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  • [Entretien] Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS : « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens »

    [Entretien] Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS : « Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens »

    Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois jeudi dans les îles Kouriles, une visite jugée « absolument inacceptable » par le Japon qui revendique une partie de cet archipel. Cette polémique n’a rien d’anodine, Tokyo étant l’un des soutiens de Kiev dans la guerre déclenchée par la Russie en 2022. Désormais, tous les alliés des Ukrainiens sont ciblés d’une façon ou d’une autre par le pouvoir russe. Sur le front, les deux pays s’épuisent ; si Kiev peut compter sur ses drones, elle peine à intercepter les missiles russes, et demande, aux États-Unis de lui vendre au moins 5% de ses missiles Patriot.

    La Marseillaise : La visite de Vladimir Poutine sur les îles Kouriles a provoqué l’ire du Japon. Cet acte est considéré comme une « escalade », Tokyo soutenant Kiev. Qu’en dîtes-vous ?

    Jean de Gliniasty : Le sort des îles Kouriles devait être négocié entre le Japon et la Russie à l’occasion du traité de paix en 1945. Il n’y en a pas eu, justement parce qu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les Kouriles du Nord [considérées par le Japon comme occupées depuis 1945 par l’Union soviétique à l’époque et désormais la Russie, ndlr]. C’est la première fois à ma connaissance qu’un chef d’État russe vient solennellement dans les îles Kouriles. Dmitri Medvedev n’y est pas allé en tant que chef d’État. Poutine y a visité une usine de poissons et pas d’installation militaire. Pourquoi il l’a fait ? Le Japon a, depuis longtemps déjà basculé dans le camp des pays occidentaux qui appliquent des sanctions contre la Russie, pratiquement les mêmes que les Européennes ou les Américaines. Le deuxième élément, c’est qu’il y a une discussion en cours au Japon sur le resserrement d’alliances avec les États-Unis et l’éventuel stationnement d’armes nucléaires.

    Drone transportant des explosifs retrouvés en Allemagne, ingérences dans la campagne présidentielle en France, tous les alliés de Kiev sont ciblés ?

    J.d.G. : Dans la guerre hybride, tous les soutiens à l’Ukraine sont frappés. Tout dépend du niveau d’attaque : utilisation de l’intelligence artificielle, de fermes à trolls etc, cela fait longtemps que les Russes les emploient et cela s’intensifie en période électorale. Les Russes, comme tous les États dans les démocraties, soutiennent les partis qui leur sont favorables : l’AfD en Allemagne et d’autres formations politiques que je ne citerais pas en France, et s’attaquent à ceux qui soutiennent l’Ukraine. On est dans un moment d’intensification de la guerre hybride.

    Cela s’explique-t-il par les difficultés de la Russie sur le front ?

    J.d.G. : La situation est compliquée dans la mesure où les Ukrainiens ont fait des percées en matière de technologie et de fabrication de drones : ils peuvent frapper n’importe quelle partie du territoire russe. Mais c’est une phase qui se termine parce que les Russes ont mis au point des contre-mesures, attaquent l’Ukraine, bloquent les ports qui lui permettent d’exporter des céréales, ce dont elle est très dépendante. Nous sommes plutôt dans une phase d’escalade, où chacun a des atouts qu’il utilise. Les Russes ont les missiles et les Ukrainiens, les drones. Mais ils n’ont pas assez de Patriots et d’intercepteurs de missiles. On est dans une phase extrêmement dangereuse, d’escalade un peu sauvage. Les Russes misent sur l’exténuation des Ukrainiens et ils pensent pouvoir y arriver.

    N’est-ce pas l’opinion russe qui se lasse de ce conflit ?

    J.d.G. : Les bombardements sur les populations, en général, ça a l’effet totalement inverse. Si vous prenez le Blitz à Londres, l’effet des bombardements américains en Iran ou ceux contre les infrastructures avec des dégâts collatéraux des Russes en Ukraine, à chaque fois, ça a comme première conséquence d’accroître la cohésion de la population autour des dirigeants. Pour les Russes, c’est un petit peu différent car Poutine avait dit « c’est une opération militaire spéciale, ce n’est pas une guerre, on n’en subira pas les conséquences ». Il y a eu une première réaction de la population qui a été assez négative en disant « que fait le gouvernement ? C’est pas normal qu’on soit obligé de faire la queue aux stations d’essence ». L’Ukraine essaye de s’appuyer sur les mécontentements de la population russe pour déstabiliser le pouvoir, mais j’ai des doutes sur l’efficacité de cette méthode. Car l’autre réaction aux attaques, en général, c’est d’accroître la crédibilité du gouvernement qui ici dit « on est en guerre » avec l’Occident collectif, qui veut nous tuer, nous démanteler, nous dépecer. Je pense que la population russe et notamment la partie qui soutient Poutine, entre 50 et 60% de la population, seront galvanisés. On a déjà des articles, des tribunes, des chroniques. La pression de ceux qui veulent accroître la dimension de la guerre devient plus forte.

    Quid de la situation en Crimée ?

    J.d.G. : Le moment de l’annexion de la Crimée a été celui de la popularité maximale de Poutine. Et même s’il descend en ce moment, il n’est pas en dessous du niveau d’approbation de son action qu’il avait avant la Crimée, il en a gardé le bénéfice. Il est totalement exclu que les Russes rendent le territoire parce que c’est l’objectif principal de la guerre qui est soutenu par l’opinion. Le seul moment où il y a vraiment eu un risque nucléaire c’est quand les troupes ukrainiennes se sont approchées de la Crimée.

  • [Entretien] Ashleigh Shannon, CNRS : « S’obstiner à vouloir comprendre des détails peut amener à des surprises »

    [Entretien] Ashleigh Shannon, CNRS : « S’obstiner à vouloir comprendre des détails peut amener à des surprises »

    La Marseillaise : Votre étude montre une nouvelle fois

    que des travaux fondamentaux peuvent ouvrir la voie à des applications concrètes ?

    Ashleigh Shannon : Oui cela illustre à merveille que s’obstiner à essayer de comprendre ce qui pourrait apparaître comme des détails peut amener à des surprises. Ici, tenter de répondre à une question fondamentale sur la manière avec laquelle les enzymes construisent les brins d’ADN et d’ARN amène à comprendre comment contourner les défenses de certains virus à ARN – comme les coronavirus -, et donc à peut-être un jour avoir des traitements anti-viraux efficaces.

    Comment ?

    A.S. : Grâce à des analogues de nucléotides. C’est une famille importante de médicaments anti-viraux. Ils imitent les nucléotides naturels, sont incorporés dans l’ADN ou l’ARN et interrompent la réplication du virus. Il en existe des très efficaces contre l’herpès, le VIH et l’hépatite C. Le prochain défi est de trouver des analogues de nucléotides aussi efficaces contre les virus émergents que sont la dengue, Ebola, les coronavirus… Contre ces derniers et les arénavirus – responsables de la fièvre de Lassa – les options actuelles restent limitées ou imparfaites.

    À cause des exonucléases qui retirent les nucléotides modifiés que l’on tenterait d’insérer…

    A.S. : Oui, et le fonctionnement de ces enzymes était mal compris. On considérait qu’elles se comportaient comme celles des virus à ADN, mais personne ne l’avait vérifié. Or, celles des virus à ARN peuvent se comporter différemment et il y a un moyen de les empêcher d’agir.

    Propos recueillis par Xavier Boivinet

  • [Entretien] Dorian Royère, Collectif France de jeu provençal : « On est vraiment sur la passion et la convivialité »

    [Entretien] Dorian Royère, Collectif France de jeu provençal : « On est vraiment sur la passion et la convivialité »

    La Marseillaise : Comment est-ce que vous êtes venu au Jeu Provençal ?

    Dorian Royère : C’est une passion que mon père m’a fait découvrir tout petit. En jeune, j’ai joué beaucoup à la pétanque parce qu’il n’y avait pas de compétition au jeu provençal mais une fois que j’ai eu l’âge je m’y suis mis, j’y ai pris goût de suite et j’ai arrêté la pétanque pour m’y consacrer totalement. J’ai vite adhéré au jeu et à l’ambiance très conviviale.

    Pourquoi êtes-vous passé de la pétanque au jeu provençal ?

    D.R. : C’est une question de plaisir personnel que ce soit au point ou au tir, et même à regarder. La pétanque, c’est plus compliqué aussi, dès qu’on ne joue pas trop bien, on ne s’en sort pas. Alors qu’à la longue, c’est différent, une boule peut changer complètement la mène et la partie. Je trouve ça très intéressant. On n’a jamais perdu, on n’a jamais gagné.

    Ce sont vraiment deux disciplines différentes ?

    D.R. : C’est quand même très similaire parce que les règles et les boules, sont les mêmes. Après, oui, il y a quand même quelques différences par rapport à la distance, aux règles pour pointer où il faut faire un pas, pour tirer avec il y a les trois pas. Après les parties durent plus longtemps, il faut de la patience et de la concentration. C’est vraiment un sport où tout se passe dans la tête.

    Il y a de moins en moins de jeunes qui jouent aux boules et ceux qui le font, jouent à pétanque.

    D.R. : C’est plus médiatisé, il y a un championnat d’Europe, un championnat du monde, il y a une vraie finalité. Le jeu provençal manque de cela. Peut-être que l’équipe de France qui a été créée, va donner envie à plus de jeunes de l’intégrer avec aussi un championnat d’Europe qui se met en place. Après, il y a surtout peu de concours et un vrai déficit de médiatisation pour donner envie aux jeunes de se montrer. On est vraiment sur la passion et la convivialité.

    Ce championnat d’Europe attendu d’ici 2027 est important ?

    D.R. : La fédération met en place des moyens pour donner aux autres nations l’envie de se développer et d’y participer. Il y a eu une rencontre à l’automne dernier avec la Bulgarie et l’Arménie.

    En France déjà, ça ne se joue quasiment que dans le Sud-Est.

    D.R. : Oui et il y a aussi cette volonté de développement dans la France entière. Il y a quand même un peu des concours qui se font dans le Sud-Ouest et aussi dans le centre, où justement, le collectif France est envoyé pour participer.

  • [Entretien] Laurent Guilloteau, CGT des Sdis : « La politique d’austérité du gouvernement impacte les pompiers »

    [Entretien] Laurent Guilloteau, CGT des Sdis : « La politique d’austérité du gouvernement impacte les pompiers »

    La Marseillaise : Le rassemblement prévu ce jour devant le ministère de l’Intérieur est organisé par les neuf organisations syndicales représentatives des Sdis précisez-vous dans un communiqué unitaire. C’est inédit ?

    Laurent Guilloteau : Dans ce sens, oui. Cela fait un an que les neuf organisations syndicales sont unanimes sur le constat qui a été dressé dans ce communiqué et que nous sommes entièrement d’accord sur l’ensemble des revendications. La Sécurité civile a, aujourd’hui, le pantalon sur les chevilles. La politique d’austérité du gouvernement et les coupes budgétaires qu’ont subies les conseils départementaux et les communes ont impacté les Sdis. Nos principales revendications ont toutes un lien avec le financement. L’un des principaux axes, c’est le recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels. Sur l’année 2025, on a plus de 2 200 lauréats du concours. Mais certains de l’édition précédente, donc 2023, n’ont toujours pas été recrutés, faute de budget.

    Cette politique austéritaire explique-t-elle pourquoi les sapeurs pompiers volontaires – non limités en heures – sont davantage sollicités au détriment des sapeurs pompiers professionnels ?

    L.G. : Totalement. Aujourd’hui, la faute est à un plafond horaire annuel qui est de 2 256 heures et qu’on ne peut pas dépasser. Pourtant, il y a un texte de loi de 2023 qui permet de libérer des sapeurs-pompiers professionnels sur leur temps de travail. Sauf que les directeurs sont ultra-réticents à détacher du temps de travail des sapeurs-pompiers professionnels au profit des autres départements, dont ils disent pourtant être solidaires. Ils préfèrent les envoyer sur leurs repos ou leurs congés, et sur le statut de sapeurs-pompiers volontaires, parce que du coup, ils ne perdent pas de temps de travail. Il est impensable de se dire qu’on se prive d’une ressource quantitative et qualitative sous l’effet d’un statut alors que, concrètement, on est agent de la fonction publique territoriale.

    Vous entendez peser sur le prochain Projet de loi de finances pour 2027 ?

    L.G. : Il est vrai, comme le dit Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur], que la Sécurité civile a vu une augmentation de son budget alloué au titre des derniers projets de loi de finances. Mais ce que le ministre oublie de dire, c’est que si on fait un ratio de ce que pèse aujourd’hui la Sécurité civile – un des derniers services publics qui arrive encore à fonctionner, malgré les difficultés et les contraintes que l’on peut rencontrer – par rapport à l’investissement qui a été mis sur les projets de loi de finances, notamment pour les JO 2024, pour les Armées et pour la Sécurité intérieure, on est très loin du compte. Alors oui, on va interagir sur le projet de loi de finances. C’est vital à l’échelle nationale. On a loupé le coche après la saison des feux de 2022 où il aurait fallu déjà revoir les budgets des services départementaux d’incendie et de secours. Cela va être difficile à rattraper aujourd’hui avec toutes les coupes budgétaires que présente M. Macron…

    Que peut-on retirer du Beauvau de la Sécurité civile ?

    L.G. : Le ministère de l’Intérieur et le gouvernement ont fait des groupes de travail pour occuper le temps et le terrain. Pendant ce temps-là, ils ont oublié d’agir et de sortir le projet de loi prévu à l’issue de ces travaux. Depuis, on a vu défiler plusieurs ministres que ce soit Gérald Darmanin, Bruno Retailleau et aujourd’hui Laurent Nuñez.

    La Sécurité civile est-elle dans les priorités du gouvernement ? C’est notre interrogation. Je vous le dis, la réponse c’est non. Si on était vraiment dans les préoccupations du gouvernement, il aurait mis en place dans les projets de loi de finances et dans le Beauvau des mesures pour faire avancer la Sécurité civile.

    Cette saison des feux est particulièrement dévastatrice. Si des investissements ne sont pas rapidement faits dans la Sécurité civile, au vu du réchauffement climatique, les prochaines seront pires ?

    L.G. : La synthèse est la bonne. Les saisons comme 2026 vont devenir la norme. Le feu de forêt devrait être enseigné dans le risque courant. Depuis combien d’années on parle du réchauffement climatique et de son impact ? Les canicules, on en a déjà eu. On se rappelle de 2003 et des premières, dévastatrices, qui ont causé énormément de morts. Le ministre de l’Éducation nationale, a dit [le 26 juin 2026 ndlr], que le gouvernement avait anticipé la canicule. Si on avait anticipé, on n’aurait pas provoqué la fermeture de classes parce qu’il y faisait 35 degrés. S’il y a une chose que le gouvernement n’a pas faite, c’est d’anticiper.

    Si on était vraiment prêts et si on avait été en capacité de répondre au moment voulu sur des feux majeurs en même temps sur l’ensemble de territoire, on n’aurait pas eu à épuiser la ressource au 31 juillet, que ce soit de sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires et de personnels administratif, technique et spécialisé. Ce sont des gens dont on parle très peu et qui font aujourd’hui fonctionner les Sdis dans la partie administrative, la réparation des véhicules et le maintien de nos unités opérationnelles. Sans tous ces gens-là qu’on a sollicités durant un mois, corvéables à merci, durant des heures, en s’asseyant sur leurs périodes de repos et aussi leur période de congé, ça n’aurait pas existé.

    La polémique autour de la commande de Canadairs est-elle justifiée ? Qu’est-ce que cela aurait pu changer sur le terrain ?

    L.G. : Les Canadairs, c’est comme un camion-citerne feux de forêts, quand il tourne toute la journée, le lendemain, il a besoin d’une maintenance. Il y a des matins où il n’y en avait que 5 disponibles. Puis, l’après-midi, il y en avait peut-être 7 ou 8. Et le lendemain matin, on redescendait à 5. On parle souvent des machines mais il faut aussi prendre en compte les horaires de vol du pilote à l’intérieur, qui doit avoir une certaine lucidité durant toutes les missions qu’on lui demande. Souvent, ça aussi, ça nous fait défaut.

    Le travail de précision des Canadairs ne pourra jamais être remplacé par les hélicos supplémentaires qui ont été loués. Les Canadairs ont une capacité et une force de frappe qui est quand même différente. Gabriel Attal, lorsqu’il était Premier ministre, a sérieusement amputé le budget de la Sécurité civile, et notamment dans l’achat de cette flotte aérienne. Si deux Canadairs de plus avaient été présents sur les chantiers de Gironde, ils auraient peut-être compensé la maintenance qui était obligatoire pour l’aspect sécuritaire du personnel en vol et au sol.

    REPÈRES

    258 641

    sapeurs-pompiers sont recensés en France dont 200 961 volontaires. 13 377 sont militaires comme le bataillon des marins pompiers de Marseille. Les pompiers du 13 comptent 7 500 agents.

    80 %

    des interventions des SDIS sont consacrées au secours à la personne contre seulement 6% pour les incendies. Sur tout le territoire, 13 000 interventions par jour sont réalisées.

    Attaque massive

    La doctrine définie nationalement prévoit l’attaque massive des feux naissants.

    En clair maîtriser les incendies avant qu’ils n’atteignent 5 hectares.

    Feux d’hiver

    En 2019, sur les 43 000 hectares qui brûlent en France, 36 000 partent en fumée en janvier et février, note dans son rapport Effis, système européen d’information sur les feux de forêt.

  • [Entretien] Sofia Calabria, CGT : « L’attitude de la direction d’Haribo est scandaleuse »

    [Entretien] Sofia Calabria, CGT : « L’attitude de la direction d’Haribo est scandaleuse »

    La Marseillaise : Où en êtes-vous dans le mouvement ?

    Sofia Calabria : FO a suspendu le mouvement. Nous, la CGT, nous continuons la grève pour l’heure et nous attaquons notre huitième semaine ce jeudi. Nous attendons la fin de semaine pour sonder les salariés et les grévistes afin de savoir si on continue le mouvement la semaine prochaine. Nous verrons la tendance, et l’on suivra l’avis de la majorité évidemment. L’objectif est de poursuivre la pression sur la direction mais de ne pas envoyer les gens dans le mur non plus. Le problème c’est que l’on ne sait même plus si la réunion de négociations, prévue le 28 septembre prochain, est maintenue.

    Pourquoi ce flou sur
    les négociations ?

    S.C : En fin de semaine dernière, la direction a formulé une nouvelle proposition par mail : une augmentation de 1,8%. Communément, l’intersyndicale a formulé, ce lundi, une contre-proposition : 2,5% pour les plus bas salaires, c’est-à-dire entre 2 000 et 2 500 euros et cela correspond à la majorité des ouvriers du site, avec une dégressivité selon les tranches de salaire. Pour la tranche de salaire des ouvriers, cela correspondrait à une cinquantaine d’euros. Ce ne sont pas les 100 euros que nous souhaitions au départ mais nous nous sommes dit que nous coupions la poire en deux. Malheureusement, la direction a coupé court à toute négociation avec nous au motif que nous avions continué la grève lundi et mardi… Et ce, sans plus d’explications, ni de date ultérieure ou encore de confirmation que la date du 28 septembre était toujours d’actualité. On pensait que leur proposition était une avancée, mais c’était de la poudre de perlimpinpin.

    Quel est l’état moral des grévistes ?

    S.C : La réponse de la direction a mis un coup de massue à beaucoup de monde. Nous ne comprenons pas qu’elle soit autant fermée. Nous n’avons pas fait de grève par plaisir, nous l’avons fait car c’était légitime. Nous n’avons pas demandé des primes importantes, nous demandions le strict minimum ! Regardez : nous avons proposé la moitié de ce que nous demandions au départ, c’était une manière de prouver que nous sommes raisonnables… Malgré ça, ils restent fermés. Cette attitude est scandaleuse, il n’y a pas de dialogue social ! Quoi qu’il arrive, ce ne sont pas des semaines de grève perdues. On a lutté, on a gagné en solidarité, en honneur, on a gagné collectivement et ce, quel que soit le syndicat ou le service. Huit semaines de grève, on a la tête haute !

  • [Entretien] Ulisses Garcia : « Porter le maillot de l’OM, c’est une grande responsabilité »

    [Entretien] Ulisses Garcia : « Porter le maillot de l’OM, c’est une grande responsabilité »

    La Marseillaise : Comment vous sentez-vous aujourd’hui, après cette reprise et cette préparation ?

    Ulisses Garcia : Je suis content d’être de retour à Marseille, je me sens bien physiquement et mentalement. On a eu de bons matches. Le plus important, c’est de bien se préparer physiquement. On travaille très bien avec le coach et avec tout le monde.

    Vous avez déjà pu échanger
    avec Bruno Genesio sur la saison à venir. Que vous demande-t-il aujourd’hui
     ?

    U.G. : C’est difficile de se projeter. Ce que le coach attend de moi, c’est simplement que je me donne à 100% à l’entraînement et que je sois impliqué mentalement et physiquement à 100%. C’est ce qui compte en ce moment. Il a une méthode de travail assez tranquille. On travaille bien, tout le monde pousse et ça se passe bien avec lui.

    La saison passée, vous étiez prêté à Sassuolo. Quel bilan tirez-vous de cette expérience en Italie ?

    U.G. : Personnellement, j’ai très bien vécu mon prêt à Sassuolo. J’ai eu beaucoup de temps de jeu, j’ai fait de bons matches et c’était une belle expérience. En parallèle, c’était difficile de suivre Marseille avec les résultats et tout ce qui s’est passé. J’ai pu garder contact avec deux ou trois joueurs, mais ce n’était pas facile. L’équipe a toutefois réussi à se qualifier pour une compétition européenne. J’ai donc suivi tout ça de loin et j’ai aussi été touché par ce qui se passait avec mes potes.

    Quel regard portez-vous sur
    la Serie
     A ?

    U.G. : J’ai trouvé que c’était un très bon championnat, mais surtout un championnat très tactique. Il y a moins de transitions et le jeu est vraiment basé sur la tactique.

    Comment décrirez-vous votre style de jeu ?

    U.G. : Ce que j’aime, c’est être un latéral gauche dans une position offensive, dédoubler et pouvoir centrer. J’aime aussi lire le jeu et anticiper. Ce sont mes principales qualités.

    Arrivé en janvier 2024, vous êtes désormaisun des joueurs les plus anciens de l’effectif. Quel est votre avis sur le parcours de l’OM ?

    U.G. : C’est vrai que ça ne fait que deux ans que je suis à l’OM, mais j’ai déjà vu pas mal de choses. À l’OM, tout va un peu plus vite. C’est aussi difficile de pouvoir construire quelque chose avec autant de va-et-vient, mais c’est comme ça. On s’adapte et on essaye de donner le maximum. Pour l’instant, je prends beaucoup de plaisir à être ici à Marseille. C’est une très bonne expérience.

    Qu’est-ce qui est le plus difficile quand on porte le maillot de l’OM ?

    U.G. : Il y a une très grande pression. On sait ce que représente l’OM en France. C’est une grande pression, mais aussi un grand devoir et une grande responsabilité. Je pense que tous les joueurs aiment cette pression et veulent cette pression. Ce qui peut être difficile, ce sont les grandes attentes. Mais on est tous des joueurs qui veulent évoluer au plus haut niveau. Il faut donc relever les défis qu’il y a à l’OM.

    Quel est votre meilleur souvenir depuis votre arrivée à Marseille ?

    U.G. : C’est sûr que c’est le match à Lyon. La victoire, c’était un truc de fou ! À chaque fois que j’y pense, j’ai des frissons. On commence vraiment mal le match, avec beaucoup d’obstacles, mais on revient. Et quand je pense au dernier but de Johnny (Rowe), c’est vraiment un sentiment très, très fort. Je pense que toutes les personnes qui étaient là n’oublieront jamais ce qui s’est passé. Ce match restera vraiment une référence.

    Avec quels joueurs avez-vous le plus d’affinités ?

    U.G. : Je m’entends très bien avec Geoffrey Kondogbia, Amine Harit, Faris Moumbagna et Pierre-Emile Højbjerg. Mais je dirais que je m’entends bien avec tout le monde. C’est vrai qu’avec certains, on passe un peu plus de temps ensemble. Et là, j’ai aussi découvert Himad Abdelli, c’est une belle personne.

    Vous avez connu cinq entraîneurs différents à l’OM. Lequel vous
    a le plus marqué
     ?

    U.G. : Je pense que tous les coaches que j’ai eus m’ont laissé une bonne impression. J’ai notamment beaucoup apprécié Jean-Louis Gasset, sa façon d’être serein et calme. Mais vraiment, tous les coaches que j’ai eus à l’OM – Gattuso, De Zerbi, Gasset et aujourd’hui Genesio – je ne peux que dire du bien d’eux. Après, je ne sais pas toujours ce qui s’est passé, il y a eu des défis… C’est comme ça, c’est le football. Mais j’ai aimé travailler avec tous ces coaches.

    Vous parlez justement de « défis ». Il y en a un qui se présente à votre poste, avec la concurrence d’Emerson Palmieri et d’Alexis Koum. Comment l’abordez-vous ?

    U.G. : On est habitués, il y a de la concurrence partout. Avec Emerson, on est aussi de bons potes, donc c’est une concurrence saine. S’il joue, je suis content. C’est normal. Ça va bien.

    Vos deux parents sont nés
    au Cap-Vert, pays qui a fait sensation lors du Mondial.

    U.G. : Je suis vraiment impressionné par ce qu’ils ont fait, sur le terrain comme en dehors. Il y a eu une grande euphorie au pays par rapport à ce qu’ils ont réalisé. C’est quelque chose d’historique pour eux. Je suis vraiment fier de ce qu’ils ont fait.

    Le mercato bat aussi son plein. Votre agent a-t-il reçu
    des sollicitations
     ?

    U.G. : Mon agent est en contact avec des clubs. Il y a toujours des demandes et des questions. Mais pour l’instant, je me concentre vraiment sur cette préparation. On verra comment ça va se passer ensuite. On sait que c’est le mercato, c’est pareil pour tous les clubs. Il y a des départs, des arrivées. Comme je l’ai dit, nous, on est tous concentrés ici et maintenant : qu’est-ce qu’on peut faire pour l’OM ? Et on verra la suite.

    Que ressentez-vous quand vous voyez un Vélodrome en fusion ?

    U.G. : À Marseille, on est tous conscients de la chance qu’on a d’avoir un stade comme le Vélodrome et des supporters comme les nôtres. La seule chose que j’ai à dire, c’est qu’on est fiers de porter le maillot de l’OM. On sait ce que ça représente et quel prestige c’est. Tous les joueurs sont conscients de ce que signifie porter le maillot de l’OM, ça, c’est sûr.

    Comment fait-on pour gérer la pression ici ?

    U.G. : C’est vrai qu’il y a une certaine pression. Mais je pense que dans les autres clubs aussi, il y a une pression, simplement différente. Elle ne vient pas forcément des supporters, elle peut venir d’autres choses. Chacun doit pouvoir gérer sa pression et se concentrer pleinement sur son travail, sur le terrain. Tout ce qui est autour vient après. Je pense qu’il faut vraiment se concentrer sur ce qu’on peut faire sur le terrain.

    Est-ce qu’il faut justement réussir à créer sa propre bulle pour
    se détacher du football ?

    U.G. : Personnellement, ma façon de me détacher, c’est de passer du temps avec ma famille, avec mes enfants et avec ma femme. C’est ce qui me permet de penser à autre chose qu’au football. C’est vrai que Pierre-Emile (Højbjerg) a raison : après les matches, l’adrénaline est encore haute et on pense encore beaucoup au match. Pour moi, ma façon de me détacher, c’est ma femme et mes enfants. Créer cette bulle est très important pour l’équilibre d’un footballeur. Pour moi, c’est ce qui me permet de souffler.

  • [Entretien] Guillaume Hébrard, CNRS : « C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour »

    [Entretien] Guillaume Hébrard, CNRS : « C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour »

    La Marseillaise : Comment fonctionne le phénomène des éclipses ?

    Guillaume Hébrard : Il y a deux types d’éclipses : les éclipses de Soleil et les éclipses de Lune. Par une coïncidence extraordinaire, la Lune est 400 fois plus petite que le Soleil et est également 400 fois plus proche. Donc, dans le ciel, le Soleil et la Lune ont des tailles apparentes. Les éclipses de Soleil sont les plus impressionnantes. Elles se produisent quand la Lune passe exactement entre le Soleil et la Terre et masque alors le Soleil du point de vue de la Terre. C’est ce qui va se passer ce 12 août. Une éclipse de Lune se produit quand la Terre se trouve pile entre la Lune et le Soleil, l’ombre de la Terre se projette alors sur la Lune. Les éclipses de Soleil et de Lune se produisent à peu près au même moment : après l’éclipse de Soleil le 12 août, on aura une éclipse de Lune le 28 août au matin, entre 4h30 et 7h.

    L’éclipse solaire du 12 août est présentée comme la plus marquante depuis 1999. Qu’est-ce qui la rend si particulière ?

    G.H. : Les éclipses de Lune sont observables depuis beaucoup de régions sur Terre, tandis que les éclipses de Soleil ne sont observables que sur un endroit restreint, parce que l’ombre projetée de la Lune sur la Terre est seulement de quelques centaines de kilomètres. Ainsi, à un endroit donné sur Terre, ce genre d’éclipse est rare. L’éclipse du 12 août ne sera totale que dans quelques régions : au Groenland, en Islande et en Espagne. Des éclipses de Lune et de Soleil, il y en a tous les six mois, mais en France métropolitaine précisément, la dernière éclipse totale était en 1999 et la prochaine sera en 2081.

    Comment observer l’éclipse de ce mercredi soir ?

    G.H. : Personnellement, j’irais l’observer en Espagne. L’éclipse du 12 août en Provence ne sera pas totale mais, avec 96% du Soleil masqué, ça restera très impressionnant. Le Soleil se couchera encore partiellement éclipsé, donc pour l’observer, il faut que le ciel soit dégagé au niveau de l’horizon ouest. Observer l’éclipse directement à l’œil nu, c’est très dangereux. Le Soleil n’est pas plus dangereux pendant une éclipse, mais on est plus tenté de le regarder directement. Pour se protéger les yeux, il existe des lunettes d’éclipses, on en trouve un peu partout, pour un ou deux euros.

    Les éclipses ont-elles, aujourd’hui encore, un intérêt scientifique important ?

    G.H. : Les éclipses ont beaucoup été utilisées dans le passé pour mesurer les distances dans le Système solaire. Maintenant, elles sont moins importantes en termes de recherche mais il reste plein d’intérêts scientifiques. Notamment l’étude de l’environnement très proche du Soleil : la chromosphère. On l’a découverte pendant les éclipses, et on ne pouvait l’observer que pendant celles-ci. Maintenant, on arrive à faire des éclipses artificielles avec un instrument inventé par l’astronome français Bernard Lyot, il y a un siècle : un coronographe. Ça consiste à mettre un disque dans le télescope, juste devant la position du Soleil. Par ailleurs, avec l’Observatoire de Haute-Provence, pendant une éclipse de Lune, on a observé la lumière du Soleil qui se réfléchissait sur la Lune après qu’elle ait traversé l’atmosphère de la Terre. Cela nous a permis d’étudier l’atmosphère de la Terre. Ça sert dans mon domaine d’étude, où on utilise la même méthode pour étudier l’atmosphère des planètes extrasolaires, mais avec une étoile différente du Soleil.

    Qu’est-ce qui vous intéresse personnellement dans le phénomène des éclipses ?

    G.H. : C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour. Une éclipse, c’est un phénomène astronomique mais aussi historique et sociétal : ça me plaît beaucoup que des millions de personnes partagent, au même moment, un phénomène naturel et astronomique qui est si beau. Aussi, les éclipses ont longtemps effrayé avant d’être comprises. Alors, je trouve qu’elles illustrent bien la démarche scientifique, qui est de comprendre la nature qui nous entoure. Qu’elle n’est pas régie par le hasard mais possède des lois physiques et naturelles qui nous sont accessibles.

    Entretien réalisé par Andréa Goyard de Castro

  • [Entretien] MagicQueen, «On est très heureux de participer à cette Tournée d’été»

    [Entretien] MagicQueen, «On est très heureux de participer à cette Tournée d’été»

    Le groupe, présent depuis cinq ans dans le Sud de la France, interprétera mercredi des chansons de Queen, groupe de rock anglais des années 1970 emmené par son emblématique chanteur Freddie Mercury. Un programme prometteur pour l’avant-dernière soirée de la Tournée d’été La Marseillaise avant une dernière date le vendredi 28 août au parc de Font Obscure, avenue Prosper Mérimée dans le 14e arrondissement à Marseille.

    La Marseillaise : Quel show allez-vous présenter ?

    Lesly Mantei : C’est un hommage entièrement dédié au groupe Queen qui dure 1h45. On s’est inspiré des concerts live, mais on essaie de rendre un hommage propre et subtil au groupe. Durant ce concert, on va interpréter tous les grands tubes de Queen : «I Want To Break Free», «A Kind of Magic», «Bohemian Rhapsody», «We Are The Champions».

    Comment avez-vous connu le groupe Queen ?

    L.M. : Je les ai connus quand j’étais enfant, grâce à mon père. Il m’a montré le concert de Wembley en 1986, c’était l’un de ses derniers concerts avant que Freddie Mercury ne meure en 1991. Je n’arrêtais pas de me dire : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Ça m’a estomaqué, depuis, je suis resté fan.

    Est-ce qu’il y a une musique que vous préférez interpréter ?

    L.M. : « Bohemian Rhapsody », parce qu’on a fait en sorte que tout soit en live. On a vraiment travaillé pour avoir une identité musicale assez marquée. On chante tous les cinq, on a arrangé les voix, on a bossé sur beaucoup de morceaux, mais celui-là plus que les autres. Et personnellement, c’est la première que j’ai essayé de chanter quand j’étais plus jeune.

    Qu’est-ce qui vous a motivé à participer à la tournée d’été de La Marseillaise ?

    L.M. : On est tous du Sud de la France, entre Toulon et Marseille. Pour nous, c’était important de chanter dans notre région. Le sonorisateur connaissait La Marseillaise, on a appris que c’était une sacrée scène. On est très heureux de participer à cette tournée.

    Est-ce qu’interpréter des chansons de Queen permet de tisser un lien particulier avec le public ?

    L.M. : Le groupe aurait eu plus de 70 ans aujourd’hui. Mais grâce au film qui a permis de faire connaître Queen aux plus jeunes, les chansons continuent de toucher toutes les générations. Quand on fait un concert, c’est toujours agréable de constater qu’on arrive à rassembler des gens de tous âges.

    Propos recueillis par Gabrielle Cartellier

    Tournée d’été La Marseillaise à Martigues, quai Jean Verandy, le mercredi 12 août, à partir de 20h30.

  • [Entretien] Serge Lhotellier, le logement social « est un atout »

    [Entretien] Serge Lhotellier, le logement social « est un atout »

    Contrairement à d’autres communes varoises dépensant plus d’énergie à fustiger la loi SRU qu’à construire un avenir pour leurs habitants, la Ville de Toulon a pris le problème à bras-le-corps pour tenter de combler son retard en matière de logement social par rapport à ses obligations légales. L’adjoint au maire Serge Lhotellier met en avant les efforts déployés et prononce un discours clair concernant le logement social afin de dissiper les idées reçues.

    « Ce qu’il faut comprendre, c’est que le logement social est une chance et un atout pour les territoires », affirme-t-il sans détour, en rappelant une évidence que beaucoup d’élus, tous à droite sur l’échiquier politique, ont tendance à oublier. « Cela permet aux jeunes de rester dans leur ville, aux ménages de pouvoir se loger dans des conditions dignes et correspondantes à leurs ressources ». Sans compter, « pour les travailleurs, la possibilité de pouvoir se loger pas très loin de leur emploi… » Ce qui en matière de développement durable est plutôt vertueux.

    Cela permet aussi aux seniors vivre dans leur cité, ajoute l’élu. « Dit autrement, le logement social permet effectivement de répondre à tous les besoins des Toulonnais dans leur diversité », insiste-t-il.

    Une démarche vertueuse

    Ce n’est donc pas seulement, contrairement à ce que de nombreux maires du territoire veulent y voir, qu’une contrainte imposée par l’État mais bien d’une urgence à laquelle en toute responsabilité les équipes en place doivent apporter une réponse y compris comme ici lorsque cela est difficile.

    Dans le Port du Levant, la première magistrate Josée Massi veut continuer à s’atteler à la tâche en luttant en même temps contre le logement dégradé. C’est dans ce cadre qu’a été reçu le mois dernier le ministre du logement Vincent Jeanbrun. « Nous lui avons fait visiter le quartier de la Grande Plaine », rappelle Serge Lhotellier. Une copropriété dans laquelle prospèrent la pauvreté et la désespérance dans des appartements loués chèrement. La municipalité, assure-t-il, a la volonté de reconquérir cet espace et l’intégrer dans un vaste projet urbain d’aménagement. « Ce qui permettrait de créer des logements sociaux qu’on offrirait au Toulonnais… » Et de poursuivre : « Chaque financement d’un logement social nous rapproche de l’objectif fixé par l’État et nous éloigne de la pénalité financière. » L’adjoint résume la démarche de la Ville de Toulon : « La politique de la municipalité est une politique de cohésion, d’attractivité et d’intégration de toute la diversité de la ville », conclut Serge Lhotellier qui préside également l’organisme d’HLM Toulon Habitat Méditerranée.

    Pendant ce temps à Six-Fours-les-Plages

    Alors que la Ville de Toulon, la Métropole Toulon Provence Méditerranée et la préfecture s’activent les pour répondre à la demande des habitants en logement, le contraste est saisissant avec la commune voisine de Six-Fours, tombée aux mains du RN. Le nouveau maire Frédéric Boccaletti, précédemment conseiller municipal, joue les offusqués en faisant mine de découvrir une programmation de plus de 600 logements sociaux sur la commune, en s’indignant contre son prédécesseur le LR Jean-Sébastien Vialatte qui a pourtant peu œuvré pour le logement social.

    Six-Fours commune ne dispose que de 9,8% de logements locatifs sociaux. Elle est donc lourdement prélevée pour cette carence, rappelle le militant logement Jean-Paul Jambon. Déjà trop pour le maire d’extrême droite qui jure sur ses grands dieux qu’il n’était pas au courant de ces futurs logements agréés par l’État. Si cela se confirme cela montre qu’il aurait été un opposant peu au fait des dossiers. Inquiétant quand on prétend la diriger.

  • [Entretien] Rémi Giuitta, président des BYers : « Nous avons perdu cette capacité à être un groupe de combattants »

    [Entretien] Rémi Giuitta, président des BYers : « Nous avons perdu cette capacité à être un groupe de combattants »

    La Marseillaise : Vous sortez d’une saison réussie sur le plan sportif, avec une deuxième place en championnat, même si l’aventure s’est arrêtée en demi-finale d’accession à l’Elite 2. Quel bilan tirez-vous de cette saison ?

    Rémi Giuitta : Je pense qu’on avait le talent, une équipe équilibrée et les moyens d’atteindre notre objectif, même si certaines blessures importantes, notamment celle de Sadio Doucouré, ont pesé sur notre équilibre. Mais au-delà de l’aspect individuel, ce qui nous a manqué, c’est surtout la dimension collective. En Nationale 1, le talent ne suffit pas : l’engagement, la cohésion, la solidarité et la dureté défensive sont des éléments déterminants. Nous avons parfois su retrouver ces valeurs, mais nous nous sommes aussi trop appuyés sur nos qualités individuelles au détriment de notre force collective. Cette combativité et cette envie de faire les efforts ensemble, font pourtant partie de l’identité du club. Par moments, nous avons perdu cette capacité à être un vrai groupe de « fighters ». Avec plus de constance dans cet état d’esprit, je pense qu’on aurait pu atteindre notre objectif.

    Votre aventure vers la montée
    a été stoppée par Mulhouse. C’était, selon vous, une marche encore trop haute à gravir
     ?

    R.G. : Sans manquer de respect à Mulhouse, qui reste une très belle équipe, la marche était haute en termes de valeur collective. En revanche, sur le papier, nous avions un effectif plus riche, avec davantage de profondeur et de qualités individuelles. Mais la différence ne s’est pas faite uniquement sur le talent. Elle s’est faite sur la cohésion, l’envie, la dureté et la force mentale. C’est justement dans ces domaines que Mulhouse a su se démarquer, en affichant une vraie identité collective. À mes yeux, c’est ce qui leur a permis d’être au-dessus de nous et de prendre l’ascendant sur d’autres équipes.

    La construction de cette nouvelle saison a pris un peu plus de temps que prévu. Quelles ont été les principales étapes avant de pouvoir véritablement lancer
    le projet sportif
     ?

    R.G. : La construction de la nouvelle saison s’inscrit dans un contexte particulier. Il a d’abord fallu attendre la mise en place de la nouvelle collectivité à Fos-sur-Mer afin de définir une nouvelle feuille de route et partager une vision commune autour du club. Cette période nous a permis de clarifier notre budget, nos ambitions et notre stratégie avec l’ensemble de nos partenaires publics et privés, tout en consolidant l’écosystème autour du club. Ce travail de fond explique aussi pourquoi la construction sportive a débuté plus tardivement. Après une fin de saison en play-offs, le temps était limité, et il était nécessaire de poser des bases solides avant d’écrire un nouveau chapitre sportif. Je connaissais bien sûr les rouages du club, puisque j’avais déjà occupé des fonctions très larges par le passé aux côtés de Jean-Pierre Barnès. Mais malgré cette connaissance de l’environnement, certaines choses demandent du temps à être maîtrisées. William Raffa et Guy Christophe, qui étaient déjà présents les saisons précédentes, avaient également un rôle important dans le fonctionnement quotidien du club. Il a donc fallu assurer une transition, prendre le relais progressivement et s’inscrire dans une continuité.

    Vous avez nommé Abgué Barakaou pour succéder à Emmanuel Schmitt sur le banc de votre équipe fanion. Qu’est-ce qui a motivé votre choix, alors que le technicien suisse a eu de bons résultats
    la saison passée
     ?

    R.G. :Manu (Schmitt) n’était plus sous contrat, il ne s’agit donc pas d’une séparation à proprement parler. Le seul joueur encore engagé était Mounir Bernaoui, dont le départ s’est fait à sa demande. L’ensemble de l’effectif était donc en fin de contrat. Après le constat dressé sur la saison, nous avons choisi de replacer « l’identité BYers » au cœur du projet avec Abgué, qui connaît parfaitement le club et incarne cette culture collective. Ce n’est pas une volonté de changer d’équipe chaque année, car la stabilité reste une valeur forte du club. Mais le contexte nous a amenés à insuffler une nouvelle dynamique, certains joueurs ayant aussi souhaité relever de nouveaux défis. Ce choix relève donc davantage d’une orientation stratégique liée aux exigences de la Nationale 1 que d’une remise en cause du travail de Manu, dont les qualités sportives et humaines ne sont pas en question. Finir deuxième et perdre en demi-finale des play-offs relève davantage de la déception que de l’échec.

    Et concernant les joueurs ?

    R.G. : Nous avons intégré trois jeunes au groupe professionnel élargi et recruté des joueurs expérimentés comme Mathis Keïta et Rajon Kelly, capables d’être de vrais relais pour Abgué. L’idée est de construire une équipe moderne, avec beaucoup de polyvalence, de création et une forte identité défensive. Des jeunes profils comme Maydden N’nah-Ndong, Jacques Eyoum ou Melvyn Da Silva viennent apporter du talent, de l’énergie et un potentiel de progression, tandis que Yannis Mendy, l’un des rares rescapés de la saison dernière, conservera son rôle de joueur de devoir et de collectif. L’objectif est clair : bâtir un groupe complémentaire, capable de retrouver la Pro B tout en faisant progresser chacun de ses éléments. Il nous reste encore quelques ajustements à finaliser pour compléter l’effectif.

    Vous avez bouclé votre première année comme président, après avoir été pendant près de vingt ans au poste d’entraîneur. Comment avez-vous vécu le fait d’être éloigné des parquets ?

    R.G. : C’était un choix de ma part de ne pas trop m’impliquer dans le sportif au départ, notamment en m’appuyant sur Manu, un entraîneur expérimenté, afin de me concentrer sur la situation financière et structurelle du club. Le chantier était plus important que prévu, avec de nombreux ajustements à mener après la descente de Pro A : organisation, fonctionnement interne et nouvelle dynamique à construire. Cette transition a donc demandé plus de temps et d’investissement sur les aspects extra-sportifs. Même si ce n’est pas mon rôle premier d’être uniquement dans la gestion administrative et financière, cette étape était nécessaire pour remettre le club sur de bonnes bases. Mon ambition reste d’impulser des projets, d’accompagner les équipes et de créer une dynamique collective, aussi bien sur le plan sportif qu’humain.

    Fos Provence Basket a toujours eu l’habitude de délocaliser certaines rencontres au Palais des Sports de Marseille. Cela ne s’est produit qu’à une seule reprise la saison passée. Est-ce que vous comptez poursuivre ce rendez-vous avec davantage de dates ?

    R.G. : L’objectif est de continuer à délocaliser certains matchs à Marseille. C’est une démarche engagée depuis une douzaine d’années, avec la volonté de faire rayonner le club au-delà de Fos et de renforcer notre statut de club de référence en Provence. Cette saison encore, le succès était au rendez-vous avec près de 3 500 spectateurs pour un match de Nationale 1, preuve qu’il existe une réelle attente autour des BYers. Nous poursuivrons donc dans cette direction, même si le nombre de délocalisations dépendra du calendrier, de l’attractivité des affiches et de la disponibilité du Palais des Sports. Notre volonté est intacte.

    Quels sont les objectifs fixés pour la saison à venir ?

    R.G. : L’accession à la Pro B reste l’objectif sportif principal. Mais elle doit s’inscrire dans un projet plus large, avec la volonté de continuer à développer nos valeurs club, nos actions sur le territoire et notre engagement autour du basket. La formation reste également un axe fort, avec de vrais progrès réalisés ces dernières années, notamment chez les plus jeunes.