Tag: entretien

  • [Entretien] Maëva Orliac : « La carnivorie peut être vue comme le marqueur de ce qu’est un cétacé »

    [Entretien] Maëva Orliac : « La carnivorie peut être vue comme le marqueur de ce qu’est un cétacé »

    La Marseillaise : Que nous apprend la mandibule fossile de « Kalakocetus aurorae », cette espèce primitive de cétacé tout juste découverte ?

    Maëva Orliac : C’est intéressant pour définir ce qu’est un cétacé. Kalakocetus aurorae valide ce que proposaient les spécialistes : que le passage d’une alimentation herbivore à carnivore peut être considéré comme le marqueur de ce que sont ces animaux. À partir du moment où ce groupe est devenu carnivore, on parle de cétacés. Leurs espèces sœurs –les Raoellidae– sont restées des herbivores.

    Comment les définissait-on avant ?

    M.O. : Pendant longtemps, les cétacés étaient définis par leur région auditive. L’os de leur oreille ressemble à un coquillage. C’est dû à l’adaptation au milieu aquatique de ces animaux dont les ancêtres vivaient sur terre. Mais cette particularité de l’oreille a été retrouvée chez les Raoellidae. Donc cela ne fonctionnait plus.

    Quelle est la place des baleines à fanons
    dans l’histoire évolutive des cétacés ?

    M.O. : Elles appartiennent au groupe des « mysticètes » qui apparaissent il y a environ 36 millions d’années, soit 12 millions d’années après Kalakocetus aurorae. Les premiers représentants avaient des dents et des fanons. Petit à petit, ils ont perdu leurs dents à la faveur des fanons. Il s’agit de lames de kératine, comme des cheveux, qui filtrent l’eau pour récupérer le plancton composé d’algues et d’animaux comme le krill. C’est une autre histoire évolutive par rapport à celle des dauphins ou des orques qui ont des dents acérées et ne consomment que de la viande.

  • [Entretien] « J’ai la sensation que nous n’avons rien appris du Covid »

    [Entretien] « J’ai la sensation que nous n’avons rien appris du Covid »

    Alors qu’une jeune femme a été évacuée mardi de Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes) vers un hôpital de Marseille pour une infection possiblement liée à l’hantavirus Andes, le chef de l’État Emmanuel Macron s’est voulu rassurant en déclarant que la situation en France était « sous contrôle », le gouvernement ayant mis en place « des protocoles extrêmement rigoureux » en consultation avec les « meilleurs experts ». « Maintenant, il est important qu’il y ait une vraie coordination européenne, c’est-à-dire que les protocoles aillent vers les standards les plus exigeants qui ont été définis à très court terme, et que l’Organisation mondiale de la Santé puisse coordonner tout cela comme il se doit ». La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a écarté le scénario d’une « circulation diffuse » en France et a précisé que sur les 5 Français ayant voyagé sur le MV Hondius, une femme est « dans un état grave. »

    La Marseillaise : Que pensez-vous de la gestion de l’hantavirus pour le moment ?

    Philippe Halfon : En termes de gestion de crise, c’est catastrophique. Disons que, si on cherchait à disséminer une épidémie, nous n’aurions pas pu faire mieux. Dans les gestions d’épidémie qu’on a connue dans le passé, lorsqu’il y avait des maladies graves comme la peste ou autre, on appliquait le principe de quarantaine. Dans le cas qui nous intéresse, on avait la chance d’avoir les patients regroupés à l’intérieur d’un bateau, où aurait pu se tenir cette quarantaine. Il aurait été possible de mettre en place un bateau médicalisé, avec tout ce qu’il faut en termes de ventilation mécanique, de réanimateurs et autres. Car bien sûr, il n’est pas question de laisser mourir les gens. Ce qui se passe actuellement est vraiment le résultat d’une très mauvaise gestion au départ. J’ai la sensation que nous n’avons rien appris du Covid. D’autant que, dans le cas du Covid, il était beaucoup plus difficile de contenir l’épidémie dans la mesure où les gens n’étaient pas au départ confinés sur un bateau.

    Que sait-on de l’Hantavirus actuellement ?

    P.H. : C’est un virus qu’on connaît depuis très longtemps. Ce n’est pas nouveau comme le SARS-CoV-2 [Virus responsable du Covid-19, Ndlr]. À l’époque on connaissait le coronavirus, mais pas le SARS-CoV-2. Là, les hantavirus sont très connus. On savait qu’il y avait des contaminations inter-humaines [la majorité des hantavirus ne touchent que les rongeurs, Ndlr]. Il existe un centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur depuis 2016 [Les Centres nationaux de référence sont des laboratoires, qui, en centralisant les informations à l’échelle nationale, participent à la lutte et au contrôle des maladies, Ndlr]. Les hantavirus ont été parfaitement décrits en médecine, dans les syndromes rénaux, dans les syndromes cardiopulmonaires, sur la base de toutes petites épidémies, très confinées.

    Quels sont les symptômes que peut impliquer une infection ?

    P.H. : Les premiers symptômes sont la fièvre, les courbatures, les douleurs articulaires, la fatigue, autrement dit les syndromes très communs des virus. Dans les cas qui nous intéressent, il y a eu des syndromes pulmonaires, avec une atteinte respiratoire, parfois hémodynamique, [circulation du sang, Ndlr] avec des hypotensions qui peuvent nécessiter une admission en réanimation. C’est ce qu’il s’est passé pour les patients décédés, ils sont morts d’un symptôme respiratoire aigu.

    Le virus est-il aussi dangereux pour tout le monde ?

    P.H. : Comme dans le cas de n’importe quelle infection, bactérienne ou virale, ce que vous voulez, l’état de la défense immunitaire du patient ou la présence de comorbidité a une grande influence. Naturellement, nous sommes tous infectés tous les jours par des virus, et des bactéries. On les sent plus ou moins passer, mais il ne se passe pas grand-chose. On a un petit coup de pompe, on est un peu fatigué, on se sent un peu fiévreux. Mais on ne sait pas forcément d’où ça vient, on ne va pas se tester. Il y a toujours un hôte et un virus, une bactérie avec son hôte. Comme dans le cas des rongeurs, qui parfois peuvent être asymptomatiques, il est possible qu’un humain infecté ne sente rien.

    Mais le taux de mortalité reste plus élevé que dans le cas du Covid…

    P.H. : Bien sûr. Dans le cas du Covid-19, on est à moins de 1%. Pour l’épidémie actuelle, si on compte 3 décès pour 8 cas, on obtient 38%. Je pense que ce chiffre très élevé de mortalité va baisser. On n’a pas encore de photographie globale. Dans d’autres cas, comme l’épidémie qui a eu lieu pendant la guerre de Corée, la première qui a été décrite [c’est le fleuve Hantaan, situé entre les deux Corées, qui donne son nom aux hantavirus, Ndlr], le taux de mortalité était de 5 à 10%. Dans d’autres cas plus récents, le taux de mortalité était de 50%. J’ai l’impression que chaque épidémie à son taux de mortalité, mais ça reste bien plus élevé que le Covid.

    Le virus est-il aussi contagieux que le Covid ?

    P.H. : La contagiosité est bien inférieure à celle du Covid. On sait que, dans les précédents cas, les épidémies sont restées très confinées, ce qui est plutôt bon signe.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud

  • [Entretien] « Pour l’heure, le trafic est stable sur Marseille »

    [Entretien] « Pour l’heure, le trafic est stable sur Marseille »

    La Marseillaise : Quel est l’état des lieux du trafic aérien ?

    Julien Boullay : Pour l’instant, il n’y a rien d’alarmant. Le trafic est stable par rapport à l’année dernière, malgré des billets d’avion plus chers. C’est lié au fait que le carburant est le premier poste de dépense des compagnies aériennes et que le prix du kérosène a plus que doublé. Pour les compagnies, l’impact est donc phénoménal. Évidemment, plus le vol est long, plus l’impact de la hausse du kérosène est important. Sur un vol d’une heure, ce n’est pas colossal, mais pour un vol long-courrier, ça va être plus important. On voit aussi que les compagnies qui ont suspendu les destinations vers le Moyen-Orient ont reporté les vols sur des destinations plus proches. Certaines, qui ont annulé la Jordanie, l’Arabie-Saoudite ou Israël, ont en revanche ajouté des vols vers la Tunisie ou le Maroc. Par exemple, habituellement, on a un bon trafic pour Tel-Aviv et Beyrouth, mais là, il n’y a plus de vols tout simplement. À l’inverse, pour Le Caire, la demande est toujours là. Sur le plan géographique, ce n’est pourtant pas si éloigné des zones de conflit, mais les gens ne s’en détournent pas. Certaines compagnies ont revu leurs programmes de vols à la baisse, mais ça reste contenu. Il y a des annulations, mais ça reste à la marge. C’est peut-être entre 1% et 2% de vols en moins.

    Et du côté des passagers ?

    J.B. : Quand on regarde du côté de la demande, le sentiment, c’est qu’elle reste solide. Le budget voyage des passagers est sanctuarisé. Les clients, confrontés à des problématiques de pouvoir d’achat, vont faire des arbitrages, mais pas forcément défavorables aux vacances. Certains décideront de rester en France, d’autres de prendre l’avion pour partir moins loin. Donc, la demande est encore là, mais il peut y avoir des changements de destinations. Forcément, le Moyen-Orient souffre un peu, avec un report sur l’Europe ou l’Afrique du Nord. Des gens qui souhaitaient aller à Dubaï, Tel-Aviv ou au Liban vont peut-être se reporter sur le Maroc, l’Italie… On commence aussi à constater une réduction de la durée des vacances, peut-être pour ajuster le budget. On le voit notamment car les passagers restent moins longtemps sur nos parkings.

    Cette situation peut-elle entraîner des annulations de vols ?

    J.B. : Personne n’a intérêt à annuler un vol en dernière minute, surtout pas les compagnies aériennes. Leur intérêt, c’est justement d’anticiper les annulations de vols. S’il y en a, c’est surtout pour des problèmes opérationnels. Elles ajusteront plutôt le nombre de vols en amont. Les compagnies aériennes subissent de plein fouet la situation. Les premières victimes de l’explosion des prix du carburant, ce sont elles. Normalement, on arrive à la période de l’année où elles font leur beurre. La demande est logiquement plus forte l’été que l’hiver, les billets s’y vendent plus cher globalement. C’est cela qui leur permet d’opérer des vols en hiver, qui sont plus compliqués à opérer car il y a moins de demande. Si elles ne gagnent pas leur vie comme elles l’avaient souhaité cet été, il risque d’y avoir un effet boomerang cet hiver. Concernant le manque de kérosène, il n’y a pas de soucis pour les prochaines semaines, mais je n’ai pas de visibilité particulière au-delà.

    Il y a des inquiétudes sur l’avenir économique des compagnies…

    J.B. : Il y a une compagnie américaine qui a coulé la semaine dernière. Spirit Airlines, une compagnie low-cost qui avait tout de même 230 avions. Ce n’est pas rien : il y a peu de compagnies en Europe qui en ont autant. En temps normal, les compagnies aériennes ne dégagent pas des marges énormes. Au niveau mondial, elles gagnent moins de 10 euros par passagers en moyenne. Ça fait des marges toutes petites. Quand il y a une crise de cette ampleur, les comptes passent vite au rouge-vif. S’il n’y a pas un gouvernement pour aider, des actionnaires pour soutenir, ça devient vite compliqué. On entend aussi que les compagnies indiennes ont demandé un soutien urgent à leur gouvernement. Il y a donc un risque à long terme si cette situation perdure : on pourrait avoir une baisse du trafic qui résulte d’une baisse de l’offre, et non pas de la demande. Si ça reste comme ça d’ici la fin de l’année, des compagnies feront faillite.

  • [Quoi de neuf] Lise Simonetti : « L’histoire de l’esclavage est encore bien vivante »

    [Quoi de neuf] Lise Simonetti : « L’histoire de l’esclavage est encore bien vivante »

    Rémy Cougnenc : Quel est le sens de cette semaine de commémoration de l’abolition de l’esclavage (5 au 12 mai) à Montpellier ?

    Lise Simonetti : La semaine des libertés s’est construite assez récemment. Notre collectif du 10 mai pour la mémoire de l’esclavage existe depuis 2006 et tâche, chaque année, de transmettre l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière au public de Montpellier. On avait un programme autour des conséquences psychologiques. Notre envie c’était de dépoussiérer l’Histoire pour la replacer dans sa contemporanéité, pour faire réfléchir le public sur les conséquences aujourd’hui. Depuis les abolitions, l’histoire a été occultée en permanence. Elle est apprise à l’école de façon tronquée, les enseignants manquent de formation et elle est enseignée à un âge où on ne laisse pas aux enfants l’occasion de faire des liens avec des phénomènes plus récents comme la colonisation, le néo-colonialisme et l’économie actuelle, le libéralisme débridé… Or, l’histoire de l’esclavage est un bouleversement originel qui, par son idéologie, a conduit à l’économie telle qu’on la connaît. Elle a eu des conséquences graves : le racisme s’est construit durant ces périodes avec la « négrification » de l’esclavage, poursuivi par la pensée coloniale. La pensée de Patrice Lumumba [homme d’État congolais, figure des luttes pour l’indépendance et la dignité des peuples africains, Ndlr.], dont on fêtera le 100e anniversaire de la naissance, l’illustre bien. On souhaite faire prendre conscience aux gens que cette histoire est malheureusement encore bien vivante.

    Olivier Nottale : Ferdinand Fortes (Divergence), quelque chose à ajouter ?

    Ferdinand Fortès : Beaucoup de choses de notre histoire actuelle émanent des maux de l’esclavage. On gagnerait à l’enseigner à nos enfants pour arriver à dépasser cette vision qu’on peut avoir de l’Africain, du noir. En Afrique, on dit que l’esclavage ne s’est jamais vraiment arrêté, il a juste changé de visage, mis un autre masque. On a eu ensuite la colonisation puis le travail forcé, une sorte de retour de l’esclavage, les indépendances, puis à la sortie ce qu’on a appelé la « colonisation à la cuillère ». À la sortie de la colonisation, on a expliqué qu’elle leur avait beaucoup apporté et qu’ils devaient de l’argent ! Il fallait garder sous emprise ces peuples. On a eu la Françafrique…

    Rémy Cougnenc : Avez-vous le sentiment qu’il subsiste un tabou en France sur le sujet ?

    Ferdinand Fortès : Ce n’est pas un sentiment, il y a un tabou. On n’a qu’à voir ce qu’a voté la France aux Nations Unies. Quand il a fallu reconnaître l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité (résolution du Ghana à l’ONU le 25 mars dernier), la France, comme une bonne partie de l’Europe, s’est abstenue. Alors même que depuis 2001, la loi Taubira le reconnaît.

    Lise Simonetti : Heureusement 83 pays ont voté pour. Ce qui est important c’est que cela replace l’esclavage comme une bombe au niveau du commerce mondial. L’esclavage a transformé le commerce à l’international en mettant à jour les rapports de force entre les pays. L’esclavage, c’est 400 ans de déportation, avec la moitié des personnes raptées en Afrique qui meurent avant d’arriver de l’autre côté de l’océan. Des esclaves qui ont subi une maltraitance, une violence inouïe aux États-Unis et dans les colonies françaises (ou britanniques). À ce sujet, je vous conseille le film « Furcy, né libre », d’Abd Al Malik très bien documenté, pédagogique et visible par tous. La violence est suggérée. On voit que les esclaves étaient considérés comme des biens meubles : des tables et des chaises qui se transmettaient comme une armoire. C’est 400 ans de déshumanisation [près de 60 millions d’êtres humains, Ndlr.].

    Olivier Nottale : Ensuite il y a eu la transformation de l’esclavage…

    Lise Simonetti : Tout à fait. Il y a eu la transition entre l’esclavage et la colonisation. Avec le développement des industries, on avait besoin d’être indépendant énergétiquement. On est ainsi passé d’un besoin en force humaine à un besoin de ressources. C’est uniquement pour cela que l’esclavage a été aboli, ce n’est pas une entreprise philanthropique. On peut se demander s’il n’y avait pas eu la révolution industrielle si l’esclavage n’aurait pas perduré. C’est pourquoi le tronçonnement des événements historiques entre eux ne permet pas au public de s’en rendre compte. Il faut rétablir une continuité historique et l’enseigner aux enfants à un âge où ils sont capables de comprendre.

    Rémy Cougnenc : L’esclavage a été aboli en 1848 en France, en 1865 aux USA mais derrière a été suivi de lois ségrégationnistes, de violences de type Ku Klux Klan…

    Lise Simonetti : Oui c’est un ectoplasme qui se modifie, un kaléidoscope qui ne fait que tourner. On a les mêmes ingrédients agencés différemment mais toujours au détriment de l’Afrique avec des schémas de domination et d’exploitation. Quand on voit comment Areva au Niger extrait l’uranium, pollue l’air avec la poussière, utilise des milliers de litres d’eau issus de nappes et ne paye aucun impôt au Niger… Un rapport de l’Unesco de 2020 évoque les conséquences psychologiques et sociales de l’esclavage (…).

    * À Montpellier, une marche du souvenir est organisée le 10 mai à 15h au départ de la place Albert 1er.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Entretien] « Les météorites ont pu influencer comment la vie est apparue sur Terre »

    [Entretien] « Les météorites ont pu influencer comment la vie est apparue sur Terre »

    La Marseillaise : Vous montrez qu’il y a des sucres d’origine extraterrestre dans la météorite Orgueil. Pourquoi avez-vous choisi cette météorite ?

    Cornelia Meinert : Car ce qui nous intéresse in fine sont les échantillons ramenés sur Terre des astéroïdes Bénou et Ryugu. Nous souhaitions développer un moyen d’extraire, identifier, et quantifier les sucres dans ces échantillons, et déterminer leur chiralité – c’est-à-dire s’ils sont plus présents sous leur forme droite ou gauche. Or, la météorite Orgueil a une composition minéralogique proche de celle de ces astéroïdes.

    Avez-vous commencé ?

    C.M. : Nous venons de recevoir l’accord pour avoir des échantillons de Bénou. Nous aurons 300 milligrammes (mg). C’est énorme. Pour Ryugu, nous n’aurons que 17 mg car moins de matière a été ramenée sur Terre.

    Des sucres ont déjà été observés sur Bénou en 2025. Qu’allez-vous chercher ?

    C.M. : Ce qui nous intéresse est la chiralité de ces sucres. Sont-ils présents sous leur forme droite ? Gauche ? Les deux ? Dans quelles proportions ? Cela n’a jamais été étudié et pourrait nous aider à comprendre pourquoi la vie sur Terre n’utilise que la forme droite des sucres. C’est un grand mystère. Les acides aminés ont aussi une chiralité et seule leur forme gauche est utilisée pour faire des protéines. Or, nous observons un léger excès de formes gauche dans les météorites et les astéroïdes. Peut-être est-ce la même chose, du côté droit, pour les sucres. Dans ce cas, peut-être les météorites ont-elles influencé la manière avec laquelle la vie est apparue.

  • [Rue de la République] Romain Simmarano: « S’ouvre pour Benoît Payan et ses équipes, une phase de pouvoir total »

    [Rue de la République] Romain Simmarano: « S’ouvre pour Benoît Payan et ses équipes, une phase de pouvoir total »

    l’Analyse de la défaite

    Didier Gesualdi : Vous avez été l’un des artisans de la campagne de Martine Vassal pour les municipales de Marseille. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

    On vient de vivre une défaite spectaculaire, à Marseille, avec des scores de premier comme de second tour qui ne sont pas du tout à la hauteur de nos espoirs, pas du tout à la hauteur de ce qu’incarnent la droite, le centre, les écologistes raisonnables, les sociaux-démocrates… Tous ceux qui se retrouvent dans ces appellations n’ont pas voté pour nous, on est donc mécaniquement rentré dans une phase de réflexion. Une phase d’introspection aussi, en essayant de se poser les bonnes questions : qu’est-ce qui fait que les Marseillais n’ont pas choisi ? Qu’est-ce qui fait que collectivement, nous n’avons pas été capables de présenter un visage et un programme qui donne envie ? Comment on fait pour que dans les six à sept années qui viennent, cette école de pensée, cette façon de voir le monde, la ville, la vie, reste une proposition politique pour Marseille ?

    Léo Purguette : Ça fait beaucoup
    de questions. Avez-vous des pistes de réponses personnelles
     ?

    Des pistes de réponses personnelles jamais, de réponses collectives, toujours. Déjà que le score de second tour montre bien la limite de l’exercice, on a la nécessité de se souder avec celles et ceux qui ont encore envie, aujourd’hui, de porter une voix politique digne de Marseille, de notre famille politique, de tous ceux qui nous ont précédés et viendront après nous. Il y a aussi la nécessité de rendre fiers les Marseillais. Ce qui caractérise cette campagne municipale, c’est que de façon assez collective, et pour nous qui avons perdu de façon fracassante, la classe politique marseillaise n’a pas donné envie aux Marseillais de s’impliquer. Il se trouve que la démocratie a parlé, Benoît Payan est le maire le mieux élu de l’histoire de la ville. Nous avons donc la nécessité de réfléchir, ça ne se fait pas en un mois, en six mois. C’est quelque chose qu’il va falloir bien maturer et mettre en place dans les semaines qui viennent pour permettre aux Marseillais qui souhaitent un espace politique qui ne soit ni le RN, ni le Printemps marseillais, de se retrouver dans quelque chose de sérieux.

    L’INCARNATION DE L’OPPOSITION

    Léo Purguette : Vous parlez beaucoup de collectif, c’est singulier à droite. Mais vous, personnellement, quel rôle entendez-vous jouer à l’avenir ?

    De façon hyper factuelle, je suis conseiller municipal de Marseille, d’une équipe de quatre élus. Je suis conseiller métropolitain de l’opposition marseillaise. Nous ne sommes que quatre avec une présidente d’institution, une ancienne présidente du Crif et une personnalité reconnue du monde de la santé. Cette équipe, même si elle est forte et cohérente, elle ne représente pas la totalité de ce que nous sommes. Moi, mon job, dans les mois qui viennent – je n’ai pas plus de prétention que cela – c’est fédérer autour de cette petite équipe qui siège dans l’hémicycle pour montrer que, hors-les-murs, on arrive à peser sur la vie politique municipale avec un mot-clé : l’utilité. L’objectif est de démontrer que cette forme d’opposition a pour unique but de faire réussir Marseille, ce qu’on n’avait peut-être pas réussi à faire dans les années précédentes. On va proposer, critiquer parfois et se rendre utiles.

    Léo Purguette : Aurez-vous un groupe ? La limite actuelle est à cinq élus.

    Nous ne demandons rien. Nous sommes quatre. La règle telle qu’elle est posée, c’est qu’on est un groupe à partir de cinq. C’est le résultat des urnes, de la démocratie. En revanche, je veux remercier le maire de Marseille qui, avec l’accord du président du groupe du Rassemblement national, nous a permis de prendre la parole comme non-inscrits et nous a laissés dérouler notre vision. L’enjeu pour lui comme pour nous, comme pour tous les Marseillais, c’est que la vie politique ne se limite pas à un mano à mano entre la gauche et l’extrême droite. Il y a besoin d’une offre politique centrale, rassembleuse, humaniste, déterminée sur le régalien et la sécurité tout en étant capable de parler d’autre chose.

    MARTINE VASSAL

    Didier Gesualdi : Martine Vassal est-elle la première responsable de ce score ou autant que le reste de votre équipe ?

    Tous ceux qui pensent qu’on résoudra nos problèmes en accablant celle qui a eu le courage d’être notre tête de liste et de tenir dans les épreuves, se trompent. Comme se trompent ceux qui nous ont lâchés en cours de route ou qui continueront de nous lâcher dans les semaines et les mois qui viennent. La vérité, c’est que nous avons mené une campagne collective autour de valeurs fortes et que nous avons été incapables de faire adhérer les Marseillais à cette façon de penser. Il y a mille raisons pour cela. La première d’entre elles, c’est comment dire « Marseille je t’aime » dans notre slogan de campagne et finalement se rendre compte que les Marseillais ne nous aiment pas. Cela nous engage à beaucoup d’humilité, beaucoup de travail. Il faut se remettre au boulot collectivement et que chacune et chacun d’entre nous se replonge les mains dans le cambouis de la vraie vie des Marseillais, pour travailler sur Marseille telle qu’elle est et pas telle qu’on la voudrait.

    2027

    Didier Gesualdi : La présidentielle arrive avec une droite guère mieux lotie au niveau national que local. Il faut de la proximité, des idées ?

    Léo Purguette : Une primaire ?

    D’abord, ce qui s’est passé à Marseille et à Nice fait quand même figure d’exception à l’échelle nationale. La droite, le centre, lorsqu’ils sont unis dans la région comme dans le pays, c’est encore une équation qui gagne dans les trois quarts des cas. Des villes comme Clermont-Ferrand, Bordeaux, Annecy sont revenues dans la besace de la droite et du centre, avec une carte de France globalement gagnante pour nos familles politiques, hors des grandes métropoles. Ici, regardez Robin Prétot à Istres, Alexandre Doriol à La Ciotat, David Gehant et Arnaud Murgia dans les Alpes…

    Léo Purguette : Dans ces communes il n’y avait pas 18 candidats de votre espace politique comme pour la présidentielle.

    Je prêche pour qu’à la fin, il y ait le moins de candidats possibles, mais attention au candidat par défaut, ce qui démobiliserait. Il faut une entente, un projet.

    LA NOUVELLE SITUATION POLITIQUE

    Didier Gesualdi : Vous souhaitez du succès à Benoît Payan ?

    On souhaite du succès à Marseille et donc à Benoît Payan et son équipe qui viennent en fait de récolter tous les pouvoirs. C’est un basculement inédit dans l’histoire politique de Marseille. Vous avez à la fois une majorité pléthorique du Printemps marseillais au conseil municipal et depuis peu, par le biais du travail qu’ils font avec Nicolas Isnard, la totalité des pouvoirs métropolitains. Et donc s’ouvre pour Benoît Payan et ses équipes, une phase de pouvoir total.

    Didier Gesualdi : Il vous reste le Département et la Région quand même !

    Ce ne sont jamais que des co-financeurs. Dans la vie quotidienne des Marseillais : transports, sécurité, propreté, cadre de vie, aménagement… Tous les pouvoirs sont entre les mains du Printemps marseillais. On ne va pas, comme certains, râler, faire des grands discours d’estrade pour commencer tout de suite à les taper et dire qu’ils font mal leur travail. On espère que ça se passe bien. Ce qu’on a dit au moment du budget, qui en fait ressemble aux engagements de campagne de nos adversaires, c’est qu’on jugera aux résultats. Est-ce qu’il y aura, à la fin de cette année, des bibliothèques ouvertes dignement ? Des piscines ouvertes cet été ?

    Léo Purguette : Nicolas Isnard est quand même l’un de vos amis, il siège dans la majorité de Renaud Muselier. Ça ne vous enferme pas dans l’incapacité de critiquer ce qui va se passer à la Métropole ?

    On peut reconnaître à Nicolas Isnard d’être cohérent, il a dit qu’il ferait la Métropole des maires, à la fin, il donne le pouvoir métropolitain au maire de Marseille.

    Léo Purguette : Il y a une tutelle de l’État…

    C’est un autre débat. Vous parlez du budget métropolitain, mais si on prend les vice-présidences thématiques de la vie quotidienne des Marseillais, les satellites comme la RTM, la Soléam, la SPLA-IN… Il ne manque plus rien au Printemps marseillais pour réussir. Notre rôle d’opposition, c’est d’être capable d’apporter des solutions, de donner des idées et, lorsqu’il le faut, de tirer la sonnette d’alarme.

    Léo Purguette : Nicolas Isnard a été quelque peu critique à l’égard du bilan laissé par Martine Vassal. Ça vous a surpris, déçu ?

    Non, je pense qu’il a fait simplement un discours de nouveau président. Mon inquiétude n’est pas sur les questions de personnes ou de bilan. La trajectoire budgétaire était prévisible et prévue, certains maires l’ont dit. J’attends énormément de Nicolas Isnard, que dans cette Métropole des maires, on ne perde pas la dimension stratégique sur l’emploi, les transports, le port…

    LE VERSEMENT MOBILITÉ

    Léo Purguette : Pour ou contre la hausse du versement mobilité ?

    Pardon, mais les impôts ne peuvent pas être l’alpha et l’omega de toutes les réponses politiques aux problèmes budgétaires. Il y a évidemment la nécessité de faire des coupes dans le budget métropolitain.

    Didier Gesualdi : Mais pourquoi Paris ferait payer plus ses entreprises que Marseille ?

    Si, à la fin, c’est la solution retenue, pourquoi pas, mais qu’on ne se focalise pas en permanence sur les impôts. Les Marseillais, les Français, en ont marre de payer autant d’impôts pour ne pas voir le service public correspondant.

    Je soutiens le combat de Nicolas Isnard auprès de l’État pour trouver plus de ressources, mais ça ne peut pas être que par l’augmentation des impôts. Il faut garder à la Métropole sa dimension stratégique. L’émergence massive de l’intelligence artificielle va détruire des centaines de milliers d’emplois dans le pays. Il faut qu’ici, on soit capable de créer des emplois non-délocalisables avec des filières qui nous ressemblent.

    RENAUD MUSELIER

    Léo Purguette : Renaud Muselier a annoncé sa candidature aux sénatoriales et cédera donc la présidence de la Région. Vous qui êtes un très proche, comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

    Renaud Muselier a décidé de mettre son expérience au service de tous les maires du département en se présentant aux sénatoriales. Du fond du cœur, comme son directeur de cabinet et désormais élu, il aura mon soutien intégral. S’achèvent 10 ans qui auront été formidables à ses côtés.

    Didier Gesualdi : Ça ne fait pas un peu « courage fuyons » avant les régionales ?

    La décision qu’il prend c’est la préparation d’une victoire pas l’anticipation d’une défaite. Ça force le respect.

    Léo Purguette : La ministre Sabrina Roubache est candidate. Sur la même liste ?

    C’est le côté fantastique de la démocratie, on est tous libres de se présenter à une élection. Il faudra poser la question à elle et à Renaud Muselier.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Grégory Ibanez :

    Tout le monde est contre le tram des Catalans, est-ce que vous êtes toujours pour ?

    On a fait campagne pendant plus d’un an pour le tramway des Catalans et on a perdu les élections. Aujourd’hui, vous avez une équipe qui a fait campagne contre, qui a gagné les élections, qui préside la RTM et qui a tous les outils entre les mains pour mettre fin au projet. Est-ce qu’elle le fera ou pas ? Ce que je dis et que j’ai d’ailleurs rappelé au conseil d’arrondissements, c’est : « Faisons un référendum ou une consultation citoyenne si le préfet n’accepte pas le référendum. » Soyons capables de poser la question aux riverains et aux bénéficiaires de cet équipement qui, qu’on le veuille ou non, représentera une avancée en matière de transports, mais qui peut braquer, qui peut cliver. Je crois que ce n’est jamais mauvais d’aller demander leur avis aux Marseillais. Je répète que ce que nous pensons utile, c’est une consultation qui donne la parole aux Marseillais pour qu’ils puissent réellement s’exprimer sur le sujet.

  • [Entretien] Jean-Sébastien Gros, président du GDSA 83 : « Le Plan Frelon, ce n’est que de la communication »

    [Entretien] Jean-Sébastien Gros, président du GDSA 83 : « Le Plan Frelon, ce n’est que de la communication »

    La Marseillaise : En quoi le frelon asiatique nuit-il à votre activité ?

    Jean-Sébastien Gros : Je veux d’abord dire que c’est un problème général, pas celui des apiculteurs. C’est comme le Covid : au départ, on nous disait de ne pas nous inquiéter, qu’il allait se réguler seul. Aujourd’hui, ce frelon décime la moitié des insectes du pays. Les apiculteurs sont les seuls à avoir porté l’alerte, alors qu’il se nourrit à 30% d’abeilles domestiques contre 70% de faune sauvage. Un seul individu peut manger 13 kg d’insectes en un an. Il y a des zones où ne peut plus travailler. J’ai installé des ruches dans l’Ain et l’Isère car, dans le sud, ça devient compliqué, mais le problème arrive aussi là-bas. On est capable de reconstituer nos cheptels, on multiplie les ruches. Mais on va en avoir 600 ou 700 pour produire la quantité de miel qu’on faisait avec 400. Pour nous, c’est comme le loup. Sauf que les éleveurs ont des aides, nous non.

    Observez-vous une recrudescence ?

    J.-S.G. : On parle de progression de sa zone géographique d’implantation. Je n’en ai pas plus que les autres années, mais c’est devenu invivable. On a eu un hiver très doux, donc la pression arrive plus tôt. Il y a cinq ans, on n’en avait que sur la côte. J’ai des ruchers à Canjuers, à 1 200m d’altitude, où il est désormais en permanence. Il est également très bien implanté à Gap et Sisteron. Ça commence dans l’Isère et l’Ain. Petit à petit, il va coloniser toute la France. Il est capable de monter à 2 500m d’altitude dans sa région d’origine.

    Les abeilles sont-elles capables
    de se défendre par elles-mêmes
     ?

    J.-S.G. : S’il y a un seul frelon, ça ne fait pas trop de dégâts. Elles peuvent le tuer, mais c’est anecdotique, et dès qu’il y en a plusieurs, ce n’est plus possible. Le problème, ce n’est pas que le frelon mange des abeilles, c’est qu’il empêche les abeilles de rentrer et sortir de la ruche. Ça les confine, elles ne peuvent plus aller chercher à manger, la reine arrête de pondre et la ruche s’effondre.

    Comment luttez-vous ?

    J.-S.G. : Le seul moyen efficace et légal, c’est de déplacer sa ruche ailleurs. Les moyens techniques ne donnent rien de flagrant. Le piégeage ne marche pas. La destruction de nids si, la pression baisse pendant un temps, mais d’autres frelons reprennent le territoire. Les harpes électriques, qu’on teste depuis deux ans, fonctionnent s’il y en a beaucoup. Mais on n’a aucune info sur le déplacement du frelon et on ne sait pas s’il ne va pas revenir quand les harpes ne seront plus là. Le frelon est très malin et s’adapte vite au problème.

    Êtes-vous en relation avec les pouvoirs publics à ce sujet ?

    J.-S.G. : Oui, mais le Plan Frelon [lancé par le ministère de la Transition écologique début 2026, Ndlr.], sur lequel on a travaillé depuis trois ou quatre ans, n’est doté d’aucun moyen. C’est de la com’ [sic]. On plaide pour un fonds de recherche, afin de trouver des solutions. Le problème, c’est que chacun bosse dans son coin. Par exemple, l’Inra [Institut national de la recherche agronomique], qui travaille sur de la détection de nids par drone, refuse d’échanger avec des sociétés liées à la défense avec qui on est en contact et qui ont des solutions plus performantes. Ce qui importe, c’est leur brevet. On a besoin de concertation et de moyens. On fait 25 fois les mêmes choses et rien n’avance.

  • [Entretien] Jeannie Longo : « Un Tour de France ne s’invente pas, il se prépare »

    [Entretien] Jeannie Longo : « Un Tour de France ne s’invente pas, il se prépare »

    La Marseillaise : Que représente cette étape pour vous et que pensez-vous de ce parcours ?

    Jeannie Longo : C’est une étape assez prestigieuse. J’ai grimpé plusieurs fois le Mont Ventoux depuis Bédoin et c’est compliqué. Cela va dépendre des conditions climatiques parce qu’il peut faire très chaud en été ou il peut y avoir un orage. Donc il faut s’adapter. Et le résultat dépendra bien sûr de l’ordre d’arrivée au pied parce que la course va sûrement se faire avant. Ensuite, on monte d’abord tout droit dans la forêt et la chaleur. Et puis il y a le sommet depuis le chalet Reynard. Il y a beaucoup de mistral, donc on peut presque monter en bordure et faire une course en équipe.

    Qui voyez-vous comme favorite ?

    J.L. : Je pense que si Pauline Ferrand-Prévot se prépare aussi bien que l’an passé, elle a des chances de garder son maillot. L’année dernière, dès la première étape, j’ai vu qu’elle était en forme et après, je savais qu’elle avait fait du spécifique montagne. Un Tour de France ne s’invente pas. C’est-à-dire qu’il faut le préparer, il faut reconnaître les étapes les plus difficiles, là où il y a des pavés, là où il y a des cols. Mais c’est vrai qu’une Demi Vollering est aussi extrêmement forte. Aussi la Polonaise Katarzyna Niewiadoma-Phinney, qui est d’ailleurs la belle-fille de ma copine Connie Carpenter [première femme à remporter l’or en cyclisme féminin sur route aux JO de 1984, Ndlr.], car elle est très tonique et grimpe bien les cols. Disons que Pauline est moins juteuse. Et cette année, elle va être marquée tactiquement donc ce sera peut-être plus dur.

    Quels changements majeurs avez-vous constatés dans le cyclisme féminin ?

    J.L. : Des choses pas forcément positives. Aujourd’hui, cela court beaucoup, comment dire… de manière très professionnelle. C’est-à-dire que beaucoup d’équipières font le travail, quoi, et sont un peu sacrifiées. Cela m’ennuie un peu, ces techniques, car ce sont parfois des filles qui pourraient être devant. Ça a bien avancé bien sûr. Les gros groupes et équipes professionnelles masculines ont créé des sections féminines car ça faisait un peu désordre de ne pas en avoir. Donc les gros groupes sont un peu plus féminisés. Par contre, au niveau national et régional, c’est très pauvre, avec de petits moyens.

    Il y a plus de médiatisation qu’a votre époque aussi ?

    J.L. : J’ai été extrêmement médiatisée durant ma carrière. Même à ski avec un bonnet et des lunettes, on me reconnaît. Je pense que je l’ai été aussi car j’arrivais dans un milieu d’hommes et que j’étais une femme des années 80, où la femme était en train de sortir de terre. Nous étions quand même bien perçues. Le public était favorable, vraiment motivé. Mais je pense que les médias ne suivaient pas en général. Par exemple, quand la société du Tour de France a arrêté le Tour féminin en 1989, j’ai essayé de le relancer avec mon mari et l’aide du maire de Paris, Jacques Chirac. Et c’était difficile, on était à part.

    Et comment voyez-vous l’émergence de Paul Seixas ?

    J.L. : Oui, là, ça a été l’euphorie. Enfin, il est extrêmement doué. Mais il faut le préserver. Il a enchaîné les championnats du monde et d’Europe à 18 ans, avec plus de 270 kilomètres, ça me fait un peu peur. Pour le Tour de France, j’ai entendu Pierre Rolland dire qu’il ne fallait pas le lui faire faire. Il a peut-être raison. Après, pourquoi pas ? Je me rappelle, j’avais une équipière, une jeune de 17 ans. On lui a fait faire le Tour de l’Idaho : 15 jours avec de grandes étapes. Mais on ne lui demandait absolument rien. C’était une expérience. Alors que là, on va tout lui demander.

  • [Entretien] Pat Sheehan : « Des similitudes existent entre l’Irlande et la Palestine »

    [Entretien] Pat Sheehan : « Des similitudes existent entre l’Irlande et la Palestine »

    La Marseillaise : 45 ans après la mort de Bobby Sands en détention lors des grèves de la faim de 1981, vous continuez à perpétuer sa mémoire. Pourquoi est-ce important ?

    Pat Sheehan : Les Républicains irlandais ont une longue tradition de garder vivant le souvenir des héros de cette lutte. Il n’y a pas de héros plus grands dans notre génération que les dix hommes qui sont morts durant cette grève de la faim. Le gouvernement britannique avait mis en place une stratégie de criminalisation. Ils voulaient dépeindre notre lutte ici, en Irlande, comme une espèce de conspiration criminelle et voyaient les prisonniers comme le maillon faible de notre mouvement. Avant l’élection de Bobby Sands en tant que député, la Première ministre britannique de l’époque, Margaret Thatcher, disait que les prisonniers n’avaient pas de soutien et que l’IRA non plus. Ce qu’ils n’ont pas pris en compte dans leur raisonnement c’est qu’il y a une tradition, depuis des siècles, des prisonniers irlandais qui résistent à n’importe quel effort pour les criminaliser. Avant Bobby Sands, le prisonnier politique le plus connu à être mort en détention c’est Terence MacSwiney en 1920, il était le maire de Cork. Il est décédé alors qu’il était emprisonné en Angleterre à l’issue de 74 jours en grève de la faim. En avril 1981, Bobby Sands a été élu comme membre du Parlement du Royaume-Uni et le Sinn Féin n’a fait que se renforcer. Après la mort des dix grévistes, leur sacrifice et leur courage ont inspiré des milliers de jeunes à s’impliquer dans notre lutte. Le but de la criminalisation, c’était d’isoler et de marginaliser les Républicains. L’exact opposé est arrivé. Nous sommes désormais le plus grand parti dans le Nord et la première force d’opposition dans le Sud.

    Le Sinn Féin vise la tenue d’un référendum pour l’unité de l’Irlande d’ici 2030. Comment y parvenir ?

    P. S. : Nous souhaitons faire pression sur le plan politique. L’accord de paix de 1998, Accord du Vendredi saint, prévoit la possibilité d’un référendum sur notre unité. Les critères qui devaient être remplis avant que ce référendum ne soit mis en place ne sont pas clairement stipulés. C’est une des demandes que nous formulons au gouvernement britannique, même si nous pensons que Dublin doit tenir le rôle principal dans tout cela.

    Quels sont les liens entre votre lutte et celle du peuple palestinien ?

    P. S. : Notre relation avec les Palestiniens date de plusieurs décennies, depuis les années 1970, quand nous avions une relation avec l’OLP (Organisation de libération de la Palestine). La solidarité existe dans la similitude des situations. Même si l’Irlande se trouve à la périphérie de l’Europe occidentale, que nous avons la peau blanche et sommes une société supposément chrétienne, c’est la première des colonies britanniques. Une partie de notre pays est toujours sous contrôle, sous occupation britannique. Nous avons connu une situation similaire avec les colons, lorsque les natifs irlandais ont été chassés de leurs terres qui ont ensuite été attribuées à des fidèles à la Couronne. Des centaines d’années plus tard, cette situation persiste. Économiquement, ceux qui sont loyaux à la Couronne ont un plus grand pouvoir économique. Nous sommes à différents stades de lutte et de colonisation mais les similitudes qui existent entre l’Irlande et la Palestine sont très claires. Si vous analysez les deux luttes à travers un prisme de colonialisme et d’impérialisme, vous les verrez clairement. C’est un partage d’expériences et de souffrance. Nous continuons de rester en contact avec tous les principaux organismes politiques palestiniens. C’est pour cela que nous participons à la campagne pour la libération de Marwan Barghouti dont le fils a pris la parole lors de notre dernier Congrès.

    *La conférence se tiendra samedi à 14h à LaboFriche (3e)

    Un conflit à la Une

    La mort du militant irlandais de l’IRA en détention eut un retentissement mondial. Le 7 mai 1981, « La Marseillaise » titrait « Ils ont assassiné Bobby Sands », dénonçant la responsabilité du gouvernement britannique alors dirigé par Margaret Thatcher. Les jours suivants, le journal rendait compte des manifestations organisées à Marseille en solidarité avec le peuple irlandais.

  • [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « Le Front populaire de 1936 était une dynamique antifasciste »

    [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « Le Front populaire de 1936 était une dynamique antifasciste »

    La Marseillaise : En quoi fêter le Front populaire est toujours aussi important, 90 ans après ?

    Guillaume Roubaud-Quashie : C’est toujours compliqué de choisir une date pour fêter le Front populaire. Car c’est d’abord une grande ambition, une grande orientation stratégique qui commence dès 1934. Et qui se traduit par une victoire électorale au début de mai 1936. Un grand mouvement social s’enclenche par la suite. C’est un peu compliqué de séparer ces trois dimensions. On voulait absolument le fêter car c’est un moment qui concerne de près l’histoire du Parti communiste et l’histoire des travailleurs et travailleuses de notre pays. Par leur mobilisation massive, alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir, ils ont réussi à obtenir une amélioration concrète de leur sort. Prenons l’exemple des congés payés, ce sont des mesures symboliques et très concrètes en même temps. Aujourd’hui encore, on le voit avec les polémiques autour du 1er-Mai, c’est quelque chose que le patronat a du mal à digérer : payer des gens qui ne travaillent pas, c’est difficile à conquérir, ça ne tombe pas du ciel. Même principe pour le passage des 48 heures de travail à 40 heures par semaine : c’est considérable. Son mot d’ordre était « pain, paix, liberté », on voit là les aspirations profondes derrière cet élan populaire.

    C’est aussi un renforcement des droits syndicaux, avec des mesures qui ont été attaquées au fil du temps ?

    G.R.-Q. : L’idée du Front populaire, qu’est-ce que c’est ? Regardons les accords de Matignon pour l’augmentation des salaires qui se font au terme de grands mouvements de grève. Ce sont des accords pour tous les travailleurs, mais des accords minimaux. C’est-à-dire que les salaires augmentent pour tout le monde, au minimum, de 7 à 13%. Mais dans la vie concrète, là où le rapport de force était fort, dans les entreprises, il y a eu des accords à condition qu’ils soient meilleurs que ce qui était acquis pour tout le monde. C’est la logique des conventions collectives. Le droit du travail est conforté, pour l’ensemble des travailleurs, mais quand il y avait un rapport de force dans certaines branches, on pouvait aller au-delà, faire mieux. Il y a une volonté de casser cette architecture que les luttes et le Front populaire ont construite.

    Le mouvement social est indissociable de la victoire électorale ? Les deux se sont nourris mutuellement ?

    G.R.-Q. : On ne peut pas séparer une dimension de l’autre, sans quoi, l’édifice s’effondre. Parlons clairement : sur les congés payés, il est évident que ça n’aurait pas été obtenu sans la victoire électorale. Mais en même temps, ce n’était pas dans le programme du Front populaire. C’est parce qu’il y a eu des mobilisations sociales que ça a été obtenu. Et on pourrait ajouter la dimension culturelle. Car cela s’appuie sur une grande rencontre entre le monde du travail et celui de la création. C’était une dynamique profonde et antifasciste.

    Vous parlez d’antifascisme : en quoi était-ce une réponse du monde du travail à la montée de l’extrême droite ? Et en quoi peut-on s’en inspirer aujourd’hui ?

    G.R.-Q. : Il faut avoir en tête la situation spécifique des années 30. Il y a d’abord une situation sociale et économique difficile pour les travailleurs, avec la dépression. Sur ce fond, il y a une espèce de tache brune qui grandit en Europe et qui menace explicitement la France en 1934. Cela fait des dégâts considérables dans des pays voisins : en Italie, en Allemagne. Face à cela, il y a une prise de conscience dans le mouvement ouvrier qu’il faut faire barrage. Faire barrage, c’est l’unité. Mais c’est aussi se mettre à l’écoute, la plus attentive possible, des aspirations majoritaires du monde du travail. Forcément, quand on regarde la France d’aujourd’hui et la France des années 30, il y a de grandes différences : la ruralité, la place des villages, le téléphone, internet, un monde du travail qui n’a rien à voir. Mais il y a aussi de quoi faire écho. On ne commémore pas le Front populaire par envie de faire un cours d’histoire, mais car on garde une conscience de ce moment-là. C’est la démonstration, dans un univers où il y a l’impression que le fascisme est dans une irrésistible ascension, qu’on peut le mettre en échec. Alors qu’au début du Front populaire, la classe ouvrière est peu syndiquée, peu présente dans les partis politiques. Ça dit des choses pour notre temps : quand les travailleurs s’organisent sur la base de leurs revendications, ils sont en capacité de gagner d’importantes avancées.