Tag: France

  • La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    La CGT organise « l’internationale ouvrière » contre l’extrême droite

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    À la tribune du 54e congrès de la CGT, pour cette deuxième journée de débats, on retrouve plus d’une douzaine de syndicalistes venus du monde entier : Amérique du Sud et du Nord, Asie, Afrique ou encore Europe. L’objectif est clair : « Nous construisons l’internationale du monde du travail face à l’internationale de la haine », comme le plaide Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.

    Et que les syndicats s’enrichissent mutuellement de leurs expériences face au fascisme. Quand Maurizio Landini, pour le syndicat italien CGIL, juge que « toutes les dimensions de la mondialisation ont dégradé nos conditions de vies », son homologue espagnole, Christina Faciaben, pour la CCOO, abonde : « L’inégalité économique a été le terroir de l’extrême droite en Espagne. » Si le premier constate que « la concurrence entre les travailleurs se traduit par des divisions », la seconde note que l’extrême droite s’en nourrit et « polarise la société » pour mieux « défendre les élites ».

    De quoi faire écho à l’analyse de l’Amérique sous Trump par Nick Allen, pour l’organisation syndicale états-unienne SEUI : « Les digues sautent tous les jours : les milliardaires américains sont aux astres, l’état de droit perdure à peine. » Mais il n’est pas désabusé pour autant : « Un syndicat fort est la seule chose qui compte lorsque tout s’écroule. L’offensive, c’est garder le cap de la construction d’un syndicat capable d’imposer de la démocratie sociale. » Le cheminement est le même pour le militant brésilien Antonio Lisboa, de la CUT : « L’extrême droite est en recrudescence depuis 2008, cette crise structurelle du capitalisme. C’est la raison pour laquelle on a une alliance entre le monde financier et l’autoritarisme. Pour contrer le fascisme, il faut donc s’attaquer aux maux du capitalisme. »

    Une alliance mondiale

    Une chose est sûre, c’est que tous s’accordent pour un travail commun contre cette montée. « L’extrême droite est un défi mondial, il est essentiel de mettre l’accent sur les alliances des syndicats à l’international », réclame Christina Faciaben. Son homologue italien est d’ailleurs venu avec une série de propositions : « Le monde du travail doit réinventer une nouvelle vision à l’international. Le capitalisme a des approches radicales, nous devons l’être aussi. » Encore une fois, Nick Allen fait la synthèse : « L’antidote à ce poison est un programme de justice économique et sociale international. Ce congrès est un pas de plus dans la construction d’une internationale ouvrière. » Il s’appuie sans doute sur le constat réalisé par Magdalena Chojnowska, pour le syndicat polonais Opzz : « Un travailleur à Varsovie a plus de points communs avec un travailleur à Marseille qu’avec ceux qui cherchent à nous diviser. Il faut une coopération internationale plus forte. »

    Ce sont les représentants de deux pays du Sud qui résument l’envie partagée de ce meeting. « Les droites s’unissent par intérêt, ne nous divisons plus », tonne Roberto Baradel pour le syndicat argentin CTA-A, quand son camarade indien Gautham Modi, du NTUI, appelle à « construire une coalition syndicale à travers le monde ».

    La Palestine mise à l’honneur

    C’est toute la CGT qui a fait corps avec le peuple palestinien, ce mardi, à l’occasion de prises de paroles de Youssef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France. « Notre relation est historique, ancienne, ancrée dans la lutte du peuple palestinien pour ses droits. Nous avons des valeurs communes », a loué cette dernière.

    La délégation a été reçue avec la manière : applaudissements à tout rompre par l’ensemble des délégués debout.

  • Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    Sophie Binet à l’offensive pour le 54e congrès de la CGT

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    « Un congrès de la CGT, c’est 1 000 luttes en puissance. » C’est devant plus de 1 000 délégués et avec un discours enflammé que Sophie Binet a officiellement ouvert le 54e congrès de la CGT, ce lundi. Lequel se déroule « dans un contexte inédit ». « Les bruits des bottes s’amplifient. Jamais l’extrême droite n’a été au pouvoir dans autant de pays », s’inquiète-t-elle. Une situation qu’elle lie avec la crise du capitalisme. « Pour le capital, la démocratie est maintenant un problème, c’est la raison pour laquelle l’alliée indispensable du capital, c’est l’extrême droite », analyse Sophie Binet. Elle prend pour exemple concret « le Medef qui, pour la première fois depuis 1945, traite le RN comme un parti comme les autres ». Et martèle : « L’extrême droite est la pire ennemie du monde du travail. Face à elle, l’antidote c’est le syndicalisme CGT. »

    Des messages pas anodins puisqu’ils sont en lien avec les échéances électorales françaises à venir : « Nous allons nous mêler du débat présidentiel pour remettre les travailleurs et travailleuses au centre du jeu. » Elle s’adresse d’ailleurs à Fabien Roussel (PCF), Marine Tondelier (EELV), Manuel Bompard (LFI) et Olivier Faure (PS), tous présents ce jour : « Je note que la CGT fait l’unité, pourvu que ça dure ! ». Et de lancer un « appel de Tours » : « aucun candidat n’aura les voix de la CGT, des travailleurs, sans s’engager à abroger la réforme des retraites ».

    Mais ce discours est aussi, et surtout, le moment pour elle de faire le bilan de son mandat. « Faisons les comptes, depuis 2023, quatre Premiers ministres contraints à la démission, cinq réformes enterrées, deux budgets d’austérité en partie vidés de leur contenu », énumère-t-elle. La secrétaire générale revient sur l’exemple de la réforme des retraites. « Nous avons refusé de tourner la page, nous avons fait échouer le conclave et décalé l’application de la réforme des retraites », se félicite-t-elle. Elle réalise aussi un bilan plus critique : « Il y avait plus de manifestants que de grévistes. Nous n’avons pas réussi à étendre la grève le jour où l’intersyndicale avait appelé à mettre le pays à l’arrêt […] Tous les syndicats CGT n’ont pas appelé à la grève. »

    FSU et Ictam comme dossiers chauds

    Le lien est tout trouvé avec les propositions émises par la direction sortante : « Nous sommes rassemblés pour adopter notre plan de bataille pour les trois prochaines années. Pour cela, tirons les leçons de la mobilisation contre la réforme des retraites. » Outre les orientations générales sur lesquelles les congressistes doivent se prononcer comme « socialiser les richesses pour mieux protéger » ou tendre vers une « planification industrielle et écologique », Sophie Binet évoque sans détour les propositions qui peuvent provoquer le plus de remous. Comme le rapprochement avec la FSU : « Il ne s’agit ni d’une fusion, ni de la création d’une superstructure, mais d’un cadre de coopération permanent. » Ou le développement de la CGT auprès des Ictam (ingénieurs, cadres, techniciens, agents de maîtrise) : « La mission des Ictam n’est pas de mener les luttes à la place des ouvriers, c’est de développer les luttes chez les cadres et professions intermédiaires. »

    De quoi occuper les congressistes pour les prochains jours.

    AU PROGRAMME

    Mardi. Les congressistes entrent dans le dur des débats avec le vote du rapport d’activité, qui permet de juger l’appréciation du bilan de la direction sortante. Vient ensuite une initiative autour de la Palestine en présence d’Hala Abou Hassira, ambassadrice de la Palestine en France, de Yousef Habache, du syndicat des journalistes palestiniens, et de Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI). Avant un meeting « international » contre l’extrême droite en présence de nombreux syndicalistes venus du monde entier.

  • Scop-Ti et 1336 en force pour abreuver d’idées les délégués

    Scop-Ti et 1336 en force pour abreuver d’idées les délégués

    Un stand a peut-être plus de saveurs que d’autres dans le parc des expositions de Tours. C’est celui des ouvriers de Scop-Ti, alias les Fralib, qui expose la myriade de produits de leur marque de thé 1336. « On est en résistance permanente, c’est la solidarité qui nous a permis de gagner et c’est la solidarité qui nous permet de continuer l’histoire », campe Cynthia Sanchez, chargée de promotion du modèle économique de la coopérative. Et Scop-Ti propose un vrai soutien aux congressistes : « Tous les congressistes ont un bon dans leur sacoche du congrès pour venir choisir une boîte de thé offerte par la confédération et sur les stands de la plénière, tous ont une boisson fraîche 1336 », explique Dominique Basset, retraité bénévole de Scop-Ti et ancien délégué CGT du site.

    Un cadeau bienvenu et qui implique toute une logistique : « On a fait livrer une palette à part la semaine dernière, et nous, on est venu de Gémenos vendredi avec le camion pour préparer le stand. » Cynthia Sanchez abonde : « L’objectif c’est de proposer à ceux qui veulent nous soutenir de populariser la marque au plus grand nombre. » Et de prendre pour exemple : « Créer des points de vente, ventes groupées, proposer des bons cadeaux, des remises à des comités d’entreprise… ». Plus que du thé de qualité, c’est aussi un message envoyé à leurs « camarades ». « Dans ce monde capitaliste, on montre qu’on peut faire autrement : sans hiérarchie, sans patrons », explique Gérard Cazorla, président de l’association Fraliberthé. Avant de conclure : « Ce congrès, c’est chez nous, tout comme l’usine appartient à toute la CGT. »

  • La proposition de loi post-Bétharram examinée

    La proposition de loi post-Bétharram examinée

    Des discussions sous le regard de plusieurs victimes, venues assister aux débats depuis les tribunes de l’Assemblée.

    « Vous avez brisé des décennies de silence, d’omerta, de honte. Vous avez témoigné devant notre commission d’enquête avec une dignité qui nous a bouleversés. Et cet après-midi, c’est pour vous que nous sommes là », leur a lancé la rapporteure du texte, la députée Renaissance Violette Spillebout. En 2025, l’élue du Nord a conjointement mené avec le député LFI Paul Vannier la commission d’enquête sur les violences dans le milieu scolaire, qui avait notamment entendu François Bayrou, alors Premier ministre, sur sa connaissance supposée des sévices infligés aux élèves de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, près de Pau.

    De ces mois de travaux et d’auditions, est née cette proposition de loi, rédigée à quatre mains, afin de mieux prévenir les violences, en renforçant notamment le contrôle de l’État. « Ils sont si nombreux en ce moment même, à la subir encore, comme le relève notamment l’ampleur des crimes commis dans le périscolaire à Paris », a souligné Paul Vannier à la tribune.

    Au banc, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a révélé que 255 signalements de violences sexistes et sexuelles ont ainsi été recensés dans le milieu scolaire et périscolaire depuis le début de l’année. Les députés n’avaient que jusqu’à minuit pour étudier le texte, le groupe de Gabriel Attal ayant refusé de soutenir une proposition de loi portée conjointement avec un député insoumis, ce qui lui aurait permis d’être inscrite sur du temps transpartisan, avec davantage de temps. « On est en train de vivre une journée historique (…) Je veux que tous les parlementaires sachent qu’on compte sur eux », a déclaré à l’AFP Constance Bertrand, ancienne élève et créatrice du groupe de victimes de l’Institution Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine.

    « Tentative d’obstruction »

    Le « comité de suivi de la commission d’enquête Bétharram » et plusieurs représentants des collectifs de victimes ont dénoncé des « tentatives d’obstruction » de la part de députés de différents groupes, les encourageant à voter un « texte essentiel », dans une tribune publiée dimanche.

    En fin d’après-midi, les députés ont adopté le volet symbolique du texte : la condamnation par la Nation de ces violences, mais aussi la reconnaissance des défaillances de l’état qui leur ont permis de perdurer. Il prévoit la création d’une journée d’hommage pour les victimes, le 19 novembre. L’Assemblée a réécrit à la marge cet article, en adoptant un amendement du gouvernement, qui met l’accent sur la chaîne de responsabilité, de l’auteur des violences, aux établissements censés les prévenir, jusqu’à l’État qui se doit de les contrôler. Initialement, le texte prévoyait la création d’un fonds national d’indemnisation pour les victimes qui ne pourraient pas aller en justice du fait des délais de prescription notamment. Mais le gouvernement a mis en doute la faisabilité d’un tel fonds, et les députés ont finalement voté pour que l’exécutif étudie cette question dans un rapport à remettre au Parlement.

    était attendu, dans la soirée, le volet judiciaire du texte qui allonge le délai de prescription du délit de non-dénonciation de faits de violences sur un mineur. Mais surtout les dispositions renforçant les contrôles des adultes exerçant dans les établissements.

  • Rave et rodéos : le Sénat veut couper le moteur de l’impunité

    Rave et rodéos : le Sénat veut couper le moteur de l’impunité

    Dans la nuit des campagnes comme sur le bitume des parkings, il y a des colères qui montent au même rythme que les basses ou les moteurs. Celles de riverains privés de sommeil, d’élus locaux démunis, d’éleveurs qui voient leurs bêtes stressées par le vacarme, de gîtes ruraux sommés de rembourser des séjours gâchés. C’est cette France des nuisances concrètes, souvent loin des grands discours sécuritaires, que le sénateur socialiste de l’Hérault Hussein Bourgi dit avoir voulu faire entendre au Sénat.

    Avec Lauriane Josende, sénatrice LR des Pyrénées-Orientales, et Isabelle Florennes, sénatrice centriste des Hauts-de-Seine, l’élu héraultais a présenté un rapport transpartisan sur les rave parties illégales et les rodéos motorisés. 28 recommandations, adoptées à l’unanimité en commission des lois, doivent nourrir le projet de loi Ripost, examiné depuis le 18 mai au Sénat. Objectif affiché : « mettre fin au sentiment d’impunité » et donner aux pouvoirs publics des outils jugés plus adaptés aux réalités de terrain.

    Des vies bousculées

    « Je ne voudrais pas qu’on résume cela uniquement à des nuisances sonores », insiste Hussein Bourgi. Dans l’Hérault comme ailleurs en Occitanie, les rave parties illégales prennent parfois des proportions massives : 337 ont été recensées en France en 2025, pour plus de 100 000 participants. Moins nombreuses, mais plus imposantes, elles attireraient aussi davantage de teufeurs venus d’Espagne ou d’Italie, où les règles se sont durcies.

    Dans les garrigues, le vacarme laisse des traces bien au-delà de la nuit blanche : bêtes stressées, production laitière en baisse, gîtes contraints de rembourser des vacanciers chassés par les basses. Et quand 600 à 700 gendarmes sont mobilisés un week-end entier près de Bourges pour encadrer 20 000 teufeurs, c’est une facture que le sénateur juge indécente : « Il n’est pas normal que ce soit le contribuable français qui finance ce genre de manifestations illégales. » Le rapport propose donc d’abaisser de 500 à 250 participants le seuil de déclaration obligatoire, de faire de l’organisation d’une rave illégale un délit avec confiscation possible du matériel sonore et des véhicules ayant servi au transport, et de permettre à l’État de réclamer le remboursement des frais engagés (gendarmes, secours, remise en état).

    Sur les rodéos motorisés, le constat est tout aussi alarmant. Le phénomène, longtemps associé aux grands ensembles urbains, gagne les communes rurales : parkings de supermarchés, abords de caves coopératives, routes départementales. Les sénateurs avancent 4 724 rodéos constatés en 2025 et 38 500 interventions des forces de l’ordre en 2024. « C’est en moyenne une intervention toutes les quinze minutes », souligne Lauriane Josende. Le rapport préconise de faciliter la saisie et la destruction des engins non déclarés, de durcir les peines en cas de rodéo commis en réunion et de mieux caractériser l’infraction.

    Fermeté, mais jusqu’où ?

    Reste le point le plus sensible : les moyens technologiques. Drones, infiltration de messageries cryptées, expérimentation de la vidéosurveillance algorithmique. Pour Bourgi, le drone peut éviter les courses-poursuites dangereuses, susceptibles de blesser participants, policiers ou simples passants. Mais à gauche, le recours à l’intelligence artificielle et à la surveillance algorithmique suscite des réserves, que le groupe socialiste a tenu à faire annexer au rapport.

    C’est là que se joue l’équilibre politique du texte. Répondre aux habitants sans glisser vers une surveillance généralisée. Protéger les riverains et les participants eux-mêmes, sans criminaliser indistinctement toute jeunesse festive. Dans ce rapport, le Sénat choisit la fermeté. Reste au Parlement à prouver que l’ordre public peut se défendre sans jamais perdre de vue les libertés publiques.

  • [Passerelle interculturelle] Valentin Debise, le pilote moto français qui fait vibrer la Chine

    [Passerelle interculturelle] Valentin Debise, le pilote moto français qui fait vibrer la Chine

    Ici, loin du bruit des circuits et de l’image spectaculaire que l’on se fait souvent d’un pilote moto, Valentin mène une vie simple et discrète. Et pourtant, à plusieurs milliers de kilomètres de là, en Chine, son nom circule de plus en plus sur les réseaux sociaux. À 34 ans, ce pilote français est devenu l’un des visages les plus suivis de la saison. Pourquoi ? Parce qu’il enchaîne les belles performances avec ZXMOTO, une marque chinoise encore peu connue du grand public français, mais qui commence à se faire une place sur la scène internationale.

    Valentin Debise n’est pourtant pas un nouveau venu. La moto l’accompagne depuis l’enfance. Valentin Debise m’a dit « Moi, je ne suis pas né avec un talent de pilote moto. J’étais même assez nul, c’est la vérité. Il m’a toujours fallu plus de temps que les autres pour comprendre les choses. Quand j’étais jeune, à l’école de moto, je voyais les autres y arriver facilement, et moi, je n’y arrivais pas. Mais finalement, c’est aussi ce qui m’a aidé dans ma carrière : j’ai toujours appris, même si j’ai mis plus de temps. »

    Son parcours touche particulièrement les internautes chinois. Beaucoup découvrent un pilote qui n’a jamais vraiment cessé d’y croire. Cette saison, Valentin Debise participe au Championnat du monde Supersport, l’une des catégories importantes de l’univers WorldSBK. Dans cette discipline, la réussite ne dépend jamais d’un seul homme. Il faut un pilote, une moto, une équipe, une stratégie, et surtout une vraie alchimie entre tous.

    Une manière très naturelle d’échanger avec les internautes

    Avec ZXMOTO et Evan Bros Racing, cette alchimie semble fonctionner. Ensemble, ils ont déjà signé plusieurs victoires cette saison. Mais en Chine, l’histoire dépasse vite le simple résultat sportif. Les fans commentent ses courses, bien sûr, mais aussi sa personnalité, sa simplicité, son humour, et sa manière très naturelle d’échanger avec les internautes chinois.

    Ce qui plaît, c’est peut-être justement ce contraste : un pilote discret dans les Pyrénées, encore relativement peu connu du grand public français, mais suivi avec passion par de nombreux fans chinois. Pour beaucoup, cette histoire raconte aussi autre chose : la rencontre entre un pilote français expérimenté, qui a longtemps attendu son moment, et une marque chinoise qui cherche à se faire une place dans un univers dominé depuis longtemps par les constructeurs européens et japonais.

    En septembre, le Championnat du monde Supersport fera étape en France, sur le circuit de Nevers Magny-Cours. Ce rendez-vous attirera sans doute encore plus d’attention autour de Valentin Debise. Pour la suite de la saison, on lui souhaite surtout de continuer à prendre du plaisir, comme il le dit lui-même : « Je vis ma passion. »

  • Éric et Clara, deux champions aux JO nomades d’Awalé

    Éric et Clara, deux champions aux JO nomades d’Awalé

    N’y aurait-il qu’un pas entre montagnes kirghizes et celles qui surplombent Gap ?

    Éric et Clara Socota, joueurs gapençais d’awalé, feront dans tous les cas le grand saut, pour représenter le drapeau tricolore lors des Jeux Olympiques Nomades au Kirghizistan. Ce rassemblement se déroule début septembre en Asie centrale, au bord d’un lac kirghize et réunira près de 90 pays autour d’épreuves nomades. Parmi elles, l’awalé, le célèbre jeu de plateau africain.

    De parties en tournois

    Alors que Clara n’a que 10 ans, ce jeu de plateau rentre dans leur quotidien. Offert en cadeau à Éric, l’awalé devient une passion commune entre père et fille. De parties en tournois locaux, la famille commence à s’entraîner sérieusement, jusqu’à participer au tournoi national de Cannes en 2014, puis à celui de Bilbao où Clara arrive première et devient championne européenne. « C’était un hasard qu’on nous offre ce jeu et qu’il y ait cette compétition à Gap. Au départ on voulait juste s’amuser, mais au fil des victoires on a participé à des compétitions de plus en plus importantes », retrace Eric. Puis, en 2024, ils sont repérés par les organisateurs des Jeux Olympiques Nomades du Kazakhstan. « C’est moi qui lui apprends qu’on part au Kazakhstan ! D’abord on n’y croit pas mais une fois qu’on s’assure que c’est une vraie proposition, c’est le rêve qui commence », évoque Clara émerveillée. Ils se retrouvent alors projetés sur la scène mondiale des jeux nomades, acclamés par plus de 30 000 spectateurs dans un immense stade… « Lors de la cérémonie d’ouverture, on est au milieu de 3000 athlètes, derrière un cheval qui nous ouvrait le chemin. On ne voyait même pas la fin du stade tellement c’était grand. On est quand même partis de Gap avec notre awalé qu’on découvrait et on se retrouve athlètes officiels à l’autre bout du monde, c’est quand même une histoire dingue ! »

    Une communauté

    Plus qu’un jeu, l’awalé est devenue une véritable communauté. De retour du Kazakhstan, Éric décide de lancer l’association Jeux Nomades France, « on peut faire un parallèle entre le jeu de l’awalé et le jeu de la vie. Ce jeu rassemble une communauté bienveillante qui transmet des valeurs ancestrales. À mon tour, j’ai voulu fonder cette association », explique-t-il.

    L’objectif est de populariser le jeu d’une part, mais aussi de former les futurs athlètes qui iront concourir lors des futures épreuves olympiques. C’est justement cette communauté que Clara apprécie : « Quand on fait des tournois, on revoit souvent les mêmes joueurs, on s’entraide, on étudie les techniques des autres ». Pour elle qui, contrairement à son père, joue à l’instinct, observer les autres participants lui permet de s’imprégner des stratégies afin d’améliorer sa propre technique, décrit-elle.

    Afin de consolider la communauté et de « perpétuer les valeurs de l’awalé », Éric Socota a lancé la journée mondiale de l’awalé. Un rendez-vous annuel tous les 24 juin pour célébrer un jeu ancestral, rassembler les personnes et s’entraîner ensemble. Les deux Gapençais n’en oublient pas pour autant leur objectif : repartir en septembre représenter la France au Kirghizistan, avec l’ambition cette fois de gravir les marches du podium.

  • [Entretien] Rima Abdul-Malak : « Ce n’est pas ChatGPT qui va faire des reportages dans le Sud-Liban »

    [Entretien] Rima Abdul-Malak : « Ce n’est pas ChatGPT qui va faire des reportages dans le Sud-Liban »

    La Marseillaise : Les défis liés
    à l’intelligence artificielle
    seront abordés lors de ce congrès. Comment appréhender ce que certains qualifient de «révolution» ?

    Rima Abdul-Malak : Ce n’est pas le cas en France grâce à notre législation sur les droits voisins mais ailleurs, quand on effectue une recherche sur Google, l’IA en fait le résumé. Ce qui signifie qu’on n’a plus la liste des articles sur lesquels on peut cliquer. Ces AI Overview [fonctionnalités intégrées au moteur de recherche Google Ndlr], drainent tout une part de trafic qui avant allait vers les articles de presse. Le New York Times a, par exemple, perdu 40% de son trafic en quelques mois. Ce phénomène touche l’ensemble des médias. Mais l’IA peut aussi être un outil, notamment sur les traductions qui nous prennent beaucoup de temps. Nous avons des projets de développement vers l’Amérique du Sud avec des produits spécifiques comme des newsletters, par exemple. L’IA sera un outil pour nous aider à aller plus vite, même s’il faudra toujours de la relecture et de vrais journalistes pour éditer. On essaie de voir les opportunités de l’IA et de se prémunir face aux menaces. Face à cette ère de l’intelligence artificielle, notre capital principal, c’est l’humain. Ce n’est pas ChatGPT qui va faire des reportages dans les villages du Sud-Liban pour décrire ce qui s’y passe.

    « L’Orient-Le Jour » est un média indépendant, ce qui est rare
    dans la région. Comment vous
    tenez financièrement et réussissez
    à vous développer
     ?

    R.A.-M. : On tient par le soutien de nos actionnaires qui compensent notre déficit même s’il n’est pas aussi énorme que d’autres médias ainsi que par quelques dons et mécènes. Mais les abonnements restent le pilier de notre modèle économique donc on ne peut pas se permettre de les perdre et on doit aller en chercher des nouveaux. Ce n’est pas pour autant qu’on va renoncer à nos projets de développement. Le pire face à l’IA, c’est d’être tétanisé, sidéré et de se recroqueviller sur un modèle ancien. Il faut au contraire innover, expérimenter, tester des nouvelles choses, quitte à se tromper mais en tout cas essayer.

    Votre journal est-il ciblé
    par des prédateurs ?

    R.A.-M. : Des prédateurs, non, mais on vit des pressions multiples parce qu’il y a toujours des articles qui ne plaisent pas à certains : partis politiques, chefs d’entreprise, etc. On peut avoir des procès, des intimidations, des menaces. On n’est pas très bien vu par le Hezbollah puisqu’on est très critique de son idéologie et de sa stratégie. Au début de la guerre, une cyberattaque menée par un groupe, les Fatimides, se revendiquant de la mouvance du Hezbollah, a ciblé la MTV (Murr Television), une grande télé libanaise. On s’est dit que ça pouvait nous arriver donc on a dû renforcer notre sécurité informatique. La situation de polarisation et de guerre qu’on vit nous oblige à être extrêmement vigilants et à redoubler tous les efforts de sécurité. Quand on a des journalistes qui se déplacent, par exemple dans le Sud-Liban, là, c’est la crainte, plutôt, d’être ciblés par Israël. Vingt et un professionnels de la presse locale ont été tués depuis deux ans et demi. On a toutes ces menaces et pressions cumulées mais on n’a pas eu de tentative de rachat ou d’OPA sur notre journal. Depuis 101 ans, on a un actionnariat divisé en quatre familles, ce qui donne à la fois une certaine diversité et une solidité. Leurs descendants, continuent, pour l’instant, à tenir très précieusement à ce média, espérons que ça dure. Ce qui fait notre différence, c’est qu’on n’est financé ni par des partis politiques ni par des monarchies du Golfe contrairement à tous les grands quotidiens autour de nous. La rédaction a une totale liberté.

    Comment informer dans un théâtre de guerre comme c’est le cas actuellement au Liban ?

    R.A.-M. : C’est aussi une guerre de l’information donc il y a énormément de manipulations, de désinformation, de récits alternatifs. Là aussi, l’IA est utilisée pour produire des fausses informations, de vidéos et de photos. On a dû renforcer dans la rédaction tout ce qui est fact-checking, vérification des sources, recouper toutes les informations, vérifier et analyser les vidéos amateurs qu’on reçoit avant de les publier. C’est l’intérêt de chaque protagoniste du conflit de produire des informations qui servent sa propagande.

    Ministre de la Culture, vous étiez l’une des rares à exprimer vos inquiétudes face à la montée de l’extrême droite notamment lors
    de la reprise du «
     JDD » par Vincent Bolloré. Quel est votre regard
    sur le paysage médiatique français
     ?

    R.A.-M. : Mes inquiétudes exprimées en 2022-2023 se confirment. Il n’y avait pas beaucoup de voix qui s’élevaient à l’époque, malheureusement. Est-ce que c’est trop tard ? Il n’est jamais trop tard mais il est un peu tard quand même. Ces médias, maisons d’édition, réseaux de distribution sont déjà aux mains de Vincent Bolloré et de ses entreprises. Mais il y a d’autres acteurs dans le paysage, littéraire, médiatique, audiovisuel, cinématographique, qui permettent de préserver un minimum de diversité. À cela s’ajoutent les aides du ministère de la Culture destinées à la presse, au cinéma, à l’édition. À un an de l’élection présidentielle, il faut faire de la pédagogie, expliquer à quoi servent ces aides, pourquoi il y a un audiovisuel public en France et que sa privatisation serait une énorme erreur économique, sociétale et culturelle. Ce n’est pas un sujet de droite ou de gauche mais de service public et de diversité de l’écosystème. Si jamais l’extrême droite arrive au pouvoir en France -ce que personnellement, je ne souhaite pas- le risque, c’est que tout cela soit coupé.

  • La stratégie de la CGT en débat lors de son 54e congrès

    La stratégie de la CGT en débat lors de son 54e congrès

    De notre envoyé spécial Amaury Baqué

    Pendant une semaine, Tours devient la capitale du syndicalisme à l’occasion du 54e congrès de la CGT.

    Du 1er au 5 juin, l’organisation syndicale va débattre de son bilan et définir sa stratégie pour les trois années à venir. « C’est un grand moment démocratique. On se réunit pour faire le point sur l’activité du mandat écoulé mais aussi pour discuter des orientations qu’on mettra en application », résume, ce dimanche au parc des expositions de Tours, Fabienne Rouchy, secrétaire confédérale. La CGT doit aussi élire sa future direction confédérale, incarnée actuellement par Sophie Binet, secrétaire générale qui a pris le relais de Philippe Martinez lors précédent congrès à Clermont-Ferrand en mars 2023. Si ce dernier avait été pour le moins houleux, ce nouveau temps crucial pour l’organisation s’annonce plus calme. « Il va être apaisé. Mais heureusement, la CGT avec 600 000 adhérents, n’est pas monolithique. L’objectif c’est de se renforcer et de se rassembler, de s’écouter et de dépasser les divergences », poursuit Fabienne Rouchy.

    Mais ce congrès n’en sera pas moins intense puisque l’objectif affiché est de faire face à plusieurs enjeux majeurs. « On porte des orientations fortes et on travaille sur ce qu’on va cibler comme combat. Je pense à la lutte contre les idées d’extrême droite, on a l’élection présidentielle qui se profile », développe Fabienne Rouchy, également membre de la commission chargée du document d’orientation. De plus de 80 pages, c’est ce dernier qui va être en débat lors de ce marathon syndical. Concrètement, les congressistes doivent se prononcer, amender et travailler sur 3 thèmes du document : « renforcer notre organisation », « peser syndicalement sur les transformations du travail » et « stratégie des luttes ». Au sein de ces thèmes, on retrouve des résolutions qui traitent d’organisation interne comme « doubler la tournée confédérale des saisonniers sur le mandat », jusqu’à la mise en place d’une « planification CGT pour poursuivre le travail sur l’interdépendance des filières […] comme cela a pu être fait jusqu’à la victoire pour la centrale de Gardanne ». Mais aussi des propositions sur le rôle politique et social de l’organisation.

    L’international au cœur

    de la démarche

    In fine, c’est la manière dont la CGT entend se développer et lutter contre la régression sociale qui va être déterminée lors du congrès. Par exemple, les congressistes doivent se positionner sur plusieurs revendications offensives : « campagne sur les 32 heures hebdomadaires sans perte de salaire » ou encore « travailler les moyens de coordonner des actions bloquantes sur l’économie ». Les sujets épineux qui avaient agité les débats lors du congrès précédent, comme le rapprochement avec la FSU, sont aussi au programme puisqu’il est proposé de « développer le lien avec la FSU à travers la “maison commune” ».

    De même que les questions internationalistes et le lien de la CGT avec les organisations CSI et CES (Confédération syndicale internationale et de la Confédération européenne des syndicats) plutôt que la FSM (Fédération syndicale mondiale) est aussi au menu. Car une large part des débats est dédiée à l’international, entre montée mondiale de l’extrême droite et « guerre commerciale ». Dès dimanche, l’organisation a mis les petits plats dans les grands avec un « meeting international pour la paix » qui a rassemblé des syndicalistes du monde entier : Palestine, Burkina Faso, Japon, Ukraine… Plus tôt, c’est l’économiste Gabriel Zucman qui était à la tribune pour évoquer sa taxe éponyme. De même que deux tables rondes se sont déroulées dimanche avec la participation de syndicalistes népalais, indiens, marocains, cubains ou encore égyptiens… De quoi mettre en jambes les congressistes avant le gros du morceau. Et notamment le vote du rapport d’activité, le mardi, qui permet de juger l’appréciation du bilan de la direction sortante.

    AU PROGRAMME

    Lundi. Accueil des délégués puis début du 54e congrès, avec un discours d’ouverture de Sophie Binet.

    Mardi. Débats et vote du rapport d’activité, puis temps fort sur la Palestine. Conclusion avec un « grand meeting international contre l’extrême droite ».

    Mercredi. Travail sur le document d’orientation avec débats et vote du thème 1 « renforcer notre organisation ». Puis vote du thème 2 « peser syndicalement sur les transformations du travail » avec un « temps fort féministe » entre les deux.

    Jeudi. Poursuite du travail avec le vote du thème 3 « stratégie des luttes ». Puis vote global du document et présentation et vote de la direction confédéral.

    Vendredi. Présentation de la nouvelle direction, avec discours du, ou de la, secrétaire général(e).

  • [Science] Le goût des mots se cultive tôt

    [Science] Le goût des mots se cultive tôt

    C’est le biais bien connu de la désirabilité sociale : la lecture étant valorisée socialement, quand on demande à un parent combien de temps lit son enfant, il a tendance à gonfler les chiffres. Plus de six heures par semaine en moyenne à l’école primaire, selon les questionnaires remplis pour les besoins d’une expérience au Laboratoire Parole et Langage (LPL), à Aix-en-Provence, avec le soutien du pôle Ampiric. Mais lorsque ce temps de lecture est chronométré avec une application développée au LPL, la moyenne tombe à peine plus de deux heures. « Ce temps de lecture chronométré prédit bien mieux les performances en lecture des enfants, ajoute Brice Brossette, ancien post-doctorant au LPL qui a mené l’étude publiée dans Plos One. Notre nouvel outil permet de mettre des chiffres sur l’impact de l’exposition à l’écrit sur le niveau de lecture. Cela manque car les sciences de l’éducation privilégient des approches qualitatives ».

    Cercle vertueux

    Avec des mesures plus précises du temps de lecture des enfants, les chercheurs aimeraient à l’avenir pouvoir observer des dynamiques. C’est-à-dire voir quand les enfants lisent – à quel moment de la journée ou de la semaine ? -, ce qu’ils lisent, quand ils s’arrêtent et sur quoi ils bloquent. « C’est impossible à voir avec des questionnaires, indique Brice Brossette. Cela permettra de proposer des adaptations personnalisées pour maintenir le goût de l’écrit chez les enfants ». L’idée n’est pas forcément de les contraindre à lire des livres s’ils n’ont pas envie ou n’y arrivent pas, mais peut-être de les orienter vers des bandes dessinées, de les lire avec eux, voire même simplement de faire un jeu maniant le vocabulaire, comme un Petit Bac.

    Cette étude était une première étape dans un projet plus vaste visant à développer une application mobile (Read@Home), avec le soutien de la SATT Sud-Est, pour aider les parents dans l’accompagnement à l’apprentissage de la lecture de leur enfant. « C’est un projet en cours. Nous sommes en train de recruter les familles », glisse Brice Brossette. Le but étant de maintenir dans la durée le cercle vertueux qui fait que plus on lit, plus on y arrive, plus on y prend du plaisir, et plus on lit.