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  • [Entretien] Ezra Collective : « Le jazz a toujours été un genre fondé sur la collaboration »

    [Entretien] Ezra Collective : « Le jazz a toujours été un genre fondé sur la collaboration »

    Ezra Collective est aujourd’hui l’un des ensembles les plus populaires et influents de sa génération. Figure de proue du renouveau du jazz britannique, le quintet londonien poursuit une ascension fulgurante depuis sa victoire au Mercury Prize en 2023, couronnée par son sacre comme « Groupe de l’année » aux Brit Awards, porté par le succès de son dernier album, Dance, No One’s Watching.

    La Marseillaise : Comment définiriez-vous votre approche du jazz ?

    TJ Koleoso : Quand je suis arrivé au club de jeunes [Tomorrow’s Warriors], où nous avons appris le jazz, j’avais toujours eu l’impression que cette musique n’était pas faite pour des gens comme moi. C’est une question de découverte. Il suffit qu’on vous fasse écouter cette musique, qu’on vous la présente. C’est cette introduction qui vous permet ensuite d’en tomber amoureux. Le jazz a toujours été un genre fondé sur la collaboration et l’improvisation, à travers toutes sortes d’autres musiques. Il y a toujours ce dialogue qui doit exister entre les instruments. Et c’est cette philosophie que nous avons intégrée à notre musique.

    Cette année marque les dix ans de Chapter 7. Comment avez-vous évolué depuis, dans quelle direction vous tournez-vous à présent ?

    TJ.K. : En une phrase, nous sommes le même groupe avec un sens des responsabilités beaucoup plus important. Aujourd’hui, quand nous jouons ou que nous prenons des décisions, nous ne pensons plus seulement à nous. Nous réfléchissons à ce que cela représente pour un public plus large, mais aussi pour toutes les personnes autour de nous qui souhaitent évoluer dans le monde de la musique. Même au-delà. Nous partons en tournée avec toute une équipe. Il y a une responsabilité de continuer à bien jouer et à faire de bons concerts parce qu’il y a des gens qui en dépendent financièrement.

    Avec trois albums et trois EP à votre actif, est-ce que vous savez déjà à quoi ressemblera la setlist au MJ5C ?

    TJ.K. : Non, mais il y aura un mélange de chansons qu’on a déjà jouées de nombreuses fois et d’autres qu’on n’a encore jamais interprétées sur scène. On a notamment hâte de se plonger dans une bonne partie du nouveau répertoire cet été.

    Votre nouvel album sort en septembre, quelle en était l’inspiration ?

    TJ.K. : Le nouvel album s’intitule Here Because of Hope, et il s’articule autour du chemin qui mène de la douleur à la joie. Historiquement, on a toujours beaucoup parlé de la joie en tant que groupe, avec cette idée que la joie est davantage une manière de voir les choses qu’une simple émotion. Je pense que l’espoir est ce qui vient combler l’espace entre la douleur et la joie. Voilà le socle philosophique de cet album. Musicalement, ce qui en ressort est un album beaucoup plus vulnérable, plus réfléchi et peut-être plus émotionnel qui traverse différents genres musicaux comme Ezra à l’habitude de le faire.

    Le premier single est sorti. Une collaboration avec Pa Salieu.

    Ife Ogunjobi : Ce qui est intéressant chez lui, c’est sa polyvalence. Ce n’est pas un rappeur cliché. Il est capable d’évoluer dans plein de registres différents et il puise dans énormément d’influences. Pour un groupe comme le nôtre, qui ne vient pas du rap au sens traditionnel mais qui cherche à le mêler à l’afrobeats, au jazz et à d’autres styles, c’était la collaboration idéale.

    Interview traduite de l’anglais. Concert le 9 juillet, au Parc Aurélien Fabre. De 15 à 40 euros.

  • Détonations jazz des cinq continents à Marseille

    Détonations jazz des cinq continents à Marseille

    Depuis la soirée d’hier, théâtre d’un concert des chanteurs Janelle James et China Moses ayant célébré les 50 ans de la sortie d’I want you, album chaud bouillant de Marvin Gaye, la 26e édition du Marseille jazz des cinq continents est entrée dans sa dernière ligne droite. Elle a investi pour la première fois le parc Henri-Fabre et ce jusqu’au dimanche 12 juillet. Prochaine détonation jazz en ligne de mire dans cet écrin de verdure situé à Saint-Giniez, jeudi 9 juillet, avec le quintet Ezra Collective (voir interview ci-dessus), mais aussi Awa Ly, chanteuse qui déchaîne les éléments folk et soul sur des rythmes d’Afrique de l’Ouest, ainsi que la formation britannique Maman Hands.

    Cuba, Bahia, Kyoto…

    Symbole de l’ADN du Marseille jazz des cinq continents, la pianiste suisse Manon Mullener lancera, elle, la soirée du vendredi, des Stories plein les touches, du nom de son dernier album dressant des portraits musicaux à travers les témoignages qu’elle a glanés de New York à La Havane. La bassiste et chanteuse neo soul Adi Oasis et le Sun Ra Arkestra, orchestre cosmique et légendaire fondé dans les années 1950 par le compositeur afrofuturiste Sun Ra (1914-1993), compléteront l’affiche. Le lendemain, place à la pianiste et chef Leïla Olivesi, munie de son African Rhapsody, opus reconnu par l’Académie du jazz comme « Disque de l’année ». Plus tard dans la soirée, direction l’Amérique latine avec deux autres concerts : Xenia França « chanteuse RnB venue de Salvador de Bahia qui met du jazz à différents endroits de la musique brésilienne », situe Hughes Kieffer, puis Maite Hontelé. Baroudeuse du continent, cette trompettiste néerlandaise défend son dernier projet La Novia, elle qui « a appris son instrument à Cuba et joué avec les grandes stars de l’île, avant de partir en Colombie où elle a même été nommée artiste de l’année », rappelle le directeur d’un festival qui se terminera en boulet de canon le 12 juillet. Au menu, le pianiste marseillais Cyril Benhamou, le monstre de la basse Marcus Miller (interview dans La Marseillaise de samedi) et les fusions funk du Kyoto Jazz Massive.

  • « Accabadora », l’accoucheuse des morts au Festival d’Aix

    « Accabadora », l’accoucheuse des morts au Festival d’Aix

    Une création d’opéra est toujours un événement d’importance. Le Festival d’Aix joue depuis des années ce rôle essentiel. Accabadora, le dernier opus du compositeur italien Francesco Filidei, créé au Théâtre du Jeu de Paume, peut être d’ores et déjà considéré comme un classique. En témoigne le succès public de l’ouvrage, longuement applaudi. Adapté d’un roman de Michela Murgia, paru en 2009 sur un livret de Manuelle Mureddu, Accabadora nous plonge dans l’univers âpre de la culture sarde. Dans les années 1950, Maria grandit auprès de Tzia Bonaria Urrai, une couturière qui, dans la tradition sarde, exerce l’Accabadora, la fonction ancestrale de donner la mort aux agonisants pour abréger leurs souffrances. La tzia est une femme stérile qui n’accouche donc que de la mort. Viennent enfin la révélation, insupportable et l’exil dans le Nord. Maria revient et se charge à son tour de ce terrible rôle de Parque. La boucle est bouclée. On n’échappe pas à ses racines.

    Antique et masqué

    Pour cet opéra de chambre, le compositeur joue de 16 pupitres qui dessinent de courtes cellules répétitives, à l’expressivité raffinée et intense. La partition se double d’un bruitage de chants d’oiseaux, souffle du vent et rumeur domestiques. L’ensemble plonge l’auditeur dans un bain sonore à la fois étrange et envoûtant. Les personnages suivent un parlando qui se concentre sur une vérité des sentiments et des émotions toujours très exacte. Le chœur, mêlé parfois de chants sardes, est traité à l’antique. Il accentue le côté tragédie grecque de cette histoire au sous-texte fortement mythologique. La cheffe Lucie Leguay et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon font sonner cette délicate dentelle avec beaucoup de lumière et de transparence. La mise en scène très inventive de Valentina Carrasco suscite une émotion de chaque instant. De grands métiers à tisser qui s’effondrent à chaque décès rappellent Atropos, la Moire qui rompait le fil de la vie. Les morts avancent masqués. L’espace éclairé de teintes automnales, laisse l’action et les personnages circuler avec fluidité. Tout y est lisible et l’émotion prend le spectateur à la gorge.

    Délivrance

    Actrice et chanteuse remarquable, Noa Frenkel joue de son contralto, presque « masculin », oserait-on dire, pour incarner cet implacable Zia Bonaria Urrai. Elle accomplit pourtant une dernière fois son rôle d’accoucheuse à rebours, le dernier, dit-elle. « J’ai été la dernière mère que certains ont vue ». Rachel Masclet est Maria, la jeune protégée, plus fragile avec un soprano ductile et lumineux mais tout aussi déterminée à fuir pour accepter d’être « l’ultime couturière ». Hugo Brady est un fort joli Andría, le jeune homme amoureux par qui la vérité foudroie. Issu de l’Académie Européenne, on peut lui prévoir un bel avenir lyrique. Même remarque pour Filippo Ravizza, bouleversant quand, mutilé, devenu un poids mort, il réclame l’accabadora qui le délivrera. L’ensemble du plateau mérite une mention d’honneur.

    Accabadora est une œuvre émouvante, envoûtante qui se laisse découvrir avec plaisir. Il nous dit aussi que l’opéra, malgré certaines remarques, est un art toujours profondément vivant.

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, un festival pour lutter contre les discriminations

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, un festival pour lutter contre les discriminations

    Concert de rap, documentaire sur le racisme, atelier pour sensibiliser les adolescents aux discriminations… Une programmation riche et variée est prévue pour le festival d’éducation populaire Regarde sous tes fenêtres, qui se tiendra aux alentours de la place Pechiney de jeudi à samedi. « C’est important pour nous que ce festival se déroule dans l’espace public et qu’il soit gratuit, accessible à toutes et tous », explique Julie Vuoso, fondatrice et programmatrice du festival.

    Jeudi, le festival commencera avec un apéro d’ouverture, suivi d’un spectacle jeune public, d’un repas de soutien au festival à prix libre, puis d’une soirée de projection de films. Ce sera d’abord un documentaire sur le racisme dans la cité minière qui sera projeté, réalisé spécialement pour le festival par Maya Perusin Mysorekar, artiste en résidence à Château-Arnoux-Saint-Auban. « Le festival est né de l’histoire de la cité ouvrière. à Saint-Auban, tout a été construit par l’usine et pour l’usine. Le passé industriel de la ville fait qu’il y a eu beaucoup d’immigration depuis toujours. Le festival permet de faire de ce passé migratoire une richesse », avance Chloé Droulin, coordinatrice de la Maison commune, qui coorganise chaque année le festival avec la MJC. « En 2006, il y a eu la délocalisation de l’usine, et un abandon de l’espace commun de Saint-Auban. On a voulu proposer un événement dans la rue pour faire revenir la vie collective », explique Julie Vuoso. « Il y avait très peu de commerces, donc l’idée est aussi d’animer la vie locale. C’est un choix, par exemple, de ne pas proposer de nourriture pour le festival, mais que ce soit pour les commerçants, et que l’événement serve à tout le monde sur la cité, que les gens qui travaillent toute l’année puissent s’y retrouver », avancent les deux organisatrices.

    « Un espace inclusif »

    « L’idée du festival, c’est aussi de créer dans notre programmation un espace inclusif où tout le monde est représenté, de ne pas faire une programmation où il n’y a que des personnes blanches, des hommes », ajoute la programmatrice.

    Le film Pédale Rurale, qui raconte l’organisation de la première Pride à la campagne, sera ensuite projeté. « L’idée a toujours été de proposer une programmation pluridisciplinaire, avec de la danse, du théâtre, de la musique, des films », explique Julie Vuoso. Vendredi, Myriam Soulanges proposera « un récit chorégraphique qui interroge les héritages de la domination patriarcale et de l’histoire coloniale guadeloupéenne ».

    Le festival est financé par la mairie, le Département, la Drac et la Dilcra. Le théâtre Durance prête son matériel, essentiel pour mener à bien le projet. Des mineurs étrangers non accompagnés viennent également de Digne pour prêter main forte à titre bénévole.

    Programme : rstf.fr/programme.html

  • Le Festival d’Avignon ouvert sous le signe de la création et des inquiétudes budgétaires

    Le Festival d’Avignon ouvert sous le signe de la création et des inquiétudes budgétaires

    Dans la cité papale, des comédiens des compagnies du Festival Off, en costumes et chapeaux, affiches de leur spectacle sur le dos, déambulaient dans les rues, tractant auprès des premiers spectateurs, tandis que démarraient les premières pièces. « Il y a des spectacles pour tous les goûts », déclare le directeur du Festival Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une « célébration des arts vivants ».

    En marge de l’ouverture, plusieurs organisations professionnelles se sont inquiétées, dans une lettre à Emmanuel Macron, de voir les dotations prévues pour le second semestre annulées par l’État pour 28 structures du spectacle vivant, dont des opéras, deux théâtres parisiens, quatre orchestres. « Il n’y aura pas d’annulation de crédit. Il ne pourrait y avoir que des reports, a déclaré la ministre de la Culture, Catherine Pégard. Mais pour l’instant, nous nous battons pour que ça n’arrive pas. »

    La ministre était présente, ce week-end, enchaînant les rendez-vous (visite de FabricA, de la micro-école Inspire, de la Maison Jean-Vilar…). En présence d’António Costa, président du Conseil européen, Catherine Pégard a découvert l’installation « Relatum » de Lee Ufan, au Palais des Papes, avant d’assister à la première de Maldoror de Julien Gosselin, à la Cour d’Honneur. Programme qui tranche avec la visite éclair, l’an passé, de Rachida Dati, alors ministre de la Culture.

  • [Festival d’Aix] Gris paradis des amours enfantines à Aix

    [Festival d’Aix] Gris paradis des amours enfantines à Aix

    Accueil mitigé pour La Flûte enchantée au Théâtre de l’Archevêché jeudi soir. L’objet du dissensus ? La mise en scène très cérébrale de Clément Cogitore. Quant au consensus, il se fait sur la direction élégante de Leonardo García-Alarcón et sa Cappella Mediterranea, plateau de voix jeunes et l’excellent Chœur de chambre de Namur. Les vidéos de Clément Cogitore et son scénographe Alban Ho Van nous plongent dans l’Allemagne année zéro de 1945. Tamino est un enfant des ruines vivant d’expédients. Les trois dames sont ces « femmes des décombres » ayant nettoyé Berlin bombardé. Papageno, fusil à l’épaule, trafique la nourriture braconnée. L’initiation des héros est double : de l’enfance à l’âge adulte, ils sont aussi guidés vers les temps modernes de l’américanisation. Si le monde de la Reine de la Nuit est celui de la survie, celui de Sarastro, aveugle, très PDG de multinationale, file vers la société de consommation. Le théâtre de Clément Cogitore est fait d’ombre et de lumières mais dessine un univers désenchanté aux teintes grises, loin de la fantaisie naïve du dernier chef-d’œuvre mozartien.

    Plateau mozartien

    Côté Mozart, on goûte la lecture fluide de Leonardo García-Alarcón. Il mène la Cappella Mediterranea avec délicatesse. Ying Fang est la révélation de ce plateau. Sa Pamina séduit par sa ligne de chant souple et ses aigus filés. De même, le Papageno de Sean Michael Plumb habite la scène avec sa bonhomie naïve et un baryton sans défaut. Si le Tamino de Mauro Peter est scéniquement en retrait -il double l’enfant et l’adolescent qui le jouent sur scène- son ténor mozartien en fait un prince de qualité. Sabine Devieilhe est une grande Reine de la Nuit. Plus plaintive et mater dolorosa que furie vindicative, elle offre à ses vocalises le plaisir d’un jeu dramatique fouillé. Brindley Sherratt est Sarastro à la basse profonde et son autorité vocale est saupoudrée d’humour. Rodolphe Briand (Monostatos) joue les sbires bouffon façon « bad cop » lubrique avec gourmandise. Emma Fekete est une fort jolie Papagena. Les trois enfants sont issus du Knabenchor der Chorakademie Dortmund. Edwin Crossley-Mercer (Der Sprecher), les deux prêtres déguisés en pompiers new-yorkais, Damien Pass et Jonghyun Park ainsi que les trois dames, Alix Le Saux, Ashley Dixon et le beau contralto de Adriana Bignagni Lesca complètent ce plateau mozartien.

  • Le Week-end du cinéma belge déménage

    Le Week-end du cinéma belge déménage

    Les bénévoles de l’association la Brigade d’Intervention Cinéphile (la BIC) se surnomment entre eux « les biquets » et « les biquettes ». Depuis bientôt vingt ans, ils organisent ensemble chaque été à Frontignan un week-end pour découvrir le meilleur du cinéma belge. Pour la première fois cette année, c’est le cinéma Quai des Lumières, et non pas le Mistral, qui accueillera la manifestation et toutes les activités qui l’entourent, avec le soutien de la Ville de Frontignan.

    « Venez avec votre économe »

    Le premier rendez-vous de cette édition, le samedi 3 juillet à 14h, est destiné aux plus jeunes, avec l’avant-première du film d’animation Le Monde à l’envers, d’Arnaud Demuynck, Noé Garcia et Erwann Hette. À 15h10, le film On vous croit, de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, sera projeté. « C’est un long-métrage assez difficile mais nécessaire, qui met en scène une audience en temps réel au sein du tribunal de la jeunesse de Belgique », précise Monique Toutlemonde, membre de la BIC. Deux projections seront également organisées en présence des réalisateurs : Au bord du Monde, de Sophie Muselle (le samedi à 17h45) et Les baronnes, de Nabil Ben Yadir (le samedi à 21h15). Ce dernier sera de nouveau projeté le dimanche à 16h, juste avant la clôture du festival à 18h20 avec la rediffusion d’un film culte : La merditude des choses, de Félix Van Groeningen.

    Le but de l’opération étant avant tout de partager un moment convivial, une guinguette proposant des frites maisons, des moules et des bières sera ouverte dès 19h30. « Nous appelons à la pluche des patates le samedi à 9h. L’année dernière, nous avons réussi à peler 200 kg de patates en moins d’une heure », se réjouit Monique Toutlemonde. Les biquets et les biquettes recommandent donc d’amener son propre économe.

    * Renseignements :
    04.99.51.25.51

  • « La musique de Carla Bley peut toucher tout le monde »

    « La musique de Carla Bley peut toucher tout le monde »

    La Marseillaise : Vous êtes la première femme à diriger l’Orchestre national de jazz depuis sa création, il y a 40 ans. Y attachez-vous une importance particulière ou pas ?

    Sylvaine Hélary : Un peu des deux. J’ai postulé à l’Orchestre national de jazz en tant que musicienne, compositrice, flutiste, mais pas en tant que femme spécialement. En revanche, je mesure l’importance que cela peut par exemple avoir pour de plus jeunes musiciennes quant à leur manière de s’identifier à des figures féminines. À partir du moment où les femmes sont un peu plus visibles, qu’elles soient sur scène ou à des postes de direction, cela peut contribuer à changer la place des femmes dans la société en général : affirmer peut-être quelque chose ou rassurer, donner envie, se dire que c’est possible. Je mesure le pouvoir que cela peut avoir au niveau de la transmission.

    Si tout cela évolue aujourd’hui, c’est aussi grâce à des pionnières comme la compositrice et cheffe Carla Bley, à une époque où les femmes se comptaient sur les doigts d’une main à ces postes…

    S.H. : Complètement. J’ai rencontré sa musique il y a 30 ans quand je faisais des sessions avec le saxophoniste Rémi Sciuto, à qui j’ai confié les arrangements de la plupart du programme de Carla Bley. Avant, j’avais quelques références de musiciennes françaises comme Joëlle Léandre ou Hélène Labarrière. Mais elles étaient peu nombreuses. Puis la compositrice Carla Bley m’a ouvert tout un nouveau monde. Elle m’a impressionné par sa liberté, sa manière de naviguer entre des musiques différentes : elle a aussi bien travaillé avec des pointures jazz que Robert Wyatt ou le batteur de Pink Floyd, Nick Mason. Cette touche-à-tout a développé en même temps son propre langage. Elle a aussi joué toute sa vie avec certains de ses compagnons comme Steve Swallow, le dernier en date. Elle coche tous les souhaits que l’on peut avoir quand on est une jeune femme et qu’on veut devenir musicienne.

    Le directeur du festival des cinq continents dit qu’elle « fait un jazz qui tire jusqu’à la musique contemporaine, mais comporte aussi beaucoup de mélodies »…

    S.H. : Tout à fait. Avec notre projet, on voulait donner à entendre toute sa panoplie et pas seulement un son, celui de son orchestre avec beaucoup de cuivres. On a donc aussi ajouté un quatuor à cordes pour changer un peu la couleur, avoir notre propre son et ne pas faire une pâle copie du sien. Sous des airs très mélodiques, qui rappellent des musiques de films, le son de Carla Bley est très exigeant. Et dans le même temps, elle prodigue quelque chose de très accessible. La musique de Carla Bley peut toucher tout le monde. On a joué notre projet dans plein d’endroits comme l’opéra de Dijon. Les spectateurs ne la connaissaient pas bien, et pourtant, 1 600 spectateurs ont fini debout.

    Les 12 titres de votre album alternent le doux et le vigoureux. À l’image de sa personnalité ?

    S.H. : On n’avait pas envie que ça soit portrait en cire de Carla Bley, mais on se l’est approprié. On a voulu représenter plusieurs facettes de son écriture. possiblement reliable à celles de sa personnalité. Il y a à la fois des tubes comme « Utviklingssang » et « Musique mécanique », mais aussi « End of Vienna », plus chambriste que jazz. Elle a un parcours incroyable, est partie très tôt de chez elle, a même vendu des cigarettes au Birdland [club mythique de jazz new yorkais, Ndlr.]. Le monde du jazz et des musiques improvisées, à l’époque bouillonnant, a été pour elle fondateur.

  • [Grand entretien] Tiago Rodrigues : « Le désaccord estun trésor à Avignon »

    [Grand entretien] Tiago Rodrigues : « Le désaccord estun trésor à Avignon »

    Tiago Rodrigues : De grands développements technologiques au niveau de la communication, comme les réseaux sociaux, ont aussi un impact négatif et augmentent la désinformation. Les espaces de débats pluriels diminuent, envahis par la notion selon laquelle tout désaccord en société serait irréconciliable. On assiste à une montée très claire de l’agressivité, de la radicalité même, des discours politiques. Or, nous devons rappeler qu’une aventure comme le Festival d’Avignon, qui dure depuis presque 80 ans, est un espace où le désaccord est un trésor et vient équilibrer cette tendance, à mon sens négative, d’un discours trop polarisé, y compris dans les sociétés démocratiques. Les réponses trop simplistes, comme le déni climatique ou le masculinisme, montent en puissance. Des forces profitent de façon prédatrice de ce genre de polarisation de la société. Le Festival d’Avignon et le service public de la culture peuvent jouer un rôle qui compense cette tendance avec quelque chose de plus positif, avec la pratique joyeuse et collective de la découverte des spectacles.

    Le spectacle d’ouverture, « Maldoror », de Julien Gosselin, fait dialoguer l’écrivain chilien Roberto Bolano avec Lautréamont pour questionner les racines du « mal absolu ». Dans quoi réside-t-il aujourd’hui ?

    T.R. : J’ai hâte de découvrir ce spectacle de ce grand metteur en scène, mais j’ai des doutes sur cette dimension du mal absolu : la philosophe Hannah Arendt parlait de la banalité du mal et le dramaturge Bertolt Brecht, non pas des actions des mauvais, mais du silence des bons. Le Festival d’Avignon est cet endroit qui privilégie la découverte des arts, mais aussi un outil de participation démocratique. Plus que ma pensée, la philosophie qui peut répondre à votre question est celle de Julien Gosselin. Cela m’intéresse de savoir pourquoi nous sommes fascinés, à travers l’histoire, par les méchants du théâtre, par Richard III, par exemple. Qu’est-ce que l’observation du mal nous apprend ? Nous aurons des éclairages avec ce spectacle événement qui mêle théâtre, vidéo, cinéma et littérature, tout en proposant au public un autre rapport à la Cour d’honneur, avec des déambulations qui permettront au public de vivre un spectacle au Palais des Papes de façon très inhabituelle.

    La langue invitée cette année est
    le Coréen, avec entre autres «
     Island story » de Kyung-Sung Lee, qui fait entendre des témoignages de survivants de la répression
    d’une commémoration de la fin de l’occupation japonaise, en 1948.
    Le colonialisme est-il aussi l’un des maux principaux de notre époque
     ?

    T.R. : Si le Festival d’Avignon est une sélection de spectacles qui traduisent l’implication des artistes dans le monde, il ne faut pas non plus penser qu’il est un festival politique qui traduit un théâtre. Nous ne sommes pas un festival avec un agenda politique, mais d’art vivant à l’écoute des imaginations et des urgences des artistes. Effectivement, Kyung-Sung Lee parle de cet épisode tragique associé à la division de la péninsule au moment de la création des deux Corées et parle d’un massacre qui a été sujet à beaucoup d’omerta. Mais il ne faut pas oublier non plus Silence, par exemple, spectacle très joyeux de musiques chorégraphiées de Lucie Antunes et Mathilde Monnier, qui font le pari de la poésie et de l’abstraction, ou encore 1,2,3 Poquelin de la compagnie TG Stan, qui présente sept pièces de Molière à la Carrière de Boulbon. N’oublions pas non plus le collectif d’acrobates XY, qui permet pour la première fois la présence du cirque dans la Cour d’honneur. Vous savez que le sujet politique m’intéresse, mais parfois, il y a le risque de rendre le festival plus étroit. Or, le festival est bien plus large que la Une des journaux.

    La confrontation d’idées se retrouvera aussi en fin de festival, avec « L’Aube des questions ».
    En quoi cela consiste-t-il
     ?

    T.R. : Cet événement essaye de célébrer et synthétiser les questions qui ont traversé le festival. On réunit beaucoup d’artistes, mais aussi des personnes de la société civile comme Christiane Taubira, la poète marseillaise Laura Vazquez, le syndicaliste Philippe Martinez, l’écrivain Camille de Toledo… On fait une liste de 80 questions, à l’aube, pendant les premières heures du premier jour suivant la fin du festival, avant de les lancer au monde depuis la scène.

    Le festival « off » d’Avignon a adressé une lettre ouverte aux candidats
    à la présidentielle qui fait part de ses craintes sur les coupes budgétaires et les censures sur le monde de la culture. Quelle est votre position
     ?

    T.R. : Nous sommes en synchronisme total dans le sens où le Festival d’Avignon fait partie du Syndeac [Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, Ndlr], qui exprime depuis des mois son inquiétude vis-à-vis de la nécessité d’un pacte politique large, sur la continuité du financement du service public de la culture. Il faut faire réfléchir pas seulement les élus actuels, mais surtout les candidats à la présidentielle, qui vont être les référents de l’agenda politique. Nous sommes à la fois structurants comme festival de création qui impacte la production et la création de spectacles en France, mais nous sommes aussi un forum de débats importants, aussi bien sur le service public de la culture que sur les services publics de manière générale. La façon dont les candidats vont s’emparer d’une vision de la politique culturelle en France est très importante et nous sommes partants pour aider ceux qui s’y intéressent.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • Spectacles en pagaille aux Nuits de Bayssan

    Spectacles en pagaille aux Nuits de Bayssan

    Après une année blanche, les Nuits de Bayssan sont de retour au domaine départemental éponyme, à Béziers. Du 27 juin au 17 juillet, danse, cirque et musique se mêleront pour le bonheur des petits et des grands. La recette ne change pas, misant sur l’éclectisme et l’accessibilité. « La programmation rassemble du hip-hop, de la culture urbaine, du jazz, de l’électro. C’est un temps festif, familial, qui lance la saison estivale qui s’annonce chaude », souligne Bruno Houlès, directeur de la scène de Bayssan.

    Premier rendez-vous est donc donné le 27 juin pour une soirée réunissant 3 spectacles de danse. « Nous aurons la présence du chorégraphe Amala Dianor pour deux spectacles : Level up et M&M, un programme avec douze danseurs, un DJ. La soirée se prolongera avec eux puisqu’ils nous proposeront une danse participative », détaille Bruno Houlès. En première partie de soirée, l’école Epse Danse, sous la houlette du chorégraphe Kader Attou, reprendra notamment des extraits du spectacle de ce dernier, Prélude.

    Une édition anniversaire

    Le 2 juillet, ce sera au tour de la compagnie MazelFreten, révélée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris, d’assurer le show avec Rave lucid (21h45). Le lendemain, après une pièce de théâtre en suspension de la compagnie Concordance (19h30), le cirque prendra le relais de la danse avec la venue des Sud-Africains de Zip Zap Circus (21h45). « C’est assez exceptionnel, ils profitent de leur tournée en Europe cet été pour faire une halte à Béziers. Les numéros sont superbement interprétés avec des danses traditionnelles sud-africaines », poursuit Bruno Houlès. Sa particularité ? Être une troupe de cirque social. « Les artistes sont découverts et recrutés dans la rue, au Cap. On accompagne ces jeunes sur des pratiques circassiennes. »

    Cette édition des Nuits de Bayssan se refermera avec quatre soirées musicales. Le 10 juillet, place à la soul, avec la venue de Ben l’Oncle Soul (21h). « Il viendra présenter son nouvel album après seize ans d’absence. C’est l’occasion de le redécouvrir », fait valoir le directeur. Un concert précédé par celui du quartet funk Head Fools, basé à Montpellier.

    La scène s’électrisera un peu plus avec le concert de Nina Attal, venue présenter avec son groupe 100 % féminin des reprises tirées de l’album Electric ladyland de Jimi Hendrix (12/07, 21h). Avant que le groupe de soul Electro Deluxe ne prenne la relève pour fêter ses 25 ans de carrière. Une édition spéciale anniversaire puisque seront également célébrés les 40 ans de Radio Pays d’Hérault le 15 juillet (19h-20h30, 22h30-1h), avec une soirée dub. Entre deux sets, ce sera au tour de Queen Omega, chanteuse trinidadienne de reggae, de faire danser le public (21h). « On clôturera ces festivités avec un hommage à Rachid Taha, le 17 juillet. C’est un projet qu’on porte avec le festival Arabesques. On invite à découvrir cette relecture de tous les grands succès de Rachid Taha », précise Bruno Houlès.

    En somme, une programmation éclectique pour tous les publics. Une belle manière de lancer la saison estivale.

    Programme complet à retrouver sur scene-de-bayssan.herault.fr.