Tag: Culture

  • Opéra de Marseille : un beau plateau pour un barbier

    Opéra de Marseille : un beau plateau pour un barbier

    Retrouvé sur la scène de l’Opéra de Marseille, la production Opéra du Rhin/Opéra de Rouen Le Barbier de Séville 2025 est le parfait spectacle de fêtes de fin d’année, vif, coloré, enlevé par des chanteurs/comédiens qui manifestement prennent plaisir à ce qu’ils jouent et chantent.

    Dans un décor simple mais réussi et évocateur, les protagonistes sont en mouvements, portes et persiennes claquent avec allégresse, lumières et costumes participent à la fête. Tous jouent leurs doubles ou triples jeux et servent à merveille cette comédie du Signor Rossini. Les voix -connues comme celle de Marc Barrard, ou en découverte sur notre scène comme Éléonore Pancrazi, Santiago Ballerini et tous les autres interprètes – sont bien placées, bien utilisées, avec des dictions irréprochables et des timbres plus qu’agréables. Mention spéciale à Andrea Soare dans un rôle de duègne omniprésente, quasi muet (sauf pour un air qui a particulièrement conquis le public) mais des plus éloquents. Pour l’Orchestre, il faut convenir que la direction d’Alessandro Cadario n’est pas des plus convaincantes et on l’oublie un peu derrière l’enthousiasme qui règne sur la scène.

    S’il reste des places pour les quelques représentations à venir, n’hésitez pas à laisser tomber votre plat à barbe pour aller profiter de ce très réussi Barbiere di Siviglia.

    « Le Barbier de Séville », Opéra de Marseille, les 31 /12 et 2/1 à 20h, le 4/1 à 14h30.

    Renseignements et réservations
    au 04.91.55.11.10.

  • Nasser Al Aswadi façonne la tolérance à la Vieille Charité

    Nasser Al Aswadi façonne la tolérance à la Vieille Charité

    Dans les travées de la Vieille Charité, l’ombre de Nasser Al Aswadi rôde et se confond parfois à celle de pièces qu’il a façonnées. Dansant avec les cimaises et parée de ses dentelles en inox, l’une d’elles est baptisée Tolérance. « Un mot prononcé par beaucoup de monde mais qu’on ne voit pas forcément en actes », estime cet artiste franco-yéménite vivant à Marseille depuis une quinzaine d’années devant cette sculpture qui dessine et déforme à l’infini ses lettres issues de l’alphabet sudarabique. « Une fois à Marseille, je me suis tout de suite senti chez moi », se remémore-t-il avec une discrétion toute fière. Logique car Nasser Al Aswadi s’inscrit aussi dans les échanges migratoires, culturels et socio-économiques entre le Yémen et Marseille, liens historiques pluriséculaires retracés au cours de l’exposition Aden-Marseille, d’un port à l’autre, à l’œuvre jusqu’au 29 mars.

    L’oiseau messager

    « Quand je travaille, je ne respecte pas vraiment les codes de la calligraphie. Moi, ce qui m’intéresse, c’est le sens des mots », souligne ce peintre et sculpteur devant une huile sur toile circulaire de 2m40 de diamètre intitulée Respect, triturant ce mot à coups de pinceaux pour le rendre « illisible même pour les arabisants. Il faut que ça soit international ». Autant de termes qui font écho aux guerres aux quatre coins du globe, y compris celle qui s’abat depuis 2014 dans son pays natal. « Chaque fois que j’appelle ma famille pour prendre des nouvelles, on me dit tout le temps : ne t’inquiète pas, Dieu veille sur nous », rappelle-t-il devant le triptyque peint Lion – Bouquetin – Allah. Si beaucoup de dirigeants agitent la paix comme un mot-bélier, Nasser Al Aswadi la sculpte quant à lui avec sa pratique, illustre encore sa Série de huppes, Houdoud 1 et 2, oiseau apparaissant « dans le récit coranique, messagère sage et éloquente entre le roi Salomon et la reine de Saba ».

  • Faute de financements, le festival Cin’Edison de Lorgues est menacé

    Faute de financements, le festival Cin’Edison de Lorgues est menacé

    C’est devenu un rituel de début de printemps pour plus de 2 000 élèves de Lorgues et de la Dracénie, des écoles primaires, de l’IME de Salernes, du Contrat local d’accompagnement à la scolarité (Clas), du collège, du lycée et aux étudiants de BTS du bassin. Depuis dix ans, au mois de mars, le festival Cin’Edison, porté par la mairie et le Ciné’Bleu de Lorgues, ainsi que par la cité scolaire Thomas-Edison, leur permet de découvrir le cinéma et ses métiers sous de nombreux aspects : ateliers pédagogiques, rencontres avec des réalisateurs, techniciens, monteurs, scénaristes et distributeurs, et surtout, projections de dix films récents ou en avant-premières suivies de moments d’échanges avec les équipes du film, afin de mieux appréhender l’œuvre, sa genèse, sa réalisation et de développer l’esprit critique.

    L’événement vise par ailleurs à sortir des sentiers battus en initiant les jeunes au cinéma d’art et d’essai, et à mettre en pratique leurs apprentissages à travers les concours d’affiches, de bandes-annonces et de courts-métrages. Ces derniers sont réalisés de décembre à février et présentés lors d’une soirée dédiée, en mars, à la fin de la semaine de festival, au cours de laquelle le public, entièrement constitué d’élèves, vote pour son film préféré. C’est aussi l’occasion pour eux de prendre part aux débats avec des adultes en faisant partie du jury qui décernera un prix. Enfin, une masterclass, encadrée par le LAV (Lorgues Animation Vidéo), réalise des interviews et propose des courts reportages des moments forts du Festival, pour une couverture complète et une découverte du milieu médiatique.

    Mais la 11e édition, qui doit se tenir du 20 au 27 mars, pourrait ne jamais avoir lieu. La faute à un manque de financements, dans le contexte de la baisse généralisée des subventions à la culture, matérialisé par la suspension, puis la réattribution tardive du Pass Culture en 2025, une baisse de 50% du budget du festival, et des incertitudes majeures sur les financements EAC (Éducation Artistique et Culturelle) pour l’année 2026.

    Un financement participatif en cours

    Pour y remédier, l’équipe d’organisation lance un appel au financement participatif, via « Trousse à Projets », plateforme officielle de l’Éducation nationale. Le principe est simple : un don de 5 euros = une place de cinéma offerte à un élève. L’objectif est de récolter a minima 8 000 euros d’ici le 9 janvier pour pouvoir assurer la survie de l’événement. « Cin’Edison est bien plus qu’un festival : c’est souvent la première rencontre des élèves avec le cinéma. Un moment de découverte, d’expression et de partage. Nous avons besoin de la mobilisation de tous pour que cette aventure continue d’exister », conclut l’organisation.

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  • Charles Berling : « La scène nationale doit rester un service public »

    Charles Berling : « La scène nationale doit rester un service public »

    La Marseillaise : Après 15 années passées à Châteauvallon, vous avez décidé de prendre votre retraite. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

    Charles Berling : Je pense que 15 ans c’est bien. Cela fait très plaisir d’avoir construit quelque chose, mais il est temps de passer la main. C’était en même temps une grande joie et une charge, avec plein de devoirs. Je n’étais pas directeur avant, je ne le serai pas après. Je veux continuer ma carrière artistique, ce qui était le deal au départ, même s’il a parfois fallu faire des choix. Je retourne à ma liberté, car quand on dirige une scène nationale, on a une responsabilité publique et sociale très forte. Quand on est artiste aussi, mais ce n’est pas la même chose. Je ne suis pas pour la direction à vie. Je crois qu’en démocratie, il faut que le pouvoir tourne.

    Quel bilan tirez-vous de votre gouvernance ?

    C.B. : On a commencé en 2010, on a créé le théâtre Liberté. On est devenu scène nationale en 2015, sous la direction de Christian Tamet. Je suis très heureux et fier, d’avoir noué une relation de confiance avec un large public. D’avoir participé à une sorte d’émancipation de la métropole toulonnaise, qui l’a vue sortir de son enclave entre Marseille et Nice depuis les années 2000. Et je suis très heureux d’avoir bâti, avec la soixantaine de personnes qui composent l’équipe, une hiérarchie plus horizontale qu’habituellement. Cette équipe est autonome, responsable, passionnée. Je suis également très heureux d’avoir été vers tous les publics, dans les quartiers, d’avoir rempli ce qu’est la signature d’un service public. On a aussi lancé le festival LGBT+ « In&Out », qui a ramené la gay pride à Toulon. J’ai connu Toulon il y a longtemps. C’était un désert culturel, on allait à Marseille, Avignon… Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

    Si vous ne deviez conserver qu’un souvenir, lequel serait-ce ?

    C.B. : Ce serait dommage de n’en garder qu’un, mais je dirais l’inauguration du théâtre Liberté, avec Fanny Ardant, le ministère de la Culture, Falco… Fanny m’avait dit : « La première chose que tous ces officiels vont faire, c’est regarder du théâtre et écouter Marguerite Duras. » Ça me restera, c’était une très belle inauguration, un très beau souvenir. Mais on en a tellement, un magnifique festival d’été, les 60 ans de Châteauvallon, avec le film réalisé par des enfants. Pour moi, la jeunesse d’aujourd’hui doit imaginer les 60 ans à venir de Châteauvallon-Liberté. Ça m’a bouleversé, et je crois que c’est ce qu’il faut que nous fassions plus dans la société : croire en les enfants.

    Comment voyez-vous en l’avenir pour Châteauvallon ?

    C.B. : Dans des lieux où on fait du spectacle vivant, on peut faire du business. Mais la première chose, c’est qu’il faut qu’une scène nationale reste un service public, vecteur de lien social. Elle ne doit pas rentrer dans la violence du mercantilisme et du business. Avoir fait de la culture un service public, c’est l’exception culturelle française. À l’heure des réseaux sociaux, il est fondamental que nos lieux fassent la différence, car ce n’est pas du virtuel. Je veux que Châteauvallon-Liberté continue de se développer dans cette relation magnifique entre ville et campagne, mais au sein d’un service public. Il ne faut pas vendre son âme, il ne faut pas vendre Châteauvallon. Et aussi la Cité des sciences et de la Nature. On a besoin de marier les arts, les sciences et le soin de la nature. Châteauvallon doit rester au cœur de cette ambition, et que des jeunes s’en emparent pour continuer de défendre ce supplément d’âme, non pas comme un business mais comme un bien commun.

    L’avenir de la culture est menacé, avec des financements en chute libre et un mouvement réactionnaire qui vise à le défaire. Êtes-vous inquiet ?

    C.B. : Oui, car quelque chose de très irrationnel se produit. Des gens votent pour des politiques qui les arnaquent totalement. C’est un rapport au totalitarisme qui est délirant pour moi. Je ne comprends pas comment les Américains pauvres peuvent faire confiance à Trump, alors qu’ils sont en train de se faire voler comme le dit Robert de Niro. C’est pareil en France avec le RN, qui prétend s’appuyer sur le populaire, le social, mais qui est soutenu par des Bolloré, des Stérin, qui manipulent avec de l’information abominable. C’est comme un torrent de boue qui nous arrive dans la gueule (sic) et on a nos petits canoës pour essayer de remonter le courant. Mais en même temps, quand on mène des événements participatifs, et qu’on voit cette population française très diversifiée qui a la volonté de raconter la nation ensemble, ça donne du baume au cœur. Certaines chaînes TV font de la désinformation à dessein, ou en tout cas appuient sur les mêmes boutons à des fins électorales. La population est beaucoup plus unifiée et forte qu’on le dit. Mais il y a à nouveau un affrontement direct entre des forces réactionnaires, fascistes, et des forces progressistes. Il faut se battre de façon positive en essayant de bâtir ensemble.

    Quels sont vos projets pour les années à venir ?

    C.B. : Je suis Varois, Toulonnais, je vais continuer à l’être. Je vais continuer de traîner par là dans les deux ans qui viennent, y compris au théâtre, puisqu’on a produit des spectacles qui tournent beaucoup. Après, je vais pouvoir tourner un peu plus au cinéma et à la télé mais je vais travailler et rester dans la région tant que je le pourrai. Ce n’est pas une rupture, même si je laisse la place à d’autres pour la direction, en espérant que ce sera quelqu’un qui continuera à respecter le passé de l’institution, pas un Bolloré (rires).

  • Coup de jeune pour la Mosquée Missiri

    Coup de jeune pour la Mosquée Missiri

    Elle détonne dans une commune aux mains du RN depuis 2014. Construite par les tirailleurs sénégalais – dans le but de vaincre le mal du pays – entre 1928 et 1930 au camp militaire de Caïs, qui accueillait des troupes coloniales africaines, en périphérie de Fréjus, la Mosquée Missiri est une réplique de la Grande Mosquée de Djenné, au Mali. Elle est l’une des premières construites sur le sol français par les soldats africains venus libérer la France des nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, demeurant non seulement un témoignage de la participation décisive de ces derniers, mais aussi une preuve de fraternité entre les peuples et du respect de la pratique de la foi. « La Missiri n’était pas à proprement parler un lieu de prière, mais un lieu de vie, pensé pour accompagner ces soldats dans une période de transition. C’est un lieu singulier, à la croisée des cultures et des mémoires. Sa valeur tient autant à son architecture qu’au récit humain qu’elle porte », souligne ainsi Pierre Excoffon, directeur de l’archéologie et du patrimoine de la ville.

    Classée monument historique en 1987

    Basé sur un niveau, de plan carré, l’édifice de 22 000 m² est recouvert d’ocre rouge. Les tours d’angle sont ornées de pointes en béton armé – pour résister au climat européen –, rappels des poutres en bois renforçant la construction, en terre, du modèle africain. Le toit est garni d’une terrasse, et l’intérieur de peintures murales inachevées.

    Inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1987, elle a été cédée par le ministère de la Défense à la ville de Fréjus en 2019. Elle connaît actuellement une cure de jouvence, alors qu’elle était fermée au public depuis 2020. Une première phase de travaux a débuté en novembre. Elle porte sur la stabilisation de l’édifice : reprise des fondations, restauration des façades, traitement du plancher haut et gestion des eaux pluviales. Aux abords, les premières interventions concernent les cases, totems, termitières et le square sacré. Une seconde phase, prévue fin 2026, portera sur la restitution des décors et l’aménagement des abords en vue d’une ouverture au public en 2027. L’ensemble comprendra aussi un parcours paysager et des dispositifs didactiques. Au total, les travaux auront coûté 1,8 million d’euros, financés par la Ville, la Région et le ministère de la Culture.

  • Une riche année culturelle en vue dans le département du Var

    Une riche année culturelle en vue dans le département du Var

    Avec 400 000 visiteurs sur les événements proposés dans les lieux culturels départementaux et les actions menées en régie en 2025, le bilan est positif pour le département du Var en matière d’action culturelle. Doté d’un budget de 11 millions d’euros, il aura – et c’est une bonne nouvelle au vu des sommes dédiées à la culture en France – les moyens de ses ambitions.

    Présentées jeudi dernier, elles se déclinent en sept axes. Le premier, « s’émerveiller », est consacré au spectacle vivant, avec, entre autres, la tournée Var Opéra et la scène ouverte départementale. Le deuxième, « s’ancrer », invite à (re)découvrir le patrimoine, à travers l’Écomusée départemental des 4 frères, notamment, qui proposera deux expositions, « Cuisine provençale » et « Pierre sèche », sur les bâtisseurs provençaux. Dans cette lignée, « Découvrir » nous replonge dans la mémoire de notre civilisation, avec des conférences et expositions proposées aux archives départementales.

    La quatrième thématique, « respirer », se matérialise à travers les nombreux événements organisés en des lieux extérieurs, dont l’Ecoferme de la Barre et la Maison de la Nature du Plan. Vous pourrez aussi « admirer » les œuvres d’arts plastiques présentes à l’Abbaye de la Celle et dans le Musée virtuel du Var, nouvel outil virtuel permettant d’accéder à l’ensemble de la collection départementale.

    Enfin, les deux dernières, « imaginer » et « apprendre », invitent à la lecture, avec la traditionnelle Fête du Livre, à la formation artistique à travers le Schéma départemental d’enseignement artistique (SDEA), et à l’inclusion des personnes en situation de handicap, à travers le Mois des Possibles.

  • [Autobiographie] Il y a ceux qui font les films et ceux qui les rendent possibles

    [Autobiographie] Il y a ceux qui font les films et ceux qui les rendent possibles

    Qui dit cinéma, dit acteur principal, réalisateur, et public. Pourtant, ces trois inséparables n’existeraient pas si un homme n’avait pas assuré le financement d’un film. Robert Evans fait partie de ces hommes, et sans lui vous n’auriez jamais pu voir Le Parrain, ou Chinatown. Si vous voulez connaître l’homme derrière le producteur, et voir à quel point ils se superposent, alors lisez son autobiographie, traduite par Marianne Véron, préfacée par Fabrice Gaignault et Peter Bart. En la lisant, vous découvrirez que Evans n’a pas seulement lu des scénarios et tiré des billets verts de sa bourse, mais qu’il a aussi été un maître dans l’art de se raconter, de faire revivre des souvenirs personnels, de nous régaler d’anecdotes.

    Il voulait nous surprendre avec de l’inattendu, lâcher sa plume sur le papier avec la rudesse du grognement de l’homme des cavernes, le ronronnement du chat, le sifflement du serpent à sonnette, le son d’un oiseau qui s’abat du ciel… c’est réussi !.. Un livre exact, sincère et complet, qui nous fait revivre une époque où les stars n’étaient pas la création d’une intelligence artificielle. Époque qui a permis à un homme, distributeur de dollars (auxquels il confère le titre de meilleurs associés) de mettre des images en mouvement. Le 26 octobre 2019, à Beverly Hills, la Faucheuse ordonna le Clap de fin, mais sur les écrans, qu’ils soient petits ou grands,
    les films qu’il a produits
    continuent d’être au programme, et de tenir le haut de l’affiche.

    Séguier, 24,90 euros

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mucem, Don Quichotte s’éloigne, Sancho se soulage

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Mucem, Don Quichotte s’éloigne, Sancho se soulage

    On raconte que sur ce panneau, des couleurs sourdes, des bruns et des verts sont majoritairement utilisés. Les enchevêtrements d’une lumière blanche retrouvent le sillon de la route empruntée par le chevalier errant. Sur ces chemins et ces terres, avec ses arbres et ses buissons, le paysage est implacablement aride. Le cartel indique les noms des deux personnages, l’institution muséale admire le « crayon rapide et nerveux » d’Honoré Daumier, préfère commenter « la gamme réduite des couleurs ».

    L’épisode du roman de Cervantès que Daumier a voulu illustrer et le positionnement de Sancho Pança sont pourtant explicites. Il a très vite quitté son pantalon. En dépit du tronc et des feuilles d’un arbre qui masque les fesses de l’écuyer, la situation des figurants est cocasse, basiquement triviale. Chacun anticipe l’avenir immédiat. Le maître et son serviteur viennent de percevoir l’énorme bruit que produisent les ailes d’une quarantaine de moulins à vent. En fond de tableau presque nu, juché sur son cheval efflanqué, isolé et sans appui, s’imaginant porteur de vérité, Don Quichotte balise imperturbablement son aventure. Par contre, Sancho Pança s’effraie énormément. Sa peur l’oblige, il a précipitamment abandonné les besaces de sa lourde monture. Il aimerait que son maître ne se retourne pas, ses craintes ne s’apaiseront jamais. On aperçoit, en profil et gros plan, sa casquette et sa trogne joufflue. Le reste de son corps n’est pas visible.

    « Que sont mes amis devenus / que j’avais de si près tenus ? ». On esquissera une curieuse hypothèse. Imprudente, foncièrement affective et tendre, une réponse à la manière de Rutebeuf et de Joan Baez serait formulée par les responsables de l’exposition, Aude Fanlo et Helia Paukner. Les conservatrices du Mucem ont accroché en fin de parcours l’épilogue d’un second tableau de Daumier, emprunté à Orsay : au sortir d’un col, Don Quichotte et Sancho, s’approchent du sinistre cadavre d’une mule. Ces inséparables pèlerins, ces frères d’infortune qui disparaîtront, on aimerait pouvoir affirmer que ce soient Daumier ainsi qu’une complainte médiévale qui les rendra inoubliables : « Ce sont amis que vent me porte / et il ventait devant ma porte/ les emporta. »

    Don Quichotte et Sancho Pançade Daumier

    24 x 31 cm

  • [Le coin de la bande dessinée] Trafic de drogue, l’histoire d’un fléau destructeur

    [Le coin de la bande dessinée] Trafic de drogue, l’histoire d’un fléau destructeur

    Des États-Unis et de l’Amérique du Sud jusqu’au point stup en bas de chez soi, alors que le narcotrafic devenu un sujet médiatique majeur explose partout, cette vaste enquête signée Jean-Pierre Pécau au scénario et Nicolas Otero au dessin retrace l’histoire des drogues depuis la nuit des temps et leur impact sur nos sociétés. De l’utilisation par les chamanes de champignons hallucinogènes à l’Angleterre victorienne véritable narco-état qui a mené les guerres de l’opium à la Chine pour écouler sa production de pavot qui y avait été interdite jusqu’à la crise actuelle du Fentanyl aux USA, où cette drogue miracle utilisée comme antidouleur est cent fois plus puissante que la cocaïne devenue la première cause de mortalité chez les moins de 30 ans et est le plus important scandale sanitaire de ce siècle, les auteurs démontent à la fois les mécanismes du trafic et l’utilisation de ces drogues… Chez les hommes comme chez les femmes, dans toutes les classes sociales. Pécau et Otero montrent comment chaque nouvelle substance découverte s’installe et se propage, non sans rappeler l’importance des corso-marseillais de la French Connection dont le modèle d’organisation a été repris par tous les cartels actuels. Ils démontrent également que le trafic de drogue est devenu un fait géopolitique majeur, la Chine voyant par exemple dans l’exportation des précurseurs du Fentanyl une revanche sur l’opium qu’on l’a forcée à consommer au XIXe.

  • [Témoignages] Carnaval de Martigues : ils participent

    [Témoignages] Carnaval de Martigues : ils participent

    Romain Maury, grand champignon du carnaval

    « Donner le sourire aux gens et oublier le quotidien »

    Être champignon, c’est un aboutissement de nombreuses années d’entraînement. Une vraie valorisation de mon talent qui consiste à regarder dans le vide, mais sans aucune pensée. Je sais qu’il y a beaucoup de challengers. Mais tous finissent par penser à quelque chose avant la fin du temps à battre pour dépasser mon record. Ils ont toujours une idée, ou une pensée sur une action à faire, comme par exemple aux courses, au prochain repas, ou d’aller chercher les enfants à l’école. Mais moi j’y arrive, je pense à rien de rien.

    Plus sérieusement, on prépare chacun un rôle dans le carnaval, et le mien sera d’amuser les gens. C’est important pour nous de donner le sourire aux gens, de ne pas se prendre la tête et d’arrêter de penser au quotidien, au travail, au patron, à l’argent, pour pouvoir profiter de l’instant présent sans se poser trop de questions. Au carnaval, on peut devenir n’importe qui et c’est ça qui fait du bien à tout le monde. C’est aussi un moment pour sortir, se retrouver, partager une expérience avec tout le monde quelles que soient nos habitudes. On s’amuse et on profite et je pense que c’est ça l’essentiel de l’esprit Carnaval.

    Des animations dans les écoles

    Je travaille pour les services de la Ville comme coordinateur des temps périscolaires sur la ville. Les animateurs proposeront des activités dédiées au carnaval le midi. Le soir, le périscolaire ouvrira les portes aux parents en garderie pour préparer les décors pour les carnavals de quartier. Il y en aura une douzaine répartie une semaine avant et après le principal. Ce seront plein de petits événements pour faire durer le bonheur !

    Patrick Eleonore, jury au sommet mondial du carnaval

    « On peut faire des costumes avec tout sans dépenser »

    C’est un rassemblement de partage de savoir-faire. Le but est de montrer aux jeunes, aux parents, aux enfants, qu’on peut faire un costume sans dépenser. C’est possible, par exemple, en utilisant du papier journal ou des prospectus découpés en bandelettes et collées sur un vieux vêtement. Ou en utilisant des bouteilles, comme on l’a fait aux Fadas du monde. C’est une forme de recyclage !

    Les Antillais fabriquent aussi des costumes avec des feuilles de bananes. Chez nous c’est traditionnel, mais il faut les trouver car il en faut au moins 300. On utilise aussi les guirlandes de Noël et des miroirs, comme je l’ai déjà fait avec des découpes pour ne pas se blesser, mais on peut bien sûr en acheter des morceaux autocollants. J’ai même déjà réalisé un costume en papier mâché ou en vieux vêtements peints à la bombe.

    Pendant 20 ans j’ai été au comité du carnaval de Guadeloupe qui dure parfois plus d’un mois. Aux Antilles pour le défilé des enfants on utilise parfois même des gobelets en plastique découpés en fleurs et coloriés à la peinture. Pour cinq euros même pas t’as un costume.

    La satisfaction du costume fait main

    C’est aussi satisfaisant de défiler que de faire son costume soi-même. Après tout on n’est pas là pour ridiculiser l’un ou l’autre mais pour apprendre chacun. Certains savent couper, d’autres coller ou peindre, c’est un vrai partage. Quand on arrive à voir des groupes costumés de la même façon, avec les mêmes costumes, c’est encore plus impressionnant.

    Fabrice Vidal, président de l’association des Pêcheurs libres

    « Un moment de liberté où on retrouve son âme d’enfant »

    Je suis investi dans plusieurs associations, dans celle de pêche, je m’occupe aussi de la fête vénitienne. On construit des chars nautiques à la Fabrique. On a déjà commencé pour la prochaine édition. On fait une pause pour les fêtes de fin d’année, mais on reprendra en janvier. J’organise aussi des petits repas avec les copains le vendredi.

    Bref, je m’occupe tout au long de l’année de plein de choses à Martigues. Pour moi, faire partie de la vie de la cité et du monde associatif est plus qu’important, c’est vital. Donc participer au carnaval était une évidence.

    Je ne sais pas encore si je pourrai être présent le jour du défilé car je suis très occupé avec toutes mes activités, mais je passerai régulièrement au QG. C’est un bel espace pour s’entraider. Ça nous permet d’avoir un point d’attache. Si on a un problème on tape à la porte, et on sait qu’on sera toujours bien reçu.

    J’ai fait quarante ans de social au port autonome, et je me régalais trop pour arrêter à la retraite. J’aime voir les gens se divertir, plaisanter… Le rire est un bon remède pour tout. Le carnaval c’est exceptionnel, ça permet aux enfants de s’émerveiller. C’est beau de voir leurs yeux briller.

    S’émerveiller et s’épanouir

    Ça permet à d’autres de s’épanouir, de participer à une aventure collective, de tisser du lien, de faire connaissance avec des inconnus qui peuvent devenir des amis, d’apprendre des techniques artistiques et d’explorer leur côté créatif. C’est un moment de liberté, où tout le monde retrouve son âme d’enfant.