Tag: France

  • Marchais, l’ouvrier devenu patron des communistes

    Marchais, l’ouvrier devenu patron des communistes

    Rien ne prédestinait ce fils d’agriculteurs, enfant de chœur, rêvant de devenir ouvrier, à être l’une des principales figure du communisme européen de la fin du XXe siècle. Accéder au poste de secrétaire général en 1972, ce n’était pas rien, du temps où le PCF, le plus puissant à gauche, très loin devant le PS revendiquait près d’un million de militants et avait la CGT dans sa poche. Il rendit possible le programme commun et la victoire de l’union de la gauche aux municipales de 1977 et ensuite en 1981.

    « Georges » à la stature imposante et au large sourire était un séducteur avec un côté foncièrement attachant pour l’avoir rencontré en août 1985 à Moscou lors du festival mondial des jeunes et des étudiants. Il avait aussi le cuir épais et il le fallait car, réquisitionné à 22 ans pour aller travailler au STO en Allemagne en 1942 ce lui fût reproché « de façon dégueulasse » par ses adversaires quarante ans plus tard comme si cela faisait du jeune Marchais victime des lois scélérates de Vichy un collabo ! Reproches lui furent fait aussi de se rapprocher du « grand frère » soviétique, allant jusqu’à juger son bilan « globalement positif » et justifier l’invasion de l’Afghanistan.

    Au final, il était un homme tout aussi charismatique que passionnant, tout en nuances, un dirigeant politique bien plus complexe qu’il n’y paraissait. Sincère et loyal dans ses combats, celui qui fut ouvrier ajusteur et qui défendait l’idée que le pouvoir ne devait pas appartenir à ceux qui se prétendent faits pour l’exercer. Ce que l’on sait moins c’est que cultivé, il était notamment fou de jazz, qu’il ne se lassait d’écouter et sur lequel il était intarissable.

    Et puis dans les années 70 les médias ne concevaient pas un débat politique sans lui et son sens de ce que l’on appelle aujourd’hui « la punchline ». Il avait le sens du spectacle et ses joutes avec les journalistes politiques restent gravées dans les mémoires notamment en 1980 alors en vacances lorsqu’il déclare à l’antenne : « J’ai dit à ma femme, François Mitterrand a décidé d’abandonner le programme commun, Liliane fait les valises, on rentre à Paris. »

  • Missions locales : aides, écoute, suivi… c’est « important » pour la jeunesse

    Missions locales : aides, écoute, suivi… c’est « important » pour la jeunesse

    Entre le moment où Léna, 24 ans, sonne pour monter à la mission locale du Vieux-Port, et celui où la porte s’ouvre, quatre autres jeunes l’ont déjà rejoint et attendent aussi de monter. Ce lundi, ils sont plusieurs dizaines, âgés de 16 à 25 ans, à passer la porte du 19 rue Vacon à Marseille (1er) pour se faire accompagner dans la recherche de travail, de logement ou pour trouver une écoute.

    Une bonne partie de ceux présents viennent pour leur premier rendez-vous. C’est le cas de Léna qui vient surtout pour avoir accès à des aides. « J’ai fait un service civique et j’ai rompu un contrat saisonnier. Comme je n’ai pas 25 ans, je n’ai le droit ni au RSA ni au chômage. ça fait un mois et demi que je n’ai plus de revenu, c’est très compliqué », confie-t-elle. Les aides apportées par la mission locale, sont « importantes pour moi », assure-t-elle. Si les missions locales permettent d’avoir accès à des aides financières avec le contrat d’engagement jeune (CEJ), elles assurent avant tout un suivi personnalisé pour des jeunes qui n’ont pas forcément de réseau familial ou professionnel. C’est le cas de Genta, 19 ans, réfugié en France depuis quelques mois. « J’habite seul et j’avais besoin d’aide pour trouver des formations et des stages. » Redirigé vers la mission locale par son assistance sociale, le jeune homme espère trouver une formation dans la couture grâce aux conseillers de la structure. Aurore, arrivée il y a un mois à Marseille, y cherche quant à elle de l’aide pour trouver un logement. Car l’accompagnement proposé ne se limite pas à la recherche d’emploi mais englobe l’accès « à la santé, au logement, aux droits, à la citoyenneté et à la mobilité », indique le site du ministère du Travail et des solidarités.

    Aide psychologique

    Keyra, 22 ans, vient elle depuis un an. Elle a trouvé entre ces murs une oreille attentive à ses problèmes. « Quand j’ai commencé, je n’étais pas très assidue. Mais mes conseillères m’ont poussée à revenir, se rappelle la jeune femme. Elles ont été très à l’écoute. Au lieu de me fermer les portes, elles ont essayé de me comprendre. » La jeune fille, qui est suivie par un psychiatre, a pu trouver une réponse appropriée au sein de l’institution. « On m’a conseillé des structures plus adaptées à mes soucis. Mes conseillères m’aident beaucoup sur le plan psychologique plutôt qu’à chercher du travail », explique-t-elle. Un psychologue est d’ailleurs présent au sein de la mission locale pour les bénéficiaires du CEJ. Un accompagnement personnalisé et complet qui risque d’être dégradé par la baisse du budget et du nombre d’employés, alors que les jeunes en difficulté ne cessent d’être de plus en plus nombreux, chaque année.

  • « Investir » pour la jeunesse

    « Investir » pour la jeunesse

    Dans le « musée des horreurs » du projet de loi de finances 2026, en débat à l’Assemblée nationale, la baisse de l’engagement de l’État dans les missions locales tient une place de choix car c’est l’avenir d’une grande partie de la jeunesse qui y est une nouvelle fois traitée par le mépris. Alors que le chômage des 16-24 ans atteignait 19,2% au premier trimestre, c’est en toute conscience que le projet de budget contient un recul de 13% des crédits de l’État aux missions locales qui viennent s’ajouter au recul des financements des collectivités locales.

    Vent debout

    Côté État, les financements étaient déjà en berne en 2025 (moins 6,8%) et, en 2024, le financement du Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (PCAEA) a été divisé par deux avec une baisse de 5% des crédits de paiement. C’est-à-dire l’argent sonnant et trébuchant qui permet concrètement aux 430 missions locales du pays de mener leur mission auprès des jeunes de 16 à 25 ans. Vent debout, l’Union nationale des missions locales appelle à la mobilisation ce mardi. Leur légitime inquiétude et leur appel à bloquer un tel projet ont déjà payé, partiellement, auprès de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Le 9 novembre, les députés qui la composent ont limité la casse en adoptant un amendement pour rétablir les crédits de 2025. C’est un minimum mais qui ne sera pas au niveau des nouveaux besoins tant le nombre de jeunes venant taper aux portes des missions locales est en hausse. Un budget devrait « investir » pour la jeunesse. Pour l’heure, la Nation lui tourne le dos.

  • [Entretien] Aram Karim : « Documenter le Kurdistan d’avant les accords Sykes-Picot »

    [Entretien] Aram Karim : « Documenter le Kurdistan d’avant les accords Sykes-Picot »

    La Marseillaise : Vous avez exhumé des documents du début du XXe siècle aux archives de La Courneuve à propos du Moyen-Orient. En quoi sont-ils précieux ?

    Aram Karim : La France est une grande maison pleine de patrimoine archivistique précieux. L’importance de posséder ces documents et écrits que nous avons numérisés réside dans le fait qu’ils racontent l’histoire de manière scientifique dont nous pouvons tirer des leçons, car certaines pièces sont antérieures aux accords Sykes-Picot qui découpent le Moyen-Orient selon des frontières qui ignorent le Kurdistan.

    Nous avons découvert que parmi ces document se trouvaient des cartes contenant les informations les plus précises et scientifiquement détaillées de la période, alors que la démographie de toute la région était en train de changer. Encore aujourd’hui nous ne connaissons pas bien, en termes d’informations géographiques, une nation comme le Kurdistan et nous ne savons pas comment étaient les données démographiques de cette nation ! J’ai donc approfondi mes recherches dans les documents et les écrits de La Courneuve. J’ai découvert des informations méconnues qui renvoient à un siècle en arrière.

    Pourtant, leurs auteurs tournent vers l’avenir tout en retraçant les frontières du Kurdistan et leurs transformations – de la région du Caucase jusqu’à Mossoul et Kermanshah – comme le montrent certaines cartes, dont quelques-unes n’avaient jamais été publiées auparavant. La fatigue que ce travail provoque devient finalement une source de plaisir, car elle permet d’attirer l’attention des historiens et des lecteurs.

    Alors qu’un processus de paix est engagé à l’initiative d’Abdullah Öcalan, pourquoi est-ce important d’éclairer le présent par le passé ?

    A.K. : Dans le cadre de l’appel lancé par le leader Abdullah Öcalan le 27 février et du 12e congrès du PKK tenu du 5 au 7 mars, une nouvelle déclaration historique a été publiée le 26 octobre, annonçant le retrait des forces armées du PKK vers les monts Qandil.

    Cette décision s’inscrit clairement dans la continuité de l’appel d’Öcalan. En réalité, cet appel s’enracine dans une histoire ancienne de la pensée d’Öcalan : depuis près de cinquante ans, il plaide pour une résolution pacifique et la construction d’une société démocratique. Dans ses écrits, notamment dans son Manifeste pour la libération démocratique ou dans l’ouvrage intitulé De l’État sumérien des prêtres à la société démocratique, Öcalan souligne depuis le début du mouvement révolutionnaire la nécessité de résoudre les problèmes par le dialogue, d’instaurer la paix et de faire progresser la démocratie sociale.

    Cependant, l’État turc a toujours répondu à ces appels par des accusations et des conflits internes. En 1991, sous la médiation de Jalal Talabani, une rencontre a eu lieu entre le gouvernement turc et Turgut Özal pour discuter d’une possible solution politique. Mais ce processus a rapidement échoué : Özal a été assassiné, la guerre interne au Kurdistan s’est intensifiée, jusqu’à la capture d’Öcalan et son transfert dans la prison d’Imrali. Durant les 26 années d’emprisonnement d’Öcalan, le projet de reconstruction nationale kurde s’est structuré à travers l’enseignement, la participation au Parlement turc et la figure de Selahattin Demirtas, lui aussi détenu depuis plusieurs années. En outre, la pensée d’Öcalan a donné naissance à de nombreuses organisations culturelles et à la révolution « femme-vie-liberté ». Il a sans cesse pris position pour les droits des femmes, la culture, l’émancipation, l’éducation et un journalisme éclairés et démocratiques, ainsi que pour des médias libres.

    Malheureusement, plusieurs de nos journalistes ont été assassinés et beaucoup d’autres sont en prison. L’État turc doit avancer sérieusement, ne pas nous laisser dans l’attente, et cesser d’imputer au PKK l’étiquette de « terrorisme ». La communauté internationale devrait, de la même manière, mettre fin à cette accusation de terrorisme.

    Envisagez-vous de poursuivre
    vos recherches sous la forme
    d’un documentaire
     ?

    A.K. : Ce serait un rêve qui deviendrait réalité. J’adorerais réaliser un film documentaire et j’aimerais beaucoup avoir de l’aide et du soutien pour y parvenir.

  • « Cette COP va acter l’échec de l’accord de Paris »

    « Cette COP va acter l’échec de l’accord de Paris »

    La Marseillaise : Cette COP s’ouvre dix ans après les accords de Paris, prévoyant de limiter le réchauffement climatique sous la barre de +1,5°C d’ici 2100. Dix ans plus tard, ces objectifs ne sont pas atteints et le dérèglement climatique s’accélère…

    Alix Roumagnac : Effectivement, le dérèglement s’est mis en place, il ne faut plus parler au futur. On a eu le tort, peut-être il y a 10 ans, de parler de 2050, 2100, sans se rendre compte que les conséquences étaient déjà là. Les récents événements climatiques, que ce soit l’ouragan Melissa en Jamaïque ou le super typhon aux Philippines, en attestent. Ça va être un des aspects de la discussion de cette COP. Aujourd’hui ce sont les pays qui ne sont pas les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, comme la Jamaïque, les Philippines, qui en subissent les conséquences.

    Les objectifs de Paris sont-ils toujours atteignables ?

    A. R. : Je pense que cette COP va acter l’échec de ces objectifs et tenter d’en établir de nouveaux. On s’est déjà rapproché des +1,5°C, donc on sait qu’on ne va pas pouvoir les obtenir. Malgré l’échec, la trajectoire, qui se situait, il y a 10 ans, aux alentours de +4 °C à la fin du siècle, a été un peu modifiée. Un certain nombre de pays ont mis en place des actions et désormais, on est à +2,8°C ou +3°C à la fin du siècle. Ce n’est pas suffisant, mais on voit que ces COP, malgré toutes les difficultés que l’on connaît, ont quand même un effet. Toute la difficulté de cette nouvelle conférence va être comment bâtir quelque chose avec l’absence des États-Unis, un des principaux pollueurs et principaux émetteurs.

    Justement, l’absence des États-Unis ne risque pas de compromettre le moindre accord ?

    A. R. : Les États-Unis entraînent derrière eux un certain nombre d’États, soit des états de connivence doctrinale comme l’Argentine, qui suivent cette position et profitent de l’occasion pour ne plus avoir à faire d’efforts, soit certains qui ne veulent plus faire d’efforts car le principal pollueur n’en fait pas. C’est toute la difficulté de cette COP, que ce soit en termes d’atténuation comme en termes de compensation. Quand on parle des fonds à mettre en place pour compenser les pays qui subissent les conséquences du réchauffement, il est clair que les États-Unis ne voudront pas participer à cette compensation, et ça rend les choses compliquées. Que peut faire la communauté internationale dans cette situation ? Les pays européens ont dévoilé leur nouvelle feuille de route cinq jours avant le démarrage de la COP. Ce qu’on peut espérer, c’est la reprise du leadership européen pour essayer de donner une dynamique dans cette période un peu particulière.

    Un autre enjeu de cette COP est de sortir des énergies fossiles, mais ne faudrait-il pas envisager une baisse de la consommation ?

    A. R. : Ça va être une complexité supplémentaire. La baisse des énergies fossiles, paradoxalement, c’est la COP28 à Dubaï qui avait réussi à faire un petit pas en avant sur ce sujet. Là, le Brésil est quand même un pays producteur de pétrole. Il a encore récemment donné des nouvelles autorisations de licence pour du forage pétrolier. Donc on sent que cette COP ne fera certainement pas d’avancée supplémentaire sur la sortie des énergies fossiles. Ce sera plus certainement un sujet sur la préservation des forêts. La sortie des énergies fossiles est une chose mais on sait que le seul élément qui va permettre d’inverser la tendance, c’est une modification forte dans nos modes de consommation, quel type de croissance on peut avoir pour justement diminuer nos consommations. Et on voit malheureusement qu’aujourd’hui les intérêts particuliers de chaque pays et le développement économique prennent le pas de manière très forte sur l’intérêt général de la planète. C’est vrai aux États-Unis, mais c’est vrai partout dans le monde. En France, ces dernières années, les débats portent sur la limitation de la dette, l’augmentation du pouvoir d’achat mais la transition écologique est passée très en retrait de toutes les préoccupations que ce soit des politiques ou des citoyens. Pourtant, il y a trois, quatre ans, après le Covid, on observait une conscience écologique chez les citoyens avec des petites avancées. Là, on observe plutôt un recul de cette problématique.

    Ce recul sur l’environnement ne risque-t-il pas d’engendrer un sentiment de démobilisation, de résignation chez les citoyens ?

    A. R. : C’est complexe. Il y a une grande volonté aux COP – j’étais présent à la COP27, à la COP28. Le sujet, c’est plus d’arriver à convaincre l’opinion publique de l’intérêt de faire des petits pas. Ce combat doit être le résultat de petits efforts de chacun tous les jours. Le problème c’est qu’on a parfois des positions trop extrémistes. Selon le palmarès international des efforts des États en matière climatique de 250NOW, les premiers classés sont les pays scandinaves, la Suisse, le Luxembourg, et la France arrive septième. Sans aucune surprise, les derniers pays de l’OCDE sont les États-Unis, le Canada, l’Australie. Pourtant, en France, on a plutôt un sentiment général qu’on ne fait pas assez d’efforts. Et certaines associations mettent la France au tribunal alors qu’elle fait partie des leaders mondiaux à montrer l’exemple. Cette mise en cause peut affaiblir la voix de la France. Je pense que c’est un sujet qui devrait rassembler au-delà des oppositions. C’est un sujet prioritaire mondialement, la dette écologique est beaucoup plus grave que la dette financière. Aujourd’hui, on n’a pas de partis, de gens qui arrivent à se positionner sur ce sujet de manière suffisamment forte pour créer cette dynamique.

    Cette politique de petits efforts est menée par certaines associations et municipalités. Mais cette légende du colibri, popularisée par Pierre Rabhi, est-elle efficace ?

    A. R. : Oui, je crois beaucoup justement à l’effet colibri sur plusieurs sujets. C’est vraiment un marathon qu’on a à faire pour arriver à gagner cette bataille pour le climat. Et on n’a jamais gagné un marathon en partant en sprint. C’est une course de fond, un enchaînement. Un premier petit geste va donner envie le lendemain d’en faire un deuxième ou d’en faire plus. Et c’est vrai au niveau du citoyen, au niveau de la collectivité, de l’entreprise, de l’État. C’est cette dynamique générale qu’il faut générer.

    Propos recueillis par Louis Dupin

    « Les intérêts particuliers des pays prennent le pas sur l’intérêt général
    de la planète »

    « Nous avons besoin de solutions (…). Nous devons aller beaucoup plus vite »

  • Une soirée pour financer les IVG hors délais

    Une soirée pour financer les IVG hors délais

    Passé trois mois et demi de grossesse, les Françaises sont obligées d’avorter à l’étranger. Des déplacements qui entraînent des coûts de transport et d’hébergement que toutes les femmes ne peuvent pas se permettre.

    C’est pour aider ces femmes, que le Planning familial 13 organise une journée de soutien pour les avortements hors délais, ce samedi de 16h à minuit, à la Dar. La journée débutera avec la projection d’un documentaire puis de spots de prévention, avant un échange avec des bénévoles. Un goûter à prix libre et un stand de prévention seront également mis en place. à partir de 20h et jusqu’à minuit, des DJ sets sont prévus. Tous les revenus de cette journée seront reversés à la caisse de solidarité IVG du Planning familial 13.

    En France, les interruptions volontaires de grossesses sont limitées à 16 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire sans règles. Pour les femmes ayant dépassé ce délai, pour diverses raisons, il faut donc se rendre en Espagne ou aux Pays-Bas, où les délais sont plus longs, respectivement 22 et 24 semaines. Pour les Marseillaises, l’Espagne est l’option privilégiée car plus proche, mais les frais peuvent aller de 700 à 2 200 euros.

    « Nous recevons au planning beaucoup de femmes qui n’ont pas les moyens de s’offrir cela entièrement. Nous les aidons à réunir cette somme grâce à cette caisse de solidarité », explique Laurence Buffet, directrice du Planning familial. Depuis 2025, deux personnes ont déjà sollicité cette caisse, dans les Bouches-du-Rhône.

  • Le souvenir indélébile du 13 novembre 2015

    Le souvenir indélébile du 13 novembre 2015

    Il y a 10 ans, la France est victime du plus important attentat terroriste de son histoire. Le 13 novembre 2015, 130 personnes sont mortes dans plusieurs attaques simultanées revendiquées par l’organisation état Islamique. Mais, si le temps referme les plaies, les cicatrices sont toujours visibles. à Paris et dans d’autres villes en France, des commémorations s’organisent, en hommage aux victimes et en soutien aux survivants.

    Tout commence par une détonation, entendue en direct lors du match France-Allemagne, le 13 novembre 2015 à 21h16, au Stade de France. Puis, une deuxième quelques minutes après. Ce que le public du match ignore encore, c’est que ce sont deux terroristes qui, ayant échoué à pénétrer à l’intérieur du stade, se sont fait exploser devant l’enceinte. Un troisième islamiste se fait exploser une demi-heure plus tard. Le coup d’envoi d’une nuit macabre.

    Dix minutes plus tard, c’est en plein cœur de Paris que trois autres terroristes ouvrent le feu. Ils visent des terrasses de café, bar ou restaurant dans les quartiers animés des 10e et 11e arrondissement de Paris, tuant 39 personnes. À 21h40, le dernier commando, composé de trois terroristes, pénètre le Bataclan, où se déroule un concert, en tirant dans la foule. Jusqu’à 00h58, le public vit un calvaire dans l’enceinte de cette salle de spectacle parisienne. 90 personnes perdent la vie dans cette attaque commanditée par l’état Islamique. Une soirée de chaos qui laisse de nombreux traumatismes aux rescapés : deux se sont suicidé plusieurs années après, faisant monter le nombre de victimes de ces attaques à 132 morts.

    Des commémorations partout en France

    Une nuit macabre qui a marqué la France entière, par son bilan meurtrier et la multitude des attaques. Une décennie plus tard, la France se recueille et rend hommage à toutes ses victimes. Des commémorations qui ont débuté ce week-end, avec de nombreuses bougies, mots ou fleurs déposées aux pieds de la statue de la place de la République, à Paris. Ce jeudi, le président de la République visitera chaque lieu visé lors de ces attaques, en commençant par le Stade de France à Saint-Denis, puis les bars attaqués et enfin le Bataclan. Des minutes de silence seront observées devant chaque plaque commémorative.

    à 18h, une cérémonie d’hommage aura lieu dans le nouveau jardin du souvenir pour les victimes du 13 novembre 2015, inauguré le jour même à Paris et retransmis en direct sur France 2. Plusieurs discours sont attendus, dont celui d’Emmanuel Macron, mais également de Philippe Duperron et Arthur Dénouveaux, respectivement présidents des associations 13onze15 et Life for Paris. Nombre d’autres villes se joignent à cet hommage national comme Martigues, Avignon ou Aix.

    Justice restaurative

    pour les terroristes ?

    Quelques jours avant cette journée, le dernier terroriste de ces attentats en vie, Salah Abdeslam, condamné à la perpétuité incompressible, a annoncé, par le biais de son avocate Me Olivia Ronen, lors d’une interview à France info, vouloir rencontrer et échanger avec les familles des victimes. Sur X, le président de l’association de victimes Life for Paris, répond à cette proposition : « La justice restaurative, plusieurs victimes des attentats s’y intéressent. » Le directeur de Charlie Hebdo, Riss, dénonce quant à lui une technique perverse du terroriste pour faire de ces attaques des crimes comme les autres. Lundi, la directrice générale de la sécurité intérieure Céline Berthon a affirmé que Salah Abdeslam, toujours « radicalisé ».

    Introduite en 2014 par la loi Taubira, la justice restaurative n’a encore jamais été expérimentée en France dans le cadre d’attaques terroristes. Elle permet à des auteurs de crime ou de délit, qui reconnaissent les faits et qui sont volontaires, de rencontrer leurs victimes ou celles d’autres affaires similaires, pour « trouver l’apaisement par le dialogue », précise le site du ministère de la Justice.

    Les rendez-vous

    Avignon

    À 18h, la municipalité organise sur le parvis de l’hôtel de ville un rassemblement où ceux qui le désirent pourront déposer une bougie.

    Aix-en-Provence

    La mairie organise une minute de silence à 12h sur la place de l’hôtel de ville, pour les victimes.

    Martigues

    La Ville organise un rassemblement à 17h30 dans le hall de l’hôtel de ville pour s’unir aux hommages nationaux.

    Marseille

    Martine Vassal, présidente (DVD) du Département et de la Métropole, rendra hommage aux victimes sur le parvis de la gare Saint Charles, à 14h15.

  • Tenir bon

    Tenir bon

    10 ans après les attentats du 13 novembre 2015, comment va la société française ?

    Elle est toujours debout, mais force est de constater qu’un venin à action lente fait son chemin en elle.

    Le repli sur soi, l’extrémisme, la suspicion, la haine progressent dans les têtes et dans les faits. C’est le but que recherchaient les terroristes islamistes. Une polarisation de la société sur les questions identitaires.

    Les fascismes se nourrissent, ils se renforcent

    Au lendemain du 13 novembre 2015, nous écrivions : « Oui, décidément les fascismes d’aujourd’hui, au crâne rasé ou au visage barbu, ne sont pas antagonistes. Ils se nourrissent, ils se répondent, ils se renforcent l’un l’autre. Face à cet étau qui menace la société française et le monde dans son ensemble, il y a urgence à résister. Résister à la peur comme à la haine. Tenir bon. Le peuple français a de la ressource, il l’a montré en janvier. Il a la force de décréter l’état d’intransigeance. Intransigeance face aux terroristes, intransigeance face aux semeurs de divisions de tous bords, intransigeance face aux tentations liberticides. »

    Des mots qui n’ont malheureusement pas pris une ride.

    Dans notre République affaiblie, à bout de souffle, les repères s’estompent, les boussoles s’affolent.

    Il est toujours temps de dire non à tous ceux qui veulent nous prendre la liberté, l’égalité et la fraternité. Il est toujours temps de rejeter les assignations identitaires. Il est toujours temps de construire la vie et l’avenir. Ensemble.

  • [Entretien] Benjamin Stora : « La crise diplomatique la plus forte depuis 1962 »

    [Entretien] Benjamin Stora : « La crise diplomatique la plus forte depuis 1962 »

    La Marseillaise : Dans quel cadre s’inscrivent les rencontres auxquelles vous participez à Marseille ?

    Benjamin Stora : Ces rencontres sont organisées par la partie française de la commission mixte des historiens français et algériens. Depuis sa mise en place en 2022, elle s’est réunie cinq fois. Puis, ses travaux se sont interrompus à cause de la crise diplomatique et politique actuelle. Le travail mémoriel de cette commission en a été la première victime, d’où l’intérêt d’essayer de maintenir un lien. L’idée est de faire le point sur l’état des travaux. Il y a quand même des historiens algériens qui sont invités, pas au nom de la commission mixte, mais à titre personnel.

    À Marseille, beaucoup gardent en mémoire la vague de crimes racistes qui avaient touché la ville en 1973 et 1974, avec pour point d’orgue, l’attentat contre le consulat d’Algérie, alors établi rue Dieudé. Une crise diplomatique s’en était suivie. Celle que l’on connaît actuellement a-t-elle dépassé son intensité ?

    B.S. : J’ai déjà évoqué les épisodes dont vous parlez dans la bande dessinée Les Algériens en France [signée avec l’illustrateur Nicolas Le Scanff et sortie en 2024 aux éditions la Découverte, Ndlr]. Mais à cette époque, il n’y avait pas eu de rappels d’ambassadeurs réciproques entre la France et l’Algérie. Or aujourd’hui, et depuis un an et demi, il n’y a plus d’ambassadeur de France en Algérie, ni d’ambassadeur d’Algérie en France. La crise diplomatique actuelle est la plus forte que l’on ait connue depuis 1962 et l’indépendance de l’Algérie.

    Plusieurs facteurs l’expliquent, parmi lesquels le récent vote de proposition de résolution portée par le RN à l’Assemblée nationale, qui remet en cause les accords de 1968. Qu’est-ce que ce vote dit de l’état du pays selon vous ?

    B.S. : Cette dernière résolution en date est très symptomatique de la dégradation, non seulement des rapports existants, mais aussi des points de vue relatifs à cette histoire générale. Les accords de 1968 avaient été prévus pour réguler le flux entre la France et l’Algérie car, suite aux accords d’Evian, il y avait une circulation libre entre les deux pays pour permettre, à la fois aux Européens d’Algérie qui sont venus nombreux après 1962, et aussi aux travailleurs algériens qui ont continué leur migration, de pouvoir venir au moment où le pays connaissait les Trente glorieuses : c’est-à-dire l’expansion économique de la France. Le pays avait besoin de bras à cette époque. Les accords de 1968 visaient à réguler ce flux en accordant une compensation aux Algériens qui n’avaient pas choisi la nationalité française : une compensation avec la carte de résidence de 10 ans et la possibilité de la migration familiale. C’étaient les conditions fixées à cette époque. Mais entre-temps, il y a eu toute une série de mesures qui ont été prises en France et qui ont restreint considérablement le champ d’application des accords de 1968. D’abord, la fermeture des frontières décidée en 1974 par Giscard d’Estaing, puis l’instauration en 1986 d’un visa pour les pays du Maghreb en général. Un durcissement des conditions d’entrée. Ensuite, il y a eu une révision de ces fameux accords par des décrets en 1993 et 94, de sorte à ce que ces accords de 1968 soient progressivement vidés de leur substance. Néanmoins, l’extrême droite française a pris cet aspect et cette question pour en faire une arme de bataille contre l’immigration algérienne en France. On n’avait pas parlé de cette histoire depuis longtemps. Et voilà que depuis quelques années, nous sommes dans une situation où les Algériens sont désignés comme étant une sorte d’ennemi principal, de l’intérieur. Le fait de dénoncer les accords de 1968 est une façon de livrer les Algériens à l’opinion publique française.

    La droite dite « républicaine » s’adonne également à ces manœuvres nauséabondes…

    B.S. : La droite traditionnelle s’est radicalisée depuis plusieurs années maintenant. Pour une partie, elle a jeté l’héritage du gaullisme qui était quand même celui de la décolonisation, pour passer sur le rivage de l’extrême droite qui, elle, était foncièrement anti-gaulliste. Il ne faut pas oublier qu’elle a voulu assassiner en 1961 et 62 le général de Gaulle. Une partie de la droite républicaine a abandonné cet héritage par souci électoraliste, peut-être, pour se joindre à cette volonté de désignation des seuls Algériens, coupables selon eux de toute une série de méfaits liés à beaucoup de stéréotypes racistes dont je ne vais pas faire l’inventaire.

    Outre la droitisation extrême de la société française, la crise diplomatique a aussi été exaltée par le soutien de la France au plan marocain sur le Sahara occidental…

    B.S. : La dégradation de ces relations est antérieure à cette histoire d’ambassadeurs. Lorsque j’avais remis mon rapport au président de la République en 2021, j’avais eu droit à des attaques très dures venant de la droite française avec des pétitions, et même des expositions contre ce rapport : de Louis Aliot à Perpignan, de Valérie Boyer avec pétition chez les LR contre le rapport, des fils et femmes de harkis avaient aussi fait pétition contre l’entrée de Gisèle Halimi au panthéon, une stèle de l’émir Abd-el Kader avait été vandalisée à Amboise… L’une des préconisations de mon rapport consistait aussi à poser des stèles pour commémorer les massacres du 17 octobre 1961 à Paris. Un climat de refus s’était déjà exprimé, notamment de la part de la droite et de l’extrême droite qui ne voulaient pas toucher au plan mémoriel, tout cela au nom du refus de ce qu’ils appellent la « repentance » : c’est-à-dire le refus de regarder en face ce passé colonial. Sauf que notre travail n’était pas un discours de repentance mais une série de mesures et actes symboliques, comme la réhabilitation de Maurice Audin assassiné en 1957. Bien avant 2024, il y avait une effervescence politique et idéologique forte d’opposition à l’établissement de relations entre l’Algérie et la France à travers, à la fois, la position française sur le Sahara occidental, mais aussi le refus des OQTF que l’Algérie ne voulait pas reprendre.

    Macron n’est-il pas le premier responsable de cette crise diplomatique, lui qui s’est volontairement laissé déborder par sa droite la plus extrême ? Hormis de timides pas comme la reconnaissance de l’assassinat par l’armée française de militants pour l’indépendance de l’Algérie comme Larbi Ben M’hidi ou Maurice Audin, le chef de l’État n’est-il pas un gardien de plus de l’imaginaire colonial français ?

    B.S. : On ne peut absolument pas dire cela car aucun chef d’État français n’est allé aussi loin que lui dans la mise en œuvre de préconisations mémorielles. Ce que l’on peut déplorer, c’est que le travail s’est interrompu car il n’y a eu ensuite pas de volontarisme dans la poursuite de cette tâche, coté Français. Mais les recommandations concernant Larbi Ben M’hidi, Ali Boumendjel, Maurice Audin, l’ouverture des archives, la réunion d’une commission sur les essais nucléaires, l’érection d’une stèle d’Abd-el Kader à Amboise, la participation du chef de l’État à la commémoration du 17 octobre 1961… Après, on ne peut pas régler le problème de 132 ans de colonisation française en Algérie, simplement par des mesures qui démarrent un processus. Le gros problème, c’est son interruption. L’objectif était pour moi de faire en sorte qu’elles soient inscrites dans les manuels scolaires en France. Ma préoccupation, c’est que toutes ces mesures prises risquent d’être détricotées par une extrême droite qui peut arriver au pouvoir dans deux ans. Mon problème est de faire en sorte que le démarrage de ce travail mémoriel ne soit pas détruit.

    « Un second souffle à un dialogue rompu »

    Dans le petit monde du Quai d’Orsay comme dans les cercles d’historiens, le constat ne fait pas de doutes : la crise diplomatique franco-algérienne actuelle est la plus aiguë jamais connue depuis 1962 et l’indépendance de l’Algérie. Portée par le RN, soutenue par ses affidés de la droite et votée à l’Assemblée nationale la semaine dernière, la proposition de résolution décriant les accords migratoires de 1968 a exalté un ressentiment colonial et raciste plus que jamais à l’œuvre dans l’Hexagone. Avec le soutien de la France au plan marocain sur le Sahara occidental, l’une des causes de cette crise diplomatique qui a également interrompu le travail d’une commission mixte d’historiens algériens et français, annoncée en 2022 par les chefs des deux États sismographes. Pour regarder le passé colonial en face. Certains de ces historiens se réunissent du 12 au 14 novembre à Marseille pour poursuivre tant bien que mal leurs travaux et tenter de redonner un second souffle à un dialogue rompu. Au prix de la seule chose qui vaille : des débats qui s’appuient sur les réalités de l’histoire et des préconisations pour apaiser une mémoire sans cesse bafouée.

  • Un dialogue à nourrir

    Un dialogue à nourrir

    Lors de la séance d’ouverture de la nouvelle législature en juin 2022, le doyen de l’Assemblée nationale, le député d’Allauch d’extrême droite, José Gonzalez, avait fait l’apologie de l’Algérie française, en mettant en scène son déracinement…

    Trois ans plus tard,
    son groupe politique,
    le Rassemblement national, a réussi à faire voter d’une courte voix -pour la première fois dans l’histoire- un texte non contraignant remettant en cause l’accord franco-algérien de 1968. Avec le soutien des groupes de droite…

    à qui profite la crise actuelle entre l’Algérie et la France ?

    Des rapports pacifiés

    La réponse est là, sous nos yeux. Aux tenants de la haine et de la rancune tenace, qui font de chaque Algérien un ennemi. Comme l’OAS en son temps. Cette crise ne date pas d’hier, rappelle à juste titre l’historien Benjamin Stora. Du soutien au Maroc sur la question hautement clivante du Sahara occidental, aux arrestations d’influenceurs dont l’Algérie a refusé l’expulsion, jusqu’aux emprisonnements de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes, chacun des deux pays enveniment la situation à outrance, au point de laisser les portes grandes ouvertes aux extrêmes. Et la mise entre parenthèses des travaux d’historiens des deux rives est très préoccupante pour les partisans de rapports pacifiés entre les deux pays.

    Il y a pourtant une mémoire à nourrir, une histoire commune à écrire, un dialogue à faire fructifier. Mais faut-il vouloir la paix.