Tag: festival

  • Une jungle dans nos jardins

    Une jungle dans nos jardins

    Une tête d’épingle, un cerveau minuscule et pourtant des capacités qui pourraient faire bugger certaines intelligences artificielles. C’est avec les abeilles que Marie-Geneviève Guiraud travaille au quotidien. Chercheuse postdoctorale à AMU et au CNRS, spécialiste de la neurocognition des insectes, elle étudie leurs visions et leurs capacités d’apprentissage.

    Mais pour raconter les insectes, la scientifique ne s’est pas tournée vers un autre laboratoire. Elle a appelé son père, photographe naturaliste. Deux regards différents, réunis dans une même exposition : « Pollinisateurs : regards croisés entre science et photographie ». But affiché : comprendre le rôle des insectes dans les écosystèmes et leurs capacités cognitives.

    De la thèse à la macrophotographie

    À l’origine de cette collaboration, il y a une histoire familiale. Lorsque Marie-Geneviève Guiraud commence sa thèse, à Londres, elle doit régulièrement préparer des présentations scientifiques. Il lui faut des images. Son père, passionné de nature, commence alors à faire de la macrophotographie pour répondre à ses besoins.

    « Mon père, c’est un poète », raconte-t-elle. Un homme qui passe beaucoup de temps dehors à observer les paysages, les animaux et les insectes. Aujourd’hui, selon sa fille, il est « au top de son art » avec la collection présentée dans le cadre du festival.

    Derrière cette complicité familiale se cache aussi une volonté scientifique : rendre visible ce que l’on ne regarde pas. Car les insectes souffrent d’un paradoxe. Ils sont partout, mais restent largement méconnus. La chercheuse rappelle que les insectes représentent une part considérable de la biomasse et alerte sur leur déclin. Elle évoque notamment une diminution de 75 % sur les quinze dernières années. Un constat qui, selon elle, reste difficile à mesurer pour le grand public.

    Quand les abeilles défient l’intelligence artificielle

    Pour Marie-Geneviève Guiraud, changer le regard passe d’abord par la familiarité. « On a plus tendance à vouloir protéger ce qu’on connaît mieux », explique-t-elle. Les chiens et les chats nous sont familiers. Les insectes, beaucoup moins.

    Pourtant, derrière leurs centaines de milliers de neurones se cachent des capacités surprenantes. En moins d’une trentaine d’essais, les abeilles peuvent reconnaître des visages humains et les généraliser à d’autres. Une performance que la chercheuse compare à celle des IA, qui nécessitent selon elle des centaines d’images pour apprendre.

    À Marseille, cette découverte du monde minuscule prend aussi une dimension locale. L’exposition entend mettre en lumière les espèces présentes dans la région, notamment l’abeille noire, et rappeler la richesse des écosystèmes des Calanques. Pour la chercheuse, il s’agit de montrer que la biodiversité n’est pas une réalité lointaine : elle se trouve aussi « autour de chez nous ».

    Au fond, le duo père-fille ne cherche pas seulement à montrer de beaux insectes. Il cherche à provoquer un réflexe : celui de s’arrêter, d’observer et de s’émerveiller « comme quand on est enfant ».

    Sarah Aït Ouazzi

    Être(S) lié

    Tisser des liens. Entre l’humain et l’animal. Entre la science et la société. Entre les étudiants et le public. Tel est l’objectif de l’exposition collective « Être(s) lié » organisée par Lalie Chassaigne et Noémie Raskin, stagiaires au sein de la Mission Interdisciplinaire d’Aix-Marseille Université. En collaboration avec le programme d’Engagement Étudiant, ce projet a réuni neuf œuvres de la communauté universitaire qui seront exposées jusqu’à demain, au forum du Mucem. Au printemps 2026, une question s’invite dans toutes les boîtes mail des étudiants et du personnel d’amU : « Comment définiriez-vous votre lien à l’animal ? ». Cet appel à projet artistique propose à chacun d’y répondre selon le support de son choix. Lalie et Noémie, étudiantes en Master de Médiation Scientifique, reçoivent alors une vingtaine de photos, illustrations, collages et textes qui tentent à leur manière de qualifier cette relation. Les thèmes sont variés et offrent une grande diversité de regards posés sur le vivant qui nous entoure.

    Tania Carde Bernheim Le Coeur

  • [Entretien] Pascal Carlier, ethnologue : « Il faut apprendre à intégrer l’animal dans nos vies »

    [Entretien] Pascal Carlier, ethnologue : « Il faut apprendre à intégrer l’animal dans nos vies »

    Pouvez-vous expliquer vos différentes interventions lors du festival ?

    Pascal Carlier : Le matin, c’est « comment entrer en relation avec les animaux », c’est un échange avec Ludovic Hadjeras, un artiste franco-algérien. Ses textes ont en commun de raconter des rencontres avec d’autres animaux. Il va lire des textes immersifs qui font part de son ressenti et de sa rencontre avec des animaux. L’après-midi, lors de la table ronde, on va se demander comment l’animalité peut générer le trouble, à travers des phénomènes d’hybridation. La troisième intervention, ce sera finalement plus classique. Je vais faire un atelier avec des collègues en sciences de l’Antiquité. Ils vont lire des textes romains autour du chien. L’idée est de comprendre comment cet animal était perçu à cette époque. Il y aura une autre éthologue qui sera présente, Florence Gonnet, qui travaille spécifiquement sur le sujet.

    Quel est votre rôle en tant qu’ethnologue dans ces discussions ?

    P. C. : Par exemple, ce qui est intéressant avec Ludovic Hadjeras lors du premier échange, c’est que lui parle de son point de vue d’écrivain. Il rend compte de ses émotions et de ses ressentis. Alors que de mon côté, j’essaie de mettre des mots et de la science sur cela. Même si la science, ça stérilise un peu les choses, j’ai vocation à modéliser la relation entre l’humain et les animaux, et sur quelle base elle peut se faire.

    Pour ce faire, j’ai beaucoup travaillé sur l’apprentissage par observation. J’ai fait beaucoup d’études de terrain aussi pour observer certains animaux, mais j’ai également travaillé en laboratoire.

    Pourquoi aller au-delà de l’aspect scientifique ?

    P. C. : Alors, quand on est scientifique, on travaille beaucoup sur la cognition, parce que ça, c’est facile de comparer les animaux, les humains sur la cognition, mais j’essaie d’appréhender les choses aussi du point de vue de la sphère émotionnelle. Je pense que quand on communique avec d’autres espèces ou entre espèces, il y a un champ relationnel qui s’inscrit beaucoup dans ce qu’on appelle le continu en philosophie, c’est-à-dire la sphère émotionnelle. Je pense que cette rencontre est intéressante.

    En quoi la relation humain-animal est intéressante à étudier et à faire connaître au grand public ?

    P. C. : Notre relation au vivant avec un grand V, c’est l’un des grands défis des années à venir, notamment dans un contexte où on parle du réchauffement climatique. Il y a vraiment des choses auxquelles il faut réfléchir. On ne peut plus continuer à être vivant comme on le fait. Il faut apprendre à intégrer l’animal dans nos vies. L’exemple du sanglier est intéressant. On va l’accuser de tous les maux, mais je constate que les collisions routières sont beaucoup plus fréquentes en période de chasse quand les chasseurs les déplacent.

    De plus, je pense que les individus qui sont capables de respecter les animaux et de les connaître sont des personnes qui sont plus largement respectueuses des autres humains. Ils arrivent davantage à se poser des questions sur l’altérité. En effet, avec l’animalité vient la notion d’altérité, qu’on trouve aussi dans les rapports humains : connaître l’autre, ne pas le craindre et aller vers lui.

    Vous parliez de la relation avec le chien. Comment cette relation a-t-elle évolué ?

    P. C. : Donc, il y avait l’idée que le chien devait être à la fois un gardien. On peut dire qu’il était sélectionné déjà depuis au moins 6 000 ans, comme un animal fait pour comprendre l’homme et le servir. Alors, il y a peut-être moins la composante chien, vraiment de compagnie, qu’on va voir dans le lit. Mais il y a l’aspect, compagnon fiable, sur lequel on peut compter, qui est capable à la fois d’être protecteur et d’être héros.

    Programme de ce mercredi

    Le dilemme du loup-garou : 09h30 – 11h30

    3 bis f – Centre d’arts contemporains — Lecture-dialogue

    Une carte blanche du 3 bis f – Centre d’arts contemporain

    Quand l’animalité nous trouble : représentations, catégorisations, hybridités : 15h – 16h30 Salle de Théâtre — Table-ronde Une carte blanche Maison de la Recherche.

    CAVE CANEM ! : 16h30 – 18h. Le chien entre férocité et fidélité. Premier étage du Cube — Atelier

    festival-sciences-arts.univ-amu.fr

  • Des outils pour débattre de la place de l’animal et du vivant

    Des outils pour débattre de la place de l’animal et du vivant

    Des questions récentes débattues dans un espace plus solennel. Dans l’un des bâtiments de la fac de droit d’Aix, les premières tables rondes du Festival de sciences et des arts sont lancées. Imaginé, puis pérennisé depuis 2019 par l’Université d’Aix Marseille (AMU), particulièrement par Maryline Crivello, vice-présidente du conseil d’administration d’AMU, en charge de la stratégie interdisciplinaire, la programmation 2026 a, comme fil rouge, notre lien aux animaux. « Une aventure commune ? » interroge cette nouvelle édition. Après un lancement à Arles, mardi matin, c’est à Aix que deux conférences proposent de se mettre dans le bain en interrogeant la « condition juridique de l’animal ». Jusqu’à vendredi soir, entre Marseille, Aix, Arles et Aubagne, des centaines d’intervenants issus de 40 disciplines proposent un vaste panel de formats pour repenser notre lien à l’animal et sa place dans nos sociétés. Les racines de ce thème naissent de questionnements récurrents autour de l’expérimentation animale en médecine, les interrogations éthiques et juridiques qu’elle suscite.

    « Cartes sur table »

    « Il est impossible, sur ce sujet, de vouloir se faire une opinion ou un avis sans avoir des éléments de connaissance et de savoir sur ce qu’il se passe vraiment et quels sont les points de vue à la fois juridiques et médicaux associatifs. Si on n’a pas un vrai débat, avec tous les acteurs qui participent à cette réflexion, chacun reste dans son coin. Mettre carte sur table un sujet pareil n’est pas simple », retrace Maryline Crivello. Second constat ayant motivé le choix du thème, celui « d’une sensibilité de nos étudiants à la question du vivant ». Et la place de l’art dans le festival ? « Les artistes comme les scientifiques, transmettent des connaissances, touchent un public différemment », précise Maryline Crivello. Si les thèmes varient chaque année, un fil relie chaque édition du festival : réaffirmer la place de la science et de l’université dans un contexte où toutes deux sont, peuvent être contestées. La multiplication des opinions, notamment sur les réseaux sociaux, tend à brouiller la frontière entre savoir et conviction, pointe l’enseignante. Or, pour Maryline Crivello, la science ne se construit pas dans la certitude : « le doute est fondamental ». En « ouvrant ses portes », l’université entend rendre visibles ses méthodes, ses recherches.

  • (Re)penser notre lien au vivant

    (Re)penser notre lien au vivant

    Attachement… Détachement… Et si l’on repensait notre lien aux animaux ? La problématique posée par le « Festival des Sciences et des arts » explore l’évolution de notre rapport aux animaux et au concept d’animalité de la Préhistoire à nos jours. Des conférences, des déambulations et des spectacles gratuits seront accessibles à tous d’aujourd’hui à vendredi à Marseille, Aubagne, Aix-en-Provence et Arles. Plus de 120 chercheurs issus de 40 disciplines partageront leur réflexion autour de ce thème d’actualité, à l’heure où le traitement animal pose des questions socio-politiques, écologiques et culturelles.

    « L’humain fait partie du monde animal, il n’en est pas le centre »

    « L’objectif est de traiter le sujet de mille manières différentes en faisant dialoguer arts et sciences pour nourrir le débat public », souligne Rémi Baille, chargé de programmation et de communication pour la Mission interdisciplinarité(s) de l’Université Aix-Marseille (AMU). Il rappelle que « penser notre lien au vivant c’est d’abord se rappeler que l’humain fait partie du monde animal et qu’il n’en est pas le centre ».

    Alors que 6 Français sur 10 ont un chien ou un chat, comment expliquer le rapport de domination encore exercé sur les espaces sauvages, le peu d’engouement à protéger les pollinisateurs ou les espèces marines et une augmentation de la consommation de viande (+1,3% en 2025 en France) ? Les politiques relatives aux loups en sont un exemple. Adam Weymouth expose dans son livre Dans les pas du loup, Une marche à travers les derniers espaces sauvages d’Europe la manière dont le loup peut être considéré comme un nuisible sans prendre en considération les bienfaits exercés par cette espèce sur les forêts. L’auteur révèle le cloisonnement fait par certains entre animal domestique et vie sauvage, tissé autour d’un imaginaire nourri de fantasmes et de craintes.

    Dans Décoloniser notre rapport aux animaux, le chercheur en éthologie et en primatologie Cédric Sueur aborde cette question, souhaitant s’extraire de la vision occidentale héritée du philosophe Renée Descartes qui place l’humain au-dessus de tout et conçoit l’animal comme une possession sans penser son environnement comme un écosystème dont il fait partie. À ce sujet, la table ronde « Quand les maladies passent des animaux aux humains » revient sur la transmission de maladies de l’animal à l’Homme liée à la destruction de la biodiversité, à l’élevage intensif et au changement climatique.

    Question animale, question politique

    « Il ne peut y avoir de politique d’émancipation qui n’intègre pas la question animale dans son dispositif », estime Kaoutar Harchi. Pour la sociologue, la question animale est d’abord une question politique. Elle démontre que la frontière entre maltraitance animale et maltraitance exercée sur un autre être humain est très perméable. Dans Ainsi l’animal est en nous, l’autrice fait dialoguer féminisme, écologie et lutte des classes autour de notre rapport de domination sur les animaux. Pour désigner les habitants de Gaza, les responsables politiques et militaires israéliens ont à plusieurs reprises employé le terme « animaux humains » dans une rhétorique de déshumanisation et de hiérarchisation. Le rapport de l’Homme à l’animal est donc autant politique qu’il peut être philosophique ou culturel.

    Lors du festival, une conférence sur « L’animalisation des humains » invitera au MUCEM des historiens pour comprendre la manière dont le langage peut devenir un outil de haine, du racisme à l’antisémitisme.

    Ainsi, la question animale permet de guider notre réflexion sur notre façon d’habiter le monde à une époque où l’on essaye plutôt de s’extraire de la nature.

  • Quatre jours pour explorer notre relation aux animaux et au vivant

    Quatre jours pour explorer notre relation aux animaux et au vivant

    Quatre jours pour repenser notre lien à l’animal, qu’il soit sauvage ou domestique. Entre Marseille, Aix-en-Provence, mais aussi Arles et Aubagne, l’Université d’Aix-Marseille propose la 7e édition de son Festival des Sciences et des Arts. Le fil rouge de cette édition est l’exploration de « notre relation ambivalente avec les animaux », de « l’histoire biologique aux imaginaires culturels, jusqu’aux grands débats d’aujourd’hui », et pourquoi pas l’occasion de « questionner, en miroir, nos conditions humaines », indique la note d’intention du programme.

    Dans de nombreux lieux culturels des villes participantes, mais aussi sur les campus et dans les cafés, le public est invité à rencontrer un large panel d’intervenants et à assister à de nombreuses conférences, projections, ateliers et autres événements.

    Interdisciplinaire

    Au total, plus de 120 intervenants, 40 disciplines, 10 instituts et plus de 70 propositions en 25 formats viennent rythmer la programmation. Cette édition, plus importante que les précédentes, s’ouvre dès ce mardi 15 septembre à Arles, à l’Hôtel de Quiqueran de Beaujeu, sur le campus universitaire : dès 9h, avec les discours d’officiels et, comme premier rendez-vous, une conférence dans l’auditorium consacrée à l’ibis sacré. Dans l’après-midi ce même jour, c’est sur le campus d’Aix-en-Provence que les festivités sont lancées, à la faculté de droit et de sciences politiques (bâtiment Pouillon). À 13h, un accueil café, puis de 14h15 à 15h15, une conférence sur la condition juridique de l’animal, animée par Caroline Lanty, avocate, Marie-Cécile Lasserre, maître de conférences en droit privé et Jean-Pierre Marguénaud, professeur de droit privé. À Aubagne, le festival est lancé dès 16h45 à la Satis. À Marseille, plusieurs animations sont proposées dès le jeudi 17 septembre, notamment avec une visite et une déambulation prévues au sein de Cosquer Méditerranée, dès 9h, et en soirée dès 19h, à la brasserie Zoumaï, avec un apéro-débat.

    C’est aussi dans la cité phocéenne que le festival se clôturera, avec toute une programmation en journée au Mucem, avant que le festival ne s’achève définitivement avec une soirée sur le toit-terrasse du Mucem, dès 20h30, vendredi soir. Le détail de la programmation est à retrouver sur le site de l’Université d’Aix-Marseille.

  • Pour sa 13e édition, le festival Aflam veut « réparer l’image »

    Pour sa 13e édition, le festival Aflam veut « réparer l’image »

    Depuis l’année 2000, l’équipe d’Aflam œuvre à la mise en valeur du travail cinématographique, ancien ou contemporain, issu des mondes arabes. Pour cette 13e édition de leur festival, l’accent est mis sur le travail autour des archives cinématographiques. Des archives souvent menacées ou abîmées, qui doivent être protégées, restaurées et transmises pour permettre à la mémoire des mondes arabes de survivre et d’être diffusée.

    Après avoir reçu de nombreuses candidatures, l’association a sélectionné un total de 52 films. Le public pourra assister, du 10 au 18 octobre, à 34 séances-événements avec notamment des temps d’échanges avec les réalisateurs ou les acteurs des films présentés.

    En dévoilant, la semaine dernière, le programme de cette édition 2026, la présidente de l’association Aflam, Brigitte Curmi, a insisté sur la conviction de l’équipe de mener ce travail sur les archives. Pour Aflam, cette mission est « d’une brûlante actualité face aux tentatives d’effacement de l’art et de l’histoire » qui concernent une grande partie du monde arabe.

    La question de la restauration de l’image, centrale dans cette édition du festival, possède ici un double sens. À la fois un sens propre : la réparation des archives est importante d’un point de vue technique afin de pouvoir construire des récits autour de différents contextes historiques et politiques. Et un sens figuré, puisque l’enjeu de la réparation intervient quant à elle dans la manière dont la construction et la diffusion de ces récits permettent de reconstruire et de transmettre une mémoire – abîmée, effacée ou menacée de disparaître.

    Plus qu’un festival

    de cinéma

    Au-delà des séances de diffusion et des rencontres, le festival organise également des séances et des ateliers de médiation qui permettront aux jeunes de travailler autour de ces thématiques. Aflam poursuit ainsi le travail mené tout au long de l’année. La pratique de la restauration d’archives est aussi à l’honneur pendant le festival avec des portes ouvertes sur les techniques de restauration images et son.

    Si le festival débute le 10 octobre, l’ouverture officielle est prévue le 12 octobre au Mucem avec la diffusion de Petits rêves de Khaled El Hagar. La clôture aura lieu aussi au Mucem, le 18 octobre à 20h, avec la diffusion de Souraya mon amour, en présence du réalisateur Nicolas Khoury et de l’actrice Souraya Baghdadi.

    Programme complet sur aflam.fr

  • À 20 ans, le Nîmes Métropole Jazz n’a pas fini d’improviser

    À 20 ans, le Nîmes Métropole Jazz n’a pas fini d’improviser

    Les premières notes sont tombées dès jeudi 10 septembre avec le Off et les Bonbons Swingueurs au Pablo Croco Bar. Mais le grand départ sera donné vendredi 11, devant le temple de Diane, dans les Jardins de la Fontaine. Concert debout, gratuit, et une basse qui ne devrait pas laisser grand monde immobile : l’Américaine Nik West ouvrira les 20 ans avec son mélange de funk, rock et jazz. Une manière de rappeler, dès l’entrée, que le genre ne se réduit ni aux clubs feutrés ni aux initiés.

    Le week-end poursuivra le voyage à ciel ouvert. Samedi 12, le château de Nages, à Caissargues, prendra des airs de Caraïbes avec le trompettiste Franck Nicolas, puis le pianiste cubain Roberto Fonseca associé au violoncelliste Vincent Ségal. Dimanche 13, direction le château de Campuget, à Manduel, pour les couleurs blues et soul de Justine Blue puis la flûte vagabonde de Jî Drû, entouré notamment de Sandra Nkaké. Deux châteaux, trois communes, des esthétiques qui débordent les cases : le décor résume bien l’esprit de la maison.

    La découverte en fil rouge

    Car le NMJF s’est construit loin du modèle du grand festival concentré derrière une enceinte. À Langlade, Rodilhan, Garons, La Calmette, Cabrières ou Milhaud, des salles des fêtes et foyers socioculturels deviennent, le temps d’un soir, des clubs de jazz. « Dans les villages, c’est les yeux dans les yeux », résume son directeur artistique Stéphane Kochoyan. Une proximité parfois compliquée à organiser, mais qui a permis en 20 éditions de faire passer de grandes pointures internationales dans des lieux où elles ne se seraient probablement jamais arrêtées autrement.

    La suite, du 29 septembre au 17 octobre, ressemble à une traversée des frontières musicales. Le Tremplin Jazz 70 ouvrira la reprise au théâtre Christian-Liger, en donnant la scène à trois groupes émergents de la région. Thomas Enhco fera dialoguer Mozart et l’improvisation à Saint-Gilles. À Marguerittes, Paolo Fresu, Omar Sosa et Trilok Gurtu formeront un trio de haut vol, précédé par François Mardirossian autour du mythique Köln Concert de Keith Jarrett. Puis viendront Lakecia Benjamin à Rodilhan, China Moses à Garons ou encore Kyle Eastwood à La Calmette.

    Le 11 octobre, Paloma fera sauter une autre frontière avec Abd Al Malik et Odeza pour une soirée « From jazz to hop ». Deux jours plus tard, Langlade virera cubaine avec Las Panteras et El Comité. Et pour refermer la boucle, le festival replongera dans l’ombre tutélaire de Miles Davis : Jowee Omicil et le Trio Zéphyr lui feront écho à Cabrières le 16 octobre, avant Kenny Garrett à Milhaud le lendemain. Le saxophoniste, qui joua avec Miles Davis dans les arènes de Nîmes en 1986, avait déjà clôturé la toute première édition du festival 20 ans plus tôt.

    Ce retour des anciens ne doit pas masquer l’autre fil rouge de l’événement : la découverte. Le Off, les concerts gratuits et le tremplin régional prolongent une idée simple : le jazz peut être exigeant sans être réservé à quelques-uns. À Nîmes, où cette histoire musicale remonte au moins à 1946, le festival en fournit depuis deux décennies une démonstration concrète. Pour souffler ses 20 bougies, il n’a finalement rien trouvé de mieux que de continuer à ouvrir les portes.

  • À Aramon, « Émergences » fait de l’eau une affaire commune

    À Aramon, « Émergences » fait de l’eau une affaire commune

    À Aramon, l’eau ne sera pas un décor. Du 11 au 13 septembre, Émergences revient pour une cinquième édition qui entend faire de cette ressource vitale un sujet de culture, de débat et d’action. Né en 2022 dans le sillage de la mémoire des inondations meurtrières de 2002, le festival revendique depuis sa devise : « Alerter et émerveiller ». Une manière de ne pas opposer la fête à l’urgence écologique.

    Au bord du Rhône, dans une commune de 4 500 habitants, Émergences assume ainsi le contre-pied des grands rassemblements. « Alors que certains événements se pressent dans la course au gigantisme, nous opposons une logique de sobriété, un festival à taille humaine », revendiquent les organisateurs : jauges modestes, lieux déjà existants, hébergement des artistes dans le village, circuits courts, tri des déchets, fontaines à eau et zéro bouteille plastique, limitation des impressions, covoiturage et mobilités douces. Le festival, labellisé « Événement détonnant » niveau 1, met aussi en avant une « green team » chargée de réduire son empreinte. Environ 3 000 visiteurs sont attendus sur trois jours.

    Du climat à la piste

    de danse

    Mais l’écologie ne se limite pas aux coulisses. Elle irrigue toute la programmation. Deux tables rondes doivent aborder la gestion de la ressource, le risque inondation et les solutions locales d’adaptation. Dans la zone humide des Paluns, balades botaniques, spectacle « L’arbre fleuve » et sorties à vélo invitent à regarder autrement des milieux fragiles. Expositions sur les glaciers et les deltas, marché de producteurs, ateliers de réparation, cuisine durable ou fresque de l’eau prolongent cette volonté : donner des clés concrètes plutôt que réduire le climat à une menace abstraite.

    La musique reste toutefois au cœur du rendez-vous. Vendredi 11 septembre, la pianiste Bridget Yee précédera Walid Ben Selim, voix profonde de la poésie soufie. Samedi 12, le Brésilien João Selva mêlera samba, soul et funk, avec un engagement assumé contre la déforestation. Dimanche 13, La Mal Coiffée refermera le week-end avec ses polyphonies occitanes et ses percussions. La plupart des rencontres, animations et balades sont gratuites, tandis que les concerts au château sont annoncés à 18 euros, 12 euros en tarif réduit. À Aramon, Émergences veut ainsi faire de l’eau un bien commun dont on parle ensemble, sans renoncer au plaisir de chanter, marcher ou danser.

  • À Saint-Jean de Védas, la rentrée s’ouvre sur un « Festin de rue »

    À Saint-Jean de Védas, la rentrée s’ouvre sur un « Festin de rue »

    Comme chaque année depuis bientôt 20 ans, Saint-Jean-de-Védas met du baume au cœur de la rentrée avec son Festin de rue, festival des arts de rue entièrement gratuit porté par la Ville.

    Les 12 et 13 septembre, le temps du week-end, le cœur de la commune (rues, places, collège…) se transformera en vaste scène à ciel ouvert. « On fait en sorte de proposer des spectacles pluridisciplinaires et variés : danse, cirque, théâtre, acrobatie… Il y a aussi des déambulations, de la pyrotechnie, des spectacles à destination des enfants, d’autres qui proposent des réflexions sur la société », détaille Inès Niederlaender, chargée de la programmation de la manifestation, également directrice du théâtre municipal Chai du Terral.

    20 compagnies « sélectionnées en me rendant sur différents festivals des arts de la rue en France », composent la programmation « in » du festival. 10 autres, retenues sur candidatures (« cette année on a reçu plus de 60 propositions »), constituent la sélection « off ». « Ces compagnies ne sont ni rémunérées ni défrayées, par contre on prend en charge l’ensemble des repas, on cherche des solutions d’hébergement auprès des habitants et à la fin de la représentation, elles peuvent faire tourner le chapeau », explique Inès Niederlaender. « Dans la programmation, on prête une attention particulière aux compagnies domiciliées dans la métropole, et plus largement dans la région Occitanie. Mais nous avons également convié des compagnies d’autres régions », précise la programmatrice.

    Deux concerts en fin de journée les 12 et 13

    Impossible de lister de façon exhaustive la trentaine de spectacles. Mais un petit aperçu permettra, à la façon d’une mise en bouche, d’en mesurer la diversité et la richesse. On retiendra par exemple ADN, spectacle sur le harcèlement scolaire proposé par la compagnie montpelliéraine La Barak. La représentation se déroulera au sein du collège de la commune, « pour essayer de toucher notamment les élèves confrontés à cette problématique ». Le collège Louis-Germain accueillera également une proposition de la compagnie 800 Litres de paille qui adapte, « de façon très moderne, avec beaucoup d’humour », Le Mariage forcé, un classique de Molière.

    Avec Dark, la Bruital compagnie revisite, de son côté, l’histoire de Jeanne d’Arc dans un spectacle très original tout en mime, bruitage et synchronisation labiale. À ne pas manquer également, le spectacle Les cœurs rouges, de la compagnie Carna, où trois hommes s’emparent de la pole dance, souvent associée à un imaginaire érotique et traditionnellement perçue comme une pratique réservée aux femmes. « Avec cette performance décalée, c’est la masculinité qui va être remise en question. Une voix off féminine accompagne ces chorégraphies et se fait, avec humour, la narratrice du récit sociologique des rapports hommes-femmes. »

    On peut encore citer La Françoise des Jeux, de La compagnie la Gazinière, qui revisite de façon humoristique le fameux loto de la Française des jeux en faisant participer les spectateurs ; ou encore Vent d’ouest, sorte de western aérien porté par la compagnie Les P’tits Bras : « dans ce rêve américain à la sauce Tex Avery, cinq artistes fusionnent voltige aérienne, rodéo audacieux et prouesses de cirque autour de la figure du cow-boy ».

    Enfin, moment clé du festival : la grande déambulation du samedi soir (22h) avec percussions et pyrotechnie, proposée par des artistes du Pays basque (compagnie Deabru Beltzak), s’inspirera d’un carnaval ancestral de cette région. « Une célébration chargée de mystère et de traditions » qui se terminera en musique à 23h avec un concert de l’artiste montpelliérain Yog. Le lendemain à 21h, ce sont Les Barbeaux qui cloront, également en musique, ce cru 2026 de Festin de rue.

  • La Fiesta des Suds prête à illuminer l’automne

    La Fiesta des Suds prête à illuminer l’automne

    Comme le rappelle d’emblée Nathalie Solia, « la fabrique de la Fiesta des Suds s’est faite dans un contexte pas forcément favorable, avec des échéances électorales, des problématiques climatiques, l’inquiétude du secteur, le repli sur soi, les conflits mondiaux… ». Selon la directrice de cet événement qui sonne les trois coups de l’automne culturel marseillais, « une ambiance devenue hélas structurelle au milieu de laquelle nous voulons maintenir la lumière de notre étoile, celle du meilleur festival au monde ». Des étoiles, il y en aura toute une constellation, du 8 au 11 octobre sur l’esplanade du J4, à l’instar de Véronique Sanson, tête d’affiche de la soirée inaugurale de la Fiesta des Suds. « Une icône de la chanson », qualifie Frédéric André, programmateur de l’événement, un demi-siècle de carrière dans le rétroviseur et des tubes en pagaille, de Besoin de personne en 1972 à Chanson sur ma drôle de vie en passant par Vancouver ou Bahia.

    « J’ai lu une étude de l’université de Londres selon laquelle, quand on regarde un concert, on ne fait pas que regarder un concert. Les rythmes cardiaques des spectateurs se synchronisent tous ensemble. N’est-ce pas cela la Fiesta ? », s’adresse Frédéric André qui, fidèle à l’ADN du festival, veut aller à rebours de « la culture capitaliste. On essaye toujours de mettre de l’humain, des émotions, tout ce qui n’est pas monétisable ». Parmi les astres musicaux programmés cet automne, Imany. Une évidence au sujet de cette chanteuse « née à Martigues, qui a grandi à Istres, d’origine comorienne. Son nouvel album [Women deserve rage, ndlr] parle d’une relation toxique, qui lui a valu de la colère mais aussi de la guérison qui infuse dedans », développe celui qui a aussi programmé pour cette édition le « dandy rock » Bertrand Belin et Stephan Eicher. L’occasion de découvrir l’éventail musical étonnant de ce guitariste-baroudeur, surtout connu du grand public pour des titres tels que Déjeuner en paix ou Combien de temps dans les années 1990, mais qui vient de sortir son 18e album Poussière d’or. Au menu également, le groupe le plus moustachu et funky d’Aix, Deluxe, ou encore Selah Sue. La soulwoman belge sera accompagnée par The Gallands, duo du batteur virtuose Stéphane Galland et son fils Elvin. « La Fiesta, c’est s’ouvrir à d’autres cultures, aux autres. Ici, le public n’est pas considéré comme des consommateurs mais des citoyens », estime Nathalie Solia.

    Soirées et jours heureux

    Conseiller artistique du festival, Olivier Rey fait quant à lui part de sa volonté de « perpétuer l’héritage de nos pères fondateurs. Dans une société plus fragmentée que jamais, la Fiesta, cet espace de dialogue et parenthèse enchantée automnale, semble plus que jamais essentielle ». Autant d’horizons et de brèches également esquissés sur la « Scène Major » de la Fiesta, où se produiront de 19h à 2h du matin des groupes ouverts aux rythmes mondiaux. Au programme notamment, HabibiSly, franco-syrien qui « mélange disco, électro et musique orientale », le rock d’inspiration sahraoui du trio Sidiaz, ou encore la transe afro-colombienne luxuriante du groupe Ghetto Kumbé. « Le J4, c’est l’entrée du port et de notre ville, là où tout arrive et tout part. Ici, nous accueillons tout le monde dans une Fiesta engagée », résume Nathalie Solia. Illustration supplémentaire avec la désormais traditionnelle Fiesta du dimanche, entièrement gratuite, le 11 octobre. Davantage tournée vers les « familles », une journée de « découvertes, rencontres et musiques », jalonnée par de nombreuses animations telles que des ateliers culinaires, des parties de pétanque et des battles de danse hip-hop. Et des temps forts artistiques comme La Fiesta des jours heureux, comédie musicale de Christina Rosmini autour des « airs populaires des années 1930 », indique la coordinatrice de la journée, Marion Bergé-Lefranc, dans le but de célébrer « les 90 ans du Front populaire ».