Tag: Danse

  • Les Nuits Flamencas entrent dans une nouvelle décennie

    Les Nuits Flamencas entrent dans une nouvelle décennie

    Même la danseuse sur l’affiche a le regard porté vers la modernité. « On tourne la page et on attaque la nouvelle décennie », résume Cendryne Roé, directrice de l’association Nomades Kultur. Voilà maintenant 11 ans que l’organisation collabore avec le guitariste Juan Carmona pour proposer, au cœur d’Aubagne, un festival célébrant la culture ibérique.

    « Pour beaucoup, le flamenco, c’est la paella et les fleurs rouges. Il y a quelque chose de plus profond, c’est pour ça que j’ai voulu faire ce festival », déclare Juan Carmona, qui est aussi le directeur artistique des Nuits Flamencas. Résolument tourné vers le futur, le pianiste Pablo Rubén Maldonado se produira au Théâtre Comoedia le premier soir. « Ce qui m’intéresse chez lui, c’est qu’il a cassé les codes du flamenco. Il joue en respectant la tradition et en amenant sa touche personnelle. »

    Le lendemain, la danseuse Sara Jiménez se produira sur cette même scène. « Elle est très portée sur la modernité, a étudié la danse contemporaine, le hip-hop. Elle va danser sur un solo d’électro flamenco. » Pour la première fois, les Nuits Flamencas se lancent dans une démarche de création avec un aperçu exclusif du nouveau spectacle de Juan Carmona. « Je serai en présence de musiciens cubains et de pianistes pour revisiter mes anciennes compositions », sourit le guitariste.

    Fête engagée

    Le célèbre Nuevo Ballet Español jouera son spectacle « Fronteras en el aire » le 3 juillet. « C’est une première en France. C’est un spectacle qui parle d’immigration, chanté par des voix africaines », détaille Juan Carmona. « Le titre est évocateur, ça veut dire sans frontières. Dans ces moments où le contexte géopolitique est un peu compliqué, des spectacles comme ça, ça fait du bien », ajoute Cendryne Roé. Le 4 juillet, le Ballet Flamenco de Barcelone présentera une revisite de l’œuvre Carmen. « C’est le combat de la femme, une Carmen libre qui n’a pas peur. La parité, c’est depuis toujours dans notre festival. »

    Avant que les festivités s’achèvent le 5 juillet, les Nuits Flamencas proposeront une initiation à la sévillane, danse folklorique de la feria de Séville, un bal de rumba, ou encore des ateliers pour enfants. « Dans cette édition, j’ai voulu proposer un flamenco axé sur le futur et des plus accessibles », se félicite Juan Carmona.

    À Aubagne, le spectateur devient véritable acteur de la fête, et peut même participer à des master class aux côtés de grands noms de la culture flamenca, une des seules activités payantes du festival. « Par les temps qui courent la gratuité c’est un don du ciel, il faut le préserver », martèle Cendryne Roé.

    Programme complet sur https://www.lesnuitsflamencas.fr

  • Corps et esprits se libèrent au Festival de Marseille

    Corps et esprits se libèrent au Festival de Marseille

    S’il fallait encore prouver que la danse libère les corps et les esprits, le programme de cette fin de semaine du Festival de Marseille en est encore une belle illustration. Nouvel exemple avec _ p/rc_, pièce de danse recréée par Eric Minh Cuong Castaing, Aloun Marchal et Marine Relinger, avec des enfants de l’Institution d’éducation motrice de Saint-Thys. Visible samedi 20 juin à 14h30 et 17h30 au Ballet national de Marseille, la réunion chorégraphique de danseurs, enfants atteints de troubles moteurs, de leurs soignants ainsi que de robots de télé-présence dirigés par des personnes en situation de handicap. Un ballet d’une « beauté ludique » où le soin et l’art entrent en symbiose.

    « Hors-norme »

    À la Friche Belle de Mai, ce même jour à 15h, performance XXL en vue, comme le suggère le titre de cette pièce chorégraphiée par Sofiane Chalal, également sur le plateau aux côtés de trois autres interprètes, qui « convoquent leur vécu et revendiquent leur physicalité singulière », présente Julia Moreira Miguel, responsables des relations avec les publics au Festival de Marseille. « Comment brasser à plusieurs, partager en connaissance de cause la sensation d’être gros ? Comment faire vaciller la certitude d’être “trop” qui se lit dans le regard des autres, spectateurs compris ? », écrivent Sofiane Chalal et le dramaturge Youness Anzane. Autant de questions auxquelles ils tentent de répondre en prenant leurs « physiques hors-norme au pied de la lettre » en en « désarmant le péjoratif pour annoncer une vie de combats ».

  • À Marseille, une école de danse contrainte de quitter ses locaux du diocèse

    À Marseille, une école de danse contrainte de quitter ses locaux du diocèse

    À Marseille, l’école de danse dirigée par Nathalie Setz est menacée d’expulsion après vingt ans d’occupation des mêmes locaux, sans que les raisons n’en aient été précisées à la directrice. « Le diocèse veut récupérer son bâtiment pour en faire ce qu’il veut. “Je n’ai pas besoin de savoir”, m’ont-ils dit », rapporte-t-elle.

    Pendant longtemps, son interlocuteur n’était pas directement le diocèse, mais le patronage Vauban, qui occupe le local du rez-de-chaussée et avec lequel elle avait passé une convention d’occupation. Ce dernier aurait toutefois rompu cet accord pour éviter d’être impliqué dans un éventuel contentieux, selon la directrice. « Ils se sont retirés, mais ils sont toujours là en vérité. Ils se sont couverts par le diocèse », estime la directrice, qui se retrouve seule face au propriétaire, sans véritable contrat.

    Plusieurs éléments laissent penser que ce départ forcé pourrait être lié à un projet d’installation du bar à tapas Gigi Marseille dans ces locaux : la police serait intervenue à trois reprises pour un transfert de licence 4, autorisant la vente d’alcool.

    Le diocèse a proposé

    une solution

    Face au refus du diocèse de la maintenir dans les lieux jusqu’à sa retraite, Nathalie Setz dit traverser une période difficile : « Mentalement et moralement, je suis parfois à l’envers. Ça me met une pression terrible, alors que j’ai tout donné pour cette école. » Une inquiétude partagée par ses élèves, dont certains suivent ses cours depuis des années, et ce plusieurs fois par semaine. « Les diocèses font normalement énormément de choses pour nous, les seniors. Mais là, ça me choque », confie Angélika Imbert, 75 ans, élève de l’école. Jean-Philippe Imbert, 78 ans, professeur de philosophie retraité, y voit aussi un lieu essentiel pour son bien-être : « Nathalie me permet de rester en forme. Et je ne vois quasiment pas de kinésithérapeutes. »

    Le diocèse a néanmoins proposé une solution : un relogement dans un autre bâtiment de l’Église. Mais, arrivée sur place, Nathalie Setz constate que cela est impossible : « À la salle du Roucas Blanc au CMA, on me propose seulement un créneau de 18h à 20h le vendredi. »

    Depuis décembre, la directrice verse ses loyers sur un compte verrouillé géré par son avocate, faute de cadre contractuel officiel. Une audience en référé est prévue le 1er juillet pour déterminer la légalité de cette expulsion. Sollicités, le diocèse et le patronage Vauban ont indiqué préférer s’abstenir de tout commentaire, l’affaire étant désormais entre les mains de la justice.

  • [Entretien] « En Afghanistan, les premiers résistants sont les chercheurs d’eau »

    [Entretien] « En Afghanistan, les premiers résistants sont les chercheurs d’eau »

    La Marseillaise : Êtes-vous d’accord si l’on dit que votre création cherche à illustrer les atteintes impérialistes en Afghanistan, l’accaparement des richesses du pays par ses suppôts, mais aussi la manière dont les Afghans y résistent ?

    Feda Wardak : C’est plutôt bien résumé. Moi, je travaille en Afghanistan à la réparation de voies d’eau. Au départ, mon travail concernait la recherche et les archives de ces hommes qui passent leurs vies à réparer les voies d’eaux qui ont été détruites par les bombardements. Avec cette création, la question des points de vue s’est imposée à moi car je veux confronter trois contextes spatiaux : les ciels, les sols et les sous-sols. Les ciels, car c’est l’endroit depuis lequel les Afghans ont beaucoup été observés et décrits, aussi bien médiatiquement que par la vision des drones. On a toujours regardé l’Afghanistan de haut. À travers les drones, ils étaient représentés comme des taches thermiques. Ils n’avaient pas de forme humaine et les pilotes de drones eux-mêmes les décrivent comme tels. En ce qui concerne les sous-sols, ce sont des endroits de résistance : c’est là où l’on répare des galeries d’eau souterraines creusées il y a 3 000 ans. Quant aux sols, ce sont les interfaces entre ces deux espaces : là où l’on voit les stigmates de la guerre, toujours présents sur la peau des corps ou la roche des paysages. Et d’autres enjeux viennent mettre en tension ces trois contextes spatiaux : ceux d’extractivisme. C’est-à-dire l’enjeu des matières premières et du pillage des ressources, puis les corps contraints à l’exil, ceux qui n’ont pas eu d’autre choix que de partir car il y avait la guerre. Et enfin, on parle des identités culturelles car, dès lors que corps sont contraints à l’exil, on assiste à une perte de la langue, des systèmes de pensée, des croyances et des rituels.

    Vous-même êtes le fruit de cette diaspora afghane en France. Avez-vous connu cette perte d’identité ?

    F.W. : Je suis de la première génération car je suis arrivé à 4 ans. Si j’ai grandi ici, ma relation avec l’Afghanistan était entretenue dans ma culture. Et encore plus depuis une quinzaine d’années car j’y fais des allers-retours et que j’ai appris à recomposer des choses afghanes pour moi-même. J’appartiens à la diaspora tout en étant aussi là-bas. Je me suis construit à travers le prisme des identités afghanes mais j’ai aussi un point de vue occidental. Deux aspects qui entrent en tension et cohabitent en même temps.

    Le Festival de Marseille attache « Ce que le ciel ne sait pas » à une « scénographie monumentale »…

    F.W. : Je parlerais plutôt d’une installation avec une œuvre monumentale activée par une création chorégraphique. Elle représente une foreuse, une vis sans fin : comme si, à mesure qu’on perçait dans du bois, de la poudre s’en extrait. Là, on perce le sol et on en extrait la matière. Le public fait face à un grand escalier en colimaçon qui tourne dans un sol incliné. Cette inclinaison permet de raconter le déséquilibre d’une société par des agents extérieurs qui viennent opérer dessus. La vis sans fin raconte elle l’extractivisme des matières premières, des corps et des identités culturelles.

    Vous évoquez « un déséquilibre » du pays par « des agents extérieurs ». Quelles cicatrices les impérialismes, atlantistes comme soviétiques, ont-ils laissées sur l’Afghanistan ?

    F.W. : De nos jours, on a des territoires entiers pollués, des populations entières traumatisées. C’est le plus gros impact. On voit des traumatismes de guerre qui durent sur plusieurs générations, des silences qui en découlent, des tabous dans des familles divisées, des personnes amputées, beaucoup de formes de bipolarité et de malnutrition, aussi… Des terres sont polluées à certains endroits où Trump a aussi fait en 2017 des tests de ce qu’ils appellent « the mother of all bombs », la mère de toutes les bombes : la plus puissante en dehors des bombes nucléaires. Là-bas, des gens ont des maladies de la peau, des malformations. Et tous les aliments qui viennent de la terre sont toxiques, mais les gens n’ont pas d’autres choix que de les manger. Tout cela ne peut pas s’effacer du jour au lendemain.

    Il vous arrive aussi de parler
    de votre création en évoquant
    une «
     résistance par les baguettes de sourcier »…

    F.W. : Je travaille depuis quelques années pour retrouver la trace de ces galeries souterraines. Il y a des sourciers qui, par un travail et un savoir-faire ancestral, mais pas rationalisable, entretiennent des formes de magnétisme avec les eaux sous les sols. Une fois leurs traces retrouvées, j’essaie de refonder le chemin de ces galeries qui ont disparu. On bouche, on répare, on les étayer et essayons de faire revenir l’eau. En Afghanistan, les premiers résistants sont les chercheurs d’eau. Beaucoup d’entre eux sont d’ailleurs pris pour cible par les drones. Car, dès lors qu’on s’en prend au réseau hydraulique, le peuple ne plus survivre. Et quand il n’y a plus une population sur une terre, cette terre n’est plus défendable. C’est une stratégie vieille comme le colonialisme. On s’en prend à l’eau pour faire disparaître les corps et, une fois qu’il n’y a plus de corps, on prend le contrôle des terres.

    Mardi 16, mercredi 17 et jeudi 18 juin
    à la Vieille Charité à 22h. 10 euros. www.festivaldemarseille.com

  • 250 danseurs entrent dans la transe au Festival de Marseille

    250 danseurs entrent dans la transe au Festival de Marseille

    « Les gens ne la connaissent pas très bien, si ce n’est sa musique. Mais c’est l’une des démarches de mixité des cultures et du savoir musical les plus intéressantes et, en même temps, un savoir animiste à caractère spirituel », rappelle avec enthousiasme Khalid Benghrib à propos de la culture Gnawa. Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis désormais sept ans, un bagage très répandu au Maroc, mais pas seulement, que ce chorégraphe met en branle en invitant 250 danseurs marseillais dans Urban Gnawa Project, spectacle qui prend ses quartiers dimanche 14 juin à la Friche Belle de Mai dans le cadre de l’ouverture du Festival de Marseille.

    À ces fins, cet artiste n’a procédé à « aucune sélection. C’était le challenge. J’étais juste intéressé par des gens qui se retrouvent et s’accordent un temps pour partager quelque chose qui ne se dit pas, qui ne se guide pas », résume ce Casablancais arrivé en France il y a 40 ans et qui a « grandi avec les rites et rituels gnawas que [sa] grand-mère pratiquait » lorsqu’il était enfant.

    « Décharge organique »

    et « résistance absolue »

    « Cela m’a fait voir ce mélange de personnes qui se retrouvent pour vivre un cérémonial où la doctrine religieuse n’est pas la plus importante. C’est cet aspect qui m’a séduit », explique Khalid Benghrib, tout en évoquant cette culture dont le point d’orgue coïncide avec un état de transe. « C’est un espace dans lequel on se retrouve pour qu’il y ait une décharge organique qui permette un apaisement social », décrit-il encore. Un lâcher-prise, voir une délivrance qui s’exprimera en extérieur, sur le Champ de Mai de la Friche.

    Outre sa dimension culturelle et spirituelle, la culture gnawa est aussi « politique car elle exclut tout dogmatisme. Et donc, à partir du moment où il n’y a pas d’emprise sur la matière, la matière devient politique. C’est une forme de résistance absolue ». Un champ des possibles et de liberté dans lequel n’officie « aucun leader. Toutes les portes sont ouvertes et quiconque a envie de transer entre dans notre espace ». Rétif à tout ordre, une culture finalement très égalitaire. « Chacun se décharge à son rythme, selon ses envies et en fonction de ce qu’il ressent. Il n’y a pas de conduit endoctriné », développe le chorégraphe qui a confié la partition musicale à Maâlem Khalid Sansi et son ensemble, la partie électronique étant, elle, dévolue à Max Frimout. « Mon désir est d’inscrire le gnawa dans mon temps : c’est-à-dire en créant un espace de mixité. Mélanger les composantes de la musique traditionnelle avec l’électro allait donc de soi, comme le flux de l’eau », image Khalid Benghrib. Selon lui, son dialogue musical « n’est pas un dialogue de tradition mais de transition ».

    « Urban Gnawa Project » le dimanche 14 juin à la Friche Belle de Mai à 19h. Entrée libre

  • Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Nouvelle saison, nouvelle programmation, mais toujours la même exigence. Alors que le Théâtre des Salins, qui fait partie des 78 établissements labellisés « scène nationale », ferme ses portes pendant l’été, sa secrétaire générale, Joanna Boutté, se réjouit des résultats de l’année écoulée, avec près de « 90% de remplissage sur l’ensemble des spectacles ».

    Son équipe présente désormais la saison à venir. Dans le marasme ambiant, entre la précarisation des intermittents du spectacle, les difficultés auxquelles font face les productions, l’émergence ardue de nouveaux talents, elle « refuse de baisser les bras », fidèle à son engagement pour le « service public de l’art et de la culture ».

    En 2026-2027, le public pourra donc voir 40 spectacles, dont 15 créations, traversant le théâtre, la danse, le cirque, la musique et des formes hybrides. Comme toujours, une grande place est laissée à la jeunesse avec 12 spectacles accessibles aux enfants, à l’instar de Du bout des doigts, un ballet à quatre mains filmé en direct sur scène, ou des doigts traversent l’histoire de la danse ; ou de Frasques, où les acrobates de la compagnie Galactik Ensemble « chutent, se relèvent, dans un monde en perpétuel déséquilibre », raconte Joanna Boutté.

    Un focus sur la création grecque

    La saison s’ouvrira le 3 octobre sur une soirée cabaret, animée par quatre formations, entre effeuillage, cancan, paillettes et music-hall. En cette année de Biac 2027 (Biennale internationale des arts de cirque), le Théâtre des Salins propose d’explorer un large panorama de la création circassienne contemporaine. À l’affiche : les acrobates du collectif XY, reconnus pour leur spectaculaire maîtrise des portés, Nadine O’Garra, qui convoque le rapport aux écrans dans Amour au temps de l’algorithme, ou encore Cirque Le Roux, avec sa dernière création Nature morte, au croisement du cirque, du théâtre physique et la composition visuelle.

    Côté musique, Walid Ben Selim chantera de grands textes de la poésie arabe, en écho à l’exposition du musée Ziem consacrée à Ernest Pignon-Ernest dans l’écrin dans la chapelle de l’Annonciade, « avec une petite jauge » pour « un moment privilégié », souligne Joanna Boutté. Thibault Cauvin, guitariste le plus primé au monde à 20 ans qui a tourné avec M, présentera Alter Ego, inspiré de ses voyages aux quatre coins du monde.

    Au programme également, un focus sur le meilleur de la création grecque, qui mettra en valeur une nouvelle génération d’artistes : Mario Banushi avec sa pièce sensorielle d’une puissance rare Mami, salué au festival d’Avignon l’an dernier ; le chorégraphe Christophe Papadopoulos avec My Fierce Ignorant Step, interprété par dix danseurs qui feront corps dans leur pluralité ; et Anna Lemonaki avec son spectacle de théâtre performatif, à cheval entre cabaret et récit auto-fictionnel, Bleu.

    La danse occupera une place centrale, avec des artistes majeurs de la scène internationale, à l’instar de Wim Vandekeybus, qui viendra célébrer les 40 ans de sa compagnie Ultima Vez avec le spectacle qui a « révolutionné la chorégraphie contemporaine dans les années 1990 », What the body does not remember.

    Côté théâtre, enfin, les spectateurs pourront notamment découvrir Orlando, mis en scène par Katia Ferreira d’après le roman de Virginia Woolf ; le diptyque familial entre règlement de comptes et comédie romantique Fête des mères d’Adèle Royné et Vincent Gardet ; ou Tellement sympa, une pièce qui brise l’omerta autour des violences faites aux femmes au sein de la communauté sourde.

    Une nouveauté à noter : la première édition du festival Vice Versa. Pendant deux semaines, en mars, les spectateurs seront installés au cœur du plateau pour une expérience immersive au plus près des artistes, avec une jauge resserrée.

  • Uzès fête ses 30 ans de danse populaire

    Uzès fête ses 30 ans de danse populaire

    À Uzès, les pierres blondes ont de la mémoire. Depuis trente ans, elles voient passer des corps, des élans, des silences, des foules debout. Le festival La Maison danse revient du 3 au 7 juin pour souffler ses bougies, non pas dans la nostalgie, mais dans le mouvement. Vingt-trois spectacles, vingt-deux chorégraphes, des ateliers, des films, des expositions, un bal, un jeu de piste et ce fameux 1 km de danse : la cité ducale se prépare à devenir, cinq jours durant, un grand plateau à ciel ouvert.

    Cette édition anniversaire relie les fils d’une histoire commencée en 1996 avec le Festival de la nouvelle danse. Trente ans plus tard, La Maison danse revendique toujours la même ambition : porter l’art chorégraphique au plus grand nombre, mêler les générations, ouvrir les scènes aux habitants, faire de la culture un bien commun plutôt qu’un privilège. La directrice Émilie Peluchon ne cache pas l’ambition du propos : le festival se dresse comme « une réponse à la brutalité du monde et au contexte politique de notre époque ». La danse comme résistance. Le corps comme argument.

    Une fête à hauteur d’habitants

    Symbole fort, Maguy Marin revient avec May B, pièce fondatrice déjà présente lors de la première édition. À ses côtés, les figures de ces trente années (Haleb, Ramalingom, Wampach, Hammoud, Carriau) passent le flambeau aux émergents : Aina Alegre, Soa Ratsifandrihana et Jonas Chéreau, nouvel artiste associé.

    Le festival ne se referme pas sur son histoire : il la met en jeu. Jeu de piste collectif dans les rues d’Uzès le samedi 6, exposition photographique en plein air sur trois décennies d’archives, mur de témoignages ouvert à toutes et tous, et un bal chorégraphié qui promet de faire tomber les frontières entre artistes et public. Et dimanche 7, le fameux « 1 km de danse » mêlera amateurs, scolaires et professionnels sur trois scènes simultanées. Gratuit, populaire et festif, comme 1996.

  • Marseille : danser pour lisser les différences à l’école primaire

    Marseille : danser pour lisser les différences à l’école primaire

    Au théâtre de la Sucrière, ce vendredi après-midi, les gradins se remplissent d’enfants. Dans les coulisses, l’excitation et le stress commencent à monter. Les jeunes danseurs de l’école de la Visitation s’apprêtent à donner leur première représentation publique, devant toute leur école. Parmi eux, cinq enfants atteints de handicap mental. Ce spectacle marque la fin d’un programme intense de six mois, porté par Nadège Béglé et Ombline d’Avezac de la fondation « Culture pour l’enfance ». « Notre mission est d’amener la culture dans les milieux prioritaires », explique Nadège Béglé, déléguée générale de la fondation, basée à Paris. « Pour la première édition de ce programme, nous voulions que les enfants de la classe Ulis et les élèves de CM2 travaillent ensemble autour de la pratique de la danse. Le travail corporel permet de lisser les différences. »

    Il est temps pour les minots de se lancer sur scène et le stress laisse vite place à l’énergie collective. Sur le plateau, trois danseurs de la Cie. Shonen, qui ont accompagné les élèves durant les six derniers mois, les guident sans trahir leur spontanéité.

    Un moment émouvant pour Cynthia, accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH). Elle suit au quotidien le jeune Adam, atteint d’autisme. « La danse a vraiment aidé Adam a s’épanouir. Voir son sourire aujourd’hui, c’est la plus belle des récompenses », lance-t-elle.

    L’art pour se libérer

    Pour les danseurs de la Cie. Shonen, qui travaille régulièrement avec des jeunes publics, cette représentation marque la fin d’un processus. « Trois fois par mois, on a dansé avec les enfants, forcément on a créé des liens forts », explique Pauline, danseuse professionnelle. « On a vu des enfants se déployer. » Jean-Marc Coppola, nouveau maire communiste des 15-16 et ancien adjoint à la culture de la mairie de Marseille se réjouit d’avoir accueilli ce spectacle. « Cet événement est dans la continuité du programme d’éducation artistique et culturelle que j’ai mené pendant six ans à la mairie. L’art donne aux enfants les premiers atouts pour être libre », explique l’édile. Un programme similaire, de théâtre, est en cours avec une classe de la Viste. Une représentation publique aura lieu le jeudi 4 juin au théâtre de la Criée à 18h30.

  • Un atelier artistique pour les patients de l’Établissement de Psychiatrie du Var

    Un atelier artistique pour les patients de l’Établissement de Psychiatrie du Var

    Depuis lundi, dans les jardins de l’Établissement de psychiatrie du Var, on peint, danse, crée, dans le cadre d’un atelier artistique proposé par Châteauvallon et la compagnie Artmacadam. Intitulé « Invente ton Nid », ce projet porté par l’Agence régionale de santé (ARS) et la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) invite des patients en psychiatrie, âgés pour la plupart de plus de 65 ans, à « concevoir leur nid, où ils peuvent rêver et s’envoler, ce qui a du sens en ces lieux », décrit Hélène Charles, coordinatrice artistique d’Artmacadam.

    Une restitution vendredi

    Les prémices de ces ateliers remontent à février : « On est venu dans leur lieu de vie pour les introduire au sujet. On a récolté beaucoup d’informations, on les a fait parler, danser… Il était important de les libérer », évoque Hélène Charles. Depuis lundi, les participants travaillent autour de réalisations évoquant le nid. « Ça peut être des nids de mots, de mouvement… On a utilisé trois médiums : la musique, la danse, les arts plastiques. En imaginant la sécurité, l’amour d’un nid à travers le mouvement du corps, en donnant des musiques, des sons qui les apaisent… C’est un projet polymorphe », décrit l’artiste.

    Pour Michelle, l’une des patientes, c’est une renaissance : « Quand je suis rentrée à l’hôpital, j’ai cru que ma vie était finie. Je me suis réveillée il y a une semaine. J’ai vécu cela tellement fort. Avec les personnes du groupe, on ne se parlait pas. Maintenant, on fait connaissance, c’est une merveille. » « On leur apporte du rêve, un rôle et ça leur donne confiance », s’émeut Hélène Charles.

    Une restitution ouverte au public, réalisée par les membres d’Artmacadam, aura lieu vendredi à 15h dans les jardins du centre hospitalier de Pierrefeu. « Ce sera une rencontre, pas un spectacle. Ça permet d’ouvrir le monde psychiatrique par le biais de l’art et de faire tomber les préjugés. Les patients nous ont fait plein de cadeaux, on va essayer de les restituer au mieux », appuie la coordinatrice artistique.

  • L’artiste qui défie la gravité honoré au Théâtre Liberté

    L’artiste qui défie la gravité honoré au Théâtre Liberté

    Avant de retracer la carrière de Damien Droin, Charles Berling a tenu à lire quelques phrases de la philosophe Simone Weil tirées de La pesanteur et la grâce, ce qui ne pouvait pas mieux tomber pour célébrer l’artiste voltigeur.

    « Tous les mouvements naturels de l’âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception », commence-t-il. Et de poursuivre : « Ça correspond tellement à ce que fait Damien, même dans un monde parfois bousculé par tellement de chaos et tellement d’horreurs. »

    Puis, il évoque son parcours, commencé à 5 ans avec ses deux parents dans l’école de cirque de son père. Sa mère est conteuse, apprend-on également. « Il a tout de suite été éveillé à comment faire de l’art, comment trouver la curiosité nécessaire à regarder le monde », précise le directeur du Théâtre Liberté.

    Né à Hyères, poussé par une soif de liberté, de conquête et d’aventure, il part à l’âge de 16 ans à Paris. Champion de France de trampoline, discipline dans laquelle il se sent très vitre trop à l’étroit, il découvre la danse, « ce que c’est que d’animer son corps avec de l’art, d’animer son corps avec des sentiments ».

    Célébré à l’international avec sa compagnie Hors Surface, c’est à Toulon qu’il est revenu faire rayonner son art. Il explique : « Depuis toujours, j’avance les yeux grands ouverts vers l’avenir, avec une étrange sensation d’être animé par deux forces : l’envie de partir et le besoin de revenir. Je viens de Toulon, une ville qui m’a vu grandir et que j’ai quitté pour me nourrir de musique, de danse, de théâtre. Et j’ai décidé d’y revenir pour implanter mon identité artistique, ma compagnie, ici. »

    Josée Massi lui a rappelé en souriant l’adage : « Qui perd Toulon perd la raison ! »