Tag: Environnement

  • Reconnaissance d’un préjudice écologique causé par des mines en Occitanie

    Reconnaissance d’un préjudice écologique causé par des mines en Occitanie

    Par Elohane Durand, avocate fondatrice du cabinet Natur’avocat, membre de la commission environnement du SAF

    Contexte du recours : pollution dans la vallée de l’Orbiel.

    Cette décision s’inscrit dans le cadre plus large de la lutte contre la pollution des anciens sites miniers de la vallée de l’Orbiel. L’activité minière de la région fut très conséquente depuis 1892. Suite à sa fermeture définitive en 2004, la vallée est qualifiée par CCFD-Terre solidaire de « véritable décharge chimique », avec « 3 000 000 de tonnes de produits toxiques purs, dont 800 000 tonnes d’arsenic » présents sur les bassins de l’Orbiel (1).

    Enfants testés positifs à une surexposition à l’arsenic

    La pollution devient un sujet de notoriété publique lors des inondations de 2018, lorsque de l’eau contaminée se déverse dans les terrains et villages avoisinants les anciens sites miniers pollués. L’année suivante, une trentaine d’enfants seront testés positifs à une surexposition à l’arsenic selon Le Monde (2).

    Décision de la juridiction : reconnaissance d’un préjudice écologique. L’association Terres d’Orbiel, une des requérantes du recours devant le TA de Montpellier, a demandé la reconnaissance et la réparation du préjudice écologique. Elle souligne la carence fautive de l’État dans l’exercice de son pouvoir de police des mines, notamment pour les raisons suivantes :

    Les mesures prises après la fermeture des mines furent insuffisantes, de même pour la gestion des zones contaminées et des zones de stockages.

    L’État n’a pas exigé une diminution significative des polluants.

    Un manquement aux devoirs de vigilance et de prévention en matière de droit de l’environnement.

    Dans sa décision rendue le 22 juillet 2025, le juge enjoint le préfet de l’Aude de prendre, dans un délai d’un an, « toutes les mesures utiles de nature à réparer le préjudice écologique constaté et de prévenir l’aggravation des dommages […] afin de limiter effectivement la concentration en arsenic des eaux superficielles de la vallée de l’Orbiel, et en maintenant les outils de contrôle permettant un pilotage effectif des actions menées. »

    Cela étant, la préfecture de l’Aude exprime, lors d’un communiqué de presse du 24 juillet 2025, la difficulté d’une telle tâche en vue du niveau de pollution, en soulignant que « l’évacuation de l’ensemble des terres impactées sur les anciens sites miniers est à ce jour irréalisable ».

    1) ccfd-terresolidaire.org

    2) lemonde.fr

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  • Dix projets innovants primés

    Dix projets innovants primés

    Dix projets portés par des acteurs de la région et financés par l’Union européenne ont été récompensés ce jeudi 7 mai à l’hôtel de Région, à Marseille. C’est le projet de l’ambulance connectée qui a remporté le prix du public lors de cette 4e édition.

  • Une première réserve naturelle en Vaucluse

    Une première réserve naturelle en Vaucluse

    D’une superficie de 235 hectares, la Réserve naturelle régionale Ermitage-Escampeaux comprend 16 falaises recensées ainsi qu’un ensemble de milieux à très forte valeur écologique. Située à Villes-sur-Auzon, dans le Vaucluse, elle devient la première réserve naturelle régionale du département et marque une étape majeure pour la préservation des milieux naturels remarquables du piémont sud du Ventoux. Elle vient renforcer la protection d’un patrimoine naturel d’exception.

    Installée entre le mont Ventoux et les gorges de la Nesque, en plein cœur du Parc naturel régional du Mont-Ventoux, la Réserve s’appuie sur un ancrage foncier majoritairement communal : 98% du périmètre appartient à la commune, soit 51 parcelles. Seul 1% du foncier relève du Département, représentant 4 parcelles. Le pourcentage restant est constitué de propriétés privées, soit 12 parcelles réparties entre dix propriétaires.

    Des objectifs multiples pour la Réserve

    Le dispositif de protection, porté par la commune de Villes-sur-Auzon et par le Parc naturel régional – qui a joué un rôle déterminant dans l’émergence du projet, en cohérence avec sa charte visant à contribuer à la mise en œuvre de la Stratégie nationale de création d’aires protégées (Scap) – présente des objectifs variés pour la Réserve naturelle régionale Ermitage-Escampeaux.

    Il s’agit d’abord de préserver les espèces et leurs habitats, d’en assurer la fonctionnalité ainsi que leur capacité d’adaptation, notamment en conservant la mosaïque de milieux ouverts et rupestres. La Réserve ambitionne également de trouver un équilibre entre la protection du patrimoine naturel et le maintien des activités humaines traditionnelles.

    Elle vise aussi à améliorer la connaissance scientifique des milieux et des espèces présentes, en particulier des habitats et espèces emblématiques telles que la nivéole de Fabre, une plante herbacée que l’on retrouve dans le Parc naturel régional du Mont-Ventoux.

    Enfin, la Réserve participera à la valorisation du patrimoine naturel et à la sensibilisation du public en associant citoyens, usagers et propriétaires à la compréhension et à la mise en valeur du site, dans une démarche à la fois pédagogique et collective.

    Tout au long de l’année, le Parc naturel régional du Mont-Ventoux, fort de son expertise en matière de biodiversité et de gestion des espaces remarquables, s’attachera à élaborer un plan de gestion de la Réserve. Celui-ci précisera les moyens, les priorités et les actions à mettre en œuvre afin d’atteindre les objectifs fixés.

  • La biodiversité ne peut plus attendre

    La biodiversité ne peut plus attendre

    Le frelon asiatique ne représente pas seulement un problème pour les seuls apiculteurs : il est le symptôme d’un déséquilibre plus profond.

    En quelques années, ce prédateur a trouvé sa place dans nos écosystèmes fragilisés, au point de menacer l’une de leurs pierres angulaires : les pollinisateurs.

    Or, sans abeilles ni insectes sauvages, c’est toute la biodiversité, et plus largement notre sécurité alimentaire, qui vacille.

    Face à cette menace, les initiatives locales se multiplient.

    Des collectivités s’organisent, les habitants installent des pièges, les apiculteurs s’adaptent. Cette mobilisation est salutaire, mais elle révèle en creux l’essentiel : la lutte repose encore trop sur le volontariat et le bricolage. Peut-on réellement enrayer une invasion avec des moyens dispersés et insuffisants ?

    Des choix à assumer

    Car le défi est à la hauteur de l’enjeu écologique. Comprendre les dynamiques du frelon, améliorer les techniques de piégeage, coordonner la destruction des nids : tout cela exige de la recherche, des moyens financiers et une stratégie cohérente au niveau national. Sans cela, chaque territoire lutte seul et bien souvent trop tard.

    Protéger la biodiversité ne peut être un vœu pieux. C’est un investissement. Et comme tout investissement, il suppose des choix politiques clairs et assumés. Faute de quoi, le frelon asiatique continuera de prospérer, et avec lui, le lent effacement du vivant.

  • Les calanques marseillaises lentement dépolluées

    Les calanques marseillaises lentement dépolluées

    Titanesque, le chantier de dépollution des calanques, entre le Mont Rose et Callelongue, a connu sa première phase, du 1er septembre au 31 mars dernier. Pour mémoire, l’État avait été contraint par une décision de justice, en décembre 2024, de le mener à bien d’ici juin 2038, suite au recours de trois associations, celle de Santé littoral sud (ASLS), Union calanques littoral et la Fédération d’action régionale pour l’environnement Sud. Avant que ne démarre la seconde phase, les principaux acteurs de l’opération ont tiré un premier bilan sur les sites de l’Escalette et de Samena, ce mercredi 6 mai.

    Le but : traiter les rejets industriels déposés par l’industrie au fil des XIXe et XXe siècles. Des scories contenant des taux élevés de cadmium, de mercure, d’arsenic ou de plomb, comme le relevait en 2005 une étude de l’Institut de veille sanitaire. « Sept dépôts sur vingt devaient être traités, trois n’ont pas été terminés », indique Louise Walther, directrice de l’environnement à la préfecture. En cause : la mauvaise météo, des contraintes réglementaires avec la nécessité d’employer des corps de métiers très spécialisés pour des finitions « léchées » en plein site classé, explique-t-elle. Se sont ajoutés d’autres paramètres : respecter des espèces protégées, prendre en compte les habitants et la fréquentation touristique. Bref, « un chantier très atypique dans un site très contraint », résume-t-elle.

    Des surprises au menu

    Les maîtres d’ouvrage ont également eu quelques surprises, notamment sur les tonnages, « 44% de plus » que prévu, précise Louise Walther. Soit 3 500 tonnes au lieu des 2 500 prévues initialement.

    Concrètement, à Samena, des restanques ont été créées, « il a fallu creuser le calcaire », explique Mélody Gros, cheffe de projet sites pollués à l’Ademe. Seuls deux des trois dépôts ont été traités. L’année prochaine, il faudra « retirer la membrane qui ne supporte pas les UV » pour faire du définitif avec l’habillage paysager, ajoute-t-elle.

    Le port de l’Escalette n’est pas achevé non plus. Reste, là encore, la végétalisation, des parements de pierre à réaliser, mais les scories sont confinées, assure Melody Gros. À la calanque des Trous, un mur et un enrochement ont vu le jour, mais « on s’est arrêté là, car l’insertion paysagère demande de prendre beaucoup de temps », complète-t-elle.

    Financièrement, ces couacs n’ont rien ajouté aux 14,9 millions d’euros de budget. « On avait prévu des marges », assure la responsable de l’Ademe.

    Pour la seconde phase, prévue du 1er septembre au 31 mars, il reste à traiter seize dépôts. Soit 6 000 tonnes de scories à enlever sur neuf zones géographiques distinctes. Le gros morceau sera le belvédère de Callelongue, qui « va demander du temps, 7 mois de travaux à lui seul », prévient Mélody Gros, avec à la clé, pour les riverains, de « grosses perturbations de circulation et de stationnement ».

    Un mal pour un bien. « On s’est bagarrés pendant plusieurs années pour ces travaux, on ne va pas se priver du plaisir de voir que ça se fait », commente Rolland Dadena, président d’ASLS, qui souligne aussi « le dialogue » instauré avec la mise en place d’un comité de suivi en 2024. Mais, pour lui, il faudrait aller plus loin en dépolluant aussi le site de Legré-Mante.

    En termes de santé, s’il n’y a « pas eu d’alerte particulière », les services de l’État restent vigilants. Il y a deux voies d’exposition rappelle Cécile Morciano, responsable du service santé environnement à la délégation des Bouches-du-Rhône de l’ARS : « L’ingestion de la terre et de sable contaminés par les enfants et la consommation d’oursins et de moules. » Après un historique mené sur 10 ans, « aucun signal sanitaire sur ce secteur ne nous a été remonté », insiste-t-elle. Si le confinement des scories supprime le risque, la qualité de l’air restera sous surveillance durant le chantier et 7 mois après. Mais la pêche aux moules n’est pas pour demain, « les sédiments côtiers restent », reconnaît Cécile Morciano.

  • Un catamaran écologique en escale au Vieux-Port

    Un catamaran écologique en escale au Vieux-Port

    Ce mardi 5 mai était le premier jour d’une longue escale pour la fondation Race For Water. Depuis 2015, le groupe réalise des expéditions avec notamment deux odyssées à son actif, dans le but de sensibiliser à l’importance des océans avec des bateaux uniques et révolutionnaires, qui dégagent zéro émission de CO2 et aucun bruit. Le projet Posidonia Connect se déroulera du 5 au 28 mai avec une escale à Naples en Italie, le catamaran MODX70, terminera son voyage à Toulon. Une expédition et des missions réalisées augmentées d’études scientifiques sur l’impact du changement climatique dans les océans et une promotion des solutions technologiques pour contribuer à la décarbonation du monde maritime. « Autour de cette course de voile, on voulait sensibiliser à l’importance des océans tout en harmonisant les méthodes d’étude scientifique », explique Camille Rollin, coordinatrice de l’odyssée.

    S’imposer pour 2030

    La fondation rêve grand et espère s’imposer dans les années 2026-2030. La première innovation se trouve dans le bateau, le navire utilise 100% d’énergies renouvelables, 126 tonnes d’émissions de CO2 évitées par an, soit l’équivalent de 60 voitures parcourant 15 000 km. « On a cette ambition pour les années à venir d’avoir cette vision à l’échelle du bassin méditerranéen de l’état de l’écosystème de l’air », déclare Patrick Astruch, ingénieur de recherche. Dans la continuité d’une édition 2025 réussie avec plus de 13 sites explorés. La fondation vise aujourd’hui l’Italie : « L’enjeu de la campagne va être de rejoindre deux secteurs d’intérêt, notamment dans le nord de la Sardaigne, en collaboration avec des équipes de recherche sur place », complète le docteur qui espère sensibiliser aux enjeux de la posidonie. Ce navire « nous a épatés à la Ville de Marseille, commente Hervé Menchon, adjoint à l’écologie, il nous était impossible de ne pas soutenir ce projet ».

  • [Entretien] Robin Prétot : « La population est réfractaire à cet incinérateur »

    [Entretien] Robin Prétot : « La population est réfractaire à cet incinérateur »

    La Marseillaise : Vous avez présenté votre premier budget lors du dernier conseil municipal. Vous dites avoir frôlé la tutelle de la Chambre régionale des comptes.

    Robin Prétot : Quand on est arrivés, on m’a présenté un projet de budget avec deux régies annexes déficitaires. C’est ce qui aurait pu amener le préfet à nous placer sous la tutelle de la Chambre régionale des comptes, pour qu’elle observe l’ensemble du budget de la commune, comme c’est le cas pour la Métropole. Je ne voulais pas qu’on rentre dans ce scénario, qui aurait pu mettre la vie associative istréenne fortement en danger, puisqu’on n’aurait pas voté les subventions avant le mois de juin. Certaines structures n’ont pas la trésorerie pour tenir jusque-là.

    La régie Nexus est-elle abandonnée ?

    R.P. : C’est un équipement qui n’a même pas un an. Il avait pour objectif d’offrir un espace pour les jeux vidéo et réalité virtuelle, sauf qu’il était déjà déficitaire de 246 000 euros et qu’il perdait 50 000 euros par mois. On a abandonné cette régie lors du dernier conseil municipal, car c’était intenable. Ça nous a demandé une subvention de liquidation de 600 000 euros. Ce sont 600 000 euros en moins dans les caisses de la Ville. Les cinq agents vont être reventilés dans les services. Les trois CDD qui arrivent à terme, le 31 mai, ne seront pas renouvelés.

    Que vont devenir les équipements ?

    R.P. : C’est un investissement d’1,8 million d’euros, donc ça fait mal à cœur. Il y a des bancs de gaming avec de gros ordinateurs, ce sont peut-être des choses qu’on peut céder ou qu’on peut mettre aux enchères. On n’exclut pas de garder l’idée originale du Nexus, mais d’en faire une délégation de service public pour la confier à un porteur privé qui a une logique d’équilibre et de recettes, une logique de business.

    La régie du centre équestre du Deven posait aussi problème. Qu’en est-il ?

    R.P. : Elle est aussi déficitaire de 102 000 euros. On veut la conserver, car il y a plus d’usagers et d’agents qui y travaillent et c’est du patrimoine. Mais comment on fait ? C’est un service public industriel et commercial qui, normalement, doit s’équilibrer par lui-même. On a discuté longuement avec les services de l’État pour trouver une solution dans les textes qui permette de voter une subvention d’équilibre de 102 000 euros d’ordre exceptionnelle. Mais il a fallu la justifier sur des motifs très particuliers qui sont valables une fois, mais qui ne le seront pas deux fois. Le sujet va donc se représenter l’année prochaine, on a juste gagné du temps. Il nous reste 8 mois pour s’appuyer sur l’audit RH et l’audit des finances et entamer un vrai plan d’économies internes. On a sauvé 2026, maintenant, il faut préserver 2027. Pour ça, il faut faire des choix courageux. Au Deven, ça va peut-être nécessiter qu’on fasse des coupes ou qu’on augmente les tarifs. On ne peut pas garder une logique de pur service public sur des choses comme ça, qui sont en réalité économiques, industrielles et commerciales.

    Vous avez lancé un audit financier et RH de la Ville. Avez-vous déjà des pistes d’optimisation ?

    R.P. : On en est à la réception des offres des différents cabinets d’audit. On espère avoir les premiers résultats pour juillet. L’idée, ce sera certainement de réguler la masse salariale avec des départs en retraite qui ne seront pas tous remplacés. Je pense qu’il y a aussi des marges à trouver dans le fonctionnement de la commune, qui dépensait beaucoup d’argent. On a, par exemple, 350 voitures dans le parc auto pour une ville de 45 000 habitants. C’est juste lunaire. On peut aussi être plus sobre dans les frais de réception, les festivités… Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

    En diminuant la masse salariale (1 600 agents, 67 millions d’euros), ne craignez-vous pas d’attaquer la qualité du service public ?

    R.P. : Je ne suis pas inquiet là-dessus. Je pense qu’il faut revoir le fonctionnement interne, re-flécher les agents sur des missions qui relèvent vraiment du service public. Je préfère avoir des Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) supplémentaires plutôt que des agents qui gèrent un service industriel et commercial comme le Nexus, par exemple. En travaillant bien, on peut garder une qualité de service public de haut niveau avec une masse salariale qui, au fil des années, va se réduire.

    L’enquête publique autour du projet d’incinérateur de Suez, auquel vous vous opposez, a été prolongée. Quelles sont concrètement vos voies de recours ?

    R.P. : Juridiquement, on n’en a aucun. Par contre, on a quelque chose auquel je crois beaucoup : la mobilisation publique, l’acceptabilité sociale, qui est en l’occurrence de zéro. Je veux qu’on transforme cette enquête publique en véritable tribune de la contestation pour que le commissaire, j’espère, rende un avis négatif et puisse influencer la décision à la fois de l’État et du porteur de projet. La population est réfractaire à cet incinérateur, ce n’est ni viable démocratiquement, ni économiquement. C’est presque une affaire de principe dans ce territoire où on a toujours été considérés comme la poubelle des autres. On ne troque pas notre santé, notre qualité de vie, notre qualité de l’air contre quelques avantages énergétiques. On a l’impression que l’histoire se répète et c’est pas possible.

  • [Incendies] À Digne, une feuille de route pour faire face aux risques

    [Incendies] À Digne, une feuille de route pour faire face aux risques

    « On sait qu’à la fin du siècle, les bois de Vincennes et de Boulogne à Paris brûleront aussi bien que nos forêts dans le département. On est vraiment tous concernés », a insisté le pompier Carlo Zaglia à l’ouverture de la table ronde organisée mercredi en préfecture. « L’objectif de cette feuille de route, c’est de placer au cœur les maires, qui sont les directeurs des opérations de secours, les patrons sur la commune », a avancé Sylvain Besson, le directeur du Sdis 04.

    « 1% de la population engagée comme pompier »

    Mathias Borsu, directeur adjoint à la DDT (direction départementale des territoires), a lui insisté sur l’importance de « faire en sorte que l’urbanisation se fasse dans des zones qui ne sont pas exposées aux risques ». Enzo Fontani, jeune adolescent sapeur-pompier originaire de Vinon-sur-Verdon, a également témoigné lors de cette table ronde. « Dès petit, je rêvais des camions rouges. En devenant plus grand, je me suis rendu compte que les pompiers, ce n’est pas seulement le camion rouge, c’est un engagement, c’est une famille », a-t-il expliqué.

    « On est un territoire de la résilience, parce qu’on est un territoire où des crises sont susceptibles d’intervenir. Sur l’ensemble des risques qui ont été listés, vous voyez que beaucoup pèsent sur ce département », a rappelé la préfète, Isabelle Tomatis. « Ce territoire est assez extraordinaire, parce que c’est un territoire de risque, de résilience et d’engagement. C’est un territoire dans lequel 1% de la population est engagée comme sapeur-pompier volontaire. Ça n’existe nulle part ailleurs », a-t-elle affirmé. La feuille de route résilience comprend quatre axes : connaître les risques, former, planifier et garantir une réponse opérationnelle.

  • [Entretien] « Les enfants de 6 à 10 ans sont les plus contaminés, il y a une accélération »

    [Entretien] « Les enfants de 6 à 10 ans sont les plus contaminés, il y a une accélération »

    Il se veut un « scientifique qui alerte ». C’est ce que son association a fait dès 2023, puis en 2025 en soutenant les travaux menés par la Conférence nationale des médecins libéraux et appelle à l’action.

    La Marseillaise : Peut-on rappeler ce qu’est le cadmium ?

    Pierre Souvet : C’est un métal lourd qui n’a aucune vertu pour l’organisme contrairement au fer, calcium, zinc, cuivre, naturellement présent dans le sol mais on a augmenté les stocks à cause de l’épandage d’engrais trop riches en cadmium depuis de très nombreuses années. Le flux vers les aliments a augmenté puisque l’Anses, dans son « Étude de l’Alimentation Totale 3 » (EAT 3), sortie en février, dit qu’elle a trouvé dans des céréales, notamment au chocolat, trois fois et demie plus que dans la précédente étude EAT 2 [publiée en 2011, Ndlr.].

    Quels sont les effets sanitaires ?

    P.S. : Il a une capacité très inquiétante : il altère votre ADN et sa réparation. Il perturbe la mort cellulaire, l’apoptose, qui fait qu’une cellule ne peut pas se transformer en cellule cancéreuse. Il est lié à plusieurs cancers, du poumon, du sein, de la prostate, de la prostate, du pancréas, parce qu’en plus d’être cancérigène, il est perturbateur endocrinien. Il donne des neuropathies, provoque des troubles osseux avec le doublement du risque de fracture du col du fémur ou du rachis par ostéoporose à partir de la dose de 0,50 microgramme par gramme de créatinine dans les urines. C’est la dose établie par l’Anses à partir de laquelle les premiers signes cliniques apparaissent, dans une analyse qui date de 2011. Le cadmium altère aussi le foie, les reins, la reproduction.

    Y a-t-il des populations plus exposées que d’autres ?

    P.S. : Tout le monde est fragile, mais il y a des gens plus exposés. Ceux qui ont une alimentation qui va favoriser l’absorption, et ceux qui en plus respirent le cadmium parce qu’ils sont dans des zones industrielles exposées. La pénétration par voie respiratoire est de 50%, beaucoup plus forte. On s’est toujours inquiété pour les gens de Fos, parce que la métallurgie rejetait beaucoup de cadmium. C’était une tonne par an, on est passé à peu près à 300 kg. Il y a eu des progrès, mais c’est un produit toxique qui s’accumule, sa demi-vie est de 20 à 30 ans. Selon Santé Publique France, les enfants de 6 à 10 ans, en moyenne, ont 0,31 microgramme par gramme de créatinine. 0,31, vous entendez bien ! Ce sont les plus contaminés, comme s’il y avait une accélération brutale…

    Le taux de cadmium autorisé dans
    les engrais reste élevé alors que vous n’avez cessé d’alerter, que l’Ansès
    a fait des recommandations. Comment l’expliquez-vous
     ?

    P.S. : Le taux légal en France est à 90 milligrammes par kg, le taux européen est à 60, une décision qui avait été prise en 2018. L’Anses a demandé de baisser les taux à 20 milligrammes dès 2021. Il y a des intérêts géopolitiques, financiers… du fait qu’on se sert dans un pays où les taux de cadmium sont trop élevés comme le Maroc. Alors qu’il est possible moyennant un coût de 2 à 3 euros à l’hectare d’aider à l’enlever sur place.

    L’agriculture bio fait-elle partie des solutions ?

    P.S. : Oui. Il faut ne plus subir en limitant les aliments les plus contributeurs. Chez l’adulte, c’est le pain, tout ce qui dérive des céréales, et les pommes de terre. Chez l’enfant, le premier contributeur, ce sont les pommes de terre. Après il y a les biscuits sucrés et les céréales. Nous avons fait une fiche à l’ASEF avec 15 unions de médecins libéraux sur 17, soit 80% des médecins français que nous mettons à disposition du public sur notre site.

    L’information du public c’est l’un de vos axes d’action ?

    P.S. : Il faut se protéger, mais aussi prendre des mesures en faveur de l’agroécologie et former les professionnels de santé. C’est ce que disent notamment les quatre grandes sociétés mondiales de cardiologie.

    Dans votre livre, « Anti-toxique,
    Le guide des polluants cachés
     »*,
    vous proposez des solutions pour
    un certain nombre de polluants
     ?

    P.S. : On est entouré de polluants invisibles. C’est un livre très simple, qui permet de comprendre et d’agir. Parce que l’objectif, ce n’est pas de faire peur.

    *sous la direction du Dr Pierre Souvet, Éditions Albin Michel, 24.90€, avril 2026

  • Le cadmium, un enjeu sanitaire majeur

    Le cadmium, un enjeu sanitaire majeur

    Des avocats rappelés massivement partout en France car ils contiennent trop de cadmium, dans les enseignes Lidl et Carrefour le 21 avril… Moins de 15 jours après une étude fracassante publiée par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) sur l’exposition croissante de la population à ce métal lourd, ce problème de santé publique refait surface et les autorités ne semblent pas vraiment en prendre la mesure.

    Dans son étude, l’Anses tire la sonnette d’alarme pressant d’agir sur les sols agricoles et la teneur des fertilisants, comme les engrais minéraux phosphatés. Naturellement présent dans la nature, cet élément toxique se retrouve présent dans le corps des Français dans des doses trois à quatre fois plus élevées que dans d’autres pays européens, par le biais de notre alimentation. Près de la moitié de la population présentant des expositions dépassant les valeurs sanitaires de référence, l’Anses évoquant « une imprégnation préoccupante à tout âge et dès le plus jeune âge ».

    Une énième alerte quand dès 2021, l’étude « Esteban » menée par Santé publique France estimait déjà que 47,6% de la population générale adulte (18-60 ans) dépassait le niveau « critique » de concentration urinaire de cadmium. Niveau qui est encore monté avec un taux d’imprégnation de trois à quatre fois supérieur à celui constaté « dans d’autres pays nord-américains et européens ».

    L’Anses recommande notamment d’agir « à la source », au niveau des engrais utilisés, des effluents d’élevage et des boues de station d’épuration. Et de revoir « dès que possible » les valeurs limites fixées pour le cadmium dans les engrais, à 20 milligrammes par kilo, contre 90 actuellement. Ce qu’elle préconisait déjà en 2019.

    Dans la foulée, le gouvernement a annoncé un décret en ce sens. En octobre 2023, le ministère de l’Agriculture avait mis en consultation un arrêté envisageant de réduire ce taux, sans suites depuis. « C’est en cours » a juste indiqué la ministre Anne Genevard en marge d’un colloque début avril.

    Le dépistage remboursé pour les plus exposés

    De son côté, la filière des engrais, via son association France Fertilisants, a fait valoir une réduction d’environ 70% de l’usage d’engrais minéraux phosphatés depuis 1988, assurant développer des procédés de « décadmiation », toutefois « complexes et coûteux » estime-t-elle pour réduire les teneurs en cadmium.

    « On a beaucoup de technologies pour dépolluer les sols » des métaux lourds, affirme de son côté Rémi Muth, directeur technique de la branche dépollution de Séché Environnement, entreprise spécialisée dans la gestion des déchets. Mais, ajoute-t-il, elles ne sont pas adaptées aux sols agricoles. Notamment parce que ces travaux mobilisent « souvent des moyens lourds », avec des durées de traitement « assez peu compatibles avec une exploitation agricole », qui verrait ses surfaces cultivables réduites. Mais aussi parce que le traitement lui-même peut fragiliser ou tuer la matière organique du sol.

    Quant à la dépollution grâce aux plantes, elle est « encore au stade expérimental », observe Thibault Sterckeman, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) qui conclut : « La décontamination des sols agricoles en France n’est pas pour demain. »

    Seule maigre avancée à ce jour, les représentants des biologistes médicaux et l’Assurance maladie ont trouvé un accord mi-mars sur le tarif du dépistage de l’exposition au cadmium en laboratoire de ville a-t-on appris le 9 avril. Le dosage sanguin et urinaire du cadmium à un tarif de 27,50 euros, sera pris en charge à 60% par l’Assurance maladie et 40% par les complémentaires santé dès cet été, a indiqué François Blanchecotte, président du syndicat représentatif SDBIO. Seules seraient concernées les personnes vivant à proximité de sites industriels ou des salariés exposés.

    « La décontamination des sols agricoles en France n’est pas pour demain »