor », lâche le président au sein de l’usine, appelant à « aller au bout de l’aventure » et à « bâtir le deuxième four, à continuer sur l’hydrogène ». Depuis ce site du Nord, il lance : « Je veux qu’on donne de l’avenir à Fos, qui est un site essentiel on va continuer d’avancer», fait valoir le chef de l’État, tandis que de son côté, la CGT du site bucco-rhodanien tire la sonnette d’alarme.

    Mais ces annonces en grande pompe peinent à convaincre les syndicats. Pour rappel, le site de Dunkerque compte à lui seul 3 200 des 15 400 salariés du groupe en France. Interrogé par l’AFP, Gaétan Lecocq, délégué CGT à Dunkerque déclare : « C’est un verre à moitié plein », car « cet investissement ne suffira pas » à éviter les délocalisations redoutées. Le syndicaliste dit « attendre du concret » et « une date ferme » pour la construction de ce four, qui pourrait débuter « en avril ». De son côté, la CFDT, qui a boycotté la visite – à laquelle les organisations syndicales n’étaient pas invitées – a dénoncé une « mascarade » et dit refuser  «d’être les figurants d’un théâtre politique où les salariés sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et de la communication ».

    Et pour cause : ArcelorMittal qui revendique un bénéfice net de plus de 3 milliards de dollars en 2025, multiplié par 2,5 sur un an, prévoit au même moment de délocaliser des fonctions support, entraînant 600 suppressions de postes en France.

    Nationalisation acte II au Sénat, le 25 février

    Une fois de plus, le président de la République a balayé les demandes de nationalisation. Mais pour les syndicats et de nombreux élus, c’est la seule solution pour sauver l’aciériste. « Macron parade à Dunkerque pour annoncer la construction d’un seul four électrique par ArcelorMittal… qui ne couvrira qu’1/3 de la production d’acier. Les 2/3 restants ? Condamnés. Il est donc venu annoncer au moins 2 600 licenciements ! La seule solution : nationaliser ArcelorMittal », martèle la députée LFI Aurélie Trouvé. Cette dernière a porté, en novembre dernier lors de la niche parlementaire de LFI, la proposition de loi visant à nationaliser les sites français du groupe. Le texte, adopté par les députés, doit être examiné par le Sénat le 25 février prochain, mis à l’ordre du jour par le groupe communiste (CRCE-K) lors de sa journée réservée.

    À Fos-sur-Mer, la CGT s’inquiète

    « Ce n’est pas dans les projets du groupe de décarboner le site de Fos. (…) Cela a été confirmé par la venue du président sur le site de Dunkerque », regrette Stéphane Martins de Araujo, secrétaire général de la CGT d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, qui alerte sur la situation dans l’usine. « Elle reste très préoccupante. Si on ne lance pas les premières pierres d’un four à arc électrique d’ici fin 2026 voir début 2027, ça sent la fin des hauts fourneaux traditionnels sur le site », clame le responsable syndical. Pour faire face aux « quotas carbone » qui ne vont cesser d’« augmenter années après années », la CGT du site travaille depuis plus d’un an sur un projet alternatif visant à « maintenir l’emploi et décarboner le site ». Pour Stéphane Martins de Araujo, « soit Mittal le récupère et va dans ce sens-là, soit on demande la nationalisation. Que l’État prenne enfin ses responsabilités ! », tempête-t-il. (lire ci-contre). S’il se réjouit de l’annonce pour ses camarades du Nord, il estime que ces investissements sont en deçà des besoins réels. « Deux millions de tonnes quand le site peut en produire huit, c’est vraiment peanuts ! C’est 25% de sa capacité nominale », tient-il à souligner, avant de pousser un ultime cri d’alerte : « Si demain, on perd l’acier en France, c’est une catastrophe sociale et industrielle qui va se passer. On parle de plus de 33 000 emplois. »

  • Génération écartelée

    Génération écartelée

    L’étude réalisée à l’initiative d’Aix- Marseille Université est passionnante, elle est éclairante sur l’état d’esprit des étudiants et leur conception de l’engagement.

    67% d’entre eux se déclarent engagés, mais seulement 44% ont l’intention d’aller voter les 15 et les 22 mars. Comme si le désintérêt pour la chose publique qui s’étend dans toute la société avait un poids encore plus important parmi les étudiants, mais que pour eux, le fait d’être engagés était déconnecté de la politique.

    Une génération écartelée entre d’une part des « causes » qui la mobilisent : lutte contre les discriminations, écologie, féminisme,
    et d’autre part une abstention massive, une défiance envers les organisations traditionnelles qui traduisent l’engagement : partis et syndicats.

    Démocratie en jeu

    C’est sans doute le produit d’un individualisme croissant, d’une société anxiogène, mais aussi de décennies de déceptions provoquées par une Ve République à bout de souffle.

    Pour autant, les opinions exprimées dans cette enquête ne recouvrent pas toute la nouvelle génération. D’abord parce que les étudiants ne sont qu’une part de la jeunesse. Et, ensuite, parce que des jeunes continuent de s’engager sur des listes aux municipales par goût de l’intérêt général et du débat démocratique.

    Les organisations politiques, singulièrement celles qui entendent changer la société, ont un rôle fondamental à jouer en créant les conditions d’un engagement renouvelé des jeunes en leur sein. Ce n’est pas une mince question. C’est la démocratie qui est en jeu.

  • Une réforme de la police au cœur du scrutin

    Une réforme de la police au cœur du scrutin

    Une procédure accélérée pour une adoption avant les municipales, afin de permettre aux futurs maires de disposer d’une toute nouvelle « boîte à outils ». Voilà comment le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a vendu le projet de loi sur la réforme de la police municipale dont l’examen a démarré le 3 février au Sénat, le vote devant avoir lieu ce mardi 10 février. En fait d’outil, c’est la boîte de Pandore qui a été ouverte, renforçant une « municipalisation de la sécurité », au détriment de l’État de droit, analyse dans une note circonstanciée la CGT Intérieur Police.

    Concrètement, le texte soumis au Parlement s’appuie sur une mission d’information de la commission des lois, pilotée en 2024 par le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur d’alors, François-Noël Buffet (LR), en parallèle d’un « Beauvau de la police municipale ». Dont les syndicats ont dénoncé au passage l’absence de mesures sociales… Mais, au nom du fameux « continuum de sécurité », policiers municipaux et gardes champêtres se verraient attribuer des compétences judiciaires élargies. Outre la possibilité de relever une identité, ils seraient à même de dresser des amendes forfaitaires délictuelles (AFD) – dont le taux de recouvrement atteint péniblement les 31% – pour au moins neuf délits « de l’insécurité du quotidien ». Les membres de la majorité de droite, pris dans un enthousiasme tout sécuritaire, en ont rajouté. Sous certaines conditions, les agents pourraient procéder à des fouilles, utiliser des drones « à titre expérimental », auraient accès à de nouveaux fichiers. Tout ça restant au bon vouloir des maires, se prévaut le gouvernement.

    Pas de doctrine nationale

    « C’est tout simplement une atteinte à la démocratie », résume Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT-Intérieur Police. Avec ce « ballon d’essai » de transfert d’une compétence régalienne au local, il estime le risque constitutionnel « sérieux » et alerte sur l’absence de doctrine nationale sur la municipale. « Comment on les arme ? Comment doivent-ils rendre des comptes ? À qui ? Quelles sont leurs missions ? » interroge-t-il. Pour lui, la mise en place d’une mission de contrôle des polices municipales, commune aux inspections générales du ministère de l’Intérieur prévue dans le texte, reste insuffisante. Au nom de la libre administration territoriale, le droit des citoyens est mis à mal, dans un contexte de « montée des discriminations », estime la CGT. Sur les AFD, le syndicaliste rappelle que le droit est déjà bafoué, le policier se faisant juge : « C’est une inscription au casier, direct, alors qu’un délit, c’est une enquête à charge et à décharge, un droit à la défense… »

    La CGT craint une « pénalisation territorialisée », avec un maire qui peut utiliser sa police sur des zones « à forte mobilisation électorale ». À l’inverse, le pouvoir de la police municipale sur l’édile s’en trouverait renforcé. « On l’a vu à Bordeaux, où le maire écologiste ne voulait pas les armer », illustre-t-il. Résultat : une police municipale équipée de semi-automatique, cet été, « après trois semaines de grève ».

    Sans attendre la fin de la navette parlementaire, la CGT a fait parvenir sa note « à tous les députés et sénateurs, sauf le RN ».

    Repères

    Des prérogatives élargies

    Vente à la sauvette, vol, usage de stupéfiants, occupation illicite de halls d’immeuble, vente d’alcool aux mineurs… Au moins neuf nouveaux délits pourraient être sanctionnés par la police municipale d’une amende forfaitaire délictuelle. Les sénateurs ont déjà proposé d’ajouter la conduite sans permis, sans assurance ou encore le port d’armes blanches.

    45%

    de hausse. Le nombre de policiers municipaux est passé de 19 405 en 2012 à 28161 en 2023. En 2026, 11000 agents devaient être recrutés, selon le Centre national de la fonction publique territoriale.

    Drones et caméras embarquées

    La police municipale pourrait être autorisée à utiliser des drones à titre expérimental durant 5 ans sur cinq segments précis, des grands rassemblements à la protection des bâtiments communaux.

    Sur 5 ans aussi, des caméras embarquées équiperaient les véhicules.

  • [Passerelle interculturelle] Un avant-goût de l’événement culturel le plus suivi au monde

    [Passerelle interculturelle] Un avant-goût de l’événement culturel le plus suivi au monde

    En tant que plus grand événement culturel annuel au monde en termes d’audience, le Gala de la Fête du Printemps produit par China Media Group est organisé sans interruption depuis 43 ans. Il est devenu, pour les Chinois de Chine et d’outre-mer ainsi que pour de nombreux amis étrangers, un véritable « dîner de réveillon pour l’esprit », créant une résonance émotionnelle partagée à l’échelle mondiale.

    L’an dernier, grâce à un dispositif international multilingue et multimédia, mobilisant plus de 3 100 médias partenaires à travers le monde, CMG a transmis au public international l’esprit du Nouvel An chinois, fondé sur le principe de « l’harmonie dans la diversité des civilisations ».

    Des robots humanoïdes dotés d’intelligence artificielle dansant le yangge, devenus viraux sur les réseaux sociaux, aux rencontres vibrantes entre le patrimoine culturel immatériel et l’esthétique contemporaine, des compositions musicales imprégnées de l’élégance orientale aux créations rock mêlant influences orientales et occidentales.

    Le Gala de la Fête du Printemps a ouvert au public mondial une fenêtre privilégiée pour mieux comprendre la richesse de la culture traditionnelle chinoise et la vitalité de la Chine d’aujourd’hui. L’édition de cette année se distingue par une mise en scène à l’échelle nationale, articulée autour d’une scène principale à Beijing et de quatre villes représentatives de différentes régions du pays : Harbin, Yiwu, Hefei et Yibin. Chaque ville associée apporte sa couleur locale : Harbin conjugue musique symphonique, chant et ballet dans un décor hivernal spectaculaire ; Yiwu, connue pour son ouverture internationale, associe opéra Wu et dynamisme commercial ; Hefei marie danse inspirée de l’encre chinoise et opéra Huangmei, enrichis d’effets visuels contemporains ; Yibin, au bord du fleuve Yangtsé, célèbre la réunion familiale et les traditions du Nouvel An.

    Cette année, le Gala de CMG s’appuiera sur les innovations technologiques de pointe « 5G + 4K/8K + IA » et sur les capacités de diffusion en 85 langues de CMG afin d’offrir aux publics chinois et internationaux un véritable festin culturel. Les publics du monde entier pourront non seulement découvrir, à travers les écrans, la créativité et la splendeur visuelle du Gala, mais aussi vivre de manière immersive l’atmosphère de joie, de chance et de célébration qui caractérise la Fête du Printemps.

  • [Passerelle interculturelle] À Marseille, le « Prélude au Gala de la Fête du Printemps » met la culture chinoise à l’honneur

    [Passerelle interculturelle] À Marseille, le « Prélude au Gala de la Fête du Printemps » met la culture chinoise à l’honneur

    Le parc Chanot était aux couleurs du Nouvel An chinois ce vendredi. Les nombreux participants français comme chinois issus des milieux politique, culturel et médiatique, ainsi que de nombreux habitants de la région, se sont réjouis de l’initiative culturelle.

    Dans leurs allocutions, les représentants de la partie chinoise ont souligné que la Fête du Printemps, symbole millénaire de la civilisation chinoise, est devenue un lien spirituel reliant les communautés chinoises du monde entier et un pont culturel de plus en plus reconnu à l’international. À travers le Gala de la Fête du Printemps, CMG s’appuie sur un dispositif de diffusion multilingue et multimédia afin de transmettre au public mondial les valeurs de cohésion familiale, d’inclusion sociale et d’harmonie entre l’homme et la nature portées par le Nouvel An chinois.

    Les intervenants français ont, de leur côté, salué l’influence croissante de la culture du Nouvel An chinois en France, estimant que ce type d’échanges culturels contribue à renforcer la compréhension mutuelle et l’amitié entre les peuples français et chinois.

    Le programme de la soirée s’est distingué par sa richesse et sa diversité. Des extraits et bandes-annonces du Gala de la Fête du Printemps 2026 ont été projetés, permettant au public français de découvrir en avant-première la créativité artistique et les innovations technologiques du spectacle. Des performances mêlant inspirations orientales et occidentales ont également été proposées, associant musique, danse et expressions artistiques contemporaines, et ont suscité un accueil enthousiaste.

    De nombreux participants français ont confié qu’il s’agissait pour eux d’une première immersion aussi directe dans la culture de la Fête du Printemps. Grâce à ce « Prélude », le Gala ne se limite plus à une émission télévisée, mais devient une expérience culturelle vivante, accessible et partagée.

    Tradition ancestrale

    Étape importante de la série d’événements « Le monde regarde le Gala de CMG ensemble », la soirée marseillaise a non seulement contribué à annoncer le prochain Gala, mais a également illustré l’attrait croissant de la culture chinoise dans le sud de la France, apportant une nouvelle dimension aux échanges culturels sino-français.

    La Fête du Printemps est un symbole culturel millénaire de la civilisation chinoise. Elle constitue également un lien spirituel profond qui unit les communautés chinoises à travers le monde. Aujourd’hui, près de vingt pays et régions ont inscrit la Fête du Printemps comme jour férié officiel, et environ un cinquième de la population mondiale la célèbre, sous des formes diverses.

    À travers cette tradition ancestrale, de plus en plus de personnes découvrent la Chine, apprécient la culture chinoise et perçoivent les valeurs universelles portées par la Fête du Printemps : la cohésion familiale, l’inclusion sociale et l’harmonie entre l’être humain et la nature.

  • La parité c’est faire vivre l’égalité

    La parité c’est faire vivre l’égalité

    C’était une anomalie indigne d’une démocratie digne de ce nom : l’absence de parité entre les femmes et les hommes sur les listes dans les communes de moins de mille habitants. Le scrutin municipal de mars prochain verra donc cette injustice enfin réparée. Les conseils municipaux, partout sur le territoire, seront bien plus représentatifs de la population. Dommage qu’en la matière, seule la contrainte de la loi a permis aux femmes d’accéder à des mandats. Le chemin demeure semé d’embûches, la politique étant toujours dominée par le poids du patriarcat et une misogynie ambiante si néfaste à la démocratie.

    Le prix de la démocratie

    Cette parité femmes-hommes pour les fonctions électives dans les petites communes permettra un renouvellement nécessaire et participe aussi d’un combat fondamental : ramener aux urnes les abstentionnistes.

    La loi met également fin au « panachage », plus crûment dit à la possibilité de rayer des noms sur les listes. Là encore c’est une pratique d’un autre âge qui revenait, en fait, à régler des comptes.

    On ne peut pas revivifier la démocratie, surtout quand elle est affaiblie par les discours démagogiques et populistes, en continuant à flatter les bas instincts : exclure les femmes et raturer des noms.

    Alors, oui, c’est difficile, c’est plus long et fastidieux de bâtir des listes. Mais n’est-ce pas le prix de la démocratie ? Dans un pays où près de 70% des communes comptent moins de mille habitants, instaurer la parité femmes-hommes, c’est faire vivre la liberté, l’égalité, la fraternité… et la sororité.

  • [Lecture] Se souvenir, c’est se garder en mémoire

    [Lecture] Se souvenir, c’est se garder en mémoire

    Je me souviens des jours anciens et je pleure, écrivait Verlaine. Mais Winock ne se laisse point blesser par les sanglots longs de l’automne, et préfère s’en remettre à sa mémoire, même s’il sait que l’automne est le commencement du déclin.

    Fatalité que Hermann Hesse nous demande d’accepter, puisque toute matinée veut devenir soirée, et que le plus bel été veut voir la nature qui se fane, et l’automne qui vient. Tous les auteurs, dont Lamartine, se sont vus avancer dans leur « obscur voyage », mais c’est à Ernest Renan que nous avons pensé en lisant les Jours anciens de l’une des plus belles plumes de notre littérature. Renan, le philologue attaché à sa Bretagne natale, et qui écrivit que, durant ses années de vieillesse, il prenait plaisir à recueillir les bruits lointains d’une Atlantide, mythique et disparue.

    L’extraordinaire basculement

    Biographe, entre autres, de Flaubert et de Mitterrand, Michel Winock, issu de la « banlieue rouge », est surtout connu pour avoir fait progresser notre connaissance de la Commune, de Georges Clemenceau, du monde selon Victor Hugo, de Charles de Gaulle, de l’histoire politique et intellectuelle des XIXe et XXe siècles.

    Aussi attendez-vous à ce qu’il regarde celui dans lequel nous vivons, non pas avec les yeux d’un homme qui manifeste un attachement excessif au passé, et refuse de s’indigner des travers d’autrefois, mais avec ceux d’un historien, héritier (comme nous le sommes tous) de son enfance, et conscient de l’extraordinaire basculement d’une société où l’ancien paraît complètement goudronné par le nouveau. Un livre, d’une documentation sûre, qui nous empoigne et ne nous lâche plus.

    Folio, 8,60 euros