Tag: Coupes budgétaires

  • À Marseille, ils réclament un collège en plus dans le 13e

    À Marseille, ils réclament un collège en plus dans le 13e

    « Les collèges du 13e sont déjà au-dessus de leur capacité. Il y a un vrai besoin d’un collège en plus. » Dans la salle de l’union locale de la CGT à La Rose, ce mercredi, Maylis Merly, membre du collectif « un collège supplémentaire pour le 13e », explique pourquoi la relocalisation du collège Mallarmé, proposé ce mardi par le Département des Bouches-du-Rhône, ne les satisfait pas.

    Ce collectif, créé en mars 2024, réclame la construction d’un nouveau collège, constatant une augmentation démographique importante dans le 13e arrondissement. « Entre 2018 et 2024, il y a eu 600 collégiens en plus sur tout le 13e arrondissement, soit un collège complet », souligne Elena Izquierdo, membre du collectif.

    L’annonce, en juillet 2025, de la construction d’un collège à côté du lycée Simone-Veil aurait pu être une bonne nouvelle pour le collectif. « Mais, on a appris que ce n’est qu’une relocalisation du collège Mallarmé », se désole Maylis Merly. « Le collège devrait donc fermer d’ici 6 ans, lorsque l’autre établissement aura ouvert », précise Anaël Chauvet, professeur et membre du collectif. Le nouvel établissement devrait bénéficier de 200 places supplémentaires, ce qui, d’après le Département, « permettra d’accueillir le surplus d’élèves prévu sur cet arrondissement ». Selon le collectif, cela reste largement insuffisant.

    Moins de moyens

    Aux yeux des militants, le nombre de place limité n’est pas le seul point noir de cette relocalisation. « Leur argument pour fermer ce collège est le problème de sécurité lié au trafic. Mais retirer du service public dans ces lieux n’est pas une solution », affirme le professeur d’histoire-géographie. Le collectif craint également la perte de moyen. « Le collège Mallarmé est en REP+ (Réseau d’éducation prioritaire). Au vu de la nouvelle zone de construction et des coupes budgétaires, il y a peu de chances que le nouvel établissement conserve le même statut. Ce qui signifie moins de financement », estime Maylis Merly.

    Le collectif exige donc le maintien du collège de Mallarmé et la construction du nouveau collège. Le Département des Bouches-du-Rhône assure être « attentif à l’évolution de la démographie et savoir adapter sa stratégie de gestion des collèges si besoin ».

  • Les maisons France Services craignent pour leur survie

    Les maisons France Services craignent pour leur survie

    Emmitouflée dans son manteau, la femme reste là, devant les portes tout juste fermées de la maison France Services du Panier. « Je serai la première quand ils vont rouvrir », se réjouit-elle, dans un français encore hésitant. Même s’il lui faudra attendre encore une heure et demie dans les courants d’air.

    Mises en place à Marseille depuis 2020, ces structures devenues porte d’entrée pour douze services publics différents sont désormais une bouée de sauvetage pour les laissés pour compte de la fermeture par l’État des guichets d’accueil et leur dématérialisation. Mais alors qu’elles sont saturées, elles craignent aujourd’hui pour leur survie face aux menaces qui pèsent sur les contrats aidés et aux retraits de financements, en particulier de la Métropole Aix-Marseille.

    Menaces de fermetures

    Dans un communiqué commun ce vendredi, les six associations qui portent les douze France services à Marseille, regroupées dans le collectif Parads (Point d’accueil en réseau pour l’accès aux droits sociaux) tirent ainsi la sonnette d’alarme. « Face à une incertitude majeure et une forte contrainte budgétaire, nous nous interrogeons sur notre capacité à maintenir le dispositif en l’absence d’un soutien renforcé », écrivent-elles. Ensemble, elles réclament un plan de financement pour assurer leur pérennité en 2026, puis un cadre financier pluriannuel dès 2027. Et d’insister : « Si cette situation devait perdurer, c’est l’accès aux droits de milliers d’habitants marseillais qui serait menacé. »

    Déjà le 20 novembre dernier, elles avaient adressé un courrier commun aux services de l’État et aux collectivités du territoire à la suite d’une réunion en préfecture, s’interrogeant ouvertement « sur l’opportunité de continuer à porter ce dispositif qui met en péril l’équilibre financier de nos associations ». Un ton inhabituel pour des structures habituées à ne pas faire de vagues.

    « Le désengagement de certaines collectivités met à mal de nombreuses structures, et le renouvellement des contrats aidés vient prendre en étau les associations », explique le délégué territorial à l’animation de Léo-Lagrange, Reda Debache. « Ce qui semble être annoncé, c’est que la politique de la ville n’a pas à financer ces structures d’accès aux droits », ajoute la coordinatrice du collectif, Elsa Truze. Sans perspective sur de nouveaux financements, alors que le forfait de base de 50 000 euros par structure labellisée reste très insuffisant. Pour la fédération Léo-Lagrange, qui gère deux France Services au Canet et au Panier, la fin des dotations métropolitaines les priverait en plus d’un tiers de leurs fonds. « La seule solution pour l’instant c’est une fermeture. Le budget prévisionnel de 2026 est en déficit, nous ne pouvons pas le boucler », assène Reda Debache.

    « La question de notre existence se pose », affirme aussi le délégué général de l’Ifac en Méditerranée, Ronan Paturaux. Si l’association qui porte les France Services de la Soude et de la vallée de l’Huveaune a accepté de couvrir leurs déficits, « on ne pourra pas compenser des pertes systémiques », souffle-t-il. Et d’appuyer, en saluant l’engagement des professionnels : « Je suis en colère. Nous ne sommes jamais très revendicatifs, mais nous accompagnons un public très paupérisé, et aujourd’hui nous n’avons pas de réponse à leur donner. Je ne comprends pas le silence des pouvoirs publics. »

    Un « repositionnement » de la Métropole

    Cela d’autant plus que l’accroissement de la précarité alimente toujours plus les tensions. « Il y a plus d’agressivité parce que les gens sont à bout, et ça s’accélère », témoigne-t-il. « On constate une grande détresse, une souffrance psychique très importante », acquiesce Elsa Truze.

    Sollicitée, la Métropole explique qu’elle n’a « pas réduit ses financements dédiés à la Politique de la Ville et oriente désormais ses moyens strictement sur ses compétences obligatoires ». « Le repositionnement de la Métropole n’est donc pas une baisse de financement, mais une clarification », insiste-t-elle, soulignant qu’elle l’a annoncé depuis trois ans et soutient « massivement » les France Services. Le Département de son côté annonce qu’il maintiendra bien ses dotations en 2026 « sur la même base que 2025 ».

    « Nous sommes appelés au secours parce que la Métropole se désengage de façon subite sans nous laisser d’autre choix », déplore de son côté l’adjointe (PS) à la politique de la ville, Audrey Gatian. Et d’annoncer : « Nous sommes en train d’étudier au cas par cas pour trouver avec l’État des solutions pour le maintien des France Services existants. » Dans une réponse détaillée, la préfecture indique quant à elle que « la préfète déléguée pour l’égalité des chances s’est déjà engagée à maintenir les financements de l’État dédiés aux France Services au titre de la politique de la ville en 2026 ». Une analyse des coûts des cinq France Services en situation de fragilité est déjà réalisée et les services de l’État travaillent à un plan d’action pour les soutenir. Ainsi le Département réfléchit à une mutualisation dans ses Maisons des solidarités, tandis que l’État travaille avec la municipalité pour de nouveaux locaux. « Le renouvellement des conventions [des contrats aidés, Ndlr.] sera traité en priorité et avec attention dans le respect du cadre de gestion des postes d’adultes-relais », promet aussi la préfecture. Et d’indiquer qu’elle recevra les structures d’ici la fin de l’année.

    EN CHIFFRES

    12

    France Services existent à Marseille, avec une spécificité : ils sont portés par des associations. À Lyon, Rennes, Toulouse ou Lille, se sont les intercommunalités qui les financent. Une 13e structure mobile a été lancée le 17 novembre dans les 14e et 15e arrondissement face à la demande.

    66 305

    visites ont été enregistrées à Marseille en 2024, pour 86 408 accompagnements notamment face à des ruptures de paiement de la CAF ou de l’assurance-maladie, des logements indécents…

    50 000

    euros ont été débloqués en urgence par l’Agence nationale pour la cohésion des territoires cet été à la demande de la préfecture pour éviter le risque de fermeture des six France services les plus exposées. Au total, l’État verse 1,1 million d’euros pour les structures marseillaises.

  • Fabien Roussel : « Nous ne voulons plus de leurs trafics »

    Fabien Roussel : « Nous ne voulons plus de leurs trafics »

    La Marseillaise : Vous arrivez ce week-end à Marseille dans un contexte particulier, une semaine après l’assassinat de Mehdi Kessaci. Quelle a été votre première réaction lorsque vous l’avez appris ?

    Fabien Roussel : À chaque fois que j’entends un drame lié aux narcotrafiquants qui provoque une mort ou un blessé grave, je suis profondément choqué que ces narcotrafiquants viennent pourrir nos vies. Mais quand j’ai appris que cette fois-ci il s’agissait d’un jeune homme tué parce qu’il est le frère d’un autre jeune homme qui se bat contre les narcotrafics, j’ai été sidéré de voir jusqu’où ces truands, ces bandits, étaient capables d’aller pour faire leur commerce de la mort. Ce crime odieux doit être pris à ce niveau. On a en face de nous des truands, des criminels totalement décomplexés, qui sont prêts à tout. En face, nous ne devons pas leur céder un pouce de terrain. Je trouve extrêmement courageux de la part d’Amine de rester digne, droit et déterminé à mener ce combat-là.

    Beaucoup de responsables parlent d’un nouveau cap franchi, avec un assassinat d’intimidation, qui vise un militant politique. Vous partagez ce constat ?

    F. R. : C’est difficile de le caractériser. Mais c’est un assassinat horrible, pour empêcher Amine de mener son combat contre les narcotrafiquants. J’ai du mal à mettre un qualificatif derrière. Un assassinat est un assassinat. Mais ce qu’ils ont fait en tuant Mehdi, c’est de franchir un pas plus grave. Cela montre que ces criminels sont extrêmement dangereux. Tout autant que le sont des terroristes qui tuent des civils innocents.

    Vous allez participer ce samedi à la marche blanche organisée à Marseille à l’appel de la famille, pourquoi avez-vous souhaité y aller ?

    F. R. : Parce qu’Amine entend continuer ce combat, et que ce combat est juste, nous devons tous être avec lui. Pas derrière, mais avec lui, pour faire front, pour garder la tête haute et pour dire que nous ne leur céderons pas un pouce de terrain. Nous ne les voulons plus dans nos quartiers, dans nos halls d’entrée, nous ne voulons plus de leurs menaces, de leurs balles perdues, de leurs trafics de drogue. Nous n’en voulons plus ! C’est important d’être à côté d’Amine mais aussi à côté de toutes ces associations, de tous ces élus, de toutes ces forces de police, de tous ces magistrats qui se battent contre les narcotrafiquants. Nous devons être unis. La population, le peuple doit faire bloc et envoyer un message extrêmement fort pour leur dire : vous ne nous faites pas peur, nous ne céderons pas.

    Sur la question du narcotrafic, on a l’impression que la droite, que l’extrême droite surtout qui veut imposer un état d’urgence à Marseille, sont plus audibles que les forces de gauche. Comment l’expliquez-vous ?

    F. R. : La droite comme l’extrême droite, depuis des années, ont des mots durs pour parler de sécurité. Mais de l’autre côté, ils déshabillent complètement l’État, les différents ministères concernés, les communes, les différentes associations, de tous moyens d’action. Ceux qui appellent tous les jours à réduire la dépense publique sont coupables de désarmer les services de l’État, la justice, la police, les services publics qui sont tous les jours en première ligne dans ces quartiers. Dimanche j’entends dénoncer cette hypocrisie de la part de ceux qui viennent verser des larmes de crocodile quand il y a ces drames, mais derrière quand il s’agit de voter des crédits pour embaucher des policiers, des douaniers, des magistrats, donner des moyens aux communes, aux associations, sont absents ou appellent à faire des économies. Quand il s’agit de lutter contre les trafiquants, il ne peut pas y avoir de double langage. Il faut être capable de hausser le ton mais aussi de donner des moyens à la République, à l’État, d’être forts, extrêmement forts pour résister à ces bandes qui elles ont des moyens illimités.

    Quelles propositions justement peut porter la gauche ?

    F. R. : Je dirai deux mots : des services publics. Et derrière les services publics, c’est la force de l’État. Derrière les services publics, je mets autant les services publics de l’ordre, telle que la police, mais aussi celui du contrôle de nos frontières, les douaniers. Nous avons perdu 15 000 douaniers dans nos ports, nos aéroports, à nos frontières ! Ce sont des services publics qui devraient avoir tous les moyens pour garantir la protection de notre jeunesse et des habitants. Les services publics, c’est ceux de la justice, et derrière la justice je pense à la PJJ, à la protection de la jeunesse, aux moyens de pouvoir juger rapidement, sévèrement et justement ceux qui sont pris. Enfin, les services publics, c’est tout ce qui agit en matière de prévention. Cela va des moyens que l’on donne aux communes à la vie dans nos quartiers, aux logements, au sport, à la culture. C’est essentiel pour vivre ensemble. Et cela contribue à faire reculer aussi l’individualisme, le chacun pour soi, le système D, et donc les trafics. C’est donc une politique d’ensemble qu’il faut avoir, et tenir les deux bouts : la répression, la protection, mais aussi la prévention.

    Vous aviez décidé avant cette actualité dramatique de venir à Marseille, tenir ce meeting national, loin de toute échéance nationale. Pourquoi ?

    F. R. : Dans la période tendue dans laquelle se trouve la France, avec un gouvernement qui entend continuer à mettre en place des politiques d’austérité, dures économiquement, avec un budget qui ne permet pas à la France de répondre à ses besoins dans tous les domaines – l’emploi, les services publics, la sécurité – je tenais à ce que le Parti communiste français ait une parole forte pour dire que les solutions existent. C’est possible ! C’est possible de répondre aux attentes des salariés, de la jeunesse, des familles, des quartiers, des retraités. Nous produisons des richesses, qui sont injustement réparties. Et nous pourrions produire plus de richesses pour répondre aux immenses besoins de ce pays. Je souhaite montrer dimanche que la question de la réindustrialisation, de développer les services publics, c’est la perspective de créer des centaines de milliers d’emplois qui demain permettront de créer des richesses, de payer des cotisations, de financer notre modèle social. C’est par la production de richesses, par la réindustrialisation de la France, par des services publics forts que nous sortirons par le haut. Ce n’est pas par des politiques d’économies, d’austérité. Toutes ces économies demandées conduisent à rabougrir la France, c’est la petite France que nous proposent la droite et ce gouvernement ! Nous, nous avons une grande ambition pour la France. Et c’est cette grande ambition que je souhaite porter dimanche lors de ce meeting.

    Vous avez évoqué les débats budgétaires, avec un texte qui pour la première fois fait l’unanimité contre lui… Quel regard vous portez sur ces débats, dans une Assemblée éclatée ?

    F. R. : Le fait qu’il n’y ait pas de 49-3 et que les différents groupes sont appelés à construire un budget permet de révéler ce qu’un groupe porte et défend. Pour nous, les parlementaires communistes, nous sommes clairs sur ce que nous ne voulons pas. Tout ce qui conduit à taxer davantage le pouvoir d’achat des Français, nous n’en voulons pas. Mais ça permet aussi de dire tout ce que nous voulons pour la France, pour les travailleurs. En matière de justice sociale : hausse des salaires, baisse de la CSG sur les salaires, baisse de la TVA sur l’énergie, des moyens plus importants pour nos communes, pour nos services publics. Tout cela nous le défendons. Et nous disons aussi que nous sommes prêts à faire des concessions, à construire, parce que nous avons bien conscience qu’il faut chacun faire un pas l’un envers l’autre. Malheureusement, en face de nous, la droite et l’extrême droite sont extrêmement fermées à toute contribution supplémentaire que les plus riches, les plus fortunés pourraient faire pour financer les besoins de notre pays.

    Nous avons vu aussi la gauche divisée à l’Assemblée…

    F. R. : Je ne suis pas là pour parler des divergences à gauche, ce n’est pas mon sujet. Je ne suis pas là pour commenter les mots des uns contre les autres, mais pour dire ce que le Parti communiste français porte comme ambition pour le pays. Après, chacun prend ses responsabilités au moment du vote. Et les Français jugeront. Je sais ce que nous, nous défendons, ce que nous voulons pour le monde du travail, pour nos services publics, pour notre industrie, pour la paix. Je parlerai beaucoup de cette question-là dimanche, parce que tout est fait en ce moment pour préparer la France à la guerre. Nous sommes clairs sur ce sujet : ce n’est pas une question de déni, c’est une question d’objectif, d’ambition pour la France. Nous voulons la paix ! Et la paix, ça se négocie, ça se travaille.

    Quelles propositions mettez-vous sur la table pour le budget ?

    F. R. : Les propositions que nous portons, justement, c’est un changement radical dans la conduite économique de notre pays ! Nous voulons créer des emplois pour répondre aux besoins de notre pays en matière de sécurité, mais aussi pour le climat, la petite enfance, les personnes âgées, pour l’enseignement, pour la santé… Il y a des gisements d’emplois considérables, embauchons dans les services publics, dans les collectivités pour répondre à ces immenses besoins ! Il y a besoin de réindustrialiser la France. Nous proposons un choc fiscal permettant d’investir des dizaines de milliards d’euros tous les ans, comme le font les Allemands d’ailleurs, pour inciter les entreprises à relocaliser en France, à créer des emplois en France, à payer des salaires en France plutôt qu’à l’étranger. Et produire en France plutôt qu’à l’étranger. Les 211 milliards d’euros d’aides publiques doivent être utilisés à cela, et exclusivement à cela : relocaliser l’industrie française en France. Nous redresserons l’économie de notre pays par la production de richesses, une richesse permettant aux salariés de vivre dignement, avec un bon salaire, de payer des impôts et de consommer des produits réalisés en France. Cette question de la production est centrale, c’est le message que je souhaite faire passer dimanche, avec des propositions concrètes… que je vous livrerai dimanche !

    Vous parliez des enjeux de la paix, vous avez vivement réagi sur les propos du chef d’état-major des armées qui parler d’« accepter de perdre des enfants »… Comment met-on un terme à ces discours guerriers ?

    F. R. : Cela fait plusieurs semaines que je tire la sonnette d’alarme pour alerter sur le fait que le président de la République, dans ses déplacements, multiplie des déclarations va-t-en guerre, guerrière. Malheureusement, ce n’est pas ça qui domine dans l’actualité. La déclaration du chef d’état-major des armées permet au moins de sortir de cette ambiguïté. Il a dit tout haut ce que le président de la République dit dans ses réunions à l’extérieur, à l’international. Nous ne voulons pas que la France rentre en guerre, contrairement à ce que le président de la République souhaite. Plusieurs chefs d’État en Europe aujourd’hui sont en train de préparer les esprits à un conflit avec la Russie. Nous devons tout faire pour empêcher la généralisation du conflit. La guerre en Ukraine a fait près d’un million de victimes, morts et blessés, il est temps aujourd’hui de tout faire pour négocier. Il y a deux ans, j’avais présenté des propositions qui pouvaient être discutées. Toutes ces propositions avaient été balayées en disant que ce ne sera jamais d’actualité. Or aujourd’hui, elles sont au cœur des négociations. Nous appelons à ce que des négociations pour une paix juste et durable puissent s’accélérer et que tout soit mis en œuvre pour éviter la guerre. Et nous préférons que la France prenne la tête d’un combat pour la sécurité collective des peuples européens de l’Atlantique à l’Oural plutôt que la tête d’une armée européenne contre Moscou.

    Donald Trump tente aujourd’hui d’imposer sa paix en Ukraine. Est-ce qu’elle serait viable ?

    F. R. : Ne laissons pas les États-Unis imposer les conditions de la paix en Europe. C’est à nous Européens de construire les chemins d’une paix juste et durable parce que ce sont nous qui vivons ici. Pas les Américains ! Ce sont les Américains qui ont tout fait pour attiser les tensions avec la Russie sous les précédents mandats. Ce sont les Américains qui ont multiplié les bases de l’Otan à la frontière russe. Ce sont les Américains qui ont incité l’Ukraine à adhérer à l’Union européenne et à l’Otan. Il est temps maintenant que les Américains arrêtent de jeter de l’huile sur le feu dans notre continent. Qu’ils s’occupent de leurs affaires et qu’ils laissent les Européens travailler à la paix.

    À Gaza aussi Donald Trump a imposé son plan de paix, qui n’empêche pas que les bombardements se poursuivent encore ces derniers jours… Comment obtenir une paix définitive ?

    F. R. : En prenant nous-même notre bâton de pèlerin pour la paix, et en arrêtant d’être suivistes des États-Unis. À chaque fois que la France attend que Donald Trump donne le la, nous sommes soumis à ses décisions. Ne laissons pas Donald Trump dicter ses conditions. Il faut que la France, qui est un grand pays, puisse avec d’autres pays être en capacité de négocier et d’imposer des conditions de paix plutôt que de laisser Trump le faire. Concernant la Palestine, la France et d’autres pays de l’Union européenne ont un poids suffisamment important pour imposer à Israël des sanctions fortes pour permettre aux Palestiniens de vivre en paix dans leur propre État. Malheureusement, ce n’est pas le choix qu’ont fait les nations européennes. Et pourtant nous en avons les moyens économiques. Nous avons su prendre des sanctions fortes contre la Russie, il n’y en a eu aucune prise contre Israël. Zéro sanction ! C’est un deux poids, deux mesures inacceptable.

  • Marcher pour défendre les associations féministes

    Marcher pour défendre les associations féministes

    « On sait que si l’on continue à baisser les moyens des associations et des services publics, le nombre de féminicides va remonter. » Sur l’esplanade Gisèle-Halimi, un lieu qui n’a pas été choisi par hasard, Alexandra Brochus du Collectif 13 droits des femmes, martèle la nécessité des associations dans la lutte des violences faites aux femmes. À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’encontre des femmes, organisations féministes, syndicats et partis politiques appellent à manifester ce samedi, à 14h en bas des escaliers Saint-Charles.

    Un rendez-vous immanquable pour les collectifs féministes. « Dans ce contexte de politiques budgétaires austéritaires, on se doit d’être au rendez-vous », insiste Alexandra Brochus. Le nouveau projet de loi de finances de 2026 prévoit, en effet, une coupe d’un milliard d’euros dans les subventions aux associations. Un non-sens pour les militantes, pour qui ces structures sont souvent un refuge pour les femmes victimes de violence. « Elles sont indispensables, parce qu’elles comblent les carences de l’État », affirme Isabelle Marilier, membre de Genre et altermondialisme.

    Associations fermées, femmes en danger

    Des coupes budgétaires qui mettent en danger de nombreuses structures d’accompagnement des victimes, comme les Plannings familiaux ou les Centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) qui connaissent régulièrement des difficultés. Le CIDFF d’Arles avait par exemple été menacé de fermer l’été dernier à cause du manque de moyens. Des structures qui permettent pourtant aux femmes victimes de violences d’avoir un accompagnement juridique, social et psychologique. Les militantes réclament également plus de moyens alloués à la « prévention, la justice et les services publics », précise Alexandra Brochus. Notamment 3 milliards d’euros pour la mise en œuvre de l’éducation à la vie affective relationnelle et à la sexualité, qui donne les clés aux filles et aux garçons pour repérer et éviter les comportements dangereux. Une marche « pour toutes les femmes, de tous les pays et toutes les religions et contre toutes les formes de violences », lance-t-elle.

    Des violences dont le narcotrafic est parfois l’auteur. « C’est pourquoi quand on a appris la date de la marche pour Mehdi Kessaci, nous avons tout de suite pris contact avec les organisateurs pour que nos deux marches se rejoignent », indique Pascaline Lécorché, représentante de Place publique à Marseille. Le jeune homme, frère du militant écologiste Amine Kessaci engagé dans la lutte contre le narcotrafic, a été tué jeudi dernier dans ce qui s’apparente à un meurtre d’intimidation d’après les dernières avancées de l’enquête (lire pages 2 et 3). « Les mères dans ces quartiers sont souvent les premières actrices locales mais aussi des victimes de cette violence », se désole Alexandra Brochus.

    Les rendez-vous

    Aubagne

    Samedi 22, à 10h30 sur le cours Beaumont.

    Draguignan

    Samedi 22, 11h, place Cassin.

    Salon-de-Provence

    Samedi 22, 17h, à la mairie.

    Avignon

    Samedi 22, 15h, à la gare.

    Marseille

    Samedi 22, 14h, gare Saint-Charles et mardi 25, 18h30, place de la Joliette.

    Toulon

    Mardi 25, 18h, palais de Justice.

    Arles

    Samedi 29, 16h, place de la République.

  • « Investir » pour la jeunesse

    « Investir » pour la jeunesse

    Dans le « musée des horreurs » du projet de loi de finances 2026, en débat à l’Assemblée nationale, la baisse de l’engagement de l’État dans les missions locales tient une place de choix car c’est l’avenir d’une grande partie de la jeunesse qui y est une nouvelle fois traitée par le mépris. Alors que le chômage des 16-24 ans atteignait 19,2% au premier trimestre, c’est en toute conscience que le projet de budget contient un recul de 13% des crédits de l’État aux missions locales qui viennent s’ajouter au recul des financements des collectivités locales.

    Vent debout

    Côté État, les financements étaient déjà en berne en 2025 (moins 6,8%) et, en 2024, le financement du Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie (PCAEA) a été divisé par deux avec une baisse de 5% des crédits de paiement. C’est-à-dire l’argent sonnant et trébuchant qui permet concrètement aux 430 missions locales du pays de mener leur mission auprès des jeunes de 16 à 25 ans. Vent debout, l’Union nationale des missions locales appelle à la mobilisation ce mardi. Leur légitime inquiétude et leur appel à bloquer un tel projet ont déjà payé, partiellement, auprès de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Le 9 novembre, les députés qui la composent ont limité la casse en adoptant un amendement pour rétablir les crédits de 2025. C’est un minimum mais qui ne sera pas au niveau des nouveaux besoins tant le nombre de jeunes venant taper aux portes des missions locales est en hausse. Un budget devrait « investir » pour la jeunesse. Pour l’heure, la Nation lui tourne le dos.

  • La Sécu, ce combat fondamental

    La Sécu, ce combat fondamental

    La santé est la priorité des priorités des Français avec le pouvoir d’achat. Les députés en train de débattre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale doivent mesurer combien laisser en l’état le texte horrifique du gouvernement serait une déclaration de guerre à l’ensemble des travailleurs et à leurs familles. Dans ce débat de société, la « suspension » de la retraite à 64 ans (arrêt provisoire à 62 ans et 9 mois jusqu’en janvier 2028), -qui devrait être examinée au plus tard le 12 novembre à l’Assemblée- ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des sévères coupes prévues dans les financements de notre système de santé. L’hôpital public notamment, pourtant applaudi pendant la crise Covid, pourrait être encore affaibli par des coups de tronçonneuse sans précédent.

    Éviter le pire

    Pour les fédérations hospitalières, c’est du jamais vu depuis 15 ans. Pas moins de 1,1 milliard en moins, soit l’équivalent de 20 000 postes d’infirmiers. Pour les patients, cela se traduirait par un accès aux soins encore plus difficile alors qu’ils vivent déjà une pénurie de médecins généralistes qui transforme de très nombreuses communes en désert médical. Des patients devront aussi payer de leur poche des franchises médicales augmentées, sans parler des personnes atteintes d’affections de longue durée qui verraient leurs droits reculer. Or, la Sécu n’est pas malade de déficit mais d’une politique qui la prive de recettes, en particulier les exonérations de cotisations qui se chiffrent en dizaines de milliards. Tel est l’enjeu de ce combat fondamental dans lequel le mouvement social doit prendre toute sa place pour éviter le pire.

  • [Entretien] Vincent Cantrin : « Moins de moyens et plus de gens à accompagner »

    [Entretien] Vincent Cantrin : « Moins de moyens et plus de gens à accompagner »

    La Marseillaise : Les derniers chiffres montrent une forte hausse du chômage des jeunes. Vous l’observez comment sur le terrain ?

    Vincent Cantrin : Il y a un effet structurel, il y a toujours une montée du chômage des jeunes à la fin de l’année scolaire parce qu’ils sortent de l’école, ils ne trouvent pas forcément un boulot immédiatement. Et la loi « Plein emploi » a obligé les jeunes suivis par les missions locales à s’inscrire à France Travail, ce qui, mécaniquement, a fait augmenter le nombre de jeunes inscrits. Ceci dit, il y a d’autres raisons. Quand le chômage monte, que l’emploi stagne, ceux qui en pâtissent les premiers sont souvent les jeunes. Au-delà, il faut voir ce qu’on leur propose sur le marché du travail, avec souvent des offres non qualifiées, mal payées. L’apprentissage a été développé, et on se retrouve avec une masse de gens qui ont fini leur apprentissage, mais qui ne peuvent pas entrer sur le marché du travail classique parce qu’ils sont mis en concurrence avec d’autres apprentis, même dans les grandes entreprises… Il y a des tas d’écoles privées, très chères, qui proposent à des gamins des formations qui les font rêver, par exemple en marketing du sport, pour lesquelles il n’y aucun débouché. Ce n’est pas l’enseignement public le problème, il y a ces écoles de commerce à tous les coins de rue !

    Les réformes de l’assurance-chômage ont-elles eu un impact ?

    V.C. : Ceux qui ont été le plus pénalisés par le changement de la méthode de calcul, ce sont les saisonniers et les intérimaires. Il y a une volonté de contraindre les gens à travailler, mais avec en regard une situation qui ne leur propose pas le type de contrat qui convient. C’est toujours l’intérim qui tire son épingle du jeu, il n’y a que 25% des embauches qui se font directement en CDI ! Pour les jeunes, il y a une précarisation au chômage, parce qu’ils sont moins bien rémunérés. Mais, quand vous n’avez plus rien, votre premier réflexe, c’est comment je vais bouffer, pas quel travail je vais trouver. On le voit, ceux qui retrouvent le plus facilement du travail, ce ne sont pas ceux qui sont les moins indemnisés, ce sont ceux qui ont encore une voiture pour se déplacer, un abonnement internet, un téléphone qui fonctionne… Et, d’autre part, une précarité aussi dans le travail, avec des contrats de courte durée, très mal rémunérés. Le monde du travail a éclaté et donc les jeunes en pâtissent les premiers. Cela génère de nouvelles mentalités, de nouveaux comportements.

    Les annonces du gouvernement sur le budget ciblent particulièrement France Travail…

    V.C. : Cela fait plus que nous alerter, ça nous inquiète. La loi « Plein emploi » a créé une charge de travail supplémentaire et là, on nous réduit les effectifs. Il nous fallait 2 000 emplois de plus, on en a 515 de moins. Comme pour la création de Pôle emploi, ils tablaient sur une baisse massive du chômage et se disaient qu’on accompagnerait mieux les personnes. Et là, patatras, le chômage remonte. On a moins de moyens et plus de gens à accompagner. Au bout d’un moment, on ne peut pas y arriver ! Et quand on nous dit 20% de moins sur le budget d’intervention, cela veut dire qu’on va financer de moins en moins de prestations, d’aides à la création d’entreprises, à la reprise d’emploi, de formations…

  • Sécu : un budget 2026 de coupes jamais vues

    Sécu : un budget 2026 de coupes jamais vues

    Le projet de budget de la Sécurité sociale a débuté son chemin à l’Assemblée lundi dernier, en commission des Affaires sociales, pour des débats qui s’annoncent explosifs, entre la suspension de la réforme des retraites, et des économies exceptionnellement fortes.

    Les oppositions ont d’ores et déjà supprimé les mentions des objectifs de dépenses et recettes du gouvernement, ou encore les prévisions de dépenses de santé pour cette année, les estimant tantôt « insincères », tantôt insuffisantes face aux besoins, notamment à l’hôpital. Un tour de chauffe qui a permis surtout d’observer les positions de chaque force politique, car les députés repartiront quoi qu’il arrive du texte initial dans l’hémicycle le 4 novembre pour un vote prévu le 12.

    Et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) est sous le feu des critiques des oppositions, en raison des économies massives pour réduire le déficit à 17,5 milliards en 2026 (23 milliards en 2025). « Le débat est ouvert » et la version finale « sera bien différente », ont répété les différents ministres en charge du texte, tout en affirmant la nécessité de maîtriser les dépenses, et « responsabiliser » tous les acteurs. La mesure phare restera quoi qu’il arrive la suspension de la réforme des retraites, promise aux socialistes en échange de leur non-censure. Le projet suspend jusqu’à janvier 2028 la marche en avant vers les 64 ans, tout comme le relèvement du nombre de trimestres à cotiser pour partir à taux plein. Au cours de l’examen, les Républicains proposeront de supprimer cette suspension, tandis que les socialistes chercheront à y intégrer les carrières longues. Si l’Assemblée vote la suspension, le Sénat, contrôlé par la droite et les centristes, rétablira la réforme, a prévenu samedi dernier le président de la chambre haute, Gérard Larcher (LR). Le coût de la suspension est estimé à 100 millions d’euros en 2026 et 1,4 milliard d’euros en 2027. Pour la financer, les options retenues -une mise à contribution des complémentaires santé et des retraités – font controverse. D’autant que le projet de budget est d’une exceptionnelle rigueur financière. L’exécutif y limite la hausse des dépenses d’Assurance maladie à 1,6%, alors qu’elles progressent naturellement chaque année d’environ 4%. Et il table sur sept milliards d’économies en santé, pour beaucoup douloureuses. Plusieurs mesures ciblent les malades : nouvelle hausse des franchises (reste à charge des patients sur les consultations et médicaments), moindre remboursement chez le dentiste, limitation de la durée d’un premier arrêt maladie… Ce projet est « profondément injuste et inefficace », a jugé France Assos Santé, principale fédération d’associations de patients. C’est « la pire cure d’économies depuis les années 2010 », selon les fédérations hospitalières. Autres propositions décriées : une taxation supplémentaire des complémentaires santé, -qui fait débat jusque dans le camp gouvernemental-, une taxation des cotisations patronales sur les tickets-restaurants et œuvres du CSE, ou encore une surcotisation sur les dépassements d’honoraires des médecins. Le gel des pensions et de l’ensemble des prestations sociales (RSA, allocations familiales, APL…) en 2026, pour dégager 3,6 milliards d’euros d’économies, provoquera aussi de vifs débats. L’équation s’annonce particulièrement difficile pour le gouvernement Lecornu. Olivier Faure (PS) agite le spectre si le gouvernement ne cède pas ce vendredi en faveur d’une taxe sur les hauts patrimoines lors de l’examen du budget de l’État.

  • Fabien Roussel en meeting dimanche 23 novembre à Marseille

    Fabien Roussel en meeting dimanche 23 novembre à Marseille

    L’occasion pour le communiste de mobiliser autour des propositions de son parti pour sortir de la crise politique et empêcher la validation d’un budget d’austérité en lien avec le mouvement social. Le PCF avance notamment un « pacte pour la France » avec un plan d’investissement de 500 milliards d’euros sur 5 ans.

  • Dans le budget, plus d’armes, moins de Sécu

    Dans le budget, plus d’armes, moins de Sécu

    Tout faire pour satisfaire les marchés financiers. Ce lundi, en commission des finances, le budget présenté aux députés n’a qu’une seule ligne, réduire les déficits en préservant les cadeaux au patronat et la sacro-sainte politique de l’offre d’Emmanuel Macron. Un effort austéritaire de 30 milliards d’euros, avec 14 milliards de hausses d’impôts, essentiellement portées par le monde du travail dénonçait la CGT il y a une semaine, et 17 milliards de coupes budgétaires. De quoi préparer le terrain pour le projet de loi de finances de la Sécurité sociale, présenté jeudi en commission des affaires sociales, avec 7,1 milliards d’euros d’économies.

    Pour faire passer la potion amère et éviter la censure, le Premier ministre a concédé une suspension temporaire de la réforme des retraites. Surtout, il a annoncé qu’il n’userait pas du 49.3 pour faire passer le texte en force. « C’est la garantie pour l’Assemblée nationale que le débat, notamment budgétaire, (…) vivra, ira jusqu’au bout, jusqu’au vote », annonçait-il dans son discours de politique générale, mardi dernier. Pourvu que le déficit ne dépasse pas les 5%.

     Moins d’efforts du patronat

    Les 400 plus grandes entreprises, qui réalisent un chiffre d’affaires d’au moins 1 milliard d’euros en France, avaient été mises à contribution lors du précédent budget avec une surtaxe exceptionnelle de 8 milliards d’euros. Cette fois, l’effort est divisé par deux. Le gouvernement y ajoute une contribution sur les hauts revenus (1,5 milliard) et une taxation du patrimoine dissimulé dans les holdings familiales (1 milliard). Mais, en même temps, avance sur la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), retirant 1,3 milliard d’impôts sur les entreprises. Quant aux 211 milliards d’aides accordées aux entreprises, elles ne sont qu’à peine remises en question, avec 1,5 milliard d’exonérations de cotisations sociales supprimées… et une attaque sur les finances de l’audiovisuel public.

     Le monde du travail doit payer

    Aux salariés d’assumer les hausses d’impôts, à travers un gel des barèmes de l’impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée qui doivent apporter 2,2 milliards d’euros. Comme un symbole, c’est le ministère du Travail qui devrait être parmi les plus touchés, notamment en réduisant les aides et exonérations de cotisations pour l’apprentissage (2 milliards d’euros), jusqu’à supprimer le coup de pouce de 500 euros pour passer son permis. 200 millions sont rabotés aussi sur l’insertion par l’activité économique : de quoi mettre en danger 20 000 postes, alerte le secteur. Et les prestations sociales, elles aussi, sont gelées.

     Les retraités attaqués

    Si le gouvernement suspend temporairement la réforme des retraites, il gèle aussi les pensions. Celles-ci ne seront pas revalorisées l’année prochaine, puis seront sous indexées les années suivantes de 0,4 point en deçà de l’inflation, jusqu’en 2030. L’abattement de 10% pour les retraités est quant à lui remplacé par un abattement forfaitaire de 2 000 euros.

     Coupes dans la fonction publique

    La ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a salué « l’effort » des fonctionnaires : une nouvelle fois, leur point d’indice sera gelé. Les crédits pour l’amélioration de leurs conditions de travail sont taillés de 190 millions, ceux de l’action sociale de 22 millions. Et s’ajoute surtout la suppression de 3 119 postes, pour moitié dans les opérateurs et agences de l’État. L’Éducation nationale en perd plus de 4 000, le ministère du Travail, plus d’un millier, dont la moitié à France travail (ex-Pôle emploi), où l’IA est censé suppléer aux absents… Les finances, de leur côté, perdent 565 agents. Seuls l’Intérieur et la Justice (1 450 agents en plus) ainsi que les Armées (+830) en gagnent. Dans cette lignée, il n’y a que le ministère de la Défense qui voit ses crédits significativement augmentés, avec 6,7 milliards en plus.

     Le logement menacé

    Comme les autres droits sociaux, les aides personnalisées au logement (APL) sont gelées… et même supprimées pour les étudiants extra-européens. L’union sociale pour l’habitat s’alarme d’un effort supplémentaire pour les bailleurs sociaux de 750 millions d’euros face au désengagement de l’État, tandis que la cohésion des territoires, qui porte la politique du logement, voit ses crédits amputés de 900 millions, en particulier pour la rénovation des bâtiments.

     La Santé à l’os

    Malgré les besoins croissants, la Sécurité sociale reste mise au pain sec et à l’eau, alors que les caisses perdront un millier de salariés. La hausse des dépenses de l’assurance-maladie reste limitée à 1,6%, soit 7,1 milliards d’économie, des restrictions beaucoup plus importantes que les années précédentes. Les arrêts maladie doivent être plafonnés à un mois, voire 15 jours pour ceux prescrits par la médecine de ville. Les franchises pour les consultations et les médicaments doivent être doublées à travers un décret pour apporter 2,3 milliards d’euros.

    Reste à savoir s’il y aura une majorité pour voter ces budgets.

    L’intersyndicale interpelle les députés

    Dans un communiqué, l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU qualifie de « premier pas », l’annonce par le Premier ministre de la suspension de la réforme des retraites, qui serait « un préalable à l’abandon de la réforme in fine ». Vent debout contre le budget porté par le gouvernement, les syndicats demandent aux députés « de supprimer les mesures d’austérité annoncées » et plaident pour l’élaboration d’« un budget de justice sociale et fiscale garantissant un haut niveau de protection sociale, des services publics renforcés et des investissements vers une transition écologique et industrielle juste et de haut niveau ». L.Pi.

    CHRONOLOGIE

    Projet de loi de finances (PLF)

    Après le passage en commission des Finances, les députés poursuivent vendredi l’examen du volet recette du budget 2026 au sein de l’hémicycle. Des séances sont prévues samedi 25, puis du lundi 27 au mercredi 29. La journée du jeudi 30 octobre sera consacrée à la niche parlementaire du RN. L’examen du projet de loi de finances (PLF) prendra fin le 3 novembre, le vote solennel est prévu le lendemain à 15h. La même journée, c’est le volet dépenses du projet de loi de finances qui débutera en commission, jusqu’au 10 novembre. La fin des débats est prévue en séance à l’Assemblée nationale le dimanche 23. Le Sénat examinera le budget du 24 novembre au 10 décembre. Le budget doit être promulgué avant le 31 décembre, après son passage devant le Conseil constitutionnel.

    Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS)

    Les ministres concernés par le budget de la Sécurité sociale sont auditionnés ce mardi, avant un examen en commission des Affaires sociales qui commence jeudi. Les débats en séance sont prévus à partir du 4 novembre, dans la soirée, après le vote du PLF. Les discussions promettent d’être houleuses et très suivies, c’est à ce moment-là que doit être voté l’amendement qui acte la suspension de la réforme des retraites, annoncée par le Premier ministre lui-même. Après cela, c’est au tour des sénateurs de se pencher sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), du 17 au 24 novembre.