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  • [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Le premier de tous les universels, c’est l’humanité »

    [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Le premier de tous les universels, c’est l’humanité »

    « De langue à langue. L’hospitalité de la traduction, Universaliser et Les universels du Louvre sont les trois derniers ouvrages que Souleymane Bachir Diagne a consacrés à l’universalisme.

    La Marseillaise : Quelle est votre définition de l’universalisme ? A-t-on la même définition en France et aux États-Unis ?

    Souleymane Bachir Diagne : La France a un rapport très particulier à l’universalisme. Beaucoup d’intellectuels français considèrent que le véritable universalisme, c’est l’universalisme à la française. C’est une grande simplification. Disons que ma position est la suivante : nous assistons aujourd’hui à la fin d’un universalisme qui est considéré comme un universalisme impérial, colonial. Celui qui défend qu’une région du monde, l’Europe, est tout naturellement porteuse de l’universel, qu’elle a pour mission d’apporter au reste du monde. C’est ça, la définition d’un universalisme classique, qui a pu, par exemple, justifier la colonisation.

    Votre définition est-elle différente ?

    S.B.D. : La question est : est-ce que la fin de cet universalisme-là doit signifier qu’on abandonne toute idée d’universel, considérant que l’universel en lui-même est tout naturellement colonial, impérial ? Ce n’est pas ma position. La thèse qui est au cœur de mon travail, que j’ai défendu dans mes trois derniers livres, c’est que la fin d’un certain universalisme impérial doit signifier, pour nous, la mise en chantier d’un vrai universel, d’un universel qui soit un universel inclusif ou un universel décolonisé, si on veut utiliser ces termes-là. Ce ne sera plus un universel de surplomb, une culture qui s’estime en surplomb de toutes les autres, apportant cet universel au reste du monde. J’utilise un concept auquel je suis identifié maintenant, le concept d’universel latéral, que j’emprunte au philosophe français Maurice Merleau-Ponty. Il dit que s’il y a juste un plan horizontal, où toutes les cultures sont égales, il n’y en a pas une qui est au-dessus de l’autre. La seule dimension d’échange entre les cultures, c’est la dimension horizontale, latérale. Donc, de manière latérale, si vous voulez, les cultures humaines, les langues humaines, dans leurs différences, mais aussi dans leurs équivalences et leur égalité, forgent ensemble un horizon d’universalité.

    Pourquoi, s’il s’agit d’une autre approche, conserver le terme d’universalisme ?

    S.B.D. : Ma position, c’est qu’on en a besoin. On a besoin d’une notion d’universalité. Je comprends tous les gens qui veulent trouver à la notion d’universel des concurrents. On parle beaucoup de diversalité ou de pluriversalité, des mots nouveaux, des néologismes pour insister sur le pluriel du monde. Mais, dire que le monde est pluriel ne veut pas dire qu’on ne peut pas se donner un horizon d’universalité. Nous devons considérer que le premier de tous les universels, c’est l’humanité elle-même, l’idée d’une seule et même humanité. Les défis qui sont les nôtres, aujourd’hui, nous apprennent la nécessité d’avoir une politique qui soit celle de l’humanité dans son ensemble, de l’humanité comme un universel.

    À quels défis pensez-vous ?

    S.B.D. : Le changement climatique, par exemple, suppose un agent unique qui soit l’humanité dans son ensemble. Ce que je fais à ma forêt en Afrique centrale a des incidences sur la planète Terre de manière générale. Donc, penser l’avenir de la planète et penser ce que signifie habiter sur cette planète, ça doit être quelque chose qui considère que l’agent politique, celui qui agit, c’est l’humanité dans sa totalité. Je pense aussi aux questions de migrations. Voilà un phénomène global auquel nous devons réfléchir ensemble, comme une seule et même humanité, en insistant sur l’universalité des droits humains, face à la montée des discours ethnonationalistes et d’extrême droite, créateurs de fractures.

    L’universalisme doit-il être un outil de lutte contre la montée des discours ethnonationalistes ?

    S.B.D. : C’est l’outil. Je crois qu’il faut refuser quelque chose qui s’installe et qui est ce que je considère être un nouvel apartheid généralisé, avec l’idée que la pire chose serait que les cultures se mélangent. Revenir à une forme d’humanisme, justement, c’est le combat que je mène.

  • [Entretien] Gaby Charroux : « J’interpelle le président pour protéger nos industries »

    [Entretien] Gaby Charroux : « J’interpelle le président pour protéger nos industries »

    Le projet Carbon de giga-usine de panneaux solaires à Fos-sur-Mer, avec les 3 000 emplois promis, est abandonné par son porteur, qui dénonce l’absence de protectionnisme de l’Europe sur ses marchés. Le vice-président de la Métropole chargé du développement industriel, réagit.

    La Marseillaise : Comment accueillez-vous cette nouvelle de l’abandon du projet Carbon ?

    Gaby Charroux : C’est un coup de massue. Ce projet suscitait des espoirs énormes dans les perspectives de développement industriel. Ma crainte est de voir, peu à peu, tout le monde reculer et que tout soit abandonné. Certains s’en réjouiront peut-être, mais la situation est plus que délicate. Il ne faudrait pas que d’autres entreprises ou projets soient affaiblis. Je pense notamment à Marcegaglia, qui a des industriels à sa tête, avec des préoccupations industrielles, à la différence de financiers.

    Pensez-vous à une remise en cause du contournement autoroutier de Port-de-Bouc ?

    G.C. : Celui de Port-de-Bouc, comme la liaison Fos-Salon, j’espère qu’ils n’auront pas de plomb dans l’aile. Le dynamisme apporté par ces nouvelles entreprises a montré une nouvelle considération de notre territoire, une quasi-presqu’île avec un seul chemin pour accéder à la zone industrialo-portuaire. C’est pour ça que le contournement autoroutier a été envisagé. J’espère qu’il n’y aura pas de recul, pour l’instant et définitivement. Ce serait un renoncement terrible pour le territoire, mais aussi pour la France.

    Les porteurs du projet dénoncent la politique libérale de l’Europe et ses nombreux accords de libre-échange. Est-ce le cœur du problème ?

    G.C. : On nous présentait cette entreprise comme un fleuron, qui allait montrer la puissance de la France face à la concurrence internationale. Je suis quand même surpris que des libéraux parlent comme ça. Ces acteurs veulent l’exclusivité, le contrôle et l’argent public. C’est comme si un pizzaïolo s’installait à Jonquières et se plaignait de ne pas pouvoir travailler à cause de la concurrence. Ma foi, c’est un marché concurrentiel qu’ils ont choisi !

    Alors, on laisse faire ?

    G.C. : Parlons franchement : si on nationalise Arcelor Mittal alors, oui, il faut protéger son marché. Aujourd’hui, on est dans un monde concurrentiel, tant que les lois sont celles du marché, on aurait tort de s’apitoyer. Il ne faudrait pas faire les chevaliers blancs quand cette façon de faire nous met dans le mur. Je remarque quand même que l’Europe se défend moins bien que les États-Unis ou la Chine sur le plan économique.

    L’État a-t-il encore un rôle à jouer pour défendre son industrie existante et en projet ?

    G.C. : L’Opération d’intérêt national sur la zone se cantonne à l’industrie et la mobilité, c’est une question d’indépendance nationale et je compte sur le rôle prépondérant de l’État et sur son influence européenne. C’est lui qui doit défendre cette position. Je pense justement interpeller le président de la République à ce sujet. Nous, sur le plan local, ne pouvons pas grand-chose face aux va-et-vient de l’Union européenne. Il faut rappeler que le rôle de l’état a été déterminant dans ces sujets. Lors de sa visite en 2023, le président déclarait que, pour la décarbonation et le maintien de l’industrie existante, il fallait pouvoir disposer de source d’énergie indispensable – l’électricité – pour ce faire. Je pense à l’indispensable ligne Très haute tension, la THT, même si je regrette l’absence de recherche de solution alternative pour préserver le patrimoine exceptionnel de Camargue.

    Quid de l’attractivité du territoire après un tel rétropédalage ?

    G.C. : La question de l’attractivité dont on se glorifie est soumise à des critères qui nous dépassent largement, que ce soit la commune, la Métropole, le Département ou la Région. La preuve en est avec Carbon : ils parlent de l’Europe. Ça se joue ailleurs.

    Entretien réalisé par Antonin Maja

  • [Entretien] Laurent Bailloux, élu au Pradet : « La gauche devra s’unir aux prochaines municipales »

    [Entretien] Laurent Bailloux, élu au Pradet : « La gauche devra s’unir aux prochaines municipales »

    La Marseillaise : Quelle analyse faites-vous des dernières élections ?

    Laurent Bailloux : On fait le même score qu’au premier tour en 2020, avec 200 voix de plus. C’est plutôt encourageant. Ensuite, le vote utile nous fait perdre un tiers de nos voix et un élu. Sur 33, 31 sont de droite ou d’extrême droite, pour deux plutôt à gauche, avec Émilie Thomas [qui a suppléé Bernard Pezery, autre candidat DVG démissionnaire, Ndlr]. On va tâcher de représenter les 30% qui ont voté pour nos listes au premier tour et faire vivre la démocratie.

    La situation est similaire dans l’ensemble du département…

    L.B. : Le renoncement lors des élections régionales et départementales a fait s’effacer la gauche, avec le RN comme seule opposition à la droite républicaine. Sur la Métropole, on a un seul élu. La gauche disparaît des instances locales. Cela n’aide pas à exister et à porter nos valeurs, quand on a pour seule optique la défaite. Mais on doit le faire, autrement, on va avoir des villes sans liste de gauche, comme à La Farlède, La Londe… On doit apporter une véritable opposition, pas seulement une lutte de façade, face à des personnes qui ont un programme à 90% similaire.

    Cela étant dit, discutez-vous entre forces de gauche varoises ?

    L.B. : Pour l’instant non, mais on a abordé cette question dans notre groupe, dans l’idée de travailler avec notre seul élu métropolitain, Stéphane Sacco. Avec Émilie Thomas, non plus, mais on s’entend très bien. Nos positionnements sont sensiblement identiques. On devrait commencer à discuter d’égal à égal et on va arriver à s’entraider logiquement. Il n’y a pas encore de discussion de fond, ni de travail commun, mais c’est pour moi seule possibilité d’exister aux prochaines élections, en étant unis dans une dynamique de premier tour, avec une candidature commune à gauche.

    Quels seront les enjeux pour vous lors de ce mandat ?

    L.B. : Il y a une guerre ouverte entre le maire [Hervé Stassinos] et son ancienne première adjointe [Valérie Rialland, candidate UDR, battue avec 64 voix d’écart] qui a déposé un recours. La situation est inquiétante pour la commune car les principaux financeurs sont la Région et le Département. Le maire, aussi conseiller régional, a peur d’être taxé de favoritisme. De l’autre côté, Valérie Rialland, conseillère départementale, freine les subventions pour ne pas favoriser la réussite de son adversaire. Notre but sera d’apporter une voix apaisante, mais ferme, sur nos valeurs face au mépris et à la rancœur.

  • [Entretien] Raphaël Grisel : « On a renouvelé à peu près un tiers de l’eau de l’étang de Bolmon »

    [Entretien] Raphaël Grisel : « On a renouvelé à peu près un tiers de l’eau de l’étang de Bolmon »

    La Marseillaise : L’eau ne circulait plus du tout entre l’étang de Bolmon, hyper eutrophié, et l’étang de Berre avant une opération que vous avez menée en février.
    En quoi consistait-elle ?

    Raphaël Grisel : L’opération consistait à remettre en circulation l’eau de l’étang de Bolmon pour améliorer sa qualité. On avait trois bourdigues. L’une fonctionnait toujours, mais était très encombrée de blocs, de cailloux qui avaient été jetés dedans ou qui étaient tombés des rives. Les deux autres, côté Marignane, étaient complètement envasées avec des terres consolidées et des plantes au-dessus… Donc, il n’y avait plus du tout de circulation d’eau. Ça avait été identifié de longue date comme un projet qui pouvait être intéressant pour cet étang au mauvais état écologique. Dans le cadre de la feuille de route parlementaire qui date de 2021 et du comité stratégique de l’étang de Berre, il avait été décidé que le Gipreb prendrait en charge cette action, qu’on a donc conduite cette année. On a aussi nettoyé et recalibré les ouvertures entre l’étang de Bolmon et le canal du Rove, qu’on appelle des fenêtres, pour que l’eau puisse sortir.

    On a eu des résultats impressionnants sur les premiers gros coups de mistral, avec l’eau qui passe de manière vraiment très forte de l’étang de Berre vers l’étang de Bolmon. Sur les sept jours de vent qu’il y a eu début avril, on a renouvelé à peu près un tiers de l’eau de l’étang de Bolmon.

    Avez-vous de premiers résultats sur les bienfaits du retour de la courantologie pour la biodiversité de l’étang de Bolmon ?

    R.G. : Dans le cadre des travaux, il y a des sondes qui vont être installées de manière plus dense que celles qu’on a actuellement pour les suivis saisonniers. Aujourd’hui, on n’a pas toutes les données. Simplement, ce qu’on a observé, c’est une transparence de l’eau qui s’est nettement améliorée par rapport aux années précédentes. C’est la première fois que je vois une clarté qui atteint 80/90 cm. Souvent, sur Bolmon, on était sur 20 cm. Donc il est possible que cette remise en circulation joue son rôle, avec l’espoir qu’il y ait de nouveau de la biodiversité et des plantes aquatiques grâce au retour de la lumière. À titre indicatif, dans l’étang de Berre, à partir du printemps, on arrive souvent à 4 m de transparence, ce qui est déjà une nouveauté. Avant, on était plutôt sur 2,50 m. On va vers une amélioration.

    La pérennité de ces ouvertures n’était pas une certitude. Avez-vous du recul sur cet aspect ?

    R.G. : Une bourdigue est déjà en partie rebouchée à cause du vent, qui a dégradé cet ouvrage qui n’était pas encore stabilisé et consolidé. Heureusement, ça ne l’a pas détérioré sur toute sa longueur, juste sur une dizaine de mètres, parce que ces petits canaux font à peu près 200 m de long. On est en train de travailler pour le rouvrir.

    Il faudra certainement de l’entretien, on est sur des zones où ça marche quand il y a du vent, mais le vent apporte aussi du sable. Après, s’il faut les curer toutes les trois semaines, il faudra se rendre à l’évidence et se dire que ces bourdigues ne sont pas faites pour fonctionner toutes seules. Tout ceci a tout de même un coût.

    Ces travaux sur l’étang de Bolmon n’étaient qu’une première étape.

    R.G. : La remise en circulation de l’eau de mer dans le tunnel du Rove vient d’entrer en phase opérationnelle. On va bientôt sélectionner les entreprises qui vont s’occuper de concevoir le projet et de monter tout le dossier d’autorisations réglementaires.

    Actuellement, il y a un bouchon d’environ 150 m de long. L’idée serait de glisser un tube d’environ 2,50 m de diamètre pour refaire passer l’eau.

    Quand on réouvre les bourdigues, on permet la circulation de l’eau de Bolmon vers l’étang de Berre, mais on est en circuit fermé. On n’a pas d’apport d’eau nouveau, ce n’est qu’un équilibrage. Avec le tunnel du Rove, on a un apport d’eau de très bonne qualité, très oxygénée, très peu riche en nutriments, donc en azote et en phosphore, ce qui va permettre de bien diluer et de bien améliorer la qualité globale du
    système. Les travaux devraient débuter en 2029.

  • [Entretien] Ammar Yassir : « J’aimerais que les gens s’informent sur le Soudan »

    [Entretien] Ammar Yassir : « J’aimerais que les gens s’informent sur le Soudan »

    Ammar Yassir n’a pas encore 21 ans et, pourtant, il a déjà exposé ses photos au Prix Bayeux Calvados des reporters de guerre, et dans d’autres villes européennes. Aujourd’hui, le jeune photojournaliste expose ses photos à Marseille, aux côtés de cinq autres photojournalistes soudanais. Une exposition organisée par les journalistes Eliott Brachet et Arthur Larie à la librairie Maupetit, sur la Canebière. À travers ses photos, il raconte son parcours d’exilé et un bout de la guerre au Soudan.

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous raconter l’histoire derrière les photographies sélectionnées pour cette exposition ?

    Ammar Yassir : Ces photos font partie d’un projet que j’ai appelé « I will never find home ». Le cœur du projet est l’exploration de soi et de son entourage. J’ai documenté les lieux traversés sur plusieurs mois, dans les camps de réfugiés, en Ouganda et dans diverses villes du Soudan, dont celle de mon père, attaquée par les forces paramilitaires. Je questionne, dans cette série, ce qui fait que l’on se sent chez soi, le sentiment d’appartenance à travers les lieux que l’on habite. L’autoportrait, intitulé « Conflicted », représente mes conflits intérieurs au sein du « grand conflit », celui de la guerre au Soudan lorsque j’habitais à Djouba, une période très difficile.

    Pourquoi avoir choisi le noir et blanc pour cette série ?

    A.Y. : En fait, la plupart de mes cartes SD et mon téléphone avaient été volés lors d’une manifestation de la Gen Z au Kenya. La majorité des photos étaient en couleur. J’ai donc dû trouver un lien entre les autres photos, et ce lien a été le noir et blanc. Des lieux sont représentés à travers des archives, des photos prises avec mon téléphone ou avec mon Canon, et à travers eux, je tente de répondre à mes questionnements sur le sentiment d’appartenance. À gauche de mon autoportrait, on voit une photo de tente. Elle renvoie à une période très difficile, nous étions à 9 dans une tente avec ma famille, dans un camp de réfugiés au Sud. Et, bizarrement, j’y ai de bons souvenirs car nous étions tous ensemble.

    Quel est le lieu que vous pouvez appeler « maison » ?

    A.Y. : Je pense que je peux dire que « chez moi », c’est la ville d’Omdurman, où je suis né. Je pense surtout à la maison de mon grand-père maternel, c’est ce lieu que j’espère retrouver. Je vis actuellement à Hambourg, en Allemagne, dans une résidence d’artistes qui se termine bientôt. J’essaye de ne pas penser à la suite, mais j’hésite à retourner au Soudan et je ne sais honnêtement pas dans quel état je vais retrouver cette maison.

    Que souhaitez-vous transmettre à travers la photographie ?

    A.Y. : À travers la photographie, j’ai l’opportunité de partager les récits de ceux qui ne peuvent pas raconter leur histoire et notamment les réfugiés soudanais. J’ai eu la chance de pouvoir raconter la mienne, c’est désormais à mon tour de raconter la leur. Enfin, j’aimerais sensibiliser au fait qu’il est nécessaire de s’informer sur la guerre au Soudan, sur son histoire, sur la complexité de la situation et l’importance de nommer ce que cette guerre est réellement : une guerre par procuration, pas une « guerre civile ».

    Les photos d’Ammar Yassir et des cinq autres photographes soudanais sont à retrouver jusqu’au 20 juin à la Librairie Maupetit, 142 La Canebière.

  • [Entretien] Alaixys Romao : « Le contexte à l’OM n’est pas évident à gérer »

    [Entretien] Alaixys Romao : « Le contexte à l’OM n’est pas évident à gérer »

    La Marseillaise : En tant qu’ancien pensionnaire de la maison olympienne, vous avez suivi les péripéties de l’OM cette saison. Qu’en pensez-vous ?

    Alaixys Romao : C’est toujours difficile de juger, surtout quand on n’est pas dans le vestiaire. Je pense que l’élément déclencheur arrive quand ils perdent 5-0 contre le PSG. Concernant les problèmes en interne, ce sont des problèmes qui doivent rester entre les principaux concernés et ça ne doit pas fuiter dans les médias. C’est dommage d’un côté, mais quand tu vois l’investissement de certains joueurs, tu te dis que tu ne peux qu’être désabusé.

    Vous avez vous-même connu des problèmes en interne, notamment avec l’épisode du différend entre Dimitri Payet et Florian Thauvin. Comment gère-t-on ce type de situation afin
    de retrouver un collectif
     ?

    A.R. : Il ne faut pas se leurrer, il y a des tensions dans tous les clubs. Encore une fois, je pense que c’est le genre de problèmes qui se règle en interne et ça arrive beaucoup dans un vestiaire, c’est normal. Ça fait partie de la vie d’un joueur de foot. Je pense que pour cette année, il y a eu beaucoup de précipitation dans l’équipe. Avec la Ligue des Champions, la Ligue 1 et la Coupe de France, ils avaient pas mal de choses à jouer et c’est dommage d’avoir terminé ces trois campagnes sans réel succès, alors que le jeu était prometteur.

    On a énormément parlé d’un problème d’entraîneur entre le départ de Roberto De Zerbi et les résultats négatifs d’Habib Beye. Selon vous, qui est le meilleur coach possible pour l’OM la saison prochaine ?

    A.R. : Pour moi, les coaches qui ont le plus réussi à Marseille viennent de l’étranger. Mis à part Didier Deschamps bien sûr. Parce que le contexte à l’OM n’est pas évident à gérer. Il faut trouver le coach qui va pouvoir gérer tout ça. Personnellement, j’ai beaucoup aimé le travail de Pierre Sage, mais honnêtement, je le vois pas partir de Lens. Il y a l’option Bruno Génésio qui peut être intéressante aussi, je trouve. J’aime beaucoup son état d’esprit, ça peut matcher avec l’OM.

  • [Entretien] Benoît Belvalette : « Ne pas être une gauche incantatoire mais utile »

    [Entretien] Benoît Belvalette : « Ne pas être une gauche incantatoire mais utile »

    La Marseillaise : Vous avez d’abord été candidat aux municipales puis avez rejoint la liste de David Fournier avant d’en sortir au second tour avec la fusion LFI. Quel bilan tirez-vous de cette campagne ?

    Benoît Belvalette : On a toujours dit que les municipales n’étaient qu’une étape pour Place publique, pas une fin en soi. On a souhaité porter une nouvelle façon de faire de la politique et apporter cette régénération qui manquait tant à cette ville. D’ailleurs, l’élection d’Olivier Galzi est la démonstration qu’il y avait peut-être besoin d’un renouveau sur cette ville. De mon côté, des contraintes professionnelles m’ont amené à être beaucoup moins présent. Au sein du rassemblement, j’ai eu l’impression que le projet n’était pas forcément une priorité, ou du moins on n’a pas assez affirmé que c’était quelque chose d’essentiel, on aurait aimé peser plus fortement sur les choix stratégiques. Derrière, il planait toujours ce doute d’une alliance avec LFI. Le positionnement de David Fournier n’a pas toujours été très clair, on peut comprendre dans sa stratégie, qu’il fallait aller chercher des électeurs LFI. Mais l’absence de clarté n’a pas aidé. On avait fait un choix clair [vis-à-vis de LFI] et on l’a assumé, on ne regrette pas. Plus largement, avec le recul, je pense que si on s’était réunis avec Joël Peyre (PRG) et Paul Roger Gontard (La Convention) on aurait beaucoup plus pesé. On doit tirer les enseignements de notre incapacité à se mettre d’accord pour les prochaines échéances.

    Quelles sont-elles justement ?

    B.B. : Déjà, on continuera d’être présent dans la vie locale, on sera une vraie force de proposition, une vigie exigeante, pour être utile à Avignon. Le prochain scrutin sera les sénatoriales. On va y participer et aider à ce que la gauche soit bien représentée. On a rencontré Lucien Stanzione [sénateur PS sortant] qu’on devrait soutenir. Mais on se projette avant tout sur la présidentielle avec la candidature, certainement en septembre, de Raphaël Glucksmann. Et ensuite les législatives. Les municipales ont montré que l’alliance ambiguë du PS avec LFI a perturbé la lisibilité du discours. Pour d’autres échéances, Place publique peut porter ce leadership d’une gauche sociale ouverte et humaniste, sans considérer que LFI fasse partie de ce périmètre.

    Quel regard portez-vous sur les débuts d’Olivier Galzi ?

    B.B. : Si on veut être crédible, il faut laisser à cette municipalité le temps d’agir, ça serait malhonnête d’être déjà dans une critique exacerbée. Chaque fois qu’il faudra alerter, nous le ferons. Et chaque fois qu’une décision ira dans le bon sens, on la saluera, parce que c’est ça aussi faire de la politique : ne pas être une gauche qui soit incantatoire, simplement à dénoncer, mais être une gauche objective et utile. Je mets en garde Olivier Galzi : quand on veut faire un travail de fond, la politique mérite mieux qu’une communication à outrance. Il faut de l’humilité et du travail, ne pas considérer qu’on peut avoir toutes les réponses aux problématiques et puisqu’on veut représenter l’ensemble des Avignonnais, il faut entendre toutes les forces politiques qui ont des choses à dire.

  • [Entretien] Jérémy Bacchi : « Il faut prendre tous les sujets de front »

    [Entretien] Jérémy Bacchi : « Il faut prendre tous les sujets de front »

    La Marseillaise : Que vous inspirent ces procès et cette réponse judiciaire ?

    Jérémy Bacchi : En amont, je veux saluer le travail des forces de police qui permet d’arriver à ces procès contre les chefs mafieux, et plus largement contre ce système. Ce travail d’investigation est la priorité. Ce volet judiciaire envoie un signal fort à ces organisations et à la population : on peut de lutter contre ces phénomènes, les choses avancent, et on ne peut que s’en réjouir.

    L’Appel de Marseille que vous avez initié préconisait une réponse politique. Vous en êtes satisfaits ?

    J.B. : L’Appel de Marseille lancé en janvier 2024 visait à provoquer un électrochoc dans la société pour que les pouvoirs publics se saisissent du sujet et adaptent notre appareil législatif aux réalités actuelles du narcotrafic. Le mois suivant, avec Guy Benarroche et Marie-Arlette Carlotti, nous avons saisi le président du Sénat pour la créer une commission d’enquête sur les narcotrafics dont le rapport a été adopté à l’unanimité du Sénat qui a adopté en 2025 une loi pour « sortir la France du piège du narcotrafic ». Sur cet aspect l’Appel a rempli ses objectifs initiaux. Mais un deuxième volet préventif en matière sanitaire et éducative, mériterait quelque chose du même type.

    Sur quoi mettre encore l’accent ?

    J.B. : Il y a quatre piliers. La protection de l’enfance est dans une situation dramatique, elle a besoin de plus de moyens. Près d’un jeune sur deux enrôlés dans les réseaux est issu de l’ASE, et les jeunes filles confrontées à la prostitution et exploitées par ces mêmes filières. Il y a ensuite le volet sanitaire pour l’accompagnement des personnes addictes car, effectivement, moins de consommateurs, c’est moins de trafic. Il y a aussi la question des relations diplomatique avec les pays producteurs de drogues. Puis il y a le levier financier avec le blanchiment de l’argent de la drogue et l’utilisation des avoirs confisqués liés au narcotrafic. Il faut prendre tous les sujets de front.

    Il y a aussi la protection des familles de victimes ?

    J.B. : Je suis intervenu la semaine passée au Sénat sur un texte que le Gouvernement, main dans la main avec la droite, a rejeté, et je le regrette, portant notamment sur la protection des personnes, militants associatifs et politiques qui dénoncent et se battent contre le narcotrafic. Mais la bataille continue.

  • [Parole de maire] Robert Deledda (La Cadière d’Azur) : « On prépare l’avenir et nous avons déjà fait des miracles »

    [Parole de maire] Robert Deledda (La Cadière d’Azur) : « On prépare l’avenir et nous avons déjà fait des miracles »

    Ancien premier adjoint du maire communiste René Jourdan, le nouveau premier magistrat de La Cadière d’Azur Robert Deledda (SE) rappelle ses ambitions pour la commune mais aussi les obstacles et les difficultés que l’équipe va devoir affronter pour les réaliser.

    La Marseillaise : Vous dites que vous vous êtes présenté pour préparer l’avenir…

    Robert Deledda : Oui, absolument, déjà au niveau de l’équipe, avec de nouvelles personnes qui vont apparaître. Et ça c’est très important, parce que j’ai constaté depuis à peu près entre 30 et 40 ans que je suis élu, qu’on ne nous préparait pas. D’un coup, on est là dans le bain et on doit apprendre de ses erreurs. Donc là, il va y avoir tout un travail de formation et d’accompagnement. Et on va mettre en avant toute cette nouvelle génération.

    Eh puis, il y a les projets qui vont marquer la commune. On a des bâtiments municipaux vétustes, on va donc pour commencer faire un audit et à partir de là, on va voir quel entretien, quelle maintenance il faut faire pour les mettre aux normes. Et les restructurer pour donner satisfaction aussi bien aux personnels qui travaillent aujourd’hui dans des locaux qui ne sont pas adaptés aux usagers. On doit pouvoir accueillir tous les publics dans de bonnes conditions, notamment les personnes à mobilité réduite.

    On va également construire une nouvelle mairie dans l’extension de l’actuelle mairie annexe.

    Nous avons besoin de moderniser et donner de bonnes conditions de travail au personnel et aux élus. Un lieu où les adjoints et les conseillers municipaux vont pouvoir se réunir, discuter de projets, d’activités, d’animations… de travailler. Aujourd’hui les adjoints parfois n’ont pas de bureau. On a besoin aussi de pouvoir se retrouver entre nous. Et pas seulement pour des réunions de groupes de travail, des réunions de commissions.

    Vous avez également des ambitions touristiques…

    R. D. : Le constat c’est que pour l’instant nous ne sommes pas bons au niveau de la communauté d’agglomération Sud-Sainte-Baume, puisque lorsqu’on observe que les touristes viennent essentiellement dans une certaine période et au niveau du littoral. Je pense qu’on a des atouts pour travailler sur les quatre saisons tous ensemble, intelligemment, au niveau de l’ensemble du territoire. Or, aujourd’hui nous n’avons que trois offices de tourisme : Bandol, Sanary et Saint-Cyr. Donc tous situés sur le littoral. Il reste à développer l’arrière-pays et les quatre saisons.

    En plus, on a une richesse énorme, nous, c’est le vignoble. On a un territoire qui est béni des dieux grâce à tous nos agriculteurs. Le paysage que l’on a là, c’est grâce à eux qu’il a été protégé. Et on va encore plus protéger nos terres agricoles comme on s’y est engagé au cours de notre campagne électorale. On l’a dit, on le fait, et on va le prouver. C’était déjà d’ailleurs la politique prioritaire de René Jourdan.

    Vous devez faire face en même temps à un désengagement de l’État avec des dotations qui ne cessent de baisser…

    R. D. : Elle a été drastique ! Et ça nous fait vraiment mal. Les communautés rurales se retrouvent très exposées. Mais tant que je pourrais, je n’augmenterais pas les impôts, puisque le pouvoir d’achat des contribuables se réduit, et une partie de la population souffre. Quand on voit à combien s’élève le prix de l’essence…

    Donc nous, on est là pour les aider, pour les accompagner. Mais l’État, petit à petit grignote nos moyens d’agir et augmente ses exigences. Concernant les logements sociaux, par exemple. Nous, bien entendu, on est pour, il n’y a aucun problème. Seulement, on n’a pas de réserve foncière. Alors, on les fait où ? Et même si on arrivait à en trouver, on se retrouverait confronté à d’autres impossibilités, des routes trop petites, un problème de sécurité au niveau des trottoirs, d’assainissement, au niveau des écoles… Nous ne sommes pas, tout seuls, au niveau de la commune, en capacité de répondre à la loi. Ce que l’on vise c’est un développement durable tout en maîtrisant nos dépenses.

    Vous ne souhaitez pas non plus que la commune se développe trop rapidement au niveau de sa démographie…

    R. D. : Oui, ça pourrait nous déstructurer. Vous avez vu lorsqu’on a traversé le village, ce lien social qui nous unit avec les commerçants, avec les habitants. Et vous pouvez nous accompagner en dehors du centre, dans les quartiers périphériques, c’est exactement pareil. On se connaît, les gens viennent vers l’élu de proximité. Alors, non, on ne veut pas grandir trop vite de peur d’y perdre aussi un peu notre âme. Et surtout ne plus pouvoir répondre correctement aux besoins de la population en termes de services publics. Et ça c’est primordial pour nous. Et d’ailleurs à ce niveau, on veut faire de plus en plus, et on fait déjà beaucoup avec moins, malheureusement.

    Heureusement qu’on a des employés municipaux extraordinaires, des gens pleinement engagés au service de la population. Le maire seul ne fait rien. Le maire et les adjoints seuls ne font rien. On est une équipe !

    Êtes-vous optimiste ?

    R. D. : Serein. Parce que je suis quelqu’un de très combatif, et parce qu’autour de moi, je le répète, j’ai des gens qualifiés, compétents. Des gens qui m’entraînent aussi. Parce que des fois, je réfléchis, je me dis, là il faut que je prenne du recul. Et c’est eux qui me disent : « Non, monsieur le maire, il faut aller de l’avant ! » Et donc c’est grâce à eux, cette nouvelle génération qui apparaît, qu’on avance.

    Et il y a ce mélange d’anciens qui ont l’expérience et qui maîtrisent bien les sujets budgétaires, l’organisation, et de jeunes qui apportent un regard neuf et proposent de nouvelles solutions.

    C’est compliqué d’être un élu de la République, le maire d’une petite commune ?

    R. D. : C’est compliqué, mais c’est le plus beau des mandats. Parce que, regardez ce matin, c’est la proximité, le sourire des gens, quelqu’un qui vous dit : « Merci, félicitations pour votre élection, on attend vos projets, c’est bien ! Vous êtes entouré d’une belle équipe… » Et en parlant de l’équipe, je dois dire que si c’est moi qui l’ai choisie, ils m’ont choisi eux aussi, sinon ils ne seraient pas venus sur la liste.

    Alors, oui, c’est pas toujours simple. C’est parfois même comme je l’ai dit très compliqué. Il faut parfois prendre des risques lorsqu’on est maire. Mais dans notre vie personnelle aussi.

    En tout cas, je suis fier de préparer l’avenir.

  • [Entretien] Mohammad Omidvar : « Cette guerre a eu un impact dévastateur sur l’Iran »

    [Entretien] Mohammad Omidvar : « Cette guerre a eu un impact dévastateur sur l’Iran »

    La Marseillaise : Quelle est la situation en Iran entre la guerre lancée par Israël et les États-Unis et la répression accrue de la République islamique ?

    Mohammad Omidvar : Il n’y a aucune justification internationale à cette agression qui a été menée sous de faux prétextes. Cette guerre a eu un impact dévastateur sur l’Iran. Près de 3 millions de personnes se sont retrouvées sans abri ou déplacées à la suite de la destruction de près de 60 000 maisons, immeubles d’habitation et autres bâtiments. Un grand nombre de petites et moyennes entreprises ont fait faillite, non seulement à cause de la guerre, mais aussi en raison des coupures d’Internet. Des centaines de milliers de travailleurs ont été licenciés parce que les usines ne tournent plus ou ont été détruites. La situation économique devient tout à fait insupportable. Même les classes moyennes puisent dans leurs économies juste pour survivre. La guerre impérialiste menée contre le pays a considérablement affaibli le mouvement populaire contre le régime. Les gens descendaient dans la rue depuis des mois, voire des années, pour manifester quotidiennement. Désormais, sous la menace d’une occupation, les gens se disent qu’il faut sauver le pays. Le régime se trouve renforcé : il joue la carte du patriotisme et se pose en défenseur de la nation. En réalité, il a profité de la situation pour lancer une campagne d’arrestations et d’exécutions. Selon un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, au cours des dernières semaines, plus de 4 000 personnes ont été arrêtées et chaque jour, nous recevons des informations faisant état d’exécutions de prisonniers politiques en Iran.

    Comment qualifier la République islamique sur un spectre politique ?

    M.O. : Les gens ont tendance à l’oublier mais le régime iranien est ouvertement capitaliste dans son orientation. Au cours des dernières décennies, il a mené des politiques économiques néolibérales qui ont plongé une grande partie de la population dans une extrême pauvreté. La République islamique a mis en œuvre ces politiques conformément aux recommandations du FMI et de la Banque mondiale, qui l’ont félicité pour cela. Selon les statistiques officielles, près de 40% de la population du pays vit en dessous du seuil de pauvreté défini par le gouvernement lui-même. Nous avons connu une inflation galopante, la dévaluation de notre monnaie et un chômage de masse dans certaines provinces, à cela s’ajoute la corruption systémique perpétuée par le régime, son cercle restreint, ses forces de sécurité et les Gardiens de la révolution. C’est une dictature théocratique qui représente les intérêts de la grande bourgeoisie en Iran. Nous la divisons en deux : la bourgeoisie marchande et la bourgeoisie bureaucratique, c’est-à-dire celle qui s’est développée au sein du système étatique, comme les Gardiens de la révolution et la milice Bassidji. Il n’est pas surprenant que, juste avant l’attaque l’an dernier, nous ayons eu plus de 2 700 grèves et manifestations de travailleurs à travers le pays. Cela s’ajoute aux manifestations quasi quotidiennes des retraités, des femmes, des étudiants, de la jeunesse. Le régime avait largement perdu sa légitimité.

    Le Tudeh est l’un des plus anciens partis communistes au monde. La plupart de vos membres ont été contraints à l’exil. Face à cela, comment organiser une alternative politique en Iran ?

    M.O. : Nous faisons face à un régime dont le bilan désastreux est à la fois bien documenté et bien établi, et qui a brutalement réprimé toute forme de dissidence. Une attaque de grande ampleur a été lancée contre notre parti en 1983. Ils ont arrêté plus de 10 000 membres et sympathisants, soit la quasi-totalité de la direction, du comité central, du bureau politique et du secrétariat du parti. Certains d’entre eux avaient été emprisonnés dans les geôles du Shah pendant 25 ans et libérés lors de la Révolution de 1979. Ils n’ont été libres que trois ou quatre ans avant d’être à nouveau arrêtés, horriblement torturés puis exécutés en masse en 1988 par le régime. Ils ont fait la même chose avec les membres du Fadaian, les Moudjahiddines, les forces kurdes et même des religieux. Malgré l’arrestation de 10 000 personnes, ils n’ont pas réussi à détruire le parti. Celui-ci a survécu et s’est rapidement réorganisé avec des personnes qui étaient en exil. Le parti bénéficie toujours d’une solide base de soutien à l’intérieur du pays, bien que ses membres ne puissent s’organiser ouvertement. De nombreuses autres organisations de gauche suivent aussi les lignes du parti que le régime considère toujours comme la menace principale venant de la gauche. C’est pourquoi, depuis l’attaque, il n’y a pas eu un moment où ils n’ont pas tenté de nous déstabiliser. Nous sommes l’unique organisation de gauche à disposer encore d’un comité central qui se réunit toutes les deux semaines.

    Trump a une nouvelle fois menacé de détruire l’Iran si le pays n’acceptait pas les termes de son plan de paix. Le cessez-le-feu peut-il tenir ?

    M.O. : Personne ne connaît les détails exacts de la proposition américaine ni de la contre-proposition iranienne. L’Iran a raison de ne pas accepter la capitulation, ce n’est pas la Seconde Guerre mondiale. Le pays a le droit de défendre sa souveraineté nationale. Et ce, en dépit de ce que nous pensons du régime. C’est une guerre d’agression contre notre pays. Certaines rhétoriques provenant de la Maison Blanche et de Trump sont effroyables. Il parle de détruire toute une civilisation, d’attaquer les cibles civiles, ce qui, selon l’ONU, constituerait des violations flagrantes et graves de sa Charte et du droit international. Ce seraient des crimes de guerre. Ce qui est ironique, c’est que l’accord dont Trump s’est retiré stipulait déjà que l’Iran ne devait pas dépasser un certain niveau d’enrichissement d’uranium et qu’il devait être soumis à une surveillance étroite et régulière. Il y a désormais des points de tensions autour du détroit d’Ormuz et Téhéran a le droit de dire qu’il a la souveraineté sur cette zone, ça a toujours été ainsi. Trump cherche désespérément à se sortir de ce pétrin. Ce n’est pas ce que veulent les Israéliens.

    Benjamin Netanyahu est un criminel. Il veut des guerres sans fin pour se maintenir au pouvoir et échapper à la menace imminente de poursuites judiciaires. Il devrait être en prison, non seulement pour crimes contre l’humanité, mais aussi pour détournement de fonds et toutes sortes d’autres infractions qu’il a commises en Israël. Ils survivent grâce à cette guerre et à la mise en œuvre du « Grand Israël », qui consiste à occuper autant de territoire que possible dans la région et à en faire une colonie de Tel-Aviv. Nous avons affaire à un gouvernement criminel qui a violé à peu près toutes les lois internationales imaginables et qui agit avec la bénédiction totale non seulement de l’impérialisme des États-Unis mais aussi de l’Europe, qui a systématiquement failli à condamner ouvertement et sans équivoque cette agression.