Tag: Culture

  • Sète met les voiles pendant une semaine

    Sète met les voiles pendant une semaine

    Vibrer au gré des marées et déambuler dans les allées garnies de trésors et spécialités de la mer : Escale à Sète est de retour ! Cette année encore, le festival met à l’honneur le patrimoine maritime français, européen et même mondial. Têtes d’affiche de cette édition 2026, le Belem, navire mythique de la flotte française, le Vera Cruz, caravelle portugaise et l’Étoile, figure de la marine française, sont exposés dans le port.

    Un retour des vieux gréements dans le centre de Sète qui ravit visiteurs et curieux venus nombreux ce 31 mars dès 8 heures pour assister à la parade sur le port. « C’est toujours quelque chose de voir ces bateaux voguer et être exposés dans le port de Sète », confie Gérard, 57 ans, comptable. Un avis partagé par Preeti, 39 ans, cadre administratif : « Je suis toujours aux anges quand je vois ces vieux navires. »

    L’Inde mis à l’honneur

    Autre star de cet Escale à Sète 2026, le Sudarshini, navire de la marine marchande indienne, est arrimé au port. Un invité peu commun et peu connu en France, qui intrigue et fait le bonheur de l’équipage. Ravikanth Nandoori, 40 ans, capitaine du Sudarshini, témoigne : « Pour nous c’est un événement un petit peu particulier parce que cela nous permet de montrer aussi la culture de la marine indienne. On est très contents de pouvoir participer à ce festival, on a fait presque 2 mois de voyage pour venir ici avec notre voilier, donc on compte bien profiter un maximum de la vue et de l’ambiance. » En attendant, Escale à Sète n’a pas fini d’émerveiller les curieux. La manifestation se prolonge jusqu’au lundi 6 avril, où elle se clora avec la parade finale et le départ des navires.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mac, Les couleurs pliées-dépliées de Simon Hantaï

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mac, Les couleurs pliées-dépliées de Simon Hantaï

    On peut s’émerveiller en face de son achèvement, simultanément ignorer que cette toile n’avait pas de châssis lorsque ses drapés furent énergiquement maltraités, froissés et pliés. Ses angles et ses bords extérieurs furent partiellement recouverts d’acrylique par la main quasiment aveugle de son peintre.

    Simon Hantaï ne pensait rien, ne voyait rien quand il amorçait cette toile délibérément aventureuse. Pour autant il ne s’abandonnait pas aux bonnes fortunes du hasard. Paul Cezanne, Matisse et Pollock étaient les figures dominantes du XXe siècle qu’il avait méditées. Il y avait chez lui une prescience, une forme d’instinct, une intensité qu’on pourrait comparer à une folie ou bien à une schizophrénie magnifiquement maîtrisées : un travail à ce point qualitatif requiert autre chose qu’un simple mode d’emploi. On imagine qu’il mobilise une farouche volonté d’ignorance et simultanément du « lâcher prise » et du détachement en face de l’imprévisible engendrement de ces espaces blancs. Une donne aléatoire laisse respirer les encoches, les flèches, les arrondis, les volumes et les étoilements des couleurs que le peintre avait choisies.

    Avant d’exprimer l’acuité et la précision de ses gradations, cette toile émergea lentement ; elle fut séchée et précautionneusement dépliée avant d’être retendue. On la date de 1973. Proposée par son galeriste Jean Fournier, elle fut immédiatement acquise, offerte en 1974 à la Ville par l’Association des Amis des musées de Marseille. Aujourd’hui on l’aperçoit à droite dans un bord de travée, en mi-parcours parmi les collections du Musée d’art contemporain.

    Sur le versant droit, les couleurs arborent des nuances un peu plus sombres que sur la gauche. Ces angles et ces lignes de faille prolifèrent jusque vers l’infini. Dans cette marée montante de signes, « allover » dans cette fluidité rien ne prévaut, rien ne déborde : chaque détail est finement restitué. Rien ne semble faire ployer l’absence de centre, la témérité de la composition, les polyvalences des découpes, la musicalité et les constellations. Pas de récit, point de traces du temps. Ces flexions de danse, ces gouffres et ces criblages n’ont pas de mémoire ; tout concourt pour livrer au regard d’improbables sensations, des flamboyances et des rebonds.

  • [Portrait] Guillaume Monsaingeon, avant toute chose de la musique et des images !

    [Portrait] Guillaume Monsaingeon, avant toute chose de la musique et des images !

    La cuisine, des cartes et des mappemondes, des photographies d’amateurs et des vignettes de caissons d’oranges, les arts du quotidien tiennent une grande place dans l’appartement marseillais des Monsaingeon, au dernier étage d’un immeuble de la Plaine. Pendant la Covid, il arrivait qu’au bout d’une corde et d’un panier, Édith et Guillaume transmettent à leur voisin le violoncelliste chercheur en neurosciences Daniele Schön, un agneau confit et une tarte de fruits, des mandarines et du cédrat délicatement choisis.

    Cet ami Schön qui pratique la musique de chambre en sa compagnie, raconte qu’avec des glissando plutôt romantiques, Guillaume adore jouer Haydn et Bach.

    Le Louvre et Rome

    Parmi ses meilleurs ouvrages – un livre-disque Ravel raconté aux enfants, une monographie à propos des Voyages de Vauban chez Parenthèses en 2007, un manuel de philosophie composé avec ses collègues Vladimir Biaggi et Marc Rossini – on placera très haut un recueil d’entretiens achevé en 2023 avec son cousin germain de 15 ans plus âgé, le violoniste Bruno Monsaingeon, réalisateur de films documentaires sur Dietrich FischerDieskau et Glenn Gould Filmer la musique est un tenace désir de clarification, ce sont les dialogues pendant 10 ans d’un conteur fabuleusement mémorieux avec un accoucheur de réponses infiniment précis.

    Ses nuits sont plus brèves que ses jours, cet éternel étudiant ne recherche pas la lumière et la célébrité.

    Prof de philo à Marseille

    Guillaume Monsaingeon affectionne les arborescences inattendues et les pas de côté. Il garde vif souvenir d’un enseignant de son lycée, Jean Gruber qui parlait avec autant de ferveur de son engagement au Sgen, de Racine et de Queneau. Disponible, moqueur et jamais arrogant, normalien en 1978, agrégé de philosophie en 1981, il aurait pu devenir un dirigeant de la Culture conforme à ses débuts. En 1987 Michel Laclotte lui demande de créer et de diriger l’Auditorium du Louvre, établissement prestigieux qu’il quitte subitement puisqu’on lui propose une aubaine que lui et sa femme Édith ne pouvaient pas refuser. Pendant six années qui « comptent double », ses enfants (Clarisse avait deux ans, Lucas et Léonard quatre et six) vont vivre en Italie : Guillaume Monsaingeon dirige le Centre Culturel de Rome.

    Dans sa carrière en dents de scie, un curieux fiasco (après Rome, il fut embauché et vite remercié en Haut Var par la Fondation des Treilles) décida la bonne fortune d’un virage à 180 degrés. Monsaingeon opte pour l’horizontalité, un emploi du temps sans intrigues ni rapports de force accaparants : il devient jusqu’à sa retraite en 2022 au lycée Jean Perrin enseignant de philosophie en classes préparatoires. L’un des animateurs des Philosophes publics, Marc Rosmini aime souligner que ses interventions en compagnie de Vladimir Biaggi et Ronald Bonan lors de sessions de formation furent déterminantes pour l’apparition en Bouches-du-Rhône d’une vague montante d’enseignants inspirés par un goût profond pour la démocratie.

    Ce post-moderne qui connaît admirablement Proust et Perec, Calvino, Pasolini et Fellini fait aussi du classicisme, privilégie la discrétion et les joies de sa famille. Une brisure l’aura alerté, une enfance à Porquerolles bientôt suivie du décès de son père : sa condition de départ fut celle d’un orphelin vivant au milieu d’une nichée de sept frères et sœurs dont il est le benjamin.

    À la fois simple et complexe, Monsaingeon ne cultive pas la nostalgie et les passions tristes. Priment à ses yeux la fraîcheur de l’invention et le travail collectif. Sa conviction c’est que « si l’on veut être personnel, il faut se frotter aux autres… Le risque de devenir grégaire est faible, la probabilité de découvrir des manières de faire, des idées inconnues, est beaucoup plus élevée ». La province n’est plus un désert culturel, des expériences de première importance peuvent surgir quand on propose aux bons endroits des projets convaincants. Guillaume Monsaingeon fut en solo ou bien avec de proches amis le commissaire en région de fortes expositions : entre autres, à Mont-Dauphin, Vauban architecte de la raison, 2007, avec Nicolas Faucherre, à Toulon en 2015, Villisima, Des artistes et des villes, au Mucem en 2019, Le temps de l’île, avec Jean-Marc Besse, au Frac en 2020 Des marches, démarches. À quoi s’ajoutent grâce à la clairvoyance des éditions Parenthèses les anthologies de textes et d’images cartographiques, les merveilleux formats à l’italienne du collectif Stevenson.

  • Un festival du Nouvel an kurde à Marseille pour « la paix et la solidarité »

    Un festival du Nouvel an kurde à Marseille pour « la paix et la solidarité »

    L’ambiance est festive dans la salle du conseil de la mairie des 2e et 3earrondissements. Une centaine de personnes est rassemblée, ce jeudi 26 mars, pour fêter le Nouvel an kurde, appelé le Newroz. Cette soirée inaugurait la quatrième édition du Newroz Marseille, organisée par le collectif Solidarité Kurdistan 13 et l’association Solidarité Liberté Provence.

    « Nous pensons à nos sœurs et nos frères kurdes, à celles et ceux qui se battent sous les balles », amorce Anthony Krehmeier, maire réélu du 2e et 3earrondissements, en remerciant les participants pour leur présence. « Ici, nous les mettons à l’honneur », poursuit-il.

    Inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2009, cette fête ancestrale de la culture kurde, signifie le jour nouveau et célèbre l’équinoxe du printemps le 21 mars. Annick Samouelian, présidente de Solidarité Liberté Provence, rappelle que le Newroz est un « symbole identitaire, d’unité, de diversité », et également « l’emblème de la résistance ». Sous les applaudissements chaleureux, elle lance les festivités : « Que ce Newroz soit synonyme de paix et de solidarité. »

    Moment convivial et festif

    Vêtues de robes aux broderies pailletées et colorées et de ceintures dorées à la taille, un groupe de jeunes filles dansent le Govend, une danse traditionnelle kurde. Aux retentissements des grelots attachés aux robes se mêlent les claquements de mains des participants, enthousiastes. Deux musiciens ont offert au public une performance de daf, un instrument de percussion, typique de la culture kurde. « À l’origine, c’est un instrument religieux joué exclusivement par les femmes pour saluer le lever du soleil », explique Deriz, un des percussionnistes.

    Les murs de la salle exposent les planches d’un manuscrit exceptionnel. Publié en 2016, cet ouvrage a été entièrement illustré et édité à la main depuis la prison de femmes de Mardin, en Turquie. Accompagnés de leurs traductions, ces récits poignants témoignent du quotidien des détenues, dénonçant leurs conditions de vie et les violations répétées de leurs droits. L’exposition est à découvrir jusqu’au mercredi 1er avril.

    Le festival organise d’autres événements et soirées. Une projection du film Lire Lolita à Téhéran, sorti en 2024, adapté du livre éponyme de l’écrivaine iranienne Azar Nafisi, est organisée le vendredi 3 avril, à 19h30 au cinéma Le Gyptis (3e). Une rencontre suivie d’un échange sur l’ouvrage. « Nous vous écrivons depuis la révolution – Récits de femmes internationalistes du Rojava », publié aux éditions Syllepse en 2021, se déroulera aux Rotatives de La Marseillaise (1er), le samedi 4 avril à partir de 17h. En présence de Sarah Marcha, Marie, Mireille Court, coautrices du livre et de Yasmina Touaibia, docteure en science politique. Un moment convivial avec un buffet clôturera le festival.

  • [Opéra] Émotions pour un grand dialogue lyrique

    [Opéra] Émotions pour un grand dialogue lyrique

    La première, mercredi soir, à l’Opéra de Marseille, de la nouvelle production de Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc emporte l’adhésion. Louis Désiré joue l’épure pour se concentrer sur la direction d’acteurs. Le décor est effacé au profit d’un espace neutre. Les costumes accentuent l’aspect intemporel du texte de Bernanos. Désiré place le drame dans un univers en noir et blanc, accentué de lumières rasantes. On pense au peintre Philippe de Champaigne.

    La distribution est homogène. Hélène Carpentier (Blanche) fait ressortir sa force de caractère, avec un très beau soprano. On oubliera difficilement l’agonie de la prieure, moment saisissant de théâtre et de musique où le puissant mezzo de Lucie Roche prend aux tripes. On retient Mère Marie de Eugénie Joneau, tourmentée par son vœu du martyre inaccompli, ni les voix d’Angélique Boudeville, Madame Lidoine tout en bienveillance ou Ana Escudero qui offre sa jolie voix à son personnage de Sœur Constance, oasis de joie de vivre dans ce monde mortifère. Laurence Janot (Mère Jeanne) et Esma Mehdaoui (Sœur Mathilde) ainsi que les voix féminines du Chœur de l’opéra soutiennent avec luxe cette distribution heureusement choisie. Léo Vermot-Desroches chante avec un ténor clair et distingué le jeune Marquis de la Force et le père noble a la silhouette et le talent de Marc Barrard. La direction musicale Debora Waldman mène l’Orchestre de Marseille, toujours impeccable avec des tempi ralentis qui laisse respirer le texte. Le message délivré par les voix souvent dans le medium et le grave avec quelques fulgurances dans l’aigu doit passer une masse orchestrale imposante. La cheffe sait parfaitement jouer de ce délicat équilibre.

    Dialogues des Carmélites est une œuvre exigeante mais toujours passionnante. Sans doute l’une des plus importantes de notre répertoire national.

  • [Cinéma] L’itinéraire de Shoaib et Chandan dans l’Inde contemporaine

    [Cinéma] L’itinéraire de Shoaib et Chandan dans l’Inde contemporaine

    Pour son deuxième film, Ghaywan signe un drame en hindi sur l’amitié quasi fraternelle de deux jeunes originaires d’un village du nord de l’Inde. Un pays dirigé par le nationaliste hindou Narendra Modi depuis 2014, qui a façonné la démocratie ethnique. Car si, dans l’Inde contemporaine, le système de caste est aboli, les divisions perdurent. Jouant sur la différence entre légitimité et légalité, l’État autorise les violences et humiliations quotidiennes sur les citoyens de seconde classe.

    Au-delà des clichés

    Shoaib est musulman et Chandan est un dalit (appelé autrefois intouchable). Ils rêvent tous deux d’intégrer la police car dira l’un : « Avec l’uniforme, on ne regarde pas tes origines sociales. » Passer le concours est une sacrée bataille : 2,5 millions de candidats pour 3 500 postes. Comme tous les jeunes sans emploi ou cumulant petits boulots, une lutte âpre les attend : se rendre au centre d’examen (quais bondés, trains surchargés), attendre les résultats du concours (serveur vocal saturé, évaluations suspendues), sans parler du report du recrutement à une date indéfinie. Chandan est reçu, Shoaib est recalé. Une fracture se déclare entre eux. Chandan essuie les remarques désobligeantes du prétendu privilège des dalits grâce au système de quotas. Shoaib dans une rage contenue, démissionne de son poste de commercial suite aux propos racistes et hilares de sa hiérarchie. S’en prenant au passage à l’un d’eux, complice par son silence : « Des gens instruits comme toi n’osent rien dire. » Une des scènes les plus abouties du film.

    Ayant grandi dans une famille dalit, le cinéaste explore la difficulté de trouver sa place dans l’ordre social. Lui-même a longtemps éprouvé le syndrome de l’imposteur après le succès international de son premier film Masaan (prix Fipresci à Cannes en 2015). Dix ans plus tard, il dit avoir effectué un travail cathartique, avec Une jeunesse indienne.

    Homebound (confiné à domicile) est le titre international du film. La seconde partie aborde le calvaire de travailleurs indiens jetés sur les routes pendant l’épidémie de Covid. Ghaywan explique s’être inspiré d’une photo d’article paru dans le New York Times en 2020 montrant un homme effondré, assis en bordure d’autoroute tenant dans ses bras son ami frappé d’insolation. Partis loin de chez eux, dans la cité industrielle de Surat, Chandan et Shoaib travaillent dans une usine de textile en attendant de trouver mieux. Un espoir contrarié par sa fermeture administrative et le confinement où les lits se partagent entre équipes de jour et équipes de nuit.

    Subsistance

    Comment aider leur famille, comment payer les mensualités d’un prêt, comment finir la construction de la maison familiale ? Le film nous plonge dans une réalité oubliée : le sort de millions d’ouvriers migrants désemparés, privés de salaires, ne pouvant pas rentrer chez eux suite à un confinement brutal.

    Le cinéaste dit avoir « voulu explorer les luttes silencieuses de personnes invisibilisées et trop souvent réduites à des statistiques ». C’est bien l’intérêt du film. La colère est intérieure, la honte dévastatrice, le sectarisme est banalisé, le harcèlement légitimé. Mais le scénario peine à sortir d’une lecture excessivement émotive et des dialogues trop explicatifs. Et si la jeune génération se heurte à des murs, leurs familles démunies financièrement restent humainement riches. Une fin douce-amère en guise de fin heureuse.

    Une jeunesse indienne, de Neeraj Ghaywan, Inde, 2h, sortie le 25 mars.

  • L’Opéra d’Avignon invite au marathon de la danse

    L’Opéra d’Avignon invite au marathon de la danse

    « À l’époque, des couples dansaient pendant plusieurs jours jusqu’à l’épuisement dans un esprit d’endurance et de compétition spectaculaire », rappelle le Grand Avignon. Cet événement aura lieu le samedi 11 avril (14h-17h), sur le parvis de l’Opéra, place de l’Horloge. Il est ouvert à tous les danseurs amateurs * en duo (à partir de 16 ans), sur inscription jusqu’au 8 avril.
    « Les participants devront danser pendant 200 minutes, entrecoupées de deux pauses de 10 minutes, au rythme des musiques proposées pendant l’événement, avec des temps de chorégraphie imposée évalués par un jury de professionnels », précise l’Opéra.

    Infos : operagrandavignon.fr/le-marathon-de-la-danse

  • [Cinéma] Une histoire nigériane sous haute tension

    [Cinéma] Une histoire nigériane sous haute tension

    Un père et ses fils traversent Lagos le jour de l’élection présidentielle, brutalement annulée par l’armée. Dans cette métropole grouillante aux tensions palpables, des liens se créent entre la figure paternelle souvent absente (Fola) et les garçons de 8 et 11 ans restés au village (Aki et Remi).

    Cela commence comme une lettre d’amour d’un fils à son père. Un film d’emblée poétique qui mêle plusieurs temporalités. Tandis que les enfants se chamaillent sur le perron d’une maison, s’insèrent des plans rapprochés d’images aussi disparates qu’incongrues (une gouttière rouillée, des oiseaux dans le ciel, des végétaux malmenés par le vent…). Un assemblage subtil qui illustre la mécanique de la mémoire, qui nous désarçonne et nous séduit.

    Mon père ce héros

    S’ensuit une sorte de road-movie : Fola part à Lagos chercher la paye qu’on lui doit depuis des mois. Aki et Remi l’accompagnent. Intimidés par ce père fantasmé, on découvre à travers leur regard étonné, un homme affectueux, animé d’un vrai sens des responsabilités. Une scène en bord de mer capte la beauté solaire et fragile d’un échange entre le père et l’aîné. Une discussion qui aidera la fratrie à mieux grandir. Le jeu naturel des deux frères à l’écran comme dans la vie est impressionnant. Et le comédien britannique d’ascendance nigériane Sope Dirisu est irrésistible en père tendu, nerveux, vulnérable et doux qui souffre de saignements de nez inexpliqués et espère travail et justice sociale.

    Des liens complices se tissent tandis que les enfants, tout en silence, observent les amis du père qu’ils surnomment Kapo. Aurait-il échappé miraculeusement à la rafle sanglante de Bonny Camp ? On ne le saura pas. Usé par le chômage et les emplois à court terme, Fola croit au changement et attend la victoire écrasante de l’homme d’affaires Abiola. Mais la menace militaire, postée à chaque coin de rue est omniprésente. Des camions sillonnent la ville, des soldats à l’arrière au regard frontal. Un homme vilipende les passants de propos pentecôtistes. L’annulation du scrutin entraînera la colère populaire.

    Premier film nigérian à être sélectionné à Cannes, voir une œuvre tournée au Nigeria est plutôt inédit et mérite d’être vu. Le cinéaste quadragénaire opte pour des allers-retours entre mémoire fantasmée, images d’archives et extraits télévisés, inscrivant son histoire intime dans une histoire plus large du pays. Tournées en 16mm, la texture, les transitions de lumière et les variations de couleurs enrichissent les nuances émotionnelles des personnages et des situations. Tout comme la bande sonore de Duval et CJ Mirra qui agit comme caisse de résonance tout évitant les musiques afro habituelles.

    Sortie le 25 mars (1h33).

  • [Théâtre] Satire judiciaire entre violence et humour à Toulon

    [Théâtre] Satire judiciaire entre violence et humour à Toulon

    Après La vie est une fête, qui immergeait le public dans un service d’urgences psychiatriques, la compagnie Les chiens de Navarre s’attaque cette fois à la machine judiciaire avec I will survive. Des magistrats aux victimes, en passant par les accusés, avocats et autres témoins, une création qui exprime tout son caractère satirique du vendredi 27 mars au mercredi 1er avril au Théâtre Liberté.

    Sa trame s’enlace autour de deux procès qui se croisent et font grand bruit : d’un côté, celui d’une femme qui a tué son mari après avoir été victime, des décennies durant, d’agressions physiques et sexuelles de sa part ; de l’autre, celui d’un chroniqueur radio qui s’est fait remarquer par une blague fort douteuse sur les violences faites aux femmes.

    Le rire pour pas dépérir

    Dans I will survive, scènes de la vie quotidienne et judiciaire s’enchaînent comme le flot d’horreurs inondant nos écrans. Les deux affaires judiciaires, indirectement liées, « enflamment tout un pays. Ce qui est légal est-il toujours juste ? », s’interroge dans sa note d’intention son metteur en scène Jean-Christophe Meurisse, servi par sept interprètes qui nous embarquent alternativement dans la descente aux enfers d’un humoriste et le calvaire d’une femme victime des pires atrocités.

    Un spectacle où le rire permet de flotter au milieu du pire. Comme le chantait Gloria Gaynor, I will survive.

    Entre 5 et 30 euros

  • Le Cirque du Soleil éblouit pour la première fois Marseille

    Le Cirque du Soleil éblouit pour la première fois Marseille

    Les acrobates, dans leur rôle de « criquets », s’entraînent, virevoltent et enchaînent saltos et pirouettes, tous plus impressionnants les uns que les autres. Les techniciens font des allers-retours de toute part : « C’est une vraie fourmilière », plaisante Janie Mallet, attachée de presse de la troupe. OVO signifie « œuf » en portugais. « Le spectacle a été créé en 2009 par la Brésilienne Débora Colker, fascinée par les insectes », explique Janie Mallet. Une grande diversité d’insectes est donc représentée dans le spectacle : « Des scarabées, des libellules, des papillons de nuit… ».

    Les déguisements sont réalisés par une équipe de cinq couturières à temps plein, qui finalisent les derniers costumes à quelques heures de la première représentation à Marseille, ce mercredi. « Dans ce spectacle, on peut y voir toutes les métaphores. Il s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. » OVO est une ode à la biodiversité, mais aussi au Brésil, avec ses sept musiciens qui jouent en direct une grande diversité d’instruments, allant des percussions à la guitare.

    Une troupe d’athlètes professionnels

    « On compte 25 nationalités différentes dans toute la troupe : des Mexicains, Ukrainiens, Bulgares, Canadiens ou encore des Français », détaille Janie Mallet avec enthousiasme. Svetlana Delouss, danseuse et gymnaste professionnelle, incarne l’araignée rouge, un personnage qui apparaît à plusieurs reprises dans le spectacle. « C’est toute une vie de préparation pour en arriver là, réaliser son rêve de se produire devant autant de monde et avec le Cirque du Soleil », confie l’artiste. Elle évoque aussi son moment préféré : « Je grimpe la tête en bas pendant que les autres sautent d’un mur de plusieurs mètres de haut, de chaque côté. »

    « La troupe compte 100 personnes, dont 53 artistes et 7 musiciens, poursuit Janie Mallet. Nous transportons absolument tout, des loges à la scène. 21 semi-remorques ont été vidés et le spectacle a été monté en un jour seulement. » Après un rapide changement de décor, des fleurs de cinq mètres de haut sont dressées et la scène de voltige se met en place. Des clowns aux acrobates, toutes les disciplines circassiennes sont représentées. Kylian Mongey, gymnaste spécialisé dans le tumbling (discipline acrobatique), joue le rôle d’un criquet. Repéré par le Cirque du Soleil alors qu’il était dans l’équipe de France de tumbling, il confie avoir, lui aussi, réalisé son rêve d’enfance : « À mes 10 ans, j’ai vu “Alegría” du Cirque du Soleil et j’ai été émerveillé par le tumbling. Dix ans de travail plus tard, je rejoins la troupe d’OVO. »

    Tout juste arrivée de Madrid ce lundi, la troupe itinérante mettra le cap sur Rome, dimanche, directement après sa dernière représentation.

    Jusqu’à dimanche au Palais des sports. Tarifs : à partir de 34 euros. Détails sur cirquedusoleil.com