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  • [Entretien] Jean-Charles Borghini : « Maire, c’est le plus beau mandat d’élu »

    [Entretien] Jean-Charles Borghini : « Maire, c’est le plus beau mandat d’élu »

    La Marseillaise : Quels sont vos projets pour vos nouveaux mandats à La Brillanne et à la DLVA ?

    Jean-Charles Borghini : Pour la DLVA, on va refaire la délégation de service public, avec des enjeux très importants, notamment la décarbonation. Pour la mairie de La Brillanne, nous sommes dans la continuité de ce qui a été fait précédemment. Si nécessaire, nous allons agrandir notre centre de santé. On continue à emmener les petits à la piscine à Manosque, et on va mettre en place un conseil municipal des jeunes avec un budget dédié. Les petits pourront mener des projets avec une somme allouée. On va travailler sur une étude de faisabilité pour la création d’une résidence senior. Il manque une structure intermédiaire entre l’Ehpad et rester chez soi. Ce serait huit ou dix studios. On va continuer l’aménagement de la traversée du village. On a déjà eu le label village prudent. On va continuer d’accompagner les associations, le CCAS. On travaille sur un jumelage avec un village, potentiellement italien. On va revégétaliser la cour de l’école.

    Quel est selon vous le plus beau mandat ?

    J.-C.B. : Maire, c’est le plus beau mandat d’élu. Vous êtes en prise directe avec les gens, avec la réalité, l’école, les travaux. Dans une mairie, on traite des dossiers de décès, on célèbre des baptêmes républicains, des mariages.

    Que répondez-vous aux critiques sur le cumul des mandats ?

    J.-C.B. : C’est la loi. Dans une mairie, on n’est pas tout seul, on est bien entouré, avec des délégués. Pareil à la DLVA et à la Région, chacun a un domaine de compétence. Après, quand on a un mandat, on doit l’honorer et faire au mieux, être sur le terrain. J’entends ces critiques. Il ne faut pas être déconnecté. Quand est maire, on est sur le terrain, on a ce contact
    direct. Je suis fortement présent
    en mairie.

    Comment avez-vous
    réagi à l’annonce de la candidature de Renaud Muselier aux sénatoriales
     ?

    J.-C.B. : C’est une décision que je respecte. Il m’avait mis dans la confidence, je le sais depuis un petit moment. Je comprends ses arguments. Il m’a expliqué son choix en tête à tête.

  • [Entretien] Nadia Mateu : « La solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole »

    [Entretien] Nadia Mateu : « La solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole »

    La Marseillaise : Le blocus imposé par les USA à Cuba a 64 ans et malgré d’immenses difficultés, Cuba a résisté. Qu’est-ce qui a changé avec l’arrivée de Trump ?

    Nadia Mateu : Il a remis Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme et fait voter des lois extraterritoriales illégitimes qui durcissent le blocus en empêchant les pays et les entreprises de tous les pays de commercer avec Cuba et notamment de lui livrer du pétrole. Avec la menace de pénalités importantes.

    De très nombreuses résolutions de l’ONU ont pourtant demandé la levée du blocus.

    N.M. : Depuis 33 ans, l’ONU vote cette levée, à l’exception de deux pays : les USA et Israël. L’Ukraine les a rejoints en 2025 mais on comprend que comme pour les sept pays qui se sont abstenus, c’est en raison de l’emprise des États-Unis.

    Avez-vous des témoignages précis des conséquences de cette politique sur la population ?

    N.M. : Des Français qui ont participé à des brigades à Cuba – c’est une aide à des travaux agricoles, ou divers, mais surtout une possibilité de rencontre avec des Cubains – viennent d’en revenir. Ils disent que c’est très dur. Des coupures d’une heure ou deux d’électricité existaient, maintenant c’est passé à 18 heures, voire des journées entières. Et donc des ruptures de la chaîne du froid, plus aucun moyen de locomotion, pénurie de médicaments, plus rien dans les magasins… Dans les campagnes ils en reviennent à la charrue et aux bœufs, beaucoup d’enfants ne peuvent plus aller à l’école. Il y a des milliers de personnes qui attendent de se faire opérer, des femmes enceintes qui se demandent ce qu’il se passera s’il y a complication…

    Cuba reçoit malgré tout des aides, même insuffisantes ?

    N.M. : Oui la Chine envoie des panneaux photovoltaïques, le Mexique est en train de faire des collectes. Et les flottilles internationales qui apportent de la nourriture et des médicaments partent beaucoup du Mexique.

    France Cuba aide également ?

    N.M. : Nous avons essayé d’envoyer de l’argent mais on est bloqués par les banques [puisque les USA empêchent Cuba de participer au système financier international, Ndlr], donc on remplit des containers. L’un est parti en décembre, un autre doit partir avant l’été. Ils contiennent du petit matériel médical (seringues, pansements, attelles… et même des lunettes) et du matériel plus important (lits médicalisés, fauteuils roulants, béquilles), mais aussi des vélos, de l’argent pour acheter de la nourriture. Et surtout on essaie d’informer, de briser le silence.

    Malgré tout Cuba envoie toujours des médecins à l’étranger ?

    N.M. : Oui dans les pays qui en ont besoin. 22 000 médecins mais aussi des brigades médicales dans plus de 160 pays. En Calabre par exemple il y a eu des pressions énormes sur le gouvernement italien pour qu’ils expulsent les médecins cubains. La Région de Calabre a refusé.

    Que peut-on faire pour aider ?

    N.M. : On peut participer aux collectes** de France Cuba, de Solidarité cuba et Cuba coopération qui sont sur Montpellier mais il faut aussi interpeller nos élus pour qu’ils interpellent à leur tour l’État français. Qui a voté la fin du blocus. Point. Or la solidarité avec Cuba doit aller au-delà du symbole. Elle doit être concrète et efficace. Les 10, 11 et 12 avril, il y a un appel national à faire de ce week-end un moment de solidarité. Le 12 nous tenons notre assemblée générale à Béziers. Le 11 il y aura un rassemblement de soutien à Béziers*. Il y a besoin de beaucoup de monde parce que malgré toutes ces contraintes, les Cubains gardent la tête haute. La stratégie de Trump, c’est d’asphyxier ce pays et que les Cubains se révoltent. Les copains revenus de Cuba disent que la population n’en peut plus mais qu’elle ne remet pas en question le système, par contre elle veut manger et vivre.

    Entretien réalisé par Annie Menras

    * 11h sur le parvis du théâtre à Béziers.

    ** Dons financiers 06.38.83.53.20 France Cuba Hérault .

  • [Entretien] Henri Sterdyniak : « La hausse va beaucoup peser sur les ménages »

    [Entretien] Henri Sterdyniak : « La hausse va beaucoup peser sur les ménages »

    La Marseillaise : Comment cette guerre lointaine se traduit-elle concrètement dans l’économie locale ?

    Henri Sterdyniak : D’abord, on ne sait pas combien de temps la guerre va durer, et ça crée une très grande incertitude pour tous les agents économiques. On a deux scénarios possibles : soit la tension s’atténue et les prix de l’énergie reviennent à des niveaux un peu supérieurs à avant la crise, soit la guerre continue et là, les prix restent durablement élevés. La première conséquence, c’est la hausse du prix de l’énergie : l’essence dépasse les deux euros le litre, le diesel est encore plus cher, le gaz augmente aussi. Et ça peut aller plus loin, avec des difficultés d’approvisionnement sur certaines matières ou intrants.

    Pourquoi certains secteurs sont particulièrement touchés ?

    H.S. : Ce sont les secteurs où l’énergie représente une part importante du coût de production. Le transport routier est le plus touché, avec environ 30% des coûts liés à l’énergie. La pêche, c’est même autour de 35%. Ensuite, vous avez l’agriculture, le BTP, puis les aides à domicile, les infirmières, qui font beaucoup de kilomètres, surtout en milieu rural comme l’Occitanie. Et justement, il y a une très grande inégalité territoriale. Dans les zones rurales ou les périphéries, les gens doivent utiliser leur voiture pour tout. Ils supportent pleinement la hausse.

    Les aides gouvernementales sont-elles suffisantes ?

    H.S. : Les aides sont relativement faibles. C’est de l’ordre de vingt centimes par litre, ce qui couvre à peu près la moitié de la hausse pour l’essence, mais beaucoup moins pour le diesel. Le gouvernement refuse pour l’instant des mesures plus fortes, notamment sur la fiscalité ou sur les profits des grandes entreprises pétrolières. Il est aussi contraint par des règles budgétaires imposées par Bruxelles, qui limitent les marges de manœuvre sur les dépenses publiques. Résultat : une grande partie de la hausse va peser sur les ménages et les secteurs en difficulté.

  • [Entretien] Céline Carru : « Ce mouvement est une réaction salutaire de la profession d’avocat »

    [Entretien] Céline Carru : « Ce mouvement est une réaction salutaire de la profession d’avocat »

    Des avocats qui plaident à dix ou vingt lors d’une audience, c’est un des aspects de la grève du zèle entamé par les robes noires, très remontées contre le nouveau projet de loi introduisant le « plaidé coupable » pour les crimes. Un mouvement fortement suivi. Explications.

    La Marseillaise : Comment a débuté ce mouvement, et quelle forme prend-il ?

    Céline Carru : On a radicalement tous été en opposition face au projet de loi. Toutes les instances ont suivi et logiquement notre mouvement a pris de l’ampleur. C’est un projet de loi qui nous touche tous, les avocats. C’est pour cela que nous avons lancé une grève du zèle contre le projet « plaider-coupable criminel ».

    Quel a été le vrai élément déclencheur de la mobilisation ?

    C.C. : Le mouvement a été accéléré lorsque le projet de loi est arrivé au Sénat. Lors de la dernière conférence des Bâtonniers du 27 mars dernier, 85 % ont approuvé être pour un mouvement de grève à partir du 31 mars contre le projet de loi sur la Justice Criminelle.

    Depuis combien de temps vous avez cette envie de protester ? Ça a-t-il déjà été un problème auparavant ?

    C.C. : Dès qu’on a pris connaissance du projet, on a tous eu envie de protester. On avait déjà pu protester lors du mouvement dans le cadre de la grève des retraites.

    Vous serez présent ce vendredi 10 avril devant le Palais de la Justice, quel est le programme ?

    C.C. : On a décidé de protester dans un premier temps sous la forme d’un déjeuner. C’est un peu une façon humoristique de dénoncer la teneur de ce projet qui est assez surréaliste. Alors demain [vendredi Ndlr.], on sera tous du rendez-vous et je vous invite à venir pour prendre conscience de l’ampleur.

    Pour la suite, qu’est-ce que vous comptez réaliser ?

    C.C. : Alors ce lundi, nous serons devant le tribunal judiciaire. On souhaite accélérer le mouvement de plus en plus avec des slogans que nous avons préparés du type : « Les “audiences criminelles”, les blagues les plus courtes sont les meilleures », mais encore : « Juger un crime sans débat, juste pour aller plus vite, c’est une mauvaise blague. »

    Il y a un autre aspect, celui de l’impact de la loi sur les justiciables

    C.C. : On prend en compte les conséquences que cela engendre sur les clients et on est très sensible. Avec cette grève du zèle, on espère que notre message sera entendu par le barreau et on sera au maximum avec les gens qui ont leur liberté en jeu.

    Vous espérez inscrire ce mouvement dans la durée ?

    C.C. : Ce mouvement est une réaction salutaire de la profession d’avocat contre un projet sur la justice criminelle qui non seulement réduit le champ de l’audience, du débat contradictoire, la place des parties civiles et les éléments de personnalisation des peines. Cela restreint par ailleurs le champ des droits de la défense par l’encadrement restrictif des nullités, des sas de détention et une généralisation excessive de la collecte des empreintes génétiques.

    Entretien réalisé par Noa Armony

  • [Entretien exclusif] Bouna Sarr : « J’ai vécu les meilleurs moments de ma carrière à Marseille  »

    [Entretien exclusif] Bouna Sarr : « J’ai vécu les meilleurs moments de ma carrière à Marseille  »

    La Marseillaise : Vous vous apprêtez à faire votre grand retour au Vélodrome, six ans après avoir quitté l’OM. Comment vous sentez-vous actuellement avec le FC Metz et comment appréhendez-vous cette rencontre face aux Olympiens ?

    Bouna Sarr : D’un point de vue personnel, je me sens bien physiquement. Je suis content d’avoir réussi à reprendre des sensations après une longue période où je n’avais pas joué. Bien évidemment, j’aurais aimé et préféré avoir de meilleurs résultats et une meilleure position au classement avec Metz. Après, jouer contre un club comme Marseille, dans un stade comme le Vélodrome, ça reste un grand rendez-vous. Je suis très content de revenir, parce que c’est un club dans lequel j’ai évolué pendant cinq ans mine de rien. J’ai connu énormément de choses et j’ai de très bons souvenirs. Je suis très heureux de pouvoir revoir certains visages, de retrouver les supporters avec qui je pense que j’étais parti avec des très bons rapports. C’est un club que j’ai continué à suivre, que je porte dans mon cœur. Forcément, ce sera un match avec une saveur particulière. J’espère quand même qu’on repartira avec un beau résultat.

    Pourquoi avoir choisi de revenir en Ligue 1 avec votre club formateur ?

    B.S. : Je voulais revenir dans un environnement que je connais. J’ai toujours eu de très bons rapports avec le président (Bernard) Serin. Je pense que ça s’est fait naturellement et ça a facilité mon retour ici. Je pense que c’était la meilleure chose à faire pour moi et le meilleur choix que je pouvais faire à ce moment de ma carrière.

    Vous avez quitté le Bayern Munich il y a quelques mois. Que retenez-vous de ce passage dans
    le plus grand club allemand ?

    B.S. : Je n’ai pas connu l’aventure que je voulais connaître par rapport à mes pépins physiques. Là où c’est un peu dommage, c’est que jusqu’à ce que j’arrive là-bas, on a pu le voir sur mes années à Marseille, j’ai toujours eu cette capacité à répéter les matchs. Je n’ai pas spécialement eu de blessures ou été éloigné du terrain pendant de longues périodes. Maintenant, c’est la vie, c’est le football. On ne peut pas revenir en arrière. J’ai eu quand même une très belle expérience avec des très grands joueurs, des très grandes personnes, dans un club historique, une très grande institution. C’est une aventure unique.

    Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en portant le maillot d’une institution comme
    le Bayern Munich ?

    B.S. : La rigueur et le professionnalisme. C’est une machine à gagner et qui ne va jamais se rassasier de victoire. Quand on voit leur façon de jouer, de fonctionner et de dominer, on sait très bien que c’est un club à part. Ça a été une très belle expérience pour moi à ce niveau-là, de créer de l’exigence et du professionnalisme dans ma carrière. C’est vraiment quelque chose qui m’a marqué et que je suis fier d’avoir connu.

    La pression est un sujet constant, que ce soit au Bayern ou à l’OM. On a beaucoup dit cette saison que tout le monde n’est pas fait pour jouer à Marseille. Vous êtes d’accord avec cela ?

    B.S. : Tout le monde ne peut supporter la pression de Marseille, c’est une certitude. Parce que la pression est plus grande dans ce club que dans beaucoup d’autres. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de grandir en tant que homme. J’ai eu des périodes où j’étais pas mal critiqué. Je sais qu’il y a pas mal de joueurs qui auraient baissé les bras, qui auraient été impactés par ça. Je ne peux pas dire non plus que j’étais indifférent. Mais à un moment donné, j’ai su passer au-dessus. Surtout en performant sur le terrain, malgré la pression et malgré les critiques.

    Avant d’évoluer à l’OM, vous occupiez un poste offensif.
    C’est Rudi Garcia qui vous repositionne comme latéral droit. Comment l’avez-vous vécu à cette époque ?

    B.S. : Je vous avouerais qu’au début, je n’étais pas enchanté. Mais j’ai voulu lui faire confiance. Et petit à petit, j’ai compris ce qu’il attendait de moi et j’ai pris du plaisir dans ce changement de poste. Après, un des arguments qui a réussi à me convaincre, c’est qu’il avait fait la même chose avec Alessandro Florenzi à l’AS Rome. Je me suis dit pourquoi pas. Aujourd’hui, je pense que quand on voit le football moderne, on se rend compte que les latéraux sont de plus en plus offensifs. Davantage comme des « contre-attaquants ». Il y a pas mal de latéraux aujourd’hui qui ont ce profil à pouvoir se projeter vers l’avant tout en assurant ce qui se passe dans leur dos et en répétant les efforts. Je pense qu’il a pu voir en moi ces qualités.

    Quel est l’entraîneur qui vous a le plus marqué à l’OM ?

    B.S. : (André) Villas-Boas. De par sa personnalité, de par la relation qu’on avait, de par cette confiance qu’il m’a donnée, que ce soit envers moi-même mais aussi au sein du groupe. Il m’a donné des responsabilités en me nommant troisième capitaine derrière des leaders comme (Steve) Mandanda et (Dimitri) Payet. C’est une personne qui a beaucoup fait pour moi pendant mes années à Marseille. Il est à l’origine, je pense, de mon départ au Bayern. Parce que sous ces ordres, j’ai réussi à être vraiment à l’aise et vraiment performant. C’est ça qui m’a permis de franchir un cap dans ma carrière.

    Les supporters olympiens retiennent particulièrement votre but contre le RB Leipzig, en quart de finale retour de la Ligue Europa 2018.

    B.S. : C’était magnifique. En termes de décibel, je ne pense pas qu’il y ait eu autant de bruit sur un but. Mais c’est aussi l’action qui fait ça. Il y a eu une double tentative de Morgan Sanson. Et j’arrive un peu de nulle part, là où on peut penser que l’action est finie. J’ai mis ce but qui est très important. Il a permis de nous redonner la confiance pour atteindre la qualification. Et qui nous a permis surtout d’y croire. Il y a même eu un film sur ce match. Je pense que ça veut dire que ce n’était pas n’importe quel match. Que ce soit le contexte, l’ambiance, les buts qu’on a pu mettre. C’était vraiment une soirée inoubliable.

    Vous avez eu la chance de jouer dans de nombreux grands stades européens durant votre carrière. Est-ce que le Vélodrome reste le plus impressionnant ?

    B.S. : J’ai connu vraiment des très très belles ambiances. Mais forcément, j’ai plus été marqué par celle du Vélodrome. Quand tu portes ce maillot, quand tu es porté par les supporters. Je n’ai pas connu d’autres stades qui m’ont donné ces sensations-là. En tout cas, autant. Clairement, j’ai vécu les meilleurs moments de ma carrière à Marseille.

    Vous disiez au début de l’entretien que vous gardez toujours un œil sur les performances de l’OM. Quel est votre regard sur leur saison ?

    B.S. : Je pense que c’est un peu dommage par rapport à leur parcours en Ligue des Champions, parce que forcément, chaque année, tu commences la saison déjà pour te qualifier. Mais quand, en plus de ça, tu y es, t’aspires à faire le meilleur parcours possible, parce que c’est un peu l’attente des supporters. Après, en championnat, ils sont largement en capacité d’assurer leur place en Ligue des Champions. S’ils y vont, on ne peut pas dire que c’est une saison ratée. C’est sûr que tu peux mieux faire, mais il n’y aura pas tout à jeter.

    Est-ce qu’un retour à l’OM serait un jour envisageable ?

    B.S. : Tout le monde connaît mon attachement à l’OM. C’est un club que je ne serais jamais en mesure de refuser.

  • [Entretien exclusif] Renaud Muselier : « Pourquoi je suis candidat au Sénat »

    [Entretien exclusif] Renaud Muselier : « Pourquoi je suis candidat au Sénat »

    La Marseillaise : Il se murmure que vous songez à vous présenter aux sénatoriales. Êtes-vous candidat ?

    Renaud Muselier : J’annoncerai ce jeudi à ma majorité, avec une expression orale ce vendredi lors de la plénière qui a lieu pour le budget, ma décision d’être candidat. Après les municipales, la prochaine étape, qui est la mère des batailles, c’est la présidentielle. J’entends y participer dans le cadre de ce que je sais le mieux faire : avoir un candidat unique et des soutiens rassemblés pour gagner. Depuis ma position de président de Région, ma voix n’est pas assez forte. J’ai donc décidé d’être candidat au Sénat. Je pense que j’ai servi mon pays en servant la région, je veux désormais servir notre région en servant mon pays. Nous avons ici le sentiment du travail accompli et la certitude que nous avons été un laboratoire d’innovation politique. Nous avons créé une majorité plurielle, c’était une nécessité imposée par la contrainte, puis nous avons eu une pratique du pouvoir, un exercice novateur de l’expression de l’intérêt général, une manière de gouverner en additionnant les différences qui a prouvé qu’il était possible de demeurer fidèle à ses idées et ses valeurs sans sombrer dans le sectarisme ou la brutalité des comportements. Ici à la Région, on a multiplié les succès, su faire face aux crises, donné une ligne, un cap. On a surtout su suppléer aux insuffisances d’un État obèse, au mieux engourdi, au pire pétrifié. Et aujourd’hui je vois qu’à l’Assemblée un certain nombre de parlementaires veulent s’en prendre aux régions au prétexte d’une proposition sur l’Alsace, avec, au bout, un dépeçage de notre organisation territoriale. Je le refuse. Les Régions ne sont pas des territoires avec lesquels on peut faire sécession au gré des humeurs du moment ou des petits calculs électoraux. C’est dans ce contexte que je serai candidat aux élections sénatoriales en septembre.

    Cela signifie-t-il que vous quittez le conseil régional ?

    R.M. : Si je suis élu, je céderai la présidence tout en restant conseiller régional ayant en charge les Jeux olympiques, les affaires internationales et l’Europe.

    À qui souhaitez-vous céder la présidence ?

    R.M. : Question naturelle. Mais la réponse s’inscrit dans un cadre plus large et plus collectif. Quels sont les enjeux ? Un certain nombre de personnes dans la majorité régionale vont faire campagne pour la présidentielle, je veux garantir cette liberté pour chacun mais protéger la Région des turbulences que cela peut générer. Après, il faut un profil type et mécaniquement un respect territorial. Quand on regarde les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, qui ne manquent pas de gens de qualité. C’est trop petit. Le Vaucluse, il y a des évolutions politiques avec la victoire à Avignon mais il y a trop de travail pour venir ici. Dans les Bouches-du-Rhône, tout le monde est servi. La victoire de Nicolas Isnard fait en sorte que la totalité des vice-présidences de droite et du centre à la Métropole Aix Marseille Provence, sont des membres de ma majorité. Dans les Alpes-Maritimes, le désordre est encore important. Il faut attendre tranquillement que ça se décante et que les écuries se définissent dans le cadre de la présidentielle. Donc on arrive dans le Var. Je pense que le profil type c’est quelqu’un qui a été élu et réélu…

    … Dès le premier tour ?

    R.M. : Quelqu’un qui est président d’une communauté d’agglo, qui a participé à la victoire à Toulon, qui est vice-président à la Région. Un profil type s’écrit naturellement. Mais ce n’est pas le débat du jour. C’est l’organisation qui est importante. Les vice-présidents resteront vice-présidents. Le cabinet restera le cabinet. Les équipes resteront les équipes. C’est l’intelligence collective qui doit perdurer.

    Avec François de Canson dans votre fauteuil, ce serait la première fois qu’un Varois accéderait à la présidence de la Région.

    R.M. : D’abord je veux dire que cette démarche que j’engage s’est faite dans d’autres régions. C’est vrai en Bretagne avec Jean-Yves Le Drian et Loïg Chesnais-Girard, dans les Pays de la Loire avec Bruno Retailleau et Christelle Morançais, en Auvergne-Rhône-Alpes avec Laurent Wauquiez et Fabrice Pannekoucke… Ça s’est fait deux fois dans le Grand est, c’est désormais M. Leroy qui en est président. C’est susceptible d’arriver en Corse avec l’élection de M. Simeoni à la mairie de Bastia. Ensuite, le Var est un département qui a beaucoup grossi, il est de même taille que les Alpes-Maritimes en réalité, donc il n’est pas incohérent qu’il puisse nous donner un président.

    En apprenant votre décision, certains diront que vous désertez le combat des prochaines régionales, qu’elles sont perdues d’avance.

    R.M. : On m’a toujours annoncé que je vais perdre. C’est assez amusant parce que tout en disant cela, on me demande toujours de partir au combat. On m’avait annoncé la défaite aux régionales, le raz-de-marée RN aux municipales. Ils sont où ceux qui ont annoncé cela ? Peuvent-ils ressortir leurs écrits, leurs propos, leurs passages télé pour nous expliquer qu’on allait tous être dévorés ? La vérité c’est que sur 29 têtes de liste issues de ma majorité, 28 sont gagnants ! Il n’y en a qu’un qui a perdu, c’est Nice. C’est à part. Quand je regarde le nombre de communes dans la région et que j’additionne les listes divers droite et sans étiquette qui forment ce grand collectif de la droite et du centre, j’en ai 94% ! 2,5% d’extrême droite. Ont-ils progressé ? Oui. La pression est-elle importante ? Oui. Mais avec ma méthode régionale, ils perdent systématiquement.

    Peut-on appliquer la méthode Muselier sans Muselier ?

    R.M. : Je ne suis pas unique au monde. C’est une technique, une méthode, un mode d’emploi. Tous ceux qui ont gagné dans leur commune, l’ont suivi. J’ai toujours dit « ne soyez pas candidats les uns contre les autres », ils ne l’ont pas été. Ça marche quand même. Partout où il y a eu division, il y a eu défaite. Vous voulez qu’on parle de Fos ? De Menton ? De La Seyne ? De Carpentras ? Oh ! Quand il y a l’union avec du travail dans la proximité, de l’efficacité, comme chez M. Isnard, ce sont des endroits où le RN est à 60% et nous gagnons à 80%. Le national ce n’est pas le local !

    La méthode d’unité maximale
    de la droite et du centre a été éprouvée à Marseille et n’a pas fonctionné. Comment l’expliquez-vous
     ?

    R.M. : Je pense qu’on a eu dans la région une efficacité maximum sauf pour Nice et Marseille. D’abord l’extrême droite n’a pas gagné ce scrutin, je remercie tous ceux qui nous ont aidés à ce qu’elle ne le gagne pas et j’en veux beaucoup à ceux qui se sont divisés pour la faire gagner. À Fos, c’est les divisions de la gauche, à La Seyne, ce sont les miens qui font perdre. Et à Toulon, c’est tous ensemble qu’on gagne. Bravo Mme Massi, merci M. Bonnus et Mme Brunel.

    Vous faites comme si Marseille et Nice étaient des exceptions. Ce sont de très grosses exceptions !

    R.M. : D’abord sur l’exception marseillaise, je soutiens Mme Vassal, c’est mon amie. Ça n’a pas marché. Je le regrette. Il y a toutes une série de paramètres qui entrent en compte. M. Payan n’était pas mon candidat mais il a été élu par les Marseille. Respect. Bravo. Je lui fais ma salutation républicaine. Mais la ville était à gauche, elle reste à gauche. On ne l’a pas perdue.

    Vous avez perdu les élections…

    R.M. : Oui mais on garde la Métropole.

    Avec une ampleur historique.

    R.M. : Ça n’a pas marché du tout. Et ça me gêne tout particulièrement parce que j’étais le président de son comité de soutien. Donc je le prends aussi pour moi. Quelque part c’est une claque pour moi aussi. Certains m’ont dit « tu comprends j’aime pas Vassal », mais pourquoi tu ne votes pas pour moi alors puisque je la soutiens ? Bon, on a fait 5. Ça arrive dans la vie. On fera plus la prochaine fois ! J’ai essayé de fabriquer une nouvelle génération. Il y a plein de jeunes très bien dans cette équipe, il y a des moins jeunes qui sont malheureux et je suis malheureux pour eux. C’est une page qui se tourne, une autre s’écrira. M. Payan est conforté et pour la première fois de sa vie, il est élu maire. Tant mieux pour lui.

    Et Nice ? Que s’est-il passé ?

    R.M. : Je ne sais pas comment l’histoire s’écrira. Est-ce que ce sera le fruit de la haine de deux hommes qui ont tout fait ensemble ? Ou d’une brillante stratégie de l’un par rapport à l’autre dont le bilan exceptionnel n’a pas pesé ? Ou l’histoire d’un mec d’extrême droite qui cache l’étiquette et demande à Bardella de ne pas venir ? Pour quelle raison la gauche ne s’est-elle pas retirée ? Est-ce justement toute cette histoire commune qui fait que là-bas, elle ne veut pas ? Il nous faudra prendre du recul, analyser les erreurs. Contrairement à Marseille, il y aura des conséquences nationales. Il y a un RN camouflé en union des droites qui avance d’une manière terriblement efficace.

    Les épreuves des JO prévues à Nice auront-elles lieu à Lyon ?

    R.M. : D’abord je ne parle jamais du plan B même s’il existe. Le plan A, c’est le projet Estrosi-Muselier validé par le comité d’organisation des Jeux olympiques, les fédérations nationales et internationales et le CIO, est conforme aux normes des JO. Le projet alternatif de M. Ciotti est au niveau d’un championnat du monde junior d’après ce que me disent les fédérations et le CIO. Il y a quand même un vrai gap. J’ai constaté que M. Ciotti était contre les JO de Paris et puis quand il a vu le succès il a dit que c’était bien. Il était contre le JO à Nice parce que c’était piloté par M. Estrosi et puis il a réalisé en cours de route que c’était bien. Je l’ai eu au téléphone, au-delà des divergences politiques je veux garder les Jeux pour ma région. C’est environ 700 millions de retombées économiques pour Briançon, 700 millions pour Nice, 700 millions pour le reste. Tous ceux qui ont gagné les élections dans les Alpes sont pour les Jeux. Lui, maintenant, il est demandeur. On n’a pas le choix, il faut décider entre le 20 et le 30 avril, il faut lancer les appels d’offres en mai. Nos équipes se sont vues le 1er avril – ce n’est pas une blague – que des techniciens pas de politiques. Prochain rendez-vous le 17 avril. Je pense qu’on va y arriver.

    Vous voulez vous impliquer dans
    la présidentielle, qu’est-ce que cela veut dire concrètement
     ? Vous êtes favorable à une primaire ? Vous êtes candidat dans ce type de dispositif ?

    R.M. : Ça veut dire que ce qui est applicable au plan local pour éviter des défaites et des raz-de-marée doit être bien intégré au niveau national. Munich c’est d’abord les esprits. Il faut se battre ! Je suis viscéralement gaulliste, j’entends me porter à l’avant-garde de ce combat. C’est la présidentielle de tous les dangers. Le pays est divisé. Des clans hostiles s’y affrontent sans se préoccuper de l’intérêt supérieur de la Nation. On assiste à des attitudes irresponsables et j’ose le dire, criminelles, dans un contexte ou la France comme l’Europe sont confrontées à un nouvel ordre mondial. Je suis un des plus vieux, je peux constater avec mon expérience que les rivalités d’ego sont souvent inversement proportionnelles à la qualité de ceux qui les entretiennent. Elles risquent de donner un funeste laissez-passer à une victoire des extrémistes et à une défaite de la France. C’est au Sénat, à l’Assemblée, dans les formations politiques qu’il faut être aujourd’hui pour faire entendre cette voix-là. Il n’en faut qu’un sinon on perdra !

    Comment imaginez-vous procéder pour n’en garder qu’un ?

    R.M. : Dans la mesure où on n’arrive pas à se départager aujourd’hui, il faut au moins avoir un pacte. Travailler sur un socle commun. C’est assez facile sur la santé ou sur l’école. C’est plus compliqué sur les questions économiques et fiscales. Il y a un effort à faire sur les finances, réparti équitablement. Sur l’international aussi. Il faut un pacte sur les valeurs, la laïcité, la performance de notre État. On peut faire ce qu’on veut, si on ne le modifie pas, ça ne marchera pas. Je l’ai dit au président de la République : quand on a fait nos lois olympiques, la loi Notre-Dame de Paris, on a sorti des choses en temps et en heure qu’on aura jamais sorti autrement. Et on n’a pas éclaté le droit du travail ni pété les normes environnementales… Pourquoi on ne ferait pas une grande loi comme ça, pour deux ans, sur la totalité de notre pays ? Pour éviter de mettre 5 ans à faire une crèche et que toutes ces règles qui s’additionnent aux normes coupent les pattes de tout le monde. Il faut simplifier, décentraliser…

    Vous ne répondez pas sur la primaire.

    R.M. : Je n’ai pas la réponse. Je vous ai répondu sur les ego démultipliés. Ça va se décanter. Quand vous êtes un homme de droite comme moi, qui a tout vécu, vous savez que le gagnant d’une primaire un an avant, il est battu. On n’a que ça comme expérience. M. Philippe me va très bien, M. Attal me va très bien, quelqu’un issu de LR me va très bien. Mais il faut qu’il n’y en ait qu’un à la sortie. Ça rentre dans les esprits. Si le bloc central veut être devant Mélenchon, il ferait bien de faire attention à ne pas finir derrière M. Glucksmann.

    Qu’allez-vous proposer ? Un comité de liaison entre les forces de la droite et du centre ? Cette discussion ne peut pas voir lieu qu’au Sénat ?

    R.M. : Je le dis avec humilité, je crois que je suis respecté. On peut m’aimer, ne pas m’aimer mais il est rare qu’on conteste le travail que j’ai fait et mon mode de gouvernance. Mais je vois bien que cette puissance de baron local élu et réélu, ne pèse pas au niveau national. Je suis président délégué des Régions de France… On n’a pas accès au Premier ministre, au gouvernement, au Parlement… Ce n’est pas possible ! Donc jusqu’à maintenant je menais les combats locaux, mais il y a la présidentielle à gagner. Avant je pouvais faire les deux, aujourd’hui on ne peut plus. Il faut que je monte à Paris, que je fasse entendre ma voix et mon expérience.

    Dans les Bouches-du-Rhône, les sénatoriales sont un scrutin de liste. Avec qui serez-vous candidat ?

    R.M. : Je suis candidat dans un calendrier respectueux de mes amis. Je ne prends la place de personne. Patrick Boré qui était mon ami n’est plus là. M. Le Rudulier ne peut pas être candidat. Peu de gens sont capables de porter un discours rassembleur, anti-extrêmes, pro-décentralisation, pro-place des maires dans la Métropole qu’il faut revoir au plan législatif. La liste viendra.

    Vous êtes Marseillais donc il vous faut une Aixoise en numéro 2. Mme Devesa plutôt que Mme Boyer ?

    R.M. : Il me faut des voix. Je crois qu’on peut faire quatre sièges. Il faut une belle liste. Il faut du nord, du sud, de l’est, de l’ouest, des hommes, des femmes, un peu toutes les sensibilités, des gens qui s’entendent, un projet. Je veux être le chef de ce projet, le proposer en tant que tel. La liste ce sera plutôt fin mai, début juin.

    Où allez-vous siéger ? Votre sensibilité actuelle, Renaissance, est un peu marginale au Sénat.

    R.M. : Vous savez, au Sénat on n’arrive jamais à retrouver ses petits. Moi je suis un LR-Renaissance, un Muselier-Modem-Horizon-centriste-droite. Dans une élection comme celle-là, vous êtes élu par vos maires. Tous les grands maires ici, sont chez moi, en dehors de Marseille. Tous les grands maires je les ai aidés. Avec la convention régionale des maires, les contrats de territoire qu’on a passé, font en sorte qu’il n’y a pas de différence politique entre eux et moi. Je ne suis pas arrivé avec les subventions de la Région en disant « je suis Renaissance  », j’étais là pour aider à bien ficeler des dossiers avec l’Europe pour avoir des résultats. Je m’inscris dans cette logique-là.

    Vous en avez parlé avec Gérard Larcher ? Vos amis parisiens ?

    R.M. : J’ai prévenu tout le monde à Paris. Que ça soit M. Larcher, M. Attal, M. le président de la République, M. le Premier ministre. Vous savez, je fais les choses dans l’ordre parce que je sais comment ça marche.

    Que vous ont-ils dit ?

    R.M. : Après la surprise, ils trouvent que c’est plutôt une bonne idée.

    Samedi vous inaugurez le branchement à quai des navires de croisière. Ce sera donc l’une des dernières réalisations de votre mandat ?

    R.M. : Je vais être très heureux d’avoir initié ça. Mais regardez le paradoxe politique. Je pense que les Marseillais aiment leur port mais ne supporte plus d’être enfumé. Je crée les escales zéro fumée quand M. Payan nous fait une pétition contre les bateaux. On n’a pas pu en parler pendant la campagne. Samedi, on va l’inaugurer et c’est M. Payan qui va couper le ruban. J’éclate de rire. C’est cocasse. Mais je ne regrette rien, je crois que l’économie doit trouver une solution par rapport à l’environnement. C’est ce que j’ai écrit dans ma COP d’avance et mon premier budget vert d’Europe. Je le prouve. Je suis content pour le Port et les Marseillais. Pareil, je crois à la réindustrialisation décarbonée des bassins ouest. Ce n’est pas pour ça qu’il faut brûler les flamants roses !

  • [Quoi de neuf] Fanette Bonnaric : « Une fois l’asile obtenu, se pose l’enjeu de l’intégration»

    [Quoi de neuf] Fanette Bonnaric : « Une fois l’asile obtenu, se pose l’enjeu de l’intégration»

    Louis Dupin : Quelles sont les missions de votre association Forum Réfugiés ?

    Fanette Bonnaric : Forum Réfugiés est une association dans un premier temps lyonnaise, qui s’est étendue sur différents territoires français (Paca, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes). Elle porte différents programmes pour les demandeurs d’asile. Les demandeurs d’asile sont les personnes qui déposent une demande d’asile en préfecture. Ces personnes vont être auditionnées à l’Ofpra, l’Office français pour les réfugiés et les apatrides. Et donc, pendant toute cette phase de demande d’asile, Forum Réfugiés porte différents programmes d’accompagnement pour ces publics sur différents territoires. Une fois l’asile obtenu pour certains -tout le monde ne l’obtient pas- se pose l’enjeu de l’intégration, à savoir reconstruire une vie sur le territoire français, trouver sa place dans cette nouvelle société.

    Olivier Nottale : Une fois toutes les difficultés administratives réglées, qu’est-ce qu’ils vont faire ?

    F.B. : Il est important de revenir un peu sur les définitions parce que le terme réfugié est souvent utilisé dans les médias comme synonyme du mot migrant. Pourtant, le terme réfugié correspond à une catégorie juridique qui est réglementée par la Convention de Genève. Donc nous, quand on parle de réfugiés, on parle de personnes qui ont déposé une demande d’asile et qui ont obtenu une réponse positive. Pour beaucoup, c’est la fin d’un voyage justement. Et avec nous commence un autre voyage, le voyage de la reconstruction et aussi de la confrontation avec la société française, avec son administration, avec son marché de l’emploi, avec son marché locatif. Et donc ce parcours n’est pas fini.

    Alors on porte plusieurs programmes. Notamment le programme Agir où les personnes qui sont prises en charge dans ce programme nous sont orientées par l’Office français pour l’intégration et l’immigration, une émanation de l’État. Effectivement, elles arrivent parfois quelques mois après avoir obtenu une protection, mais il n’y a pas encore eu toujours d’explicitation de tout ce que va être ce nouveau parcours d’intégration.

    O.N. : Et ces personnes
    ne se rendent pas compte de la difficulté qui
    les attendent…

    F.B. : Le parcours migratoire a été très long et très compliqué et douloureux. La demande d’asile a aussi pu prendre un certain temps, même si les délais se sont raccourcis. Mais c’est le temps de l’attente où les personnes ne savent pas si elles vont obtenir une protection. Donc c’est un temps qui est un peu suspendu hors du temps.

    Les personnes sont dans un statut ad hoc où il faut savoir que les six premiers mois après le dépôt d’une demande d’asile, les personnes n’ont pas le droit de travailler. Après ces six mois, l’accès au travail est entravé pour les demandeurs d’asile. Ils sont maintenus dans une situation d’oisiveté en attendant la réponse de l’Ofpra. Donc quand elles obtiennent la protection, elles se disent « c’est bon, je vais pouvoir travailler, je vais pouvoir trouver un logement ». Et effectivement, il y a toute une phase de déconstruction pour appréhender la réalité du marché de l’emploi, la réalité du logement. C’est parfois un moment de désenchantement pour ces personnes où souvent elles ont tenu pendant le parcours migratoire et pendant la demande d’asile.

    L.D. : Une autre partie du programme Agir est de coordonner tous les acteurs sur le terrain ?

    F.B. : Oui, parce que la question de l’intégration est une question très vaste. Il y a trois piliers dans nos programmes. Il y a l’accompagnement administratif et social. Les personnes doivent conduire un certain nombre de démarches pour être identifiées et reconnues par les administrations françaises. Elles doivent appréhender le fonctionnement de nos administrations qui sont très complexes et qui sont dématérialisées. Donc, lorsqu’on n’est pas forcément familier avec des démarches dématérialisées ou à l’aise avec la langue française, c’est un vrai enjeu. Il y a un deuxième volet, le logement et donc l’hébergement, et le troisième c’est l’insertion socioprofessionnelle. Donc ça mobilise de très nombreux acteurs et politiques publiques.

    O.N. : Vous parliez de la barrière de la langue. Quand on est un enfant, ça va vite. Mais c’est plus compliqué pour les adultes…

    F.B. : C’est beaucoup plus long parce que la perméabilité du cerveau, la plasticité n’est pas la même. Et puis les opportunités d’interaction aussi. Les enfants, ils ont cette chance d’être scolarisés, donc de baigner tous les jours dans le français. Pour les adultes, ça va être beaucoup plus compliqué parce que souvent, quand les personnes parlent peu le français, le marché de l’emploi va être très peu accessible. On socialise beaucoup au travail, mais c’est compliqué de trouver un travail quand on parle peu le français, même si c’est possible, mais c’est plus complexe. L’enjeu est aussi de vraiment créer des interactions entre des espaces d’échange, où les personnes peuvent se confronter à la société française en dehors des administrations ou des travailleurs sociaux qui les accompagnent.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Entretien exclusif] Raphaël Arnault : « Quand je vois les dingos en face, me retirer serait une erreur politique »

    [Entretien exclusif] Raphaël Arnault : « Quand je vois les dingos en face, me retirer serait une erreur politique »

    Une semaine après être sorti du silence qu’il s’est imposé après la mort à Lyon du militant identitaire et avoir fait son retour à l’Assemblée nationale, le député d’Avignon accorde à La Marseillaise un entretien exclusif. Conséquence et implication sur le drame, retour à l’Assemblée, bilan des municipales… le fondateur de la Jeune Garde n’élude aucun sujet.

    La Marseillaise : Juste après la mort du militant identitaire à Lyon, votre première réaction c’est de dire « ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue », pourquoi ?

    Raphaël Arnault : J’ai commencé mon militantisme parce que je me suis trouvé à plusieurs reprises nez à nez avec l’extrême droite, notamment à partir de 2010, où il y a des violences terribles. C’est la première fois que je vois des gens faire des saluts nazis dans les rues… En 2013, il y a la mort de Clément Méric à Paris. Et à Lyon, il y a des violences extrêmement fortes, notamment des coups de couteau. Plusieurs jeunes sont passés pas loin de la mort. Donc j’ai toujours pensé qu’il pouvait y avoir un mort, pas forcément dans ce sens-là. C’était une évidence qu’il y aurait un drame.

    Pourquoi ensuite avoir choisi le silence pendant un mois et demi ?

    R.A. : C’est une multitude de choses. Émotionnellement, ça a été très dur, parce que ça traversait plein de choses que j’avais pu vivre aussi personnellement. J’ai souvent été menacé, avec des couteaux. Le jour où j’apprends mon investiture pour les législatives, 40 militants d’extrême droite m’attendent à la gare, avec des matraques télescopiques, des gazeuses… J’avais besoin d’une mise en retrait. Je n’avais pas la sensation non plus que prendre la parole aurait permis d’apaiser les choses. On savait pas exactement ce qui s’était passé même si j’avais la certitude que le récit de l’extrême droite n’était pas le bon. Mais je n’avais pas envie de m’aventurer dans des pronostics hasardeux et potentiellement assimilables à du mensonge. Prendre la parole aurait pu être une option mais au vu du défouloir médiatique qui se mettait en place, avec le récit de l’extrême droite repris de A à Z et des néonazis invités sur les chaînes de télé, la défiance était extrêmement forte.

    Avez-vous le sentiment qu’il est plus facile aujourd’hui de se revendiquer fasciste qu’anti fasciste ? À quoi serait due cette inversion des valeurs ?

    R.A. : C’est ce qui a été tenté. En premier lieu par les militants d’extrême droite et, dans une autre mesure, par des médias dominants appartenant aux milliardaires, en attrapant une partie du bloc central, des macronistes. Jusqu’à présent, antifascistes et fascistes étaient mis sur un même piédestal. Là, ce drame a été instrumentalisé pour diaboliser encore plus les antifascistes et à, l’inverse, réhabiliter les néonazis. Il y a une radicalisation du champ politique et médiatique dans son ensemble, avec un glissement et une volonté de diaboliser, de criminaliser la parole de gauche de façon générale, de résistance si possible. Même ici la liste du socialiste David Fournier, alliée à toutes les composantes de la gauche, a été classée comme d’extrême gauche au second tour par la préfecture ! Avec la présidentielle, la diabolisation faite sur la France insoumise va être encore plus démesurée. Mais ce sont les idées qui sont portées derrière, il y a une réelle volonté de détruire la gauche aujourd’hui. S’il y a une violence qui s’accentue dans la société du fait que l’extrême droite avance, on n’est pas dans une société qui a connu, comme au siècle précédent, des vagues de guerre, en tout cas sur le territoire français. Donc si l’extrême droite s’arme, il n’y a pas le niveau de violence qu’il pouvait y avoir au siècle précédent. Mais en tout cas, les dynamiques politiques à l’œuvre sont très sensiblement les mêmes. La presse était aux mains des grands industriels à l’époque, il se disait d’ailleurs « plutôt Hitler que le Front populaire ». La stratégie des libéraux était de donner le pouvoir à Hitler un moment, puis le reprendre. Si à la présidentielle l’extrême droite prend le pouvoir, on aura toujours des moyens de résister et d’éviter justement de tomber dans une société fasciste des pires horreurs. Pour en revenir à Lyon, oui il y a eu un drame et il faut que justice se fasse et en tirer le bilan. Mais il y a eu aussi une contre-mobilisation de gens qui ne perdent pas la boussole et refuse la droite radicale comme projet de société. Cela a permis aussi à tout un tas de personnes d’ouvrir les yeux en se disant ah oui, en fait, il existe vraiment des gens qui se revendiquent du nazisme, qui le portent, qui le disent ouvertement qui mènent des actions politiques en fonction de cette idéologie politique.

    L’affaire aurait-elle eu un tel retentissement si les rôles avaient été inversés avec un antifa tué et l’implication supposée d’un proche d’un député RN ?

    R.A. : Il y aurait eu de l’émotion et de la mobilisation chez les nôtres. Par contre, le traitement médiatique et politique, aurait été tout autre. On l’a vu avec l’assassinat du rugbyman argentin Martin Aramburu. C’était par arme à feu, réellement recherché, pas à la suite d’un affrontement. À quelques semaines de la présidentielle 2022, ça aurait pu déclencher quelque chose, médiatiquement et politiquement, mais rien. Le meurtre a été commis par des membres du GUD, qui se prennent en photo avec des proches du Rassemblement national, dont on sait les liens avec Marine Le Pen. Pareil sur le meurtre de Djamel Bendjaballah [dans le Nord en août 2024 par un militant d’extrême droite accusé d’avoir proféré des injures racistes], rien ne se passe à l’Assemblée nationale. Or là, le drame lyonnais a entraîné un hommage à l’Assemblée nationale pour des gens qui veulent détruire l’Assemblée nationale, qui sont de l’Action française, qui crient à mort la République. Quand on me dit que ça dérange de voir des antifas à l’Assemblée, je me retirerai le jour où il n’y a plus de fascistes, néonazis ou royalistes en son sein.

    Le jour du drame, vous étiez à l’Assemblée. Que faisait votre collaborateur à Lyon ?

    R.A. : Il y a eu beaucoup de questions, à raison. Déjà, Jeff [Jacques-Elie Favrot] travaille à mi-temps et il venait d’emménager à Lyon. Je ne connais pas les circonstances qui font qu’il s’est retrouvé pile dans cet affrontement et je n’étais pas au courant qu’il se rendait à Lyon. On est une équipe de 4-5, je connais les tâches de chacun mais pas leur emploi du temps à la minute. Après le drame, j’ai très brièvement échangé par message avec lui où il me dit ne pas être responsable de la mort de Quentin Deranque et se met en retrait de son activité de collaborateur.

    Jacques-Elie Favrot est plus qu’un simple collaborateur, c’est un vrai compagnon de route pour vous. Ne ressentez-vous pas une responsabilité morale face au drame ?

    R.A. : En tant qu’individu non, je ne suis pas responsable. J’étais en train de voter à l’Assemblée nationale, je n’étais pas au courant de ce qui allait se passer et de l’implication ou non de Jacques-Elie Favrot. La justice nous dira exactement ce qu’il en est parce qu’il y a beaucoup de fantasmes, beaucoup de choses à débunker. En tant que responsable politique et notamment antifasciste, on a des comptes à rendre, pas sur ce drame-là mais de façon générale, on a des responsabilités sur tout ce qui se passe. Je n’ai jamais voulu qu’une telle chose se produise et j’aurais tout fait pour l’éviter. On peut s’interroger sur le rôle de la Jeune Garde, est-ce qu’on a mis assez de garde-fous pour éviter ce genre de drames ? On a beaucoup parlé de ma condamnation, typiquement à ce moment-là je fais tout pour que le jeune en face de moi en lien avec 80 néofascistes qui viennent d’attaquer un rassemblement lesbien ne se prenne pas de coup. Je ne lui en porte pas, je l’agrippe, ce qui n’est pas bien, mais je ne lui mets pas de coup. Il faut tout faire pour éviter de tomber dans une violence qui mène à ce type de drame. La responsabilité est à toutes les échelles. À raison on a ciblé les personnes qui ont participé à l’affrontement mais il y a des choses très inquiétantes : le ministère de l’Intérieur ou le procureur avaient plus d’information que moi au moment où ça se passe. Ce qui fait froid dans le dos, c’est que les renseignements territoriaux savaient, une heure avant l’affrontement, ce qu’il pouvait se passer, ils les ont suivis, laissés s’approcher. À l’inverse, si des militants de gauche avaient voulu s’approcher d’un meeting du RN pour en découdre, en deux minutes ils auraient été en garde à vue. Je ne dis pas que la responsabilité du ministère est engagée, je dis qu’ils avaient des informations pour éviter un drame. Mais il y a eu des mensonges. Quand le procureur explique qu’il n’y a pas eu de rixe, ce n’est pas vrai alors qu’il a tous les éléments des renseignements territoriaux. Pareil, le ministre de l’Intérieur ment ostensiblement en disant que la France insoumise pourrait être embêtée par cette affaire alors qu’il sait que le groupe, a priori, n’a pas du tout été en lien avec la conférence. Tout cela parce qu’il y a des intérêts politiques derrière.

    Croyez-vous que la mort de Quentin Deranque porte un coup à l’antifascisme ? La Jeune Garde a-t-elle un avenir ?

    R.A. : Dans un premier temps, vu la déflagration médiatique, politique j’ai eu peur de cela. Aujourd’hui, plus du tout. L’antifascisme est bel et bien vivant, pas par plaisir, par simple solidarité ou volonté romantique de l’histoire autour de Missak Manouchian, mais par nécessité. On ne peut pas effacer ce qui se passe aux États-Unis ou qu’on mette en justice un journal comme La Marseillaise qui vient simplement dénoncer les accointances avec l’extrême droite la plus radicale d’un député RN. Des gens viennent me voir, me sollicitent et me disent « Tenez bon ». Si des gens pensent qu’en écartant la Jeune Garde, en écartant ma députation, ça éteindrait l’antifascisme… non. Alors oui, on prend des coups, c’est dur. Quant à la Jeune Garde, on attend la décision du Conseil d’État suite à notre recours mais au vu du contexte médiatique et politique, on n’a pas beaucoup d’espoir.

    Est-ce que cette séquence remettrait en question votre engagement politique ou modes d’actions militantes ?

    R.A. : Cela vient requestionner plein de choses, même l’engagement de façon générale parce que c’est énormément de sacrifices. Là où il y a à la fois beaucoup de frustration, d’horreur et de tristesse, c’est qu’avec la Jeune Garde nous avions tout mis en place, d’un point de vue organisationnel, de service d’ordre, pour que justement ce genre de choses n’arrive jamais. Et cela intervient au moment où la Jeune Garde n’existe plus… Je ferai tout pour que les organisations antifascistes actuelles ou futures mettent en place des outils qui permettent d’éviter ce type de drame. Mon objectif n’est pas de recréer une Jeune Garde bis. Pendant mon silence, l’antifascisme ne s’est pas arrêté. J’en suis une des incarnations actuelles, mais on a bien vu le nombre de personnes qui ont pris la parole. À Lyon, il y avait plus de 10 000 personnes dans la rue, mais je n’y étais pas. Je n’ai pas appelé à la manifestation. C’est bien que l’antifascisme vit en dehors de ces organisations.

    Comment avez-vous vécu votre retour dans l’hémicycle, n’avez-vous jamais songé à démissionner ?

    R.A. : La question de l’engagement s’est posée à tous les étages mais à aucun moment, je me suis convaincu d’options aussi radicales. Rapidement, les retours que j’ai eus, au-delà des menaces de mort, beaucoup de gens me disaient « ne lâche rien ». Que ma députation interroge, je l’entends. Ça vient ramener une radicalité contre l’extrême droite qui peut être dérangeante. Mais quand je vois les dingos qu’il y a en face, comme le collaborateur néonazi [Vincent Claudin] ça m’a rappelé aussi pourquoi est-ce que j’ai eu envie d’aller à l’Assemblée nationale. Me retirer ce serait une erreur politique folle. Le retour dans l’hémicycle n’était pas forcément évident, car très rapidement, j’ai été désigné comme un ennemi, mais il fallait le faire. Je n’ai pas prévu précisément une prise de parole. Je continue les combats en circonscription, comme par exemple sur la fermeture de classes où ce matin j’étais à Saint-Chamand. J’ai des nœuds dans le ventre parce que c’est la conséquence du vote du budget non censuré.

    Est-ce que le drame a pesé défavorablement pour la gauche aux municipales d’Avignon ?

    R.A. : Ce qu’il y a eu de plus terrible, je ne parle pas forcément ici spécifiquement, mais au niveau national, c’est qu’une partie de la gauche tape sur une autre partie de la gauche de façon incessante, en contribuant à diaboliser la France insoumise. Ça oui, ça explique en partie la défaite par une démobilisation de l’électorat de gauche. On se vautre dans ce qu’il y a de pire derrière. Le PS fait l’erreur de croire qu’il va passer entre les mailles du filet mais si demain il n’y a plus LFI, après ce sera eux. Ça tombe par étapes. À Avignon derrière, la droite s’en est servie et Olivier Galzi a remobilisé, y compris un électorat du RN, sur des bases de tout sauf la gauche. Ce qui est certain c’est que le drame de Lyon n’a pas aidé politiquement, mais je n’ai pas la sensation que la France Insoumise en a pâti. La liste de Mathilde Louvain a manqué de 200 voix d’être en tête à gauche, on a quadruplé notre score par rapport à 2020. LFI devient une force de gauche plus qu’incontournable à Avignon avec plein de choses intéressantes à développer. En revanche, le second tour n’a pas réussi à créer de dynamique, la droite a surmobilisé et la gauche n’a pas su faire le plein. Peut-être que si j’avais pu être plus investi dans cette campagne, sans dire qu’en mon nom il y aurait eu une explosion de voix, la dynamique aurait pu être plus grande. J’ai vécu une campagne par procuration, comme mon vote.

    Quel regard portez-vous sur Olivier Galzi, qui avait appelé à votre démission, disant que vous déshonoriez la République ?

    R.A. : En tant que député, j’ai ce rôle de rencontrer le maire de la ville. Je m’autorise à discuter avec lui car il n’est pas RN même si la frontière est fine. D’un point de vue politique je n’ai pas vraiment de grandes leçons à recevoir de ce qu’il faudrait faire dans la période vis-à-vis des fascistes. J’invite Olivier Galzi à aller voir la stèle de Missak Manoukian, à réfléchir un peu sur qui était ce personnage, comment l’aurait-il considéré. Que ces gens-là se resituent un peu historiquement. Qui sont les véritables ennemis ? Est-ce qu’ils le sont véritablement pour la République et la démocratie ? Des choses m’ont choqué dans la façon de faire campagne, l’agressivité permanente. J’ai hâte aussi du bilan. Tous ces gens de droite qui disent, il faut revitaliser le centre-ville, mais ce n’est pas à cause de deux pistes cyclables que les gens ne vont plus dans les commerces. Espèce de Tartuffe, il n’y aura pas à nouveau des milliers de personnes qui iront en centre-ville pour aller dépenser, parce qu’il y a une situation économique due à la politique de ces gens-là, qui font que les habitants sont dans une précarité.

    En Vaucluse, les municipales ont vu un recul de la gauche et une percée du RN…

    R.A. : Les gens ont besoin d’une alternative clairement différente de ce que proposent justement les extrêmes droites, de radicalement opposé, sinon, on n’y arrivera pas. Ce sera une agonie lente de notre camp qui n’arrive plus à se mobiliser, parce qu’il y a un manque d’espoir. On est dans un département où c’est difficile, ça l’est encore un petit peu plus. C’est à nous de construire la mobilisation et de créer quelque chose, notamment dans les quartiers populaires d’Orange ou Cavaillon où la mobilisation électorale est très faible.

    Vous avez fleuri ce mardi matin la stèle hommage à Missak Manouchian, résistant, communiste, apatride « français de préférence ». Que retenez-vous de son parcours ?

    R.A. : Il n’a pas lâché malgré le fait qu’il était mis au ban de la société et a démontré une capacité de résistance, de résilience et de dignité. Dans un moment où tout le monde perd sa boussole, il y en a qui la gardent au mépris de tout, au péril de sa vie. Quand on rend hommage à Missak Manouchian, il y a une volonté de s’inscrire dans cette histoire politique sans avoir la prétention du même niveau de sacrifices. Il faut aussi rappeler que Missak Manouchian et les siens étaient considérés comme terroristes à l’époque. Là, il y a du monde pour les cérémonies, il a même été panthéonisé. Mais à l’époque, il y avait qui pour le défendre ? Personne. Et je pense qu’il y aurait eu un paquet de gens, y compris à gauche, pour remettre en cause ses méthodes.

  • [Entretien] Axel Samuel : « Nous défendons l’intérêt de classe des abstentionnistes »

    [Entretien] Axel Samuel : « Nous défendons l’intérêt de classe des abstentionnistes »

    La Marseillaise : Quels enseignements tirez-vous des municipales à Martigues ?

    Axel Samuel : Nous avons gagné une bataille locale, après avoir constitué et maintenu un rempart contre la droite et l’extrême droite. Dans nos perspectives, nous continuerons à montrer les errances de l’extrême droite et de la droite, comme par exemple au niveau national à la commission parlementaire de l’audiovisuel public, leur rôle dans le racisme ambiant, les amendements du RN sur les fraudes à la Sécu, sans oublier localement l’embauche d’un vieux lepéniste et ancien paramilitaire comme collaborateur du député RN en place. Notre enjeu politique est aussi de donner une meilleure visibilité au Bouclier Martégal dans cette société fracturée qui divise les gens.

    Comment comptez-vous agir ?

    A.S. : Les élus communistes sont déjà sur le terrain, dans les luttes, à défendre la classe menacée de fermeture à Louise-Michel, le budget de Langevin, la flottille pour Gaza et les habitants de Notre-Dame-des-Marins. Sans oublier de soutenir les travailleurs de Kem One. Notre Parti va poursuivre le travail de terrain avec les « cafés coco », les marchés solidaires, la vente de La Marseillaise, nos soirées internationalistes pour la paix au Liban, à Gaza, et partout. Mais aussi les campagnes sur les droits des femmes, l’environnement ou le narcotrafic. La campagne municipale a éveillé des consciences et nous avons 25 nouveaux adhérents à accueillir lors d’un temps dédié. Ils verront leur premier congrès à l’été.

    Qu’est-ce que le congrès du PCF ?

    A.S. : Un moment statutaire important pour faire notre bilan et positionner le Parti dans la France de demain, notamment avec les élections à venir. Quels rapports de force ? Comment forger les unions pour que chacun, même les abstentionnistes, reprenne en main son destin pour construire de nouveaux jours heureux. Le PCF a sa place dans ce processus. Nous défendons un intérêt de classe, la notion n’est pas obsolète, elle a vocation à être popularisée et mise au centre de notre projet.

  • [Entretien] Rémi Roux : « Agir pour préserver les services publics à L’Argentière »

    [Entretien] Rémi Roux : « Agir pour préserver les services publics à L’Argentière »

    La Marseillaise : Maintenant que vous êtes installés, quels sont vos principaux axes de travail ?

    Rémi Roux : La première chose sera de recréer un lien de confiance avec la communauté de communes du Pays des Écrins. Les relations n’étaient pas forcément au beau fixe avec la municipalité précédente. Travailler à ce niveau-là est la priorité pour faire avancer le projet de rénovation de la friche industrielle, qui appartient justement à la communauté de communes, et la rénovation du bâtiment de la trésorerie, dans le centre-ville, qui lui appartient également pour moitié.

    Cette rénovation vise à créer davantage de logements ?

    R.R. : Notre priorité est de faire un inventaire des logements communaux afin de savoir lesquels ont un réel besoin de rénovation. Beaucoup ne sont pas occupés à cause de leur état vétuste. Il y a un besoin urgent de s’en occuper pour pouvoir y loger des familles. Rénover la trésorerie nous donnera aussi la possibilité de créer des logements. La communauté de communes a aussi acheté à la SNCF un tènement, à côté de la gare, pour un projet immobilier qu’on voudrait faire avancer. Il y a environ 3 000m2, un bel endroit où l’on pourrait faire des logements. Enfin, il y a aussi la rénovation de la maison planche, une grande bâtisse, qui appartient en partie à la commune et où on pourrait faire du logement.

    Vous avez également cité la friche industrielle, inoccupée depuis 2012. Quelle est votre idée pour ce site ?

    R.R. : Étant donné la dépollution nécessaire du site, le fait de rechercher les financements, de rénover le bâtiment qu’on veut garder, à savoir la première centrale hydroélectrique… On est sur un projet sur dix à quinze ans, donc au-delà d’un seul mandat. Déjà, il faut donner un cap à ce projet, montrer où on veut aller. Nous, en l’occurrence, nous souhaitons y regrouper des services publics qui sont dans des installations qui ne sont plus aux normes, le centre social, la bibliothèque et la crèche. Ensuite, l’installation d’entreprises. On sait que ça ne peut pas se faire du jour au lendemain. Le plus important est de se donner un horizon de long terme, sinon, on avance au jour le jour.

    L’Argentière est également confrontée à des baisses d’heures d’enseignement et à des risques de fermeture de classe. Quelles sont vos actions sur ce sujet ?

    R.R. : Notre équipe est en ce moment en discussion pour obtenir un poste de professeur des écoles pour l’école maternelle du Plan d’Ergue, afin de rouvrir une classe de petite section, qui a fonctionné pendant des années, dès la rentrée 2026. Le poste avait été gelé, l’an dernier, et nous avons fait les démarches auprès de l’académie pour avoir également la création d’un poste d’Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) et la remise en place d’un service continu de cantine. De notre côté, nous nous engageons à pérenniser cette classe pour les deux à trois ans, dès la rentrée 2026. Cela veut dire attirer et maintenir les familles et les jeunes sur le territoire. Pour cela, il faut agir pour préserver les services publics, y compris ceux qui ne sont pas du ressort de la mairie. En ce sens, nous sommes en discussion avec La Poste pour maintenir une continuité du service et le remplacement des effectifs absents, ou encore avec le rectorat concernant la baisse des dotations horaires du collège de la commune, baisse contre laquelle les enseignants ont fait grève, ce mardi. Nous voulons que ces services publics restent en état de marche. On n’a pas toutes les cartes en main, mais on veut impulser une volonté, être une municipalité pro-active en ce sens.

    Entretien réalisé par Ange Fabre