Tag: entretien

  • [Quoi de neuf] Guy Bersinger : « La première marche d’accès à la Justice »

    [Quoi de neuf] Guy Bersinger : « La première marche d’accès à la Justice »

    Rémy Cougnenc : La conciliation est-elle comparable à la médiation ?

    Guy Bersinger : Les fonctions de médiateur et de conciliateur sont voisines mais différentes dans leur mode de fonctionnement. Les médiateurs sont des professions libérales qui facturent leurs prestations. Les conciliateurs de justice sont des bénévoles. Pour le devenir, il faut faire acte de candidature auprès du premier président de la Cour d’appel ou du tribunal. On est reçu, on suit un stage pour prendre connaissance de la fonction et de ses contraintes, on est formé par des formateurs de l’École nationale de la magistrature. Quand la référente madame Béatrice Bourgal (de l’association des conciliateurs de justice), estime que le candidat est prêt, on rencontre la présidente puis on prête serment. On peut alors commencer à concilier.

    Rémy Cougnenc : En quoi consiste la mission d’un conciliateur ?

    Guy Bersinger : Le conciliateur doit rester neutre et impartial. Nous avons un code de déontologie à respecter. On ne peut pas intervenir dans un litige quand on connaît l’une des parties. On doit respecter la confidentialité des échanges. Ce qui est dit reste dans le bureau. La solution à laquelle le conciliateur amène les deux parties, si jamais l’une refuse jusqu’au dernier moment c’est son droit. Quand les deux parties trouvent une solution d’entente, le conciliateur peut rédiger un constat d’accord de conciliation, le faire signer par les deux parties et le présenter à un juge. Il a alors force exécutoire. Si l’une des deux parties ne respecte pas sa part de l’accord, c’est le juge qui reprend l’affaire et qui tranche.

    Olivier Nottale : Concilier signifie donc faire des compromis, même quand on est persuadé d’avoir raison ?

    Guy Bersinger : Si l’un a parfaitement raison et l’autre tort, il n’y a pas de conciliation possible et ils vont en Justice. L’idée c’est que les conciliateurs ont l’obligation de traiter un dossier dans les trois mois après transmission. C’est beaucoup plus rapide que les délais de la Justice malheureusement engorgée. Si chacun ne fait pas un pas vers l’autre, la partie qui s’estime lésée va devoir monter un dossier, payer des frais de dossier, d’avocat… La conciliation est plus rapide, plus souple. On ne gagne peut-être pas tout ce que l’on veut mais on s’évite de gros tracas et une décision du juge.

    Rémy Cougnenc : Pour l’État n’est-ce pas un moyen déguisé de désengorger les tribunaux sans recruter les personnels nécessaires ?

    Guy Bersinger : Ce peut être une conséquence mais ce n’est pas la volonté à l’origine. Dans les textes, les conciliateurs sont la première marche d’accès à la Justice. On est à l’écoute, il y a un côté convivial, non contraignant. Il faut plutôt le voir comme un moyen de recréer du lien avec son voisin qui n’a pas coupé les branches de son arbre qui dépassent chez vous.

    Rémy Cougnenc : Quelles sont les affaires qui peuvent entrer dans le cadre de la conciliation ?

    Guy Bersinger : Le conciliateur n’intervient que dans le cadre du droit civil, pas dans le domaine du droit pénal ni de la famille ni le droit du travail. On intervient dans les litiges entre deux personnes comme deux voisins, les relations entre bailleurs et locataires pour des non-restitutions de dépôt de garantie, de réparations, de charges… On est aussi dans une ville où il y a l’encadrement des loyers avec 80 000 étudiants à Montpellier et une pression sur le marché de la location. Certains bailleurs manquent un peu de vigilance. Il y a aussi les litiges de la consommation. Un particulier fait venir un professionnel et estime que la réalisation ne correspond pas au devis. On intervient aussi entre deux professionnels. Ce genre de litige représente 30% de nos affaires tout comme les litiges entre bailleurs et locataires, les affaires de voisinage 12%…

    Olivier Nottale : Y a-t-il un seuil financier au-delà duquel vous ne pouvez pas intervenir ?

    Guy Bersinger : Il n’y a pas de limite. Quelqu’un qui a une belle villa nous a saisis parce que son ancien voisin a vendu sa villa qui a été détruite et remplacée par un immeuble de trois étages dans les règles de l’urbanisme. Simplement le propriétaire estime que cet immeuble lui crée de l’ombre et que depuis le 3e étage on peut voir sa piscine. Le montant du litige s’élevait à plusieurs dizaines de milliers d’euros. En revanche, la conciliation est obligatoire dans les domaines qu’on a évoqués pour des affaires aux montants inférieurs à 5 000 euros. Le juge impose d’abord de passer par une conciliation.

    Rémy Cougnenc : Combien d’affaires traitez-vous chaque année ?

    Guy Bersinger : Cela varie beaucoup d’un conciliateur à l’autre. Il n’y a pas de minimum, rien ne nous est imposé. Des collègues traitent jusqu’à 150 dossiers par an, personnellement j’en suis à un peu plus de 100. Dans le ressort de la Cour d’appel de Montpellier (Hérault, Aude, P-O et Lozère), nous avons 123 conciliateurs dont 46 dans l’Hérault et 28 à Montpellier. Ces derniers ont traité 2 698 dossiers en 2025. 1 107 sont arrivés à un accord de conciliation (41%). On a eu 700 carences quand l’une des parties invitées ne s’est pas présentée.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Marco Foyot : « J’ai tissé une véritable histoire d’amour avec La Marseillaise »

    Marco Foyot : « J’ai tissé une véritable histoire d’amour avec La Marseillaise »

    La Marseillaise : Avec six victoires, vous êtes toujours à une longueur d’Albert Pisapia. Croyez-vous toujours à une septième étoile ?

    Marco Foyot : J’ai déjà raté le coche en 2020, avec Rocher et Robineau, face à la belle équipe de Puccinelli, Renaud et Montoro. Sur celle-là, on avait vraiment une opportunité. C’était ma septième finale, et je ne vais pas me plaindre : j’en ai joué beaucoup. J’ai disputé 15 finales de championnat de France, pour 7 victoires et 8 défaites. J’ai aussi atteint plusieurs demi-finales et quarts de finale, ce qui montre une certaine régularité au plus haut niveau. Au total, je suis entré environ 17 fois dans le dernier carré. Il y avait sans doute de quoi aller chercher une étoile de plus. Cette saison, je repars avec Sissou Cantarell, que je considère comme un petit frère, et Jérémy Fernandez, un joueur que j’apprécie énormément. À moi de faire le travail. Physiquement, j’ai eu quelques soucis, notamment au dos et aux genoux, ce qui rend certaines positions plus compliquées, surtout pour se baisser. Mais la motivation est toujours là. Je continue à marcher, à m’entretenir, même si avec l’âge, tout devient un peu plus exigeant : les boules paraissent plus basses et plus lourdes aussi, forcément, avec le temps.

    Vous faites profiter votre grande expérience aux jeunes de la Boule Aixoise. Quel est le secret pour être un bon coach ?

    M.F. : Mon savoir, je le transmets surtout dans les moments difficiles. Quand ça se passe mal, j’essaie d’expliquer pourquoi, et d’apprendre à jouer aussi dans la perte. Quand tu gagnes 13-0 ou 13-2, c’est facile, il n’y a pas grand-chose à dire. Mais c’est dans les situations compliquées qu’il faut comprendre le « pourquoi du comment ». Cela me renvoie souvent à des flash-back avec mon père, dans les années 1966. J’avais 13 ou 14 ans, je jouais avec mes copains à Meaux, en Seine-et-Marne, au sein du club du Cochonnet Meldois, dont mon père était président, dans le quartier du Parc Frot. C’était un environnement très populaire, avec beaucoup de jeunes, notamment des enfants de familles pieds-noirs. Nous étions parfois 40 ou 50 gamins. C’est mon père qui m’a tout appris, avec exigence et rigueur. Il était dur, mais formateur. Et aujourd’hui, si je peux transmettre à mon tour, à tous les niveaux, c’est aussi pour ça que je fais des stages. J’aime enseigner la pétanque, prendre le temps d’expliquer. Lors de mon dernier stage, par exemple, il y avait 35 personnes dont 9 femmes, et j’accorde une attention particulière à chacun. On ne s’adresse pas à une femme comme à un homme, ni à un adulte comme à un enfant : il faut adapter sa pédagogie. C’est aussi ce qui me plaît. Avec le temps, le regard des autres a aussi évolué. On m’a longtemps mal perçu, peut-être 75% de personnes qui ne m’aimaient pas ou que je dérangeais. Puis c’est devenu plus équilibré, et aujourd’hui, je pense que 90% des gens sont en accord avec moi. Les 10% restants sont souvent des jalousies ou des critiques sans importance. De mon côté, je m’en détache. L’essentiel, c’est de transmettre, d’être en phase avec les personnes que j’apprécie et de continuer à enseigner la pétanque avec la même passion, mais avec davantage de recul et de sérénité.

    Après cinquante ans de carrière, parvenez-vous à continuer à avancer dans le présent et à ne pas rester prisonnier du passé ?

    M.F. : J’ai eu la chance, au fil de ma carrière, de jouer dans quasiment tous les carrés d’honneur des grands rendez-vous. Je n’ai pas connu les toutes premières éditions au stade Vélodrome – à l’époque j’étais encore trop jeune – mais j’ai participé à de nombreuses finales marquantes. J’ai notamment joué à l’Huveaune, au Mucem, sur la barge face à l’hôtel de ville, ou encore au stade du parc Borély. Avant cela, en 1974, ma première grande victoire se fait au Skating, dans une ambiance très particulière, avec les carrés d’honneur installés au Blockhaus. J’ai aussi connu le Prado et d’autres grands lieux emblématiques. J’ai également joué avec Passo et Jojo (Farré), avec une demi-finale à la clé. Toutes ces expériences m’ont permis de traverser différentes époques de la pétanque et de ses grands événements. Aujourd’hui encore, je mesure le chemin parcouru, notamment avec ce qui a été mis en place ces dernières années, grâce à des personnes comme Pierre Guille, et surtout Michel Montana, qui a compté énormément pour moi. C’est quelqu’un qui fait partie de mon histoire. À chaque fois que j’entends son nom, il y a de l’émotion. J’ai tissé une véritable histoire d’amour avec La Marseillaise.

    Le sport a tant changé pour vous ?

    M.F. : La pétanque de haut niveau a beaucoup évolué. Par exemple, en tant que consultant pour TV Monaco sur les Masters, j’ai pu voir de très belles parties, notamment Quintais, Lacroix, Suchaud contre Rocher, Rizzi et Puccinelli. Le niveau reste très élevé. Mais ce qui me manque aujourd’hui, c’est l’ambiance d’autrefois : les grands carrés d’honneur, la Marseillaise, les spectateurs installés avec leurs fauteuils, à écouter les joueurs. Pour moi, la pétanque, c’était presque du théâtre : une triplette, des spectateurs autour, une véritable pièce vivante. Aujourd’hui, cette dimension est beaucoup plus encadrée, voire supprimée. Avec Fazzino, on plaisante souvent en disant qu’on est devenus les « rock’n’roll men » en écopant de cartons de toutes les couleurs… jaunes, bleus, rouges, on ne peut presque plus jouer. Même le temps de jeu a changé : une minute par coup, parfois vingt secondes seulement. Quand je dis aux arbitres que, pour les anciens, il faudrait un peu plus de temps, ils en rient… mais pas toujours. Moi, j’ai de l’humour, j’aime bien mettre un peu les arbitres en scène, mais ce n’est plus vraiment possible aujourd’hui. L’arbitre te dit « 20 secondes », et tu pars avec ça même en rentrant chez toi. J’ai connu une époque où les arbitres avaient un mètre, aujourd’hui, ils ont des chronomètres. C’est un autre monde.

    La pétanque est devenue un sport plus strict, au niveau de son règlement notamment…

    M.F. : Pour moi, on n’est pas sur la bonne voie. Les meilleurs arbitres que j’ai connus, comme Jean-Luc Fuentes ou Roland Armand, avaient une vraie intelligence du jeu. Ils te prévenaient, ils expliquaient les choses. Un bon arbitre doit être transparent dans une partie. S’il voit que tu traînes, que tu n’es pas dans le rond ou que tu fais une erreur, il intervient au début, il pose le cadre, il explique : « voilà la situation, voilà les règles, attention à ça ». Ça, ce sont de bons arbitres. À l’inverse, l’arbitre qui reste les bras croisés derrière toi, à surveiller le moindre geste, les millimètres de pied ou le moindre détail, ça ne correspond pas à l’esprit de la pétanque. À mon sens, la pétanque doit rester entre les mains des joueurs. La fédération a évidemment son rôle, puisqu’elle représente tous les licenciés. Mais on constate une baisse des licences. La pétanque loisir reste très vivante le week-end, les gens continuent à s’amuser, mais ils sont de moins en moins nombreux à prendre une licence.

    Comment faire, selon vous, pour inciter les jeunes à se mettre à la pétanque ?

    M.F. : Avec mes idées, qui viennent aussi de ce que m’a transmis mon père, je reste convaincu d’une chose : il faut aller chercher les jeunes là où ils sont. À une époque, il y a cinquante ou soixante ans, on allait naturellement vers eux, dans les quartiers, dans la vie de tous les jours. Aujourd’hui, la société est plus compliquée, il y a des tensions, des dérives et il faut proposer autre chose. La pétanque peut jouer ce rôle : offrir une alternative, un cadre, une activité simple avec trois boules, mais qui peut apporter du plaisir, de la fierté et parfois même un petit revenu honnête. L’idée, c’est d’ouvrir la pétanque aux jeunes, de leur donner une activité, une passion, plutôt que de les laisser basculer dans d’autres logiques. Aller vers eux, leur expliquer, les impliquer. C’est, pour moi, un vrai rôle social que notre discipline peut encore jouer.

  • [Entretien] Luc Cervellin, Shift Project : « On vit l’été le plus frais du reste de notre vie »

    [Entretien] Luc Cervellin, Shift Project : « On vit l’été le plus frais du reste de notre vie »

    La Marseillaise : En quoi cette vague de chaleur révèle-t-elle l’impréparation des gouvernements successifs alors que nous avions déjà connu une canicule dévastatrice en 2003 ?

    Luc Cervellin : On constate que le rythme de l’adaptation ne suit clairement pas le rythme de l’accélération du dérèglement climatique. Les deux tiers des vagues de chaleur qu’on a connues depuis 1947 se sont déroulées après les années 2000. Si on suit les prévisions des scientifiques, qui ont été assez fiables jusqu’ici, leur nombre va être multiplié par cinq d’ici 2050. On vit donc l’été le plus frais du reste de notre vie. Ensuite, on remarque qu’en comparaison à 2003, on a structuré la réponse d’urgence, donc la vigilance, les points d’eau, les EHPAD climatisés, etc. Mais les causes structurelles, comme le bâtiment ou l’organisation du fonctionnement de la société, ne sont pas traitées. La climatologue Valérie Masson-Delmotte explique que notre société a été conçue pour un climat qui n’existe plus.

    La semaine dernière, le président de la République Emmanuel Macron a fait une sortie pour expliquer qu’on ne pouvait pas s’adapter à un pic aussi inédit. Pour nous, Shifters, c’est incompréhensible du point de vue même du principe de l’adaptation, parce que l’adaptation consiste justement à se préparer à des scénarios qui ont de fortes chances de se produire et on sait que des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et de plus en plus importantes ont de plus en plus de chances de se produire.

    Pourquoi faut-il toujours lancer des mesures d’atténuation du réchauffement climatique ?

    L.C. : Il faut bien comprendre que réduire les émissions reste la seule façon de limiter l’ampleur du problème. Et chaque dixième de degré compte. Pour moi, pour mes enfants et pour tout le monde, il vaut mieux vivre dans un monde à plus de 2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle qu’un monde à plus de 4 ou 5 degrés, qui est la tendance actuelle. L’atténuation et l’adaptation fonctionnent ensemble parce qu’on aura beaucoup plus de mal à s’adapter à un monde à plus 4 ou 5 degrés. Et au Shift Project, on réaffirme qu’une trajectoire de neutralité carbone reste possible d’ici 2050 si on la planifie dès maintenant dans tous les secteurs.

    Le débat a beaucoup tourné autour de la climatisation ces derniers jours, quelle est la position du Shift Project sur le sujet ?

    L.C. : La climatisation est une toute petite partie de la réponse parce que beaucoup d’infrastructures, comme les rails, les ponts, les chantiers, les forêts ou les champs de blé par exemple ne se climatisent pas. Évidemment, généraliser la climatisation créerait un effet rebond c’est-à-dire que ça aggrave la cause du problème qu’elle prétend résoudre. Pour nous la bonne question c’est « comment le bâtiment est-il capable d’évacuer la chaleur qu’il accueille ? » Pour cela, il faut prioriser les solutions passives qui sont très efficaces, comme la ventilation nocturne, les protections solaires ou la végétalisation. La climatisation est vraiment le dernier maillon de cette réflexion. Dans certains cas particuliers, climatiser reste nécessaire dans les lieux publics, les EHPAD, les hôpitaux ou les écoles, et avec sobriété. Mais présenter la généralisation de la clim dans les logements individuels comme la solution d’adaptation à la canicule revient à repousser et accentuer le problème, parce que cela entraînera une hausse de la consommation électrique, un réchauffement de l’air extérieur des villes et des impacts sur la facture d’électricité des ménages.

    Quelles sont les autres propositions du Shift Project pour s’adapter à ces températures ?

    L.C. : Pour nous, il faut avant tout planifier plutôt que réagir. L’anticipation via des diagnostics de vulnérabilité est beaucoup plus efficace à long terme que de gérer chaque épisode dans l’urgence. Dans cette planification, il y a la nécessité de rénover massivement le bâti en intégrant le confort d’été comme une priorité avec des protections solaires, des brasseurs d’air, la végétalisation. Donc pas seulement l’isolation hivernale comme on le fait en ce moment. Il y a aussi des transformations de l’emploi à gérer, parce que certains métiers vont disparaître, d’autres vont émerger et ça appelle des discussions par branche, par territoire, pour s’adapter.

    L’Espagne a mis en place un congé climatique pour ces travailleurs, est-ce une bonne idée ?

    L.C. : C’est un signal politique utile, parce qu’il reconnaît que travailler dehors par 40 degrés n’est pas faisable. Mais ce n’est pas une solution structurelle. Cela traite la conséquence plutôt que la cause. Au Shift, on met vraiment l’accent sur l’adaptation organisationnelle en amont. Pour nous, il faut travailler sur les horaires décalés, le télétravail quand c’est possible et la réduction de l’activité physique aux heures les plus chaudes. Toute mesure politique doit cibler en priorité ces métiers qui ne peuvent pas télétravailler comme l’agriculture ou les métiers du soin par exemple, sous peine de voir se créer une nouvelle inégalité entre les emplois protégés et non protégés, comme on a pu le voir pendant le Covid. Aujourd’hui la loi qui impose des dispositions de rafraîchissement pour les travailleurs est appliquée de manière plus ou moins juste, plus ou moins forte suivant les entreprises, suivant les endroits, mais elle garantit pourtant aux salariés des conditions d’hydratation, d’accès à l’eau et éventuellement des douches.

    En quoi ces vagues de chaleur touchent-elles en priorité les plus précaires ?

    L.C. : Le logement est vraiment le premier facteur d’inégalité. Près de 48% des logements ont un confort d’été insuffisant. Ceux qui sont les plus vulnérables, ce sont les quartiers populaires, parce que les logements sont plus petits, suroccupés, mal isolés, avec peu d’îlots de fraîcheur à proximité, peu de parcs, etc. Pour eux, il y a le double effet ciseaux, c’est-à-dire que ceux qui souffrent de la chaleur ont aussi le moins de moyens pour s’en protéger. Quand vous vivez dans des barres d’immeubles, vous n’avez pas forcément les moyens de faire installer la clim quand ça devient vraiment insupportable. Et ce sont aussi souvent les personnes qui ont les emplois les plus exposés. C’est pourquoi nous pensons que les moyens doivent être ciblés en priorité sur les publics et les lieux les plus vulnérables plutôt que dispersés dans une généralisation de la clim individuelle.

  • [Entretien] Jean-Marie Battini, NPA : « Jean-Luc Mélenchon est un réformiste radical »

    [Entretien] Jean-Marie Battini, NPA : « Jean-Luc Mélenchon est un réformiste radical »

    La Marseillaise : La conférence nationale du NPA a décidé samedi de ne pas présenter de candidat à la présidentielle et de soutenir Jean-Luc Mélenchon. Comment accueillez-vous cette décision ?

    Jean-Marie Battini : Relativement mal. Je ne suis pas du tout d’accord avec cela, nous avons été 20% dans le parti et 50% dans les Bouches-du-Rhône à voter pour une plateforme demandant que le NPA ait une candidature. Nous ne pouvons pas nous rallier à quelqu’un avec qui on sait très bien qu’on ne sera pas d’accord sur certains points. On peut nous dire qu’il faut défendre les candidatures antilibérales, mais je ne me considère pas comment antilibéral, je suis simplement anticapitaliste ! Nous avons un discours à tenir, des propositions à faire que ne fera pas Jean-Luc Mélenchon.

    À quoi aurait servi une candidature ?

    J.-M.B. : Malheureusement, dans le cadre des institutions de la Ve République, on sait que l’élection présidentielle est l’échéance centrale, celle qui mobilise le plus le débat politique. Nous avons réussi à nous faire entendre ces dernières années parce qu’on a présenté Olivier Besancenot puis Philippe Poutou. On ne va pas nous entendre si on est un soutien à Jean-Luc Mélenchon ! Je peux comprendre qu’il y a un risque d’extrême droite. Pourquoi pas une candidature unitaire, mais qui nous dit que celle de Mélenchon serait la meilleure ? On aurait aussi très bien pu présenter une candidature, aller à la recherche des parrainages, et si les sondages montrent que le RN risque d’être élu, se retirer. Mais là, pour moi, c’est une erreur, nous n’aurons aucun poids dans cette campagne. C’est une capitulation en rase campagne.

    Vous en tirez quelles conclusions ?

    J.-M.B. : Pour l’instant je me mets en retrait. Je ne ferai pas cette campagne. Je continuerai à défendre les idées du NPA mais je sais très bien qu’au niveau des grands médias on n’intéressera plus personne. Et je ne vois pas pourquoi on soutiendrait plus Jean-Luc Mélenchon que les autres candidats de la vraie gauche, les organisations que l’on rencontre dans les luttes : j’y vois la France insoumise, mais aussi le PCF, Lutte ouvrière. Le PS n’y est pas. Pourquoi spécialement Jean-Luc Mélenchon ? Pour moi ce n’est pas suffisant. C’est un réformiste radical, mais ce qu’il faut c’est un discours plus révolutionnaire et nettement anticapitaliste. Je reste dans mon parti, je verrai bien à l’issue de l’élection. Il y aura un congrès, on en tirera le bilan. Mais pour le moment je ne me sens pas légitime pour être porte-parole du parti.

  • [Entretien] Igor Zamichiei, PCF : « L’élection présidentielle est un moment de lutte de classe »

    [Entretien] Igor Zamichiei, PCF : « L’élection présidentielle est un moment de lutte de classe »

    La Marseillaise : Le 40e congrès du PCF s’ouvre ce vendredi à Lille. Avec quel état d’esprit l’abordez-vousj’ai relu et prolexisé, tu peux le prendre ?

    Igor Zamichiei : C’est un congrès très important :  dans la nouvelle étape de la crise du capitalisme, il ambitionne de redonner une perspective au pays et à la gauche. C’est le sens du texte que nous avons adopté, « Un communisme de conquête », qui vise à ouvrir un chemin politique pour la conquête de nouveaux pouvoirs par le monde du travail.

    Parmi les concepts clés au cœur
    du débat, il y a l’idée de défendre
    un socialisme aux couleurs de
    la France. Pourquoi cette idée fait-elle son retour
     ?

    I.Z. : On assume de reparler du socialisme, non comme une formule nostalgique, mais vraiment comme un processus de transformation sociale pour l’émancipation humaine, en prise avec les réalités du XXIe siècle. Le socialisme que l’on porte dans ce texte, c’est le pouvoir des travailleurs et des travailleuses sur l’économie, sur le travail, sur l’argent et sur l’avenir du pays, pour la réponse aux besoins, à l’écologie, à la nécessité de la paix. Pour cela, nous mettons en avant plusieurs piliers : la planification démocratique, l’appropriation sociale et publique des moyens de production, l’émancipation culturelle.

    Les militants ont fait le choix de la base commune qui défend la légitimité d’une candidature communiste. Pourquoi choisir ce chemin ?

    I.Z. : Nous abordons 2027 avec beaucoup de gravité. Pour battre l’extrême droite, renforcer la gauche et gagner des avancées pour la classe travailleuse. Ces élections, présidentielle et législatives, ne sont pas une parenthèse institutionnelle, c’est un moment de lutte de classe. C’est une des raisons de la candidature communiste. Nous voulons mettre à disposition du pays une candidature qui met au centre du débat les salaires, l’emploi, une nouvelle politique industrielle, sociale et écologique, la paix. Et une candidature qui serve aussi à préparer les législatives parce que l’enjeu c’est aussi de faire élire le plus grand nombre possible de députés de gauche, et parmi eux de députés communistes, qui seront utiles pour le monde du travail.

    Certains s’inquiètent d’une division de la gauche face à l’extrême droite…

    I. Z. : Notre réponse à l’extrême droite, c’est de reconstruire l’unité du monde du travail. Il faut unir celles et ceux que l’on cherche à diviser, sinon nous ne renforcerons pas la gauche qui aujourd’hui plafonne à 30% des intentions de vote. C’est tout le sens de la candidature communiste, on fera reculer l’extrême droite en répondant à la colère qui s’exprime dans le pays.

    Fabien Roussel avait dénoncé les ingérences de la France insoumise dans le débat des communistes.
    Le message a été entendu
     ?

    I.Z. : Notre boussole est simple : rassemblement, oui, effacement, non. Et le rassemblement doit toujours partir du réel, pas de discussions de sommet. Malheureusement, on constate que LFI a joué la division aux municipales et ne conçoit le rassemblement pour la présidentielle que derrière Jean-Luc Mélenchon. Nous continuerons à tendre la main à toutes et tous pour combattre l’extrême droite et pour gagner des avancées.

  • [Entretien] Frédéric Vigouroux : « Je souhaite qu’un grand débat sur la mobilité ait lieu »

    [Entretien] Frédéric Vigouroux : « Je souhaite qu’un grand débat sur la mobilité ait lieu »

    La Marseillaise : La liaison routière Fos-Salon, passant par Miramas, est en concertation jusqu’au 15 juillet. Comment voyez-vous ce projet routier chiffré à 566 millions d’euros en tant que maire d’une cité cheminote ?

    Frédéric Vigouroux : Je n’oppose pas les modes de transport. Bien sûr, j’ai une sensibilité particulière pour le train puisque le nœud ferroviaire de Miramas est à l’origine de cette Ville. Le maître d’ouvrage de cette liaison, l’État, a rappelé, pour le financement, qu’il y aurait bientôt des négociations sur les concessions autoroutières. Il y a plusieurs options, comme la nationalisation ou le maintien en concession. Dans la discussion, il est envisagé qu’une partie des revenus des concessions alimente les réparations des réseaux ferroviaires. On peut difficilement dire « Vade Retro », car non seulement on peut faire porter sur le privé des investissements que l’État ne peut plus faire, mais en plus générer des recettes pour le rail.

    Le 22 juin dernier, en réunion publique, un péage a été annoncé. Comment l’accueillez-vous ?

    F.V. : Le péage sera négocié pour l’ensemble de la concession. Nous avons deux choix : soit on attend les financements publics, sans savoir quand ils tomberont, avec 60 ans de retard, ou alors on entre dans le jeu de la concession. Ça ne me dérange pas de faire payer les camions, quitte à reporter sur le train, mais ça m’ennuie pour les populations. À Istres et Miramas, nous n’avons plus de routes capables d’accueillir les gens qui ne voudront pas payer l’autoroute, car nous les avons réduites au profit d’espaces naturels. C’est pour cela que nous exigeons la gratuité entre nos villes. Mais aussi que les camions ne puissent plus passer par Grans depuis Salon, il faut les obliger à passer par l’autoroute.

    Pendant ce temps, le triage perd en activité. Comment éviter le drame social que représenterait son abandon ?

    F.V. : Déjà, par le doublement de la ligne électrique jusqu’au port. Ce n’est pas encore dans les tuyaux, mais on y travaille. Ensuite, il faut convaincre les industriels de remettre de la caisse et du vrac sur le train, outil industriel de déplacement. Le camion est plus simple, car il n’a pas besoin des mêmes infrastructures que le train. Mais le camion ne paye pas les siennes ! La concurrence est faussée depuis le départ, alors que le train offre un outil incomparable en matière de développement durable et de sécurité. De notre côté, avec des élus à la RTM, nous travaillons à refaire des trains au dernier kilomètre pour favoriser le report modal sur Marseille ou Gardanne, notamment pour le bois de la centrale. C’est un débat permanent et je pense qu’il faudra refaire un colloque. Il y a eu un tel démantèlement, avec séparation des métiers, arrêt des lignes secondaires, au moment où l’on relance des dynamiques industrielles et de décarbonation des transports. Et s’il passe des trains de marchandises, on peut imaginer des trains de passagers sur chaque voie, comme Rognac-Aix-Toulon. La situation générale ne permet pas d’affirmer quoi que ce soit. En revanche, il faut une concertation associative, des usagers, défenseurs de l’environnement, industriels et élus. Je travaille pour que le grand débat sur la mobilité ait lieu.

  • [Entretien] Cécile Helle : « Je suis surprise, l’attaque du maire est extrêmement violente »

    [Entretien] Cécile Helle : « Je suis surprise, l’attaque du maire est extrêmement violente »

    Sollicitée par La Marseillaise, l’ancienne première magistrate a accepté de sortir de la « réserve » qu’elle s’impose depuis qu’elle n’est plus en responsabilité. Et ce, afin de rétablir sa vérité financière après les lourdes accusations sur sa gestion portées par son successeur Olivier Galzi (DVD).

    La Marseillaise : Quelle a été votre réaction quand vous avez entendu Olivier Galzi dire que « la Ville est un champ de ruines » ?

    Cécile Helle : J’ai mûrement réfléchi avant de sortir de mon silence. Je comprends qu’il y ait une théâtralisation dans la mise en scène, mais outrancière. Il faut savoir raison garder et ramener sur la réalité des chiffres. En 2014, on avait fait un audit, mais on n’avait pas cherché à l’exploiter politiquement. La différence aussi par rapport à nous quand on est arrivé, c’est que là, il y a un rapport de la chambre régionale des comptes (CRC) qui est tombé quasiment au même moment que l’audit. C’est cela qui prévaut, avec des magistrats indépendants qui ont analysé la situation financière de la ville de 2019 à 2024. On peut leur faire confiance. Ils ont aussi posé un certain nombre de questions sur le budget de 2025, même s’ils n’en ont pas formellement rendu compte dans leur analyse.

    Vous vous inscrivez en faux avec les données avancées par Olivier Galzi ?

    C.H. : Je suis surprise de cette analyse. Les villes ont l’habitude d’être accompagnées par des cabinets qui font régulièrement des prospectifs financiers avec des scénarios alarmistes. Chacun des budgets qu’on a eu à construire, ça a été des combats. Quand on a des convictions, comme nous, pour porter un haut niveau de service public, pour être sur des politiques de solidarité et de soutien au pouvoir d’achat des familles, tout en préparant la ville aussi à la transition climatique, à travers un haut niveau d’investissement, il faut y aller, ne pas avoir peur de l’adversité et surtout ne pas refuser l’obstacle. Quand j’ai rencontré Olivier Galzi lors de la passation de pouvoir, c’est un point sur lequel je l’avais alerté en le prévenant qu’il fallait vraiment être en première ligne pour piloter et suivre le budget. Quant aux chiffres avancés, il y a non seulement le rapport de la CRC, mais aussi le compte administratif 2025. On sort avec une épargne brute qui est à 21,5 millions d’euros et un excédent de 18 millions d’euros. En 2025, on a réussi notre plus haut niveau de désendettement à 2,4 millions d’euros, ce qui était une des exigences de la CRC. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de points d’alerte, mais est-ce ça la faillite ?

    Le maire dit qu’il y a eu 5 millions d’euros de glissement du budget 2025 non payées vers 2026.

    C.H. : Je n’ai pas les éléments. Je n’ai eu aucune alerte de ce point de vue là, y compris lorsque j’ai refait une réunion sur le budget en mars, où j’avais demandé des documents pour qu’il y ait un dossier transmis au futur maire. Je n’ai eu aucune alerte des services, ni du comptable public, ni du préfet [Olivier Galzi met en avant un courrier signé par le préfet et le directeur des finances publiques qui fait état de mauvais indicateurs], avec qui j’ai déjeuné en tête à tête à la mi-février. Chaque année, il y a des reports. C’est de la gestion des comptabilités, mais au début de chaque mois de décembre, on arrête ce qu’on appelle les mandatements, donc de payer les factures. Et ce, à la demande du comptable public. Et donc nécessairement, tout ça glisse sur l’année suivante.

    Quid aussi, par exemple, de l’absence de fond pour faire fonctionner la piscine Pierre-Reyne, qui doit rouvrir cette année après travaux ?

    C.H. : On avait bien précisé que le budget primitif qui était présenté en décembre offrait un cadre global avec les grandes orientations. J’assume le budget sur le premier trimestre, mais pas la suite. Vu que la piscine allait rouvrir au plus tard en septembre, c’est au nouveau maire de calibrer la dépense de fonctionnement qui est liée à la réouverture de cet équipement. Je l’ai fait quand on a rouvert les piscines Jean-Clément et Chevalier de Folard. Quand pendant l’été, on décide de ne pas ouvrir toutes les piscines, c’est dans un souci d’une gestion financière soutenable du budget annexe des activités aquatiques. Il faut trouver ensuite un juste équilibre. J’avais fait travailler les services sur différents scénarios et ce que ça représente en dépenses de fluides, de ressources humaines. C’est bien le rôle d’un maire que de piloter au plus près les budgets.

    Cette description apocalyptique sert-elle à préparer les esprits à des renoncements ou privatisations ?

    C.H. : Je pense que c’est un habillage pour sûrement ensuite instaurer une politique d’austérité et vraisemblablement de privatisations. Si on prend la cantine [service remunicipalisé par Cécile Helle en 2015], la Ville ne dépense pas plus aujourd’hui que ce qu’elle dépensait quand elle versait une contribution à Scolarest [délégataire privé]. Et entre-temps, on a assuré une meilleure qualité alimentaire aux enfants, en baissant les tarifs en trois temps. Plus généralement, pendant 12 ans, on a réussi à construire des budgets, y compris dans des contextes où l’adversité était encore plus forte qu’à l’heure actuelle, comme en début de second mandat avec les crises sanitaires et énergétiques. On a assumé un haut niveau de subventions aux associations [diminuées de 10% au conseil municipal de mardi] et d’investissement sans jamais augmenter les impôts.

    Plus globalement, quel bilan tirez-vous des 100 premiers jours de votre successeur ?

    C.H. : Je ne cherche pas à commenter. Je pense avoir renvoyé l’image d’une maire soucieuse du devenir de sa commune, de l’accompagnement de ses concitoyens et qui a essayé de faire au mieux dans le contexte qui est celui de la ville d’Avignon : à savoir une ville pauvre où il y a 30% de ménages qui vivent sous le seuil de pauvreté, où il y a 36% de logements sociaux, où on a un revenu moyen par habitant qui est de 13 000 euros, quand dans les villes de la même strate c’est 17 000 euros. Croire que la gestion d’une ville comme Avignon est facile, c’est se fourvoyer. En 2022, on a eu une année budgétaire extrêmement compliquée : je suis allée chercher, avec les dents, un total de 4 millions d’euros dont 1 en toute fin d’année, après un déjeuner avec la Première ministre. Alors c’est sûr, moi, je n’en ai pas fait un selfie sur le perron de Matignon.

    On ne vous a pas entendu sur le résultat des municipales. Y voyez-vous un rejet de votre bilan ?

    C.H. : Je ne l’ai pas analysé comme ça. Parce que la liste conduite par David Fournier n’a pas été battue par un grand nombre de voix [40,62 % contre 38,01%]. Bien sûr qu’il y a un regret qu’il n’y ait pas eu une continuité politique. Et quand je vois la manifestation mardi [devant le conseil municipal contre le démantèlement du plan Faubourgs], je me dis qu’il y a quand même des gens qui se sont reconnus dans ce qu’il s’est fait pendant 12 ans, et qu’il ne faut pas simplement aller voir sur les réseaux sociaux ou écouter les gens qui habitent dans l’agglomération, mais pas dans la ville-centre.

    Quelle est désormais votre journée type ?

    C.H. : Je suis redevenue une citoyenne d’Avignon. Je n’ai pas vocation à revenir sur le devant de la scène. Je l’avais bien précisé et je n’ai pas changé d’avis. En voyant l’attaque extrêmement violente de la part du maire actuel, il fallait rappeler certaines choses. Il y a toute une temporalité de la part de M. Galzi où il tape sur les prédécesseurs, mais là, maintenant, on va voir ce qu’il est capable de faire sur le budget 2027. Y compris sur le plan pluriannuel d’investissement [PPI] qu’il va devoir construire sur tout son mandat. Je serais intéressée de voir ce qu’il va proposer, là où il va mettre les priorités et qu’il nous apporte la démonstration qu’il a un vrai projet, une vraie sensibilité aux enjeux environnementaux et aussi voir ses choix en termes d’accompagnement des Avignonnais dans leur vie quotidienne et leurs difficultés.

  • [Entretien] Clément Beaune : « Je propose qu’on revienne à une forme de planification globale »

    [Entretien] Clément Beaune : « Je propose qu’on revienne à une forme de planification globale »

    La Marseillaise : Vous intervenez lors des rencontres économiques sur la question de la planification économique. Quelle est sa place dans le modèle français actuel ?

    Clément Beaune : On vit un paradoxe français : nous avons beaucoup de plans, de stratégies, dans beaucoup de domaines, pour les collectivités locales, comme pour l’État. On entend tous les jours parler de plan sur la santé et l’environnement, de plan bas carbone, de plan d’adaptation aux changements climatiques, de plan agricole… Ce mot revient souvent, mais on ne fait plus la planification comme ça a été le cas notamment pendant les trente glorieuses, c’est-à-dire avec un plan quinquennal, qui était certes indicatif, mais qui était débattu au Parlement, voté, discuté avec le patronat et les syndicats notamment et qui fixait, c’était son principal mérite, quelques priorités ainsi que leur financements. Ces priorités, une fois qu’elles étaient dans le plan quinquennal, étaient celles du gouvernement, pour 5 ans. Je ne dis pas que c’était idéal, mais il y avait une forme de stabilité et d’anticipation. Aujourd’hui, à part dans le domaine de la défense, où l’on a de nouvelles programmations militaires, on a beaucoup de mal à avoir un cap clair, débattu dans la société, au Parlement, et partagé, pour plusieurs années.

    Que proposez-vous ?

    C.B. : Il faut l’adapter, mais je propose qu’on revienne à une forme de planification globale. Qu’on se demande quelles sont les grandes priorités de l’État, pour les cinq ans qui viennent, qu’on en débatte au Parlement. Ça permettrait de parler démographie, immigration, gestion de l’eau… Tous ces sujets-là méritent du temps long, un débat large et des priorités stables. On le voit sur la question climatique, on a besoin d’avoir des investissements qui ne bougent pas d’une année sur l’autre, de choisir les priorités. Est-ce que la priorité est l’investissement dans les transports, plutôt dans l’énergie, plutôt dans l’agriculture ? Ce sont des choix politiques. Après, il y a des gens qui auront des préférences, mais au moins, c’est débattu, c’est connu de tous et c’est stable.

    Ce qu’apporte surtout la planification, c’est de la visibilité et de la stabilité. Pas des coups de stop and go, comme on dit, ou d’essuie-glaces, où on va un coup dans un sens, un coup dans un autre.

    Je pense aussi que parfois, sur le climat, la défense et d’autres enjeux du temps long, il faudrait avoir des budgets pluriannuels, qui s’imposerait au budget annuel.Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

    Un mot sur l’échéance de la présidentielle, au regard du bilan des deux quinquennats d’Emmanuel Macron et de l’influence qu’a depuis gagnée l’extrême droite ?

    C.B. : J’ai deux combats, qui sont identitaires pour moi : la lutte contre l’extrême droite et l’engagement pour l’Europe. Je me prononcerai à l’automne sur les candidatures, mais pour l’instant, je veux rester focalisé sur le Plan. Et proposer un certain nombre d’options qui peuvent être utiles dans le débat. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra une stratégie de rassemblement et de responsabilité, peut-être au-delà des familles politiques traditionnelles, pour battre l’extrême droite.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud.

  • [Entretien] Elke Kahr : « La gauche doit réapprendre à s’adresser aux gens »

    [Entretien] Elke Kahr : « La gauche doit réapprendre à s’adresser aux gens »

    La Marseillaise : Quelle est votre réaction après votre réélection à la tête de la ville de Graz ?

    Elke Kahr : Je suis à la fois soulagée et heureuse de constater un soutien aussi net à la ligne que nous avons adoptée en 2021. Je n’agis pas seule, je fais partie d’un collectif qui œuvre avec constance et dynamisme pour les habitants de Graz depuis des décennies, s’attirant ainsi une grande confiance.

    À quoi attribuez-vous ce succès ?

    E.K. : Mon parti, le Parti communiste autrichien (KPÖ), ne cherche pas à séduire les gens avec des promesses d’un monde meilleur pour un avenir lointain ; nous visons plutôt à obtenir des améliorations concrètes pour les travailleurs. Nous avons remporté de nombreux succès à cet égard, qu’ils soient grands ou petits. Il est réjouissant de voir qu’autant d’habitants de notre ville le reconnaissent.

    Sur quels thèmes avez-vous mené campagne ?

    E.K. : Notre programme se résume facilement. Nous défendons ce dont chacun a besoin au quotidien : des logements abordables, des écoles, des services de soins et de santé, l’accès à l’eau, à l’énergie et au chauffage, les transports en commun, les espaces verts et les parcs, ainsi que des lieux dédiés au sport, aux loisirs et à la détente. Nous voulons maintenir tous ces services dans le domaine public et garantir qu’ils soient accessibles à tous, sans barrières financières. L’intérêt général doit primer : c’est ce que nous avons clairement affirmé, alors que les partis conservateurs et libéraux ne cessaient de prôner la hausse des loyers et la privatisation du logement.

    Comment vous êtes-vous adressée au monde du travail ?

    E.K. : Je suis une militante active de la vie politique locale depuis 1993 : d’abord comme conseillère municipale, puis comme présidente du groupe communiste au sein du conseil municipal et depuis 2021, en tant que maire. Au fil de ces décennies, je ne me suis jamais retranchée dans des bureaux ou au siège de mon parti. Les habitants de ma ville savent comment me joindre. Il est essentiel que nous, en tant que parti comme à titre individuel, gardions toujours nos portes ouvertes à quiconque a besoin de soutien ou souhaite proposer des solutions. Aucun problème n’est insignifiant : le monde du travail regorge de difficultés, et pourtant, peu de gens interviennent réellement pour aider lorsque la situation se corse. Il est crucial d’avoir un bon réseau et de savoir où trouver des solutions à des problèmes précis, plutôt que de simplement faire tourner les gens en rond. Les citoyens apprécient vraiment cette approche. Cela n’est possible que si l’on s’intéresse sincèrement aux autres.

    Quelle sera votre première mesure de ce nouveau mandat ?

    E.K. : La situation économique à laquelle sont confrontées les villes et les collectivités de toute l’Autriche est loin d’être idéale. Les crises multiples de notre époque et les conséquences des politiques néolibérales se font sentir. C’est pourquoi, durant la campagne électorale, nous avons évité de faire des annonces grandiloquentes ou de présenter des « visions » -comme les médias dominants ne cessaient de l’exiger- pour privilégier une approche axée entièrement sur la sécurisation et l’amélioration des infrastructures de la ville. Graz est une ville qui fonctionne bien, et pourtant, beaucoup d’habitants y rencontrent des difficultés. Notre engagement consiste donc à tout mettre en œuvre pour que la ville continue de bien servir ses résidents et pour préserver au mieux la cohésion sociale. Nous avons mis en place de nombreux dispositifs à cette fin et nous comptons encore les améliorer. L’abonnement annuel aux transports en commun de Graz, proposé à 60 euros aux personnes sans revenus ou à faibles revenus, en est un exemple.

    Quel message adressez-vous aux forces progressistes confrontées dans toute l’Europe à la montée de l’extrême droite ?

    E.K. : L’extrême droite prétend défendre les gens ordinaires -les travailleurs, qu’ils soient cols-bleus ou cols blancs- et représenter leurs intérêts. En réalité, ces partis méprisent la classe ouvrière et le monde du travail dans son ensemble. Ils misent sur l’exclusion et la division, sur le racisme et une rhétorique incendiaire. Pourtant, ils répondent aux peurs et aux préoccupations qui touchent véritablement la majorité de la majorité. La gauche a tendance à se focaliser sur des détails abstraits et utilise souvent un langage que la plupart des gens ne comprennent pas. Les forces progressistes doivent réapprendre à s’adresser aux gens et à prendre leurs préoccupations au sérieux, même lorsque celles-ci ne cadrent pas avec leur propre vision du monde. C’est la seule façon de convaincre la population. Nous devons nous battre pour chaque individu et nous attaquer à chaque petit problème du quotidien si nous voulons parvenir à nouveau à rassembler pour obtenir des changements majeurs.

    Bio express

    1961 naissance à Graz deuxième ville d’Autriche et capitale de la Styrie

    1964 adoptée à l’âge de trois ans par les époux Kahr, un serrurier et une vendeuse

    1979 employée de banque

    1983 adhésion au Parti communiste autrichien (KPÖ)

    1993 élue conseillère municipale de Graz

    2003 élue vice-présidente fédérale du KPÖ.

    2021 élue maire de Graz

    2023 élue meilleure maire du monde par la City Mayors Foundation, « pour son dévouement et son altruisme au service de sa ville et de ses citoyens »

    2026 réélue maire de Graz

  • Laurent Causse : « La Marseillaise a une place à part dans le cœur des joueurs »

    Laurent Causse : « La Marseillaise a une place à part dans le cœur des joueurs »

    La Marseillaise : Vous avez été speaker sur les plus grands concours et compétitions de pétanque à travers le monde, mais jamais au Mondial La Marseillaise à pétanque. Ce sera chose faite lors de cette 65e édition, aux côtés de Vincent Baqué. Pourquoi n’aviez-vous encore jamais animé ce grand rendez-vous phocéen ?

    Laurent Causse : Je n’ai jamais animé le Mondial parce qu’il y avait déjà des personnes en place. Il y a quelques années, lorsque Michel Montana dirigeait l’épreuve, j’avais été présenté à lui par l’intermédiaire de la Fédération française de pétanque. Mais l’animation était alors assurée par un proche de l’organisation et cela n’avait pas abouti. Par la suite, Marc Alexandre a pris le relais. Comme nous nous entendons très bien, il était hors de question pour moi de démarcher une manifestation sur laquelle il officiait. Aujourd’hui, avec le changement de direction, Maryan Barthélémy m’a contacté pour animer le Mondial et j’ai accepté avec plaisir. Il y a quelques années, dans une interview, j’expliquais avoir animé la plupart des plus grandes compétitions, en France comme à l’étranger, jusqu’aux championnats du monde. La seule qui manquait à mon palmarès, c’était La Marseillaise. Aujourd’hui, la boucle est bouclée. Je n’y ai jamais travaillé, mais je connais bien l’événement. Je suis venu à plusieurs reprises comme spectateur. Je ne l’ai jamais joué, principalement pour des raisons professionnelles : il était difficile pour moi de me rendre disponible plusieurs jours de suite. En revanche, mon père disputait le Mondial chaque année et je venais régulièrement le suivre.

    Qu’est-ce qui vous impressionne le plus lorsque vous assistez à une édition de La Marseillaise ?

    L.C. : Ce qui m’a toujours marqué, c’est l’ampleur de l’organisation. Ce sera un peu moins le cas cette année, mais autrefois, le dimanche, les parties étaient réparties sur de très nombreux sites. Il fallait parfois prendre des bus pour rejoindre les terrains. C’était impressionnant. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est l’atmosphère du premier jour au parc Borély : cette foule immense où se côtoient champions et anonymes. C’est toute l’âme populaire de l’événement. Et puis il y avait le carré d’honneur sur le Vieux-Port. C’était quelque chose d’unique. Voir une partie de pétanque disputée sur une barge au cœur de Marseille, c’était extraordinaire. Aujourd’hui, avec les contraintes de sécurité, cela paraît difficilement envisageable, mais ce cadre reste l’un de mes plus beaux souvenirs du Mondial.

    Qu’est-ce qui fait, selon vous, le charme du Mondial ?

    L.C. : D’abord, tout le monde peut s’inscrire. C’est ce qui en fait la compétition la plus populaire au monde. Aujourd’hui, beaucoup de concours sont limités à 256 ou 512 équipes. À La Marseillaise, chacun peut tenter sa chance. Ensuite, dès la première partie, un jeune joueur peut se retrouver face à un champion du monde. C’est quelque chose de rare dans le sport et particulièrement vrai à la pétanque. C’est la magie du Mondial.

    Si vous deviez choisir un joueur pour incarner le Mondial La Marseillaise à pétanque, qui serait-il ?

    L.C. : Je dirais Marco Foyot. Il a remporté six fois La Marseillaise et a également été consultant sur l’épreuve. On l’a vu sous plusieurs facettes et son nom est indissociable de celui du Mondial. Bien sûr, il y a aussi Philippe Quintais, mais Philippe représente davantage la pétanque dans son ensemble. Quand on évoque La Marseillaise, Marco Foyot vient immédiatement à l’esprit.

    Quelle est la recette pour séduire son auditoire ?

    L.C. : Ma priorité est de faire vibrer le public en lui proposant les meilleures affiches dans les meilleures conditions possibles. Lorsqu’il existe un carré d’honneur ou un terrain central, l’objectif est d’y programmer les rencontres les plus attractives afin d’attirer le public, de satisfaire les partenaires et de mettre en valeur l’événement. De belles parties, il y en a pendant toute la compétition, mais certaines ont un pouvoir d’attraction particulier. Il faut aussi valoriser les joueurs de haut niveau. Un plateau prestigieux contribue largement au succès d’une manifestation. Cela passe notamment par la présentation de leur palmarès et de leurs performances. Le défi consiste à trouver le bon équilibre entre les attentes de l’organisateur, celles du public, des partenaires et des joueurs. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est essentiel.

    Faut-il privilégier l’aspect informatif ou le côté divertissant pour que le public passe un bon moment ?

    L.C. : Sur ce type d’événement, nous sommes avant tout des animateurs sportifs. Notre rôle est de transmettre des informations liées à la pétanque tout en restant accessibles à tous. Dans les tribunes, il y a des passionnés, mais aussi des novices. Il est donc important de présenter les joueurs et leur palmarès. Beaucoup de spectateurs connaissent les noms de Marco Foyot, Philippe Quintais, Dylan Rocher ou Henri Lacroix sans forcément mesurer l’ampleur de leurs performances. Pendant les parties, il faut également expliquer certaines situations de jeu et certains points du règlement. Pourquoi un joueur reçoit-il un carton jaune ? Pourquoi telle décision est-elle prise ? Ce sont des éléments qui intéressent le public. Au final, il faut trouver le juste équilibre entre information et animation. S’adresser à la fois aux initiés et aux non-initiés n’est pas évident, mais c’est, selon moi, la meilleure recette.

    Est-ce que le Mondial La Marseillaise à pétanque est, selon vous, la compétition la plus prestigieuse à remporter ?

    L.C. : On me pose souvent la question : quel est le plus grand ou le plus beau concours de pétanque en France ? Ma réponse a toujours été la même et elle n’a pas changé. Pour moi, trois compétitions se détachent clairement : le Mondial La Marseillaise à pétanque, le Mondial de Millau et l’Europétanque des Alpes-Maritimes. Mais chacune possède sa propre identité et ses spécificités. C’est pour cette raison qu’il m’est impossible de les comparer ou d’affirmer que l’une est supérieure aux autres. Ces trois événements attirent les meilleurs joueurs de la planète, mais leurs formats sont totalement différents. Si l’on parle de popularité, alors oui, La Marseillaise est sans doute la référence. Avec plusieurs milliers d’équipes engagées et des participants venus de nombreux pays, c’est un événement hors-norme. C’est certainement la compétition la plus populaire du monde de la pétanque. Le Mondial de Millau était souvent considéré comme la « Mecque de la pétanque ». Il attirait moins d’équipes que La Marseillaise, mais proposait une multitude de compétitions : tête-à-tête, doublettes, triplettes, épreuves féminines… À Millau, même après une élimination précoce, les joueurs pouvaient continuer à participer à d’autres concours pendant plusieurs jours. L’expérience était totalement différente. En revanche, il est certain que La Marseillaise occupe une place à part dans le cœur des joueurs.